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 JEAN COCTEAU

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Bridget



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Date d'inscription: 13/05/2008

MessageSujet: JEAN COCTEAU   Dim 13 Juin - 16:16




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CE QUE LE PUBLIC TE REPROCHE, CULTIVE-LE, C'EST TOI

JEAN COCTEAU







Tout au long de sa vie, Cocteau a déconcerté.


Il déconcerte encore aujourd’hui car il ne répond pas à l’image que l’on se fait d’un créateur, que celui-ci soit un peintre, un compositeur ou un écrivain.


De fait, il est tout à la fois, alors que l’artiste selon une idée largement répandue se doit de ne posséder qu’un moyen d’expression.



Or Cocteau est multiple: poète avant tout, mais aussi romancier, auteur de théâtre, critique, scénariste, dialoguiste, réalisateur de cinéma, acteur, dessinateur, peintre, il crée les costumes et les décors de plusieurs spectacles, conçoit des ballets, et trouve sa place également dans un dictionnaire de la musique.









Il fait preuve d’un don prodigieux de transformation et d’une capacité égale à entrer en phase avec une époque, une esthétique ou un autre créateur.


Tout en faisant preuve d’un immense orgueil de créateur, Cocteau n’a jamais cherché à en imposer.


Au contraire, il ne recule pas devant les avatars les moins attendus: il prend part au Jazz band du Bœuf sur le toit, dessine des modèles pour Coco Chanel, il déroute, il dérange. "

Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi. Enfoncez-vous bien cette idée dans la tête. Il faudrait écrire ce conseil comme une réclame.



En effet, le public aime reconnaître. Il déteste qu’on le dérange" (Le Coq et l’Arlequin). Cocteau va là où on ne l’attend pas, se plaît à être insaisissable.


Il aime ne jamais se fixer, renaître à chacune de ses œuvres, ne jamais exploiter un acquis. "

Je cherche ma route, et je la chercherai jusqu’à ma mort" avant de dresser, en 1946 dans La Difficulté d’être, ce constat d’un état d’inquiétude quasi maladif: "Je me cherchais, je croyais me connaître, je me perdais de vue, je courais à ma poursuite, je me retrouvais hors d’haleine.

À peine subissais-je un charme que je me dressais à le contredire".



Cocteau semble détester le confort.
Il est assurément inconfortable: on ne sait comment le cerner.

Mettant en parallèle ses traits physiques et sa personnalité, il écrit en 1946: "J’ai toujours eu les cheveux plantés en plusieurs sens, et les dents, et les poils de la barbe. Or les nerfs et toute l’âme doivent être plantés comme cela. C’est ce qui me rend insoluble aux personnes qui sont plantées en un sens et ne peuvent concevoir une touffe d’épis. […] Ils ne savent par quel bout me prendre" (La Difficulté d’être).


Outre l’artiste, il y a l’homme qui a ignoré la jalousie et a su admirer le génie quand il le voyait éclore autour de lui.

Profitant de sa notoriété acquise très jeune, c’est lui qui lance le premier volume de La Recherche et, au mépris du danger que cela représente, c’est encore lui qui fait éditer Jean Genet en 1942.



Dans les années 20, il avait lancé en musique le Groupe des Six et imposé le mythe Raymond Radiguet. On ne peut guère lui contester la réelle modestie qui ressort de cette attitude: "Admirer, c’est annuler. C’est se mettre à la place d’un autre" (Le Passé défini).



Surtout, Cocteau est un travailleur acharné. C’est un aspect de lui assez peu reconnu à cause, sans doute, de la facilité avec laquelle il semble aborder les différents moyens d’expression artistique.


L’image d’un touche-à-tout de génie qu’on lui attribue le plus souvent tend à faire de lui un artiste amateur, avec ce que cela implique de superficiel. Cocteau ressent le travail comme un besoin impérieux, une sorte de revanche sur un physique qu’il a toujours considéré avec un embarras certain et qu’il voit se dégrader avec le temps: "Je me lève. Je me mets au travail. C’est le seul moyen qui me rende possible d’oublier mes laideurs et d’être beau sur ma table. Ce visage de l’écriture étant somme toute mon vrai visage. L’autre une ombre qui s’efface.

Vite que je construise mes traits d’encre pour remplacer ceux qui s’en vont" confie-t-il au lendemain du tournage de La Belle et la Bête dans La Difficulté d’être.





Jean Cocteau Le mystère de Jean l’oiseleur n°15, 1924




Un milieu aisé, cultivé et décadent


Jean Cocteau est né alors qu’on inaugurait la Tour Eiffel, pour commémorer le centenaire de la Révolution, le 5 juillet 1889.

Issu d’une famille de la bourgeoisie très aisée de la fin du 19e siècle, baignée dans "un climat post-romantique empreint de fantaisie, d’érudition légère et de mélancolie" (Claude Arnaud), il évoquera ce milieu dans Portraits-souvenir et dans le chapitre "De mes évasions" de La Difficulté d’être.


Son enfance se partage entre une grande maison familiale à Maisons-Laffitte l’été et l’hiver un hôtel particulier, appartenant à la famille maternelle, dont les parents de Jean occupent une partie, rue La Bruyère, dans le 9e arrondissement.


Les arts, et la musique en particulier, occupent une place importante dans cette famille maternelle: le grand-père possède deux stradivarius (mais aussi des dessins d’Ingres et des toiles de Delacroix) et le compositeur espagnol et violoniste, Sarasate, est un ami de la famille.


Georges Cocteau, le père de Jean, peut, grâce à ses rentes, abandonner sa charge de notaire et partager sa vie entre le billard et la peinture.

Son fils le regarde faire pendant des heures et il est très tôt initié au dessin par ce père assez taciturne qu’on devait retrouver mort dans son lit, une balle dans la tête, au matin du 5 avril 1898.

La mère, Eugénie, bonne musicienne, a hérité du piano de Rossini, adore le théâtre et l’opéra, reçoit dans son salon les Daudet, la princesse Murat et pose pour Jacques-Émile Blanche, le portraitiste de la meilleure société du temps.


Pendant l’enfance et l’adolescence, Jean Cocteau reçoit donc de sa famille le legs "d’une culture joyeuse, éclectique et jamais intimidante, vécue de l’intérieur par des interprètes de premier plan, qui resteront jusqu’au bout son public naturel" (Claude Arnaud).

Il assiste bien sûr aux premières projections des frères Lumière, boulevard des Capucines, mais aussi à des spectacles de cirque qui l’enchantent et à des représentations au Théâtre du Châtelet, notamment du Tour du monde en 80 jours, qui vont le marquer durablement.
Il construit des décors de théâtre dans la cour de l’hôtel particulier de ses grands-parents…


Renvoyé pour absences trop fréquentes du lycée Condorcet, l’adolescent rate à trois reprises son baccalauréat mais il est déjà trop lancé dans la vie mondaine et littéraire pour se soucier réellement de ses échecs scolaires.



Des amis, Lucien Daudet, Reynaldo Hahn, puis Maurice Rostand lui ouvrent tous les salons parisiens qui raffolent de ce poète en herbe et une soirée organisée en son honneur, le 4 avril 1908, au théâtre Femina sur les Champs-Élysées par un monstre sacré de l’époque, le comédien De Max, le lance définitivement alors qu’il n’a que dix-neuf ans.


Il publie l’année suivante son premier recueil La Lampe d’Aladin, suivi en mai 1910 d’un second, Le Prince frivole. Les deux recueils sont entachés d’une poésie où se concentrent toutes les faiblesses et tous les tics fin-de-siècle mais les éloges sont unanimes.


Il est l’alter ego de la poétesse la plus célèbre et respectée de son temps, Anna de Noailles, et il parvient même à attirer l’attention de Proust qui le juge "très remarquablement intelligent et doué" (cité par Claude Arnaud).


Proust est son aîné de vingt ans mais n’a pas encore commencé la publication de La Recherche. Il est un parfait inconnu en dehors des salons qu’il fréquente et il voit dans le jeune Cocteau, auréolé d’une gloire soudaine, le jeune homme qu’il aurait voulu être.

Il fait même cet aveu dans une lettre: "Je crève de jalousie quand je vois dans vos ravissantes pièces sur Paris comme vous savez évoquer des choses que j’ai ressenties et que je n’ai pu arriver à exprimer que d’une façon si pâle".







Afffiche pour les Ballets Russes 1911




La mue

On pourrait croire qu’à vingt ans Cocteau est arrivé, il n’en est rien. Il n’est encore qu’un poète de salon, un mondain qui n’enchante que les mondains.

En 1910, les Ballets russes ébranlent Paris par la luxuriance de la musique, des costumes et des décors. Le jeune homme est enthousiaste, médusé. Il fait connaissance en coulisse de Stravinsky, de Nijinski, et du directeur de la troupe, Serge de Diaghilev, qui lui commande un argument de ballet.

Ce sera Le Dieu bleu, un échec. Un soir, place de la Concorde, alors que Cocteau, Nijinski et Diaghilev allaient souper, ce dernier se tourne vers le jeune poète et lui lance le fameux défi: "Étonne-moi !".

Le Sacre du printemps, le nouveau ballet de Stravinsky, va constituer la plus grande révélation esthétique de sa vie. Il comprend qu’il n’a jusqu’alors qu’emprunté, brillamment certes, des chemins tracés par d’autres.

Il va désormais cultiver la modernité, se plaire à étonner. En peu de temps, il quitte la défroque du poète symboliste et décadent, la mue est radicale.
Cocteau se met à composer Le Potomak, une œuvre hybride, alternant dessins et textes, d’une liberté absolue de forme qu’il tiendra toujours pour son authentique premier livre mais dont la déclaration de guerre suspend la publication.

"Après le scandale du Sacre, j’allai rejoindre Stravinsky à Leysin, où il soignait sa femme. J’y terminai Le Potomak […]. Rentré à Maisons-Laffitte, je décidai de me brûler ou de renaître. Je me cloîtrai. Je me torturai. Je m’interrogeai. Je m’insultai. Je me consumai de refus. Je ne conservai de moi que les cendres" (La Difficulté d’être).





Le Potomak, [illustration pour une plaquette de promotion], 1914

Cocteau avait été réformé en 1909 pour faiblesse de constitution mais la vague patriotique au moment de la déclaration de guerre, l’enthousiasme des premiers jours aidant, il se démène pour porter l’uniforme et devient infirmier.

Il voit alors la guerre de très près et sous le jour barbare des blessures affreuses, des cadavres décomposés couverts de mouches, de la gangrène, des cris des amputés et des mourants, toutes choses qui passeront dans Thomas l’imposteur.

De retour à Paris, il fonde avec son ami Paul Iribe, décorateur et ébéniste, une revue assez cocardière, Le Mot, où paraissent ses éblouissantes caricatures cubistes de "Boches", enfants directs des Eugènes, personnages terribles du Potomak.
De sa rencontre avec l’aviateur Roland Garros naîtront les poèmes du Cap de Bonne-Espérance, dont les textes éclatés sur la page reprend l’esprit des calligrammes de Guillaume Apollinaire.
En 1916, Cocteau rentre définitivement à Paris où il fait la connaissance des artistes qui constituent l’avant-garde de l’époque: Picasso, Érik Satie, Max Jacob et Apollinaire.

La métamorphose de Cocteau s’opère. Avec Picasso, qui sera tout au long de sa vie son grand modèle et son complice, et Érik Satie, il conçoit le "ballet réaliste" Parade qui, s’il n’a pas répété le scandale du Sacre du printemps, assoit solidement l’image de Cocteau en fer de lance de l’avant-garde.

Sa mue est accomplie. Elle déconcerte l’entourage mais trouve un écho très élogieux sous la plume de Proust qui prête au personnage d’Octave de À la Recherche du temps perdu les traits de Cocteau: "Ce jeune homme fit représenter de petits sketches, dans des décors et avec des costumes de lui, et qui ont amené dans l’art contemporain une révolution au moins égale à celle accomplie par les ballets russes.

Bref les juges les plus autorisés considérèrent ses œuvres comme quelque chose de capital, presque des œuvres de génie, et je pense d’ailleurs comme eux, ratifiant ainsi, à mon propre étonnement, l’ancienne opinion de Rachel" (La Fugitive).



Portrait d' Erik Satie


Le poète d’avant-garde


Cocteau est sur tous les fronts de la modernité dans ces années-là, il fédère les musiciens du Groupe des Six, les impose au public par une série de concerts, fonde avec Blaise Cendrars les éditions de la Sirène, fréquente Dada, exalte partout l’art nouveau, dont Le Coq et l’Arlequin (1918) est une sorte de manifeste.

Il est l’inspirateur du cabaret le plus en vue du temps, Le Bœuf sur le toit. Cette suractivité suscite la jalousie de Tristan Tzara et des jeunes gens du groupe Littérature (Breton, Aragon, Soupault) qui ont le sentiment d’être dépossédés par cet aîné trop brillant, trop en vue et très connu déjà.

Breton, pour qui Cocteau est "l’être le plus haïssable de ce temps", lui voue très vite une haine tenace, clé de la guerre impitoyable que mènera toujours le groupe surréaliste. C’est ainsi par les épithètes de "charogne" et de "bête puante" que La Révolution surréaliste parlera plus tard de Cocteau.
Outre une antipathie, née selon toute vraisemblance dans ce qu’on ne nommait pas encore "homophobie", la mort d’Apollinaire mettait en lice pour une rivalité tacite mais violente Cocteau et les futurs surréalistes, qui n’ont encore rien publié, afin de reprendre le flambeau de la modernité.

De plus, l’apparition, en 1919, dans le monde littéraire de Raymond Radiguet, que Breton essaiera en vain de s’attacher mais qui préfèrera la compagnie de Cocteau, ne fera que couper encore plus définitivement les ponts entre les deux hommes.




Le Groupe des Six . Crédit photo : Lipnitzki-Viollet

Raymond Radiguet


La rencontre de Radiguet est capitale pour Cocteau.

"À partir de 1917, Raymond Radiguet, âgé de quatorze ans, m’apprit à me méfier du neuf s’il a l’air neuf, à prendre le contre-pied des modes de l’avant-garde . […] Il inventa et nous enseigna cette attitude, d’une nouveauté étonnante, qui consistait à ne pas avoir l’air original (ce qu’il appelait porter un costume neuf) ; il nous conseilla d’écrire "comme tout le monde" parce que c’est justement par où c’est impossible que s’exprime l’originalité. […]

Il m’enseigna la grande méthode. Celle d’oublier qu’on est poète et d’en laisser le phénomène s’accomplir à notre insu" (La Difficulté d’être).

C’était reprendre et compléter l’enseignement d’Érik Satie, un autre de ses maîtres: "Satie enseigne la plus grande audace à notre époque: être simple" (Le Coq et l'Arlequin).

Voilà la seconde mue du poète, celle dont va naître Cocteau à lui-même. Le Cocteau provocateur de Parade, qui avait répondu à l’injonction de Diaghilev, cède le pas à un Cocteau qui n’hésite plus à écrire maintenant: "L’élégance consiste à ne pas étonner" (Le Mystère laïc) et que ses premiers romans, Le Grand Écart et Thomas l’imposteur, inscrivent dans la tradition classique du roman d’analyse.

Les années en compagnie de Radiguet sont d’une fécondité exceptionnelle et, lorsque le jeune poète et romancier meurt en 1923, Cocteau est anéanti.

C’est à la suite de ce deuil qu’il commencera à fumer de l’opium, pratique qu’il n’abandonnera plus toute sa vie durant, sinon pendant l’Occupation.
Les tentatives de désintoxication rythmeront toute la vie du poète. À l’issue de celle de 1928, il écrira et dessinera Opium, une de ses œuvres majeures. Les années 20 voient paraître parmi les plus grandes œuvres de Cocteau: Orphée, qu’admirera R. M. Rilke, pour le théâtre, Opéra et Plain-Chant pour la poésie, Thomas l’imposteur et Les Enfants terribles pour le roman, ainsi que son premier film, Le Sang d’un poète, commandité par Charles et Marie-Laure de Noailles.

Ce film, un coup de maître qui imposera aussitôt Cocteau comme cinéaste, ne fera qu’exacerber l’aversion des surréalistes et la décennie suivante commencera par un scandale provoqué par Éluard à la Comédie-Française lors de la création de La Voix humaine.




Jean Cocteau Raymond Radiguet endormi
[dessin refait dans les années 50 mais noté 1922]



Opium

Les années 30 sont beaucoup moins riches. Cocteau est toujours sous l’emprise de l’opium. Il se disperse, fait avec son nouvel ami Marcel Khill le tour du monde en 80 jours, au cours duquel il rencontre sur un paquebot Charles Chaplin et Paulette Goddard, enfin s’improvise manager du boxeur noir américain Al Brown qu’il pousse à reconquérir son titre perdu de champion du monde.

Son visage amaigri, l’aspect inquiétant de son physique travaillé par la drogue et un parfum de scandales autour de lui donnent même à Robert Wiene, le réalisateur du Docteur Caligari, songeant à un remake sonore de son film de 1919, l’idée de proposer à Cocteau le rôle de Cesare, le somnambule assassin.

Cocteau se tourne pendant ces années-là surtout vers le théâtre et donne en 1932 La Machine infernale, reprise de l’histoire d’Œdipe, puis en 1938 Les Parents terribles pour lesquels Aragon écrit: "Les Parents terribles classent de façon irréfutable Jean Cocteau dans le tout premier rang des écrivains français".


Cocteau sera parisien pendant l’Occupation. Travaillant essentiellement pour le théâtre et le cinéma, il fera de Jean Marais la vedette la plus adulée de ces années sombres, multipliant les triomphes publics dont celui du film L’Éternel Retour.

Il mettra aussi tout en œuvre pour imposer le génie de Jean Genet. Se tenant à l’écart de la politique, il remue ciel et terre pour sauver Max Jacob mais son "Salut à Breker" publié en mai 1942 voilera longtemps son image.







La reconnaissance du grand public


Encouragé par le succès phénoménal que remporte Jean Marais, Jean Cocteau se tourne de plus en plus vers le cinéma sans pour autant cesser de dessiner et d’écrire.

Les longs poèmes Leone et La Crucifixion, en 1945, ainsi que son essai La Difficulté d’être, l’année suivante, comptent parmi ses chefs-d’œuvre. Le couple Cocteau-Marais connaît un triomphe avec La Belle et la Bête, tourné à la Libération, suivi de L’Aigle à deux têtes et des Parents terribles.

Mais le succès ne sera plus au rendez-vous, du moins dans les proportions espérées, pour un film il est vrai bien plus difficile comme Orphée en 1950. Les Cahiers du cinéma sont enthousiastes et le vrai bénéfice sera tiré dix ans plus tard lorsque Truffaut, qui vient de connaître le succès des Quatre cents coups, permettra le montage financier du Testament d’Orphée.


Les dernières années de sa vie, Cocteau ne produit pas moins abondamment mais on peut regretter de le voir développer une œuvre graphique plus brillante que novatrice ou profonde.

Le trait est beaucoup moins libre, moins inventif. Son dessin se fige dans un modèle infiniment répété. Il décore de nombreuses chapelles ou églises, la salle des mariages de la mairie de Menton, entre à l’Académie française, devient très médiatique.

Mais le poète va encore une fois surprendre et triompher là où on ne l’attendait pas. Le septuagénaire, en phase cette fois avec la Nouvelle Vague, tourne Le Testament d’Orphée qui le remet, à la veille de sa mort, le 11 octobre 1963, au centre de la vie artistique dans ce qu’elle a de plus novateur.

Le vieux poète confie aussitôt passé le générique: "Mon film n'est pas autre chose qu'une séance de strip-tease, consistant à ôter peu à peu mon corps et à montrer mon âme toute nue. Car il existe un considérable public de l'ombre, affamé de ce plus vrai que le vrai qui sera un jour le signe de notre époque. Voici le legs d'un poète aux jeunesses successives qui l'ont toujours soutenu." Ce qui pourrait être le secret de la majeure partie de ses œuvres.





Dernière édition par Bridget le Dim 3 Juil - 0:16, édité 9 fois
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MessageSujet: Re: JEAN COCTEAU   Sam 19 Juin - 16:00


COCTEAU PENDANT L’OCCUPATION



Jean Cocteau aura traversé deux guerres au cours de sa vie.
De l’engagement volontaire lors du premier conflit mondial à une attitude qui a parfois laissé la place au malentendu pendant l’Occupation, la conduite du poète a souvent été dictée par son sentiment de n’être pas réellement de ce monde.




L’armée allemande a tenté en arrivant à Paris une opération de séduction. Elle a cherché à rassurer et flatter en faisant, dans un premier temps, grand cas de la culture française. Il y aura même pendant ces années-là une sorte d’exception française.

Les autorités d’occupation, moins rigides que celles de Vichy, autorisent aux Parisiens certaines expositions et certains films qui auraient été interdits à Berlin. Les jazz-bands noirs continuent de se produire dans les boîtes de Pigalle, malgré les diatribes de Je suis partout contre la musique "négro-judéo-américaine".

Les Allemands laissent faire avec l’idée que la France pourrira ainsi dans sa décadence: " Laissez-les donc dégénérer ! C’est tant mieux pour nous !" aurait dit Hitler.
Par ailleurs, des gens comme Ernst Jünger, officier dans les troupes d’occupation, sont très francophiles. "On nous répétait sans cesse que […] c’était la France qui, après la guerre, serait l’institutrice du monde", témoignera Jouhandeau.

Après un court exode à Perpignan, Cocteau reprend sa vie à Paris en compagnie de Jean Marais démobilisé.

Le milieu dans lequel a grandi et vécu Cocteau n’a aucune tradition de résistance. On trouve toujours un arrangement avec le pouvoir en place, quelle qu’en soit la couleur ; et le pacifisme foncier du poète se trouve conforté par une attitude passive.

Il n’est de toutes façons pas le seul écrivain à rester silencieux. Aucune des grandes figures intellectuelles et morales de l’époque ne prend la parole. Il est certain que le nazisme n’est pas encore dans les consciences le mal incarné. La résistance intellectuelle, quand elle existe, est discrète: René Char, Jean Guéhenno écrivent mais refusent de publier. Malraux se fait éditer en Suisse.

Cocteau se replie donc sur lui-même, sur son œuvre et sur le recours à l’opium. Il n’a pas pour autant la moindre sympathie envers le régime nazi qui lui répugne profondément. "Un salut déifiant un homme, c’est sinistre". Toutefois Cocteau commet la légèreté de ne pas voir qu’il devient par là l’otage implicite de la puissance occupante.


Cocteau était issu d’un milieu plutôt antisémite. Sa famille était en bloc et violemment contre le capitaine Dreyfus et Cocteau avait partagé, jusque dans les années 20, cet antisémitisme mondain avant d’opérer un revirement complet. Le 4 mai 1940, il signe une pétition de la LICA (Ligue internationale contre l’antisémitisme) dénonçant la montée du sentiment anti-juif en France et "les crimes qui s’accomplissent chaque jour".


Un bouc émissaire idéal


Le régime de Vichy et surtout les milieux collaborationnistes parisiens, menés par Brasillach, Rebatet et Laubreaux (alias Daxiat, personnage que l’on voit à l’œuvre dans Le Dernier Métro (1980) de François Truffaut) vont trouver un bouc émissaire idéal en la personne de Jean Cocteau.

Il n’est pas la seule cible des collabos. D’autres sont visés: André Gide, François Mauriac, essentiellement pour leur homosexualité et même Léon Blum, à qui est adressé contre toute vraisemblance le même reproche.

Ils sont les corrupteurs de la jeunesse ! Le cas de Cocteau est aggravé car, lors de la décennie précédente, on s’est formé de lui l’image d’un homme décharné sous l’emprise de l’opium. On ira même jusqu’à lui reprocher d’avoir fait remonter sur le ring la "pédale noire" Al Brown qui avait, pour reconquérir son titre de champion, envoyé de bons Français au tapis !


Toutefois, l’opium devenant difficile à trouver en ces années d’Occupation, et le régime de Vichy renforçant la répression contre tout ce qui peut entraver à ses yeux le relèvement moral de la France, Jean Marais arrive à convaincre Cocteau de suivre une nouvelle cure de désintoxication qui s’achève avec succès début 1941.




Jean Cocteau et Jean Marais

Deux spectacles interdits: "La Machine à écrire" et "Les Parents terribles"

C’est dans ce contexte que Cocteau écrit et décide de faire jouer La Machine à écrire. Soumise aux autorités, la pièce scandalise aussi bien les Allemands que le gouvernement de Vichy qui interdit le spectacle.

Cocteau se résigne à supprimer les passages les plus violents, demande l’avis de l’épouse française de l’ambassadeur allemand Otto Abetz, et le directeur de théâtre Jacques Hébertot intervient auprès de la Propagandastaffel.
Ces manœuvres réussissent, les Allemands demandent à Vichy de lever l’interdiction, mais ils se contredisent en interdisant la pièce dès le lendemain de la première qui eut lieu le 29 avril 1941. La presse se déchaîne: "La Machine à écrire est le type même du théâtre d’inverti", lit-on dans Je suis partout.


Le climat se modifie pendant l’été 1941. Les communistes ne sont plus retenus par le pacte germano-soviétique. Les Allemands cherchent désormais davantage à se faire craindre qu’à se faire aimer ou accepter.

C’est alors que Cocteau songe à remonter la pièce Les Parents terribles, que Brasillach jugeait déjà à sa création en 1938 "décadente". Le théâtre du Gymnase est à plusieurs reprises attaqué par les troupes du Parti Populaire Français conduites par Laubreaux.
Le 8 décembre la pièce est interdite comme "contraire à l’œuvre de résurrection nationale". Dès lors, Cocteau et Marais sont les cibles favorites des militants du PPF. Ils essuient partout insultes et provocations. Le 27 août 1943, Cocteau sera hué et tabassé près de la place de la Concorde par des éléments de la Légion des volontaires français.


Devant cette hostilité de plus en plus ouverte, Cocteau trouve un protecteur en la personne d’Ernst Jünger, et se montre inégalement prudent dans ses relations avec l’occupant.
S’il refuse de déjeuner à l’ambassade d’Allemagne, il lui arrive de se rendre à l’Institut allemand (de même que Gaston Gallimard ou Jean-Louis Barrault), reçoit chez lui en uniforme Gerhardt Heller, un jeune officier francophile, dîne chez Maxim’s avec Albert Speer, l’architecte d’élection d’Hitler.

Cette conduite est payante puisque l’autorisation de reprendre Les Parents terribles est enfin obtenue en décembre, provoquant de nouveau la fureur des ultras de la collaboration. Un commando de cent-cinquante "camelots" attaque le théâtre où se joue le spectacle et, devant la réaction du public en faveur de Cocteau, lâche des rats à l’orchestre.

Les Parents terribles disparaissent une fois de plus de l’affiche. Cocteau propose, à la Comédie-Française, Renaud et Armide dont le premier vers est "Réveillez-vous, Renaud, et reprenez vos armes", mais le secrétaire d’état à l’Éducation nationale et à la jeunesse de Vichy juge "indésirable" son auteur.

Quand la pièce sera enfin autorisée, elle rencontrera un des plus grands succès de la scène, de ces années-là, au côté de La Reine morte de Montherlant et du Soulier de satin de Paul Claudel.


Le rejet de l’occupant toutefois s’accentue en 1942 mais, mis à part René Char et Jean Prévost, les écrivains ne passent guère à l’action, ils se contentent de garder cette attitude passive qu’ils avaient adoptée aux premiers jours de l’Occupation.

Cette occupation bouleverse les amitiés et les inimitiés tissées avant la guerre. Cocteau, par l’intermédiaire de Picasso (interdit d’exposition et suspect car sa mère était à demi juive), renoue avec ceux qui l’avaient insulté et traîné dans la boue. Breton étant parti aux Etats-Unis, Cocteau n’est plus le pestiféré qu’il a été pour Éluard, ou Valentine Hugo, et même Desnos, d’autant que les attaques venimeuses et constantes de la presse collaborationniste lui valent un prestige certain.





Cocteau et Picasso à Vallauris


Imprudence: le "Salut à Breker"


C’est alors que Cocteau commet une imprudence qui lui sera vivement reprochée.

Au printemps 1942, Laval décide d’organiser une exposition du sculpteur officiel du Reich, Arno Breker, et Cocteau sans la moindre pression publie dans Comœdia du 23 mai un "Salut à Breker", attitude qu’Éluard est le premier à condamner. "Freud, Kafka, Chaplin sont interdits par les mêmes qui honorent Breker. On vous croyait parmi les interdits. Que vous avez eu tort de vous montrer soudain parmi les censeurs ! Les meilleurs de ceux qui vous admirent et qui vous aiment en ont été péniblement surpris."


C’est au même moment que les Juifs se voient contraints de porter l’étoile jaune sur le cœur dans toute la zone occupée. La conduite de Cocteau est à ce sujet sans la moindre tache: il est le premier à prévenir ses amis Juifs, ne cesse d’écrire à Roger Stéphane quand celui-ci est emprisonné et, avec Picasso, il est un des très rares à assister à l’enterrement de Chaïm Soutine.

Fin 1943, une lettre de Max Jacob lui annonce que son frère a été arrêté et envoyé en Allemagne, que sa sœur aînée en est morte de chagrin.

En janvier 1944, Cocteau intervient sans succès pour sauver une autre sœur de Max Jacob et, en février, c’est au tour de Max Jacob d’être arrêté.

Cocteau sonne à toutes les portes qui pouvaient lui apporter quelque secours, dit s’être offert à la Gestapo pour prendre sa place, fait circuler une pétition dans tout Paris.


Une image brouillée



Autour de Cocteau les attitudes sont très variées. Marcel Khill, le compagnon des années du Front populaire, est tué dès les premiers jours du conflit. Jean Marais crache au visage de Laubreaux un soir de juin 41 avant de lui envoyer son poing dans la figure. Jean Desbordes, en qui Cocteau avait reporté tout son amour après la mort de Radiguet, entre dans la Résistance, est arrêté et meurt après des heures de torture.

Franz Thomassin, qui avait disputé auprès de Cocteau la place de Desbordes et s’était de désespoir coupé un doigt en 1932, entre aussi dans la Résistance ainsi que Pierre Herbart et Roger Stéphane. La plus élémentaire des prudences leur faisait bien évidemment garder le silence sur leur engagement auprès de Cocteau qui, trop fier de leur courage, n’aurait peut-être pas su garder sa langue !

Lorsque le chef de la censure allemande lui propose, en 1943, de monter Le Prince de Hombourg de Kleist avec Jean Marais dans le rôle principal, il refuse, mais ce refus passe inaperçu tandis que circule largement une photo prise avec Zarah Leander, la star suédoise du cinéma nazi en tournée à Paris.

L’apolitisme de Cocteau brouille constamment l’image qu’il donne de lui pendant ces années-là. Sa volonté de travailler l’exposait plus que d’autres. Cocteau était conscient de n’avoir pas été courageux. Mais comment l’accuser d’avoir fait jouer ses pièces? Sartre avait monté Les Mouches en 1943. Camus avait fait jouer Le Malentendu avec l’appui de Gerhardt Heller que Cocteau recevait chez lui.

En novembre 1944, Cocteau passa devant le Comité de libération du cinéma français. Il fut acquitté et ne se présenta même pas devant le Comité d’épuration des écrivains français qui le mit également hors de cause. Éluard et Aragon prenaient résolument sa défense.

Sans aucune rancune envers ceux qui l’avaient si violemment attaqué dans Je suis partout, Cocteau signera la pétition demandant la grâce de Brasillach, puis de Rebatet et interviendra en faveur de Céline à son procès.


Dans son journal de tournage de La Belle et la Bête Cocteau écrira: "Cinq ans de haine, de craintes, de réveils en plein cauchemar. Cinq ans de honte et de boue. Nous en étions éclaboussés, barbouillés jusqu’à l’âme."



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MessageSujet: Re: JEAN COCTEAU   Sam 19 Juin - 16:58

ORPHÉE


"Ma politique est nulle", confiait Cocteau à François Mauriac.

Le malaise qu’éprouvait le poète à trouver la position juste parmi les hommes et les grands mouvements de l’histoire vient de sa nature même dont il a voulu donner une image au travers de son appropriation très personnelle, quarante ans durant, du personnage et du mythe d’Orphée.




Jean Cocteau dans "le Testament d'Orphée", Les Baux, 1959 - © Lucien Clergue

Le mythe

Le personnage d’Orphée, le mythe créé autour de ses pouvoirs et de ses malheurs ont inspiré de façon très inégale les différents domaines artistiques.

La littérature, après Virgile et Ovide, est longtemps restée indifférente aux douleurs du poète de Thrace, mais un regain d’intérêt s’est dessiné au début du 20e siècle: Apollinaire lui consacre un de ses plus beaux recueils, Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée, paru précisément aux éditions de la Sirène fondées par Cocteau et Cendrars, et R.-M. Rilke publie en 1922 ses fameux Sonnets d’Orphée.

C’est donc dans une tradition, sinon littéraire du moins scénique, que s’inscrit Cocteau en donnant au théâtre, en 1926, une version modernisée des aventures d’Orphée, admirée par Rilke et qualifiée de "la plus grande tragédie de notre temps" par Virginia Woolf.

À partir de cette date, la figure du poète thrace ne quittera plus vraiment l’œuvre de Cocteau. Présent dans de très nombreux dessins, Orphée se retrouvera plongé dans la France de l’après-guerre par une version cinématographique en 1950 et, après avoir figuré sur le pommeau de l’épée du nouvel académicien, en pleine Nouvelle Vague avec Le Testament d’Orphée en 1959.


Orphée, Cocteau, le poète


L’identification du poète antique et du poète parisien deviendra, en passant d’une œuvre à l’autre, chaque fois plus évidente, soulignée même.

La pièce écrite en 1925 reprend le mythe dans un contexte à la fois moderne et légèrement intemporel. Au premier abord, il ne vient pas à l’esprit d’établir derrière la représentation contemporaine du poète antique la moindre relation avec la vie et la personnalité de Cocteau.

Mais les indices se feront plus précis dans la version cinématographique de 1950.

Dès les premières images, dans une atmosphère indéniablement germanopratine, le poète, incarné par Jean Marais, est présenté comme relégué dans l’oubli par la jeunesse qui lui préfère un nouveau venu dans le monde littéraire: Cégeste.

À n’en pas douter, il faut voir là une mise en scène de la propre situation du poète qui vient d’avoir soixante ans et qu’une enquête de Combat du 12 septembre 1948 vient surtout de classer en dix-septième position à la question "Quel est le plus grand écrivain vivant ?".


L’identification deviendra totale dans le troisième film, Le Testament d’Orphée. Il n’y a même presque plus guère de raisons de considérer l’œuvre comme une œuvre de fiction.

Cocteau lui-même tient le rôle d’Orphée, ou mieux il "est" Orphée. La fusion entre les deux poètes est absolue.

C’est Jean Cocteau que nous voyons à l’image, entouré dans certaines séquences de ses amis du moment et de toujours: Picasso, Édouard Dermithe, Francine Weisweiler, etc. C’est son testament qu’il nous livre, un testament en images étranges pour dire l’étrangeté qui l’a toujours habité.

Ne confie-t-il pas d’ailleurs qu’il s’agit "d’une séance de strip-tease, consistant à ôter peu à peu [son] corps et à montrer [son] âme toute nue" ? Orphée est devenu le nom du poète dans l’absolu. Le nom que se donne Cocteau.



http://www.jeancocteau.net/bio2_fr.php

http://www.cnac-gp.fr/education/ressources/ENS-cocteau/ENS-cocteau.html


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MessageSujet: Re: JEAN COCTEAU   Mar 22 Juin - 23:32

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La maison de Cocteau s'éveille d'un long sommeil





Jean Cocteau devant sa maison, en 1963




Désertée depuis douze ans, la demeure du poète à Milly-la-Forêt rouvre le 24 juin. Visite guidée.


Il y a deux manières de comprendre le lien particulier qui liait ­Cocteau à la maison de Milly-la-Forêt, dans l'Essonne près de Paris. La première, réservée aux happy few, consiste à se coucher sur le lit de l'écrivain, curieusement orienté en diagonale dans la chambre.

Par la fenêtre, on aperçoit les créneaux du château tandis qu'à gauche se déploie sur une fresque naïve le même château, dressé dans un décor verdoyant et peint, croit-on, par Jean Marais.

L'autre manière, plus orthodoxe, est de se projeter en 1947, année où ­Cocteau achète Milly, et à régler la mise au point sur l'entrée qu'emprunta le poète.

Au bout de la rue, au pied des deux tourelles qui ornent la façade, s'ouvre à gauche une petite porte bleue.







Poussez-la : la vue s'ouvre sur la douve du château, surmontée de ruines sur lesquelles la végétation de l'Essonne se donne des allures de jungle.

Quand Cocteau la découvre, il vient d'achever le tournage de La Belle et la Bête au château du Raray près de ­Senlis. Le même rêve de paysage enchanté s'étale devant lui.

«Vous êtes accusé de vouloir sans ­cesse pénétrer en fraude dans un monde qui n'est pas le vôtre », écrit-il dans ­Orphée pour définir le poète. Milly, justement, se révèle comme un havre à mi-chemin du songe et de la réalité.
Il n'en peut plus du Palais-Royal, de la sonnette qui le dérange mille fois par jour pour un conseil, une préface, un dessin. Lui qui ne sait pas dire non a besoin de vrais kilomètres pour mettre la distance et soigner son eczéma.

Jean Marais est copropriétaire. Il n'y viendra jamais. La Belle et La Bête, L'Éternel ­retour, Orphée ont fait de lui le grand acteur français d'après-guerre. Cocteau jette son dévolu sur Édouard Dermit, surnommé «Doudou», aide-jardinier au physique d'ange Heurtebise qu'il jette occasionnellement sur l'écran.

C'est lui qui veillera sur la maison de Milly-la-Forêt. Après la mort de ­Cocteau, en 1963, et, sur son conseil, il se marie. Il a deux fils dont il s'occupe peu, mais reste à Milly jusqu'à sa mort en 1995, veillant sur les collections et les pièces de ­Cocteau qu'il a pris soin de fermer à clé.

La maison sort de son sommeil en 2002 quand Pierre Bergé la rachète avec l'aide du département et de la région pour en faire la maison musée Jean-Cocteau.

Paradis artificiels, dandysme

Le Mystère de Jean l'Oiseleur trône en lieu et place de la cuisine ; les Potomack et autres dessins surgis dans la rapidité d'une page d'écriture occupent l'entrée.

Plusieurs murs intérieurs ont été abattus pour former des salles d'exposition. ­Seules trois pièces ont été conservées : le salon au rez-de-chaussée et, au premier, la chambre et le bureau, tapissé de tissus léopard des murs au plafond. Là, dans un amoncellement d'objets juxtaposés à la manière d'un collage dada, on se surprend dans l'intimité du poète.

Hétéroclite, théâtral, ce bric-à-brac se décode et parle de l'artiste au prix d'une analyse de détails.

Cheval de manège et trophées dans le salon, antiques, pietà, estampes érotiques, machine à écrire, pipe à opium, feutres, pastels, ­godemiché en os, ardoise avec épinglés ici une photo de corrida, là le pape portant la tête sinistre de Jean-Paul Sartre.

Humour, progrès, rapidité, enfance, exotisme, paradis artificiels, érotisme, dandysme, tous les objets évoquent la métamorphose que, dans sa création, leur fait subir l'artiste : «Je me lève, écrit-il. Je me mets au travail. C'est le seul moyen qui me rende possible d'oublier mes laideurs et d'être beau sur ma table. Ce visage de l'écriture est ­somme toute mon vrai visage, l'autre une ombre qui s'efface. »

Dans les pièces à côté, sont exposées quelques-unes des cinq cents œuvres laissées à Milly par Cocteau, dans un cheminement conçu par Dominique ­Païni, conservateur de la maison, qui avait signé naguère l'exposition ­Cocteau à Beaubourg.

Ici les amis Proust et Picasso, là Coco Chanel et Schiaparelli, plus loin l'itinéraire artistique, et encore les portraits faits de Cocteau par des grands : Warhol, Man Ray ou Irving Penn. En somme, diverses rencontres de génies dont Cocteau était l'organisateur.








Jean Cocteau par Irving Penn


Maison Jean-Cocteau, 15 rue du Lau, 91490 Milly-la-Forêt. Tél. : 01 64 98 11 50. Ouverture du mercredi au dimanche, de 10 heures à 19 heures.



http://www.lefigaro.fr/culture/2010/06/18/03004-20100618ARTFIG00645-la-maison-de-cocteau-s-eveille-d-un-long-sommeil.php



La Chapelle des Simples de Milly la Forêt




Pour pouvoir travailler au calme en-dehors de Paris, Jean Cocteau achète fin 1947 à Milly avec Jean Marais la Maison du Bailli, près du château. Ils la meublent de plein de formes et de couleurs. Cocteau n’y vient d’abord qu’occasionnellement, puis plus longuement à partir du moment où il se lie avec Edouard Dermit.

Les chevaliers des Croisades avaient rapporté d’Orient la lèpre et, à partir du XIIe siècle, les lèproseries s’ouvraient en France de plus en plus nombreuses pour accueillir les malades. C’est ainsi que fut construite celle de Milly, comprenant une chapelle édifiée en 1136.
Dans les années cinquante, il ne restait plus de la maladrerie de Milly qu’une chapelle dédiée à Saint-Blaise, martyr du IVe siècle qui guérissait par les "simples", c’est-à-dire les plantes médicinales -et les prières !


Cocteau, lorsqu’il découvrit cette histoire, voulut redonner vie à cette chapelle abandonnée. Lui qui disait : "Le souffle qui m’habite, je le connais mal, mais il n’est pas tendre. Il se moque des malades" décore en 1959 les murs de la chapelle, en souhaitant que ce fut au profit des oeuvres sociales de Milly.





Dans le petit jardin aménagé autour de la chapelle, une mise en garde : "les plantes simples sont souvent toxiques et vénéneuses"…

Quatre ans plus tard, le 11 octobre 1963, il décède à Milly, à soixante quatorze ans, quelques heures après Édith Piaf. Il y repose depuis, dans la Chapelle Saint-Blaise des Simples.


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MessageSujet: Re: JEAN COCTEAU   Sam 3 Juil - 0:45




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La maison de Jean Cocteau à Milly-la-Forêt, dans l'Essonne, est ouverte au public depuis le 24 juin. Plusieurs pièces, restées intactes après son décès, ainsi que des espaces d'exposition permettront ainsi de découvrir l'univers de cet artiste aux talents multiples.







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MessageSujet: Re: JEAN COCTEAU   Dim 3 Juil - 0:11


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Dimanche 3 juillet 2011 à 22.00 (inédit)


Samedi 9 juillet 2011 à 19.50




Une maison, un écrivain



Jean Cocteau, le refuge




Collection documentaire




La maison de Cocteau à Milly-la-Forêt, havre de paix pour l'artiste, est aujourd'hui un musée ouvert au public.
© A Prime Group ; Lido / Sipa



Chaque épisode de cette collection estivale permet de visiter dans des conditions privilégiées les lieux de vie d’un auteur, révélant un peu de l’âme qui les a habités.

Cette semaine, Elisabeth Kapnist pousse la porte de la maison du Bailly, à Milly-la-Forêt, demeure du poète Jean Cocteau.


Vue de l’extérieur, la maison du Bailly, à Milly-la-Forêt, qui s’ouvre sur les douves d’un château abandonné, rappelle étrangement le décor de La Belle et la Bête.

C’est aussi ce que ressent Jean Cocteau, qui la découvre, et l’acquiert, en 1947, après le tournage du film.
Ce havre de paix, loin du tumulte de Paris et à mi-chemin entre songe et réalité, devient pour lui un « lieu de régénérescence », comme l’explique Dominique Païni, muséographe de la maison Cocteau, qui intervient dans ce documentaire avec le biographe Claude Arnaud.


Victime de calomnie, l’artiste s’y réfugie et s’y enracine, en particulier après-guerre. En effet, pour que ses pièces continuent à être jouées à Paris, il s’est livré pendant l’Occupation à quelques compromissions qui entachent sa réputation.



« Un spécialiste en tout »



Les déambulations dans cette maison permettent de mieux cerner l’âme complexe de Cocteau, artiste insaisissable et, selon Dominique Païni, « spécialiste en tout.


Il ne fut pas un touche-à-tout mais pleinement un écrivain, pleinement un dessinateur, pas un très bon peintre, pleinement un cinéaste, pleinement un chorégraphe, pleinement un scénographe, pleinement un dramaturge.


Il fut virtuose ». Cette visite documentaire est aussi une manière d’entrer dans l’intimité du poète, d’en savoir plus sur ses rencontres (Stravinsky, Picasso…), ses amours (Raymond Radiguet, Jean Marais, Edouard Dermit) et ses douleurs d’opiomane.


La maison est aujourd’hui un musée ouvert au public, où trois pièces — le grand salon, la chambre et le bureau — ont été restituées, dans les plus infimes détails, telles que Cocteau les a laissées à sa mort, le 11 octobre 1963, deux heures après avoir appris la disparition de son amie Edith Piaf…


http://www.france5.fr/et-vous/France-5-et-vous/Les-programmes/LE-MAG-N-27-2011/articles/p-13150-Jean-Cocteau-le-refuge.htm



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Stéphanie Thonnet
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