L'AFFAIRE YANN PIAT : CE QUE L'ON CROIT SAVOIR
Le 25 février 1994, elle est assassinée par deux hommes à moto alors qu'elle rejoint son domicile en voiture, au débouché d'un lacet sur la route panoramique du Mont des Oiseaux. La nuit précédant l'agression, le chien de son voisin direct, le Docteur B, est assassiné.
À cette époque Hyères était surnommée « Hyères-les-Bombes » pour ses nombreux attentats, incendies et règlements de compte dans un contexte de spéculations affairistes pour le contrôle de l'économie locale. Une partie de la classe politique locale entretenait d'ailleurs des rapports ambivalents avec le milieu.
Piste politique
Jean-Louis Fargette
Aussitôt, l'« affaire Yann Piat » suscite en France une vive émotion, et on lui suppose une origine politique. Les suspicions sont alimentées par la révélation dans la presse écrite de lettres et de rapports récents de la députée, concernant des liens entre des élus du Parti républicain et la mafia varoise, ainsi que par la découverte d'une lettre écrite par Yann Piat deux ans auparavant, alors qu'elle venait d'être écarté de la liste de droite pour les régionales, et dans laquelle elle met en cause en cas de mort suspecte, cinq hommes dont Maurice Arreckx, Bernard Tapie et le parrain du milieu varois, Jean-Louis Fargette dit Le Grand, abattu entre-temps en Italie.
Piste mafieuse
Puis, l'enquête s'oriente vers le meurtre mafieux, la police recevant les aveux des tueurs arrêtés en juin 1994, et identifiant le commanditaire comme étant le patron du bar Le Macama (situé sur le port de plaisance de Hyères), dont l'ambition était de devenir un des parrains de la pègre du Var et qui voyait en Yann Piat, un obstacle dans cette ascension, la créditant de plus de poids qu'elle n'en avait.
Polémiques
Mais, en octobre 1997, les journalistes d'investigation André Rougeot et Jean-Michel Verne relancent la piste du complot politique avec "L'Affaire Yann Piat : Des assassins au cœur du pouvoir", dans lequel ils affirment que la députée a été assassinée parce qu'elle en savait trop sur les affaires immobilières impliquant des hommes politiques et le grand banditisme varois.
Ils citent les propos d'un « général », présenté comme un ancien de la Direction du renseignement militaire, qui font de François Léotard et Jean-Claude Gaudin, surnommés « Trottinette » et « Encornet », les commanditaires du meurtre. Ceux-ci portent plainte et entament une action en référé pour supprimer les passages du livre jugés diffamatoires.
Incapables d'apporter la preuve de leurs accusations, les journalistes sont condamnés avec leur éditeur à verser 230 000 euros d'amende, et leur livre est retiré de la vente. En réponse, Léotard écrit Pour l'honneur. Quelques mois plus tard, André Rougeot est écarté de la rédaction du Canard enchaîné
Selon Claude Ardid, journaliste régional, il y aurait eu, outre la bande du bar Le Macama, une seconde équipe, chargée de finir le travail. Pour lui, cela s'explique par le fait que Yann Piat voulait s'opposer à l'agrandissement de l'aéroport de Toulon-Hyères ainsi qu'à des projets immobiliers. Elle entendait, selon lui, en se présentant à la mairie de Hyères, mettre fin aux liens entre le milieu maffieux et le milieu politique.
Procès
L'instruction conclut finalement à l'assassinat crapuleux et non politique. Le 4 mai 1998, se tient le procès des meurtriers de Yann Piat devant la cour d'assises du Var. Il aboutit le 16 juin à la condamnation du commanditaire, Gérard Finale, et du tireur, Lucien Ferri, à la perpétuité. Le conducteur de la moto, Marco Di Caro, est condamné à vingt ans de réclusion.
Lucien Ferri a reconnu être le passager de la moto et donc l'homme qui a tué Yann Piat. Pour lui, le commanditaire n'est pas Gérard Finale. "Ils sont plusieurs", affirme-t-il, appartenant à la fois à "la voyoucratie" et au "monde politique". Mais hormis le défunt Jacky Champourlier, il refuse de citer des noms...