AccueilFAQS'enregistrerConnexion

Partager | .
 

 ARTHUR RIMBAUD

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
Nine
Admin


Nombre de messages: 8926
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: ARTHUR RIMBAUD   Jeu 15 Avr - 1:19

ARTHUR RIMBAUD
A L C H I M I E D U V E R B E



L'homme aux semelles de vent.

A moi.
L'histoire d'une de mes folies.

Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles,
et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne.

J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors,
toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires;
la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe,
romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance,
opéras vieux, refrains niais, rhythmes naïfs.

Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n'a pas de relations,
républiques sans histoires, guerres de religion étouffées,
révolutions de moeurs, déplacements de races et de continents :

je croyais à tous les enchantements.

J'inventai la couleur des voyelles! - A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. -
Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et,
avec des rhythmes instinctifs, je me flattai d'inventer un verbe poétique accessible,
un jour ou l'autre, à tous les sens.

Je réservais la traduction.

Ce fut d'abord une étude.
J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable.
Je fixais des vertiges.

ARTHUR RIMBAUD
Saison en Enfer


Dernière édition par Nine le Ven 16 Avr - 2:02, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin


Nombre de messages: 8926
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: ARTHUR RIMBAUD   Jeu 15 Avr - 1:31

FRAGMENTS DE VIE D'UN POETE



Né le 20 octobre 1854
Décédé le 10 novembre 1891 (à l'âge de 37 ans)


1854-1868 - Rimbaud est né le 20 octobre 1854 à Charleville
(et non à Charleville-Mézières car ces 2 villes étaient distinctes
à cette époque et n'ont fusionnées qu'en 1966),
une petite ville des Ardennes, de l'Est de la France, tout près de la Belgique.

Son père, Frédéric Rimbaud, est capitaine d'infanterie,
il a épousé en 1853 Vitalie Cuif, fille de paysans ardennais.
Le père quitte très vite le foyer familial. Il laisse Vitalie seule avec cinq enfants :
Frédéric, né un an avant Arthur, Vitalie (née en 1858), Isabelle (née en 1860)
et une autre fille née en 1857 qui meurt en bas-age.

Dès l'age de huit ans, Rimbaud fréquente l'Institut privé Rossat, à Charleville.
En 1865, il entre au collège.
C'est sur les bancs du collège qu'il rencontre Ernest Delahaye.
Né un an avant Rimbaud,
Delahaye noue avec le jeune Arthur des liens d'amitié
qui se prolongeront toute sa vie.
Certaines des lettres échangées entre les deux hommes
ont été conservées et sont importantes pour retracer la vie du jeune poète,
mais aussi pour comprendre son rapport à la création littéraire.
Au collège, Arthur se révèle vite être un « fort en thème »
remarqué et encouragé par ses professeurs.

1869 - Rimbaud a quinze ans.
Toujours collégien, c'est un excellent latiniste :
« Jugurtha », publié avec trois autres de ses compositions latines
dans « Le moniteur de l'enseignement secondaire »
lui vaut le premier prix du Concours Académique.
C'est de cette année que datent ses premiers vers en français :
« Les étrennes des orphelins »,
publiés un an plus tard. 1870 -

Entré en classe de rhétorique, Rimbaud rencontre Georges Izambard.
Cet enseignant lui fait lire Victor Hugo, Théodore de Banville,
Rabelais et lui ouvre sa bibliothèque.
La mère de Rimbaud n'apprécie pas l'amitié entre le jeune garçon et le professeur :
elle ne correspond pas à l'éducation stricte qu'elle entend donner à ses enfants.
Izambard jouera un rôle important pour Rimbaud ;
il conserve notamment ses premiers textes
(voir par exemple Un coeur sous une soutane).

Le 24 mai, Rimbaud envoie à Banville trois poèmes,
espérant leur publication dans la revue du « Parnasse contemporain »:
Sensation, Ophélie, et Credo in unam ... (intitulé plus tard « Soleil et Chair »).
Ces vers ne seront pas publiés mais une revue, « La Charge »,
lui ouvre deux mois plus tard ses pages pour « Trois Baisers »
(connu sous le titre « Première Soirée »). À la fin du mois d'août,
Rimbaud quitte brusquement Charleville pour gagner Paris.

Le 19 juillet, la France est entrée en guerre contre la Prusse :
Rimbaud espère sans doute assister à la chute de l'empereur,
affaibli par la bataille de Sarrebrück.
Il est arrêté dès son arrivée dans la capitale.
Il appelle Izambard à l'aide. Le professeur parvient à gagner Paris,
fait libérer le jeune homme et le reconduit à Charleville à la fin du mois de septembre.

En octobre Rimbaud fugue une nouvelle fois.
Il part pour Bruxelles, puis Douai où il débarque dans la famille de Georges Izambard.
Il y recopie plusieurs de ses poèmes.
Ce recueil que Rimbaud confiera au poète Paul Demeny,
ami d'Izambard, est connu sous le nom de « Cahier de Douai ».


Dernière édition par Nine le Jeu 15 Avr - 1:54, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin


Nombre de messages: 8926
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: ARTHUR RIMBAUD   Jeu 15 Avr - 1:35

OPHELIE


Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir,
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

II
O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
C'est que les vents tombant des grand monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits ;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'Infini terrible effara ton œil bleu !

III
- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

15 mai 1870
Ophélie - Arthur Rimbaud





Dernière édition par Nine le Lun 19 Avr - 0:32, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin


Nombre de messages: 8926
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: ARTHUR RIMBAUD   Jeu 15 Avr - 1:48

PRELUDES ET FUGUES
La rencontre avec VERLAINE



1871 - En février, Rimbaud part pour Paris, il rentre à pied à Charleville début mars.
En mai, il est encore à Charleville, d'où il écrit à Georges Izambard
et Paul Demeny les deux « lettres du Voyant ».
Suit une période dont on sait peu de choses.
Rimbaud participe probablement aux événements de la Commune de Paris
pour laquelle il semble s'être passionné.
C'est sans doute à ce moment qu'il compose « Les déserts de l'amour »,
où mûrit déjà ce qui fera le corps de la
« Saison en enfer ».

Cette année-là, Rimbaud rencontre Auguste Bretagne.
Cet employé aux contributions indirectes de Charleville
a connu Paul Verlaine à Arras.
Bretagne, passionné de poésie, féru d'occultisme et buveur d'absinthe
encourage le jeune poète à écrire à Verlaine.
Rimbaud, aidé de Delahaye qui joue les copistes,
envoie quelques poèmes.
Verlaine s'enthousiasme pour ces textes qu'il diffuse dans son cercle d'amis.
Il prie Rimbaud de le rejoindre à Paris.

À la fin du mois de septembre, Rimbaud débarque dans la capitale.
C'est sans doute juste avant ce voyage qu'il compose le « Bateau ivre ».
À Paris, Rimbaud loge d'abord chez les parents de Mathilde,
la femme de Verlaine, mais il se rend indésirable,
et est bientôt contraint à se réfugier chez des amis de Paul
(Charles Cros, Forain et Banville).
Rimbaud participe avec Verlaine aux dîners des « Vilains Bonshommes »
et aux réunions du « Cercle Zutique »
au cours desquelles la joyeuse bande compose des pastiches
dont certains sont consignés dans un cahier,
désigné par les éditeurs de Rimbaud sous le nom
« d'Album Zutique » (voir notamment le fameux « Sonnet du trou du cul »
ou encore « Les remembrances du vieillard idiot » et « Aux livres de chevet... »).

1872 - Les deux poètes hantent les cafés du Quartier Latin.
Ils mènent une vie dissolue, de provocation en beuverie.
Mathilde Verlaine, excédée, quitte Paris pour Périgueux avec son fils.
Verlaine, troublé par ce départ, écrit à sa femme une lettre suppliante.
Mathilde lui fait savoir qu'elle n'acceptera de rentrer que si Rimbaud est renvoyé.
En mars, Rimbaud regagne les Ardennes.
Mais Verlaine parvient à le faire revenir à Paris en mai.
Il ne loge plus chez les Verlaine, mais dans une chambre rue Monsieur-le-Prince,
puis à l'hôtel de Cluny.

Le 7 juillet, Rimbaud et Verlaine partent pour la Belgique.
Mathilde découvre alors à Paris les lettres que Rimbaud a adressées à son mari
de février à mai. Elle part aussitôt pour Bruxelles pour tenter de récupérer Paul.
Verlaine accepte dans un premier mouvement de rentrer à Paris
mais s'esquive au dernier moment.
Début septembre, Rimbaud et Verlaine sont en Angleterre.
Leur misère est grande et Verlaine est préoccupé par le procès en séparation de corps
que Mathilde vient de lui intenter.
Les deux poètes se séparent,
Rimbaud retrouvant les Ardennes à la fin du mois de décembre.

1873 - A la mi-janvier, Rimbaud reçoit une lettre de Verlaine
qui se dit malade et mourant de désespoir à Londres.
La mère de Paul, toujours prompte à tout faire pour son fils, se rend à son chevet;
elle offre à Rimbaud l'argent du voyage.
En avril, Verlaine et Rimbaud passent d'Angleterre en Belgique.

Peu après, Rimbaud rentre à la ferme familiale de Roche.
Il commence à rédiger « Une saison en enfer »
(évoquée dans une lettre adressée en mai à Ernest Delahaye).
Rimbaud s'ennuie à Roche,
il y rencontre de temps en temps Delahaye et Verlaine à Bouillon,
à la frontière franco-belge.
C'est là que Verlaine entraîne à nouveau Rimbaud vers l'Angleterre,
à la fin du mois de mai.

Les deux hommes se querellent et Paul prend au début du mois de juillet
l'initiative d'une rupture.
Il laisse Rimbaud sans un sou à Londres et gagne la Belgique,
espérant renouer avec sa femme.
L'échec de cette tentative de réconciliation le conduit à rappeler Rimbaud
auprès de lui à Bruxelles, mais les deux hommes se querellent encore.
Verlaine tire deux coups de feu sur son ami qu'il blesse au poignet.
Rimbaud est conduit par Verlaine et sa mère à l'hôpital Saint-Jean où il est soigné.

Mme Verlaine persuade son fils de laisser partir Rimbaud mais,
sur le trajet qui mène le trio à la gare du Midi,
Verlaine porte la main à la poche où se trouve son revolver.
Rimbaud s'affole et trouve la protection d'un agent de police.
Arthur ne souhaite pas porter plainte,
mais l'affaire est aux mains de la justice belge
et Verlaine écope de deux ans de prison. Rimbaud n'est que légèrement blessé :
il sort de l'hôpital le 20 juillet.
Rimbaud passe l'hiver dans la ferme familiale de Roche.

1874 - En mars, Rimbaud se trouve à Londres en compagnie de Germain Nouveau,
un ancien du cercle zutique qui l'aide à copier des poèmes des « Illuminations »,
mais ce dernier décide bientôt de rentrer à Paris;
Rimbaud se retrouve seul et désemparé.
Il donne des leçons de français puis se résigne à retourner dans les Ardennes.

1875 - Rimbaud part pour l'Allemagne. Il est embauché comme précepteur à Stuttgart.
Verlaine vient de sortir de prison,
il est revenu aux pratiques catholiques et décide de se rendre à Stuttgart.
Il voudrait renouer avec Rimbaud, mais aussi « sauver son âme ».
L'attitude de Verlaine irrite fortement Arthur qui le renvoie après deux jours seulement.
En mai, Rimbaud quitte l'Allemagne pour la Suisse et entre en Italie à pied.
Lorsqu'il arrive à Milan, il est malade et doit s'arrêter.

Rimbaud reprend en juin sa route vers le sud peut-être pour embarquer vers l'Afrique.
Terrassé par une insolation sur la route de Livourne à Sienne,
il est rapatrié à Marseille par le consulat français.
Il rêve de s'enrôler dans l'armée carliste,
mais ne donne pas suite à son projet et remonte à Paris en juillet.
Il retrouve Charleville en Octobre.
De ce passage dans les Ardennes, on a conservé la dernière « manifestation poétique »
de Rimbaud : Rêve, un texte inclus dans une lettre à Ernest Delahaye.

1876 - Rimbaud part à Vienne.
Il se fait détrousser par des brigands puis expulser d'Autriche,
repart pour la Hollande et signe, le 19 mai,
à Harderwijk un engagement de six ans dans l'armée coloniale hollandaise.
Mercenaire étranger, il doit rétablir l'ordre à Java.
Il s'embarque le 10 juin et arrive à Batavia (aujourd'hui Djakarta) le 19 juillet.
Au bout de quelques semaines,
Rimbaud déserte et regagne l'Europe sur un voilier écossais.
Il est à Charleville à la fin du mois de décembre.

1877 - Au printemps, Rimbaud part pour Brême,
où il semble avoir envisagé de s'engager dans la marine américaine,
puis à Hambourg, parcourt la Suède et le Danemark avec un cirque ambulant.
Il revient quelque temps à Charleville puis tente une autre évasion.
On le trouve à Marseille, d'où il s'embarque en septembre pour Alexandrie.
Malade à bord, il est débarqué à Civita-Vecchia,
visite Rome, et passe l'hiver dans les Ardennes.


Dernière édition par Nine le Ven 16 Avr - 0:59, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin


Nombre de messages: 8926
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: ARTHUR RIMBAUD   Jeu 15 Avr - 2:00

ON EST PAS SERIEUX
QUAND ON A 17 ANS ...



PAR LEO FERRE.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin


Nombre de messages: 8926
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: ARTHUR RIMBAUD   Jeu 15 Avr - 2:13

PARTIR ... FUIR



1878 - Au printemps, Rimbaud éprouve une nouvelle fois le besoin de fuir.
Se rend-il à Hambourg dans le but de gagner l'Orient ?
Fait-il le tour de la Suisse ?

On l'ignore. Il se replie sur Roche où il passe l'été, repart fin octobre,
traverse les Vosges, la Suisse et le Saint-Gothard à pied.
A Lugano, il prend le train pour Gênes, d'où il s'embarque pour Alexandrie.

Il semble chercher activement du travail en Égypte,
allant même jusqu'à demander à sa mère dans une lettre écrite en décembre
de certifier qu'il est en règle avec l'armée, et bon travailleur.
Il gagne à la fin de l'année l'Île de Chypre où il a trouvé un emploi
de chef de chantier au service d'une maison française.

1879 - En juin, Rimbaud, épuisé par une fièvre typhoïde,
doit regagner précipitamment la France.
Il revient à Roche où il se soigne et travaille à la ferme.
A Delahaye qui lui rend visite, Rimbaud dit son détachement de la littérature :
« Je ne pense plus à ça ».

1880 - Rimbaud regagne Chypre au printemps.
Il est embauché dans une entreprise chargée d'édifier un palais
destiné au gouverneur britannique.
Mais Rimbaud démissionne de son poste et quitte l'île en juillet,
s'embarque pour l'Egypte et gagne Aden en août.
Il trouve un emploi à la maison Viannay, Mazeran, Bardey et Cie,
spécialisée dans le commerce des peaux et du café.
Bardey vient d'ouvrir une succursale à Harar :
Rimbaud accepte de s'en charger et arrive le 13 décembre à Harar
après avoir traversé à cheval le désert somalie.

1881 - Rimbaud est acheteur pour la maison Bardey.
Après une période d'enthousiasme, il commence à s'ennuyer,
se plaint du climat, se heurte à la jalousie des négociants.
Il charge sa mère de lui faire parvenir des ouvrages techniques,
des instruments, un appareil photographique.
Il rêve d'explorations.
En juin-juillet, expédition à Bubassa, qui le fatigue et le rend malade.
Rimbaud se lasse de Harar, s'exaspère des retards du courrier,
a des ennuis avec ses patrons. Il quitte la ville pour Aden en décembre.

1882 - Rimbaud travaille à Aden pour la maison Bardey.
Il s'occupe toujours de science et d'exploration,
et commande du matériel de photographie, activité dont il espère tirer quelque profit.

1883 - Rimbaud repart d'Aden pour Harar où Bardey le charge d'entreprendre
des explorations dans le Somali et le pays Galla.
Rimbaud décide alors de reconnaître l'Ogadine qui est encore mal connu.
Il y pénètre en août et rédige peu après un rapport d'ensemble sur la région.
Cette étude sera publiée l'année suivante dans le bulletin de la Société de Géographie
(c'est le « Rapport sur l'Ogadine »).

La fortune tarde à venir : Rimbaud se voit découvreur, explorateur, bâtisseur...
Il continue à commander dans ses lettres à sa famille (et surtout à sa mère)
des manuels et du matériel technique tout en donnant des instructions
sur le placement de ses économies.
Le poète devenu commerçant sans succès semble,
tout en se plaignant de sa situation à ses employeurs,
se plaire à imaginer une vie de rentier, il pense même à se marier !


Dernière édition par Nine le Lun 19 Avr - 0:42, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin


Nombre de messages: 8926
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: ARTHUR RIMBAUD   Jeu 15 Avr - 2:17

FIEVRES & VENT DE SABLE
Poète lumineux né dans un siècle obscur



1884 - La maison Bardey, en difficulté, liquide.
Rimbaud reprend en avril la route d'Aden où il demeure au chômage,
désespéré de voir s'amenuiser ses économies.
Par chance, Bardey, qui a réussi à monter une nouvelle affaire,
engage Rimbaud pour six mois, jusqu'à la fin de l'année.

1885 - Rimbaud signe en janvier un nouveau contrat d'un an avec Bardey.
Lorsque, en octobre,
il entend parler d'une affaire d'importation d'armes dans le Choa,
il dénonce son contrat et s'engage dans l'aventure.
Il s'agit de revendre cinq fois plus cher à Ménélik, roi du Choa,
des fusils d'un modèle devenu obsolète en Europe, achetés à Liège.
Parti en novembre pour Tadjourah prendre livraison des fusils
et organiser une caravane qui les acheminera jusqu'au roi,
Rimbaud est bloqué plusieurs mois par une grève des chameliers.

1886 - En avril, la caravane est enfin prête à partir quand Rimbaud
apprend l'ordre transmis par le gouverneur d'Obock :
à la suite d'accords franco-anglais,
toute importation d'armes est interdite dans le Choa.
Rimbaud cache son stock dans le sable afin d'éviter une saisie.
Il se plaint auprès du Ministère des affaires étrangères français,
fait diverses démarches.
Apprenant en juin qu'une expédition scientifique italienne
est autorisée à pénétrer dans le pays, il s'arrange pour se joindre à elle.
Malgré l'abandon de Labatut,
principal instigateur de l'affaire et la mort de l'explorateur Soleillet,
Rimbaud prend en septembre la tête de la périlleuse expédition.
Une chaleur de 70 degrés pèse sur la route qui mène à Ankober, résidence de Ménélik.
Rimbaud ignore que, pendant ce temps,
La Vogue publie en France des vers de lui et une grande partie des Illuminations.

1887 - Rimbaud arrive à Ankober le 6 février, mais le roi est absent.
Il doit gagner Antotto à 120 kilomètres de là.
Le roi l'y reçoit, accepte les fusils mais fait des difficultés au moment de payer;
il entend déduire de la facture les sommes que Labatut mort récemment d'un cancer
lui devait, et invite Rimbaud à se faire régler le reste par Makonen,
le nouveau gouverneur de Harar.

Rimbaud fait donc route vers Harar, avec l'explorateur Jules Borelli.
Il parvient à se faire payer par Makonen, mais il n'a rien gagné sinon,
comme il l'écrit au vice-consul de France à Aden le 30 juillet,
« vingt et un mois de fatigues atroces ».
À la fin du mois de juillet, il part au Caire pour se reposer ;
Rimbaud est épuisé, vieilli, malade.
« J'ai les cheveux absolument gris. Je me figure que mon existence périclite »,
écrit-il à sa famille dans une lettre du 23 août.
Dans une lettre au directeur d'un journal local, le « Bosphore égyptien »,
il raconte son voyage en Abyssinie et au Harar.

Les lettres envoyées à sa famille à la fin de cette année témoignent
de ce découragement. Rimbaud se plaint de rhumatismes
et son genou gauche le fait souffrir.
Il a pourtant assez de courage pour faire paraître dans le journal
Le Bosphore égyptien une étude traitant de l'intérêt économique du Choa.
Ce travail sera transmis à la Société de Géographie.
Rimbaud songe un moment à se rendre à Zanzibar, puis à Beyrouth,
mais un procès, lié à l'affaire Ménélik,
le rappelle en octobre à Aden où il tente sans succès de faire du commerce.

1888-1890 - Rimbaud est à Aden au début de l'année 1888.
En mars, il accepte de convoyer une cargaison de fusils vers Harar,
mais renonce à une seconde expédition.
Peu de temps après, il fait la connaissance d'un important commerçant d'Aden,
César Tian, qui lui offre un poste de représentation à Harar.
Rimbaud accepte, d'autant plus qu'il pourra en même temps travailler à son compte.
Pendant trois ans, Rimbaud importe, exporte, mène ses caravanes à la côte.
Pourtant, il s'ennuie beaucoup et n'a pour relations que la petite poignée d'Européens
fixés ou de passage dans le pays.
Il entretient avec eux une importante correspondance.

1891 - Rimbaud est atteint d'une tumeur cancéreuse au genou droit,
aggravée par une ancienne syphilis.
Le 15 mars, il ne peut plus se lever et se fait transporter à Zeilah sur une civière.
Il s'embarque pour Aden : « Je suis devenu un squelette : je fais peur »,
écrit-il à sa mère le 30 avril. Le 9 mai,
il se fait rapatrier et arrive le 22 mai à Marseille où il entre à l'hôpital de la Conception. L'amputation immédiate de la jambe s'avère nécessaire.
La mère de Rimbaud accourt à Marseille le 23 mai.
Le 25, l'opération a lieu. Rimbaud est désespéré.
« Notre vie est une misère, une misère sans fin. Pourquoi donc existons-nous ? »,
écrit-il à sa soeur Isabelle le 23 juin.

A la fin du mois de juillet, Rimbaud, en a assez de l'hôpital.
Il retourne à Roche où sa soeur Isabelle le soigne avec dévouement.
Mais la maladie progresse et l'incite a revenir à Marseille où il compte
sur les bienfaits du soleil et aussi sur la possibilité d'un retour en Afrique
où ses amis l'appellent.
Il arrive à Marseille à la fin août, en compagnie d'Isabelle qui l'assistera jusqu'à sa mort.

Rimbaud doit aussitôt retourner à l'hôpital de la Conception.
Son état empire, il se désespère. Après une courte période de rémission,
Rimbaud connaît plusieurs semaines d'atroces souffrances.
Sa soeur parvient à lui faire accepter la visite d'un aumônier qui conclura
bien légèrement à la foi du moribond.

La veille de sa mort, il dicte, en proie au délire, une lettre adressée
au directeur des Messageries Maritimes :

« Je suis complètement paralysé, donc je désire me trouver de bonne heure à bord,
dites-moi à quelle heure je dois être transporté à bord.»

Rimbaud meurt le 10 novembre.
Il est âgé de trente-sept ans. Il sera enterré le 14 au cimetière de Charleville.

INFOS ET BIO
Source : www.azurs.net/.../hur-rimbaud/rimbaud_biographie.htm


Dernière édition par Nine le Ven 16 Avr - 0:49, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin


Nombre de messages: 8926
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: ARTHUR RIMBAUD   Jeu 15 Avr - 2:39

AUX SOMBRES HEROS DE L'AMER


Noir Désir-Aux sombres héros de l'amer par djoik

... Qui ont su traverser les océans du vide
A la mémoire de nos frères
Dont les sanglots si longs faisaient couler l'acide
Always lost in the sea
Always lost in the sea
Tout part toujours dans les flots
Au fond des nuits sereines
Ne vois-tu rien venir ?
Les naufragés et leurs peines qui jetaient l'encre ici
Et arrêtaient d'écrire...

Noir Désir

Une chanson qui me fait penser à Rimbaud,
mais aussi au regretté Guillaume Depardieu
même "saison en enfer"
Tous deux "Samouraï dans les maux"
lumineux nés dans un siècle obscur
amputés d'un dernier sanglot.

Nin@rtmony


Dernière édition par Nine le Mer 16 Nov - 18:42, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
liliane
Admin


Féminin Nombre de messages: 10158
Age: 62
Localisation: dans la galaxie
Date d'inscription: 02/05/2008

MessageSujet: Re: ARTHUR RIMBAUD   Jeu 15 Avr - 15:27



Photo inédite d'Arthur Rimbaud adulte,
assis à droite, près de la femme.
Elle a été prise sur le perron de l'hôtel de l'Univers à Aden en Abyssinie
À gauche : le portrait de Rimbaud tiré d'un agrandissement

© LIBRAIRES ASSOCIES / ADOC-PHOTOS/AFP


Une photo inédite d'Arthur Rimbaud, âgé d'une trentaine d'années,
la seule de bonne qualité de lui adulte, prise à Aden en Abyssinie,
a été découverte par deux libraires qui devaient la présenter
jeudi soir au Salon du livre ancien.
La photo, qui n'est pas précisément datée mais remonte au
"début des années 1880",
faisait partie d'un lot d'une trentaine d'autres prises à Aden
et découvertes lors d'une brocante par les deux libraires,
Jacques Desse et Alban Caussé, deux jeunes quadras
passionnés d'histoire des livres et dont la librairie se trouve
dans le 18e arrondissement de Paris.

"On voyait ce visage, ce type à l'oeil clair qui a l'air d'un extraterrestre
au milieu des autres, un peu comme s'il était là et en même temps ailleurs",
a raconté Jacques Desse.
"L'endroit où nous l'avons acquise et son prix importent peu.
L'extraordinaire, c'est que c'est un peu le chaînon manquant
entre la célèbre photo du poète de 17 ans d'Etienne Carjat
et quatre autoportraits réalisés dans des conditions très mauvaises
avant sa mort en 1891", ajoute-t-il.

Pour authentifier le cliché, les deux libraires ont fait appel à J
ean-Jacques Lefrère, spécialiste de Rimbaud
et auteur d'une correspondance posthume sur le poète
qui paraît ce jeudi chez Fayard.

Cet ouvrage, Sur Arthur Rimbaud, correspondance posthume ,
montre comment toute la correspondance au sujet du poète,
après sa disparition, a contribué à créer un mythe,
alors qu'il était totalement oublié au moment où il est mort,
selon la maison d'édition.
Après de nombreux recoupements avec d'autres photograhies,
des lettres et un travail minutieux de deux années,
consistant notamment à vieillir la photo de Carjat et à analyser
entre autres l'implantation des cheveux de Rimbaud,
le cliché a été authentifié avec certitude.

http://www.lepoint.fr/culture/2010-04-15/decouverte-une-photo-inedite-de-rimbaud-a-30-ans/249/0/444640
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin


Nombre de messages: 8926
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: ARTHUR RIMBAUD   Jeu 15 Avr - 23:52

LE DORMEUR DU VAL



C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur RIMBAUD

Le Dormeur du val est un des premiers poèmes de Rimbaud.
Il a environ seize ans lorsqu’il fugue pour la deuxième fois
du domicile parental de Charleville
Il recopie vingt-deux textes dans un cahier qu’il confie à son ami Paul Demeny,
poète également.
Le Dormeur du val en fait partie, écrit pendant son errance d’octobre 1870,
en pleine guerre franco-prussienne
L’année suivante, il demandera à son ami de le détruire avec les autres
quand il refusera tout romantisme,
toute subjectivité, tout culte de la forme.

Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin


Nombre de messages: 8926
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: ARTHUR RIMBAUD   Ven 16 Avr - 0:23

L'amour est à réinventer,
on le sait.


Je devins un opéra fabuleux :

je vis que tous les êtres ont une fatalité de bonheur :
l'action n'est pas la vie, mais une façon de gâcher quelque force,
un énervement. La morale est la faiblesse de la cervelle.

A chaque être, plusieurs autres vies me semblaient dues.
Ce monsieur ne sait ce qu'il fait : il est un ange.
Cette famille est une nichée de chiens.
Devant plusieurs hommes, je causai tout haut avec un moment
d'une de leurs autres vies. - Ainsi, j'ai aimé un porc.
Aucun des sophismes de la folie, - la folie qu'on enferme, - n'a été oublié par moi :
je pourrais les redire tous, je tiens le système.

Ma santé fut menacée. La terreur venait.
Je tombais dans des sommeils de plusieurs jours, et, levé,
je continuais les rêves les plus tristes.
J'étais mûr pour le trépas, et par une route de dangers
ma faiblesse me menait aux confins du monde et de la Cimmérie,
patrie de l'ombre et des tourbillons.
Je dus voyager, distraire les enchantements assemblés sur mon cerveau.
Sur la mer, que j'aimais comme si elle eût dû me laver d'une souillure,
je voyais se lever la croix consolatrice.
J'avais été damné par l'arc-en-ciel.
Le Bonheur était ma fatalité, mon remords, mon ver :
ma vie serait toujours trop immense pour être dévouée à la force et à la beauté.
Le Bonheur ! Sa dent, douce à la mort, m'avertissait au chant du coq,
- ad matutinum, au Christus venit,- dans les plus sombres villes.

extrait de "Une Saison
En Enfer" .1873.


Arthur Rimbaud, poète superbe, archétype de l'artiste maudit,
enfant terrible de la poésie,
c'est entre 15 et 20 ans qu'il écrit la quasi totalité de son oeuvre à laquelle,
déçu, il tournera le dos pour s'en aller vers d'autres horizons.
Après plusieurs tentatives de départ infructueuses,
l'homme aux semelles de vent s'envolera pour de bon
et ira brûler sa vie sous le soleil d'éthiopie.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin


Nombre de messages: 8926
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: ARTHUR RIMBAUD   Ven 16 Avr - 1:09

Une saison en enfer est un recueil de poèmes en prose
d'Arthur Rimbaud.


Rédigé en juillet 1873 après une période de crise dans la vie du poète
l'accident de Bruxelles avec Verlaine
et le retour à Roche dans la ferme familiale ,
à partir d'une ébauche commencée quelques mois auparavant,
le Livre païen ou Livre nègre.

Chant païen halluciné, le poème est aussi une profession de foi,
marquée par la quête du salut, les déceptions sentimentales et artistiques,
et un réquisitoire contre la civilisation occidentale et ses valeurs.

« Prodigieuse autobiographie psychologique,
écrite dans cette prose de diamant qui est la propriété exclusive de son auteur »,
selon les termes de Paul Verlaine.
Une Saison en enfer est la seule œuvre de Rimbaud
dont il ait entrepris la publication, à compte d'auteur.
Mais, vraisemblablement parce qu'il avait manqué d'argent
pour payer l'imprimeur, elle ne fut pas diffusée.
Seuls les exemplaires d'auteur furent distribués par Rimbaud à ses amis.
Un stock de quelques cinq cents exemplaires de l'ouvrage fut retrouvé en 1901 à Bruxelles.


"Une saison en enfer" - Rimbaud -Lavant

Jadis, si je me souviens bien,
ma vie était un festin où s'ouvraient tous les coeurs,
où tous les vins coulaient.

Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. - Et je l'ai trouvée amère. -
Et je l'ai injuriée.

Je me suis armé contre la justice.
Je me suis enfui.
O sorcières, ô misère, ô haine, c'est à vous que mon trésor a été confié !

Je parvins à faire s'évanouir dans mon esprit toute l'espérance humaine.
Sur toute joie pour l'étrangler j'ai fait le bond sourd de la bête féroce.

J'ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs fusils.
J'ai appelé les fléaux, pour m'étouffer avec le sable, avec le sang.
Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue.
Je me suis séché à l'air du crime. Et j'ai joué de bons tours à la folie.

Et le printemps m'a apporté l'affreux rire de l'idiot.

Or, tout dernièrement, m'étant trouvé sur le point de faire le dernier couac !
j'ai songé à rechercher la clef du festin ancien,
où je reprendrais peut-être appétit.

La charité est cette clef. - Cette inspiration prouve que j'ai rêvé !

"Tu resteras hyène, etc..."
se récrie le démon qui me couronna de si aimables pavots.
"Gagne la mort avec tous tes appétits, et ton égoïsme et tous les péchés capitaux."

Ah ! j'en ai trop pris :
- Mais, cher Satan, je vous en conjure, une prunelle moins irritée !
et en attendant les quelques petites lâchetés en retard,
vous qui aimez dans l'écrivain l'absence des facultés descriptives ou instructives,
je vous détache des quelques hideux feuillets de mon carnet de damné.

A. RIMBAUD
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin


Nombre de messages: 8926
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: ARTHUR RIMBAUD   Ven 16 Avr - 1:27

Matin



N'eus-je pas une fois une jeunesse aimable, héroïque, fabuleuse,
à écrire sur des feuilles d'or, - trop de chance !
Par quel crime, quelle erreur, ai-je mérité ma faiblesse actuelle ?
Vous qui prétendez que des bêtes poussent des sanglots de chagrin,
que des malades désespèrent, que des morts rêvent mal,
tâchez de raconter ma chute et mon sommeil.
Moi, je ne puis pas plus m'expliquer que le mendiant avec ses continuels
Pater et Ave Maria. Je ne sais plus parler !

Pourtant, aujourd'hui, je crois avoir fini la relation de mon enfer.
C'était bien l'enfer; l'ancien, celui dont le fils de l'homme ouvrit les portes.

Du même désert, à la même nuit,
toujours mes yeux las se réveillent à l'étoile d'argent,
toujours, sans que s'émeuvent les Rois de la vie, les trois mages,
le coeur, l'âme, l'esprit.

Quand irons-nous, par delà les grèves et les monts,
saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle,
la fuite des tyrans et des démons, la fin de la superstition,
adorer - les premiers - Noël sur la terre!
Le chant des cieux, la marche des peuples !
Esclaves, ne maudissons pas la vie.


Dernière édition par Nine le Ven 16 Avr - 11:01, édité 4 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin


Nombre de messages: 8926
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: ARTHUR RIMBAUD   Ven 16 Avr - 1:38

LE GENIE DANS LA TRAGEDIE



... "Dans la douleur et dans la tragédie, les hommes ont inventé la beauté ;
il faut les plonger et les retenir dans la douleur et dans la tragédie
pour maintenir en eux le sens de la beauté. ...
Nietzsche


Autant que par son oeuvre, Rimbaud a fasciné par son destin :
" L'homme aux semelles de vent",
selon l'expression de Verlaine, traverse, de seize à vingt ans,
la poésie française et la métamorphose,
puis disparaît aux quatre horizons de l'aventure pour trafiquer de l'ivoire
et des armes dans les mystérieux royaumes abyssins.

Voyou, saint, dieu, pervers, crétin, ascète, imposteur :
on insulte Rimbaud ou on le prie.
Il semble interdit d'en parler :
l'accusation de vouloir récupérer l'archange du bien ou du mal est immédiate.
Il semble cependant que de nos jours l'auteur Rimbaud soit abordé
avec moins de passion :
une fois dénoncés les mythes entourant le personnage,
l'espace s'ouvre à une critique désormais plus sereine.

Arthur Rimbaud
on le sait, cessa d'écrire de la poésie vers 1875
pour aller gagner sa vie dans le commerce, en Afrique.
On s'est beaucoup interrogé sur les raisons du "silence de Rimbaud".
Il y en a sans doute plusieurs, qui se sont mutuellement renforcées.

La première est la conviction, héritée de Baudelaire et ressassée
tout au long de son œuvre, que l'Art est par nature mensonge,
qu'il n'y a de poésie que de l'Impossible et que toute quête poétique
digne de ce nom est vouée d'avance à une insatisfaction fatale.

Sartre résumait fort bien cette posture idéologique dans une note
fameuse de Qu'est-ce que la littérature :

"La poésie, c'est qui perd gagne.
Et le poète authentique choisit de perdre jusqu'à mourir pour gagner."

Une autre, à laquelle on ne songe pas assez,
est que Rimbaud était un poète pauvre, absolument désargenté.
Une fois consommée la rupture avec Verlaine et constatée (à l'automne 73)
l'hostilité du milieu littéraire parisien,
le jeune auteur pouvait légitimement se demander s'il y avait un avenir pour lui
dans la République des Lettres.

N'ayons garde d'oublier que nul éditeur, nulle revue ou presque
ne s'est intéressée aux écrits de Rimbaud avant 1886.
Il n'est, par exemple, venu à l'idée de personne
(j'entends : parmi ceux qui en avaient les moyens)
de publier Le Bateau ivre qui, pourtant,
avait fait quelque bruit dans le public des poètes, à l'automne 1871 !

Mais il est vrai que l'on vivait, en ces années qui suivirent
l'écrasement de la Commune, une bien sombre "nuit d'hiver" (Génie)...
Bref, la poésie ne nourrissant pas son homme,
il fallait bien d'une manière ou d'une autre
(dit plaisamment Julien Gracq dans La littérature à l'estomac)
"changer de job".
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin


Nombre de messages: 8926
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: ARTHUR RIMBAUD   Ven 16 Avr - 11:05

LE BATEAU IVRE

LEO FERRE interprête RIMBAUD

léo ferré - Rimbaud - le bateau ivre

L'importance du "Bateau ivre" dans la carrière de Rimbaud
tient précisément à la prise de conscience et à la formulation de cet échec.
Échec éprouvé, raconté et d'une certaine manière surmonté
par le poème lui-même. Rimbaud sait bien
qu'on ne change pas sa vie avec des mots mais il sait aussi
que ses échecs lui donnent la "Vigueur" dont il a besoin pour un nouveau départ.

Le "Voyage" était pour Baudelaire un testament,
le "Bateau ivre" est pour Rimbaud un passeport vers la voyance.


Lecture intégrale ici :
http://www.feelingsurfer.net/garp/Poesie/Rimbaud.LeBateauIvre.html
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
 

ARTHUR RIMBAUD

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant

 Sujets similaires

-
» Rimbaud, Arthur
» Le Dormeur du Val - Arthur Rimbaud
» Le bateau ivre (Rimbaud)
» #918 Le manteau d'Arthur
» [Kaamelott] Arthur/Guenièvre

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
HARMONY :: LA PLUME EST LA LANGUE DE L'AME :: ECRIVAINS ET POETES-