Jackie Kennedy histoire d'un mythePar Betty Achard - Article extrait du magazine Madame
Elle a côtoyé les plus grands et n'en a laissé aucun indifférent.
Jacky Kennedy fut et est encore une grande dame.
Une reine
«Tu seras une reine, ma fille.» Tel est l'avenir que prédisait l'agent de change John Bouvier,
surnommé Jack et, occasionnellement, Black Jack (!),
à Jacqueline, son enfant adorée née le 28 juillet 1929.
Quant à la jeune mère, Janet, de 16 ans la cadette de son mari,
elle allait élever sa fille selon ses codes personnels, e
lle-même ayant fait une alliance de convenance plutôt que d'amour.
Conséquemment, la petite Jacqueline a des nurses anglaises
et fréquentera les écoles les plus prestigieuses,
depuis la fameuse Chapin School de New York, les collèges Holton Arms et Vassar,
ainsi que les universités de Paris et de Washington.
Dès l'enfance, la fillette, toujours vêtue comme une petite princesse,
suit des cours de danse, pratique le tennis,
possède son propre cheval et a une légère tendance à tout régenter autour d'elle.
En 1933 naît sa petite soeur, Lee.
Les deux enfants s'affronteront parfois, mais s'aimeront toujours.
Il n'en reste pas moins que l'aînée, devenue Jackie,
et non Jac-line comme elle l'aurait souhaité,
possède indéniablement ce qu'on a coutume d'appeler par euphémisme...
une forte personnalité.
Jack Bouvier est en admiration béate devant sa grande fille,
ce qui agace prodigieusement son épouse qui, elle,
a une préférence très nette pour sa cadette.
Il est vrai que Jackie s'avère particulièrement brillante et fort belle de surcroît.
Comme cela arrive souvent aux enfants surdoués,
elle s'ennuie quelque peu à l'école et ne se complaît guère
en la compagnie de ses camarades de classe.
Tel un amoureux, Jack Bouvier encense sa fille:
«Tu es la plus intelligente, la plus envoûtante des femmes que j'aie jamais connues.»
Mais elle est également la plus seule.
Le divorce des parentsCette solitude plus ou moins choisie va carrément tourner à l'ostracisme lorsque,
à l'issue d'une longue descente aux enfers, l
es parents des deux fillettes décident de se séparer.
Le divorce est officiellement prononcé à Reno, Nevada, en 1940.
Depuis les tout débuts de leur mariage, Jack négligeait sa femme,
la trompait ouvertement, quittait le domicile conjugal pour un oui ou pour un non,
buvait et jouait plus que de raison.
La rupture était inévitable, et Jackie, 11 ans, le savait.
Elle n'en prenait pas moins systématiquement la défense de son père,
dont elle refusait de voir les défauts pour ne considérer que son amour pour elle.
Cette attitude de provocation ne faisait bien sûr qu'envenimer le malaise déjà existant
- allant parfois jusqu'à la violence physique - entre la mère et sa fille.
En ce temps-là, avoir des parents divorcés n'est pas monnaie courante.
La fillette n'en est que plus isolée.
Elle se retranche dans son monde imaginaire :
les photos d'alors montrent une enfant au regard immensément triste.
C'est la catastrophe, l'effondrement de son premier et sans doute plus grand amour.
Elle n'avancera plus désormais que précédée de sa «belle image»,
tel un bouclier contre les injustices et les souffrances que trop souvent la vie impose.
Indéniablement, Jack Bouvier aura marqué sa fille,
avec qui la ressemblance physique était frappante.
Lui qui connaissait bien les femmes lui a en quelque sorte donné des leçons de charme,
et Jackie s'est montrée une élève particulièrement douée.
Son allure à la fois simple et hautaine, son élégance naturelle,
ses airs mystérieux voire énigmatiques ne sont pas étrangers à cet enseignement.
Elle qui en viendra un jour à ne pas supporter le moindre retard
en fait à l'époque une sorte de stratégie,
persuadée que se laisser désirer ajoute à l'intensité d'une rencontre :
magister dixit !
Pendant ce temps, Janet, qui n'a que 34 ans,
sombre dans une terrible angoisse quant à son propre avenir et à celui de ses filles,
état de déprime qu'elle traite par l'alcool et les médicaments.
Ce sera ainsi pendant deux ans, jusqu'à sa miraculeuse rencontre avec Hugh Dudley Auchincloss, personnage peu séduisant au demeurant,
mais très riche et plutôt gentil avec les deux petites.
Jackie se fait très rapidement un allié de ce beau-père, au grand dam de son père.
À 18 ans, comme toutes les jeunes filles de «bonne famille»,
Jacqueline Bouvier fait son entrée officielle dans la haute société new-yorkaise.
Lors de son premier bal,
magnifique dans la robe de tulle blanche achetée d'occasion -
Auchincloss est riche mais pas prodigue -, elle attire tous les regards.
Mais selon la stratégie qu'elle s'est créée, elle ne s'attarde sur aucun,
se situant carrément au-dessus de la mêlée.
Son temps n'est pas encore venu.
La vie à ParisPlus encore, c'est à cette époque qu'elle quitte temporairement les États-Unis
et s'inscrit en lettres à la Sorbonne.
Malgré les restrictions qui sévissent encore dans cet après-guerre,
la vie à Paris lui va comme un gant.
Ses attraits ne passent pas inaperçus, mais les jeunes prétendants
essuient systématiquement des refus.
Jacqueline n'est certes pas insensible aux compliments,
mais elle a un faible pour les hommes faits
et laisse délibérément les jeunes gens sur la touche.
Ayant gagné un concours organisé par Vogue,
Jackie aurait pu prolonger son séjour dans la Ville lumière et même y faire sa vie.
Mais, influencée par les arguments de sa mère cette fois,
elle choisit de revenir au pays, décision qu'elle regrettera amèrement.
En 1951, grâce aux manigances de son beau-père,
elle entre au Times-Herald en tant que reporter photographe.
Dans la foulée, comme absente à elle-même,
elle se fiance à un jeune banquier, John Husted. Très rapidement elle rompt.
C'est que, entre-temps, à l'occasion d'un dîner chez des amis communs,
un candidat au Sénat, étoile montante de la politique américaine,
Lui a été présenté.
John Fitzgerald Kennedy accuse 12 ans de plus que Jackie
et ne se comporte guère en amoureux transi;
mais la fille de Jack Bouvier a pris sa décision :
ce sera lui. Elle fait fi de tous les avertissements et conseils qui lui sont alors prodigués,
car John, par plus d'un aspect, ressemble à Black Jack.
Tout comme lui, il se plaît en la compagnie des femmes avec lesquelles,
c'est notoire, il ne se montre pas toujours des plus délicats.
Mais Jackie est décidée :
elle l'emportera sur toutes les autres et l'épousera.
Lorsque l'élu invite sa petite amie à Hyannis Port pour la présenter au clan Kennedy,
ce n'est pas une mince victoire pour elle.
On la considère plutôt avec méfiance; seul Joe, son futur beau-père, l'accepte d'emblée.
Cette jeune femme cultivée, catholique comme eux
et à la beauté différente l'impressionne.
Ce sera, il en est sûr, l'épouse parfaite pour son play-boy de fils.