H A R M O N Y


 
AccueilFAQS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 LEGENDES DE PROVENCE

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3, 4  Suivant
AuteurMessage
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: LEGENDES DE PROVENCE   Mer 24 Juin - 17:53

La légende de la fée aux yeux bleus



Les histoires qui traversent le temps et que ma grand-mére nous racontaient.
Relais à faire passer aussi à vos enfants.

On raconte qu'une trés jolie fée aux longs cheveux blonds et aux yeux bleus, prénommée Lavandula, aurait vu le jour au milieu des lavandes sauvages de la montagne du Lure.

Les années passèrent et l'envie lui vint un jour de s'installer. Ne sachant pas où elle se voyait domiciliée, elle décida de feuilleter son cahier de paysages pour faire un choix éclairé. Son survol s'arrêta brusquement sur la page présentant les terres incultes de la Provence.

Bouleversée par la tristesse du panorama, la fée se mit à pleurer. En tombant sur le livre, ses larmes de couleur lavande tachèrent la page de bleu. Dans l'espoir de réparer sa maladresse, Lavandula tenta en vain de sécher ses yeux bleus et d'essuyer la page, mais l'effet contraire se produisit. Les gouttelettes se répandirent sur le paysage de la Provence.

Désespérée, la fée traça un grand pan de ciel bleu au-dessus du sol taché pour dissimuler son erreur.

C'est depuis ce jour que la lavande pousserait allégrement sur les terres de la Provence et que les jeunes filles de la région auraient dans les yeux une étincelle bleu lavande, surtout devant le spectacle qu'offre le ciel bleuté tombant sur les champs de lavande en fin de journée.


Dernière édition par Nine le Jeu 25 Juin - 1:56, édité 5 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Mer 24 Juin - 18:01

La légende des cigales



Cette légende se déroule au temps où les anges venaient passer leurs vacances en Provence.

Ils arrivérent par un matin de très grand soleil et furent étonnés de ne pas rencontrer âme qui vive entres les calanques et les terres cultivées. Ils s'exaspérent d'apercevoir de nombreux champs en friche. Eux qui rêvaient de voir des potagers et des vergers prospères.

Trés déçus, ils allèrent voir le curé du village, pensant le voir dans sa prière. Il était allongé sous le boutis faisant une sieste majestueuse. Le curé expliqua et précisa que les gens du coin se tenaient sagement à l'ombre des oliviers, afin de se préserver du soleil torride.

L'un des anges dit:" Mais quand travaillent-ils alors ?"
-A la fraîche! répondit l'ecclésiastique.
Un peu à la rosée aussi. Ceci explique le piteux état de leurs terrains.

Les anges aux ailes dorées s'en retournèrent conter leur aventure à Dieu qui décida aussitôt de créer une nouvelle espèce d'insecte.

Lorsque que la saison se faisait plus torride, les insectes se mettraient dans les pins et exécuteraient des notes stridentes d'une musique exacerbée, afin d'empêcher les habitants du pays de dormir exagérément.

C'est ainsi que naquirent les cigales, en parfaite symbiose désormais avec "l'art de vivre" en Provence.





Dernière édition par Nine le Mer 24 Juin - 18:51, édité 5 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Mer 24 Juin - 18:08

Les secrets du Mistral.




Il existe bien des légendes sur ce vent qu'est le mistral. Bien qu'il soit le maître de tous les vents, il n'en demeure pas moins qu'il hante la Provence. Il balaie de son souffle les terres de Provence. On dit que le mistral est un vent grincheux et impérieux.

On prétend, qu'il prend naissance au sein des marais du Vivarais sous l'arche géante d'un rocher ajouré, d'où surgit son sonore bruit. Là, il se gonfle et amplifie ses tourbillons, se gonfle et renforce ses bourrasques, avant de partir en rafales.

Inquiets devant ses imprévisibles accés de colère, des villageois décidèrent un jour de le "barricader". Pendant que le mistral était calme, les habitants clouèrent sur chaque pilier du bloc, de solides planches, très dures et très épaisses.
Il y à des années de cela, des menuisiers les avaient coupées dans des troncs d'oliviers centenaires. Ils les avaient rabotées, poncées, taillées, si bien qu'elles avaient acquis une solidité à toute épreuve.

A son réveil, le mistral se mit à souffler sur ces planches, mais elles resistèrent à sa forçe ravageuse et à ses accès de colère. Le mistral fût prisonnier et ne put donc plus s'évader.
Le Mistral, très fâché, leur dit:

"- Quand je parviendrai à me libérer, je déracinerai tout sur mon passage, les tuiles, les arbres, les clôtures. Il ne restera rien!"
"- Raison de plus, pour te laisser enfermé..." s'écrièrent les villageois.
"- Je vous maudis !" Dit le mistral.
"- Que tout soit désolation. Que vos terres soient infestées de moustiques. Que l'eau soit en putréfaction et que vos maisons soient sales. Que les fièvres fassent périr vos enfants et vos vieillards ! Ainsi vous regretterez vos agissements..."


L'éte venu, une chaleur insoutenable s'abattit sur la Provence. Bientôt se manifestèrent les signes avant-coureurs d'une épidémie. Des odeurs effroyables envahirent les rues et ruelles. Des insectes agressifs piquèrent les enfants à la peau veloutée et les anciens à la peau ridée.
Tous les malheurs du monde semblaient s'abattre sur le village. Ils décidèrent alors de libérer le vent, car son passage dans la région était finalement bénéfique. Il asséchait les terres détrempées, dissipait les nuages et les brumes étouffantes. Il aidait aussi à mûrir les fruits. Il faisait du bien à la nature.

Les villageois décidèrent, donc, de libérer le vent.

"Sinon, la peste s'abattra sur nos troupeaux. Il vaut mieux être transpercés de froid et qu'il emporte quelques branches sur son passage, plutôt que de prolonger cette mauvaise plaisanterie."

Le mistral entendit une partie des débats entre paysans et prit la parole. Il promit doucement: "Si vous me laissez sortir, je ne déracinerai pas vos arbres fruitiers, les tuiles de vos maisons, les clôtures de vos jardins..."

Tous furent perplexes, mais finirent par le libérer.
Aussitôt, le mistral s'engouffra dans l'ouverture et se rua dehors. Les paysans , muets et craintifs, attendaient sans bouger. C'est alors, qu'un enfant, s'approcha du maître des vents, et protesta:

" Et ta promesse, alors ?"
Le vent déchaîné s'apaisa tout de suite.

Subitement, il câlina les arbres, il frôla les tuiles des maisons, il chatouilla les clôtures des jardins.

Bientôt, les misères qu'avaient enduré les braves paysans furent reléguées au rang des mauvais souvenirs ainsi que cette histoire éprouvante et épouvantable du maître des vents.

Il s'en alla alors souffler ailleurs, dans la vallée du Rhône grondant et grommelant, grognant, vers les plaines du midi ...




Dernière édition par Nine le Mer 24 Juin - 18:54, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Mer 24 Juin - 18:11

Le secret de la Fontaine de Vaucluse.




Parti pour faire danser les filles de l'Isle sur la Sorgue, le vieux ménétrier Basile s'endormit à l'ombre un chaud jour, sur le chemin de Vaucluse. Apparut une nymphe qui, belle comme l'onde claire, prit la main du dormeur et le conduisit au bord de la vasque où s'épanouit la Sorgue. Devant eux, l'eau s'entrouvit et les laissa descendre entre deux murailles de liquide cristal au fond du gouffre.

Aprés une longue course souterraine, la nymphe, au milieu d'une souriante prairie semée de fleurs surnaturelles, arrêta le ménétrier devant 7 gros diamants. Soulevant l'un d'eux, elle fît jaillir un puissant jet d'eau.

Voilà, dit elle, le secret de la source dont je suis gardienne pour la gonfler je retire les diamants, au septième, l'eau atteint " le figuier qui ne boit qu'une fois l'an" et elle disparut en réveillant Basile.

Voilà, vous savez la légende du secret de la Fontaine de Vaucluse.

*(La Fontaine de Vaucluse n'a jamais livré le secret de ses origines, malgré les plongées effectuées par le Cdt Cousteau avec le Bathyscaphe.)

La Fontaine



Avec un écoulement total moyen de 630 millions de m3 par an, cette source est la première de France, et une des plus importantes au niveau mondial, par son volume d’eau écoulé. Elle résulte de l’émergence d’un immense réseau souterrain. Source fraîche et paisible en été, bouillonnante et impétueuse au printemps-automne, la Fontaine, véritable caprice de la nature ne cesse d’intriguer curieux et chercheurs depuis l’antiquité.
Les eaux qui bondissent à Fontaine de Vaucluse proviennent de l’infiltration des eaux de pluie et de la fonte des neiges du sud du Mont Ventoux, des Monts de Vaucluse et de la Montagne de Lure qui représentent un « impluvium » de 1240 km2 et dont l’unique issue demeure la Fontaine.
Si les crues spectaculaires du printemps-automne suscitent l’étonnement et l’admiration des visiteurs (90m3 par seconde) par contre, l’écoulement régulier durant l’été et durant les saisons d’absence de pluie reste plus énigmatique pour les spécialistes.
Réalisant des expériences de coloration dans les cours d’eau souterrains du massif calcaire, les spéléologues ont mis en évidence l’existence de collecteurs, véritables drains naturels alimentant la Fontaine de Vaucluse.
La fin du XIX° siècle voit se dérouler la première tentative de plongée du conduit noyé de la Source, et plus d’un siècle d’audacieuses explorations permettent aujourd’hui de comprendre partiellement le mystère de son fonctionnement et l’origine des eaux.

L’exploration du Gouffre
1878 : OTONELLI, scaphandrier marseillais, atteint –23m en scaphandre lourd.
1938 : NEGRI pense trouver le fond à –30m.
1946 : COUSTEAU et son équipe atteignent –46m.
1954 : MAGRELLI atteint la côte –25m.
1955 : L’ OFRS (équipe COUSTEAU) effectue 80 plongées, atteint –74m et sonde jusqu’à –84m.
1967 : L’équipe COUSTEAU immerge le Télénaute, appareil qui parvient à –106m.
1974 : Le GRSA effectue un relevé du gouffre. Suite à cette plongée, un arrêté interdit les explorations.
1981 : La Société Spéléologique de Fontaine de Vaucluse (SSFV) reprend les recherches.
TOULOUMDJIAN aidé de la COMEX atteint –153m en scaphandre autonome.
1983 : HASENMAYER, plongeur allemand, atteint la profondeur exceptionnelle de –205m en scaphandre autonome.
La SSFV et l’ACRC immergent le Sorgonaute et atteignent –245m avec un engin filoguidé.
1984 : Descente et implosion du Sorgonaute II à –205m.
1985 : La SSFV et la Société MIC immergent le porte instruments MODEXA qui s’immobilisera à
–308m sur un fond sablonneux après avoir localisé deux galeries direction Sud Est.
1986 : L’ ACRC tente une nouvelle expérience et doit abandonner le Sorgonaute III vers –200m . L’appareil de mesure reste prisonnier du gouffre.
1989 : La SSFV munie du Spélénaute observe à nouveau le conduit, dresse une nouvelle coupe du gouffre jusqu’à –308m et tente de pénétrer dans les galeries repérées en 1985, mais celles-ci trop étroites ne permettent pas le passage du Spélénaute.
1993 : Nicolas HULOT, pour l’émission USHUAIA, plonge jusqu’à –40m.
1996 : La SSFV munie du Spélénaute découvre une immense salle à –174m.
2004 : Exploration de la galerie du Prado (découverte par Cousteau en 1950). Le Spélénaute utilisé pour cette opération à –135m accompagné d’un plongeur réalisera la jonction par –120m. Les 2 conduits se rejoignent au sommet du grand puits. ( - - - )


Dernière édition par Nine le Jeu 25 Juin - 1:53, édité 9 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Mer 24 Juin - 18:17

La chèvre maudite



Il était une fois une chèvre très capricieuse qui avait été condamnée à séjourner aux enfers. Mais son comportement turbulent lui a valu l'autorisation de quitter ce lieu.

Un jour paraît-il, une femme qui se promenait très tard dans les rues désertes, rencontra cet animal capricieux qui rôdait cherchant de quoi se nourrir.

Il saisit la pauvre femme pour la dévorer au fond de sa caverne.

La pauvre malheureuse supplia la chèvre et lui promit de ne jamais dire mot sur leur rencontre et de ne plus circuler seule dans la nuit.
La chèvre l'épargna... Mais la retint prisonnière.

La pauvre femme était enfermée depuis des années dans la tannière, puis bénéficia , par la grâce de Dieu de l'opportunité inespérée de s'enfuir.
Elle s'échappa sans demander son reste. Elle s'empressa de rentrer chez elle, mais personne ne la reconnut.

Elle semblait avoir vieilli d'au moins dix décennies, tant elle avait subi de privations et autres mauvais traitements !
Elle s'en fût alors, refusée, reniée, repoussée, condamnée comme une parasite, une pestiférée, à errer à son tour...

S'il est une morale à cette histoire, peut-être invite t-elle à ne pas s'attarder dans des lieux obscurs et peu sûrs.


Dernière édition par Nine le Jeu 25 Juin - 3:42, édité 8 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Mer 24 Juin - 18:22

LA COULOBRE.





La Coulobre était une salamandre géante, qui vivait sous un rocher recouvert par les eaux de la Sorgue.

Mais la salamandre géante ne trouvait pas de mari. Le seul qui voulut bien d'elle était un dragon hideux, qui l'abandonna peu de temps après leurs noces pour aller terroriser les pauvres gens sur les terres de Provençe.

La Coulobre allait être mère, elle cachait sa honte au fond d'une vallée souterraine. Un soir, un saint du nom de Véran passa par là. Il portait la bonne parole dans les villes et villages. Il redonnait espoir aux pauvres gens qui contèrent l'histoire de cet animal, devenu légendaire.
Le Saint décida d'affronter le monstre.

Il guetta longtemps prés du gouffre et vit sortir des eaux, un serpent géant à la tête immonde, au corps visqueux couvert d'écailles phosphorescentes et muni d'ailes de chauve-souris. Au moment où l'animal se jeta sur Véran, il fît le signe de croix. Aussitôt, une blessure apparut sur le côté de l'animal qui poussa un gémissement terrible, avant de s'enfuir. La Coulobre vola longtemps, avant de pouvoir se poser. A bout de force et de douleur, elle heurta un mont rocheux, puis elle s'effrondra. On la crut morte.

Plus tard, naquit en ce lieu, un hameau portant le nom du Saint. Mais la Coulobre reparut. Elle logeait sous un rocher, au fond de la Sorgue. Et ne sortait que pour jeter son dévolu sur de jeunes gens qui lui plaisaient et qui pourraient faire de bons maris. Mais personne ne voulut d'une créature aussi laide.

Des siècles plus tard, un jeune Italien acheta une maison sur une rive de la Sorgue. Un jour, il aperçut la plus belle femme qu'il eût jamais rencontré. Elle était blonde comme les blés et son visage plus doux que la brise de l'été. Le jeune étranger en tomba amoureux. Il apprit que la jeune femme se nommait Laure. Mais elle était déjà mariée au Seigneur Hugues de Sade.

Le jeune homme tenta de l'oublier. Mais il lui écrivit des poèmes.

Cependant, la Coulobre nourrissait en secret l'espoir de l'emmener vivre avec elle et ses enfants. La Coulobre était à la surface de l'eau et contemplait amoureusement sa maison. La Coulobre vit entrer chez son bien-aimé, une femme merveilleuse.

Folle de rage et de douleur, elle bondit à la surface de l'eau, au moment ou le poète alla poser un baiser sur sa main. Laure poussa un cri et s'évanouit. Le jeune Italien transperça l'animal avec son épée. Le cadavre de la Coulobre vogua au gré des flots où il fût englouti à nouveau.
Devenu célèbre par ses écrits, le poète Italien repartit en Italie. Il apprit que Laure était morte le jour des ses 40 ans emportée par une épidémie de peste.

Il revint dans sa maison de la rive sur la Sorgues qui conservait le souvenir de Laure. Il y vécu 16 années.

Il rôdait parfois aux abords où avait disparu la Coulobre. Il ne voyait que surgir des petites salamandres, tachetées d'or, dont on disait dans la région qu'elles étaient les enfants du monstre et qu'elles n'avaient jamais grandi, faute de parents à aimer.



Dernière édition par Nine le Mer 24 Juin - 19:13, édité 7 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Mer 24 Juin - 18:25

Les charbons ardents de l'Archange Gabriel



La Provence a une renommée de terre de bien-être, de l'art de vivre et de la gastronomie.

Dans ce pays de ripailles, les habitants n'hésitent pas, même en période de Carême, à organiser de grandes fêtes où se cotoient les mets savoureux et les vins les plus fameux.

Une légende confirme ces affirmations.

Un jour le Seigneur se mit en colère, suite à cette attitude peu respectueuse. Il décida donc d'infliger pénitence à ses paroissiens et, pour ce faire , les priva de feu.

Adieu bouillabaisse, soupe au pistou, ratatouille et autres parfums du terroir !

Adieu banquets à l'ombre des platanes , fêtes aux cabanons ou repas champêtres sous les oliviers !

Les Provençaux avaient perdu la joie de vivre, de festoyer. Ils restaient chez eux et devenaient rancuniers. Ils ruminaient. Ils rouscaillaient.

Dieu le remarqua et constata, que les choses ne faisaient qu'empirer.

C'est alors que l'Archange Gabriel eut l'idée de proposer un pacte avec habitants fanfarons et prétentieux. Le chef ailé rêvait secrètement d'une paix étendue sur la terre entière. En échange de ce charbon ardent, il espérait obtenir des Provençaux la promesse de se comporter pieusement.

Ils ne se laissèrent point séduire et préférèrent offrir à ce ministre de désirs divins des caisses pleines d'or plutôt que de prononcer des paroles qui de toute façon ne seraient pas honorées. Tous méprisèrent ce marché, sauf une vieille femme rusée qui accepta de discuter avec l'auxiliaire du Très-Haut.

Pendant la conversation, elle toucha discrètement les charbons ardents du bout de sa canne, puis refusant l'accord, prît congé et s'éloigna d'un air dégoûté.

Gabriel remonta dans les cieux, soudain, un délicieux fumet vint lui titiller les narines. Il se pencha pour regarder l'origine géographique de cette bouffée odorante, enivrante et envahissante. Il observa avec stupeur que le peuple Provençal faisait bombance. Il saisit aussitôt que la mégère lui avait dérobé le charbon et compris qu'elle ne lui rendrait jamais.

Le voyageur peut encore le vérifier agréablement aujourd'hui, s'il s'attable au côté des provençaux autour d'une brandade ou d'une grillade relevée d'herbes de Provence, d'anchoïade ou de tapenade du pays des cigales et de senteurs et saveurs subtiles des herbes de la garrigue.



Dernière édition par Nine le Jeu 25 Juin - 3:05, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Jeu 25 Juin - 2:40



Le Semeur de vent.

Bien qu'il soit le maître des vents, le mistral n'est pas seul à balayer de son souffle les terres de Provence. Ainsi, on raconte que la ville de Nyons souffrait autrefois d'une sécheresse si terrible que ses habitants se rendirent à Arles, afin de prier un certain Césaire de leur venir en aide et de leur apporter un peu de fraîcheur.

Pris de compassion devant la mine désolée des habitants de Nyons, dont les champs ressemblaient à un désert aride, dont les ânes, les chiens et les nouveau-nés mouraient comme des mouches, dont les ruisseaux et la rivière avaient cessé de chanter, dont les puits n'étaient plus que des gouffres sans fond, Césaire, que l'on qualifiait de saint homme depuis qu'il avait accompli quelques prodiges de bonté, décida de prendre les choses en main.

Il s'en fut d'abord constater sur place les dégâts et, pris lui-même de malaise dans la fournaise infernale qu'était devenue la vallée, il s'en fut par les routes et les sentiers à la recherche d'un souffle frais.
Il marcha longtemps, les vêtements trempés de sueur, les pieds gonflés de fatigue et couverts de la poussière des chemins. Ses pas le conduisirent enfin en un lieu tout planté de résineux.

Etait-ce la présence des arbres ? il s'y sentit bien comme par un matin d'avril. En s'asseyant sur une racine affleurant le sol, Césaire comprit que l'ombre n'était pas seule responsable du bien-être qui l'envahissait. Un vent léger serpentait entre les troncs, faisant vibrer les branches comme les cordes d'un instrument de musique... Alors, le voyageur réalisa qu'il était parvenu au bout de son errance. Écoutant la mélodie subtile qui tanguait et enflait autour de lui, il murmura :
- Comme la chanson de cette brise est douce ! On dirait celle d'une cithare...

Ses paroles s'envolèrent sur un tourbillon d'aiguilles de pins dans un fin rayon de soleil. Et il lui sembla lire en elles le nom de cet endroit magique :

Citharista. Puis les lettres du mot dansèrent, montant au ciel à travers les brindilles et redescendant en piqué comme une escadrille d'abeilles. Elles valsèrent un moment, avant d'atterrir doucement sur un monticule de sable, où elles s'éparpillèrent, se mélangèrent et s'assemblèrent en un nouveau nom déformé : Ceyreste. Césaire eut à peine le temps de le prononcer, qu'elles s'effacèrent soudain, dans le souffle venu de la mer toute proche.

Afin de ne pas les laisser disparaître à tout jamais, le voyageur retira l'un de ses gants et tenta de les y récupérer. Le vent s'engouffra dans l'étui de peau et Césaire, aussitôt, le referma et le lia avec un lacet de cuir.

Bien qu'il eut beaucoup de peine à repartir de cet endroit idyllique, il se remit en marche en direction de Nyons. La route était longue et il craignait que la sécheresse persistante n'y eût décimé tous les habitants. Aussi, afin d'y retourner plus vite, tenta-t-il d'arrêter sur la route un charretier qui passait par là, transportant des bottes de foin :

- Brave homme, emmène-moi dans ta carriole avant que ne meurent les gens à qui je dois ramener ce gant.
- Qu'y a-t-il dans ce gant ? demanda le charretier.
- De la graine de vent.
- Du vent ? Tu te moques de moi... Puisque c'est comme ça, je ne te prendrai ni sur le banc à côté de moi ni sur mes bottes de foin.
Et le bonhomme s'éloigna.

Un peu plus loin, Césaire croisa un cavalier et le pria de l'emmener :
- Brave homme, emportez-moi en croupe sur votre cheval avant que ne meurent les gens à qui je dois ramener ce gant.
- Et qu'y a-t-il dans ce gant ?
- De la graine de vent.
- Du vent ? Tu te moques de moi... Ce gant doit contenir des pièces d'or et bien d'autres choses précieuses. Donne-le moi, si tu veux que je t'emmène.
Et, devant le refus de Césaire, le cavalier partit au grand galop. Avant de reprendre sa route, le voyageur ôta le second de ses gants, le remplit de pierres et le mit dans sa poche. Un peu plus loin, il croisa un garçon, monté sur une mule. Et il lui demanda :

- Brave homme, peux-tu m'emmener sur ta mule avant que ne meurent les gens à qui je dois rapporter ce gant ?
- Et qu'y a-t-il dans ce gant ?
- De la graine de vent.

Le garçon éclata de rire en brandissant un couteau :
- Du vent ? Je ne te crois pas. Ce gant est tout gonflé de ducats. Donne-le moi !
Aussitôt, Césaire sortit de sa poche le second de ses gants et le tendit au brigand en disant :

- Regarde : mon premier gant est peut-être gonflé mais il est tout léger, léger... Prends plutôt celui-là, il est vraiment lourd de ducats, de bijoux et de pierres précieuses...

Méfiant, le garçon descendit de sa monture afin de s'emparer du gant de cailloux et de le soupeser. Césaire en profita pour sauter sur la mule et pour s'en aller, portant son gant empli de graine de vent.
Quand il arriva enfin à Nyons, le ville se trouvait dans un état de désolation indescriptible. Les rares habitants qui avaient survécu à la canicule vinrent à sa rencontre et lui demandèrent :

- Alors ? Tu nous a ramené du vent ?
- Le voici, répondit le voyageur en montrant son gant.
La bouche desséchée, les veux exorbités, les gens eurent encore la force de se mettre en colère :
- Tu te moques de nous ? À supposer que tu aies réussi à y emprisonner le moindre souffle d'air, ce gant contient à peine de quoi donner une bouffée à un petit enfant. Tu nous a trahis, va-t-en !
- Très bien, répondit Césaire en jetant son gant contre un rocher brûlant sous le soleil torride.

Il n'eut pas plutôt accompli son geste que la pierre se fendit en un craquement gigantesque. Des profondeurs du sol monta alors un souffre frais, fleurant bon la terre mouillée par des eaux obscures. Ce vent tout neuf s'élança en volutes dans la vallée, effleura la rivière sans la traverser, lui redonnant sa mélodie, longea les murs de la ville en rafraîchissant leurs pierres, s'engouffra dans ses ruelles, redonnant vie aux chiens et aux nouveau-nés ainsi qu'aux ânes dans les prés, faisant à nouveau chanter les ruisseaux et clapoter le fond des puits...
Avant de s'en aller, Césaire baptisa ce vent le Pontias. Et c'est toujours ce vent qui ne cesse de souffler dans cette vallée, sans se réchauffer, ni en hiver, ni en été, ni tiède, ni froid, mais toujours là, comme si la mer se trouvait juste à
côté.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Jeu 25 Juin - 3:24

LA CHEVRE DE MONSIEUR SEGUIN




Ah ! qu’elle était jolie la petite chèvre de M. Seguin !

Qu’elle était jolie avec ses yeux doux, sa barbiche de sous-officier, ses sabots noirs et luisants, ses cornes zébrées et ses longs poils blancs qui lui faisaient une houppelande !

Et puis, docile, caressante, se laissant traire sans bouger, sans mettre son pied dans l’écuelle. Un amour de petite chèvre ! M. Seguin avait derrière sa maison un clos entouré d’aubépines. Il avait attaché la petite chèvre à un pieu, au plus bel endroit du pré, en ayant bien soin de lui laisser beaucoup de corde.

Mais un jour, elle se dit en regardant la montagne :

« Comme on doit être bien là-haut .Quel plaisir de gambader dans la bruyère sans cette maudite longe qui vous écorche le cou ! » A partir de ce moment, l’herbe du clos lui parut fade. Elle maigrit, son lait se fit rare. C’était pitié de la voir tirer tout le jour sur sa longe, la tête tournée du côté de la montagne en faisant Mê ! tristement.

M. Seguin s’apercevait bien que sa chèvre avait quelque chose, mais il ne savait pas ce que c’était...

Un matin, comme il achevait de la traire, elle se retourna et lui dit dans son patois :

« Écoutez, monsieur Seguin, je me languis chez vous, laissez-moi aller dans la montagne.
Ah ! mon Dieu ! Blanquette, tu veux me quitter !
Oui, monsieur Seguin.
Tu es peut-être attachée de trop court, veux-tu que j’allonge la corde ?
Ce n’est pas la peine, monsieur Seguin.
Alors, qu’est-ce qu’il te faut ? Qu’est-ce que tu veux ?
Je veux aller dans la montagne, monsieur Seguin.
Mais, malheureuse, tu ne sais pas qu’il y a le loup dans la montagne...

Que feras-tu quand il viendra ?

Je lui donnerai des coups de cornes, monsieur Seguin.
Le loup se moque bien de tes cornes. Il m’a mangé de biques autrement encornées que toi... Tu sais bien, la vieille Renaude qui était ici l’an dernier ? une maîtresse chèvre, forte et méchante comme un bouc. Elle s’est battue avec le loup toute la nuit... puis, le matin, le loup l’a mangée.
Pauvre Renaude ! Ça ne fait rien, monsieur Seguin, laissez-moi aller dans la montagne.


Bonté divine ! dit M. Seguin. Encore une que le loup va manger... Eh bien, non... je te sauverai malgré toi, coquine ! et de peur que tu ne rompes ta corde, je vais t’enfermer dans l’étable, et tu y resteras toujours. » Là-dessus, M. Seguin emporta la chèvre dans une étable toute noire dont il ferma la porte à double tour. Malheureusement, il avait oublié la fenêtre, et à peine eut-il le dos tourné que la petite s’en alla.

Quand elle arriva dans la montagne, ce fut un ravissement général. Jamais les vieux sapins n’avaient rien vu d’aussi joli. On la reçut comme une petite reine. Les châtaigniers se baissaient jusqu’à terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d’or s’ouvraient sur son passage et sentaient bon tant qu’ils pouvaient.

Toute la montagne lui fit fête. Plus de corde, plus de pieu... rien qui l’empêchât de brouter à sa guise. Et quelle herbe ! Savoureuse, fine, dentelée, faite de mille plantes. Et les fleurs ! De grandes campanules bleues, des digitales de pourpre à longs calices, toute une forêt de fleurs sauvages débordant de sucs capiteux !

La chèvre blanche se vautrait là-dedans et roulait le long des talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées et les châtaignes. Puis, tout à coup, elle se redressait d’un coup sur ses pattes. Hop ! la voilà partie la tête en avant, à travers le maquis.

Elle s’avança au bord d’un plateau, une fleur de cystise aux dents, et aperçu en bas, tout en bas dans la pleine, la maison de M. Seguin avec le clos derrière. Cela la fit rire aux larmes.

« Que c’est petit ! Comment ai-je pu tenir là-dedans ? » se dit-elle.

Tout à coup, le vent fraîchit. La montagne devint violette ; c’était le soir. En bas, le clos de M. Seguin disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne voyait plus que le toit avec un peu de fumée. Un gerfaut la frôla de ses ailes en passant.

Elle tressaillit. Puis ce fut un hurlement dans la montagne : « Hou ! hou ! »

Elle pensa au loup.

Au même moment une trompe sonna bien loin dans la vallée. C’était ce bon M. Seguin.

Hou ! hou ! faisait le loup.

Reviens ! reviens ! criait la trompe. Blanquette eut envie de rentrer ; mais en se rappelant le pieu, la corde, la haie du clos, elle pensa qu’elle ne pourrait plus se faire à cette vie et qu’il valait mieux rester.

La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles. Elle se retourna, et vit dans l’ombre deux oreilles courtes, toutes droites, avec deux yeux qui reluisaient.

C’était le loup. Énorme, immobile, il était là, regardant la petite chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait qu’il la mangerait, le loup ne se pressait pas.

Blanquette se sentit perdue... Un moment, en se rappelant l’histoire de la vieille Renaude, qui s’était battue toute la nuit pour être mangée le matin, elle se dit qu’il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout de suite ; puis, s’étant ravisée, elle tomba en garde, la tête basse et la corne en avant, comme une brave chèvre de M. Seguin qu’elle était. Seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi longtemps que la Renaude...

Le monstre s’avança, et les petites cornes entrèrent en danse. Ah ! la brave chevrette ! Plus de dix fois, elle força le loup à reculer pour reprendre haleine. Alors, la gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe, puis elle retournait au combat, la bouche pleine.

Cela dura toute la nuit. De temps en temps la chèvre de M. Seguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair et elle se disait :

« Oh ! pourvu que je tienne jusqu’à l’aube... »

L’une après l’autre, les étoiles s’éteignirent. Blanquette redoubla de coups de cornes, le loup de coups de dents... Le chant du coq monta d’une métairie.
Enfin ! dit la pauvre bête, qui n’attendait plus que le jour pour mourir ; et elle s’allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée de sang. Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea.

Alphonse Daudet
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Jeu 25 Juin - 4:04

UNE CHANSON POUR LE MISTRAL

LE MISTRAL

Certaines légende l'ont fait naître du rocher d'un village du Vivarais' mais il arrive du Nord' soufflantdans la vallée du Rhône (il redouble de vitesse à partir de Valence où il prend le nom de mistral)y prenant tout son élan ' avant de s'abattre sur la plaine du Comtat-Venaissin et Avignon.Ici rien n'est orienté au Nord 'les maisons s'ouvrent au Sud ' Les haies de cyprés 'de peupliers 'decannes abritent les cultures et les hommes.

"Le mistral et la tramontane sont la respiration du bon Dieu"
Ecoutez -le :
quelle tempête! Où va-t-il? Et d'où vient -il ?
"Tu es pour nous un vrai fléau et pourtant nous t' aimons roi des vents " Frédéric Mistral


Noir Désir - Le Vent Nous Portera

Je n'ai pas peur de la route
Faudra voir, faut qu'on y goute
Des méandres au creux des reins
Et tout ira bien

Le vent l'emportera

Ton message à la grande ourse
Et la trajectoire de la course
A l'instantané de velours
Meme s'il ne sert à rien

Le vent l'emportera
Tout disparaîtra mais
Le vent nous portera

La caresse et la mitraille
Et cette plaie qui nous tiraille
Le palais des autres jours
D'hier et demain

Le vent les portera

Génetique en bandouillère
Des chromosomes dans l'atmosphère

Des taxis pour les galaxies
Et mon tapis volant lui

Le vent l'emportera
Tout disparaîtra mais
Le vent nous portera

Ces parfums de nos années mortes
Ceux qui peuvent frapper à ta porte
Infinité des destins
On en pose un, et qu'est-ce qu'on en retient ?

Le vent l'emportera

Pendant que la marée monte
Et que chacun refait ses comptes
J'emmène au creux de mon ombre
Des poussières de toi

Le vent l'emportera
Tout disparaîtra mais
Le vent nous portera


Dernière édition par Nine le Jeu 25 Juin - 13:58, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Jeu 25 Juin - 13:32


Légende du Pont du Gard


Tous les grandes constructions de la région qu'il s'agisse du Pont du Gard ou du Pont Saint Bénézet en Avignon parle de la même légende.

Cette légende mélange l'homme (Saint Bénézet pour Avignon, un maître maçon pour le Pont du gard), le diable, une femme et un animal.

La légende écrite par Frédéric Mistral dans sa langue provençale raconte que ce Pont du gard, certainement le plus beau travail au monde fut pourtant bâti en une nuit. Une seule nuit qui pouvait faire cela?

sinon le diable, le malin.

Le maître maçon qui s'était chargé de bâtir ce pont selon un prix fait se décourageait car il ne pouvait venir à bout de son ouvrage. Chaque fois qu'il en avait bâti une partie, le Gardon furieux l'emportait. Le pauvre se desespérait, cela faisait la troisième fois que le Gardon lui jouait un mauvais tour.

"Cela fait trop maintenant, maudite vie il y aurait de quoi se donner au diable. Et bien voilà que le diable lui apparaît. et lui propose:

"Si tu veux je te bâtirai ton pont et tant que le monde sera monde jamais, jamais, le Gardon ne pourra l'emporter

"Je veux bien dit le maçon mais combien tu me fera payer?

"Oh pas grand chose répondit le diable, simplement le premier qui passera le pont sera pour moi.....

"D'accord dit le pauvre maçon.

Et le diable, affairé et courant d'un côté et de l'autre, vole à la montagne d'énormes blocs et construit un pont comme jamais on en avait vu de pareil.

Mais le pauvre maçon, un peu abasourdi était allé trouver sa femme pour lui raconter son pacte avec le diable.

"le pont sera fini demain à la première heure de l'aube, mais ceci n'est pas le tout, il faut qu'un pauvre perdu se damne pour les autres."

"Que tu es nigaud lui dit sa femme, notre chienne a attrapé un lièvre tout vivant. Prends le, mets le dans un sac et à la pointe de l'aube lache le sur le pont!

"Tu as raison dit l'homme. Il prend le lièvre, le met dans le sac et retourne au pont juste à la pointe de l'angelus et lance le lièvre sur le pont.

Le diable qui attendait de l'autre côté reçoit le lièvre dans son sac. Furieux en voyant que ce n'était qu'un lièvre il prend l'animal par la queue et le faisant tournoyer l'écrase contre une arche du pont et comme l'angélus sonnait le diable furieux et criant mille sottises disparait au fond d'un gouffre.

Et Frédéric Mistral conclut, en bon apôtre, "et voilà comment on dit que les femmes ont trompé le diable".

Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Jeu 25 Juin - 14:12

A la fée Estérelle


Qui ne sent un charme secret
Dans ces montagnes désolées
Dont une sauvage forêt
Couvre les cimes dentelées ?
Sur ces pittoresques montagnes
Plane un souvenir populaire,
Royauté qui ne meurt jamais
Illusion surnaturelle
Qui donc es tu, fée Estérelle ?

Lorsque les Sarrasins maudits
Désolaient nos riches campagnes,
Ton nom a rallié jadis
Nos aïeux au sein des montagnes,
Plus tard sur nos tristes débris
Ta source a coulé bienfaisante ;
La Provence reconnaissante
Te dressa des autels fleuris :
Dans la cabane et la tourelle
On te bénit, fée Estérelle !

Sous tes pins touffus, ondoyants,
Chaque printemps, le frais séphire
Couvrait de lambris verdoyants
Ton palais de rouge porphyre.
L'arbousier aux fruits orangés,
Le genêt d'or, le laurier rose,
Le myrte qu'une eau pure arrose,
Ornaient tes palais ombragés
Et maintenant la sauterelle
Ronge tes fleurs, fée Estérelle !

Qu'importe ! Le fer et le feu
N'ont point épuisé la nature,
Et l'Estérel, sous le ciel bleu
A gardé sa verte ceinture.
Pour toujours ont fui les voleurs
Et la fontaine coule encore
Sur l'herbe que l'aube décore
De fraiche rosée et de fleurs,
Sous la bruyère et la morelle
Repose en paix fée Estérelle !

Estérel, ton front de granit
Brave notre impuissance humaine
A tes pieds le soleil brunit
Des restes de grandeur romaine.
Paquebots et chemins de fer
Emportent tout, et leur fumée
Souillent ta forêt embaumée
Et l'azur doré de ta mer.
L'illusion surnaturelle
Fuit en Wagon, fée Estérelle !

M Marquan - 1861
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Jeu 25 Juin - 20:46

L'ACCENT

Comment évoquer la Provence, sans une pointe d'accent, voila un beau texte dit par une "figure de ce Pays" l'excellent Fernandel alias Fernand Contandin.
je vous laisse écouter ce charmant accent, et il a une diction parfaite en plus !



DE L'ACCENT



De l'accent! De l'accent! Mais après tout en-ai-je?
Pourquoi cette faveur? Pourquoi ce privilège?
Et si je vous disais à mon tour, gens du Nord,
Que c'est vous qui pour nous semblez l'avoir très fort
Que nous disons de vous, du Rhône à la Gironde,
"Ces gens là n'ont pas le parler de tout le monde!"
Et que, tout dépendant de la façon de voir,
Ne pas avoir l'accent, pour nous, c'est en avoir...

Eh bien non! je blasphème! Et je suis las de feindre!
Ceux qui n'ont pas d'accent, je ne puis que les plaindre!
Emporter de chez soi les accents familiers,
C'est emporter un peu sa terre à ses souliers,
Emporter son accent d'Auvergne ou de Bretagne,
C'est emporter un peu sa lande ou sa montagne!
Lorsque, loin du pays, le coeur gros, on s'enfuit,
L'accent? Mais c'est un peu le pays qui vous suit!
C'est un peu, cet accent, invisible bagage,
Le parler de chez soi qu'on emporte en voyage!
C'est pour les malheureux à l'exil obligés,
Le patois qui déteint sur les mots étrangers!

Avoir l'accent enfin, c'est, chaque fois qu'on cause,
Parler de son pays en parlant d'autre chose!...

Non, je ne rougis pas de mon fidèle accent!
Je veux qu'il soit sonore, et clair, retentissant!
Et m'en aller tout droit, l'humeur toujours pareille,
En portant mon accent fièrement sur l'oreille!
Mon accent! Il faudrait l'écouter à genoux!
Il nous fait emporter la Provence avec nous,
Et fait chanter sa voix dans tous mes bavardages
Comme chante la mer au fond des coquillages!
Écoutez! En parlant, je plante le décor
Du torride Midi dans les brumes du Nord!
Mon accent porte en soi d'adorables mélanges
D'effluves d'orangers et de parfum d'oranges;
Il évoque à la fois les feuillages bleu-gris
De nos chers oliviers aux vieux troncs rabougris,
Et le petit village où les treilles splendides
Éclaboussent de bleu les blancheurs des bastides!
Cet accent-là, mistral, cigale et tambourin,
A toutes mes chansons donne un même refrain,
Et quand vous l'entendez chanter dans ma parole
Tous les mots que je dis dansent la farandole!

M.Zamacoïs
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Ven 26 Juin - 1:55

LES MARCHES DE PROVENCE



MARCHES ET SAVEURS

Les marchés de Provence possèdent des vertus particulières. Il y a bien sûr le soleil, la convivialité, l'humeur locale et… l'art de prendre son temps, d'échanger, de blaguer, de toucher, d'apprécier les produits à l'étal. On se surprend à jouer du verbe et du geste tout naturellement. Ils regorgent de couleurs et d'odeurs délicieuses qui émoustillent l'odorat le moins sensible.
Ici ce sont les fruits gorgés de soleil, les melons, les pêches et les abricots qui voisinent avec les légumes, les tomates savoureuses, les aubergines et les courgettes indispensables à la préparation de la cuisine provençale. Du poisson frais de méditerranée,dorades, maquereaux, loups ,sardines, et fruits de mer, huitres, moules, crustacées, en compagnie du fenouil frais, des citrons juteux à souhait. Du bon pain au levain et de la brioche d'antan , du fromage de brebis, de chèvres, etc...

Des salaisons et charcuteries, des poulets frits. L'ail est roi, sur l'étal suivant. On admire les différentes façon de le tresser. Les olives, noires, vertes, préparées aux herbes ou aux épices, en tapenade, l'huile, les herbes aromatiques, thym, romarin, sarriette, laurier…mais aussi la lavande, les savons parfumés, le miel de toutes fleurs, les tissus, l'artisanat en cuir…

Parmi les plus courus, le marché de Carpentras, au coeur de la vieille ville et l'hiver, le marché aux truffes, Richerenches, Apt, Valréas, Aix en Provence, Arles....Les marchés à Arles animent la ville de couleurs et de bruits. A l'ombre des grands parasols les maraîchers étalent leurs fruits et légumes en offrant une palette chatoyante d'où émanent des effluves de menthe fraîche, de basilic, de romarin et d'épices. Il en est tout autant des fleurs et plans... Il s'y trouve encore quelques volailles, lapereaux et autres canards.

C'est là où l'imagination culinaire prend sa source, mais c'est là aussi que les Arlésiens se rencontrent et bavardent.



Dernière édition par Nine le Ven 3 Juil - 5:04, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Ven 3 Juil - 2:01

ARLES EN PROVENCE .. un art de vivre



Avec plus de 300 jours d’ensoleillement, Arles est une ville du sud, où il fait bon vivre.

Sa lumière particulière rime avec qualité de vie.

Dès les beaux jours les Arlésiens et les estivants se retrouvent sur les terrasses de café, qui longent le boulevard des Lices et sur les nombreuses places du centre ancien. Le marché du samedi est un rituel : c’est non seulement un des plus beaux marchés de Provence, mais aussi un des plus grands (il s’étend sur 2 kilomètres) sur lequel on trouve de tout : fruits et légumes, fromages, fleurs et épices, viandes et poissons, miel, tous les produits frais et les produits régionaux que l’on prend plaisir à déguster, mais aussi vêtements et chaussures, tissus, artisanat...

Faire le marché du samedi matin c’est également être sûr de rencontrer les habitués, de prendre le temps d’aller boire un café, un verre ou l’apéritif et pourquoi pas ... un pastis ?
Arles est une invitation à la détente, à la flânerie et au bien vivre !



Ballade en Camargue, les étangs, les chevaux, les flamands roses, le mistral, ..

Le pays d’Arles est constitué de trois paysages différents regroupés autour de la cité romaine et romane dont les richesses architecturales ne cessent de fasciner les visiteurs du monde entier :

* la Camargue située entre les deux bras du Rhône, qui constitue un des plus beaux sites naturels d’Europe. Sa faune et sa flore sont protégées par le Parc Naturel régional de Camargue.
C’est d’ailleurs aussi en tant qu’espace naturel d’intérêt mondial que Arles est classée par l’UNESCO comme Patrimoine mondial de l’Humanité.

* le massif des Alpilles, pays de vignes et d’oliviers, qui inspirait Frédéric Mistral,

* la Crau, plateau caillouteux semi désertique qui possède une réserve ornithologique extraordinaire



LE COSTUME DES ARLESIENNES



Le costume de l’Arlésienne naît vers le milieu du XVIIIe siècle du désir des habitantes du pays d’Arles de s’habiller différemment des autres femmes.
Le costume de l'Arlésienne a évolué selon la mode parisienne et suivant les différentes époques : costume du droulet, costume Louis Philippe, costume Napoléon III, sans oublier l'empreinte de Léo Lelée.
Il prendra sa forme définitive et épurée, dite moderne, à la toute fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, le costume est porté à l’occasion de festivités. La coiffure agrémentée du fameux ruban apparaît vers 1835.

Il est généralement porté pour la première fois par la jeune fille un an après sa prise officielle de ruban, lors de la présentation à la Reine d'Arles, lors de la Fête du Costume, le 1er dimanche de juillet en Arles.

Les tissus soyeux remplacent alors le coton, en modifiant parfois légèrement le costume : ce sont la jupe et l'eso qui sont désormais dans le même tissu (en soie ou en taffetas), et le fichu est dans un tissu richement brodé ou ornementé (en tulle, en coton, en organdi, en soie, etc..). On peut, en fonction du tissu, trouver la première forme de costume, jupe et fichu assorti avec le taffetas par exemple. Le ruban est de couleur, assorti au tissu, mais il peut aussi être bleu marine. Ce costume peut être porté toute sa vie.

Un sac, des gants, des bijoux et une ombrelle complètent cette tenue, d'une grande sobriété mais aussi d'une grande élégance.




Dernière édition par Nine le Ven 3 Juil - 5:52, édité 12 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Ven 3 Juil - 2:40

RITES ET COUTUMES DU MARIAGE PROVENCAL


creation C. Lacroix


Les croyances populaires

En Provence la tradition voulait que l’on ne se marie pas durant les mois de mai, juillet, septembre et novembre.

On ne se mariait pas non plus pendant le Carême, ni même pendant la période de l’Avent (avant Noël).

Les jours fastes pour se marier étaient le mardi, le jeudi et le samedi. On ne célébrait pas d’union les lundi et vendredi.

Le mariage, le même jour, de deux frères ou de deux sœurs portait malheur.

La robe du mariage ne devait pas entrer dans la maison avant le matin de la cérémonie.

Au cours de la cérémonie religieuse, au moment de s’agenouiller, si le jeune marié arrivait à poser le genoux sur la robe de sa future femme, c’est lui qui aurait autorité dans le couple. Mais si la jeune fille n’entendait pas être dominée, elle devait plier le doigt quand le garçon lui passait la bague.

La cérémonie religieuse

Lors de la bénédiction par le prêtre des jeunes mariés, deux jeunes filles tenaient un voile au-dessus de la tête de la mariée. Ce rite fait référence à l’Ancien Testament, où il est dit "Toute femme qui prie ou prophètise la tête découverte fait affront à son chef".

Ceci serait, sans doute, la raison pour laquelle la coiffe de la mariée se compose souvent d’un voile.

La mariée ne nouait sa coiffe qu’au moment d’offrir à la Vierge, son bouquet composé de fleurs blanches.


A la sortie de l’église les Nòvi devaient passer sous un arceau fleuri en se donnant le bras. Le mari remettait à sa femme, la clé de la demeure qu’elle devait accrocher au clavié fixé à sa ceinture. Une coupe de blé était alors remise à la jeune mariée qui devait jeter le contenu sur les parents de son époux afin d’indiquer son intention d’apporter la prospérité dans sa nouvelle famille.

On retrouve par ailleurs, une variante de ce rite où les enfants au bas des marches de l’église criaient :

"Vivo li Nòvi"

Les invités du cortège lançaient à la volée des dragées et de la monnaie. Si l’on n’en jetait pas, les enfants criaient :

"Es malant, lou nòvi, es malant. A manja de coucourdo e lou bouioun i a fa mau"

"Il est malade, le marié, il est malade. Il a mangé de la courge et le bouillon l’a indisposé".
Les jeunes mariés devaient, ensuite, sauter une barre fleurie, ou ruban, symbole de leur passage dans une nouvelle vie.

"Cette barre vous invite à la sauter, joyeux, unis, vous en trouverez tant dans la vie, courage, amour, union et vive l’avenir"



Le repas de noces

Au cours du repas les jeunes époux devaient manger la soupe dans la même écuelle. Puis on remettait à la mariée trois petits pains. Elle en donnait deux à sa famille et un à ses amis signifiant ainsi qu’elle se devait d’être économe et de nourrir d’abord sa famille sans cependant ignorer ses amis.


Le chiffre maléfique

Le chiffre neuf avait une signification maléfique, on ne se mariait donc pas les 9, 19 et 29 du mois.

"Lou Noù porto doù" Le neuf porte deuil.
Le sel pour écarter le mauvais sort

Pour éloigner le mauvais sort on mettait du sel dans la poche du costume du Marié et dans les chaussures de la Mariée.

Enterrement de vie de garçon, de jeune fille


*

Le fiancé :

En Provence, comme ailleurs, il est d'usage d'enterrer sa vie de garçon en compagnie de ses meilleurs amis autour d'un bon repas.

En Haute Provence, les jeunes gens qui considèrent que le mariage leur enlève un camarade, demandent une compensation. L'enterrement de sa vie de garçon est l'occasion d'une cérémonie au cours de laquelle on simule des funérailles. Une caisse de mort est portée par l'ami le plus proche du futur marié, qui marche en tête de cortège en jouant le rôle du croque-mort. Il porte en guise de cravate un lacet de cuir autour du coup. La nuit le cortège s'avance dans la rue principale de la ville et se rend au domicile du Novi (futur marié) où un bon repas est servi.

*

La fiancée :

La fiancée, est tenue à plus de réserve. Pour elle, tout ce déroule le dimanche qui précède son mariage. On dit que l'on garde la Novi (future mariée). Dans certains villages de la Haute Provence, la future mariée, est reçue, ce jour là, dans la maison qu'elle va habiter après le mariage. Dans tous les cas elle réunit ses meilleures amies et leur offre une collation composée de gâteaux et de fruits. C'est l'occasion pour elle de présenter son trousseau à ses amies. Il est bien entendu que les garçons sont exclus de cette réunion.

Dans la Vallée Blanche on appelle ce jour le dimanche des Épingles. Toujours le dimanche qui précède son mariage la future mariée remet aux jeunes gens du village une carte d'épingles.

Le Charivari

Cette coutume concernait les veufs et les veuves qui se remariaient, mais aussi le jeune marié "étranger au pays", qui n’était pas du même village que sa promise. Le marié devait alors payer une "amende" aux jeunes gens du pays.

On appelait cela "la peloto". Il était, par exemple, chargé de payer à boire à tous les garçons du village.


Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Sam 4 Juil - 14:13

L’Arlésienne



Pour aller au village, en descendant de mon moulin, on passe devant un mas bâti près de la route au fond d’une grande cour plantée de micocouliers. C’est la vraie maison du ménager de Provence, avec ses tuiles rouges, sa large façade brune irrégulièrement percée, puis tout en haut la girouette du grenier, la poulie pour hisser les meules, et quelques touffes de foin brun qui dépassent...

Pourquoi cette maison m’avait-elle frappé ? Pourquoi ce portail fermé me serrait-il le cœur ? Je n’aurais pas pu le dire, et pourtant ce logis me faisait froid. Il y avait trop de silence autour... Quand on passait, les chiens [ page ]n’aboyaient pas, les pintades s’enfuyaient sans crier... A l’intérieur, pas une voix ! Rien, pas même un grelot de mule... Sans les rideaux blancs des fenêtres et la fumée qui montait des toits, on aurait cru l’endroit inhabité.

Hier, sur le coup de midi, je revenais du village, et, pour éviter le soleil, je longeais les murs de la ferme, dans l’ombre des micocouliers... Sur la route, devant le mas, des valets silencieux achevaient de charger une charrette de foin... Le portail était resté ouvert. Je jetai un regard en passant, et je vis, au fond de la cour, accoudé,— la tête dans ses mains,— sur une large table de pierre, un grand vieux tout blanc, avec une veste trop courte et des culottes en lambeaux... Je m’arrêtai. Un des hommes me dit tout bas :

— Chut ! c’est le maître... Il est comme ça depuis le malheur de son fils.

A ce moment une femme et un petit garçon, vêtus de noir, passèrent près de nous avec de gros paroissiens dorés, et entrèrent à la ferme.
L’homme ajouta :

— ...La maîtresse et Cadet qui reviennent de la messe. Ils y vont tous les jours, depuis que l’enfant s’est tué... Ah ! monsieur, quelle désolation ! ... Le père porte encore les habits du mort ; on ne peut pas les lui faire quitter... Dia ! hue ! la bête !

La charrette s’ébranla pour partir. Moi, qui voulais en savoir plus long, je demandai au voiturier de monter à côté de lui, et c’est là-haut, dans le foin, que j’appris toute cette navrante histoire...
―――――――

Il s’appelait Jan. C’était un admirable paysan de vingt ans, sage comme une fille, solide et le visage ouvert. Comme il était très beau, les femmes le regardaient ; mais lui n’en avait qu’une en tête, — une petite Arlésienne, toute en velours et en dentelles, qu’il avait rencontrée sur la Lice d’Arles, une fois. — Au mas, on ne vit pas d’abord cette liaison avec plaisir. La fille passait pour coquette, et ses parents n’étaient pas du pays. Mais Jan voulait son Arlésienne à toute force. Il disait :

— Je mourrai si on ne me la donne pas. Il fallut en passer par là. On décida de les marier après la moisson.

Donc, un dimanche soir, dans la cour du mas, la famille achevait de dîner. C’était presque un repas de noces. La fiancée n’y assistait pas, mais on avait bu en son honneur tout le temps... Un homme se présente à la porte, et, d’une voix qui tremble, demande à parler à maître Estève, à lui seul. Estève se lève et sort sur la route.

— Maître, lui dit l’homme, vous allez marier votre enfant à une coquine, qui a été ma maîtresse pendant deux ans. Ce que j’avance, je le prouve : voici des lettres ! ... Les parents savent tout et me l’avaient promise ; mais, depuis que votre fils la recherche, ni eux ni la belle ne veulent plus de moi... J’aurais cru pourtant qu’après ça elle ne pouvait pas être la femme d’un autre.

— C’est bien ! dit maître Estève quand il [ page ]eut regardé les lettres ; entrez boire un verre de muscat.
L’homme répond :

— Merci ! j’ai plus de chagrin que de soif.

Et il s’en va.
Le père rentre, impassible ; il reprend sa place à table ; et le repas s’achève gaiement...

Ce soir-là, maître Estève et son fils s’en allèrent ensemble dans les champs. Ils restèrent longtemps dehors ; quand ils revinrent, la mère les attendait encore.

— Femme, dit le ménager, en lui amenant son fils, embrasse-le ! il est malheureux...
―――――――

Jan ne parla plus de l’Arlésienne. Il l’aimait toujours cependant, et même plus que jamais, depuis qu’on la lui avait montrée dans les bras d’un autre. Seulement il était trop fier pour rien dire ; c’est ce qui le tua, le pauvre enfant ! ... Quelquefois il passait des journées entières seul dans un coin, sans bouger. D’autres jours, il se mettait à la terre avec rage et abattait à lui seul le travail de dix journaliers... Le soir venu, il prenait la route d’Arles et marchait devant lui jusqu’à ce qu’il vît monter dans le couchant les clochers grêles de la ville. Alors il revenait. Jamais il n’alla plus loin.

De le voir ainsi, toujours triste et seul, les gens du mas ne savaient plus que faire. On redoutait un malheur... Une fois, à table, sa mère, en le regardant avec des yeux pleins de larmes, lui dit :

— Eh bien ! écoute, Jan, si tu la veux tout de même, nous te la donnerons...

Le père, rouge de honte, baissait la tête...

Jan fit signe que non, et il sortit...

A partir de ce jour, il changea sa façon de vivre, affectant d’être toujours gai, pour rassurer ses parents. On le revit au bal, au cabaret, dans les ferrades. A la vote de Fonvieille, c’est lui qui mena la farandole.

Le père disait : « Il est guéri. » La mère, elle, avait toujours des craintes et plus que jamais surveillait son enfant... Jan couchait avec Cadet, tout près de la magnanerie ; la [ page ]pauvre vieille se fit dresser un lit à côté de leur chambre... Les magnans pouvaient avoir besoin d’elle, dans la nuit.

Vint la fête de saint Éloi, patron des ménagers.

Grande joie au mas... Il y eut du château-neuf pour tout le monde et du vin cuit comme s’il en pleuvait. Puis des pétards, des feux sur l’aire, des lanternes de couleur plein les micocouliers... Vive saint Éloi ! On farandola à mort. Cadet brûla sa blouse neuve... Jan lui-même avait l’air content ; il voulut faire danser sa mère ; la pauvre femme en pleurait de bonheur.

A minuit, on alla se coucher. Tout le monde avait besoin de dormir... Jan ne dormit pas, lui. Cadet a raconté depuis que toute la nuit il avait sangloté... Ah ! je vous réponds qu’il était bien mordu, celui-là...
―――――――

Le lendemain, à l’aube, la mère entendit quelqu’un traverser sa chambre en courant. [ page ]Elle eut comme un pressentiment :

— Jan, c’est toi ?

Jan ne répond pas ; il est déjà dans l’escalier.

Vite, vite la mère se lève :

— Jan, où vas-tu ?

Il monte au grenier ; elle monte derrière lui :

— Mon fils, au nom du ciel !

Il ferme la porte et tire le verrou.

— Jan, mon Janet, réponds-moi. Que vas-tu faire ?

A tâtons, de ses vieilles mains qui tremblent, elle cherche le loquet... Une fenêtre qui s’ouvre, le bruit d’un corps sur les dalles de la cour, et c’est tout...

Il s’était dit, le pauvre enfant : « Je l’aime trop... Je m’en vais... »

Ah ! misérables cœurs que nous sommes ! C’est un peu fort pourtant que le mépris ne puisse pas tuer l’amour ! ...
Ce matin-là, les gens du village se demandèrent qui pouvait crier ainsi, là-bas, du côté du mas d’Estève...

C’était dans la cour, devant la table de pierre couverte de rosée et de sang, la mère toute nue qui se lamentait, avec son enfant mort sur ses bras.

◄ Lettres de mon moulin - Alphonse Daudet ►
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Lun 6 Juil - 11:05

Une Arlesienne vaut bien un prélude Georges Bizet y a pensé !



Dernière édition par Nine le Mar 21 Juil - 2:34, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Lun 6 Juil - 14:07

Aux Baux de Provence la Chèvre d'or erre à la pleine lune dans les palais abandonnés et le long des abîmes.





« Selon la tradition un roi Maure venu d'Espagne avait tenté en vain de s'emparer des Baux.

Abd al-Rhaman emportait dans sa fuite un butin qu'il voulut mettre à l'abri provisoirement. Il pénétra dans le Val d'Enfer et aperçut l'entrée d'une grotte, le « Trou des fées ».

Riant des mises en garde de son serviteur, il choisit dans un troupeau qui paissait une petite chèvre blanche pour lui montrer le chemin. Il fut assailli par une multitude de chauves-souris très agressives, qui l'obligèrent à pénétrer dans un antre éclairé de torches où vivait la sorcière Taven, « la masco ». Celle-ci l'oblige à poursuivre son chemin en pénétrant dans le voile brumeux qui l'enveloppait. Le Maure y aperçut un trou devant lequel sept chats montaient la garde. Il y entra et découvrit une nouvelle galerie souterraine où la masco préparait ses filtres et potions.

La sorcière lui tendait trois fioles contenant chacune un liquide. L'une était en forme de fleur, l'autre en forme de boule blanche, la troisième en forme de croc, et lui conseilla de se fier à l'instinct de sa chèvre. La petite chèvre s'engagea dans le passage de gauche et Abd al-Rhaman dut lui emboiter le pas sans que la masco ait eu le temps de l'avertir des risques qu'il y encourait. Il marcha dans un long corridor puis pénétra dans une chambre où poussait une gigantesque mandragore à la silhouette et au visage humains. Elle emprisonna l'intrus et tenta de l'étouffer entre ses dix bras mouvants.

Le Maure jeta quelques gouttes de la fiole en forme de fleur sur son adversaire qui, aussitôt, relâcha son étreinte et périclita. Après avoir descendu les marches d'un escalier vertigineux tous deux arrivèrent dans une salle peuplée de fantômes. Abd al-Rhaman choisit alors de déboucher la fiole en forme de boule blanche et en aspergea les revenants qui disparurent immédiatement. Les deux protagonistes continuèrent d'avancer à tatons et finirent par apercevoir une lueur rougeâtre. « Le soleil » s'écria le Maure, qui se précipita en avant mais la chèvre refusa de l'accompagner. Il la força à le suivre et ayant remarqué une excavation à l'arrière d'un rocher, il estima avoir trouvé la cachette qu'il cherchait. Il y entassa les pièces d'or, les bijoux d'argent, les pierreries et les autres richesses. Quant il eut fini, il se retourna et se trouva nez à nez avec une imposante bête noire aux canines luisantes comme des lames d'acier, aux yeux incandescents comme un brasier.

Comprenant qu'il s'était trompé et qu'il avait pris ce regard pour la lumière du soleil couchant, le roi Maure chercha la fiole en forme de croc. Mais il l'avait fait tomber en ouvrant son manteau pour en sortir les sacs dans lesquels il transportait son trésor. N'écoutant que son courage il engagea avec le monstre un combat mortel. Quand la lune brilla de tout son éclat, le compagnon d'Abd al-Rhaman vit surgir de la grotte la petite chèvre couverte de poudre d'or, le trésor ayant été réduit en cet état par la violence de l'affrontement. Après une longue et vaine attente, il s'enfuit au galop et raconta son histoire à un vieux berger.

Puis il rejoignit la côte où il s'embarqua pour l'Espagne. Selon la tradition des Baux, la Chèvre d'or continua à errer autour du Trou des fées et dans le Val d'Enfer. Des pâtres l'aperçurent parfois, mais ceux qui la suivirent ne revinrent jamais de leur voyage dans les profondeurs de la grotte. »

La légende dit qu'on trouve de fins fils d'or dans la colline accrochés aux herbes et certains soirs, la Cabro d'or sauter de rochers en rochers. Et surtout, il ne faut pas la suivre...

Dans les Bouches-du-Rhône, la Chèvre d'or aurait fréquenté le lieu-dit « La Bastide Forte », situé sur la commune d'Eguilles.

Arles, on croyait que la Chèvre d'or passait tous les matins sur la colline de Montmajour.

Non loin d'Arles, à Cordes, la Cabre d'or règne autour du mystérieux souterrain taillé dans le roc, en forme d'épée, ainsi que près de Vallauris, du Val d'Or, sur ce plateau semé d'étranges ruines, qu'on appelle également Cordes ou Cordoue.

À Biot, le « Jardin de la Chèvre d'or » doit son nom à une ruine romaine et à la légende selon laquelle une chèvre d'or y garderait à jamais un trésor caché en ces murs.

Dans le Var, la Chèvre d'or aurait été présente en haut du Céran, un lieu situé dans les environs de Draguignan. Elle est connue aussi à Trigance, un village du Haut-Var, limitrophe des Alpes de Provence où les Templiers qui possédaient une commanderie auraient, selon la légende, caché un trésor.

« Et toujours, la Chèvre d'or est associée au souvenir des Sarrasins... »

Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Lun 6 Juil - 14:38

LE SEIGNEUR DES BAUX

Dans la tradition médievale des troubadours, reprise par Angelo Branduardi, sur des superbes photos .



il vous conte le Seigneur des Baux de Provence.

L'étoile de Balthazar


Enfin, les seigneurs des Baux- prirent possession de l'antique piton et planèrent longtemps, toutes serres ouvertes, au-dessus de ces riches régions. Ils prétendaient descendre des Baltes, non des habitants de la Baltique moderne, mais des hardis, rejetons sacrés d'une redoutable famille de Wisigoths.

Les seigneurs des Baux portaient sur leurs armes l'étoile à seize rais, comète mystérieuse dont les héraldistes ignorent l'origine.

La tradition populaire y voit l'étoile du roi mage Balthazar, dont ces princes voulaient aussi tirer leur sang.

"A l'asard Bautezar!" criaient-ils fièrement.

Par une rencontre des plus inattendues, cette étoile était également l'emblème des Tziganes qui l'avaient apportée d'Orient.
Pour les Provençaux, du reste, il n'y a pas ici l'ombre d'un mystère : Balthazar est bien venu aux Baux.

Quand et comment, nul ne le sait, mais de jeunes garçons portent encore son nom.



Dernière édition par Nine le Mer 8 Juil - 5:13, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Mar 7 Juil - 1:28

LA LEGENDE DES PENITENTS DES MEES





Cela s’est passé au temps où les Sarrasins avaient envahi le pays.

Ils s’étaient installés dans la vallée du Jabron.

Quelques seigneurs du coin décidèrent de les attaquer par une belle nuit d’été. Ils les vainquirent et lorsqu’ils pénétrèrent dans leur château, ils trouvèrent dans une chambre 7 belles mauresques effrayées qui demandaient grâce.

Un fameux Rimbaud devait les ramener en Arles afin de les remettre aux autorités, mais il eut pitié de ces femmes aux yeux tristes et décida de les enfermer et de garder leur beauté pour lui seul, dans un château aux Mées.

Dans tout le pays, on ne parlait que de Rimbaud enfermé avec ses sarrasines.

Le prieur de Paillerols ordonna que les Mauresques soient conduites à la Durance afin de rejoindre Arles en radeaux.

Le jour dit,tous les moines étaient là en bordure du chemin. Personne ne respirait, on entendit même comme de profonds murmures d'admiration.

Les moines avaient le cœur qui battait sous les scapulaires, leurs yeux étincelaient.

Qu'allait-il arriver ?

De l'autre côté de la Durance le grand Saint-Donat, l'ermite de Lure, surveillait ses ouailles et comprit ce qui allait se passer.

Pour préserver du péché les moines, il les pétrifia tous sur place dans leur robe de bure.

Le prieur a conservé sur sa poitrine sa croix de bois que l'on peut voir encore aujourd'hui accrochée au rocher.

Il y a ainsi des tentations pétrifiantes.





Dernière édition par Nine le Mar 14 Juil - 2:06, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Mer 8 Juil - 3:01

Comment évoquer la Provence sans vous montrer Monsieur JULES RAIMU, acteur magistral voilà un extrait du film d'un autre homme qui a fait la fierté de la Provence, pour l'avoir si bien racontée dans ses livres et ... au cinéma Monsieur Marcel Pagnol.

LA FILLE DU PUISATIER



mais comment çà se passe pour un premier né en Provence ? écoutez et regardez çà existe encore, tout comme "ces messieurs des aéroplanes"


Dernière édition par Nine le Mer 8 Juil - 4:46, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Mer 8 Juil - 3:23


NAISSANCE EN PROVENCE

Autrefois, en Provence, comme dans bien des régions, les sages-femmes s'occupaient des naissances, ne faisant appel aux médecins que lors des incidents.



Après la naissance du nouveau-né, la tradition voulait que les premières personnes venant voir le bébé lui présentent des présents symbolisant des vœux :
ces offrandes présentées étaient en fait les suivants :

du pain, du sel, une allumette, un œuf ainsi que du miel.

Ces présents se rattachaient aux vœux suivants :

Que siègue bon coume dou pan : (qu'il soit bon comme du pain)
Que siègue san coume la sau : (qu'il soit sain comme le sel (symbole de santé)
Que siègue dre coume uno brouqueto : (qu'il soit droit comme une allumette)
Que siègue plèn coume un ioù : (qu'il soit plein comme un œuf (comblé de biens matériels et spirituels)
Que siègue dous coume lou mèu : (qu'il soit doux comme le miel)

Cette tradition se perd aujourd'hui dans nos familles, à l'heure ou les présents ressemblent plus à des jouets, habits ou tout autre objet beaucoup plus terre à terre...

Satisfaire les «envies»

Pendant la grossesse il était recommandé de satisfaire les envies de la femme enceinte afin de ne pas attenter à l'aspect physique du futur enfant, croyance tellement forte que, dans certaines régions, la coutume préconisait que

"Toute femme enceinte pourra, à cause de son état, cueillir des fruits plein ses mains, dans la propriété d'autrui, ou les mangera là même sans pouvoir en emporter de plus."

A l'approche de l'accouchement, l'usage voulait que la future maman mette elle-même, dans de l'eau, des roses de Jéricho ( Anastatica hierochuntica ) qui devaient s'ouvrir, signe d'une heureuse délivrance, rassurante dans un contexte dominé par la peur pour elle-même et pour l'enfant.

Bèu nas, bèu cas

Lorsque l'événement attendu s'était déroulé dans les meilleures conditions possibles en présence souvent d'une ou deux voisines apportant leur aide à la sage-femme, on demandait à celle-çi, si c'était un garçon, de faire bonne mesure en coupant le cordon ombilical ; pendant que la sage-femme soignait la mère, nos voisines s'emparaient de l'enfant, petit corps tout mou considéré souvent comme inachevé, pour l'examiner et, dans certain cas, lui façonner un peu, qui le front, qui le menton, qui le nez, faisant pour cet appendice, si c'était un garçon, des pronostics pour le futur :

bèu nas, bèu cas ( beau nez, beau... zizi ).

Si, au moment de l'accouchement, l'enfant conservait, collé sur le crâne, un morceau de placenta, on disait qu'il était né coiffé, signe de chance dans sa vie.

Les voisines s'occupaient toujours du bébé, le lavant, l'habillant, le saucissonnant bien droit dans plusieurs langes et molletons serrés par des bandelettes qui le transformaient pour plusieurs mois en petite momie.

Quant à la maman, pour la réconforter, on lui faisait boire un bol de
« lait de poule »
( jaunes d'œuf délayés dans du sucre ou du miel et du lait ) aromatisé, si la délivrance avait été longue et difficile, le plus souvent avec une goutte de gnole ou, de rhum dans les familles plus aisées.

En Arles on aromatisait à l'anis pour un garçon et à l'essence de lavande pour une fille.

Pour consoler la mère qui venait d'accoucher d'une fille au lieu du garçon espéré, on lui disait :

Vau mies la chato facho que lou drole à far
( Vaut mieux la fille non souhaitée et faite que le garçon à faire ).

«A fa uno pichouno»

Leurs tâches achevées, les commères, nos voisines, se livraient aux «assabé» ( annonces ) informant de la naissance les proches, famille et voisins, selon un rituel immuable, criant simplement

«A fa uno pichouno» ( A fait une fille ), si c'était une fille

ou, pour un garçon, ce qui comptait beaucoup plus,

«A fa n' bèu pichoun» ( A fait un beau garçon )



Dernière édition par Nine le Jeu 9 Juil - 4:32, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Mer 8 Juil - 4:20

La Rose de Jericho




Une plante miraculeuse, capable de survivre même à la chaleur et au froid extrême sans eau et sans terreau! Vous pouvez la faire renaître et la faire sécher quand vous voulez et toutes les fois que vous le désirez.

Sans jardin et sans terreau, dans votre chambre ou dehors.
A première vue on ne dirait pas que cette tubercule morte donnerait une plante vivante.

Mode d´emploi:

Pour faire revivre la Rose de Jericho vous pouvez arroser la tubercule avec de l'eau froide, ou chaude et elle peut même résister à l'eau bouillante.
La Rose a besoin de 90 minutes pour sa renaissance miraculeuse, les feuilles s´ouvrent et la Rose reprend une couleur vivante.

Maintenant vous pouvez la mettre dans une assiette et l´arroser chaque jour avec de l´eau fraiche. Mais après huit jours il faut la remettre dans un lieu chaud et sec et au bout de deux jours elle sera complètement desséchée.

La Rose de Jericho est immortelle et vous pouvez de nouveau assister à sa renaissance si vous voulez, il suffit de la tremper de nouveau dans l'eau !



Histoire:

C'étaient d'abord les croisés et plus tard des pèlerins médiévaux qui importaient la Rose de Jericho en Europe comme une curiosité. Elle était si appréciée que plusieurs familles de nobles en France la portent dans leurs armes.

Les Légendes:

Selon la légende se serait la Sainte Vierge qui aurait donné la bénédiction et la vie éternelle à la rose de Jéricho lors de sa fuite de Nazareth en Egypte.
(pour d'autres, toujours lors de sa fuite, elle étendit les langes de l'enfant Jésus sur la terre tapissée de cette plante. Dieu dit que la fleur touchée par Marie ne devait pas périr et serait immortelle).
D´après un pèlerin du 16E siècle, Rudolphe von Suchem, des roses ont séchées
sur le chemin utilisé par la Sainte Vierge et que ces roses porteraient le nom de "Rose de Jericho“.

-La Rose de Jericho apporterait le bonheur et la bénédiction dans les maisons.
La Rose humide est utilisée pour améliorer l'air et le purifier.
La Rose sechée aurait la puissance de chasser la maladie.

-D´après les érudits de l'époque, la Rose aurait des vertus curatives, surtout l'eau dans laquelle la Rose s´est épanouie si elle est utilisée pour boire, pour des baignades et pour des compresses.

Les herboristes de l'Orient l´utilisait pour soulager les douleurs de l`accouchement.
Les femmes du Désert boivent l`eau dans laquelle a été trempée la Rose pour guérir des maladies et pour faciliter l`accouchement.

Selon la vitesse à laquelle s'épanouirait la Rose dans l'eau, les femmes savaient si l'accouchement serait facile ou difficile.

Mais comment ces croyances ou traditions sont elles arrivées en Provence ?

Nul ne le sait ..... chez moi on en avait une qu'on faisait éclore pour la veillée du repas de Noel.

Je pense que le nom de Rose de Jéricho (Fleur de Résurrection, fleur de rocher, fleur de Doradilla ou fleur de la Passion) est une référence à la ville biblique de Jéricho qui renaît sans cesse de ses cendres.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 9727
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   Jeu 9 Juil - 3:22

A Mireille... de Frédéric Mistral


Avec tant de soleil qu'une fille est tombée
Entre les bras du Rhône tout près de la madone
Les musiques jolies et le chant des cigales
Venus de l'Italie en passant par les Alpes
Viennent pour la bercer en Méditerranée
Ecoutez-le chanter quand souffle le Mistral
Le beau pays qui est le mien.

Mireille, poème le plus connu de Frédéric Mistral, est un hymne à l'amour, enchâssé dans une immense fresque de la Provence rurale rhodanienne. C'est le drame de la mésalliance archaïque, la dénonciation de l'injustice sociale portée par une voix aux accents universels, encore imprégnée des utopies révolutionnaires.

La jeune fille paiera de sa vie la transgression suprême du monde paysan, la négation de la propriété du sol. Elle tombera frappée par le soleil pour avoir placé l'amour humain au-dessus du rang social et de la fortune.

La Mireille de Mistral, chercheuse, elle aussi d’absolu, ne peut consentir à aimer un autre jeune homme que Vincent, le vannier, parce que son père, le riche Ramon, refuse, inflexible, ce gendre sans fortune, Mireille, désemparée, s’en va prier les Saintes aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

Elle mourra, au pied de l’église forteresse, après avoir été frappée d’insolation pendant sa traversée de la vaste plaine de la Crau.
Mort toute symbolique pour cette jeune fille pure, au rêve brisé.

C’est pour évoquer le souvenir immortel de son héroïne que Mistral décida d’offrir la statue de Mireille à la commune des Saintes. Hélas, il mourut avant de pouvoir réaliser son rêve et ce fut sa veuve qui, fidèle au vœu du poète, la fit placer le 26 septembre 1920 sur la Place Frédéric Mistral qui fut rebaptisée Place Mireille. La statue fut inaugurée par Frédéric Mistral neveu accompagné d’un défilé de cavaliers de la Nacioun Gardiano avec, en croupe, les santenco.

La statue de Mireille a été réalisée par Marius Jean Antonin Mercié.
Né à Toulouse, Antonin Mercié a étudié à l'École des Beaux-Arts de Paris où il fut l'élève de François Jouffroy et d’Alexandre Falguière. En 1868, il remporta le premier grand Prix de Rome avec "Thésée vainqueur du Minotaure".
Ses nombreux bustes, statues et médaillons vaudront à Antonin Mercié une médaille d'Honneur à l'Exposition universelle de 1878 et le Grand Prix à celle de 1889.



Le sauvetage de Mireille

L'histoire foisonne de Grands hommes; d'autres plus discrets la traversent, ne laissant trace de leur héroïsme que dans la mémoire incertaine de quelques contemporains. Julien DURAND est de ceux-là.
Qui de nous sait ce que cet homme a fait pour notre terre?
Qui en Provence ou en Camargue se souvient encore de lui?
Pourtant, durant la deuxième guerre mondiale, Julien Durand a tout simplement sauvé lla statue d'Antonin Mercié.


La famille Durand, établie à Nîmes, vénérait la Camargue et se rendait régulièrement au pèlerinage des Saintes-Maries, emmenant avec elle le jeune Julien, qui grandit dans le respect des traditions et de la culture provençale. Durant la deuxième guerre mondiale, Julien, qui exerçait alors le métier de ferrailleur, dut, sous la contrainte, transporter à la fonderie les métaux réquisitionnés par l'armée ennemie.

En 1943, il fut envoyé aux Saintes-Maries où il découvrit avec effroi que la pièce qui allait être fondue n'était autre que la statue de Mireille! La statue déboulonnée fut chargée dans un camion et conduite sous bonne escorte à l'entrepôt de Nîmes pour y être pesée et dès le lendemain matin fondue.
Mais Julien Durand ne pouvait se résoudre à laisser faire une telle ignominie. Mireille, "la fillette" comme l'appelait Mistral, si douce, si pure, transformée en pièce d'armement, il ne pouvait le supporter!

Sa décision fut prise : il la sauverait envers et contre tous. Il la cacha, et pendant toute la nuit il récupéra du cuivre afin d'atteindre le poids de la statue. Au matin, tremblant que le subterfuge ne soit découvert, il conduisit sa cargaison à la décharge. Le poids correspondait aux métaux qui avaient été pesés la veille, personne ne vérifia ce qui était déversé dans le brasier, et le vieux cuivre fut fondu à la place de Mireille.

Après la guerre, la population des Saintes-Maries se désolait de la perte irréparable de la statue. Quel ne fut pas son étonnement de voir arriver un jour Monsieur Durand qui ramenait Mireille!

Grâce au courage d'un homme et à sa détermination, sur la place du même nom se dresse désormais toujours encore la "Mireille", hommage vibrant à la poésie de Frédéric Mistral et à la Provence toute entière.

Alors si un jour vous passez par là et que vous voyez MIREILLE... ayez une pensée pour Monsieur JULIEN DURAND....
D’après un article de P. Aubanel paru dans l’Espero n°6

Quelques mots de Vincent à Mireille à propos des vertus Saintoises :

...Et vous aussi, mademoiselle,
Dieu vous maintienne en bonheur et beauté!
Mais si (jamais) un chien, un lézard, un loup, ou un serpent énorme,
Ou toute autre bête errante,
Vous fait sentir sa dent aiguë;
Si le malheur accable vos forces,
Courez , courez aux Saintes ! vous aurez tôt du soulagement...


Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: LEGENDES DE PROVENCE   

Revenir en haut Aller en bas
 
LEGENDES DE PROVENCE
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 4Aller à la page : 1, 2, 3, 4  Suivant
 Sujets similaires
-
» Le Hollandais Volant
» Contes normands en BD
» Les Légendes dans la Marine
» Mystères et légendes en Normandie.
» Manoir du Tourp- Hague- Omonville la Rogue

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
H A R M O N Y :: LA PLUME EST LA LANGUE DE L'AME :: ESSAIS, CONTES ET LEGENDES-
Sauter vers: