Delphine de Malherbe et Evelyne Bouix
ressuscitent Anaïs Nin C’est de la rencontre entre la jeune romancière, journaliste spécialisée dans le théâtre,
et de la comédienne qu’est né le projet de porter à la scène
« Le journal d’Anaïs Nin » et de raconter sa passion, littéraire et amoureuse, avec Henry Miller.
Propos recueillis par M-C. Nivière
Le projet est donc né sur un coup de cœur…
Delphine de Malherbe : cela s’est passé après avoir vu Evelyne dans La femme rompue.
Nous nous sommes rencontrées dans une émission littéraire. Je venais de finir mon deuxième roman,
« Vie érotique pour lequel j’avais relu l’œuvre complète d’ Anaïs Nin comme on va à la source.
Nous avons pris un café et j’ai vu en Evelyne la beauté d’Anaïs, sa “force fragile”.
Je n’avais rien en tête.
Evelyne Bouix : cela m’a amusé, car on m’avait proposé, quelque temps avant,
de jouer Anaïs dans un film australien. Le projet ne s’est pas fait.
Et voilà comment est partie l’aventure.
Et vous êtes allées voir Pierre Lescure au Marigny avec la pièce ?
D. de M. Je n’avais rien ! Je lui ai parlé d’Anaïs Nin avant qu’un seul mot ne soit écrit. Après m’avoir écoutée très attentivement, il m’a demandé un premier jet, une esquisse. Je me suis enfermée pendant trois semaines. Le résultat lui a plu.
E.B. Et cette fois-ci, elle est restée enfermée six mois !
D. de M. Evelyne et Pierre m’ont testée puis fait confiance.
Ecrire, en s’appuyant déjà sur le choix de la comédienne, est un exercice différent…
D. de M. Bien sûr. D’habitude on amène un personnage à un comédien. Là, à l’inverse, j’ai voulu mener Anaïs à Evelyne. On a coupé ensemble des passages. Il a fallu faire un choix tant c’était foisonnant. Le journal d’Anaïs est très littéraire et donc complexe à théâtraliser.
E.B. L’enjeu était de rendre le journal d’Anaïs Nin vivant,
même s’il est une “référence absolue”, comme dit Lescure.
Vous avez choisi ensuite Laurent Grevill pour incarner Henry Miller…
D. de M. A la différence d’Anaïs, le rôle d’Henry n’était pas écrit pour quelqu’un de précis. Il fallait le comédien idéal pour le rôle mais aussi pour Evelyne. Henry Miller était un littéraire mais aussi un homme qui se brûlait à la vie. Dès la première lecture de Laurent,
on a tous su que c’était lui et pas un autre :
il possède les antagonismes et la générosité de Miller.
Qu’allez-vous nous raconter ?
E.B. On les prend dans leur histoire alors qu’ils viennent de se rencontrer, puis on passe au point culminant de leur passion, et enfin sa dégradation.
D. de M. Nous sommes sur les premiers mois. Mais ces deux-là vont s’aimer pendant vingt ans. Donc l’enjeu était de raconter vingt ans d’amour sur quelques mois.
D’où l’idée de me servir de projections vidéo.
E.B. Cela rythme le spectacle.
D. de M. Anaïs l’écrivain peut ainsi regarder vivre Anaïs la femme.
Anaïs Nin était en avance sur son temps…
E.B. Et comment ! Elle est la première femme à avoir proposé à des hommes d’écrire ensemble des livres érotiques. Elle voulait écrire du point de vue des femmes, raconter comment le désir leur vient. Son écriture est moins mécanique que celle d’un homme qui va directement à la finalité.
D. de M. Sans être caricaturale, elle était féministe.
E.B. Mais pas revendicatrice.
D. de M. Elle souhaitait le droit à l’extrême liberté de pensée et de vivre.
E.B. Elle connaissait bien les hommes, mais ne voulait pas les changer.
Que se sont-ils apporté mutuellement ?
D. de M. Avant sa rencontre avec Henry, elle craignait les hommes. Il lui a appris à ne plus avoir peur.
E.B. Il l’a fait naître au monde et elle l’a réconcilié avec lui-même.
D. de M. Elle lui a appris la compassion alors qu’il ne connaissait que la passion.
E.B. Elle avait soif de tout connaître, surtout dans le désir d’Henry. Elle était prête à tout pour témoigner de son temps.
D. de M. Ils obéissent au rêve, comme ils disent. Comme deux chercheurs, ils vont découvrir ensemble plein de choses sur l’amour, la psychanalyse, la littérature. Ce sont deux ego très forts qui s’amusent de tout avec un curieux mélange de sérieux et de légèreté.
Et ce cocktail subtil provoque un spectacle intense, violent,
vivant sur la passion d’un homme et d’une femme qui se dévorent pour mieux écrire sur le monde.
Anaïs l’écrit :
“La vie rétrécit ou grandit selon le courage que l’on a.”
Une Passion, à partir du 3 décembre, au Théâtre Marigny – Salle Popesco