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Sujet: PATRICE CHEREAU Ven 19 Nov 2010 - 21:41
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Patrice Chéreau, l’audacieux
À l’auditorium du musée du Louvre, films et tables rondes célèbrent le metteur en scène français, passé maître dans l’art du spectacle.
Ses travaux combinent recherches plastiques, réflexions politiques et exploration des obsessions humaines.
Metteur en scène de théâtre et d'opéras, réalisateur et scénariste de cinéma puis acteur , Patrice Chéreau est né le 2 novembre 1944 à Lésigné . Il est le fils cadet d'un couple de peintres .
Installés à Paris, ses parents le sensibilisent à l'art et la culture en l'emmenant régulièrement visiter des expositions et assister à divers spectacles.
En 1966, à 22 ans, dans la France d'avant-Mai 68, il prend la direction du Théâtre de Sartrouville.
Comme la plupart de ses compagnons, il s'engage dans un théâtre politique où il affiche des positions affirmées. En 1965, il met en scène L'Héritier de village de Marivaux puis l'année suivante une pièce de Labiche : L'Affaire de la rue de Lourcine. Il assure également la mise en scène des Soldats de Jakob Michael Reinhold Lenz en 1967.
La faillite, en 1969, du Théâtre de Sartrouville, pousse Patrice Chéreau vers l'Italie, où il intègre le Piccolo Teatro de Milan. Il travaille en même temps en France, où il se met en scène, à Marseille, dans Richard II de William Shakespeare.
Puis de 1971 à 1977, il dirige avec Roger Planchon et Robert Gilbert le Théâtre National Populaire de Villeurbanne auquel il donne de nouvelles ambitions, proches des idéaux de mai 68.
En 1976, Patrice Chéreau vit une expérience exceptionnelle : la mise en scène de la Tétralogie de Richard Wagner, à la demande de Pierre Boulez, pour le centenaire de l'Opéra de Bayreuth, sanctuaire du compositeur allemand.
Son travail sur L'Anneau du Nibelung de Wagner pour le « Ring du centenaire » (1976 à 1980) au Festival de Bayreuth le rend célèbre sur le plan international.
En 1979, Boulez fait à nouveau appel à lui pour la mise en scène de Lulu d'Alban Berg.
Son fécond et audacieux travail de metteur en scène est largement reconnu en Europe pour son goût de l'innovation esthétique.
Son écriture visuelle laisse une place importante au mystère, au fantasmagorique et à l'hyper-expressivité. Elle mêle la sensualité des corps à une dimension archaïque du jeu d'acteurs.
Héritier comme ses confrères Bernard Sobel, Ariane Mnouchkine, Roger Planchon et Giorgio Strehler de Bertold Brecht (pour la notion de distanciation et d'art engagé) et d'Antonin Artaud (pour l'idée de théâtre de la cruauté) , Chéreau a pour certains franchi une étape décisive dans la représentation théâtrale contemporaine et donné une nouvelle signification à l'espace scénique tant par la réflexion artistique qu'il propose que par l'immense succès rencontré par ses créations .
Son univers plastique trouve une sphère d'influence assez large : il reconnaît notamment l'expressionnisme allemand et l'œuvre d'Orson Welles (qu'il découvrit dans sa jeunesse à la cinémathèque) comme des modèles fondateurs
Le Cinéma
Pour Chéreau, le cinéma garde en commun avec le théâtre l'unité de lieu et de temps : les scènes deviennent à l'écran des séquences. Mais pour lui le cinéma permet de mieux mettre en valeur les émotions picturales de son enfance et de mieux illustrer les tourments de l'âme.
Il invente donc un cinéma singulier, sensible à certaines recherches stylistiques et qui alterne entre grand spectacle flamboyant et intimisme.
Ses réalisations cinématographiques ne sont reconnues que tardivement. Le premier long métrage de Patrice Chéreau, La Chair de l'orchidée, adapte avec liberté, en 1974, le roman éponyme de James Hadley Chase et élabore un univers à la lisière du fantastique, privilégiant les thèmes du désir, de la folie et de la mort.
Son deuxième film, en 1978, Judith Therpauve avec Simone Signoret dans le rôle-titre, bien que très dense et voulu ancré dans une réalité sociale contemporaine, semble pourtant être son œuvre la moins aboutie.
Les Amandiers
De 1982 à 1990, Chéreau dirige la maison de la culture de Nanterre, devenue Théâtre Nanterre-Amandiers, Centre Dramatique National à son arrivée.
En 1983, après Combat de nègre et de chiens, de son ami Bernard-Marie Koltès dont il fait connaître l'œuvre, il monte Les Paravents de Genet en farce sulfureuse, utilisant la salle comme extension de la scène .
Il alterne avec bonheur le classique (Marivaux, Mozart...) et le contemporain.
Il trouve également le temps de se consacrer à sa carrière d'acteur, interprétant Camille Desmoulins dans Danton d'Andrzej Wajda et Napoléon dans Adieu Bonaparte de Youssef Chahine.
Durant cette période, il réalise son film le plus personnel, L'Homme blessé en 1983 qui dérange pour sa peinture désenchantée d'une époque puis par l'évocation d'une crise d'identité sexuelle.
Pour ce film, il obtient, avec Hervé Guibert, le César du meilleur scénario original en 1984.
En 1987, il présente au Festival de Cannes Hôtel de France, transposition du Platonov de Tchekhov dans une époque moderne.
L'année suivante, il montre au Festival d'Avignon sa mise en scène d'Hamlet de Shakesperare qui fait date pour la prestation de Gérard Desarthe dans le rôle-titre puis pour l'inclusion de morceaux de musique contemporaine dans le déroulement de la tragédie. .
Le travail de Chéreau est récompensé par un Molière en 1989.
La maturité
À la fin de la saison 1989-1990, Chéreau quitte le théâtre des Amandiers.
Il se consacre à l'opéra (Wozzeck, de Berg, 1993 ; Don Giovanni, de Mozart, 1994) et à la préparation d'une fresque cinématographique baroque sur le massacre de la Saint-Barthélémy, La Reine Margot.
Ce film à grand spectacle, sanglant, shakespearien et porté par l'interprétation d'Isabelle Adjani, est tiré d'un roman d'Alexandre Dumas. Le scénario a été écrit sur quatre ans en collaboration avec Danièle Thompson. L'œuvre reçoit deux prix à Cannes en 1994 : le Prix du jury et le Prix d'interprétation féminine pour Virna Lisi qui tient le rôle de Catherine de Médicis.
En parallèle, il met en scène à l'Odéon, Le Temps et la chambre de Botho Strauss (1991) puis une nouvelle version de Dans la solitude des champs de coton, de Bernard-Marie Koltès, en 1995.
Nouvelle réalisation au cinéma : Chéreau nous invite à le suivre à Limoges dans une étrange famille pour le tragi-comique Ceux qui m'aiment prendront le train. Sa réalisation est gratifiée d'un César en 1999.
En 2000, il réalise, pour la première fois à l'étranger et en anglais, Intimité, tiré de certains récits d'Hanif Kureishi, qui rencontre le succès auprès du public.
Absent de la sélection cannoise, il remporte l'Ours d'or à Berlin en 2001 et vaut à Kerry Fox l'Ours d'argent de la meilleure actrice. Le film obtient également le Prix Louis-Delluc en 2002.
Ce drame traite de l'échec d'une relation amoureuse et prend pour trame de départ l'histoire de deux personnes égarées ne connaissant rien l'un de l'autre mais réunies chaque semaine pour avoir des rapports sexuels.
Chéreau met ensuite en scène l'un de ses plus grands triomphes aux Ateliers Berthier du Théâtre de l'Odéon : Phèdre de Racine, qui fait exploser la diction de l'alexandrin classique. Le rôle-titre est confié à Dominique Blanc et celui de Thésée à Pascal Gregory.
En 2003, avec la sortie de Son frère, adapté d'un roman de Philippe Besson, il dépeint avec pudeur et retenue le drame d'une famille divisée face à la mort imminente de l'un de ses membres.
En 2005, il revient au film à costume avec Gabrielle, adapté d'une nouvelle de Joseph Conrad, qui plonge Pascal Gregory et Isabelle Huppert dans le néant sentimental d'un couple de bourgeois au début du XXe siècle.
Ce quasi-huis clos, porté par des dialogues énigmatiques et une atmosphère sépulcrale, développe une esthétique post-moderne, alternant le noir et blanc et la couleur puis utilisant des cartons comme dans le cinéma muet.
Sur le plan thématique et visuel, le film fait également référence à Marcel Proust, Ingmar Bergman, Luchino Visconti et à l'opéra expressionniste.
En 2006, le Ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres le nomme président de la Fémis, qu'il quitte quelques mois plus tard, « la mort dans l'âme », au motif d'un emploi du temps surchargé.
En décembre 2007, il met en scène Tristan et Isolde de Richard Wagner à la Scala de Milan sous la direction de Daniel Baremboim.
En mars 2008, il a fait partie de la Commission présidée par Hugues Gall et chargée par Christine Albanel, alors ministre de la Culture, de pourvoir le poste de directeur de la Villa Médicis à Rome.
En 2009, il présente Persécution, son nouveau film, à la Mostra de Venise
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Dernière édition par Bridget le Sam 20 Nov 2010 - 17:21, édité 1 fois
Bridget
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Sujet: Re: PATRICE CHEREAU Sam 20 Nov 2010 - 17:20
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Le Louvre invite Patrice Chéreau
Patrice Chéreau est le Grand invité du Louvre à l’automne 2010.
Expositions thématiques du 04-11-2010 au 31-01-2011
Son programme intitulé Les visages et les corps, fait d’expositions, de théâtre, de danse, de lecture, de musique et de cinéma, est conçu comme une œuvre unique qu’on pourrait aussi intituler «Patrice Chéreau au Louvre»
Les visages et les corps
Exposition de Patrice Chéreau conçue avec Sébastien Allard et Vincent Huguet.
Scénographie: Richard Peduzzi.
Invité à concevoir une exposition au Louvre, Patrice Chéreau rend visible « ce que chaque visiteur fait peut-être en secret, cette façon de relier les œuvres d’art à ses propres émotions, à ses souvenirs les plus intimes ».
Il met en scène une quarantaine de peintures issues des collections du musée du Louvre, du Centre Georges-Pompidou, du musée d’Orsay… Leurs correspondances racontent d’une manière différente ce qu’expriment ailleurs dans le Louvre les autres rendez-vous que Patrice Chéreau donne au public.
Derrière les images
Exposition conçue par Sébastien Allard et Vincent Huguet. Scénographie: Richard Peduzzi.
La salle Restout, où est organisée l’exposition Les visages et les corps, est « doublée » par une galerie presque secrète, le couloir des Poules, où, sous le titre Derrière les images, seront présentés des croquis de mises en scène, des esquisses et maquettes de décor, mais aussi des archives inédites qui évoquent l’univers du metteur en scène.
Scopophilia
Diaporama de Nan Goldin.
Nan Goldin poursuit depuis plusieurs années un journal intime qui est sans doute l’un des plus bouleversants récits qui soit. Les photographies qu’elle réunit en diaporamas fixent le tourbillon de la vie : l’amour, la mort, la maladie mais aussi la fête, la fragilité des relations humaines, l’espoir et le désespoir. Cette nouvelle œuvre créée pour le Louvre met en relation ses propres photographies de visages et de corps avec les photographies qu’elle a prises des œuvres du musée.
Très attaché à cet univers, Patrice Chéreau a proposé à Nan Goldin de se plonger à son tour dans ces « visages et ces corps » du Louvre et d’en donner sa version dans un nouvel opus.
« Je ne sais pas, moi, vivre ou fabriquer un objet, spectacle, film autrement qu’à la première personne.
Je suis probablement partout, dans tous ces personnages, démultipliés, et ceux qui ne sont pas moi sont des êtres que j’ai connus ou aimés. C’est ce qui me donne l’énergie de travailler. Et aussi le plaisir et le besoin de m’adresser aux autres… ».
Patrice Chéreau
Patrice Chéreau… Théâtre
- Rêve d’Automne de Jon Fosse
- La nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès
- In der Kindheit frühen Tagen avec Waltraud Meier
- Coma de Pierre Guyotat
Patrice Chéreau… Danse
- Soirées avec Thierry Thieû Niang, Mathilde Monnier, Boris Charmatz & Emmanuelle Huynh
- D'Autres corps, d'autres visages, création de Thierry Thieû Niang avec des amateurs
Patrice Chéreau… Musique
- West Eastern Divan Orchestra dirigé par Daniel Barenboim
Patrice Chéreau… Théâtre et Musique filmés - Soirées de projections d'archives et de captations
- Rencontre Patrice Chéreau/ Daniel Barenboim Carte blanche à Patrice Chéreau et Patrice Chéreau cinéaste - Patrice Chéreau : ses films et ceux qu'il a choisis...
- Rencontres avec des cinéastes
- L'Aurore de F.W. Murnau (création musicale KTL, commande du musée du Louvre avec le soutien du Fonds d'Action SACEM )
Dernière édition par Bridget le Mar 11 Jan 2011 - 1:30, édité 1 fois
Bridget
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Sujet: Re: PATRICE CHEREAU Mar 11 Jan 2011 - 1:29
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ARTE Journal - Rencontre entre Patrice Chéreau, Daniel Barenboim, Stéphane Lissner
Exposition : Patrice Chéreau grand invité du Louvre
Le musée du Louvre donne carte blanche au metteur en scène Patrice Chéreau. Expositions, spectacles, musique, rencontres.
Patrice Chéreau est le fils d’un peintre et d’une dessinatrice qui l’emmenaient, enfant, au Musée du Louvre. Aujourd’hui, le grand metteur en scène est l’invité du musée qui lui offre une carte blanche. La chair, le désir, les regards, les bouches, la blessure ou la mort : Chéreau convoque son univers, ses obsessions, ses images, pour un rendez-vous exceptionnel intitulé "Les visages et les corps".
Spectacles, expositions, rencontres seront programmées pendant trois mois, jusqu’au 31 janvier. Parmi les nombreux rendez-vous, conçus comme une œuvre unique, nous avons rencontré Patrice Chéreau autour de deux moments forts. Tout d’abord, l’exposition où il a rassemblé des tableaux du Louvre, du musée d’Orsay et de l’Orangerie mais aussi des photographies de Nan Goldin.
"Les visages et les corps" Expositions thématiques Du 04 novembre 2010 au 31 janvier 2011 ARTE Journal l'a également filmé lors d’une répétition de la pièce de Jon Fosse, "Rêve d’automne" (elle sera reprise au Théâtre de la Ville du 4 décembre au 25 janvier 2011). La mise en scène est présentée au milieu des tableaux du Salon Denon, dans un décor de Richard Peduzzi et avec les comédiens Valeria Bruni Tedeschi et Pascal Greggory. Une pièce où un couple se retrouve et s’unit avant un enterrement, dans un cimetière.
Un reportage signé par David Bornstein et Christian Mignard.
Rencontre Patrice Chéreau - Daniel Barenboim - Stéphane Lissner
Le dimanche 7 novembre 2010 à l’auditorium du Musée du Louvre
Le metteur en scène Patrice Chéreau, le chef d’orchestre Daniel Barenboim et le directeur artistique du Teatro alla Scala Stéphane Lissner se connaissent bien.
La fructueuse collaboration entre les trois hommes a déjà abouti à la production de Tristan et Isolde en ouverture de la saison 2007 de la Scala de Milan. L’invitation du Musée du Louvre à Patrice Chéreau du 2 novembre 2010 au 30 janvier 2011 a été l’occasion de les réunir à nouveau pour parler de leur travail.
Loin de se limiter à la seule collaboration metteur en scène-chef d’orchestre, cette séance a permis aux trois protagonistes d’évoquer les différentes étapes de leur travail - de la préparation à la représentation - ainsi que leurs rôles et échanges respectifs dans la création d’une production nouvelle de ce monument du théâtre lyrique. Un extrait du documentaire Une autre solitude réalisé par Stéphane Metge a montré quelques images de la préparation du Don Giovanni de Mozart à Salzbourg dirigé par Daniel Barenboïm en 1997. Captée par les équipes du Louvre, cette rencontre est mise en ligne in extenso sur Arte.tv jusqu’au 30 janvier 2011.
Dernière édition par Bridget le Sam 15 Jan 2011 - 14:05, édité 1 fois
Bridget
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Sujet: Re: PATRICE CHEREAU Sam 15 Jan 2011 - 14:05
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Patrice Chéreau initie Romain Duris au théâtre avec brio
Bernard-Marie Koltès accompagne les premiers pas sur les planches de Romain Duris dans une direction d'acteur magistrale signée Patrice Chéreau.
Premier des textes proposés, en décembre 1979, par Bernard-Marie Koltès à Patrice Chéreau, La Nuit juste avant les forêts n'avait pas inspiré le metteur en scène. A la modernité expérimentale de ce monologue intime, composé d'une seule phrase se déroulant sans la moindre ponctuation sur vingt-cinq pages, Patrice Chéreau avait préféré, à l'époque, la théâtralité classique et politiquement plus engagée de l'épopée africaine de Combat de nègre et de chiens.
Depuis, La Nuit... faisait figure d'exception, était restée dans le placard des non-dits unissant l'auteur et le metteur en scène, lequel, au fil de l'écriture et quasiment en temps réel, nous avait fait découvrir la presque totalité de son oeuvre. Il fallut cette carte blanche récemment offerte par le musée du Louvre à Patrice Chéreau, et son choix d'en faire l'opportunité d'un flash-back en forme de bilan sur l'ensemble de sa carrière pour que le cas de La Nuit... fasse l'objet d'un nouvel examen.
Il faut savoir déchiffrer les signes du destin. Dans le film Persécution (2009), Romain Duris incarnait pour Patrice Chéreau un personnage qu'on pourrait considérer sous bien des égards comme le frère de celui proposé par Koltès dans La Nuit...
Et Duris acteur de cinéma n'avait qu'une envie, se faire initier au théâtre par Chéreau. Alors, entre la tentation du repentir de l'un et le désir de l'autre de vivre enfin son baptême du feu théâtral, il n'y avait plus à tergiverser.
A contrario de la poétique du no man's land qui habille le plus souvent les mots de Koltès, Patrice Chéreau choisit de cadrer le texte avec une précision chirurgicale, dans la lumière des néons du réel glaçant d'une salle des urgences déserte. Au sol, le carré d'un triste lino blanc où s'étale le désordre de quelques effets personnels.
Sur son lit d'hôpital, notre héros plutôt mal en point a le visage en sang et le front à moitié couvert par un pansement. Pour Koltès, il s'agit d'un homme qui "tente de retenir par tous les mots qu'il peut trouver un inconnu qu'il a abordé au coin d'une rue, un soir où il est seul". Pour Chéreau, qui sait qu'au théâtre il n'existe d'autre hors champ que le public, l'adresse à cet inconnu n'a de sens que si elle cible chacun des spectateurs.
Ainsi c'est avec nous, public, que durant ce seul en scène Romain Duris se doit d'engager son premier bras de fer d'acteur. Et celui que l'on nous présente misérable, tel un animal blessé acculé dans les derniers retranchements du bout de sa nuit, se transforme alors sous nos yeux en un fabuleux torero.
Seigneur dans son arène, il nous balade dans les images de ses mots, nous fait voir rouge et nous fait rire, crapahute sur son lit sans nous lâcher des yeux pour planter ses banderilles et porter au final sous nos applaudissements l'estocade qui fait de nous la bête.
Le rappel qu'au théâtre celui qui doit mourir n'est jamais celui qui salue.
Patrick Sourd Les Inrocks
La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès, mise en scène Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang, trente-deux représentations exceptionnelles à partir du 19 janvier au Théâtre de l'Atelier, Paris XVIIIe, www.theatre-atelier.com
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Dernière édition par Bridget le Lun 17 Jan 2011 - 18:24, édité 1 fois
Bridget
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Sujet: Re: PATRICE CHEREAU Lun 17 Jan 2011 - 18:23
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Romain Duris magnifie la phrase de Bernard-Marie Koltès
Romain Duris avait le sourire, à l'heure des saluts, lundi 29 novembre 2010 au soir. Il avait de quoi : il venait de gagner ses galons de comédien de théâtre, superbement. Au Louvre, dans le salon Denon, Patrice Chéreau, avec la collaboration du chorégraphe Thierry Thieû Niang, lui faisait faire ses premiers pas sur scène avec un texte époustouflant de Bernard-Marie Koltès (1948-1989) : La Nuit juste avant les forêts.
Ce moment de théâtre d'une force rare, on peut maintenant le retrouver au Théâtre de l'Atelier, à Paris, où le spectacle est repris jusqu'à fin février. Le choc vient d'abord de la (re)découverte d'un texte que Koltès a écrit en 1977, avant ses grandes pièces. Non seulement il n'a pas vieilli, mais il résonne aujourd'hui, dans sa fulgurance, avec une actualité qui laisse estomaqué.
La Nuit..., c'est un peu Les Mille et Une Nuits version Koltès : un homme qui parle, sans reprendre souffle, pour conjurer la mort, pour aller au moins jusqu'au bout de cette nuit-là, en une seule longue phrase de presque 60 pages.
Un homme seul, un étranger dans la ville, un de ces hommes à qui la parole n'est pas donnée et qui d'ordinaire ne la prennent pas, et qui a largué les amarres que l'on assigne habituellement à ses semblables : le travail à l'usine, les chambres minables.
Un soir de pluie où les vêtements comme la solitude collent à la peau, au milieu de ce ballet de corps qu'est la ville nocturne, il tente de retenir, par tous les mots qu'il peut trouver, un inconnu abordé au coin de la rue, "un enfant peut-être, silencieux, immobile", écrit Koltès.
Alors, en un seul souffle, la langue de Koltès charrie en sa houle somptueuse tout ce que l'écrivain voyait de la France de la fin des années 1970, et ce qu'elle n'allait cesser de devenir, trente ans plus tard : les banlieues et le non-travail, le racisme ordinaire, qui lui aussi colle comme une seconde peau, la peur de l'autre qui imprègne les corps et les têtes, la vie confisquée par " le petit clan des salauds techniques qui décident".
Dans cette France où chacun s'enferme dans sa petite identité, où l'amour seul ne se laisse pas assigner à résidence mais s'en va comme il était venu, lui, l'homme, a bien repéré "toute la série de zones que les salauds ont tracées pour nous, sur leurs plans, et dans lesquelles ils nous enferment par un trait au crayon, les zones de travail pour toute la semaine, les zones pour la moto et celles pour la drague, les zones de femmes, les zones d'hommes, les zones de pédés, les zones de tristesse, les zones de bavardage, les zones de chagrin et celles du vendredi soir".
"J'ai cherché quelqu'un qui soit comme un ange au milieu de ce bordel, et tu es là", dit-il, tel que Patrice Chéreau le met en scène, dans une chambre d'hôpital blanche et anonyme, le visage en sang après d'être fait castagner dans le métro.
Sans doute n'est-il là, le mystérieux ange-confident, que dans le désir d'amour qui habite cet homme que Romain Duris ne fait pas seulement exister grâce à sa belle gueule d'"étranger", mais en incarnant les mots de Koltès avec une puissance impressionnante.
Corps nerveux, tendu, ployé - au Louvre, c'était d'autant plus troublant que le comédien avait derrière lui, comme une ligne de fuite, un Saint-Sébastien percé de flèches, sans que le côté doloriste que peut avoir Chéreau ne prenne jamais le dessus -, le voilà donc, cet homme qui parle et qui va mourir, son existence tout entière contenue dans un de ces sacs à rayures, en mauvais plastique, que l'on trouve dans les bazars de quartier.
Il parle, et ce qu'il dit, on le reçoit en pleine figure, sans doute beaucoup plus directement qu'il y a trente ans, où l'on pouvait encore avoir l'espoir que tout allait changer : "Tout d'un coup, moi, j'en ai ma claque, cette fois ça y est, je ne me retiens plus, j'en ai ma claque, moi, de tout ce monde-là, de chacun avec sa petite histoire dans son petit coin." Alors restent "la pluie, la pluie, la pluie", et les forêts obscures où disparaître comme un météore.
La Nuit juste avant les forêts,
de Bernard-Marie Koltès (éd. de Minuit). Mise en scène : Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang. Avec Romain Duris. Théâtre de l'Atelier, 1, place Charles-Dullin, Paris 18e. Mo Anvers. Tél. : 01-46-06-49-24. Du mercredi au samedi à 19 heures, jusqu'à fin février. De 15 € à 30 €. Durée : 1 h 30. Theatre-atelier.com