H A R M O N Y


 
AccueilFAQS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 PATRICE CHEREAU

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
Bridget

avatar

Féminin Nombre de messages : 2383
Age : 65
Localisation : Paris
Date d'inscription : 13/05/2008

MessageSujet: Re: PATRICE CHEREAU   Dim 19 Juil - 14:40

.
Avignon le musée imaginaire de Patrice Chéreau






Un matin devant la porte du Louvre (détail) d'Edouard Bernard Debat-Ponsan , 1880 .une Saint-Barthélemy qui rappelle le film La reine Margot .
Musée d'Art Roger-Quilliot, Clermont-Ferrand .Photo Jacques-Henri Bayle




LA CHRONIQUE D'ARMELLE HÉLIOT

À Avignon, la Collection Lambert, dirigée par Éric Mézil, rouvre en consacrant l'ensemble de l'Hôtel de Caumont au parcours intellectuel et sensible du metteur en scène. Un magnifique hommage.



Avignon fut sa dernière scène. Il sortait, exténué mais heureux du triomphe d'Elektra de Strauss à Aix-en-Provence. Il avait accepté de clore un cycle de spectacles donnés par les artistes qui avaient illuminé le festival durant les dix années de direction d'Hortense Archambault et Vincent Baudriller. Il n'en avait pas fait partie, mais il était l'invité d'honneur.



Pieds nus sur la scène de l'Opéra-Théâtre, il donna la lecture de Coma de Pierre Guyotat. Il avait dédié ce moment à Valérie Lang, dont l'enterrement avait eu lieu le matin même à Paris.
On était le 27 juillet 2013. Il mourrait le 7 octobre suivant alors qu'il travaillait à la mise en scène de Comme il vous plaira de Shakespeare pour le Théâtre de l'Odéon.



La maquette du décor bifrontal de Richard Peduzzi est là, avec ce grand bel arbre dont ce frère d'art indissociable du chemin de Patrice Chéreau avait parlé lors des obsèques en l'église Saint-Sulpice. Elle est l'une des pièces, parmi une multitude foisonnante, de l'exposition que lui consacre la Collection Lambert et qui marque en un geste puissant la réouverture de l'Hôtel de Caumont et le rédéploiement du fonds permanent dans l'Hôtel de Montfaucon, à côté.



C'est Nathalie Léger, écrivain et directrice de l'Institut mémoire de l'édition contemporaine (IMEC) qui a approché Éric Mézil, directeur de la Collection Lambert, l'été dernier en lui suggérant cette exposition.
Patrice Chéreau avait versé ses archives à l'institution où sont les fonds de Jean Genet et de Bernard-Marie Koltès, dès 1996.





«Un musée imaginaire»


Malgré les menaces pesant alors sur la Collection - Cécile Helle, maire d'Avignon, discutait les subventions - Yvon Lambert a foncé et Éric Mézil a accompli un travail époustouflant. Il est en effet d'une fidélité stupéfiante à Chéreau tout en renouvelant complètement ce que cet artiste unique, lié consubstantiellement à la peinture, avait proposé au Louvre en 2010 à l'invitation d'Henri Loyrette.




Patrice Chéreau avait intitulé «son» exposition «Les visages et les corps». Voici «Un musée imaginaire». Il juxtapose, en larges vitrines horizontales, les documents depuis la toute jeunesse à Lézigné jusqu'aux jours ultimes, et des œuvres, directement liées à sa vie et son travail continu, ou choisies en intuitions confondantes par le commissaire.
Des prêts exceptionnels ont été consentis et ce parcours est d'une richesse et d'une beauté saisissantes par les chefs-d'œuvre qui le jalonnent.




C'est un «tombeau» de Patrice Chéreau, au sens poétique. Le plus subtil et le plus bouleversant qui soit. C'est son âme qui affleure. À chaque pas, on le retrouve, voyant fasciné par le monde, les savoirs et les arts, décrypteur d'une lucidité radieuse des textes et des êtres, avide d'amour et obsédé par la mort et la dissolution des corps.






Éros et Thanatos



Dire que règnent ici Éros et Thanatos est vérité, non formule. C'est le grand tableau monumental de Debat-Ponsan, Un matin devant la porte du Louvre (1880), une Saint-Barthélemy qui rappelle évidemment La Reine Margot à laquelle est consacrée plus loin une large section, qui accueille le visiteur.
Amoncellement de chairs enchevêtrées, lividités cadavériques qui obsèderont toujours le metteur en scène de La Maison des morts. Il assista, très jeune, au désastre du métro Charonne et en fut profondément marqué.
En toute fin du long chemin, un merveilleux Georges de La Tour venu de Nantes, L'Apparition de l'ange à saint Joseph: le clair-obsur est ce qui nimbe toute la vie et l'apaise.



Tout ici fait sens, à commencer par ses dessins, ses cahiers de travail, les archives de l'INA, et des œuvres qu'il ne connaissait pas toutes mais qu'il aurait aimées. Balke, Harrison, les dessins de Géricault (Le Radeau de la Méduse est fondateur), David, Hodiener, Janmot; Picasso, Bacon, Music, Abramovic, Kiefer, Barcelo, Marlene Dumas, Abdessemed. On s'arrête à chaque pas, médusé par ces trésors. Nous y reviendrons longuement.




Collection Lambert, 5, rue Violette, 84000 Avignon.

Du 10 juillet au 11 octobre.
www.collectionlambert.fr Catalogue bilingue (éd. Actes Sud, 42€)
.




http://www.lefigaro.fr/theatre/2015/07/09/03003-20150709ARTFIG00275-avignon-le-musee-imaginaire-de-patrice-chereau.php

.
Revenir en haut Aller en bas
Bridget

avatar

Féminin Nombre de messages : 2383
Age : 65
Localisation : Paris
Date d'inscription : 13/05/2008

MessageSujet: Re: PATRICE CHEREAU   Mer 12 Oct - 21:18

.

La Main de Tristan



Un ouvrage intime sur Chéreau... sans Chéreau






En sélection pour le Prix Wepler, "la Main de Tristan" est un récit intime entre son auteur, Olivier Steiner, et le metteur en scène Patrice Chéreau, disparu en 2013.
Une histoire d'amour que l'écrivain a eu tout les problèmes du monde à publier : refus des éditeurs, censure des proches de l'homme de théâtre... Il a fallu pour satisfaire tout le monde, que le nom de Chéreau n'apparaisse ni dans le titre de l'ouvrage, ni au dos du livre. Hallucinant !





En refermant le nouveau livre d'Olivier Steiner, la Main de Tristan, on songe à cette devise que Hugo avait inscrite sur presque tous les murs de Guernesey : «Absentes adsunt». Traduisez : «Les absents sont présents». Comprenez : L'absence est une présence plus forte que la présence. Déduisez : Ne pas être là, c'est être vraiment là.

L'absence : c'est tout le sujet de ce récit qui ne ressemble à aucun autre, quoiqu'il close le triptyque entamé avec Bohème et poursuivi avec la Vie privée. Cent soixante pages d'une lettre d'amour que l'autre ne lira pas, parce que cet autre c'était Patrice Chéreau.



Tout commence en 2007. Chéreau est au sommet de son art ; Steiner est encore un petit vendeur de souvenirs, coincé dans un magasin de l'île de la Cité. Ces deux-là se rencontrent par pur hasard, qui est l'autre nom de la nécessité. Coups de fil, mails, SMS : ils aimeraient se revoir et puis vivre, mais Chéreau, bourreau de travail, n'est jamais vraiment là. Quelque chose cristallise, qu'on appelait au Moyen Age l'amor de lonh. Hélas ! Quand ils se rencontrent, au bout de huit semaines de correspondance, rien ne se passe : l'émerveillement n'a pas lieu. Chéreau et Steiner, solitaires solidaires, continuent de se voir pourtant. Ils dînent ensemble, partent en voyage, parlent littérature, cinéma, théâtre. Ils vivent quelque chose qui n'a pas de nom, dans le regret de ce qui n'a pas été. Dans la douleur aussi : car Chéreau est une force qui va, un météore cosmopolite, partout à l'aise parce que jamais trompé par les convenances. A côté de lui, Steiner est trop jeune, trop peu sûr de lui : il s'étiole, languit, déprime - et dans des pages terribles de lucidité, le voilà qui survit à la Maison Blanche, entouré d'êtres humains qui ont perdu la tête. «Nous revoilà sardines décapitées collées les unes aux autres dans ce même couloir, personne ne parle, on dirait que le petit monde s'espionne, se surveille, le troupeau des malades attend l'ouverture du réfectoire, entrée plat dessert, un seul morceau de pain.» Chéreau ne l'abandonne pas : il l'entraîne encore une fois dans la vie, le poussant même à écrire. Il faut, pour cela aussi, lui dire merci.


Mais regardez le titre de ce beau livre, ou lisez sa quatrième de couverture : Patrice Chéreau n'apparaît jamais. Ses proches l'ont ordonné : que l'absent soit absent ! Et Steiner, plus écrivain que procédurier, a obéi. Ont-ils aimé jouer les censeurs ? Ils ignoraient qu'ils redoublaient ainsi la trame secrète de ce livre, agissant comme des marionnettes sous la main du metteur en scène. La main de Chéreau. Elle écrit encore une fois ces mots qui consolent : les absents sont présents.



*La Main de Tristan, d'Olivier Steiner, éd. Les Busclats, 160 p., 14 €. En sélection pour le prix Wepler.




.
Revenir en haut Aller en bas
 
PATRICE CHEREAU
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» PATRICE CHEREAU
» Patrice Gélard et le cumul des mandats
» Patrice Dubord
» Patrice Brasseur.
» Bon anniversaire Patrice

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
H A R M O N Y :: LE CINEMA : UN OEIL OUVERT SUR LE MONDE :: SUR LES PLANCHES :: THEATRE-
Sauter vers: