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 DON JUAN LE MYTHE LITTERAIRE

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Nine
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MessageSujet: DON JUAN LE MYTHE LITTERAIRE   Ven 3 Avr - 11:56

Le séducteur mythique
apparaît en 1630 sous la plume de Tirso de Molina.


Il sera repris et recréé par de nombreux écrivains dont Molière,
Lorenzo Da Ponte (auteur du livret Don Giovani pour Mozart),
Byron, Hoffmann, Musset,
Mérimée et Dumas.



«Don Juan vit dans la jouissance de l’instant présent
et s’impose comme l’individu s’opposant au Dieu qui l’a créé.
Il incarne la puissance du désir érotique en s’opposant à
la morale chrétienne qui exige que le mariage précède et encadre
la satisfaction de ce désir. Don Juan représente la toute-puissance
de l’individu face non seulement à toute oppression mais
plus encore face à toute forme d’autorité, qu’elle soit divine ou sociale.»



Vie et œuvre

Naissance et développement du mythe littéraire de Don Juan, du XVIIème au XIXème.

La première version du mythe: «un personnage empli d’une sensualité souveraine»

La première version du mythe qui développe pleinement les caractéristiques
du personnage est l’œuvre de Tirso de Molina, El burlador de Sevilla y Convidado
de Piedra, paru en 1630.

Don Juan est défini par cette œuvre comme un personnage défiant les autorités et
la société de son temps en refusant de se soumettre aux codes moraux qui sévissent
alors et en remettant à plus tard son repentir. Personnage empli d’une sensualité
souveraine, non pas athée mais peu intéressé par la religion catholique,
il poursuit et trompe de nombreuses femmes avant de se repentir devant les
flammes de l’enfer. Il symbolise un déchaînement érotique qui s’oppose au
discours galant de l’amoureux transi.

Don Juan vit dans la jouissance de l’instant présent et s’impose comme l’individu
s’opposant au Dieu qui l’a créé. Il incarne la puissance du désir érotique en
s’opposant à la morale chrétienne qui exige que le mariage précède et encadre
la satisfaction de ce désir. Don Juan représente la toute-puissance de l’individu
face non seulement à toute oppression mais plus encore face à toute forme
d’autorité, qu’elle soit divine ou sociale.



Georges Gendarme de Bévotte, dans sa thèse La Légende de Don Juan souligne
que le personnage de Don Juan ne peut naître que dans une société qui tente de
régir l’amour et de restreindre toute sensualité. Don Juan s’oppose
fondamentalement à la charité que prône l’église catholique et aux devoirs
qu’impose la vie sociale. Il place l’individu au-dessus du général, de la société :

Don Juan a supprimé de sa vie les devoirs envers ses semblables, estimant que
le seul devoir de l’homme est d’assurer à son moi un épanouissement sans limites.

Don Juan, thème littéraire, légende ou mythe ?

L’histoire de Don Juan est plus qu’un thème littéraire, sinon elle n’aurait
pas eu un tel succès.Quelle est la différence entre un mythe et une légende ?

Étymologiquement un mythe est un récit ,alors qu’une légende est un texte
« qui doit être lu ». L’origine met donc en valeur, dans le cas de la légende,
l’aspect moral, c’est un texte d’enseignement, le sens est le plus important.

Au contraire dans un mythe, c’est le récit plus que sa signification qui compte.

Il exprime des traits saillants de l’esprit humain (« La fonction du mythe est de nous
présenter à l’état pur, incandescent, ce qui s’agite en nous parmi toutessortes
de scories, de compromissions », écrit Jean Massin).

De ce point de vue, Don Juan est un mythe : son histoire ne peut prétendre être morale
(même si ellefut écrite pour cela au départ), mais elle résume une tendance de l’esprit
humain, la révolte contre l’ordre du monde et la volonté de lui lancer un défi.

Elle se rapproche en cela du mythe de Prométhée, qui vola le feu aux dieux et en fit
cadeau à l’humanité. On peut dire que ces deux mythes symbolisent la civilisation
européenne, qui cherche à s’affranchir de l’ordre naturel/divin.


L'amour d'un homme n'occupe qu'une partie de sa vie d'homme ; L'amour d'une
femme occupe toute son existence.
[George Gordon, Lord Byron][/center]


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MessageSujet: Re: DON JUAN LE MYTHE LITTERAIRE   Ven 3 Avr - 13:36



Tableau Don Juan DAVID BOUBLIL

"Derrière mon masque,
devinent-elles qui suis-je"?


L'histoire initiale

Pour certains, le personnage mythique de Don Juan serait né d'un fait
divers rapporté par la Chronique de Séville (Espagne) au XVe ou au début du XVIe:

Don Juan Tenorio tua le commandeur Ulloa dont il avait séduit la fille. Les moines
du couvent où fut enterré le commandeur furent outrés de cet acte et ourdirent un
complot « de salubrité publique », l'assassinèrent et firent disparaître le corps,
racontant ensuite qu'il avait été foudroyé par le Ciel et entraîné en enfer comme
châtiment de toutes ses fautes, du mal fait aux autres et de son refus de se repentir

Par la dimension de l'homme lui-même, par la renommée de ses actes, et par le
spectaculaire de cette fin, tous les éléments d'un mythe étaient réunis :

le mythe de Don Juan naissait.

... ⭐ ...

Fondamentalement, Don Juan recherche et vit dans le plaisir et la jouissance
de l’instant présent, en s'opposant aux contraintes et aux règles sociales,
morales et religieuses, ainsi qu'en ignorant volontairement autrui. C'est donc
à la fois un jouisseur et un libertin, également égoïste et destructeur.

L'usage établi veut que l'on écrive « Dom Juan » lorsqu'il s'agit du titre de
l'œuvre de Molière ou du poème de Baudelaire, « Don Giovanni » lorsqu'il
s'agit de l'opéra de Mozart et Da Ponte, « Don Juan » lorsqu'il s'agit d'une
autre œuvre.


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MessageSujet: Re: DON JUAN LE MYTHE LITTERAIRE   Ven 3 Avr - 14:37

Don Juan aux enfers



Quand Don Juan descendit vers l'onde souterraine
Et lorsqu'il eut donné son obole à Charon,
Un sombre mendiant, l'oeil fier comme Antisthène,
D'un bras vengeur et fort saisit chaque aviron.

Montrant leurs seins pendants et leurs robes ouvertes,
Des femmes se tordaient sous le noir firmament,
Et, comme un grand troupeau de victimes offertes,
Derrière lui traînaient un long mugissement.

Sganarelle en riant lui réclamait ses gages,
Tandis que Don Luis avec un doigt tremblant
Montrait à tous les morts errant sur les rivages
Le fils audacieux qui railla son front blanc.

Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire,
Près de l'époux perfide et qui fut son amant,
Semblait lui réclamer un suprême sourire
Où brillât la douceur de son premier serment.

Tout droit dans son armure, un grand homme de pierre
Se tenait à la barre et coupait le flot noir,
Mais le calme héros, courbé sur sa rapière,
Regardait le sillage et ne daignait rien voir.


Charles BAUDELAIRE
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MessageSujet: Re: DON JUAN LE MYTHE LITTERAIRE   Ven 3 Avr - 15:08

Dans sa première passion,
la femme aime son amant ; Dans toutes les autres,
tout ce qu'elle aime, c'est l'amour.
George Gordon, Lord Byron extrait de Don Juan.

Claude Nougaro

LES DON JUAN



Ce qu'il faut dire de fadaises
Pour voir enfin du fond de son lit
Un soutien-gorge sur une chaise
Une paire de bas sur un tapis
Nous les coureurs impénitents
Nous les donjujus, nous les don Juan.

Mais chaque fois que l'on renifle
La piste fraîche du jupon
Pour un baiser, pour une gifle
Sans hésiter nous repartons
La main frôleuse et l'oeil luisant
Nous les donjujus, nous les don Juan.

Le seul problème qu'on se pose
C'est de séparer en deux portions
Cinquante-cinq kilos de chair rose
De cinquante-cinq grammes de nylon
C'est pas toujours un jeu d'enfant
Pour un donjuju, pour un don Juan.

Le mannequin, la manucure
La dactylo, l'hôtesse de l'air
Tout est bon pour notre pâture
Que le fruit soit mûr ou qu'il soit vert
Faut qu'on y croque à belles dents
Nous les donjujus, nous les don Juan.

Mais il arrive que le coeur s'accroche
Aux épines d'une jolie fleur
Ou qu'elle nous mette dans sa poche
Sous son mouchoir trempé de pleurs
C'est le danger le plus fréquent
Pour un donjuju, pour un don Juan.

Nous les coureurs du tour de taille
Nous les gros croqueurs de souris
Il faut alors livrer bataille
Ou bien marcher vers la mairie
Au bras d'une belle-maman
Pauvres donjujus, pauvres don Juan

Nous tamiserons les lumières
Même quand la mort viendra sonner
Et nous dirons notre prière
Sour un chapelet de grains de beauté
Et attendant le jugement
Nous les donjujus, nous les don Juan.



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MessageSujet: Re: DON JUAN LE MYTHE LITTERAIRE   Ven 3 Avr - 15:28





LE SECRET DE DON JUAN

... Et simulacra modis pallentia miris.


I - D'âme nulle et de chair avide, Don Juan, dès l'adolescence, se prépara à l'accomplissement
de sa vocation et de son rôle légendaire. La prescience des habiles lui révéla ce qu'il devait être, et il entra dans la carrière armé et orné de cette devise :

« Pour plaire, il faut prendre ce qui plaît à celles qui plaisent. »

A une défaillante blonde, il prit le geste de comprimer d'une main adroite le douloureux battement d'un cœur absent ;

A une autre, il prit un ironique clignement des paupières qui donnait l'illusion de
l'impertinence et qui n'était que la souffrance d'un œil faible devant la lumière ;

A une autre, il prit le geste du petit doigt levé et regardé avec soin comme une
trouvaille rare ;

A une autre, il prit le joli frappement d'un pied subtilement impatient ;

A une autre, languide et pure, il prit le sourire où, comme dans un miroir magique,
on voit, avant les contentements d'après le jeu, et après le jeu, la réviviscence des
joies du désir ;

A une autre, non moins pure, mais vive et sans langueurs, toujours agitée de
mouvements pareils à ceux d'une chatte aux heures d'orage, il prit encore un sourire,
le sourire où il y a des baisers si puissants qu'ils déconcertent le cœur des vierges ;


A une autre, il prit le soupir, le long soupir brisé qui est le timide frère du sanglot,
le soupir impressionnant et qui annonce la tempête comme un vol précipité d'oiseau ;

A une autre, il prit la lente et inquiétante démarche de celles qui sont aimées de
trop d'amour ;

A une autre, il prit l'amoureuse façon de dire à mi voix des riens et de susurrer :
« Il pleut », comme s'il pleuvait des anges.

Il prit des regards, tous les regards, les doux, les impérieux, les dociles, les étonnés,
les compatissants, les envieux, les fins, les fiers, les dévorants, les foudroyants
et beaucoup d'autres, parmi lesquels le chapelet, compté grain à grain, des regards
fascinateurs. Mais le plus beau regard que prit Don Juan, rubis entre les coraux,
saphir entre les turquoises, ce fut le regard de bête traquée que lui légua, mourante
d'amour et de désespoir, une fille qu'il avait violée. Ce regard était si touchant que
nul n'y résistait, pas même la plus farouche, et que les vœux éternels fondaient à sa
lueur comme un péché sous un rayon de grâce.

II - Don Juan fit encore une plus admirable conquête, celle d'une âme, — une âme
ingénue et fière, tendre et hautaine, d'une séductrice douceur et d'une séductrice
violence, et une âme qui ne se connaissait pas, une âme pleine d'instinctifs désirs,
une âme délicieusement naïve.

Il s'était approché, paré de toutes ses séductions, le geste douloureux atténué par
un peu d'ironie dans l'œil et un peu de joie sur les lèvres ; sa démarche lente de
créature trop aimée se corrigeait par un fier redressement de tête, et le premier
long soupir brisé qui sortit de sa poitrine fut accompagné d'un frappement de pied
subtilement impatient, — comme pour dire : « Vous m'avez blessé le cœur ;
je ne puis m'empêcher de vous aimer, mais j'en éprouve de la colère. » Ensuite,
il fit le regard de la bête traquée ; ensuite, il joua à regarder son petit doigt.

Après quelque silence, il susurra amoureusement : « Il fait beau, ce soir », —
et tout de suite la jeune femme répondit : "C'est mon âme que vous me demandez,
Don Juan ! Eh bien ! prenez-la, je vous la donne.»

Don Juan accepta l'âme délicieusement naïve et si féminine que la soudaine amoureuse
lui offrait avec sa peau, ses cheveux, ses dents, toutes ses beautés et le parfum
de tous ses arcanes, — et, ayant joui de la soudaine amoureuse, il s'éloigna.

De l'âme, il se fit un candide et invincible manteau où il se drapait, ainsi qu'en des
plis de velours blanc, — et, orné d'une telle âme, plus triomphant qu'un tueur de
Mores, plus adoré qu'un pèlerin de Saint-Jacques ou qu'un revenant de Palestine,
il poussa ses conquêtes jusqu'au nombre de mille et trois.

Toutes ! toutes celles qui peuvent donner un plaisir nouveau, une nuance nouvelle
de joie, toutes se laissaient prendre par celui qui avait pris à leurs sœurs tout ce
qui plaît. Elles venaient au-devant de lui, et, lui baisant les mains, faisaient leur
soumission, amoureuse peuplade vaincue déjà par l'approche du vainqueur.

Bientôt, elles se battirent à qui serait la première soumise et la plus soumise, et,
ivres d'esclavage, elles mouraient d'amour avant d'avoir aimé.

Par les villes et dans les châteaux, et jusque parmi les bergères, on n'entendait
plus que ce cri des enamourées : « O ma chère ! ô ma chair ! Il est irrésistible ! »

III

Cependant, Don Juan se fanait. La sève épanouie en luxuriantes forces retomba
en pluie de feuilles sèches et, toujours aussi grand, l'arbre n'était plus qu'une ombre.

Des tardives fleurs, Don Juan donna le dernier grain de pollen ; tant qu'il eut dans
le sang une goutte de semence, il aima, — puis, ne pouvant plus aimer, il se coucha
et attendit celle qui devait venir, la seule qu'il n'eût pas encore captée.

Et quand elle arriva, Don Juan, pour la capter, lui offrit tout ce qui plaît, tout ce qu'il
avait pris à celles qui plaisent.

— Je te donne la séduction, dit Don Juan, à toi, la laide, mes gestes, mes regards,
mes sourires, mes voix diverses, tout et même mon manteau, qui est une âme :
prends et va-t'en ! Je veux revivre ma vie par le souvenir, car je sais maintenant que
la véritable vie, c'est le souvenir.

— Revis ta vie, dit la Mort. Je reviendrai.

La Mort disparut et les Simulacres se levèrent du milieu de l'ombre.

C'étaient de jeunes et belles femmes toutes nues et toutes muettes, inquiètes comme
des êtres à qui il manque quelque chose. Elles se tenaient en spirale autour de
Don Juan, et pendant que la première lui mettait la main sur la poitrine, la dernière
était si loin dans les espaces qu'elle se confondait avec les étoiles.

Celle qui lui mettait la main sur la poitrine lui arracha le geste de comprimer l'émotion
d'un cœur absent ;

Une autre lui reprit l'ironique cillement de ses blanches paupières ;

Une autre lui reprit la grâce de contempler l'ongle de son petit doigt ;

Une autre lui reprit l'impatience de ses pieds ;

Une autre lui reprit le complexe sourire qui donne la satisfaction avant et le désir après ;

Une autre lui reprit le sourire où, comme dans une alcôve, s'étendent des pâmoisons ;

Une autre lui reprit son soupir d'oiseau peureux ;

Et il fut encore dépouillé de sa lente démarche d'être qu'on aime trop ; et de sa façon
amoureuse de dire : « Il pleut », comme s'il pleuvait des anges ; et du chapelet,
compté grain à grain, de ses regards : les impérieux comme les étonnés, les dociles
et les fascinateurs lui furent repris ; — et la douce violée vint à son tour lui reprendre
son regard de bête traquée par l'amour et par le désespoir.

Une autre, enfin, lui reprit son âme, l'âme délicieusement naïve dont il s'était fait un
manteau de velours blanc, — et il ne resta de Don Juan qu'un fantôme inane, qu'un
riche sans argent, qu'un voleur sans bras, une morne larve humaine réduite à la vérité,
disant son secret !


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MessageSujet: Re: DON JUAN LE MYTHE LITTERAIRE   Ven 3 Avr - 16:05


Le baiser de KLimt

très beau poème de Guillaume Apollinaire. “Je pense à toi”


Je pense à toi

Je pense à toi mon Lou ton cœur est ma caserne
Mes sens sont tes chevaux ton souvenir est ma luzerne

Le ciel est plein ce soir de sabres d’éperons
Les canonniers s’en vont dans l’ombre lourds et prompts

Mais près de toi je vois sans cesse ton image
Ta bouche est la blessure ardente du courage

Nos fanfares éclatent dans la nuit comme ta voix
Quand je suis à cheval tu trottes près de moi

Nos 75 sont gracieux comme ton corps
Et tes cheveux sont fauves comme le feu d’un obus
qui éclate au nord

Je t’aime tes mains et mes souvenirs
Font sonner à toute heure une heureuse fanfare
Des soleils tour à tour se prennent à hennir
Nous sommes les bat-flanc sur qui ruent les étoiles

“Je pense à toi”, Poèmes à Lou, IV, G. Apollinaire
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MessageSujet: Re: DON JUAN LE MYTHE LITTERAIRE   Ven 3 Avr - 16:14

La nuit de Valognes



Présentation

Dans un vieux manoir de Normandie par une nuit d'orage, 5 anciennes maîtresses du célèbre Don Juan se sont réunies pour instruire le procès du séducteur et l'obligent à épouser la plus jeune d'entre elles.
Tragique ou comique, Don Juan nage en eaux troubles au milieu de cette palette de femmes représentant la société toute entière.
5 femmes battantes, fragiles,sournoises ou nostalgiques vont égréner leurs souvenirs et tisser leur toile de prédatrice, bien décidées à se venger de celui qui a bercé leurs illusions et révélé leurs vérité.
Après avoir tant séduit et si peu aimé, Don Juan va enfin rencontrer l'amour, mais pas où il l'attendait!!...
......................................................................

« Ce soir, Don Juan va venir. Il ne sait rien, il croit se rendre à un bal, mais nous, cinq femmes, cinq femmes qu’il a bafouées, cinq femmes défaites que la mémoire torture, que le passé supplicie, cinq femmes ici ce soir le jugeront et le condamneront. Cette nuit, nous ferons le procès de Don Juan »

C’est ainsi que la Duchesse de Vaubricourt annonce son stratagème aux cinq femmes qu’elle a réunies, afin de condamner Don Juan à épouser sa dernière victime après un improbable procès qui tourne vite à la catharsis, et qui constitue le sujet de « la Nuit de Valognes ». La première pièce de théâtre d’Eric-Emmanuel Schmitt dresse le portrait d’un Don Juan vieillissant, assagi, même si le vieux lion rugit encore lorsqu’il est piqué au vif, comme c’est le cas dans la scène 3 de l’Acte II quand il retrouve la petite Angélique de Chiffreville qu’il devrait épouser:

La Petite : A quel Don Juan ai-je affaire… celui qui m’a aimée ou celui qui m’a quittée ?

Don Juan : C’est le même. Femelles ! Femelles ! … Cette mauvaise foi qui est le fumet de vos égoïsmes !… Quelqu’un vous flatte et prétend vous aimer ? Il est dans le vrai ! Il vous délaisse, il part, il ne vous aime plus ? C’est qu’il se trompe ! Il ne te viendrait pas à l’idée qu’un séducteur cherche quelque chose qu’il a définitivement obtenu une fois que tu t’es bêtement laissé séduire ? Il n’y a pas de raison de rester : la viande est morte !

La Petite : S’il a recommencé ailleurs, s’il erre sans cesse en se cognant de femmes en femmes, c’est qu’il ne trouve pas ce qu’il cherche, parce qu’il ne sait même pas ce qu’il cherche.

Don Juan : Et que chercherait-il qu’il ne trouverait donc pas ?

La Petite : Cette question !… L’amour bien sûr.

Don Juan : Voilà, le mot est prononcé, tu as tout dit : l’amour ! Pauvre fille, à soixante ans tu diras « Dieu » comme tu as dit « l’amour » à vingt, avec les mêmes yeux, avec la même foi, le même enthousiasme. C’est bien une femme qui parle.

La Petite : Et c’est bien un homme qui raille ! Reconnaître qu’on a un cœur, un cœur insatisfait, un cœur brisé : quel déshonneur ! Comme si le fait de pisser debout était incompatible avec les sentiments !
[…]
Don Juan : Pourquoi vous êtes-vous mis en tête que je cherchais quelque chose ? Je ne cherche rien, je prends, je cueille les pommes sur l’arbre et je les croque. Et puis je recommence parce que j’ai faim. Vous appelez ça une quête ? Je dois avoir trop d’appétit pour vous : ma bouche a voulu goûter tous les fruits, toutes les bouches, et diverses, et variées, des dodues, des humides, des tendres, des fermées, des ouvertes, la bouche étroite de la prude, les lèvres rentrées de la sensuelle, la lippe épatée de l’adolescente, j’ai tout voulu. Les hommes m’envient, petite, parce que je fais ce qu’ils n’osent pas faire, et les femmes m’en veulent de ce que je leur donne du plaisir à toutes. A toutes !

La petite : Sornettes ! Les hommes vous haïssent parce que vous volez leurs épouses ou leurs sœurs, et les femmes parce que vous les abandonnez après leur avoir fait les plus douces promesses. Ni un saint, ni un héros, Don Juan, ne vous leurrez pas, mais un escroc, un petit escroc de l’amour.

Don Juan : Sornettes à votre tour ! Vous avez tous peur du plaisir, mais vous avez raison d’avoir peur : les forts seulement peuvent se l’autoriser. Imaginez ce qui se passerait si l’on disait au monde entier : « Posez vos pioches et vos aiguilles ! Notre monnaie c’est le plaisir ; prenez-le, ici, et sans vergogne, ici, maintenant, et encore et encore ! » Que se passerait-il ? Plus personne pour travailler, pour suer, pour se battre. Des hommes inactifs, vaquant à leurs seuls plaisirs. Plus d’enfants légitimes ou illégitimes, mais une joyeuse marmaille avec trente-six mères et cent vingt pères ! Plus de propriété, plus d’héritage, plus de transmission des biens ou des privilèges par le sang, car le sang désormais est brouillé, il coule partout, et le sperme aussi. La vie comme un joyeux bordel, mais sans clients, sans maquerelles, avec rien que des filles ! Vous imaginez la pagaille ? Et l’industrie ? Et le commerce ? Et la famille ? Et les fortunes ? Il n’y aurait plus de pauvres, car la richesse ne serait plus d’argent mais de plaisir, et tout homme est suffisamment bien doté pour connaître le plaisir. Alors, petite, ne me sers pas ces discours que j’ai entendus cent mille fois, ces histoires de quête, de recherche… On ne cherche que si l’on n’a pas trouvé ! C’est le frustré qui cherche, l’heureux s’arrête. Et moi j’obtiens constamment ce que je veux des autres : mon plaisir !

Dans la Nuit de Valognes, Eric-Emmanuel Schmitt démystifie Don Juan.
Ce n’est plus le Dieu vivant du libertinage insensible à la douleur humaine,
c’est un homme pétri de doutes qui vit les affres de l’amour
dont le Don Juan de Molière était exempt.


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MessageSujet: Re: DON JUAN LE MYTHE LITTERAIRE   Ven 3 Avr - 19:15

Ouverture Don Giovanni W.A MOZART direction JAMES LEVINE