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 LAURENT TERZIEFF

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nounouka



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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Sam 7 Aoû - 18:40

Sur KTO,une émission:V.I.P.
Laurent Terzieff
Diffusé le 23/05/2004 / Durée 56 mn


http://www.ktotv.com/videos-chretiennes/emissions//v.i.p.-laurent-terzieff/00016577
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Bridget



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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Sam 14 Aoû - 15:05

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Laurent Terzieff , sur le tournage de Largo Winch II .

Largo Winch II est donc le dernier film qu’il aura tourné. Vincent, le réalisateur du making-of du film, a eu l’occasion de l’interviewer sur le plateau de tournage, en mai dernier…





http://www.largowinch2-lefilm.com/laurent-terzieff




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Bridget



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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Ven 20 Aoû - 12:01

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L'envol de l'ange Terzieff




Laurent Terzieff 1997. Copyright Jean François Bauret


Il n'aurait pas voulu le deuil.
Ce qu'a semé Laurent Terzieff dans les terres mouvantes du théâtre ne disparaîtra jamais : une exigence, une humilité, une élégance, un engagement absolu, une façon d'arrêter le temps en entrant en scène.

L'artiste, mort à soixante-quinze ans de complications pulmonaires, restera dans les mémoires ce comédien total qui su transcender tous les genres, dépasser le vieux clivage public-privé.

Dans les hommages émus qui pleuvent depuis l'annonce de son décès, samedi, des mots reviennent : « lumière », « fraternité » (Fabrice Luchini), « LA voix du théâtre » (Olivier Py)...

Fièvre incandescente

On se souvient de son dernier rôle : « Philoctète », d'après Sophocle, mis en scène par Christian Schiaretti à l'Odéon.
Plus mince que jamais, telle une tige de cristal prête à se rompre, il incarnait avec une fièvre incandescente le vieux héros humilié, qu'un jeune homme, Achille, ramène à la vie.

Sa voix un brin nasillarde, passant du chuchotement au rugissement, faisait résonner chaque mot et geste de la tragédie, comme s'il jouait sur scène la vie de tous les hommes oubliés par les dieux.

On pensait alors avec bonheur que cette interprétation magistrale d'un rôle classique (il en joué très peu) dans un grand théâtre, lui vaudrait d'être découvert - à temps -par un public de lycéens. Ces jeunes seront, on l'espère, marqués à vie du sceau du théâtre.

C'est ainsi que Terzieff est tombé dans la potion magique.

Adolescent subjugué par la « Sonate des Spectres », de Strindberg, mis en scène par Roger Blin.
Au début des années 1950, il campe littéralement sur les planches, tour à tour figurant, machiniste, souffleur, avant d'obtenir son premier rôle dans « Tous contre tous », d'Adamov, monté par Jean-Marie Serreau.
Les années 1958-1959 marquent un tournant : le comédien fait un tabac au cinéma dans « Les Tricheurs », de Marcel Carné, puis au théâtre, dans « Tête d'or », de Claudel, mis en scène par Jean-Louis Barrault.

« L'acteur à la gueule d'ange » aurait pu opter pour le glamour du septième art et pour la gloire. Il opte pour le monde plus austère du théâtre.
En 1961, il fonde sa compagnie avec Pascale de Boysson (sa partenaire et compagne, disparue en 2002), passant d'un petit théâtre à l'autre (Lutèce, Lucernaire, etc.).


Un grand intellectuel

Il n'abandonne pas pour autant complètement le cinéma, sollicité par ses plus grands noms : Bolognini, Rossellini, Demy, Clouzot, Buñuel, Godard...

En cinquante ans il aura tout de même joué dans une quarantaine de films .
Mais, pour Terzieff, la priorité des priorités sera toujours la scène. Son goût pour le théâtre « vivant » le pousse à rechercher du « neuf » et à monter des auteurs contemporains - le plus souvent anglo-saxons ou d'Europe de l'Est (Albee, Schisgal, Mrozek).

Sa dernière mise en scène date de 2009. Il s'agit de « L'Habilleur », de Ronald Harwood, une pièce dans laquelle il incarnait un vieil acteur shakespearien au bout du rouleau en tournée en Angleterre pendant la guerre.
A la fin, il « mourait » dans sa loge... presque comme Molière.


Laurent Terzieff ne faisait pas partie de ces acteurs purement instinctifs.
C'était un grand intellectuel, fou de philosophie et de poésie, un homme engagé, un marxiste désespéré qu'on ne puisse conjuguer la liberté et l'égalité.

Le feu sacré ne l'empêchait pas de penser, de méditer ses spectacles et ses rôles.

Il reste un exemple et un espoir pour tous les jeunes comédiens et compagnies, qui n'ont d'autres moyens pour survivre que leur talent et leur envie de théâtre.

Ils avaient un modèle, ils gagnent un ange gardien...


PHILIPPE CHEVILLEY, Les Echos
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Bridget



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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Lun 23 Aoû - 15:48

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" SEUL AVEC TOUS "



"Seul avec tous", une leçon de vie de Laurent Terzieff, sortira à la rentrée







Le premier livre dans lequel Laurent Terzieff avait accepté de se dévoiler paraîtra comme prévu à la rentrée, ont annoncé lundi les Presses de la Renaissance qui évoquent "une leçon de vie murmurée avec humilité".

Les semaines précédant sa mort, l'acteur et metteur en scène travaillait encore au texte de son livre "Seul avec tous" (collection "Chemin faisant") en collaboration avec Marie-Noëlle Tranchant.

Cet ouvrage restera le dernier témoignage d'un homme d'exception qui souhaitait "réviser sa vie", revenir sur son itinéraire artistique, intérieur et spirituel, relève son éditeur.

Dans cet ouvrage, il raconte sa vie, si riche et pleine, évoque ses souvenirs de manière très intime et personnelle.

Le temps, la mise en scène, l'ignorance, la méthode, la justesse, la politique, la poésie, son épouse disparue, la beauté, l'art... autant de mots-clés qu'il développe avec cette authenticité absolue qui donne envie de le suivre.

Cet homme au charme puissant, à la haute silhouette ascétique, où la force se mêle à la grâce, offre dans ce livre une inoubliable philosophie de vie.


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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Ven 3 Sep - 1:44

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Laurent Terzieff

Le crucifié des hautes paroles








Laurent Terzieff a une très haute idée du pouvoir vibrant des mots, aussi chacun d’eux transmis par lui, ne s’élève que lesté du poids du monde.

« On n’éclaire pas sans brûler » disait Nicolas de Staël,

et Laurent, immense charbon noir, aura tant et tant brûlé pour nous faire lumière et nous apporter le feu volé aux dieux et surtout à la nuit.

Émacié comme un christ flamand, avec son sourire fait des ronces des douleurs du monde, il semble toujours faire sacrifice de lui-même pour que les hautes paroles des poètes ne restent pas cachées dans leurs hautes solitudes.






« Se mettre à l'écoute du monde, pour en être la caisse de résonance ». telle aura été sa trajectoire aveuglante, calciné lui-même, il dépose avec son sourire déchiré son amoureuse sagesse.


Derrière les carreaux, le vent fait danser des ombres lentes.

Les visages n’osent plus apparaître, ils sont sans doute éteints depuis si longtemps, Laurent leur redonne vie à ces enfants de Malte Laurids Brigge de Rilke, à ceux des demeures enfouies sous les orties et les violettes de Milosz, à ceux des forêts froides de Bertold Brecht.

Homme des heures graves « il prend le devant de tout adieu, comme s’il se trouvait derrière lui » (Rilke).







Le grand témoin des biefs de la douleur



Laurent Terzieff est le grand témoin des biefs de la douleur d’être au monde, de ses joies aussi, quand simplement la pluie des mots nous rafraîchit.

« Le monde triste et beau qui ressuscite soudain »



Le cinéma aura bâti une image de lui loin de sa réalité intérieure.

Certes Rossellini, Pasolini, Bunuel, Carné, Garrel ce n’est point mineur, mais Laurent Terzieff s’est avant tout voulu acteur de théâtre, adaptateur de textes inconnus en France, metteur en scène et directeur de sa troupe.

Passeur en poésie donc, mais aussi en théâtre nous faisant découvrir des auteurs rares avec sa compagnie, fondée contre vents et pas mal de marées dés 1961.


Pour elle il aura accepté des rôles alimentaires, mais l’imposture par le mensonge du cinéma des traits figés du romantique tricheur, il l’aura laissée dans les ornières des apparences.


Claudel, Schisgal, Albee, Saunders, Mrozek, Milosz, Rilke, Pirandello, Harwood, et tant d’autres sont revenus parmi nous grâce à lui.

Mais le plus beau don sera et restera celui de la poésie réincarnée, et il joue seul, maintenant que la douce et lumineuse Pascale de Boysson s’est absentée en 2002, un florilège de poèmes. Réconfort, dernier passage, la poésie aura peut-être volé sa mort, mais elle aura sauvé sa vie sa vie.







Sauvage et timide, il refuse d’être traqué par le futile et l’inutile, ne répond jamais au téléphone, mais parfois le soir, sa voix de velours sombre vous appelle, et la conversation en suspens depuis si longtemps reprend..


Cette image de Laurent qui après avoir célébré notre vénération commune Milosz, les 11 et 12 juin 1992 à la Salle Nougaro en nous donnant son spectacle comme une offrande, se réfugiait en pleurs dans ma voiture, voulant échapper au public voyeur et envahissant, quémandant une image comme un veau d’or, alors que la parole avait été donnée..




Homme de la conscience du temps



Cœur battant de rossignol, il semble qu’il est besoin de remparts de douces habitudes pour se protéger. Il lui est nécessaire d’avoir des clairières de temps, d’espace, pour ne pas se sentir traqué.


Les mots mis en scène, et Laurent tout à fait comme dans une autre vie s’avance dans une trappe de lumière






Les mots mis en scène pour dire le tragique de la vie et la maladie de l’enfance.


" Je ne vois pas de poète qui ait porté aussi loin le besoin fou d'amour, la souffrance, la barbarie, l'injustice, mais en même temps l'éblouissement devant la beauté de la vie. En premier lieu, je voudrais parler de la conscience du temps chez Milosz, le temps comme de l'éternité volée ».


Ces paroles de Terzieff sur Milosz sont presque autobiographiques.

Cette extraordinaire identification à un poète par un acteur est sans exemple, Milosz est Terzieff autant que l’inverse.

« Vie ! ô amour sans visage !

Toute cette argile a été remuée, hersée, déchiquetée, jusqu’aux tissus où la douleur elle-même trouve un sommeil dans la plaie…
Et je ne peux plus, non, je ne peux plus, je ne peux plus !
»


Cette citation du poème « La charrette », poème qui tient tant à cœur à Laurent, en dit suffisamment sur ce théâtre-miroir, lieu de fusion entre visible et invisible qui fut toute sa vie, elle en dit aussi beaucoup sur l’homme.

Homme à la solitude acceptée et bienvenue, homme libre et désenchanté, Terzieff est ce grand corps troué d’étoiles, posé parmi nous, au doux milieu de nous.

Il nous donne à manger dans sa main le pain noir, le lait et le miel sauvage de la poésie.

« Et c’est vous et c’est moi. Vous et moi de nouveau, ma vie »



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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Ven 3 Sep - 2:26

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Laurent s’est effacé sur la pointe des mots







De l'enfance ? que vos couleurs, vos voix et mon amour,
Que tout cela fut moins que l'éclair de la guêpe
Dans le vent, que le son de la larme tombée sur le cercueil,
Un pur mensonge, un battement de mon cœur entendu en rêve ?
(Milosz)




Invoquer l’enfance, perdue mais toujours présente à jamais comme initiales gravées sur l’écorce de la vie, en parlant de Laurent Terzieff, de son beau visage émacié, cela peut sembler paradoxal.

Mais jamais je ne pourrai oublier ce sourire qui montait de lui comme une brume rêveuse, parfois triste.

L’amour de Milosz et de Rilke nous avait rapprochés. Puis il y eut ses rencontres, ses longs silences et soudain yeux mi-clos les poèmes qui montaient de lui comme papillons de nuit.

Il disait n’avoir jamais voulu grandir et aussi « je suis né par les livres ». Cette irruption de la poésie en lui dès 12 ans sera cette crue merveilleuse qui nous baigne encore.


Fragile, en équilibre précaire sur la dureté du monde, il était ce funambule amoureux des mots aimant et souffrant d’un même souffle quand il les dévidait fil à fil pour nous tenir serrés dans la couverture chaude de la fraternité.

Tout en os, flottant sur notre monde, il semblait un chat noir et solitaire, craintif et audacieux, sachant depuis toujours les mystères et les irradiations des mots.

Maigre, tendu entre angoisse et délivrance, voix douce et grave ou s’échappant dans le ciel, grande carcasse d’éternel enfant qui flotte sur la scène, il n’était pas un acteur, mais celui qui traçait des cercles magiques pour nous sauver du quotidien.


Authentique et solidaire, fidèle et fait de cristaux qui songent, il semble seul, amoureux fou du théâtre et de ses compagnons de fortune et d’infortune, les poètes.

Cette poésie qui était pour lui réconciliation avec nous et les choses, nous et le néant, voix seule feuilletant le vent et la pluie, les amours et les douleurs.






Il était l’affinité élective de l’herbe des mots.






Étrange oiseau des nuées, arbre sans âge aux racines telluriques, il était l’émanation de la présence d’autres mondes.


Il ne récitait pas de la poésie, il faisait entendre des battements de cœur, les larmes du vent, l’envol des feuilles dans toutes les allées du monde.



Et pourtant il ne voulait pas laisser de traces, se méfiant de la gloire et de la récupération.
Mais le 25 avril 2010 lors des 24e cérémonies des Molières il avait été consacré par deux fois (« L'Habilleur », de Ronald Harwood et « Philoctète », de Jean-Pierre Siméon).

Mais pour lui, l’incandescent calciné, l’assoiffé d’infini, seul l’absolu importait. Il semblait un moine-soldat des mots, un jardinier tendre de la rosée du monde.

Sa parole devenait consolation et intimité du ciel, l’invisible devenait tangible, ses blessures nos guérisons.


« On est tout simplement ce que l'on fait. » disait-il
.

Il aura tant fait, car il possédait ce simple don : l’intuition poétique.

Il avait fait sienne cette phrase de René Char:

« Les poètes savent faire surgir les mots qui savent de nous ce que nous ignorons d'eux. ».

Et il aura fait de ses récitals le lieu privilégié de rencontre entre le visible et l'invisible. Par ses florilèges des échos se forment au fond de nous, se nouent en nous.


«La poésie est une passerelle entre la solitude et chacun de nous.»

Et ce qu'il nous donne à entendre il cite Adamov:

« Dans la prière l'homme cherche un autre, plus lui-même que lui, et pourtant inconnu». Ses spectacles souvent étaient des prières pour nous-mêmes.









Lui « le rouge-gorge au cœur gelé » avons-nous suffisamment su lui ouvrir notre fenêtre ?

Il veillait sur le secret de nos ombres, sur la douce lumière de la beauté.
Il était ici parmi nous et déjà ailleurs, sorte de merveilleux fantôme solitaire, conscience lucide et pure des mots et de leur vérité intérieure.


Sa présence magnétique, sa voix étrange comme cascade de pays enfui, rendait toute poésie évidente et familière.

Heine, Hölderlin, Goethe, Desnos, Aragon, Neruda, Brecht, Rilke et Milosz encore et toujours, ceux qui ne les ont point un soir entendu s’envoler au ciel étoilé porté par ce chaman ayant fait maison entre le visible et l’invisible, ne sauront plus jamais ce qu’étaient les berceuses d’infini simplement dites par un voyant.

Il savait faire vivre cette illusion qu’est le théâtre.

« Et je serai sauvé par là. Mon métier est une métaphore, le reflet de la vie des hommes. Je suis existentialiste, c’est-à-dire que j’existe par ce que fais. Et moi je fais du théâtre donc je suis par le théâtre. C’est un concept. »( Entretien Première).


Faiseur de signes, souffleur de grand vent pur, Laurent Terzieff était l’haleine des mots.

Il nous paraissait immortel, planté à la verticale de nos cœurs.

Il était notre frère silencieux qui seul avait su saisir le cri des oiseaux et des mots humains.

Il était le chant de la mer sur scène, qui montait du plus profond de nos origines, de nous-mêmes.








Rilke aurait dit de lui que de tous ses yeux il voyait l’Ouvert.


Aucune poussière n’effacera cela, et le son de la mort ne fera pas taire ce chant qui reste beau, qui monte plus haut que l’obscurité de nos nuits.


Il avait ses rituels, sa peur du dérangement et restait aux aguets de la lumière pour une seule mission « poésie sa vie entière ».

Mort à l'hôpital de la Salpêtrière de «simple» pneumonie contractée face à la froidure et à l'humidité du monde, le soir du vendredi 2 juillet 2010.

Surpris par la mort, il repose depuis dans l’ailleurs.

Il reste au milieu des chambres secrètes, les chambres d’amis, que nous lui avions toujours préparées, comme pour un ami d’enfance qui pourrait toujours revenir
.

Sa joie je m'en souviens encore, quand un jour dans sa ville natale, Toulouse (où il était né le 27 juin 1935), nous lui avions tressé avec l’ami Gérard Caussé un bouquet de fleurs des champs de musique (Arvo Pärt, Benjamin Britten…) autour de ses florilèges.

Cette joie lui donnait une sorte d’auréole ce soir-là. Lui qui pouvait être rauque et caustique, avait des émerveillements d’enfant, et dans son refuge silencieux de Bourg Saint Bernard près de Toulouse, l’ombre de son père sculpteur l’apaisait.


Le dernier soir est donc advenu pour Laurent Terzieff et les jours vont devenir très vieux sans lui.

Il faudra passer cette nuit à lire Milosz, et les élégies de Rilke (la huitième qu’il aimait tant), pour lui, pour que sa voix roule encore sur nous, que le vide se retire.

Son visage sourira peut-être et puis « un temps pauvre et long » va advenir sans lui.


Et parfois un arc-en-ciel se lèvera, en se souvenant de sa voix, de sa ferveur, de son bonheur à donner à entendre ses frères de sang, ses amis poètes.

Et nous, nous nous souviendrons de lui comme il aurait voulu que l’on s’en souvienne, lui le poème après la mort :

Dans le grand tout les comptes sont fermés.
Ainsi qui tombe ne diminue pas le chiffre sacré…
Nous profondeurs, et ciel nous sommes ! (Rilke)


Gil Pressnitzer

pour Esprits Nomades


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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Sam 25 Sep - 16:46


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Laurent Terzieff / Fabrice Luchini


Réunis en 2005 à la Gaité Montparnasse pour jouer Molly , mise en scène par Laurent Terzieff .






Fabrice Luchini de Laurent Terzieff : " Il fut un compagnon lumineux dont j'ai pu toucher la dimension unique lorsqu'il me dirigea durant un an dans Molly .
Sans doute la personne qui m'a le plus impresssionné dans ma vie
.Auprés de lui , on devenait meilleur .

Au téléphone , il y a 2 mois , il m'a dit : " Tu es parti avec ton spectacle sur Muray pour un long parcours , comme d'habitude . "

J'étais persuadé qu'il viendrait le voir en Septembre ......."



Laurent Terzieff de Fabrice Luchini jouant Knock : " Tu as réussi , Fabrice , car je ne sais toujours pas , ce soir , si Knock est un vrai médecin, un voleur ou un fou . "

Source Le Figaro Magazine .
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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Dim 26 Sep - 13:37




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L'homme ébloui


Seul avec tous de Laurent Terzieff: les Mémoires d'un géant des planches.







C'est à peine imaginable que cet immense comédien qui savait aussi bien rejeter la lumière du verbe que la produire, ce metteur en scène amoureux inconditionnel de la poésie la plus humaine, n'ait pas, jusque-là, livré au public ses ré flexions sur son métier ou évoqué sa vie hors les planches.

C'est sans doute ce qui a motivé Marie-Noëlle Tranchant, journaliste au Figaro, qui, à partir de l'automne 2009, dans le sillage des représentations de Philoctète de Jean-Pierre Siméon, d'après Sophocle, a rencontré Laurent Terzieff pour recueillir ses propos, jusqu'à la veille de sa mort, en juillet 2010.


Un seul livre l'a accompagné jusqu'au bout: une anthologie écornée de textes de Jouvet, Morceaux choisis à l'usage des anciens et nouveaux élèves du Conservatoire national d'art dramatique.



Au fil des pages, ce sont les mots intimité, générosité, intelligence qui viennent à l'esprit et qui s'y incrustent.

Après avoir évoqué son enfance toulousaine marquée par les privations alimentaires et les bombardements, les vacances dans le Tarn, ce fils d'émigrés russes, né en 1935, évoque ses premiers chocs théâtraux.

Il a à peine seize ans et découvre Vilar, Adamov et Gérard Philipe.
Viendra ensuite Roger Blin, son père spirituel, le premier à avoir monté Beckett et Genet: «Je lui dois tout !»

Adamov, qui lui offrira l'occasion de jouer sa première pièce, déclarait: «Le théâtre est un temps réinventé dans un espace transfiguré. »

Terzieff est alors un «adolescent suicidaire et torturé», boulimique de lectures. Il revient sur ses auteurs fétiches, au premier rang desquels Rilke et O.V. de Milosz (« le sens du poème est solitaire, arbitraire, ingouvernable »), et Dostoïevski, qui lui a appris que « dans l'amour il y avait deux gouffres où sombre l'homme, le gouffre de la sensualité et le gouffre de la pitié» (L'Idiot).




Provoquer l'infini



Revenant sur ses origines russes, il déclare: «S'il y a quelque chose de slave en moi, c'est peut-être un besoin de vertige, de provoquer l'infini, un sens de la démesure mais que je n'entretiens pas.»

Tout Terzieff est là. La plupart de ses propos sont d'une telle luminosité qu'on ne sait plus lequel extraire, que ce soit à propos des pièces de Claudel («et sa luxuriance poétique»), du cinéma de Pasolini ou de Bunuel, qu'il a côtoyés, du théâtre contemporain qu'il a systématiquement privilégié, parce que «s'affirme la non-permanence de l'être, sa discontinuité, l'effroi de chacun devant la perte de son identité et son angoisse dans sa recherche pour la retrouver».


Marie-Noëlle Tranchant a par ailleurs eu accès aux archives du comédien, qui se déclarait être «un pourvoyeur de textes », lui permettant de nous donner quelques extraits de ses Carnets intimes et de ses notes de lecture.

On y découvre un autre Terzieff, qui pratiquait l'aphorisme ou la formule lapidaire comme rarement.

Ainsi, «Les captatifs prennent plaisir à demander et à recevoir. Les oblatifs préfèrent offrir et donner. » À méditer.

Et ce résumé de Richard II, de Shakespeare: «C'est le drame d'un homme qui était né poète et que le destin a fait roi.»

Ailleurs: «Le théâtre résout l'angoisse du temps.»

Également engagé politiquement (il avait signé le Manifeste des 121), Terzieff vilipende au passage notre société médiatique qui n'offre plus qu'un espace incongru à la culture, et où, par exemple, le philosophe Emmanuel Levinas dispose de trois petites minutes; ce que Terzieff nomme la «cariculture».



Le tout s'achève, entre cour et jardin, par un bref manifeste pour le théâtre, rédigé en 2001.

Le volume, qui pourrait bien être le bréviaire des amoureux du théâtre, est complété par quelques photos et plusieurs reproductions de documents, et préfacé par Fabrice Luchini.



Seul avec tous de Laurent Terzieff, avec Marie-Noëlle Tranchant, Presses de la Renaissance, 206 p., 18 €.

http://www.lefigaro.fr/livres/2010/09/22/03005-20100922ARTFIG00599-l-homme-ebloui.php


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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Ven 1 Oct - 1:40

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LAURENT TERZIEFF PAR CLAUDE MAURIAC







« Laurent est un personnage de roman. D’un roman qui ne sera jamais écrit, dont l’auteur ne naîtra jamais, mais dont il est, au naturel, le héros pour ses amis fascinés.

Lourdement chargé, les poches bourrées, il dérive le long des rues, intensément présent et de façon telle que l’on se demande comment on a pu rester aussi longtemps sans le voir, comment il est resté tant de mois sans vous faire signe, alors que l’on ne peut plus se quitter, là, que l’on ne se quittera jamais ;

il n’y a plus de temps, c’est le temps du roman de Laurent, la longue et belle et mystérieuse saga Terzieff, celle de sa famille et de ses amis, dont il est le soleil et le cœur, le soleil de minuit (j’ai l’impression de ne l’avoir jamais vu que la nuit), le cœur battant de l’amitié.

Le roman où vit Laurent et que nous vivons auprès de lui, est tel que ce livre, notre livre, si même il rapportait les propos d’un personnage inconnu, serait, j’ose l’espérer, aussi intéressant pour ceux qui l’y découvriraient.

C’est, en plus équilibré et dans la réussite, le neveu de Rameau, Diderot en moins. Avec, dans les errances mêmes, plus de lest. Dans les extravagances, plus de gravité. Mais la même poésie. Et cette sorte, singulière, de génie. »

Ainsi Claude Mauriac décrit-il Laurent Terzieff ; il tente de cerner, du lycéen de Buffon à l’homme de théâtre, le mythe Terzieff, avec ses fébrilités, ses angoisses et ses passions.
Le récit d’une amitié et d’une vie de comédien, écrit avec la pudeur et la profondeur de l'auteur du Temps immobile.





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MessageSujet: Re: LAURENT TERZIEFF   Aujourd'hui à 1:29



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Laurent Terzieff, Oscar Milosz et la Lituanie








Avec la disparition de Laurent Terzieff le 3 juillet dernier, le théâtre français a perdu l’une des ses plus grandes figures.

La disparition de cet immense artiste est aussi une grande perte pour les Lituaniens.

La contribution de Laurent Terzieff à faire connaître au public français Oscar Milosz, poète lituanien d’expression française, est immense.





Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz


Dès le début des années 1970, absolument subjugué par Milosz, Laurent Terzieff avait mis en scène et joué plusieurs spectacles autant sur la prose que sur la poésie du poète.

Il avait dit de Milosz : "Je ne vois pas de poète qui ait porté aussi loin le besoin fou d'amour, la souffrance, la barbarie, l'injustice, mais en même temps l'éblouissement devant la beauté de la vie."

Laurent Terzieff portait en lui une sensibilité d’éternel exilé qui lui faisait dire ces poèmes comme s’ils étaient l’expression de sa propre âme.

Qui l’a vu interpréter les poèmes de Milosz dans un des si nombreux récitals qu’il donna au Théâtre du Lucernaire, au Théâtre Renaud-Barrault, à la Maison de la Poésie ou ailleurs ne pourra jamais oublier ni sa voix ni ses intonations si particulières, ni sa ferveur, ni l’extrême et rare beauté de la mélancolie qui s’en dégageait.


Son immense et maigre silhouette, son visage émacié, comme purifié à l’extrême par d’indicibles souffrances, incarnaient toute la tragédie des interrogations humaines.


A la demande d’André Silvaire, éditeur des œuvres de Milosz et fondateur de l’Association des Amis de Milosz, il accepta avec joie d’être membre du Comité d’honneur.

Les Cahiers de l’Association, à l’époque d’André Silvaire et depuis sous la présidence de Janine Kohler, lui ont consacré de nombreux articles et interviews, publiant aussi les morceaux choisis de ses spectacles.



Voir également l’article consacré à Milosz dans les Cahiers Lituaniens.

Laurent Terzieff était d’une grande humanité, il avait été grâce à sa passion pour les œuvres de Milosz, extrêmement concerné par la Lituanie pendant les évènements du Sajudis et jusqu’à la reconnaissance de la proclamation de l’indépendance de la Lituanie par les puissances mondiales en août 1991.


C’est pourquoi il avait généreusement offert sa participation au spectacle Liberté pour la Lituanie monté rapidement au printemps 1991 à l’initiative de sa nièce Agnès de Boysson, présidente des Echanges Culturels Européens.

Ce spectacle de soutien à la cause de la Lituanie eut lieu au Théâtre du Rond-Point/Théâtre Renaud-Barrault, prêté pour la circonstance.

Il était présidé par Vytautas Landsbergis, dont l’intervention avait pu être filmée tout spécialement pour l’occasion en Lituanie sous blocus soviétique, des artistes lituaniens alors présents en France apportèrent leur concours à cette soirée, des extraits de la pièce La porte de l’Aurore y furent joués par Jean-Christophe Mončys et Caroline Paliulis, Laurent Terzieff et sa compagnie avaient alors donné en apothéose de la soirée de larges extraits de leur dernier spectacle sur Milosz, devant une salle comble, solidaire et émue.


Une fois reconnue l’indépendance de la Lituanie, l’artiste s’était rendu à Vilnius avec sa compagnie sur l’invitation de l’ambassadeur Philippe de Suremain.


Premier artiste français d’une telle envergure à se rendre dans le pays libéré, Laurent Terzieff voulait marquer à nouveau sa solidarité avec le pays que Milosz aimait tant, lui manifester une joie partagée.


Il joua son spectacle avec Pascale de Boysson, sa compagne disparue en 2002, et Claude Aufaure, devant un public émerveillé et bouleversé.


En effet, le poète Oscar Milosz, persona non grata pendant l’ère soviétique, revenait en Lituanie !


http://www.amisdemilosz.org

http://www.cahiers-lituaniens.org


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LAURENT TERZIEFF

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