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Sujet: PINA BAUSCH Dim 11 Jan - 21:32
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Paris fête ses noces de perle avec la chorégraphe allemande Pina Bausch
La chorégraphe allemande Pina Bausch fête jusqu'au 30 janvier les 30 ans de sa première invitation à Paris, au Théâtre de la Ville, une relation exceptionnelle entre une institution et une artiste qui se doivent mutuellement beaucoup dans la conquête de la notoriété internationale.
"Wiesenland", chorégraphé par Pina Bausch, le 6 janvier 2009 au Théatre de la Ville à Paris Franck Fife(AFP)
Dès mercredi soir et jusqu'au 14 janvier, la grande salle de la place du Châtelet accueillera la reprise de "Wiesenland", fruit d'un des nombreux voyages que la compagnie de Pina Bausch, le Tanztheater de Wuppertal (ouest de l'Allemagne), a accomplis à travers le monde depuis le début des années 1990.
Cette pièce de l'an 2000 transporte le spectateur en Hongrie, avec un monumental rocher couvert de mousse conçu par Peter Pabst, le fidèle décorateur de Pina Bausch.
La grande prêtresse de la danse-théâtre, âgée de 68 ans, poursuivra du 19 au 30 janvier sa résidence parisienne avec sa dernière création, "Sweet Mambo", dont la scénographie s'annonce dépouillée et la distribution resserrée à neuf danseurs multipliant les solos.
Avec ces deux programmes, Pina Bausch signera son 27e passage au Théâtre de la Ville, qui lui propose chaque année ou presque ce qu'aucune autre salle au monde ne lui offre: trois à quatre semaines de représentations à guichets fermés.
Ce triomphe récurrent n'était pas écrit dans les années 1970, quand Gérard Violette, alors administrateur général du Théâtre de la Ville, a fait la connaissance de la chorégraphe originaire de Solingen, la ville de la coutellerie située près de Wuppertal.
"Je suis allé voir en 1976 à Wuppertal ses "Sept péchés capitaux". Au tout début du spectacle, je me suis dit +qu'est-ce que c'est que ce truc ?+. Je me croyais à Plougastel-Daoulas. Mais au bout de quelques minutes, je pleurais", poursuit le directeur de la salle municipale parisienne durant 23 ans (1985-2008), en évoquant un "choc incroyable".
Pina Bausch surprend voire scandalise par son art qui mêle le théâtre à la danse, fait parler sur scène les danseurs, réinvente le mouvement de manière sensible et violente à la fois. "A Wuppertal, avec les femmes d'ingénieur de la Ruhr en robes du soir, c'était la bataille d'Hernani", se rappelle Gérard Violette.
En juin 1979, quand la chorégraphe allemande fait ses débuts au Théâtre de la Ville, elle n'obtient pas non plus un accueil unanime.
"Pour la majorité du public, qui venait du théâtre, ça a été une rencontre extraordinaire. Mais le milieu professionnel et la presse ont d'abord opposé un refus brutal", souligne Gérard Violette.
Ainsi d'un journal populaire du soir, qui prouve sous un titre élégant ("Les tétons teutons") son incompréhension du style de l'éternelle dame en noir: "Il y a toujours une bretelle qui lâche pour montrer que les danseuses allemandes ont plus de poitrine que les Françaises !"
Depuis, le Théâtre de la Ville a accueilli toutes les pièces qui ont fait la légende Pina Bausch ("Café Müller", "Bandonéon", "Walzer", "Kontakthof" pour interprètes de plus de 65 ans...) et s'est fait l'écho de ses pérégrinations à Palerme, Hong Kong, Lisbonne, Istanbul ou en Corée.
Pina Bausch est devenu le symbole de la vocation chorégraphique du Théâtre de la Ville, qui a en retour lancé et accompagné sa carrière mondiale.
"Ca a été entre nous une grande rencontre, unique, qui nous dépasse, et un formidable échange de services pour l'un comme pour l'autre", résume Gérard Violette.
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Sujet: Re: PINA BAUSCH Dim 11 Jan - 23:27
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. Du 7 au 14 janvier : Wieseland :
Wiesenland , créé en 2000, à l'issue d'un séjour à Budapest, appartient à cette lignée d'oeuvres voyageuses que Pina Bausch a réalisées depuis Palermo Palermo. Aller à la rencontre d'une mosaïque de cultures, s'imprégner d'un pays, en distiller une essence subjective, célébrer joyeusement une " esthétique du divers " mise à mal par les risques d'uniformisation d'un monde global ; tels sont quelques-uns des enjeux que la chorégraphe est allée éprouver à Madrid, en Argentine, à Los Angeles, Hongkong, Lisbonne, Istanbul, au Japon, en Corée du Sud, et en Inde pour le récent Bamboo blues, présenté la saison dernière au Théâtre de la Ville.
Wiesenland (Terre verte) est allé glaner, des rives du Danube aux paysages de Transylvanie, les sédiments d'une oeuvre minérale et végétale. La formidable scénographie de Peter Pabst - un imposant roc moussu, sculpté d'anfractuosités et de reliefs ; de l'eau qui tombe en lourdes cascades - pose le cadre d'une géographie vive et concrète, mais qui pourrait aussi bien être pays de légende habité par de plaisants farfadets.
Toujours chez Pina Bausch, le quotidien et le rêve se télescopent, faisant surgir des images somptueuses, qui s'affranchissent de toute logique rationnelle. Mais toujours aussi, les rapports entre hommes et femmes - et le sempiternel besoin d'amour qui s'y empêtre la plupart du temps - constituent le leitmotiv des situations.
Du 19 au 30 janvier : Sweet Mambo:
La récente création de ‘Sweet Mambo' (en mai 2008, à Wuppertal) vient encore apporter de l'eau à cet inépuisable moulin. En majestueuse robe de satin, une femme peut bien courir après un homme en costume sombre, tentant de le persuader qu'elle " aimerait vraiment lui parler ", rien n'y fait. Tous les subterfuges de la séduction, à la fois grandioses et misérables, les suaves baisers masculins apposés sur des dos féminins dénudés, les mascarades en tenues de soirée, tout cela ne semble que caricaturale vanité, laquelle ne peut longtemps contenir d'extraordinaires déflagrations individuelles.
Avec une distribution resserrée à neuf interprètes, dans une scénographie épurée où domine la légèreté des voiles - sur lesquels est projetée une " comédie sentimentale " de 1938 (Der Blaufuchs, La Belle Hongroise, film mineur de Victor Tourjansky avec Zarah Leander dans le rôle d'une belle jeune femme hongroise délaissée par son mari, et qui se laisse séduire par un autre) ;
Pina Bausch sait magnifier en une floraison de solos toute une intensité érotique qui est, aussi bien, habitée par le désespoir du délaissement
Julie Shanahan, notamment y est prodigieuse dans l'expression d'une extrême lascivité, cependant tissée de fragilité. De Wiesenland à ‘Sweet Mambo', Pina Bausch poursuit ainsi le voyage au pays du mystère humain, en un kaléidoscope à la fois drôle, tendre, cruel, dont chaque image est un fragment de vérité
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Sujet: Re: PINA BAUSCH Mar 30 Juin - 21:46
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DISPARITION DE PINA BAUSCH
La chorégraphe et danseuse allemande Pina Bausch est morte mardi 30 juin à l'âge de 68 ans, a annoncé le Tanztheater de Wuppertal, en Allemagne, dont elle dirigeait la compagnie depuis 1973.
Sa mort, à l'hôpital, fut "inattendue et rapide, cinq jours après qu'on lui eut diagnostiqué un cancer", a indiqué la porte-parole, précisant qu'"elle était encore dimanche dernier sur scène avec sa compagnie, à l'Opéra de Wuppertal"
Philippine Bausch était née le 27 juillet 1940 à Solingen, dans la Ruhr, où ses parents tenaient un hôtel-restaurant-café. A tout juste 15 ans, elle intègre l'école pluridisciplinaire autour de la danse fondée par Kurt Joos à Essen, avant de partir, en 1958, pour New York avec une bourse pour la Juilliard School. Cette danseuse déliée y triomphe, mais revient quatre ans plus tard dans son pays natal pour diriger la compagnie attachée à l'école d'Essen.
En 1973, Pina Bausch accepte la proposition d'Arno Wüstenhöfer, qui dirige l'Opéra de Wuppertal, de prendre en main la compagnie de danse classique.
D'entrée de jeu et en moins de quatre ans, elle s'empare avec férocité d'Iphigénie en Tauride, d'Orphée et Eurydice, du Sacre du printemps, des Sept Péchés capitaux, de Barbe-Bleue, toutes partitions illustres dédiées au thème de la victime sacrifiée, reniée, meurtrie. Confrontée à Gluck, Stravinsky, Weill et Bartok, elle expose son ambition et crûment la violence, surtout celle exercée à l'encontre des femmes, la domination des hommes.
Toujours basée à Wuppertal, mais invitée régulièrement à l'étranger – notamment chaque saison au Théâtre de la Ville à Paris depuis trente ans –, elle organisait aussi des résidences avec toute sa compagnie dans les métropoles du monde entier, pour puiser la matière de ses nouveaux spectacles. Elle a signé une quarantaine de créations, dont Café Müller (1978), Nelken (1982), Danzon (1995), Masurca Fogo (1998), Nefes (2003), largement encensées par la critique et reprises. Cette grande dame de la danse contemporaine laisse aussi derrière elle une compagnie d'une quarantaine de danseuses et danseurs.
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Sujet: Re: PINA BAUSCH Mar 30 Juin - 23:36
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Pina Bausch, dame de corps
En chorégraphe extrême, elle aimait révéler les corps, sous tous ses angles, pour en extraire la force tragique, les consoler. Non sans humour, et toujours dans des décors insensés.
Récemment, Pina Bausch, jusqu’au-boutiste patronne du Wuppertal Tanztheater, s’était changée en petite dame sereine… mais ça n’a pas duré longtemps. Elle vient de s’éteindre subitement, à l’âge de 68 ans.
La dame était petite, maigre, le cheveu gris et long, retenu par une queue de cheval sans joie. La dame parlait peu, ou pas. Pas franchement commode en interview. Pas forcément facile. C’est qu’elle se moquait éperdument qu’on parle d’elle ou pas. Elle n’avait jamais eu besoin de ça : qu’on la voie. Quand elle venait saluer, chétive et fragile, à la fin de ses longs spectacles fleuves, on ne voyait qu’elle, pourtant, au milieu de sa vingtaine de danseurs-acteurs de tout physique, de toutes origines. On la repérait à sa peau très blanche, à ses yeux vides, à son allure transparente en pantalon et veste à la chinoise, à son air impérial d’être et de ne pas être là à la fois. Fellini ne s’y était pas trompé, qui avait fait de Pina Bausch la princesse aveugle éblouissante d’E la Nave va (1983).
Est-ce d’avoir été une enfant de la guerre – née le 27 juillet 1940 à Solingen – qui donna d’emblée à Pina Bausch cette tranquille force tragique, cette aisance à gérer le drame d’être né, et le désespoir d’aimer ? Dès 14 ans, la jeune Allemande entre dans une grande école de danse, sait que le corps sera la matière de son art, ce corps que la guerre a tant meurtri chez tant de gens, ce corps qui n’en finit pas de souffrir et qu’il faut apprendre à consoler.
A 19 ans, elle obtient une bourse pour aller étudier la danse aux Etats-Unis ; retourne en Allemagne en 1962 ; réalise ses premières chorégraphies, s’installe à Wuppertal, où elle fonde en 1973 le désormais fameux Wuppertal Tanztheater. Un monde naît. Un monde où l’on danse et parle, où des danseurs aux silhouettes extrêmes jouent l’amour, la vie, la mort en sublimes robes des années 30 ou smoking noir, quand ils n’interpellent pas ironiquement le public pour lui poser en souriant des questions métaphysiques.
Car la bande à Pina est drôle, aussi. Lorsque tous ses interprètes, qu’on suit et voit vieillir d’année en année en tournée (au Théâtre de la Ville le plus souvent, où une véritable amitié est née entre Pina Bausch et l’ex-patron Gérard Violette), s’entre-déchirent ou se battent, se jettent des seaux d’eau au visage ou s’enlacent dans des gestes sublimes et fous, l’excès même de leur violence, de leur rage d’être là, exultant devant nous, suscite parfois le rire. Pina Bausch a révolutionné la scène des années 80 parce qu’elle y a révélé le corps sous tous ses angles, laid ou beau, amoureux ou assassin : une libération. Un exorcisme.
En même temps que Bob Wilson chahutait en scène les notions d’espace et de durée, elle révélait juste les infinies profondeurs de la peau – chez l’homme, chez la femme – en épinglant cruellement les marques, les plaies, les cicatrices.
Et dans des décors fastueux. Rien n’était jamais trop beau, trop colossal, pour le Wuppertal Tanztheater, toujours entre théâtre dansé ou danse théâtralisée. Espaces à la démesure surréaliste, à la fantaisie kitsch ou excentrique – mer d’œillets, gigantesque étendue d’eau, rochers et colline, chiens –, ces volumes insensés mettaient en majesté des interprètes bizarres aux gueules étranges, toujours comme ensorcelés, possédés.
Pina Bausch montrait si voluptueusement la folie d’être au monde qu’on en était venu à moins aimer la période récente, où elle explorait de ville en ville du monde entier la douceur d’exister, le tout sur des bandes-son souvent mièvres et sans génie. On lui reprochait presque de vieillir dans la joie et la sérénité.
Ca n’aura, hélas, pas duré longtemps. Juste le temps d’influencer plusieurs générations d’artistes – de Macha Makeieff à Pippo Delbono – qui ne verront plus de la même façon un plateau de danse ou de théâtre, depuis que l’auront hanté de leurs gestes de fées ou de sorcières les longues danseuses inquiétantes de Pina, prêtresses aux longs cheveux d’une toujours recommencée guerre des sexes.
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Sujet: Re: PINA BAUSCH Sam 5 Juin - 12:08
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Wenders a fini de tourner son film sur Pina Bausch et "croit" en la 3D
Le cinéaste allemand Wim Wenders a terminé le tournage de son film hommage à la chorégraphe Pina Bausch, en 3D, une technologie qui "ouvre de nouveaux horizons pour les documentaires", a-t-il déclaré à l'AFP lors du Festival international du film de Transylvanie (TIFF).
"Nous voulions faire ce film ensemble avec Pina depuis 20 ans. Le concept était qu'elle nous emmène dans son univers. Cela aurait été un peu comme un road movie dans lequel je l'aurais accompagnée à l'étranger", raconte le metteur en scène, auteur du documentaire "Buena Vista Social Club" (1999), vibrant hommage aux musiciens cubains.
Grande figure de la danse contemporaine, Pina Bausch est morte brutalement en juin 2009, à 68 ans, "un mois avant que nous commencions à tourner". "Je ne voyais plus pourquoi continuer", poursuit-il.
"C'est seulement après un moment qu'avec son ballet du Tanztheater de Wuppertal (ouest de l'Allemagne), nous avons réalisé que nous lui devions ce film", dit Wenders, Palme d'Or à Cannes en 1984 avec "Paris, Texas".
"J'ai terminé le tournage. Je suis maintenant en plein montage mais le film ne sera pas prêt avant l'année prochaine", a-t-il précisé dans cet entretien à l'AFP, à Cluj, où il est l'invité d'honneur de la neuvième édition du TIFF, un des plus importants festivals de cinéma des Balkans.
Wim Wenders a filmé longuement, sur scène et hors scène, les danseurs qui ont côtoyé la "grande dame de la danse" connue mondialement pour son style expressionniste.
"Cela est devenu un film sur son travail. Evidemment c'est très différent de ce que nous aurions fait ensemble", si elle était vivante, précise-t-il.
Pour rendre grâce à l'art de Pina Bausch "basé sur l'espace", le réalisateur allemand a décidé d'avoir recours à la 3D l'année dernière.
"Jusqu'à récemment, la 3D n'arrivait pas à montrer la vie réelle de manière gracieuse. Les mouvements étaient fluides pour les personnages d'animation" mais pas pour ceux filmés en réalité, estime-t-il.
Tourner des scènes de la vie réelle en 3D ne fut pas simple. Finis dessins et storyboards préparés le soir pour mettre en scène l'espace: "vous devez oublier tout ce que vous savez sur la réalisation", souligne Wenders
Une équipe française l'a accompagné dans cette aventure.
Pour le cinéaste allemand, la 3D ne va pas se cantonner aux films d'animation et à grand spectacle "comme on le voit depuis le début".
"Dans le futur, ce sera un outil idéal pour les réalisateurs de documentaires. Cela leur ouvrira de nouvelles perspectives", croit-il avant d'ajouter: "peut-être que dans quelques années tous les documentaires seront tournés en 3D et qu'elle ravivera le genre comme l'a fait le numérique"
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Sujet: Re: PINA BAUSCH Dim 19 Sep - 12:43
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Biennale de la Danse à Lyon : l’événement Pina Bausch
Un an après sa mort, la Biennale de la Danse accueille Nelken , pièce phare de l’œuvre de Pina Bausch qui nous embarque, au milieu de 15 000 œillets plantés au sol, vers la régression de l’adulte et le pouvoir dissimulé.
L’occasion de voir et revoir la puissance d’un langage chorégraphique jamais égalé !
« Pina Bausch était un être d’une humanité exceptionnelle, sa mort m’a laissé un immense vide, je la sens encore plus présente qu’avant. Elle a influencé toute une génération d’artistes, de danseurs, chorégraphes, metteurs en scène, plasticiens et cinéastes. Mais surtout, avant elle, les danseurs n’étaient que des corps qui bougeaient, elle leur a donné une véritable identité ».
Rencontré à Avignon cet été, Alain Platel en digne héritier de la chorégraphe, aurait-il ainsi résumé ce que nous ressentons tous ?
Créée en 1982, Nelken frappe encore les imaginaires avec ce champ d’œillets, véritable jardin d’Eden, paradis perdu du bonheur, celui de l’enfance.
Nelken, c’est la régression de l’adulte qui s’autorise avec le semblant de l’innocence à dépasser les limites de l’interdit.
On se souvient de cette scène où les danseurs, un gobelet dans chaque main, déversaient le contenu de l’un à l’autre en racontant l’œil malicieux où et comment ils adoraient pisser.
Jeux de gamins, de séduction, de souvenirs, celui d’une mère que l’on devine par exemple dans cette scène où trois hommes costauds, vêtus de robes du soir dégrafées emmènent la danse sur le terrain des culbutes.
Mais derrière la délicatesse des œillets, il y a aussi des chiens-loups transformant le jeu et la légèreté en désirs de pouvoir, de domination, ravageant de leur brutalité ce champ fleuri.
En faisant exploser les apparences, les lieux enfouis ou obscurs de nos vies, cette pièce est encore la preuve qu’il y a eu un avant et un après Pina Bausch. Et c’est en donnant justement une identité à ses danseurs – ne les laissant représenter que ce qu’ils sont et non pas des personnages de théâtre - que son langage a bouleversé l’écriture de la danse, donnant naissance au Tanztheater (Danse-Théâtre), ni théâtre, ni danse mais un entre deux.
Car son fondement était de chercher la création et l’émotion dans la vie quotidienne et ses gestes, en utilisant le vécu de ses interprètes, souvent à partir d’improvisations et de questions posées.
Pina Bausch a rompu avec le principe de narration linéaire d’une oeuvre pour nous proposer des spectacles montés avec des successions de scènes sans logique apparente, des mouvements répétés à l’envi démontrant toute la violence qu’il peut y avoir entre un homme et une femme, l’absurdité d’une situation, les fracas de l’individu ou le chaos d’une société.
Elle nous a transpercés de toutes ces histoires retrouvées qui savent utiliser l’étirement du temps ou l’abondance de petits gestes triturant l’humour ou la folie, avec des corps qui s’aiment ou se font mal. En nous embarquant avec elle dans d’immenses fresques humaines, Pina Bausch a su dire ce que nous étions incapables de dire.
Nelken de Pina Bausch, du 15 au 20 septembre, à l’Opéra de Lyon.
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Sujet: Re: PINA BAUSCH Dim 19 Sep - 13:02
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Nelken de Pina Bausch, par le Tanztheater Wuppertal
De petits gestes, des figures périlleuses... une reprise enchanteresse de la chorégraphe disparue Pina Bausch.
Immanquablement, deux ou trois images obsédantes de Nelken reviennent à l'esprit. On hésite à les raconter de peur de les enfermer comme chats en cage.
Et pourtant ces images à elles seules racontent l'indicible simplicité de Nelken, autant que celle de Pina Bausch.
D'abord ce grand jeune homme blond, debout au centre d'une prairie d'oeillets, fastueuse autant qu'irréelle - pays de rêve ou rêve de papier -, le danseur Lutz Förster. Un long silence. Son regard est fixé sur chacun d'entre nous.
La musique commence, une de ces rengaines que Pina Bausch affectionnait comme elle affectionnait les contes de fées ou les bals populaires, Someday he'll come along, the man I love, de Gershwin. Une chanson d'amour, confiante, qui n'a pas peur mais qui fait pleurer quand même. Une chanson que le danseur interprète dans la langue des signes. Pourquoi ?
Parce que, durant les répétitions de Nelken, Pina Bausch lui avait demandé - à lui comme à ses autres danseurs - de quoi il était fier. Ce jeu des questions et des réponses était l'un de ses principes de travail et de composition. Et Förster avait répondu qu'il était fier de savoir interpréter cette chanson-là dans la langue des signes.
Ainsi le voit-on reproduire sur scène ces gestes de fierté qu'il adresse non pas à un public indistinct, mais à chaque individu composant le public. D'être humain à être humain.
Tout est là. Le secret et le reste.
Il y a aussi cette danseuse, Julie Anne Stanzak, qui avance perchée sur de très hauts talons noirs au milieu de la même prairie d'oeillets, un accordéon sur les seins.
Elle pourrait chuter. Elle est vêtue d'une culotte blanche.
Et, dans cet équipage incongru, elle décrit l'enchaînement des saisons. Quatre petits gestes de rien du tout. Comme le printemps, l'été, l'automne et l'hiver. L'oeuvre du temps.
Elle quitte la scène sans avoir joué de l'accordéon, tandis qu'une ronde se dessine avec tous les interprètes reproduisant à leur tour ces mêmes quatre petits gestes, dans le même ordre. Une autre image encore ?
Le presque immortel Dominique Mercy en long tutu noir exécutant littéralement les figures de la danse classique les plus périlleuses. Jusqu'à l'essoufflement.
Danser mérite-t-il qu'on en meure ? Ou, plutôt, danser permet-il de reporter la survenue de la mort ? Tout est dit.
Pina Bausch a composé Nelken en 1982, dix ans après la création du Tanztheater Wuppertal.
Avant Nelken et sa prairie d'oeillets, il y avait eu Le Sacre du printemps (1975), Barbe-Bleue (1977), Kontakthof (1978), Café Müller (1978), Bandoneon (1980). Après Nelken viendront mille autres splendeurs. Pina Bausch est morte le 30 juin 2009.
http://www.telerama.fr/art/nelken,59740.php
PINA BAUSCH
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