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 TESSON PERE ET FILS

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Bridget



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MessageSujet: TESSON PERE ET FILS   Mar 2 Sep - 0:42




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Philippe et Sylvain Tesson: la folie des hauteurs




L'ÉCRITURE, UNE HISTOIRE DE FAMILLE (9/12) - Le père a fait de la vie son théâtre, le fils court le monde pour le raconter.
L'un a le vertige. L'autre tutoie les sommets.
Mais tous deux partagent une même passion du romantisme.











Vivre ou faire une œuvre. À en croire Philippe et Sylvain Tesson, c'est là le fossé qui sépare leurs chemins d'écriture. D'un côté, un demi-siècle d'éditoriaux au journal Combat, puis dans son cher Quotidien de Paris, un pamphlet sur de Gaulle publié en 1965, un livre d'entretien dont il ne semble plus si fier et combien de chroniques sur le théâtre, la grande passion d'un homme qui n'a jamais quitté la scène politico-médiatique.



De l'autre, un goût du large et du lointain. Un écrivain face au spectacle de la planète qui, dès l'âge de 24 ans, enfourche sa bicyclette pour en établir le tour. Loin, très loin des trottoirs germanopratins.




Paris ou sa périphérie, le fils a choisi. Par manque de plasticité cérébrale, avoue-t-il. «Je n'ai pas sa jeunesse d'esprit, son agilité, sa souplesse. Je suis beaucoup plus lourd, sérieux. Plus vieux que lui en réalité», dit-il à propos de ce père qui, pudique, enrobe sans cesse son affection de ruse et d'ironie.



Dans son polo bleu aux armes de Val-d'Isère, le fils, passionné d'escalade (on le surnommait le «prince des chats» dans son club d'acrobates), s'est alors raccroché à la nature, «aux grandes forces qui structurent le monde plutôt qu'à l'actualité qui nécessite une capacité d'adaptation à l'incertain, à l'imprévu».



Et puis, il avoue n'avoir jamais réussi à s'accorder à cette nécessité de jouer ce jeu de la gaieté, de l'artifice, «du bal masqué». Malgré les conseils paternels, il dit avoir encore du mal à passer sur un plateau télé, là où se noie, du moins s'embourbe si souvent la pensée.
Pas facile, au vrai, d'évoquer Dumézil dans «Le Grand 8», l'émission de Laurence Ferrari (sur la chaîne D8).



«Sylvain est l'écrivain des gouffres et des abîmes. Moi, je suis l'écrivain de la surface et des apparences», admet sans regret, ni amertume, celui qui, chaque semaine, livre sa critique dramatique au Figaro Magazine.



«J'avais plus de talent pour vivre et pour agir. Je crois en la théâtralisation de toute chose. C'est l'un des principes fondateurs de mon existence», reconnaît cet enfant de la guerre qui, très tôt, a éprouvé le besoin de conjurer l'angoisse et considérer la vie comme un jeu. Une comédie humaine.




Et peu lui importe que tous les journalistes finissent par écrire des livres. Il se refuse à suivre ce mouvement. Pour célébrer ses 80 ans, les salariés de l'Avant-Scène Théâtre, maison d'édition qu'il dirige depuis 2005, lui avaient préparé une surprise. En cachette, ils avaient décidé d'éditer un recueil de ses textes. Colère homérique du maître des lieux. Il gâcha copieusement la fête en ordonnant d'envoyer les 3000 exemplaires au pilon. La directive ne fut pas suivie et il arrive encore que, dans un excès coupable d'orgueil, Philippe Tesson l'offre à l'un de ses convives.




Oh, bien entendu, débarquant dans la capitale de sa Thiérache natale, le jeune Tesson avait cette ambition si démesurée d'écrire. «Nous étions dans une époque bourgeoise, post-gidienne, dans un temps où l'on n'avait pas peur de dire que l'on voulait être auteur. Il est vrai que je me suis flatté de penser que je serai un grand écrivain.
Avant de me rendre compte assez tôt de mes limites, explique-t-il encore. Et comme le hasard m'a fait journaliste, j'ai rangé la dimension rêveuse de ma plume pour me consacrer au journalisme qui est tout sauf de l'imaginaire.»


Sans doute a-t-il renoncé à ce rêve moins par paresse que parce que cet amoureux de Victor Hugo tient trop en respect la littérature pour ne pas la servir dignement.






L'esprit du romantisme





S'il fallait d'ailleurs chercher un tronc commun de lectures entre le père et le fils, on le trouverait moins chez Jules Verne ou Jack London que dans l'esprit du romantisme. «C'est une vision du monde qui nous attire beaucoup. Pas seulement dans son expression poétique comme chez Goethe ou Kleist que mon père a étudié mais dans nos goûts géographiques. Nous aimons les forêts, les ciels brumeux», avoue Sylvain, auteur en 2004 d'un recueil de nouvelles intitulé Chroniques des bords du Rhin.
Chez les Tesson, la lumière vient du Nord.




Et l'écriture? Par imprégnation. L'auteur de récits de voyage le croit qui cite les travaux sur les oies cendrées de Konrad Lorenz. Comme les bébés volatiles suivant de manière innée l'éthologue qu'ils prennent pour leur mère, il assure avoir subi une semblable détermination. «On entendait beaucoup parler à la maison. Des convictions, des opinions. Un bavardage permanent, un babil d'adulte dans lequel nous avons baigné et qui nous a permis d'avoir le souci d'exprimer ce que l'on a en nous. Ce n'est pas un hasard d'ailleurs si une de mes sœurs, Stéphanie, est comédienne», pense-t-il. Un souci atavique de l'expression que Philippe Tesson considère comme une «hygiène», arguant que l'écriture est la plus propre et saine des sécrétions.



De son garçon, le père se souvient d'une vivacité dans la curiosité et l'expression orale. «Depuis tout petit, il s'est passionné pour les reliefs. Il nous parlait du jurassique, de l'hercynien. Je reconnaissais la poésie de ces mots. Lui savait la nature des choses.»



Souvenir aussi d'un enfant qui ne tenait pas en place. «Il a reçu une éducation plus libérale que la mienne. En tout cas, on ne peut pas dire qu'il était studieux, ni précoce. Jusqu'à la terminale, on ne donnait pas grand-chose de lui. D'ailleurs, ses professeurs me disaient toujours: “Vous savez, il n'aura pas un bac général. Faites-lui faire un BTS sciences de la nature.” En gros, cela voulait dire qu'ils le voyaient garde-chasse.»




Tour du monde en vélo





Les Eaux et Forêts l'attendront encore un peu. Hypokhâgne, khâgne, des études de géographie... Il n'a pas encore son DEA de géopolitique en poche qu'il s'engage dans un tour du monde à vélo avec son copain Alexandre Poussin. Ils se connaissent depuis leur seconde au lycée Passy-Buzenval et couchent bientôt le récit de leur longue expédition sur le papier (On a roulé sur la terre).


L'aventure de l'écriture débute. Pris de vertige dès qu'il franchit le rez-de-chaussée d'un immeuble, Philippe Tesson se dit dépassé par ses voyages inhumains. «Mais il fallait que Sylvain purge tous ses restes d'adolescence dans ses récits de voyage. J'avais peur mais je me disais qu'il n'en resterait pas là. Et que tout cela donnerait quelque chose de merveilleux.»




Ce besoin d'évasion n'est-il pas la traduction, somme toute assez banale, d'un rejet du père. Un moyen de chercher sa place face à ce personnage qui cabotine si souvent sur les ondes, au risque de les saturer. «Notre famille est la critique vivante des mécanismes freudiens. Il n'y a pas eu chez moi comme chez mes sœurs de rejet des parents, et plus particulièrement du père, assure Sylvain Tesson. Comme le disait Henry Miller, c'était d'ailleurs sa définition de la psychanalyse, nous n'avons jamais appliqué les mythes grecs sur nos parties génitales.»




Tout juste reconnaît-il une volonté physique d'expansion vis-à-vis de sa jeunesse dorée. Avant de revenir, admiratif, à ce qui le distingue de son père.


Et de citer cette phrase de Jules Renard qu'il pourrait prendre aisément pour maxime: «Moi, je préfère noter ce que je vis que l'éprouver.» Il tient son journal, son père l'a fait durant de longues années.
Aujourd'hui, il ressent le besoin de lui faire relire certains de ses manuscrits. Pour recevoir des conseils en légèreté et en rapidité. «C'est vrai qu'il a le goût de l'emphase. Si j'écrivais une critique vacharde, je dirais qu'il s'échine à chercher le synonyme le plus compliqué pour la plus simple des notions», s'amuse Philippe Tesson qui, au sein de la bibliographie de son fils, déclare une tendresse particulière pour Le Petit Traité sur l'immensité du monde.


«Dans cet essai, il a réussi la synthèse entre la curiosité, le savoir et la méditation. Il avait 25 ans quand il a écrit cela et j'ai trouvé ce livre formidable. Là, j'ai compris que mon fils n'était pas un écrivain voyageur. Mais un écrivain qui voyage avec une grande originalité dans les paysages de l'âme. Moi, je ne vais pas dans l'âme. J'ai peur de l'âme», conclut Philippe Tesson. Avant d'ajouter avec fierté: «Mais je suis heureux qu'il remplisse cet office.





Par François Aubel Publié le 29/07/2014 pour Le Figaro édition Abonnés http://www.lefigaro.fr/livres/2014/07/29/03005-20140729ARTFIG00257-philippe-et-sylvain-tesson-la-folie-des-hauteurs.php


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MessageSujet: Re: TESSON PERE ET FILS   Mar 2 Sep - 0:54





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Philippe et Sylvain Tesson. Le Parisien et l’aventurier




Le père, journaliste polémiste, et le fils, écrivain voyageur qui publie « Dans les forêts de Sibérie », ont chacun trouvé leur façon d’être sauvage.









Paris Match. Sylvain, pourquoi avoir choisi une voie si différente de celle de vos parents ?


Sylvain Tesson : Je ne suis pas éloigné du bain dans lequel j’ai mijoté pendant des années, celui de l’écriture et du reportage. L’autre jour, on m’a demandé pourquoi je n’ai pas fait comme Justine Lévy… J’ai l’appel de la forêt, ça paraît idiot, mais c’est vrai. C’est une maladie qui m’empêche d’avoir une vie sédentaire.


Philippe Tesson: Sylvain tient cela de sa mère. Elle est médecin et parachutiste, pilote d’hélicoptère, alpiniste… Ils ont en commun ce goût de l’excès du corps. A 7 ans, il s’échappait pour aller dormir dans les arbres de notre jardin.



Comment vous est venu le goût du voyage ?





S.T. Nos parents travaillaient beaucoup, les journaux se bouclent tard. Ils compensaient par les voyages.


P.T. Un matin de décembre 1989, on écoutait les infos sur les suites de la chute du mur Berlin, on est partis vers l’est le jour même !


S.T. L’été 1991, nous sommes allés à Moscou. Une semaine après, à notre retour, l’URSS s’écroulait ! La Russie a toujours été présente à la maison.


P.T. Il y a toujours eu un tropisme familial vers l’Europe centrale.

S.T. Le théâtre, le sentimentalisme, le romantisme… Nous nous tournons vers l’est, vers le sentiment et l’âme, davantage que vers l’ouest et l’action.




Quel regard portez-vous sur la vie parisienne de votre père ?


S.T. Sa facilité à se mouvoir, son exceptionnelle maîtrise du débat me plaisent beaucoup. Je suis fasciné par son énergie vitale.

Qui semble héréditaire...

S.T. Chez lui elle est canalisée. C’est la force de l’esprit contre l’agitation fébrile ! J’aimerais aujourd’hui avoir une vie plus noctambule. J’aime quand les beaux endroits urbains rencontrent la culture…

P.T. Cela s’appelle la civilisation !

S.T. Voilà. Je suis plus barbare ! Je trouve mon plaisir dans l’assouvissement. Quand j’ai faim, une boîte de sardines, c’est le luxe ultime.

P.T. C’est très péjoratif ce qu’il dit. J’aime aussi les ­sardines, mais je n’aime pas les manger dans la boîte, avec les doigts ! Sylvain est sale dans sa façon de se nourrir.
Dans son livre, il écrit que je ne serais pas heureux en Sibérie, moi qui aime la “réplique”. Or, sous ses dehors de stoïcisme sophistiqué, en matière de réplique, il me bat ! C’est un être sauvage, qui de temps en temps s’amuse à être civilisé. Ou le contraire.

Philippe, auriez-vous été heureux six mois dans une cabane ?

P.T. Je n’aurais pas supporté un instant. Je lui porte pour cela une extrême admiration.

En quoi est-ce admirable ?


P.T. Parce que c’est un dénuement, un dépouillement. J’aime l’ornement, lui non.
S.T. Je peux me satisfaire du monologue. Tu as besoin du dialogue, c’est ce que j’entendais par “réplique”.


Qu’avez-vous en commun ?



P.T. La profonde haine du consensus. Nous le trouvons suspect. D’où ma seconde nature d’être toujours en désaccord avec ce que j’entends, quitte à apparaître comme n’ayant pas de convictions.

S.T. Nous n’avons pas le même rapport au confort, mais nous avons le même au conformisme. On croit volontiers mon père idéologisé, réactionnaire. En fait, il n’y a pas moins bourgeois dans sa vision du monde, dans son rapport à la liberté, dans sa détestation de la codification sociale.



Ces départs permanents, est-ce une fuite ?


P.T. J’ai plaisir à penser qu’il ne s’agit pas d’une fuite de ses racines, donc de son père. Mais c’est peut-être le cas. Je mets son esprit d’évasion sur le compte, plus positif, du goût de la découverte.

S.T. Je fuis l’ennui des grandes villes.


Qu’est-ce que l’ennui ?


P.T. La banalité, le conformisme et le vide de la pensée.
S.T. Le sentiment d’emprisonnement du corps. J’ai besoin d’action.


Pourquoi revenir ?


S.T. Je reviens parce qu’ils sont là. Ma famille est le seul point lumineux dans ma navigation.

A force de parler si bien de l’isolement et du froid, n’avez-vous pas peur d’être suivi et envahi ?


S.T. Il ne s’agit pas d’une profession de foi ou d’un programme politique. Je ne propose pas une solution. Je raconte une expérience. Il n’y a qu’une minorité qui n’aime pas la ville. Pour beaucoup, partir trois jours à la campagne suffit.


Philippe, pourriez-vous accompagner Sylvain dans l’un de ses périples ?


P.T. Il me le propose, mais la nature m’effraie, je n’aime pas le danger. Vous me voyez dans une cabane en Sibérie ?



http://www.parismatch.com/Culture/Livres/Philippe-et-Sylvain-Tesson-Le-Parisien-et-l-aventurier-155558






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MessageSujet: Re: TESSON PERE ET FILS   Mar 2 Sep - 0:59

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LE PERE ET LE FILS TESSON AU FESTIVAL DU LIVRE


Ajoutée le 16 juin 2014

Pour la premiere fois réunis au festival du livre de Nice . Sylvain parle de l'amitié avec les russes !







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MessageSujet: Re: TESSON PERE ET FILS   Dim 21 Juin - 1:56

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PHILIPPE TESSON, UN JOURNALISTE DE COMBATS








Journaliste, patron de presse, critique théâtral, libre-penseur, ex-employeur d'une bonne moitié des quinquas et quadras de la presse française, Philippe Tesson est une figure incontournable des médias.


L'homme présente deux particularités rarissimes : il a commencé au poste de rédacteur en chef à 30 ans et il est aujourd'hui l'un des plus anciens journalistes pigistes en activité.

A 82 ans, Tesson conserve l'oeil clair et la parole acerbe, l'enthousiasme d'un pigiste débutant, d'un journaliste en mouvement. La curiosité en étendard, il nous emmène devant l'ancienne rédaction de "Combat", journal hérité de la Résistance, nous raconte avec Henry Chapier, sa conception de la liberté de la presse.

C'est dans l'antichambre du pouvoir, en compagnie de Catherine Pégard, une de ses anciennes collaboratrices du "Quotidien de Paris", que Tesson se remémore des instants d'intimité avec les Présidents.

En racontant la presse qu'il a dirigée et créée depuis 50 ans et en exposant son rapport au monde, cet enfant de l'entre-deux guerres raconte aussi l'histoire du journalisme du XXe siècle et ses mutations.




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Dernière édition par Bridget le Dim 21 Juin - 20:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: TESSON PERE ET FILS   Dim 21 Juin - 20:03




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Philippe Tesson, un combat au quotidien








Un documentaire de la collection «Empreintes» brosse le portrait du journaliste et patron de presse.

Peu connue, la séquence ouvre le documentaire d'Alexandre Amiel et Ella ­Cerfontaine.

Dans les années 1960, Philippe Tesson fait face à Léon Zitrone, tel un torero prêt à planter ses banderilles dans un taureau massif.
«Vous vous écrasez, lance le journaliste au monument national.
Évidemment comme vous êtes très lourd, ça fait beaucoup de bruit.»

Zitrone n'a pas le temps d'encaisser que Tesson repart à la charge: «vous êtes un journaliste émasculé, châtré» .

Excès, culot, provocation…

On reconnaît là la griffe ­Tesson. Cet homme n'aime pas le ronron, la tiédeur et le conformisme. «Je n'ai pas beaucoup de mesure» , concède-t-il. «Vous forcez les mots» , lui dira un jour René ­Andrieu sur un plateau.

Philippe Tesson restera comme le capitaine de Tréville de la presse d'opinion française.

De l'après-guerre à la fin des années 1980, à la tête de Combat puis du Quotidien de Paris, qu'il créa en 1974, il n'a cessé de ferrailler, entouré de mousquetaires devenus à leur tour des barons des médias.

Son titre de gloire?

Plus d'une trentaine de condamnations pour offense au chef de l'État.
Un certain Charles de Gaulle…

«Opposez-vous comme vous voulez, mais opposez-vous», aimait- t-il à répéter à ses journalistes du Quotidien de Paris.

Le numéro de la collection Empreintes qui lui est consacré témoigne de cette liberté et de cette allégresse.
Le film est réglé sur le pas de son sujet: il galope.
Les images d'archives défilent.
Tesson a toujours la bonne formule aux lèvres. «C'est ma dernière phrase. Elle sera longue», lance-t-il pour garder la parole dans une émission. Les grands fauves de la politique ne lui font pas peur.

Il titille Jacques Chirac sur l'une de ses déclarations, qui prête pour le moins à confusion:
«Je suis du bois dont on fait les flûtes.»
«Si vous voulez me faire dire que je joue du pipot…», interrompt le futur président de la République.

Pour moquer la suffisance de la gauche mitterrandienne, il interpelle Robert ­Badinter par un «Monsieur le Garde».

Lever le voile


Ces joutes cathodiques alternent avec des confidences face à la caméra.

Homme de théâtre, Tesson sait se mettre en scène.
Ici, il se donne le beau rôle.
Ne dit rien de ses déceptions et de ses renoncements.
Que cachent ces yeux clairs et ardents ?
Tout juste, consent-il à lever le voile sur un moment clé de son enfance: l'occupation par les officiers allemands de sa maison de la Thiérache.

Pour le reste, il semble avoir fait sienne cette phrase de Voltaire, dont il a quelque peu le physique:

«Il est poli d'être gai».



À 82 ans, outre les théâtres, Philippe Tesson court toujours les plateaux de télévision.

«Ça fait du bien, c'est une hygiène personnelle. Je n'aime pas serrer les lèvres.»

Il regrette l'effacement des journalistes au profit de panels censés représenter l'opinion.

Tout comme la disparition d'une certaine éthique de la liberté et de la tolérance héritée du XIXe siècle.

Une page s'est tournée dans l'histoire du journalisme.

C'est en tout cas la conclusion à laquelle parvient ce documentaire.

En épilogue, on voit Tesson diriger l'orchestre d'Ukraine à l'Opéra-Comique. Pas une seule fausse note.

Bravo maestro.




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MessageSujet: Re: TESSON PERE ET FILS   Dim 21 Juin - 20:06

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Un régal , quel vocabulaire  chaque mot est choisi et à sa place ....










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MessageSujet: Re: TESSON PERE ET FILS   Lun 3 Oct - 14:58

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Philippe Tesson : « Le journalisme transforme une journée en une vie »










A 88 ans, Philippe Tesson ne se départit pas de son énergie légendaire pour mener de front ses différentes vies : homme d’affaires, de théâtre et surtout journaliste. Il monte sur la scène de son théâtre, le Poche Montparnasse, entouré de chanteurs et musiciens, pour évoquer Cocteau, Milhaud, Poulenc et les autres, et faire revivre les soirées du Bœuf sur le toit. Entre rires et vérités, il confie sa vision du temps à travers le récit d’une vie toujours en mouvement.


Avez-vous pris le temps de vivre, Philippe Tesson ?

Ah oui ! J’ai pris le temps de vivre. J’ai aimé vivre. Je n’ai pas vraiment eu de problèmes métaphysiques. J’ai tout fait pour être libre et je le suis profondément.

Qu’est-ce qui a animé cela ?

La nature qui anime tout, l’éducation et la réflexion ensuite.

On vit libre par réflexion ?

On vit libre par discipline. La discipline que je me suis efforcé de forger est l’atteinte principale à ma liberté. Le contexte historique aussi. Je dis souvent cette chose idiote : « Je suis né dix ans après l’armistice de 1918 et dix ans avant la catastrophe de la seconde guerre mondiale ». Cette guerre a beaucoup contribué à ma constitution intellectuelle. J’ai vécu mon adolescence dans une tragédie. Encore qu’elle ne m’ait pas atteint personnellement, elle m’a amené à réfléchir plus qu’un adolescent ne devrait le faire et notamment sur le problème de la liberté et sur les questions essentielles de la vie !


Je vous repose la question : avez-vous pris le temps de vivre ?

Ma nature m’a amené à la gourmandise de la vie qui libère de toute pesanteur ou hypothèque ontologique. J’ai décidé d’assumer la vie dans sa diversité, son intégralité, son mouvement. Ce tropisme personnel m’a permis de me libérer des contraintes qui auraient contrarié ce désir profond !

Et ça continue !

Absolument. Cette gourmandise induit un rapport profondément actif avec la vie. L’action sans limite. En ressort l’éclectisme, le sacrifice de la profondeur, avec les risques que cela comprend. Sans complexe ! Je suis conforme à mon personnage !


En parcourant votre bio, on se dit que les choses se sont enchaînées de façon incroyable. Avez-vous vraiment choisi cette carrière ?

Je ne suis pas totalement débile (rires), mais il est vrai que je me suis adapté aux circonstances, au hasard, au destin. Je crois être opportuniste – je me livre là, c’est terrible – mais ça s’appelle un destin et ça vous échappe. Ou alors on s’emprisonne dans un rapport extrêmement suicidaire à la liberté. J’ai donc été disponible aux hasards. Je suis sérieux. J’avais pensé à une trajectoire que les circonstances ont souvent fait dériver.


Quelle était cette trajectoire ?

Je voulais vivre dans un rapport étroit avec la création. Création conforme avec mes dispositions particulières car j’aime tout ce qui relève de la création et de l’art. C’est en moi ! J’aurais aimé être un grand musicien, un grand peintre mais je n’en avais pas les qualités nécessaires ni la volonté suffisante. En revanche, j’avais des dispositions naturelles et un tropisme très particulier pour l’écriture. Cela n’intéresse personne mais mon rêve d’adolescent était « le grand écrivain » ! Je faisais partie de cette génération-là. Aujourd’hui ce rêve n’existe plus.


Qui était votre modèle ? Qui était le grand écrivain auquel vous auriez aimé ressembler ?

(Il réfléchit) Je n’avais pas le culte des idoles… Très jeune, j’ai aimé Stendhal… J’ai été très séduit par Malraux – nous étions contemporains –, par son ouverture extraordinaire au monde, ce destin multiple, l’action, l’aventure. Il était le seul à s’intéresser à la condition humaine à l’époque. Pour l’écriture et l’esthétique, j’aimais beaucoup Gide. Et Jean Cocteau, que je joue actuellement, m’a fasciné. Davantage sa personnalité que son écriture d’ailleurs. Sa tolérance, sa liberté, son ouverture, l’antichambre de l’interdit aussi !


Alors pourquoi journaliste et pas écrivain ?

Par le fait de hasards extraordinaires. Je n’étais pas très intéressé par le journalisme lorsque j’avais 30 ans. Je préférais infiniment la littérature ! Un jour, on me propose de devenir rédacteur en chef de Combat. C’était inespéré et en même temps, c’est que je devais être légitime…


Et le théâtre ?

Cette passion date de l’enfance. S’il n’y avait pas eu la guerre et les conditions bourgeoises d’éducation, sans doute serais-je venu très vite au théâtre. Pas seulement comme acteur d’ailleurs. Ce qui m’intéresse est ce qui relève du dédoublement, l’altérité, la parole en action… Tout ce qui en fait une psychanalyse extraordinaire.

Mais Combat est arrivé et j’ai accepté. Pour voir. Comme au poker. J’y ai trouvé tellement de plaisir et de conformité avec ma nature que je m’y enferme. Je crée des journaux car j’aime entreprendre. Vers 50 ou 60 ans, je décide de continuer le journalisme et je le regrette. C’était une charnière, une fin de chapitre. On en connaît deux ou trois dans sa vie. J’aurais pu faire du théâtre, ou de la politique mais je décide de continuer.



Certaines polémiques que vous avez provoquées parfois pourraient laisser penser que vous êtes tourné vers le passé. Or votre personnalité autant que votre carrière semblent s’inscrire dans une passion du présent. N’est-ce pas votre caractéristique principale ?

Le journalisme transforme une journée en une vie. C’est donc juste mais sans se détacher de l’amont et de l’aval. J’ai un formidable rapport avec le passé et le futur ! Mais il est vrai que j’aime être dans l’instant. Je me trouve très à l’aise dans l’éphémère et le journalisme quotidien. J’adore réagir.


Passion de l’instant, que vous retrouvez dans le théâtre.

Il n’y a rien de plus instantané que le théâtre. D’ailleurs, dans la vie comme au théâtre, je n’aime pas les répétitions ! J’aime l’improvisation.


Pourquoi n’avez-vous jamais écrit vos mémoires ?

On me l’a beaucoup demandé mais j’ai préféré vivre ma vie plutôt que d’en faire le récit. Je ne suis pas au niveau d’un message. Si j’avais été mêlé à des événements considérables, peut-être les aurais-je racontés. Mais le journalisme n’est qu’une observation. C’est sans doute sa faiblesse. De même que le critique de théâtre que je suis, depuis cinquante ans, chaque semaine, a une frustration de n’avoir été que dans la salle. J’aurais voulu incarner mes profonds tropismes. Je le fais un peu maintenant !


Comment voyez-vous le futur et comment l’avez-vous appréhendé tout au long de votre vie ?

Il y a trois ans, je n’ai pas hésité à reprendre le Théâtre de Poche. Si cette opportunité se présentait aujourd’hui, je ne me lancerais pas. J’ai 88 ans et je n’entreprendrai plus rien. Je suis sur un terrain vague. Mon énergie est intacte mais je suis trop âgé maintenant.


Et la mort ?

J’ai un rapport plutôt facile à la mort. Mon seul regret, dans cette perspective, est de ne pas savoir ce qui va se passer après moi. Par exemple, et bien que je n’aie pas un cerveau scientifique, je m’intéresse à des choses comme l’intelligence artificielle.


C’est le journaliste qui parle encore.

Oui. C’est la gourmandise de ce qu’il va se passer. Nous sommes à l’aube d’un monde nouveau, extravagant, ça me fascine. Mais c’est sans doute une confidence d’enfant.


Etes-vous obsédé par la transmission ?

J’ai des enfants auxquels je me suis énormément intéressé. J’ai été intensément père de famille. Aujourd’hui, je pense beaucoup à ma succession comme j’ai pensé toute ma vie à la transmission et pas seulement avec mes enfants. Le journaliste est un médiateur, un pédagogue, et j’ai été un journaliste très paternaliste, au sens fort du mot. Très père.



http://www.lemonde.fr/tant-de-temps/article/2016/07/01/philippe-tesson-le-journalisme-transforme-une-journee-en-une-vie_4961748_4598196.html


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