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 BERNARD GIRAUDEAU

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liliane
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MessageSujet: BERNARD GIRAUDEAU   Sam 17 Juil - 10:52

Le comédien Bernard Giraudeau, qui souffrait d'un cancer,
est mort ce matin à 7h00 dans un hôpital à Paris. Il venait d'avoir 63 ans.


Il a fini de souffrir. Qu'il repose en paix.


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MessageSujet: Re: BERNARD GIRAUDEAU   Sam 17 Juil - 14:32

QUELQUE SOIT LA QUESTION



Quelque soit la maladie, l'Amour est la réponse.
Quelque soit la douleur, l'Amour est la réponse.
Quelque soit la peur, l'Amour est la réponse.
L'Amour est toujours la réponse, car l'Amour est tout ce qui est.
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MessageSujet: Re: BERNARD GIRAUDEAU   Sam 17 Juil - 14:38

LA MER A PRIS L'HOMME

Elle l'attendait au port
Au bout de la jetée
L'horizon est bien mort
Dans ces yeux délavés ...



"Un port regarde la mer, forcément.
Il attend les étraves, vous accueille à cœurs ouverts,
vous protège. C'est un refuge cosmopolite".

"Un type tout seul avec un bandonéon pleurait des amours impossibles,
des passions, des abandons,
une soupe sentimentale qui faisait frissonner les équipages.
La nostalgie les emmenait en voyage pour un retour au port d'attache
avec une grosse vague de rhum pour noyer le tout."

Citations de Bernard Giraudeau extraites de son livre
UN HOMME A TERRE.
Ce Marin, est rentré au port ...
il en restera un sourire, un regard clair !
et une chanson de Marin aussi.




Dernière édition par Nine le Sam 17 Juil - 15:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: BERNARD GIRAUDEAU   Dim 18 Juil - 1:58

k]]HOMMAGE A BERNARD GIRAUDEAU[/b]



La France a perdu un immense comédien. Les hommages se multiplient.
Demain soir, deux chaînes rendront hommage à Bernard Giraudeau,
décédé ce matin des suites d’un cancer.

En plus de consacrer des pages spéciales dans leurs JT,
Les chaînes du service public bouleversent leur programme, dès demain soir.

France 3
diffusera l’excellent film avec Gérard Lanvin,
Les spécialistes dès 20h35 dimanche 18 juillet
,
puis à un numéro spécial de
Vie privée, vie publique
de Mireille Dumas conscacré à l'acteur,
au cours duquel il évoquait son parcours et son combat contre la maladie.


Dimanche toujours, en prime time,
c’est Paris Première qui diffusera
L'année des méduses (rediffusé le mardi 20 juillet à 23h10),
film tourné en 1984 avec Valérie Kaprisky et Caroline Cellier.

A 22h25, la pièce de théâtre Le libertin
mis en scène par Bernard Murat sera également diffusée. (Rediffusion samedi 24 juillet à 20h35.)


Mardi, c'est France 5
qui modifiera sa programmation
dès 20h35 en rediffusant, tout au long de la soirée
,
plusieurs émissions auxquelles a participé l'acteur (
C à vous, La traversée du miroir,
La grande librairie ou le magazine de la santé.)
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MessageSujet: Re: BERNARD GIRAUDEAU   Dim 18 Juil - 13:43

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MessageSujet: Re: BERNARD GIRAUDEAU   Dim 18 Juil - 13:52

LES DAMES DE NAGE
de Bernard Giraudeau




"... Je l’ai aimée comme un enfant, comme un homme, comme je n’ai plus jamais aimé…
Elle s’est dissoute un jour, peu après notre amour, dans une eau claire.

C’était dans un cristal d’émeraude glacé…
J’ai continué à grandir sans elle, bien sûr,
avec ce don qu’elle m’avait fait
dès l’enfance de cette découverte sans cesse renouvelée de l’amour.

Tout au long de ma vie j’ai aimé les nuques déliées,
les femmes comme des gerbes et le secret des graines dans les épis…
J’ai gardé de l’enfance, et d’Amélie, ils sont liés,
l’amour de l’inconnu à défricher,
avec la peur au ventre comme une jouissance. ... "

*************

Bernard Giraudeau nous embarque, au fil des amours de ses héros,
de l’Afrique à l’Amérique du Sud,
à la recherche de cet inconnu qui toujours fascine,
avec un don irrésistible pour dire le clair-osbcur des sentiments.
Son regard précis s’exprime dans une prose drue, nette,
crue et poétique à la fois qui échappe à toute nostalgie.

Parce qu'il est désormais un comédien d'escales
et un écrivain au long cours,
ce Gémeaux bousculé par le cancer prend le temps de musarder dans le passé.
Il raconte comment, fuyant Paris sans regret,
il a déchiré ses semelles sur la lave noire des volcans,
foulé le mica des terres brûlées, traversé le Tocantins,
navigué sur le Xingu, participé à des cérémonies chamanistes
près de la frontière bolivienne, à des fêtes dogons au Mali,
marché contre le simoun d'Iran et le khamsin d'Egypte,
mangé du caldou au Sénégal et de la cazuela dans les Andes.

Partout, il a favorisé le hasard, qu'il aime «comme la lumière»,
et comparé la canopée à une mer sombre...
«Les Dames de nage», c'est la chronique vagabonde d'une existence
où les femmes ressemblent à des continents, et les pays lointains,
à des corps de femmes parfumés aux essences florales.

C'est le livre rond d'un homme maigre.
Un chant du départ qui sent le vieux chanvre et le calfat des navires.
C'est ce qu'on s'écrit pour se donner de la force,
et une dernière salve de désir.

Construit de cent récits, comme autant de nouvelles emboîtées,
ce roman frappe, une fois encore, par son énergie,
le tranchant de son humanité, sa vibration intérieure.
Dense, inspiré, il révèle une sensibilité à fleur de peau
et un rare talent pour les miniatures...

Les Dames de nage confirme ainsi la singularité
de l'univers de Bernard Giraudeau,
son sens de l'éphémère et du temps qui brûle,
son goût désespéré de la vie.

En filigrane perce pourtant, tout au long du livre,
une sagesse inédite,
un désir farouche d'accéder enfin au bonheur et à la paix.

Auteur d’une dizaine de livres, adaptations et livres sonores dont,
dernier en date, Cher amour
(prix Pierre Mac Orlan 2009),
Bernard Giraudeau était aussi un homme d’écriture.



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MessageSujet: Re: BERNARD GIRAUDEAU   Mar 20 Juil - 3:46

FRANCOISE HARDY
TRAUME

chanson inédite en France.

"Traume" Francoise Hardy

Superbe chanson en allemand jamais sortie en France
qui illustre un film de Francois Ozon.
B.O. d'un superbe et étrange film de Francois Ozon :
"Gouttes d'eau sur pierres brulantes" en 2000
avec Bernard Giraudeau.

Träume, est un album de Françoise Hardy
où toutes les chansons sont chantées en allemand.
Destiné au seul marché germanophone, il n’a jamais été édité en France.
L’édition originale est parue en Allemagne, en janvier 1970.
Paroles : Martin Böttcher
Musique : Fred Weyrich
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MessageSujet: Re: BERNARD GIRAUDEAU   Ven 13 Aoû - 14:13

Bernard Giraudeau : son Cher Amour triomphe


Depuis l'âge de 16 ans, Bernard Giraudeau a multiplié les expériences : acteur, cinéaste, scénariste, producteur et écrivain.

Il avait été nominé à trois reprises au Molière du meilleur comédien, et à cinq aux Césars de la même catégorie, mais c'est sa carrière d'écrivain qui lui valu le plus de récompenses :

- le Prix Amerigo-Vespucci,
- celui du Festival international de géographie de Saint-Dié des Vosges,
- le Prix des lecteurs de L'Express et le Prix littéraire de la ville des Sables-d'Olonne pour le roman Les Dames de nage.
- Son dernier titre, Cher Amour, paru en mai 2009 et pour lequel il avait reçu le Prix Mac Orlan et le Prix Laurier Vert, est en tête du classement des ventes poches de l'été du 4 au 11 août. L'ouvrage devance au palmarès hebdomadaire Quitter le monde de Douglas Kennedy et Sans un mot de Harlan Coben.

Ce roman raconte l'histoire d'un homme qui écrit à la femme qu'il n'a pas encore rencontrée. Il s'agit là d'une superbe aventure mixant diverses expériences : voyages (Amazonie, Chili, Philippines, Djibouti, Indochine), théâtre (Becket ou l'honneur de Dieu, Richard III), poésie et souffrances. Les ventes de ce livre, salué pour ses qualités littéraires au moment de sa sortie, se présentent comme une sorte d'hommage à cet homme courageux et bourré de talent.

http://www.news-de-stars.com/bernard-giraudeau/bernard-giraudeau-son-cher-amour-triomphe_art36617.html
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MessageSujet: Re: BERNARD GIRAUDEAU   Ven 13 Aoû - 17:52

Hommage à Bernard Giraudeau :
extrait de Cher amour




L'éditrice présente un extrait de l'auteur.
Rédigé par Nicolas Gary, le mardi 20 juillet 2010 à 08h13
Le décès de Bernard Giraudeau s'accompagne évidemment
des déclarations des uns et des autres,
des condoléances que l'on attend et bien évidemment des articles dans la presse.

Auteur phare des éditions Métailié, Bernard Giraudeau
mériterait probablement que l'on puisse le redécouvrir par son oeuvre.
Et Anne-Marie Métailie vient de nous communiquer
un texte qu'elle souhaiterait partager pour ce faire.

Il s'agit là des toutes dernières pages du dernier livre Cher amour :
c'est l'instant où il découvre qu’il est malade
et qu’il ne pourra plus jamais vivre comme avant.
ARRÊT DE JEU

Je vais apprendre à avoir froid.

J’ai lu la comédie et j’ai vécu le drame
Ce qui reste de moi, je ne le sais plus bien,
Vous seul pourrez, seigneur, reconnaître mon âme
Dans tous ces corps d’emprunt qui se sont faits le mien.

Les rôles que nous jouons sont de papier. Nous chiffonnons l’un pour défroisser l’autre. Nous sommes des don Quichotte émerveillés, livrant bataille à l’ennui. Nous guerroyons sur toutes les scènes, archers fidèles, mots tirés aux coeurs des spectateurs, mots fléchés que l’on aime. Nos
personnages sont immortels mais nous sommes plus fragiles que la soie de leur costume.

Il y a quelque temps j’ai lu Papa de Huidobro et voulais vous l’offrir. Il n’a jamais cherché les applaudissements ni les approbations pour ses actes et ses oeuvres. Au contraire, on
aurait dit que chaque fois qu’on l’applaudissait trop, il commençait à douter de lui-même…


Il m’a semblé que j’étais finalement un chercheur, sans me trouver naturellement, et que le corps, fatigué de cette recherche impossible, un jour est tombé pour que je m’approfondisse. J’avais une vocation, celle de m’élever au dessus de l’ordinaire, d’une vie conventionnelle, une vie d’horloge. Et maintenant que le corps s’affaissait, il fallait envisager la vie autrement, regarder autrement, vivre, simplement vivre.

Je me pose parfois la question de savoir si le théâtre a un sens. C’est imbécile. S’il en a un, c’est bien le partage de cette mise en harmonie. Quel est le sens d’un sport extrême, une ascension sur la face nord de l’Eiger ? Les réponses les plus absurdes fusent et par les protagonistes eux-mêmes : aller au bout de soi-même. C’est quoi le bout de soi-même, il est où ? Et une fois au bout, vous allez où, vous avez vu quoi ? En revenant, la question est : que reste t-il à partager, quelle reconnaissance de soi, quels voyages souterrains, essentiels, avez-vous accomplis sur les pentes
mortelles de glace et de neige ? Il faut que ça en vaille la peine. Au théâtre aussi, il faut que ça en vaille la peine, et la réponse est que cela en vaut la peine.

Je ne vous raconte rien de ces jours à l’hôpital, rien de cette longue convalescence. Je ne vous raconte rien de cette nouvelle vie qui n’aura de sens que le jour où je vous apercevrai. C’est un long travail que de renaître, d’échapper peu à peu à la cécité et à la surdité, de poser un autre
regard qui me permettra de vous reconnaître. Il y a tout ce temps où je me remets en ordre, où je recentre ce qui m’a semblé s’être dispersé. De nouvelles pages s’écrivent. Le destin avait d’autres projets, il s’est amusé à me berner avec les apparences et, maintenant parfaitement insaisissable, il
demande l’acceptation sans résignation.

C’est bon d’être vivant, d’aimer nos corps que l’on négligeait et qui soudain vous sont si précieux, nos corps que l’on regarde enfin. Ces corps qui défèquent, vomissent et pourrissent comme il se doit, qui rejettent, se tordent, se convulsent dans la douleur comme en amour. C’est un drôle
de voyage, le plus immobile de tous et le plus turbulent. Il faut s’explorer et desserrer les noeuds l’un après l’autre.

J’ai pleuré toutes les larmes du monde, la grande lessive en somme, larmes d’apaisement, d’abandon.

Vous aimerai-je telle que vous êtes, la petite fille multiple en vous ? Je vous aime deux fois, celle que j’ai inventée et celle qui sera, puisque j’attends ce rendez-vous que vous ne soupçonnez guère. Dépêchez-vous, madame, il est temps, je crois. Oserais-je vous dire que la maladie sans l’amour, c’est déjà la mort.

Je suis en arrêt de jeu, sur le dos, paupières closes.

Il ne se passe rien sous les draps, rien. Est-ce bien à vous que je dois dire ça ? La chair anéantie s’est tue, la vie du vît est morte. Il me souvient que j’aime une absente. C’est facile d’aimer une absente. Tout est possible, même la paresse, l’oubli. On s’en sert quand ça nous arrange de cet
amour-là. Mais il manque de chair, de seins, de fesses, d’entrecuisse à dévorer. Je voudrais des frôlements agaçants, des pulsions. La vie pour un homme, c’est aimer, pleurer, rire, c’est vouloir foutre, c’est être en vigueur du corps. Aimer ce n’est pas réfléchir, c’est agir, rythmer le souffle et
se noyer, s’imprimer l’un l’autre en murmurant je t’aime. Alors l’amour triomphe et plus rien n’a d’importance. J’exprimais la vie en d’autres corps, je m’échauffais jusqu’à l’éboulement, l’onde de choc. Je prenais furieusement, avec rage et impuissance. Vidé, égaré, l’homme abasourdi revenait déjà de la mort et se tournait vers vous. Quand la tourmente sera passée, dites-moi qu’elle va passer, nous serons l’un contre l’autre. Je vous caresserai pour exalter les sens, tous les sens. Je sais que la vie reviendra, impatiente. Je banderai, le coeur éperdu, l’âme folle.

Il ne faudra pas oublier les gestes, même esquissés, qui disent la tendresse, les gestes si souvent négligés, oubliés comme un repli du coeur. Je serai encore un peu maladroit mais vous allez m’aider, mon amour.

Je sais que vos mains, fines, élégantes, déliées, sont une harmonie, une musique. Elles dessinent dans l’espace l’orbe insaisissable, c’est une chorégraphie du geste. Elles se posent avec la délicatesse d’un souffle sur vos genoux, s’envolent avec grâce pour saisir ma lettre, l’ouvrir et la
tenir comme la plus précieuse découverte de notre vie. Cette main qui repousse une mèche de cheveux, reste suspendue pendant que vous lisez, attentive, les mots sacrés d’un parfait inconnu. Votre regard dit que vous le reconnaissez, ce voyageur infatigable qui a fini par s’arrêter dans
votre jardin. Ce léger pli n’est pas encore un sourire, mais un étonnement, et ce sont vos mains qui trahissent votre plaisir. Elles jouent l’une et l’autre une mélodie très romanesque que vous seule entendez. Elles sont une projection fébrile de votre coeur. Celle qui tient la feuille ne cesse de caresser de l’index les mots pressés qui vous sont adressés. L’autre finit par se poser comme un oiseau sur votre ventre pour bien mesurer que vous êtes consentante. Et si je plaidais pour
affirmer que tenir une main est plus chaleureux, plus bouleversant que de feuilleter un ouvrage sur l’irrémédiable solitude de l’homme? J’ai une mâchoire accrochée au ventre, une douleur puissante, froide. Je suis seul devant le gâchis et l’orgueil responsable, la vie arrêtée nette au bord de l’abîme,
la chair au-dedans déchirée. Mais le coeur cogne. Il me semble, mon amour, que la vie se révolte.

Je commence juste à apprendre, laissez-moi un peu de temps.

Quand nous nous verrons, je serai ce que je dois être, ce que je suis et que je connais mal. Peut-on trop aimer une femme ou un homme jusqu’à ne voir d’elle ou de lui que ce que l’aveuglement nous laisse, ce que l’on veut aimer en l'autre absolument, quitte à le repeindre ? Trop aimer étouffe l’instinct, pourtant je vous aime. Je vous aime parce que j’ai besoin de vous. C’est un aveu d’égoïste bien entendu. Je vous aime parce que vous existez, j’en suis certain, parce que c’est vous, parce que c’est moi. Je n’envisage pas de continuer cette vie tumultueuse sans aimer. Je ne peux pas éternellement écrire à une ombre, sans lui dire, lui parler, et ne jamais avoir de réponse. Saurai-je vous rendre heureuse ? J’ai tenté d’être heureux sans grand succès, ou de façon
fragmentaire, alors comment faire pour l’autre. Je suis certain de vous reconnaître, même aveugle.

Parfois, quand le rappel de la torture chirurgicale frappe pour m’immobiliser, c’est la douleur qui ne veut plus que l’on martyrise le corps et qui demande un peu d’attention pour se faire oublier. Durant ces longues heures à l’hôpital, sur mon lit, quand il n’y a rien à faire d’autre que de tenter
de calmer la tempête derrière mon front, essayer de ne pas se laisser envahir par la souffrance, alors je ferme les yeux et je vous visualise. C’est un beau voyage et un moyen très efficace pour mettre la douleur au repos. J’ai imaginé jouer un aveugle égaré au bord de la vie, en danger de mort naturellement. Chaque fois je rêve qu’une main prend la mienne pour me faire traverser la rue. C’est la vôtre. Je reconnais votre voix, votre parfum. J’ai le regard étrange des malvoyants, un regard qui écoute, fixant un point imaginaire et voyant tout de vous, un ensemble de vous.
Nous franchissons ensemble la rivière d’asphalte et de l’autre côté je garde votre main un peu plus longtemps que nécessaire. Vous me demandez si tout va bien maintenant et si je peux me débrouiller sans vous. Non, bien sûr ! Ça vous fait rire. Puis, avec une ombre de tristesse sur mon visage – c’est très facile pour un acteur de jouer la tristesse –, je vous dis doucement : oui, bien sûr. Je laisse tout de même quelques points de suspension, peut-être même des points d’interrogation comme si bien évidemment j’avais besoin de quelque chose. Bien sûr que j’ai besoin de quelque chose, j’ai besoin de vous. Mais vous n’êtes pas quelque chose, vous êtes toute une histoire que je dois vivre pour le meilleur. Peut-être le devinez-vous puisque vous hésitez à me laisser. Vous êtes pressée ? dis-je comme si vous étiez déjà à quelques pas de moi. Je lève mon bras, un peu perdu, en recherchant la direction dans laquelle vous êtes partie. Je finis par toucher votre épaule puisque vous êtes encore là. Oh! Pardon. Je vous sens un peu troublée et vous répondez je suis là. Ça me ravit cette petite voix étonnée d’elle-même qui dit je suis là.

Nous bavardons un temps. J’ai le regard immobile, pas question de tourner les pupilles à droite ou à gauche, ce serait dévoiler la supercherie. Je suis très concentré sur le nouveau personnage que j’interprète. J’ai le visage légèrement tourné vers vous, mais je regarde à côté de vous tout
là-bas, et je vous observe. Si vous venez dans mon regard, je vous traverse, je suis au-delà. Je vous offre un verre pour vous remercier ? Euh, je ne sais pas. Moi je sais que vous savez. Vous me regardez comme on regarde un homme, pas un aveugle, un homme différent car je suis différent bien entendu. Cinq minutes alors. Je vais m’arranger pour que ce soient cinq minutes exceptionnelles. Vous riez, je vous vois. Je reste le regard fixe, c’est très fort, mais les yeux un peu
moins ouverts pour ne garder que le bleu. Je souris, il paraît que j’ai un beau sourire. Je voudrais être un aveugle séduisant. Je ne sais pas jusqu’où je pourrais jouer avec vous. Vous me guidez ? Bien sûr ! Je vous tiens l’épaule et je vous suis aveuglément. Je le dis sans rire et vous ne savez que dire. Je me pose là où vous me placez, je suis très adroit, je tâtonne le dossier de la chaise, je caresse doucement le rebord de la table et je m’assieds droit, prudemment, comme n’importe quel malvoyant. Je suis aveugle depuis longtemps et j’ai le geste sûr. Je ne suis pas perdu puisque vous êtes là.

Pour la première fois je suis un aveugle qui voit, qui découvre, s’attendrit. Je suis l’homme nouveau, extralucide. Je vois ce qui n’était pas visible pour moi. J’apprends à regarder, à tout saisir de vous et ce qui vous entoure. Je suis l’aveugle d’avant qui voit. Je crois que c’est mon plus
beau rôle. Vous y croyez terriblement à cet aveugle qui fait la cour à une femme qu’il ne voit pas. Nous avons un don, les aveugles, savez-vous ? Lequel ? me demandez-vous. Celui de faire le portrait de celle que l’on ne voit pas. C’est un sixième sens. J’ai entendu votre rire et je peux dessiner votre bouche, dire que vous avez des dents parfaites ou presque, que vos yeux sont gais, que vous avez l’air d’une petite fille qui ne sait comment achever ces cinq minutes que vous m’avez accordées. Bien sûr il y a un silence, le silence qui suit certains mots révèle le sens profond, caché,
des mots qui précèdent.

Pendant ce temps je tourne la tête avec mon regard d’aveugle pour mieux vous voir dans la glace, cette part de vous occultée. Que faites-vous ? Nous parlons beaucoup et je ne sais toujours pas vraiment quelle est votre activité en dehors d’aider les aveugles à traverser la rue. Et vous ?
Pardon ! Pourquoi ? Je ne vois pas mais j’écris, je dicte. Avant, il y a longtemps, peut-être dans une autre vie, j’étais cinéaste, acteur, je ne sais plus. Vous essayez de me reconnaître, mais vous n’habitez la France que depuis peu, heureusement pour moi. Je suis inconnu de vous, tout le
travail reste à faire. Je suis très excité à l’idée que vous m’ayez trouvé. Vous êtes là, devant un thé noir, très noir comme vous l’avez demandé, et moi un café très très serré, noir aussi bien sûr, et sans sucre. Nous dévoilons nos prénoms, le mien est si dur à côté du vôtre qui est un prénom d’ailleurs, un prénom de miel et d’épices. Je ne veux pas être trop curieux la première fois. Je laisse l’exotisme de ce mystère faire son travail. Vous êtes châtain foncé, cheveux longs, bien faite, beaucoup de charme. C’est vous. Vous tentez de clore ce tête-à-tête à plusieurs reprises, mais sans conviction, je le vois bien, ne trichez pas. Vous regardez mes mains, mon visage, vous m’explorez.

Le plus difficile pour moi est ce moment où vous vous attardez au bord de mes yeux. J’ai furieusement envie de vous regarder, de m’approcher de votre bouche. Mais c’est impossible, je suis aveugle. Pourtant il serait parfaitement justifié que je vous embrasse puisque je vous connais
depuis si longtemps. Mon amour n’est pas récent, soudain, ce n’est pas un coup de foudre, je vous aime et nous avons passé tant de nuits ensemble bien que vous ne le sachiez pas encore. Je résiste, c’est un rôle difficile, jubilatoire pour l’esprit mais physiquement très difficile, vous ne pouvez pas vous en rendre compte, je le conçois. Je ne peux plus reculer, je suis aveugle passionnément. C’est un joli piège très séduisant dans lequel je suis tombé et vous aussi. Une
peur naît de voir la scène s’achever. Le temps s’étire comme dans un conte. Et voilà que vous dites une banalité : bon, il faut que je m’en aille – ce qui prouve bien votre désarroi –, et je réponds : comme vous le souhaitez, j’ai déjà beaucoup abusé de vous. Vous vous préparez à payer, à partir. Je ne remarque rien évidemment et j’attends qu’il y ait un bruit de monnaie. Non, je vous en prie, non, je vous offre ce thé noir que vous avez oublié de boire. Comment le savez vous ? Je n’ai pas entendu votre tasse. Vous ne l’avez jamais reposée puisque vous ne l’avez jamais prise. Puis-je vous reparler un jour ?.
.......

http://www.actualitte.com/document/extrait%20Cher%20amour.pdf
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MessageSujet: Re: BERNARD GIRAUDEAU   Jeu 2 Déc - 0:58

Bernard Giraudeau



Cinéma. Studio Canal, 29,99 euros.
("Viens chez moi, j'habite chez une copine", "Rue barbare",
"Les spécialistes", "Les longs manteaux", "Après l'amour", "Le fils préféré")

Par Olivier de Bruyn

Émouvant.

Il nous a quittés le 17 juillet dernier et laisse derrière lui une oeuvre ultra-singulière.
Ce coffret de six DVD privilégie les fictions les plus populaires de Bernard Giraudeau :
celles qui ont forgé sa légende dans les années 1980-1990,
avant qu'il se décide à emprunter les chemins de traverse.

Acteur de comédies plus que convaincant chez Patrice Leconte
("Viens chez moi, j'habite chez une copine", "Les spécialistes"),
séducteur viril dans des films de genre musclés
("Rue barbare" et "Les longs manteaux", de Gilles Béhat) :
toute une époque du cinéma français défile ici, avec, en sus,
l'un des plus beaux films tournés par Giraudeau :

"Le fils préféré", de Nicole Garcia.

L'absence de bonus dans le coffret est largement compensée par le plaisir
de revoir le comédien et par le prix modique de l'objet.
30 euros pour 6 films, c'est cadeau !

source : le point


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MessageSujet: Re: BERNARD GIRAUDEAU   Jeu 2 Déc - 1:33

RUE BARBARE
B.O B. LAVILLIERS




Y'a Peut-être Un Ailleurs

Je prends la tangente sous l'arc de la nuit
Sur ma nuque bleue cheveux noirs de pluie
Y a peut-être un ailleurs, un accord majeur

J'attends pas la fin de cette mort grise
De mes yeux éteints des chevaux de frise
Y a peut-être un ailleurs, plus loin du malheur
Y a peut-être un ailleurs, y a peut-être un ailleurs

Les casses, le sang, l'acier, la mort
Le vice, les coups toujours plus forts
Partir, partir
La crasse, l'ennui, le feu, la rouille
L'angoisse, les cris, la pluie, la trouille
Partir, partir

J'ai la clé qui ouvre sur un blues bleu
Sur la ligne blanche reste un mort ou deux
Y a peut-être un ailleurs, un accord majeur

J'veux plus du fatal, je remets les gants
Jusqu'au point final où tout le monde descend
Y a peut-être un ailleurs, vu des extérieurs
Y a peut-être un ailleurs, y a peut-être un ailleurs

Les casses, le sang, l'acier, la mort
Le vice, les coups toujours plus forts
Partir, partir
Dans le mur noir j'ai fait mon trou
Un long couloir qui va jusqu'où
Partir, partir

Si tu vois un homme dans un port solaire
Assis sans un mot sur le quai désert
Pose pas de questions, il sait plus son nom

Attend un bateau partant pour l'oubli
Qui vient le chercher au bout de la nuit
Y a peut-être un ailleurs, un accord majeur
Y a peut-être un ailleurs, y a peut-être une erreur ...

BERNARD LAVILLIERS
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