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 SIMONE VEIL - UNE FEMME, UNE VRAIE

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liliane
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MessageSujet: SIMONE VEIL - UNE FEMME, UNE VRAIE   Mer 17 Mar - 13:09

Simone Veil, une humaniste entre à l'Académie française



PARIS - Femme politique populaire et humaniste, rescapée de la Shoah devenue ministre, présidente du Parlement européen et membre du Conseil constitutionnel, Simone Veil sera la sixième femme à entrer à l'Académie française.

La cérémonie d'intronisation de l'ancienne ministre de la Santé, initiatrice de la loi autorisant l'avortement en 1975, aura lieu jeudi en présence de Nicolas Sarkozy et de l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing.

De nombreuses personnalités, dont l'ancien président Jacques Chirac et le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, ont assisté à la remise de son épée d'académicienne, mardi au Sénat.

Le nom de Simone Veil rejoindra sous la coupole ceux de Marguerite Yourcenar, élue en 1980, Jacqueline de Romilly (1988), Hélène Carrère d'Encausse (1990), Florence Delay (2000) et Assia Djebar (2006) - cinq femmes sur 708 élus depuis la création de l'Académie française.

"Les femmes ont une autre vision de la société ! Et il est important qu'elles apportent leur regard, souvent plus pratique, plus concret que celui des hommes", déclare Simone Veil mercredi dans France Soir.

Fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu, l'Académie française a pour but de fixer des règles et de faire respecter la langue de Molière.

Devenir "immortelle" est une consécration pour Simone Veil, 82 ans, dont le destin hors du commun et le style - tailleur de tweed et chignon sage -, suscitent respect et sympathie chez ses amis comme chez ses adversaires.

De cette dirigeante déterminée désignée "femme préférée des Français" dans un récent sondage Ifop, les Français retiennent l'image d'une femme seule au milieu d'une assemblée d'hommes.

C'était le 26 novembre 1974 au Palais-Bourbon. Simone Veil défendait dans la tempête la loi légalisant l'avortement, surnommée depuis la loi Veil.

AUSCHWITZ


Un tournant dans la longue carrière politique de Simone Veil, née Simone Jacob à Nice en 1927.

"Ta mère est juive. Tu brûleras en enfer", lui avait jeté une camarade de classe à l'école.
En 1944, Simone Veil a 17 ans. Arrêtée et déportée à Auschwitz, elle en reviendra sans sa mère. Son père et son frère ont également disparu en déportation.

Orpheline, Simone Jacob rebâtit sa vie dans le Paris de l'après-guerre.

Elle intègre Sciences-Po où elle rencontre à 19 ans son futur mari Antoine Veil, dont elle aura trois fils, et Georges Pompidou, professeur, qui deviendra son mentor.

Gagnée par le virus de la politique, Simone Veil n'aura de cesse de rassembler centristes et gaullistes. Après l'ère Pompidou, elle sera propulsée dans l'entourage de Jacques Chirac, jeune Premier ministre.

Ministre de 1974 à 1979, elle est ensuite la première femme à présider le Parlement européen élu au suffrage universel, jusqu'en 1982.

Trahie par les gaullistes qui refusent de soutenir sa candidature pour un deuxième mandat, Simone Veil prend de la hauteur. Elle est membre de la commission des affaires juridiques et des droits de l'homme de l'Assemblée de Strasbourg puis présidente du groupe libéral de 1984 à 1989.

Elle réintègre un gouvernement comme ministre d'Etat, des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville de mars 1993 à mai 1995, avant d'entrer au Conseil constitutionnel (1998-2007).

Bien que centriste de coeur, Simone Veil a soutenu Nicolas Sarkozy contre François Bayrou, le candidat de l'UDF, lors de l'élection présidentielle de 2007.
Elle s'est éloignée du chef de l'Etat après la proposition de ce dernier, qu'elle désapprouvait, de faire "parrainer" de jeunes victimes de la Shoah par des élèves français.

En apportant son soutien à la candidate de l'UMP Valérie Pécresse pour les élections régionales en Ile-de-France, Simone Veil a montré qu'elle restait fidèle à la cause féminine et à la droite.

http://www.lexpress.fr/actualites/2/simone-veil-une-humaniste-entre-a-l-academie-francaise_855928.html

Mandats

du 7 mai 1974 au 29 mars 1977 : Ministre de la Santé.
du 29 mars 1977 au 3 avril 1978 : Ministre de la Santé et de la Sécurité sociale.
du 3 avril 1978 au 4 juillet 1979 : Ministre de la Santé et de la Famille.
de juillet 1979 à 1982 : Présidente du Parlement européen.
du 31 mars 1993 au 16 mai 1995 : Ministre d’Etat, des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville.
de Mars 1998 à mars 2007 : Membre du Conseil constitutionnel.

Distinctions et décorations

Grand officier de la Légion d’honneur
Chevalier de l’ordre national du Mérite
Dame commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique
Prix Nord-Sud du Conseil de l’Europe en 2007
Prix des Lauriers Verts en 2009 pour son autobiographie "Une vie"

Bibliographie

L’Adoption, données médicales, psychologiques et sociales, 1969.
Une femme Simone Veil, Michel Sarazin, Robert Laffont, 1987, 305 pages.
Simone Veil : Destin, Maurice Szafran, J’ai lu, 1996, Littérature Générale.
Les hommes aussi s’en souviennent : Discours du 26 novembre 1974 suivi d’un entretien avec Annick Cojean, Simone Veil et Annick Cojean (Interviewer), Stock, 2004, 112 pages.
Le texte complet des débats sur la loi du 17 janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de grossesse, publiés au Journal officiel de 1974, consultable sur le site de l’Assemblée Nationale
Simone Veil, Une vie, Stock, 2007


Dernière édition par liliane le Mer 17 Mar - 14:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: SIMONE VEIL - UNE FEMME, UNE VRAIE   Mer 17 Mar - 13:37

Simone Veil : quelle vie !


Qui l'aurait parié ? "Une Vie", l'autobiographie de Simone Veil publiée chez Stock, a été un grand succès de librairie


Dans un ouvrage marquée par une retenue constante, Simone Veil raconte sa jeunesse marquée par la déportation, ses études, puis une carrière brillante, mais traversée de dures épreuves.

"Des dates que je n'oublierai jamais"
« Du 13 avril (1944) au 15 au soir à Auschwitz-Birkenau. C’est une des dates que je n’oublierai jamais ».

Ces dates imprimées à jamais sont celles de la déportation vers Auschwitz, mais aussi «celle du 18 janvier 1945, jour où nous avons quitté Auschwitz", puis «celle du retour en France, le 23 mai 1945 ».

Avec l’expérience de la déportation vécue à l’âge de 16 ans, pas étonnant que les mémoires de Simone Veil soient marquées par une grande pudeur. Pudeur sur ses propres sentiments, mais aussi pudeur sur les événements et les personnes qui ont marqué sa vie, tant privée que publique.

Pourtant, les événements qui ont marqué « Ma Vie » –titre très sobre de son autobiographie- ont de quoi remplir les récits de plusieurs existences.


Jeunesse à Nice (elle est née en 1927), déportation dans les camps de la mort, retour à la vie d’après guerre sans ses parents, études, mariage, drames familiaux, entrée dans la magistrature, arrivée en politique, loi pour l’avortement, campagnes électorales, présidente du parlement européen….les vies de Simone Veil remplissent le siècle (le XXe).

Contre "la banalité du mal"
Simone Jacob (elle a épousé Antoine Veil après la guerre) a grandi dans une famille bourgeoise, peu argentée, juive laïque (« la laïcité était notre référence »), à Nice, avant d’être rattrapée par la guerre, le nazisme et ses horreurs.

Cette partie de sa vie –sans doute la plus marquante- n’occupe cependant qu’une surface restreinte dans le livre, une centaine de pages sur quatre cents. Preuve de la reconstruction réussie –sans doute- de Simone Veil.

Elle raconte Auschwitz, les conditions de sa survie, la mort de sa mère, l’abominable voyage vers Bergen-Belsen avec énormément de retenue. Au delà des souffrances qu’elle a endurées et de la description de l’univers concentrationnaire, elle a des propos très forts contre ceux qui banalisent le mal ou qui évoque une responsabilité collective : « dire que tout le monde est coupable revient à dire que personne ne l’est ». Elle raconte d’ailleurs comment elle s’est opposée à la diffusion du film « Le Chagrin et la Pitié », film très critique sur l’attitude des Français pendant la guerre.

L'expérience de la guerre et de la déportation l’a amenée à prendre des responsabilités et à ne jamais dépendre de personne. Elle décrit comment, d’étudiante à Sciences-Po au lendemain de la seconde guerre mondiale, elle est devenue magistrate, puis ministre en 1974.


Au fil des pages, elle dresse des portraits plutôt sympathiques des hommes politiques qu’elle a accompagnés ou croisés: Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Chirac, Michel Poniatowski. Les coups de griffes sont rares –toujours cette retenue- à l’exception notable de François Bayrou (« il est convaincu qu’il est touché par le doigt de Dieu pour devenir président. C’est une idée fixe, une obsession à laquelle il est capable de sacrifier principes, alliés, amis ». Plus surprenant, son attaque contre le système présidentiel français.

Sur la fin du livre, elle révèle ce qui l’a toujours guidé : « le sens de la justice, le respect de l’homme, la vigilance face à l’évolution de la société ». Un beau programme qui ne masque pas la grande tristesse des dernières pages d’« Une vie ». Une tristesse qui marque à jamais les beaux yeux de Simone Veil.

-> "Une vie" Simone Veil (Stock)


Pierre MAGNAN REINACH

http://culture.france2.fr/livres/coups-de-coeur/Simone-Veil-:-quelle-vie-!-47361238.html
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MessageSujet: Re: SIMONE VEIL - UNE FEMME, UNE VRAIE   Mer 17 Mar - 13:44

Simone Veil, Une Vie (action et méditations philosophiques…)



C’est non seulement une autobiographie, mais aussi un traité politique et, par certains passages, une réflexion philosophique. Un important document sur l’avancée pour le droit des femmes que fut la loi sur l’avortement, une analyse nuancée sur les rapports hommes / femmes et la domination sourde de la plupart des hommes (que Veil identifie comme mimétisme générationnel).

Son analyse de le perception (plus ou moins consciente) que les hommes ont de sexualité féminine, par le biais de la question de l’avortement, est particulièrement intéressante :

“Je me suis du reste, demandée à l’époque, si les hommes n’étaient pas, en fin de compte, plus hostiles à la contraception qu’à l’avortement. La contraception consacre la liberté des femmes et la maîtrise qu’elles ont de leur corps, dont elle dépossède ainsi les hommes. Elle remet donc en cause des mentalité ancestrales. L’avortement, en revanche ne soustrait pas les femmes à l’autorité des hommes, mais les meutrit.”



Parce que Simone Weil n’est pas une fanatique du féminisme, elle en est un des penseurs majeurs et parmi les plus crédibles. Son positionnement par rapportà la cause des femmesest ici particulièrement intéressant pour qui travaille sur les identités et les différentes figures de la singularité en philosophie politique :

“J’ai aimé que le Conseil constitutionnel se préocupe de la lutte contre les discriminations. Dans cette matière, je suis hostile aux amalgames hâtifs et aux interprétations simplificatrices . Pour moi, par exemle, l’égalité entre les sexes n’est pas la négation de leurs différences, qui ne sont pas seulement physiques, n’en déplaise à quelques sociologues intégristes. Disons-le clairement. Je suis favorable à toutes les mesures de discrimination positive susceptibles de réduire les inégalités sociales, les inéglités de promotion dont souffrent encore les femmes. Avec l’âge je suis devenue de plus en plus militante de leur cause. Paradoxalement peut-être, là aussi, je m’y sens d’autant plus portée que ce que j’ai obtenu dans la vie, je l’ai souvent obtenu précisément parce que j’étais une femme. (…) Tout cela pour dire que ma position actulle ne saurait être inteprétée comme une revanche personnelle. Elle tient en une seule phrase : les chances, pour les femmes, procèdent trop du hasard, et pas assez de la loi ou plus généralement de la règle du jeu. Réciproquement, je suis convaincue que la société ne peut que bénéficier de l’apport spécifique, pour elle, de la réduction des inégalités dont souffrent les femmes, plus en France du reste que dans les autres pays de l’Union, car chez nous les directives européennes sont, dans ce domaine, alégrement méconnues. “

S’ensuit une prise de position en faveur de la discrimination positive, question qui agite encore les discussions des philosophes de l’identité en France et, dans une certaine mesure, dans le monde anglo-saxon, même si l’action politique y a d’ores et déjà tranché. On peut être en désaccord avec Simone Veil, mais l’analyse de la discrimination positive est juste : c’est une action normative temporaire, qui vise à rattraper un retard, à résorber des inégalités ayant perduré pendant des décennies, des siècles, qui mettraient des siècles encore à se résorber par elles-mêmes, avec les mécanismes réguliers de la justice distributive. L’ “affirmative action” (terme en réalité plus approprié que “discrimination positive”) est une sorte de mesure d’urgence, pour retrouver un état de normalité, d’égalité. Pour ma part, je pense qu’il faut ici, comme souvent, revenir à la lecture de Rawls pour tenter de répondre à la question de la légitimé de l’ “affirmative action”.



L’autobiographie de Simone Veil est aussi l’occasion de lire d’excellentes pages de réflexion politique sur le rôle du Conseil Constitutionnel dans le fonctionnement démocratique français, la sécurité sociale, la nécessité de l’Europe…Là aussi, on est plus ou moins séduit par les conclusions en forme de prise de position, mais on ne peut qu’admirer la finesse analytique des phénomènes et des concepts.



Transparaît ici une femme au caractère fort, à l’indépendance farouche, parfois sévère et dure (de son propre aveu), mais ayant choisi une existence de conviction. Une réflexion me vient alors, à lire ces pages essentiellement centrées sur ses combats dans la société et laissant peu de place à sa vie de femme… celle qui a fait avancer la cause des femmes par cette loi historique sur l’avortement a dû, d’une certaine façon, renoncer à être complètement une femme, au sens affectif (voir psychanalytique) du terme… mais cela est-il possible lorsque le père fut trop tôt arraché pour que l’oedipe puisse être liquidé, lorsque le corps de la petite fille fut meutri, avant même qu’elle ait pu entrevoir qu’elle allait un jour être une femme ? Une sorte de compensation par la conscience intellectuelle de soi-même semble avoir pallié la réalité vacillante du corps-propre, à jamais marqué par la Schoah.

Comme tous les grands hommes de conviction, on est souvent d’accord avec ses combats, parfois sceptiques devant sa défense de Sarkozy ou Rachida Dati. Par contre, une certaine satisfaction à la voir refuser de faire allégeance au mythe De Gaulle, tout en portant une réelle vision de la droite centriste, dont justement l’on peine à retrouver les traces dans l’action du Président Sarkozy… Néanmoins, un grand moment de lecture, car Mme Veil, non contente d’avoir une vie passionnante, a une réelle plume d’écrivain !

http://lauramaigaveriaux.blog.lemonde.fr/2009/10/25/simone-veil-une-vie-action-et-meditations-philosophique/
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MessageSujet: Re: SIMONE VEIL - UNE FEMME, UNE VRAIE   Mer 17 Mar - 14:15

France 3 : "Simone Veil à l’Académie Française"

Réception de Simone Veil, en direct de l’Académie Française"
Date : 18/03/2010
Horaire : 14H45 - 17H15
Durée : 150 mn

Simone Veil est la 6e femme à faire son entrée à l’Académie Française. L’ancienne ministre vient ainsi occuper le fauteuil de l’ancien premier ministre Pierre Messmer, mort en août 2007. A cette occasion, France 3 propose une émission spéciale, en direct, depuis le Quai de Conti.

En compagnie de ses invités, Francis Letellier retracera le parcours de Simone Veil. Son parcours personnel (rescapée d’Auschwitz), son parcours politique en tant que ministre et auteur de la loi sur l’IVG (interruption volontaire de grossesse) et son engagement européen en tant que première femme Présidente du Parlement de Strasbourg. A 15 heures, la cérémonie de l’entrée de Simone Veil à l’Académie française, en présence de trois présidents (Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing, académicien depuis 2003), sera retransmise en intégralité. Les moments importants et les discours prononcés seront commentés par Francis Letellier et ses invités (fin prévue vers 17h10).
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MessageSujet: Re: SIMONE VEIL - UNE FEMME, UNE VRAIE   Jeu 18 Mar - 18:36

ACADÉMIE FRANÇAISE - Le discours de réception de Jean d'Ormesson pour Simone Veil



C'est lui qui, déjà, accueillit Marguerite Yourcenar lorsqu'elle entra pour la première fois à l'Académie le 22 janvier 1981. Deux décennies plus tard, fidèle aux traditions inscrites jusque dans les piliers de l'Académie française depuis 1635, Jean d'Ormesson accueille jeudi Simone Veil dans le sérail des "Immortels". Choisi parmi les académiciens, lui qui a été l'un de ses plus fervents soutiens au moment de son élection , l'homme de lettres commence son hommage à l'ancienne ministre par quelques vers de Racine, lancés sous la coupole de l'institution. Avant de poursuivre : "De toutes les figures de notre époque, vous êtes l'une de celles que préfèrent les Français."

Voici quelques extraits de son discours :

Sur la déportation :

" En m'adressant à vous, Madame, en cette circonstance un peu solennelle, je pense avec émotion à tous ceux et à toutes celles qui ont connu l'horreur des camps de concentration et d'extermination. Leur souvenir à tous entre ici avec vous. Beaucoup ont péri comme votre père et votre mère. Ceux qui ont survécu ont éprouvé des souffrances que je me sens à peine le droit d'évoquer.

La déportation n'est pas seulement une épreuve physique ; c'est la plus cruelle des épreuves morales. Revivre après être passée par le royaume de l'abjection est presque au-dessus des forces humaines. Vous qui aimiez tant une vie qui aurait dû tout vous donner, vous n'osez plus être heureuse. Pendant plusieurs semaines, vous êtes incapable de coucher dans un lit. Vous dormez par terre. Les relations avec les autres vous sont difficiles. Être touchée et même regardée vous est insupportable. Dès qu'il y a plus de deux ou trois personnes, vous vous cachez derrière les rideaux, dans les embrasures des fenêtres. Au cours d'un dîner, un homme plutôt distingué vous demande si c'est votre numéro de vestiaire que vous avez tatoué sur votre bras.

À plusieurs reprises, dans des bouches modestes ou dans des bouches augustes, j'ai entendu parler de votre caractère. C'était toujours dit avec respect, avec affection, mais avec une certaine conviction : il paraît, ma chère Simone, que vous avez un caractère difficile. Difficile ! Je pense bien. On ne sort pas de la Shoah avec le sourire aux lèvres. Avec votre teint de lys, vos longs cheveux, vos yeux verts qui viraient déjà parfois au noir, vous étiez une jeune fille, non seulement très belle, mais très douce et peut-être plutôt rêveuse. Une armée de bourreaux, les crimes du national-socialisme et deux mille cinq cents survivants sur soixante seize mille juifs français déportés vous ont contrainte à vous durcir pour essayer de sauver votre mère et votre soeur, pour ne pas périr vous-même.

Permettez-moi de vous le dire avec simplicité : pour quelqu'un qui a traversé vivante le feu de l'enfer et qui a été bien obligée de perdre beaucoup de ses illusions, vous me paraissez très peu cynique, très tendre et même enjouée et très gaie. "

Sur la "loi Veil" de 1974, qui autorise sur l'interruption volontaire de grossesse en France :

"Une minorité de l'opinion s'est déchaînée - et se déchaîne encore - contre vous. L'extrême droite antisémite restait violente et active. Mais d'autres accusations vous touchaient peut-être plus cruellement. 'Comment vous, vous disait-on, avec votre passé, avec ce que vous avez connu, pouvez-vous assumer ce rôle ?' Le mot de génocide était parfois prononcé. L'agitation des esprits était à son comble.

À l'époque, la télévision ne retransmettait pas les débats parlementaires. Au moment où s'ouvre, sous la présidence d'Edgar Faure, la discussion du projet à l'Assemblée nationale, une grève éclate à l'ORTF. En dépit à la fois de la coutume et de la grève, des techniciens grévistes s'installent dans les tribunes et diffusent le débat en direct. Ce sont pour vous de grands moments d'émotion et d'épuisement. Beaucoup d'entre nous, aujourd'hui et ici, se souviennent encore de ce spectacle où la grandeur se mêlait à la sauvagerie.

Je vous revois, Madame, faisant front contre l'adversité avec ce courage et cette résolution qui sont votre marque propre. Les attaques sont violentes. À certains moments, le découragement s'empare de vous. Mais vous vous reprenez toujours. Vous êtes une espèce d'Antigone qui aurait triomphé de Créon. Votre projet finit par être adopté à l'Assemblée nationale par une majorité plus large que prévu : deux cent quatre-vingt quatre voix contre cent quatre-vingt-neuf. La totalité des voix de gauche et - c'était une chance pour le gouvernement - une courte majorité des voix de droite.

Restait l'obstacle tant redouté du Sénat, réputé plus conservateur, surtout sur ce genre de questions. Le gouvernement craignait l'obligation d'une seconde lecture à l'Assemblée nationale pour enregistrement définitif. La surprise fut l'adoption du texte par le Sénat avec une relative facilité. C'était une victoire historique. Elle inscrit à jamais votre nom au tableau d'honneur de la lutte, si ardente dans le monde contemporain, pour la dignité de la femme."

la suite ........
http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2010-03-18/academie-francaise-l-hommage-de-jean-d-ormesson-a-simone-veil/920/0/435090
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MessageSujet: Re: SIMONE VEIL - UNE FEMME, UNE VRAIE   Dim 9 Fév - 14:54

Simone Weil, prophète pour notre temps
Gallimard réédite L’Enracinement

Alain, qui fût son maître, l’appelait la « martienne », ses camarades de Normale « la vierge rouge », la philosophe Marie-Madeleine Davy la qualifie de « prophète ». Quant à Simone de Beauvoir, elle dit d’elle dans ses Mémoires « J’enviais un cœur capable de battre à travers l’univers entier ». Syndicaliste, chrétienne, mystique, pour tous ses contemporains, Simone Weil demeure un être à part, « archangélique » et mystérieux, sorte de cerveau monté directement sur cœur, d’une capacité intellectuelle hors du commun, dénuée de tout cynisme et vouée sans conditions à un seule cause : la vérité.

L’Enracinement, son œuvre la plus achevée, essai politique d’une lucidité vertigineuse, est republié chez Gallimard, dans le cadre d’une parution des œuvres complètes entamée en 1988. Terminé en 1943, quelques semaines avant sa mort, on le considère comme son « testament spirituel ». C’est aussi un des écrits politiques les plus saisissants du XXème siècle, dimension que s’attache à mettre en valeur l’édition admirablement annotée par Patrice Rolland et Robert Chenavier.

Dans cet essai écrit dans une langue lumineuse, illustré par un art de la métaphore limpide, Simone Weil met le doigt dans la plaie de notre époque : le déracinement, cause principale selon elle, de la débâcle de 40. Mais, n’en déplaise aux néo-barrésiens adeptes de théories remplacistes, ici les racines ne sont pas celles de l’arbre de Monsieur Taine, où se mélangent la terre et le sang, mais plutôt des racines spirituelles et culturelles. Et le déracinement est moins dû à des logiques de métissage qu’à la technicisation progressive du monde et la bureaucratisation jacobine du « monstre froid » étatique.

L’histoire pour Simone Weil, loin d’être linéaire, est plutôt un océan de mensonges écrits par les vainqueurs où surnagent de temps à autres des « ilots de vérités », trésors égarés de l’âme humaine qu’il s’agit de retrouver.

Guérie du patriotisme par le Traité de Versailles (« les humiliations infligées par mon pays me sont plus douloureuses que celles qu’il peut subir »), Simone Weil y sera ramené par le danger et se rangera de tout son cœur du coté du « pouvoir spirituel » de la France libre.

Dès lors, pas question de jeter le bébé du patriotisme avec l’eau sale du pétainisme. La défaite nous oblige à « changer notre manière d’aimer la patrie ». Il ne s’agira plus d’un amour nationaliste, maurrassien, pour une France éternelle fondée sur une fausse grandeur, mais d’un « sentiment de tendresse pour une chose belle, fragile et périssable ». Il faut aimer la France, non pas avec le goût nostalgique des splendeurs révolues, mais avec la tendre sollicitude qu’on a pour ce qui est en danger.

La patrie, loin d’être un absolu fantasmé, est une chose temporelle et terrestre, un moyen parmi d’autres (le syndicat, la corporation, la région) qui permet d’atteindre ce « besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine » qu’est l’enracinement.

Chez cette penseuse systémique, la critique politique ne fait qu’un avec la critique sociale. Ainsi, si l’enracinement passe par l’attachement à la patrie, c’est le travail qui sera le lieu fondamental de notre participation au monde. Dans sa critique d’un cycle travailler-manger, propre aux temps modernes où l’accroissement est la seule finalité reconnue par le libéralisme, Simone Weil veut redonner toute sa valeur au travail et pense que la grande vocation de notre époque, et son unique rédemption, doit être « la constitution d’une civilisation fondée sur la spiritualité du travail ».

Chrétienne refusant l’Eglise, syndicaliste opposée à la révolution, antimoderne sans être réactionnaire, Simone Weil est une véritable funambule de la pensée, qui nous déroute et nous émerveille à chaque ligne. Une pensée intransigeante et fulgurante qui doit transpercer notre modernité comme un glaive plongé dans un cadavre vérifie s’il est bien mort, pour préparer sa résurrection. Camus lui-même écrivait: « Il paraît impossible d’imaginer pour l’Europe une renaissance qui ne tienne pas compte des exigences que Simone Weil a définies ».

Comme le décrit subtilement Robert Chenavier dans l’avant-propos qu’il consacre à l’ouvrage, L’Enracinement est le Timée de notre temps, le « livre du philosophe qui retourne dans la caverne », et vient distribuer le pain de la vérité aux mortels. On connaît le sort qu’il advint au philosophe qui est retourné parler aux hommes dans le mythe de Platon « ceux-ci, incapables d’imaginer ce qui lui est arrivé, le recevront très mal et refuseront de le croire : ne le tueront-ils pas ? ». Simone Weil, elle, mourra- ou se laissera mourir- de cette indifférence des hommes à la vérité. On peut lire dans son dernier cahier ses derniers mots poignants, pleine d’une amère lucidité dont seul sont capables les authentiques génies : « Silence de la petite fille dans Grimm qui sauve les 7 cygnes ses frères. Silence du juste d’Isaïe « Injurié, maltraité, il n’ouvrait pas la bouche ». Silence du Christ. Une sorte de convention divine, un pacte de Dieu avec lui-même condamne ici bas la vérité au silence ».

Nul n’est prophète en son pays.

Eugène Bastié
Simone Weil, Oeuvres complètes tome V, vol.2, L’Enracinement, Gallimard, décembre 2013.


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MessageSujet: Re: SIMONE VEIL - UNE FEMME, UNE VRAIE   Lun 6 Mar - 8:54


A l’approche de la journée de la Femme, le fils de Simone Veil parle de sa mère et de ses combats

Rescapée de la Shoah et passeuse de mémoire, magistrate et femme politique, Simone Veil s’est révélée dans tous ses combats une femme digne et profondément humaine
Dahlia Perez 5 mars 2017





A l’occasion de la Journée Mondiale de la Femme qui aura lieu le 8 mars, le Campus francophone du Collège Académique de Netanya lui rend hommage. Retour sur un parcours exceptionnel.

Parmi les intervenants, citons Maître Pierre-François Veil, le fils de Simone Veil, qui a répondu présent. Cadet d’une fratrie de trois enfants, le jeune homme a intégré, après une enfance heureuse, l’Institut d’études Politiques de Paris avant de devenir avocat en 1979. Rare dans les médias, en dépit de sa célèbre filiation, il est connu pour avoir défendu en 2011 l’ancien ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres dans le cadre de l’affaire Karachi.

Apprécié pour ses qualités de négociateur et sa discrétion, Pierre-François Veil s’investit depuis des années pleinement dans la vie associative, en œuvrant notamment pour un meilleur enseignement de la Shoah dans les écoles françaises.

C’est votre première visite en Israël ? Avez des liens avec le pays ? Dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques jours de votre venue ?

Pierre-François Veil : Je suis venu en Israël la première fois en 1971. j’y ai passé également près d’une année entre 1972 et 1973. Depuis, je viens très régulièrement, deux à trois fois par an, pour des raisons professionnelles ou amicales.

Personnalité au destin exceptionnel, votre mère est la femme politique dont la légitimité est la moins contestée, en France et à l’étranger. Savez-vous comment elle est perçue, ici, en Israël ?

A vrai dire je ne le sais pas très bien, non. Dans la plupart des cas on ne connaît des autres pays que les personnalités politiques majeures ou qui ont eu un rôle international. Ça n’a jamais été le cas de Maman. J’imagine qu’elle est plutôt connue comme une personnalité qui a eu un rôle très important sur le plan d’un positionnement moral et éthique, plus que directement politique et lié aux affaires internationales.

Il est vrai que la fonction qu’elle a exercée de première présidente élue au suffrage universel du Parlement européen lui a probablement donné une assez forte notoriété internationale.

Parlons déjà de Simone Veil, rescapée de la Shoah et passeuse de mémoire. Votre mère a dit je crois qu’après son retour en France, elle était prête à parler et à témoigner, mais que presque personne ne voulait entendre ce qu’elle avait à dire. Comment ce passé était-il évoqué dans la sphère familiale ? A quel moment avez-vous appris vous-même que votre mère était une ancienne déportée et une survivante de la Shoah ?

D’abord, je crois qu’il faut remettre les choses dans une certaine chronologie. Le retour des camps s’est fait en 1945. Je suis né dix ans plus tard. Par conséquent, quand la question a commencé à se poser pour un petit garçon de l’âge de neuf ou dix ans, on était déjà vingt ans après le retour des camps.

Effectivement dans mon enfance, j’ai toujours su que notre mère avait été déportée, j’ai toujours connu son histoire. Quand on a huit ou douze ans, on n’en connaît pas le détail et les éléments comme on peut les connaître à vingt ans ou même après.

Chaque fois que je partais en vacances avec ma mère ou qu’on allait à la piscine, je voyais qu’elle avait un numéro sur le bras. Par conséquent c’est quelque chose qui a toujours été dans ma vie. Encore une fois, on est quinze ou vingt ans après le retour.

Juste après la guerre, peut-être parce qu’il y avait la construction de l’Europe, parce qu’il fallait regarder devant soi, personne ne voulait replonger dans ce qui s’était passé. Peut-être la culpabilité aussi, sûrement tout un tas de raisons. C’est vrai que ça n’a intéressé personne.

Mes frères et moi savions. Cela faisait partie de notre histoire. C’est quelque chose dont on parlait peu dans les familles juives. Soit parce que les familles avaient totalement disparu, soit parce que dans celles ou une ou deux personnes avaient été déportées et ou d’autres avaient échappé aux rafles, on n’avait pas envie d’en parler.

C’était trop lourd et il fallait regarder devant soi. Il y a un certain nombre d’œuvres de littérature et de films qui sortent maintenant sur le sujet, et qui montrent que personne en réalité ne voulait en parler, pour des raisons très différentes. Les uns par culpabilité, les autres par honte. Pour regarder devant, pour survivre et aussi se reconstruire…

Le 18 novembre 2007, votre mère reçoit le prix Scopus de l’université hébraïque de Jérusalem des mains de l’écrivain et philosophe Bernard-Henri Lévy. Quel est son rapport à Israël ?

C’est un rapport très fort et très intime. Au retour des camps ma mère avait rencontré un certain nombre de déportés d’Europe Orientale, pour lesquels le yishouv, l’existence d’un foyer juif en Palestine et le combat pour un futur pays, Israël, étaient un avenir certain. Elle nous a toujours dit que pas un instant elle n’avait imaginé aller en Israël, y compris après la déportation.

Elle a toujours été française, et française totalement.

Néanmoins, son attachement à l’État d’Israël est un attachement encore une fois extrêmement intime et extrêmement fort ; un de mes plus vieux souvenirs d’enfance date du 5 juin 1967. J’avais treize ans mais c’est un souvenir très précis, lié je crois au fait que mes parents avaient acheté la première télévision familiale quelques mois auparavant. Notre mère était magistrate à l’époque, elle rentrait déjeuner à la maison avec nous.

Je la revois, le 5 juin 1967, regardant les premières images qui arrivaient du Sinaï à la télévision. Elle était en larmes, avec un sentiment extrêmement fort et marqué de menace pour la pérennité de l’État d’Israël. C’était pour elle un drame épouvantable.

Je cite Bernard-Henri Lévy qui la décrit comme étant « l’Européenne qui, avec Primo Levi, nous a enseigné à ne pas céder sur le devoir de mémoire. » Comment votre mère vit-elle le fait qu’aujourd’hui la Shoah soit devenue si difficile et tabou à enseigner dans certaines classes en France ?

La situation que vous décrivez est préoccupante. En même temps, je pense qu’il faut faire attention au vocabulaire qu’on utilise. Il y a peu de temps encore, au dîner du Crif, le Président de la République a rappelé qu’il était impératif que l’enseignement de la Shoah soit dispensé sans difficulté dans toutes les écoles de France. La plupart des enseignants s’efforcent de le faire, alors qu’on sait bien qu’il y a des difficultés, des collèges et des classes dans lesquels c’est plus difficile qu’ailleurs.

C’est évidemment une situation inquiétante parce qu’elle révèle chez les enfants qui s’opposent à cet enseignement une sorte d’amalgame et de confusion de la pensée qui est extrêmement préoccupante. Beaucoup d’organismes en France font des efforts constants pour que l’enseignement de la Shoah puisse être d’abord transmis et ensuite développé.

Encore ce matin, dans d’autres fonctions, je me suis efforcé de finaliser des programmes pour des professeurs que nous allons envoyer en formation à l’École internationale de Yad Vashem. Des efforts qui participent à l’approfondissement de l’enseignement de la Shoah en France et je pense que c’est très important.

Quel message votre mère voudrait transmettre selon vous aux jeunes générations d’aujourd’hui, à la jeunesse française ? Et de quelle manière son vécu, son parcours politique et ses écrits nous parlent, à la lumière de l’actualité ?

Il me semble qu’à la lumière de l’actualité, ce qui compte c’est de ne pas se laisser emporter par la passion mais de toujours exercer sa raison et son regard critique sur les idées admises et démagogiques qui sont présentées à ces jeunes, et données en perspective de lendemains qui chantent.

Depuis toujours, notre mère a toujours été très attachée à la culture et à l’éducation. Des valeurs essentielles à transmettre aux jeunes pour qu’ils soient capables d’affronter des situations imprévues. Ceci afin de leur donner les moyens de la réflexion, et la possibilité de faire des choix qui préserveront les valeurs que la France a été la première a apporté au monde : la tolérance, la fraternité, l’humanité, les valeurs essentielles de la démocratie.

Je voudrais à présent évoquer la loi Veil. En 1974, votre mère présente au Parlement le projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG), qui dépénalise l’avortement. Ce combat lui vaut à l’époque des attaques et des menaces de la part de l’extrême droite et d’une partie de la droite parlementaire. Vous aviez 20 ans à l’époque. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?

C’est vrai que ça a été un combat parlementaire et un débat très dur, parce qu’il y allait des convictions individuelles de chacun. Et du reste, il faut se souvenir que les groupes politiques n’avaient donné aucune instruction formelle de vote parlementaire, laissant à chacun la possibilité de voter en vertu de ses propres convictions personnelles sur le sujet, qu’elles soient religieuses ou éthiques.

Pour autant, il y a un certain nombre de gens qui n’ont pas manqué de manifester au-delà de leurs convictions des expressions de haine absolument intolérables. C’est vrai qu’il y a eu des moments difficiles, des courriers d’insultes, des inscriptions en bas de la maison et des menaces. Franchement, le souvenir que j’en ai en ce qui concerne Maman est qu’elle restait absolument imperturbable.

Simone Veil (Crédit : capture d’écran YouTube/La Traversée Du Miroir-Simone Veil, Abd Al Malik)

Ça ne l’a pas troublée un instant, peut-être même, mais je ne peux pas l’affirmer, ça n’a fait que renforcer sa conviction que cette loi qui, encore une fois, instituait une dépénalisation de l’avortement clandestin ne faisait que résoudre un problème de santé publique. Comme elle l’a dit au début de son discours le 26 novembre 1974 à la tribune de l’Assemblée Nationale, et elle n’a jamais changé d’avis là-dessus, aucune femme, jamais, n’envisage avec bonheur une interruption volontaire de grossesse. C’est toujours un drame et je pense que c’est pour elle une conviction absolue.

C’était aussi la nécessité de régler d’abord un problème de santé publique, et d’ordre public alors qu’il y avait, il faut s’en souvenir, pratiqués en France alors que c’était interdit, 350 000 à 400 000 avortements clandestins par an. C’était une situation à laquelle les pouvoirs publics devaient mettre un terme. Il n’y avait pas le choix.

Il fallait affronter une situation où le cadre juridique était complètement dépassé, face à cette réalité sociologique. C’est ce qu’a fait Maman, affronter cette situation avec le soutien complet du président de la République et du gouvernement.

Devoir de mémoire, fragilités sociales, libertés individuelles et dignité humaine comptent parmi les combats que votre mère a menés durant toute sa carrière politique… Diriez-vous que ce qu’elle a vécu à Auschwitz l’a forgée en quelque sorte au combat ?

Si c’était Maman qui parlait à cet instant, elle vous dirait que le souvenir qu’elle garde de la Pologne reste très vivace en elle. Quel est le principal enseignement qu’elle en tire ? La conviction absolue que l’Histoire peut-être tragique et que le pire peut arriver. Et que par ailleurs, le meilleur de l’homme peut également s’exprimer et que c’est toujours une question de choix.

 
Il n’y a pas de fatalité, que ce soit dans les histoires individuelles ou dans l’histoire collective ou nationale. Essayer de choisir en fonction de critères éthiques et moraux reste absolument essentiel. Être lucide face aux situations telles qu’elles sont, ne jamais accepter et exercer son filtre éthique et moral sur les situations auxquelles on est confronté.

Votre mère est nommée membre du Conseil constitutionnel en mars 1998. Elle sort de son devoir de réserve en 2005, pour appeler à voter « oui » au référendum sur la Constitution européenne. Pour votre mère où en est l’Europe aujourd’hui ? Autour de quelles valeurs peut-elle encore se fédérer ?

Plus que se fédérer, c’est plutôt se retrouver, à une époque où des menaces, y compris pour la paix civile, semblent revenir. On a pu penser que les gens s’éloignaient de l’Europe parce qu’elle a été construite comme un gage de paix et que maintenant cette paix semble acquise, et qu’il n’y a plus de risques de confrontation entre les pays. Mais ces risques n’ont pas totalement disparu. Ils existent toujours et ils peuvent revenir.

Les égoïsmes nationaux se manifestent, les frontières sont en train de revenir. Ça devrait plus que jamais redonner à l’idée européenne la volonté d’un rapprochement commun, de l’énergie pour montrer aux citoyens européens que c’est probablement le seul moyen d’éviter à nouveau la résurgence de conflits graves.


Donc oui, l’Europe devra rester un idéal. Pour cela, il faudra développer le sentiment d’appartenance et donc d’implication de chacun dans une démocratie européenne renforcée.

Votre mère a été reçue sous la Coupole le 18 mars 2010, en présence du président de la République Nicolas Sarkozy. Sur son épée d’Immortelle est gravée le numéro matricule qui avait été inscrit sur son bras à Auschwitz, ainsi que les devises de la République française et de l’Union européenne : « liberté, égalité, fraternité » et « unis dans la diversité ». Comment votre mère vit-elle aujourd’hui la vague d’attentats sans précédent qui a touché la France ces deux dernières années ?

Comme tout le monde, avec beaucoup d’inquiétude sur l’avenir, et le sentiment que l’Europe et les démocraties sont confrontées à des défis qu’il faut relever. Elle ne doute pas que ces défis seront surmontés, mais ils ne seront pas surmontés sans efforts ni difficultés. Il faudra se battre.

Les élections présidentielles approchent et Marine Le Pen est peut-être aux portes du pouvoir. Comment votre mère vit-elle cette normalisation de l’extrême-droite ?

Vous savez, ma mère est aujourd’hui une femme très éloignée de la vie publique. Mais comme tous les gens de sa sensibilité politique pour lesquels la démocratie et les valeurs d’humanisme de la République sont intimement liées, ce développement des extrêmes est pour elle une source de grande inquiétude.




http://fr.timesofisrael.com/a-lapproche-de-la-journee-de-la-femme-le-fils-de-simone-veil-parle-de-sa-mere-et-de-ses-combats/
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MessageSujet: Re: SIMONE VEIL - UNE FEMME, UNE VRAIE   Ven 30 Juin - 16:37

"Simone Veil, Simone veille, Simone éveille, Simone réveille,
Simone Veil fit de sa vie de femme et citoyenne une merveille."
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MessageSujet: Re: SIMONE VEIL - UNE FEMME, UNE VRAIE   Ven 30 Juin - 20:27





Simone Veil reste immortelle par Nicolas Sarkozy




Simone Veil est morte. La France se désole et s’étonne qu’elle ait pu mourir tant son image, malgré le temps qui passe, était restée inaltérable. Pourtant Simone Veil aurait pu mourir beaucoup plus tôt car elle avait été condamnée à mort, il y a soixante douze ans, par le nazisme. Elle était juive, elle avait seize ans, elle n’avait donc pas le droit de vivre aux yeux de ceux qui avaient planifié la solution finale pour pouvoir exterminer tout un peuple à une échelle industrielle.
Simone Veil aurait dû mourir, elle aurait pu mourir comme elle avait vu mourir ces femmes et ces enfants que l’on envoyait prendre des douches dont on ne revenait jamais. Elle aurait pu mourir, comme son père, comme son frère ou encore comme sa mère, de fatigue, de froid et d’épuisement sur le bord des chemins empruntés par des millions de déportés dans les marches de la mort.


Simone Veil n’est pas morte, elle a survécu, puis elle a fait mieux, elle a vécu et elle a choisi de consacrer au bien commun cette vie qu’elle avait gagnée contre le mal absolu à force de courage, de volonté, de ténacité et d’intelligence. Simone Veil n’est pas morte, elle s’est mariée, elle a fondé une famille, elle a travaillé, elle s’est engagée.

A une époque où les gouvernements français étaient encore des clubs politiques réservés aux hommes, elle est devenue ministre de Valéry Giscard d’Estaing et s’est imposée dans un combat qui a marqué l’Histoire de notre société. Elle ne s’est pas élevée contre un dogme ou des convictions religieuses qu’elle respectait profondément mais elle s’est levée pour combattre la souffrance et une souffrance qui lui était particulièrement insupportable, la souffrance silencieuse des femmes. Simone Veil, en effet, n’était pas une idéologue car elle avait payé du prix le plus élevé la folie des idéologues. Du haut de la tribune de l’Assemblée Nationale, Simone Veil a simplement dit que la République ne pouvait pas continuer à fermer les yeux sur 300 000 avortements qui se pratiquaient chaque année clandestinement. Elle a simplement dit que la République ne pouvait plus accepter que des femmes meurent dans des souffrances abominables parce qu’elles n’avaient pas les moyens de prendre un avion et de se payer un séjour dans une clinique privée à l’étranger. Simone Veil a fait ce qu’elle croyait juste et même si elle a essuyé des insultes qui déshonoraient ceux qui les lui lançaient en pleine face, elle a su trouver une majorité qui allait au-delà des clivages politiques. Ce jour-là, elle a fait ce qu’elle considérait être son devoir. Rien de plus et ce fut sa grandeur.

Simone Veil s’est aussi engagée dans la vie politique pour défendre une idée, une idée qui lui paraissait plus grande qu’elle-même, plus importante que son propre destin politique dont elle n’a jamais fait un objectif. Cette idée, ce combat, c’était la construction européenne. Cette femme qui aurait pu entretenir à l’égard de l’Allemagne une méfiance instinctive et même un ressentiment inextinguible a été élue Présidente du Parlement Européen par des députés français et allemands. Simone Veil avait la conviction profonde, une conviction forgée par le drame de sa vie, -cette vie qui a donné le titre de son plus beau livre-, que seule la construction européenne permettrait au continent d’échapper aux démons de la guerre et de la haine et que sans une amitié franco-allemande sans faille, il n’y aurait de place ni pour la paix, ni pour l’Europe. Dans les années 1990, le retour de la guerre dans les Balkans, au cœur même du continent européen, fut pour elle comme un coup de semonce. Il rappelait que le combat pour une Europe politique, forte, efficace et gouvernée, était le seul rempart contre le retour du passé.


Simone Veil n’est pas morte car après s’être retirée de la vie politique, elle a consacré son énergie au devoir de mémoire. Mémoire des siens et mémoire de l’holocauste qui les avait dévorés. J’ai été heureux, comme une immense majorité de Français, de la voir entrer à l’Académie Française pour y devenir, là encore, une des rares immortelles de sa génération comme j’ai été fier, je l’avoue, d’obtenir une modification du code de la Légion d’Honneur pour qu’elle puisse être élevée à la dignité de Grand officier sans avoir reçu les grades inférieurs. La France de Claudel, de Racine et de Napoléon rendait hommage à cette femme qui, même dans les camps de la mort, n’avait jamais abdiqué et avait toujours défendu la dignité humaine en refusant de baisser les yeux. Simone Veil avait la dimension d’une femme d’Etat car son humanité ne lui interdisait jamais d’être, lorsque la situation l’exigeait, d’une très grande fermeté.

J’ai connu Simone Veil, j’ai admiré Simone Veil et je veux l’écrire ici, j’ai aimé Simone Veil dont l’amitié ne m’a jamais fait défaut. Son regard bleu pouvait exprimer l’autorité et même la colère mais il y brillait toujours une grande bonté et la lueur de l’espoir.
Simone Veil est partie rejoindre son mari Antoine avec lequel elle formait un couple hors du commun mais elle n’est pas morte car son action comme son souvenir obligent tous ceux qui l’ont admirée et aimée. En effet, ce souvenir aujourd’hui nous oblige, comme il oblige l’Europe qu’elle a servie à rester à la hauteur du témoignage de courage et de volonté qu’elle nous laisse.


Nicolas Sarkozy


Dernière édition par Bridget le Sam 1 Juil - 0:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: SIMONE VEIL - UNE FEMME, UNE VRAIE   Mer 5 Juil - 14:00



Discours émouvants des fils de Simone Veil lors de la cérémonie aux Invalides
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MessageSujet: Re: SIMONE VEIL - UNE FEMME, UNE VRAIE   Ven 14 Juil - 12:19

Simone Veil, une Femme, une Vraie

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MessageSujet: Re: SIMONE VEIL - UNE FEMME, UNE VRAIE   

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