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 INEDIT ET FRAGMENT DE NABOKOV

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Nine
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MessageSujet: INEDIT ET FRAGMENT DE NABOKOV   Mer 2 Déc - 10:46

Un fragment d'un roman inédit de Nabokov
est publié en Russie

THE ASSOCIATED PRESS

"Si vous voulez, voici ce que je suis prêt d'admettre:
je ne suis moi-même rien d'autre qu'un chercheur d'aventures verbales".

Le Don (1992)
Citations de Vladimir Nabokov



SAINT-PETERBOURG, Russie - Le dernier roman, inachevé, de Nabokov
a été mis en vente en Russie en deux versions,
plus de 30 ans après que l'auteur eut demandé à ce que ces pages soient brûlées, à sa mort.

L'écrivain russe émigré aux Etats-Unis a écrit "L'Original de Laura"
sur des fiches cartonnées en 1975-1977, les dernières années de sa vie.

Il avait demandé à sa femme de détruire ces restes littéraires à sa disparition,
indique Tatiana Ponormaryova, directrice du musée Nabokov de Saint Petersbourg,
où les deux versions du manuscrit ont été présentées lundi.
L'une est la version anglaise des fiches de Nabokov.
L'autre version, en russe, remet les mots sous une forme plus écrite.

Le fils de Nabokov, Dimitri, qui a décidé de passer outre à la volonté paternelle
en publiant cette oeuvre incomplète, écrit dans la préface:
"Je pense que mon père ou son ombre ne serait pas contre la libération de Laura
si elle a vécu jusqu'ici".
*******************
Il y a un an l'info apparaissait sous cette forme :

Une oeuvre inédite de V. Nabokov mise aux enchères à New York
01.12.09
Le manuscrit de "L'original de Laura",
un ouvrage inachevé de Vladimir Nabokov qui vient d'être édité
32 ans après la mort de l'écrivain russe, sera vendu vendredi aux enchères à New York,
a annoncé mardi la maison Christie's.

Le manuscrit, estimé entre 400 000 et 600 000 dollars par Christie's,
consiste en 138 fiches bristol manuscrites, que l'écrivain russe a écrites entre 1975 et 1977,
année de sa mort.


La publication de ce manuscrit, que l'auteur de "Lolita" avait demandé de détruire avant de mourir,
a fait l'objet de débats passionnés entre spécialistes dans d'innombrables conférences et articles.

Dimitri Nabokov, 75 ans, fils de l'écrivain, a longtemps hésité avant de confier l'oeuvre
à l'agent littéraire Andrew Wylie, qui a négocié les droits en 2008 avec les maisons d'édition Knopf/Random House aux Etats-Unis, et Penguin en Grande-Bretagne.

"C'est l'histoire d'un homme qui a perdu sa fille et voit dans une autre fille de 12 ans,
non pas un objet sexuel, mais une sorte de substitut à sa fille",
avait déclaré Brian Boyd, biographe de Nabokov, dans une interview à l'AFP.


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MessageSujet: Re: INEDIT ET FRAGMENT DE NABOKOV   Mer 2 Déc - 10:53

L’aura de Nabokov



Demain sort en librairie «Laura», un inédit que l’auteur culte,
disparu en 1977, voulait voir brûler.
Par FRÉDÉRIQUE ROUSSEL

L’ultime texte de l’écrivain Vladimir Nabokov sort demain en librairie
aux Etats-Unis et en Grande Bretagne.
La publication de Laura achève plus de trente ans d’atermoiements de ses héritiers,
mais aussi de supputations des lecteurs et des spécialistes de son œuvre sur le contenu
et la valeur de ce texte inachevé.

Fallait-il le brûler, comme l’avait demandé Vladimir Nabokov avant sa mort ?

Le voile se déchire sur une passionnante légende littéraire.
Son fils unique, Dimitri, âgé de 75 ans aujourd’hui, aura finalement fait le pas décisif.
Le 2 juillet 1977, l’auteur de Lolita meurt d’un œdème du poumon en Suisse.
Il travaillait alors depuis près de deux ans à un dernier livre au Montreux Palace,
où il s’était installé avec sa femme, Véra, au début des années 60.
«Je prends un plaisir merveilleux à mon nouveau roman», écrivait-il à un ami début 1976.
Sa discipline quotidienne est invariable.
«Je me lève entre 6 et 7 et j’écris au crayon bien taillé, debout devant mon lutrin jusqu’à 9. […]
Après le lunch, je me remets à ma seconde période de travail jusqu’au dîner»,
Racontait-il sur le plateau d’Apostrophes, le 30 mai 1975 à l’occasion de la publication
d’Ada ou l’Ardeur.

L’écrivain, né à Saint-Pétersbourg en 1899, émigré à la révolution,
rédige le canevas de The Original of Laura sur des fiches bristol.
Ce procédé d’écriture progressive fait que son legs posthume a la forme de fragments.
A sa mort, sa femme et son fils découvrent 138 fiches liées à Laura.
Ils décident de ne pas les détruire,
comme le relate Dimitri Nabokov à l’Express en avril 1999 :

L'INCINERATEUR :
«Sur son bureau, il nous a laissé un roman inachevé, avec cette consigne :
nous devions, ma mère et moi, détruire tout ce qu’il n’avait pas pu terminer…
Nous ne l’avons pas fait, évidemment.»

Echo troublant aux circonstances dans lesquelles un autre de ses romans,
Lolita, avait échappé au bûcher.
En 1955, Nabokov part bille en tête le livrer à l’incinérateur de l’université de Cornell,
aux Etats-Unis, où il enseignait. C’est Véra qui l’en empêchera.

Bonnes feuilles. Pendant toutes ces années,
Laura dormait dans le coffre-fort d’une banque suisse.
Jusqu’à ce que Dimitri Nabokov, dont la mère est morte en 1991,
imagine enfin le publier en 2008.
L’édition de cette centaine de pages paraît simultanément chez l’Américain
Knopf/Random House et chez le Britannique Penguin.
Dans son numéro de décembre, le magazine Playboy publie en exclusivité les bonnes feuilles.

En France, la sortie du livre est prévue pour mars 2010 chez Gallimard,
dans une traduction de Maurice Couturier.

Que raconte donc Laura ?
L’histoire d’un neurologue obèse et laid, Philip Wild, marié à Flora,
une jeune femme infidèle qui lui rappelle Laura, un amour de jeunesse.
Ses méditations concernent la nature de la mort et le suicide.

Avant sa parution, l’existence de ce texte alimentait les passions.
Paru, il nourrira l’exégèse.
Un colloque organisé le 26 février 2010 à l’université François-Rabelais de Tours
l’a déjà programmé dans une journée intitulée «Lolita et The Original of Laura».

Source : Liberation


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MessageSujet: Re: INEDIT ET FRAGMENT DE NABOKOV   Mer 2 Déc - 11:09

Nabokov profané ?



Alors que paraît en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis un inédit inachevé de l’auteur de Lolita,
la polémique enfle autour de ce texte que l’auteur lui-même vouait aux flammes après sa disparition.
Nelly Kaprièlian

Le premier amour de Vladimir Nabokov s’appelait Tamara.
La femme avec qui il vécut cinquante-deux ans, qui fut également sa muse,
sa traductrice, sa première lectrice, s’appelait Vera.
Ses filles de papier eurent pour nom Lolita, Ada, Machenka…
et la toute dernière, Laura, celle qu’il façonnait juste avant de trouver la mort, le 2 juillet 1977,
celle qui n’est donc jamais vraiment née,
a vu finalement le jour encore au stade embryonnaire le 17 novembre
en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis (avril 2010 en France, chez Gallimard).

The Original of Laura, le manuscrit que Nabokov avait commencé deux ans avant sa mort, d’abord intitulé Dying Is Fun, puis qu’il surnomma TOOL (les initiales du titre), arrive donc en librairie comme un événement (un inédit du père de Lolita !) mais aussi accompagné d’une polémique : fallait-il ou pas publier ce texte inachevé que Nabokov luimême, succombant alors à une infection des voies respiratoires dans une clinique suisse, avait prié sa femme et son fils, Dmitri, de brûler après sa mort ? Vera Nabokov, qui avait passé sa vie à veiller sur son mari (on raconte qu’elle se promenait avec une arme et apprit à conduire pour l’emmener partout où il voulait aller à la chasse aux papillons), n’eut pas le coeur de détruire le manuscrit et le mit en sûreté dans un coffre en Suisse. C’est déjà Vera qui aurait sauvé le manuscrit de Lolita des flammes alors que Nabokov avait décidé de le détruire dans l’incinérateur de leur maison aux Etats-Unis.

Il y a décidément beaucoup de feu autour de l’oeuvre de Nabokov – Lolita, au fond, ne cessa de déclencher les incendies érotiques et les foudres de l’ordre moral –, et c’est aussi Vera qui brûlera cinquantedeux ans de correspondance avec son mari… Vera Nabokov décédée en 1991, c’est leur fils, Dmitri, qui hérita du problème : fallait-il respecter la dernière volonté de son père ou donner à lire son ultime manuscrit ? “Je connais bien Dmitri, nous avons quasiment été élevés ensemble”, précise Ivan Nabokov, son cousin, éditeur à Paris. “Il m’a téléphoné en 1977, quelques mois après la mort de son père, pour me demander mon avis sur la question. Ce à quoi je lui avais répondu que le seul fait de poser la question signifiait qu’au fond il avait déjà décidé de ne pas le détruire. Plus tard, Dmitri l’a fait lire à quelques spécialistes de Nabokov qui émirent tous le même avis : il ne fallait pas le publier. Il y a un an, j’ai appris qu’il avait finalement décidé de le faire paraître. Il a changé d’agent, donc délaissé celui de son père, pour choisir le très célèbre Andrew Wylie. Je crois que Dmitri, qui a récemment été très malade, a eu besoin d’argent. Il m’a dit alors : “Papa rigolerait de toute cette polémique autour de la publication de ce livre.”

Vladimir Nabokov, qui ne laissait rien au hasard, aurait-il vraiment ri de voir publié son roman inachevé, cette esquisse non réécrite, non lissée par ses soins ? “Je ne crois pas, renchérit Ivan Nabokov. Vladimir était un perfectionniste. Il est le seul auteur qui avait écrit à l’avance toutes ses réponses pour l’émission de Bernard Pivot. Vladimir aimait que tout soit nickel, l’artifice comptait beaucoup pour lui, dans ses livres il aimait tout ce qui était fabriqué, pensé, réfléchi.”

Parmi les cas célèbres d’auteurs interdisant la publication des romans qu’ils laissent après leur mort, on pense à Kafka, qui demanda à son ami Max Brod de détruire ses manuscrits : heureusement, Brod passa outre et on lui doit la publication d’oeuvres majeures telles que Le Château et Le Procès. Sauf que dans ce cas, il s’agissait de romans écrits. Ce fut aussi le cas pour Nabokov de cet inédit publié par Dmitri en 1987, dix ans après la mort de son père, le bref et beau L’Enchanteur, écrit avant Lolita et qui annonçait déjà la nymphette à venir.

Or The Original of Laura, en plus d’être inachevé, se présente sous forme de 138 fiches – Nabokov écrivait ses romans, dont Lolita, sur des fiches de bristol – rédigées au crayon à papier, ratures comprises. Le livre qui sort aujourd’hui restitue ces fiches en fac-similés, avec le texte imprimé pour en faciliter la lecture (même si l’écriture manuscrite de Nabokov est d’une clarté rare).

On trouve déjà des traces de ce manuscrit dans la monumentale biographie de Nabokov écrite par Brian Boyd. Epuisé par le triomphe français d’Ada ou l’ardeur, Nabokov fait une chute grave alors qu’il prend des vacances à Davos en Suisse avec sa femme en 1975 (il a alors 76 ans) et chasse le papillon. Cet accident, dont il ne se remettra jamais vraiment, ouvrira la porte à une série de maladies, dont une forte pneumonie. C’est pourtant dès 1975, après cette chute, que “début décembre, il annonçait qu’il “retournait avec enthousiasme dans l’abysse de [son] nouveau roman”, intitulé provisoirement A Passing Fashion (Une mode fugitive), et le 20 décembre, il commençait à écrire à un rythme soutenu, au moins trois fiches par jour”, raconte Brian Boyd.

Nabokov continuait de noter dans son agenda :
“transcris sous une forme définitive cinquante fiches, cinq mille mots”. Mais les maladies et hospitalisations successives l’empêcheront d’achever TOOL. Alors qu’il est à nouveau hospitalisé, Nabokov lit beaucoup, “mais la plus poignante de ses lectures était un livre inachevé, écrit Boyd. Jour après jour, peut-être une cinquantaine de fois au cours de plusieurs semaines de délire, il revenait à The Original of Laura, achevé dans son esprit, pour, dit-il, le lire à haute voix “à un petit auditoire imaginaire dans un jardin clos de murs. Mon auditoire se composait de paons, de pigeons, de mes parents, morts depuis longtemps, de deux cyprès, de plusieurs jeunes infirmières accroupies tout autour et d’un médecin de famille, si vieux qu’il en était presque invisible.” The Original of Laura sera le premier livre de Vladimir Nabokov à paraître sans être dédié à Vera, sa lectrice absolue, autant dire sans être adressé. Lancé comme un événement secret défense par Andrew Wylie, sous embargo (les critiques devaient se rendre chez Penguin en Grande-Bretagne ou Knopf aux Etats-Unis pour le consulter), il a déjà eu à subir les foudres de la presse anglaise. Il nous a fallu signer un document exigeant la confidentialité pour obtenir le précieux manuscrit avant sa publication.

Alors, fallait-il ou non publier The Original of Laura ?

Hélas pour Nabokov, oui. Plonger dans l’atelier d’un écrivain aussi puissant, voir l’oeuvre en train de se faire, comprendre que Nabokov y a rassemblé toutes ses obsessions comme s’il savait qu’il s’agirait de son dernier texte, d’un roman testamentaire, a quelque chose de passionnant. On y découvre, comme en bouquet final, tout Nabokov exacerbé : une jeune femme, Flora, à la sexualité débridée et au physique de nymphette (à 24 ans, Nabokov précise que ses seins étaient ceux d’une adolescente de 12 ans) ; son beau-père, un certain Hubert H. Hubert (reflet du Humbert Humbert de Lolita), qui essaie de la caresser alors qu’elle n’a que 12 ans ; son mari Philip Wild, un neurologue obèse qu’elle a épousé pour sa fortune et qui écrit un roman, intitulé Laura, inspiré par sa femme…

Parfois même, dans ses fiches, Nabokov écrit le prénom de la jeune femme ainsi :
“Flaura”. On retrouve là les jeux de masques et de miroirs qu’affectionnait l’auteur, les confusions et renvois constants entre fausse réalité et vraie fiction, et aussi le thème du livre dans le livre, déjà à la base de son chef-d’oeuvre, Feu pâle.

The Original of Laura s’impose comme un roman à clés dont on aurait perdu les clés, hommage ultime à celle qui le hanta une majeure partie de sa vie, Lolita, et dont le puzzle se réorganise ici d’une autre façon : si Flora est l’original de Laura, alors peut-être celle-ci n’est autre que le double de Lolita ; et si Philip Wild l’écrivain est l’alter ego de Nabokov, celui-ci se serait inspiré de son amour pour Vera pour construire l’obsession d’Humbert Humbert pour Lolita… Car c’est peut-être à Lolita, finalement, qu’il a dédié avant tout le livre, cette Lolita qui l’a rendu mondialement célèbre en 1957 et qui, preuve flagrante avec The Original of Laura, l’a entièrement consumé jusqu’à la fin.

La mort, le corps, la laideur et la beauté, l’érotisme, la maladie et la mutilation habitent ce roman qui, même inachevé, même à l’état d’esquisse, déploie l’art magistral du magicien Vladimir Nabokov. The Original of Laura est, plus qu’une galerie des glaces, un impressionnant labyrinthe tapissé de miroirs déformants où l’on s’égare à en perdre le souffle. Fallait-il ou non le publier après la mort de l’auteur : la question devient peut être caduque si l’on considère que les plus grands artistes ne meurent jamais vraiment. Trente-deux ans après sa disparition, Nabokov l’enchanteur n’en finit pas de nous prendre au piège.

The Original of Laura (Penguin), 304 pages, 25 €
LES INROCKS
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MessageSujet: Re: INEDIT ET FRAGMENT DE NABOKOV   Mer 2 Déc - 11:46

LOLITA


Lolita est un roman en langue anglaise de l'écrivain Russe
naturalisé américain Vladimir Nabokov, publié pour la première fois à Paris en 1955
dans sa version originale, et en 1959 en français.

" Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins.
Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta :
le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper,
à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette.
Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolorès sur les pointillés.
Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita. "
V. NABOKOV.


Lolita a été porté à l'écran par Stanley Kubrick (1962),
avec Peter Sellers, Shelley Winters et Sue Lyon,
puis par Adrian Lyne (1997), avec Jeremy Irons, Melanie Griffith et Dominique Swain.

vous devez savoir que le terme français « lolita» vient tout droit de ce roman.
Immortalisées par Lewis Caroll ou Serge Gainsbourg, Nabokov ou Balthus,
incarnées par Vanessa Paradis ou France Gall, Buffy ou Alizée,
les lolitas font partie intégrante de notre culture...
La plus "musicale" reste Melody Nelson sublimée par la ballade de Serge Gainsbourg/Jc Vannier.
...Ça c'est l'histoire
De Melody Nelson
Qu'à part moi-même personne
N'a jamais pris dans ses bras
Ça vous étonne
Mais c'est comme ça...


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MessageSujet: Re: INEDIT ET FRAGMENT DE NABOKOV   Mer 2 Déc - 11:57

A l'occasion de la parution de l'inédit inachevé de Nabokov
«Lolita et The Original of Laura».




(qui sous cette forme constitue l’un des rares documents génétiques
subsistant chez cet auteur), The Original of Laura,
en novembre 2009 et de sa traduction en français par Maurice Couturier
à paraître en mars 2010, ainsi qu'à l'occasion de la mise au programme de Lolita
à l'agrégation et au capes d'anglais, Chloé Deroy organise,
avec le soutien actif de John Pier (Professeur de littératures anglophones)
et de Philippe Chardin
(Professeur de littérature comparée et coresponsable du séminaire Proust à l’ITEM),

une journée d'étude consacrée aux deux romans
« en regards croisés ».
Il s'agira d'établir des parallèles entre les deux œuvres de façon à mettre en évidence
des affinités thématiques et des affinités de structure.
Ces regards croisés permettront également de réfléchir
à ce qu'a été l'évolution artistique de Nabokov entre les deux textes.


---

Cette journée, qui sera la première à traiter de The Original of Laura,
regroupera quelques-uns des meilleurs spécialistes français de Nabokov :

---
René ALLADAYE
(Maître de conférences d'anglais à l'université de Toulouse-le-Mirail
et coéditeur de l'édition du second volume Nabokov de la Pléiade)
Yannicke CHUPIN (Maître de conférences d'anglais à l'université de Franche-Comté)
Lara DELAGE-TORIEL
(Maître de conférences d'anglais à l'université de Strasbourg et organisatrice du colloque
« Kaleidoscopic Nabokov » des 17 et 18 octobre 2008)
Chloé DEROY
(Doctorante allocataire en littérature comparée
à l'université de Reims-Champagne Ardenne
et organisatrice de la précédente journée Nabokov
qui s'était tenue à l'université de Tours le 7 mars 2008 -
à paraître aux Editions Universitaires de Dijon)
Sébastien HUBIER
(Maître de conférences HDR de littérature comparée à l'université de Reims-Champagne Ardenne
et auteur de Lolitas et petites madones perverses, émergence d'un mythe littéraire
- ed. Editions Universitaires de Dijon)
Déborah LEVY-BERTHERAT (Maître de conférences de littérature comparée à l'ENS)
John PIER (Professeur d'anglais à l'université François-Rabelais de Tours)
Tatiana VICTOROFF (Maître de conférences de littérature comparée à l'université de Strasbourg)

Lieu : Université François-Rabelais de Tours,
3, rue des Tanneurs, 37000 Tours, au 5ème étage de la bibliothèque universitaire

Date : 26 février 2010 -
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MessageSujet: Re: INEDIT ET FRAGMENT DE NABOKOV   Mer 2 Déc - 12:29

UN GRAND MOMENT D'APOSTROPHES



Bernard Pivot évoque sa rencontre avec Vladimir Nabokov :

« L'espoir de convaincre Vladimir Nabokov de paraître et de parler à la télévision était mince.
Il n'avait accepté d'être filmé que dans son passe-temps estival de chasseur de papillons
(plus une petite interview accordée à "Lectures pour tous",
dont j'ai appris récemment l'existence et que je n'ai pas vue).

Je me décidai cependant à lui rendre visite dans le vieux palace de Montreux
où il vivait avec sa femme. Brouillé avec tous ses correcteurs,
qu'il décourageait par sa parfaite connaissance du français et du Littré —
"Mais Émile l'emploie", disait-il comme si Littré habitait lui aussi Montreux
et était de ses amis —, il avait la réputation d'avoir un fichu caractère.
Mais j'étais prêt à essuyer toutes les tempêtes pour amener cet écrivain génial
sur le plateau d'Apostrophes.

Il était environs cinq heures, Nabokov avait fait une petite sieste,
il était d'excellente humeur et j'eus la chance de plaire à sa femme.
Du premier salon où nous commencions à bavarder
nous avons été chassé par l'accordeur de piano.
Réfugiés dans un autre salon, encore plus vaste que le premier,
nous n'avons pas remarqué qu'il contenait aussi un piano.
L'accordeur est venu lui administrer ses soins,
de sorte que nous avons dû encore nous lever et fuir dans un troisième salon,
sans instrument de musique, celui-ci, nous avons d'emblée vérifié.
Nabokov était ravi de l'incident. Peut-être le romancier songeait-il à s'en servir ?

Charmé, subjugué par cet homme puissant, ironique, drôle, d'une culture prodigieuse,
je me jurais, quoi qu'il m'en coûtât de patience et de câlineries,
de le capturer dans mon filet à écrivains.

"J'ai horreur de l'improvisation, me dit-il. Je n'ai jamais lâché dix mots à mes élèves
ou en public que je n'aie soigneusement pesés et écrits.
— Eh bien ! je ferai avec vous ce que je n'ai jamais admis pour personne :
je vous enverrai le texte de mes questions.
— Et j'y répondrai par écrit. Je lirai mes réponses devant les caméras.
— Mais... mais...
— Arrangez-vous pour m'installer à un bureau dont le devant sera garni
d'une muraille de livres qui masquera mon texte au public.
Je suis très adroit dans l'art de faire accroire que je ne lis pas vraiment
et que même à l'occasion mes yeux vont chercher l'inspiration au plafond."

Ainsi fut fait, en direct, le 30 mai 1975.
Il avait demandé qu'on lui serve un whisky d'une certaine marque et,
afin de ne pas donner un mauvais exemple à ceux qui regarderaient l'émission,
il avait exigé que le whisky soit dans une théière.
Je m'entends encore lui dire : "Encore un peu de thé, monsieur Nabokov ?"
Ayant des problèmes de vessie, il avait réclamé un urinoir portatif,
caché derrière le décor du studio. Il n'eut évidemment pas à l'utiliser.

Son numéro de faux interviewé terminé, il était heureux comme un magicien
qui a sorti des foulards de ses doigts et des lapins de son chapeau et qui a charmé
et dupé la salle. Avec des mots et des phrases, il avait réussi le même exploit.

Un an après, Vladimir Nabokov mourait. Il avait soixante-dix-huit ans.
Je revois l'accordeur de piano, j'entends les notes frappées par son index qui insiste...
Je revois surtout le beau sourire un peu moqueur de Nabokov et je l'entends
dire à sa femme et à moi :
"Fuyons, le bruit terrassera le monde..." »

Bernard Pivot, Le Métier de lire. Réponses à Pierre Nora.
D'Apostrophes à Bouillon de culture. Nouvelle édition augmentée. Collection Folio. 2001.


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MessageSujet: Re: INEDIT ET FRAGMENT DE NABOKOV   Mer 2 Déc - 13:07

LES FICHES DE NABOKOV
The Original of Laura
L'écrivain russe émigré aux Etats-Unis a écrit "L'Original de Laura"
sur des fiches cartonnées en 1975-1977, les dernières années de sa vie.



Si Vladimir Nabokov était bien né natif de la langue russe,
on sait qu’il adopta l’anglais pour l’écriture de ses livres, langue qu’il parlait depuis son enfance,
de même que le français.
Les étudiants privilégiés qui suivirent ses cours de littérature à Cornell university
dans les années 50 et 60 en ont conservé un souvenir ébloui.
Celui d’un enchanteur et d’un illusionniste capable de jongler entre les pages de Don Quichotte,
du Procès et de la Recherche avec une conviction,
une sûreté de jugement et un enthousiasme communicatifs.
On a oublié qu’il se piquait de traduire ce qu’il y avait de plus intraduisible, la poésie naturellement.

il jugeait les adaptateurs, comme il le fut lui-même, laborieux.

“Qu’y a-t-il d’adaptateur ou d’adaptable dans un travesti évident ?
Voilà ce que j’aimerais que l’on me dise, voilà ce que j’aimerais comprendre.
Adapté à quoi ? Aux besoins d’un auditoire d’imbéciles !”
Et Nabokov de les traiter de pédants, de cruels, de menteurs, d’ignorants et,
pire encore, de monolingues béats !


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MessageSujet: Re: INEDIT ET FRAGMENT DE NABOKOV   Mer 2 Déc - 15:44

LE BLUES DE LOLITA
SWEET LOLITA
The Suitecase Brothers.

"il faut à mon avis écrire pour plaire à un seul lecteur : soi-même. "
V.Nabokov



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MessageSujet: Re: INEDIT ET FRAGMENT DE NABOKOV   Mer 2 Déc - 19:14

LOLITA FILM ADAPTE DU ROMAN
Adrian Lyne (1997), avec Jeremy Irons, Melanie Griffith et Dominique Swain.

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MessageSujet: Re: INEDIT ET FRAGMENT DE NABOKOV   Sam 5 Déc - 16:31

Le manuscrit de "L'original de Laura", un ouvrage inachevé de Vladimir Nabokov, qui vient d'être édité 32 ans après la mort de l'écrivain russe, n'a pas trouvé acquéreur vendredi lors d'une vente aux enchères organisée par Christie's à New York.

L'ouvrage, dont la valeur était estimée entre 400.000 et 600.000 dollars par la maison d'enchères, consiste en 138 fiches bristol manuscrites, que l'écrivain russe a écrites entre 1975 et 1977, année de sa mort.



Mais les acheteurs ne sont pas montés au delà de 280.000 dollars, et la vente a donc été annulée.

L'échec de la vente du manuscrit de Nabokov a été une surprise, vu l'énorme intérêt suscité par sa mise aux enchères.

Le dernier voeu de l'écrivain russe avait été que "L'original de Laura" soit détruit. Mais sa famille l'avait en fait secrètement conservé pendant plusieurs décennies avant de faire publier l'ouvrage le mois dernier à New York et Londres. Cette publication avait suscité une polémique, le monde littéraire débattant pour savoir s'il fallait respecter les voeux de l'écrivain.


http://www.leparisien.fr/flash-actualite-culture/un-manuscrit-inacheve-de-nabokov-ne-trouve-pas-acquereur-a-new-york-05-12-2009-734424.php
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MessageSujet: Re: INEDIT ET FRAGMENT DE NABOKOV   Lun 29 Mar - 19:20

Nabokov, magicien et enchanteur



Je me suis toujours demandé pourquoi Vladimir Nabokov
(Lolita, Feu pâle, Autres rivages, etc.), ce géant de la littérature du 20e siècle,
n’avait pas obtenu le prix Nobel.
Et pourquoi, même, son nom était alors évoqué du bout des lèvres, par raccroc.
La réponse est à trouver dans le gros livre qui rassemble
ses cours dans les universités américaines sur les grands écrivains qu’il appréciait.

L’académie Nobel a toujours eu un fort penchant
pour les écrivains engagés dans leur temps, les témoins,
les porteurs de message, ceux qui font entendre dans leurs romans,
leur poésie ou leur théâtre de la critique politique ou sociale,
aujourd’hui écologique, et qui ont pour ambition de décrire la réalité.
Ils sont "vrais", et le lecteur citoyen doit les aimer pour cela.

Nabokov, lui, les déteste.

"La littérature est invention. La fiction est fiction.
Appeler une histoire “histoire vraie”,
c’est faire injure à la fois à l’art et à la vérité."


Et de considérer que l’écrivain doit être, certes un conteur, un pédagogue,
mais aussi et surtout un enchanteur.

"Un grand écrivain est toujours un grand magicien."

C’est pourquoi il faut étudier de quoi est fait son génie :
essentiellement le style et la construction de ses romans.
Le message, le "sermon", le "poison idéologique": à fuir !
La littérature n’a aucune utilité pratique.
Elle n’est pas faite pour influencer les lecteurs, pour les aider à vivre.
Ni pour qu’ils s’identifient naïvement à des personnages.
La littérature doit être un pur éblouissement.
L’art seul est capable de donner de magnifiques et bouleversantes émotions.
L’art se situe bien au-dessus de nos chapelles et de nos querelles.

"L’art est divin."

Ce n’est pas là, en effet, la conception des œuvres littéraires telle qu’elle apparaît majoritairement dans le palmarès du Nobel.
Les deux écrivains français que Nabokov admire et vénère,
probablement plus encore que Pouchkine, Tolstoï et Gogol, sont Flaubert et Proust.
Surtout Flaubert, son "maître esthétique"
comme le définit Cécile Guilbert dans une préface stimulante.
Nabokov ajoute: "Un frère pour moi".
Parce que Flaubert n’écrivait que 80 à 90 pages par an.
Parce qu’il avait un souci maniaque du style.
Enfin, parce que même Madame Bovary,
quoique inspiré de personnages réels, est la description d’un "monde imaginaire".
Les 60 pages qu’il consacre au chef-d’œuvre de l’écrivain normand
sont magnifiques de pénétration et de précision.

"Caressez les détails, les divins détails!",
disait Nabokov à ses élèves et, à travers eux, aux romanciers.

Lecteur, il prend le même soin à analyser en profondeur, à décortiquer.
Il a même remarqué dans Madame Bovary un usage très particulier
mais efficace du point-virgule !
Au total, "un auteur doué du génie artistique de Flaubert réussit à transformer
ce qu’il a conçu comme un univers sordide, peuplé de tricheurs et de philistins,
et de médiocrités, et de brutes, et de dames inconstantes,
en l’une des plus parfaites œuvres poétiques qui soit."

Nabokov lisait à ses étudiants ses longues analyses de Du côté de chez Swann,
d’Ulysse et d’Anna Karenine.

Comme dans l’entretien qu’il m’avait accordé pour Apostrophes,
tout était rédigé sur des feuilles ou des fiches.
Pas question qu’un mot s’échappât spontanément de sa bouche.
Le respect qu’on doit à la littérature n’autorise pas l’improvisation,
avec son cortège de facilités et de foucades.
Le grand écrivain est aussi un grand lecteur.
Et quand il prouve qu’il est un grand lecteur,
il doit continuer par l’écriture à démontrer qu’il est un grand écrivain.
En évoquant le travail des "maîtres", Nabokov ne cesse de parler de lui.

Il est aussi paradoxal et fort amusant.
Par exemple lorsqu’il fait de Dostoïevski, qu’il n’aime pas,
un auteur de romans policiers, alors que pour lui Dr Jekyll et Mister Hyde n’en est pas un.
Pour célébrer Kafka, il traite Rilke et Thomas Mann de "nains" ou de "saints de plâtre".
Quant à Freud, il l’avait surnommé "le charlatan viennois".
Sarcastique, Nabokov l’était aussi, et avec quelle cruauté.

Littératures, de Vladimir Nabokov,
introduction de John Updike et Guy Davenport,
préface de Cécile Guilbert, 'Bouquins', Robert Laffont,
1.212 p., 31 euros.


Bernard Pivot, de l'académie Goncourt
Le Journal du Dimanche

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MessageSujet: Re: INEDIT ET FRAGMENT DE NABOKOV   Ven 23 Avr - 18:16

Le business des inédits

BENOÎT LAUDIER
23/04/2010
Le Figaro

Après Dumas, Zweig et Sagan, Nabokov est, à son tour,
l'objet d'une publication posthume très contestée.
Faut-il, à tout prix, éditer des textes inachevés,
parfois contre l'avis même de leur auteur ?

Enquête :

Alexandre Dumas, Jules Verne, Anton Tchekhov, Stefan Zweig,
Vladimir Nabokov, Françoise Sagan, Henri Troyat, Roberto Bolaño...

La liste d'inédits publiés à titre posthume se rallonge chaque jour :

manuscrits inaboutis, correspondances privées,
compilations de textes circonstanciés écrits pour des journaux,
des revues ou des conférences, etc.
Ce qui était laissé, il y a peu de temps encore,
dans les archives ou dans les mains des seuls chercheurs
serait-il en passe de confirmer une tendance
- le recyclage de certaines maisons d'édition en entreprises de pompes funèbres ?

Le risque :

tomber dans l'anecdote lorsque le manque de pertinence de ces écrits est évident,
ne jetant qu'une pâle lumière sur une œuvre déjà accomplie.
Surtout lorsque ceux-ci sont édités contre la volonté même de leur auteur
ou si l'histoire dit qu'ils furent refusés par leur éditeur de leur vivant.
Ainsi de Paris au XXe siècle,
livre de jeunesse de Jules Verne valant sans doute plus pour ses rêveries futuristes
que pour ses qualités littéraires :
refusé par l'éditeur Hetzel en 1863,
l fut édité par Hachette en 1994 et propulsé au rang de best-seller.

Bien avant sa mort en 1977, Vladimir Nabokov, lui,
tint ces propos à sa femme Vera :

«Mes cours universitaires (Tolstoï, Kafka, Flaubert, Cervantès, etc.)
sont chaotiques et cochonnés, et ne devront jamais être publiés.
Sans aucune exception!»
En conséquence, Fayard les édita entre 1983 et 1986 !
Dans sa préface à L'Original de Laura,
son fils Dmitri étonne par sa façon de dire de manière compliquée
les choses les plus simples du monde :
«Il eut une conversation très grave avec sa femme au cours de laquelle
il lui dit expressément que si Laura demeurait inachevé à sa mort,
il fallait le brûler.»
Pourtant, cette série de notes,
commencée en 1975 (138 cartes à l'encre dont seules
les 60 premières sont dans l'ordre d'une narration cohérente),
vient d'être publiée aux Editions Gallimard.

Ayants droit et éditeurs passent à un autre régime

Dans un article du Figaro littéraire daté du 15 avril,
Simon Leys, à la suite de sa lecture du livre,
où il ressentait «un mélange de confusion et de frustration»,
écrit qu'«on ne saurait équitablement rendre compte
d'une expérience littéraire en réduisant celle-ci à
quelques fils d'une intrigue interrompue :
on pourrait aussi bien regarder sur un écran le récital d'un violoniste
virtuose en coupant le son».
On ne saurait mieux dire.

Incontestablement, après la mort d'un auteur,
ayants droit et éditeurs passent à un autre régime.
Leurs motivations ?
Parfois insondables, sauf celles de l'éditeur,
dont la logique permanente vise
(légitimement ? quel que soit l'intérêt qu'il peut porter au texte ?)
à prendre une option sur l'avenir.

C'est-à-dire à empêcher que d'autres éditeurs n'héritent des écrits en question,
afin de renforcer sa position au cas où d'autres écrits inédits verraient le jour.
Concernant Nabokov, cela pour rait être d'autres volumes de ses conférences,
des lettres à sa femme, une Pléiade, etc.
Certes, on retrouve dans Laura quelques belles touches
et jongleries coutumières de l'auteur, mais si peu de la sophistication
et de la charge sensorielle dont son œuvre est chargée.
Destin d'un « inachevé »... Tout compte fait, avec un tel sous-titre
-C'est plutôt drôle de mourir-, il n'y a là rien d'étonnant :
on ne meurt jamais que deux fois.

Affaires de famille, de contrats, d'argent ?
Pas à coup sûr, sauf à considérer que certains ayants droit
font un usage excessif de leurs prérogatives,
l'impact recherché se révélant alors plus important sur un compte en banque
que pour la vie des lettres - la littérature n'est pas toujours aussi méprisable.
Mais, au vu de certains chiffres de vente
(plus de 180 000 exemplaires pour la nouvelle Le Voyage dans le passé,
de Stefan Zweig,tirée de ses œuvres complètes parues en Allemagne,
et 60 000 pour Un soupçon légitime), ces politiques de « coups » touchent leurs cibles.
Et confirment aux yeux des libraires un regain de ces « classiques »,
considérés comme des valeurs sûres - quel que soit leur réel intérêt littéraire.

Cas unique de polygraphe dont les écrits posthumes se sont accumulés
depuis une dizaine d'années :
Alexandre Dumas.
De La Royale Maison de Savoie à Viva Garibaldi! en passant par
Le Chevalier de Sainte-Hermine (dont le manuscrit a été retrouvé en 2005)
et Ali Pacha (une chronique inachevée publiée en 2009),
ce ne sont pas moins d'une dizaine de volumes publiés depuis la mort de son auteur.
Claude Schopp, infatigable pisteur des écrits de Dumas,
s'en explique :
«J'insiste sur le caractère inédit en volume. Car ces feuilletons ne sont consultables,
et encore pas par tous, qu'en bibliothèque.
De même, c'est sur la base d'un plan laissé par Dumas
que je me suis permis d'"achever"
une partie de chapitre du Chevalier de Sainte-Hermine,
partie éditée, du reste, dans une graphie autre que celle du texte.»
Voilà qui a le mérite de la clarté.

Tout s'efface devant le lecteur, seul grand démiurge

Les Editions Stock n'ont pas eu le même souci en présentant,
il y a quelques mois, le très léger Toxique de Françoise Sagan
sous un audacieux bandeau, «Sagan inédite»
(rapidement remplacé par «Sagan retrouvée»),
alors que la première édition du livre avait été brièvement publiée par Julliard en 1964 !
Cette démarche peut relever de la gaffe ou d'un acte désespéré.
En définitive, tout s'efface devant le lecteur,
seul grand démiurge de la littérature : 40 000 exemplaires du livre se sont écoulés...

Bien d'autres éditeurs s'emploient à publier des inédits.
Henri Troyat en a laissé de nombreux.
C'est sa fille adoptive, Michèle, qui les possède.
Elle s'en est expliqué :
«Flammarion et Grasset, ses éditeurs traditionnels, n'étaient pas très chauds.
C'est pourquoi, en France, c'est Bernard de Fallois qui publie ses romans posthumes.» Résultat, deux romans écrits entre 1988 et 1994 ont paru l'an dernier :
Le Pas du juge et La Folie des anges...
En attendant, en mai, un ouvrage sur les mères de Baudelaire,
de Verlaine et de Rimbaud.
Et une biographie d'Ivan Gontcharov (l'auteur d'Oblomov) en 2011 !

Seul constat possible :

quelle que soit l'usine à littérature dans laquelle ces pratiques se renforcent,
le travail éditorial (non né gligeable dans bien des cas)
entre l'éditeur et l'auteur ne peut être réalisé.
Ne reste qu'à éditer le texte « en l'état ».
La question a dû se poser pour les écrits
(largement accomplis, eux) de l'écrivain chilien Roberto Bolaño (mort en 2003).
L'auteur des Détectives sauvages n'aura pas vu, de son vivant,
les éditions de 2666 (paru en France en 2008) et du Troisième Reich (2010).
Ni celles de son recueil d'essais, non encore traduit en français,
Entre parén tesis (2004), et de sa poésie,
La universidad desconocida (2007).
Ils n'en demeurent pas moins d'une rare puissance.

Thomas Bernhard, lui non plus, n'aura pas vu l'édition de Mes prix littéraires
(à paraître le 7 mai chez Gallimard). On peut y lire cette phrase :

«Je m'étais dit qu'il fallait toujours accepter l'argent là où il était proposé,
qu'il ne fallait jamais tergiverser longtemps en s'interrogeant
sur le pourquoi et le comment, toutes ces réflexions ne relèvent jamais,
en fin de compte, que de la plus parfaite hypocrisie.»

Qu'ajouter ?
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MessageSujet: Re: INEDIT ET FRAGMENT DE NABOKOV   Mar 28 Déc - 8:30

Dmitri Nabokov: "C'est comme si mon père apparaissait et me disait 'Publie-le !'"


Un an après la publication posthume de L'Original de Laura, d'autres inédits de l'écrivain russe s'apprêtent à quitter les coffres suisses. Son fils, Dmitri, 76 ans, nous en dit plus.

Comme vos parents, vous vivez à Montreux. Qu'est-ce qui vous lie à ce lieu ?

Je regarde de ma fenêtre l'"étage Nabokov", au Montreux Palace, où mes parents ont passé de si belles années. Le Montreux de 1961 était beaucoup plus bucolique, l'atmosphère rappelait un peu à mon père la Russie de son enfance. Lorsqu'il est mort, en 1977, ma mère a continué de vivre au Palace, jusqu'à ce qu'on lui annonce un petit lifting, ce qui dans le langage hôtelier signifie réfection profonde du bâtiment. Ma mère a été invitée à quitter le dernier étage durant les travaux. Elle m'a prié de lui trouver un grand appartement, ce que j'ai fait. Ma mère y a passé les deux dernières années de sa vie. A sa mort, en 1991, j'ai décidé de rester ici.

Vous avez été pilote automobile, chanteur d'opéra. Aujourd'hui, vous servez l'oeuvre de votre père...

Je viens de travailler à un recueil de cent poèmes composés par mon père. J'en ai traduit une grande partie, du russe à l'anglais, certains ont été écrits directement en anglais, d'autres avaient été traduits par mon père. Un vrai défi, car il estimait que les détails étaient ce qu'il y avait de plus important chez un écrivain. Ce recueil devrait être publié en novembre ou au début de décembre 2011.

Y aura-t-il d'autres publications surprises comme celle-là ?

Si je vous le dis, ce ne sera plus une surprise... Mais, oui, il y aura une pièce de théâtre, peut-être la meilleure qui ait jamais été publiée. The Tragedy of Mister Morn est une pièce un peu mystérieuse, que j'aime beaucoup. On est en train de la traduire et elle sortira, je pense, dans un an et demi. Ensuite, il restera encore une autre petite pièce, d'autres poèmes et des conférences sur Pouchkine et Shakespeare. Et puis, de temps en temps, on tombe sur quelque chose de nouveau dans les archives, comme la correspondance de mes parents.

Tout cela se trouve-t-il dans des coffres en banque, comme L'Original de Laura ?

Certaines choses sont dans des coffres, d'autres sont à la Bibliothèque du Congrès, à Washington, ou encore à la bibliothèque de New York.

Quel genre de questions ces ouvrages posthumes soulèvent-ils en vous ?

Monsieur Nabokov, quel besoin avez-vous de publier la correspondance de votre père et de votre mère, qui ont vécu tellement d'années heureuses ensemble ?

Ces lettres existent donc bien ?

Oh, oui ! Ils s'écrivaient quand mon père partait donner des conférences dans des universités. Il y en a 303, très belles, très tendres. Dans certaines, un petit dessin m'était destiné. Mon père ajoutait une petite voiture, un train avec de la fumée qui sortait, des avions. Une première partie sera publiée dans la revue russe Snob. Le reste fera l'objet d'un livre.

Voilà un an, vous éditiez L'Original de Laura, roman inachevé de votre père. Une décision qui a suscité bien des polémiques...

Bon, personne n'était obligé de le lire ou de l'acheter (rires) ! J'ai toujours eu l'intention de le publier. Il est fascinant, pour un lecteur, de voir le processus de création, l'écrivain dans son studio, de découvrir ce qu'il garde, ce qu'il biffe, quel autre mot il propose.

Vous avez déclaré avoir vu votre père en rêve vous donnant son aval ?

Non. Tout a commencé lors d'une table ronde à la radio australienne. Vers la fin de l'émission, j'ai dit : "Oui, mon père existe toujours pour moi !" Lorsque j'ai un problème de traduction à résoudre, je me demande toujours ce que mon père ou ma mère auraient dit ou pensé. Il n'y a pas de mysticisme là-dedans. Donc j'ai dit, un peu pour rigoler : "C'est comme si mon père apparaissait derrière mon épaule et me disait : "Publie-le ! Amuse-toi un peu ! Et peut-être qu'on pourra gagner un peu d'argent !""

Ce monde d'avant vous manque-t-il ?

Oui. J'ai beaucoup aimé le tennis, le ski, les courses de voitures... A l'université, je courais le mile. La vitesse en général, le mouvement, c'était très important pour moi. Hélas, aujourd'hui, je suis cloué à ce fauteuil. Heureusement, j'ai la chance d'avoir un cerveau toujours jeune et actif.

Chantez-vous toujours ?

Ce matin, pour ma gouvernante, le duo de Don Giovanni-Zerlina : "Là ci darem la mano..."

Pierre Thaulaz

http://www.lexpress.fr/culture/livre/dmitri-nabokov-c-est-comme-si-mon-pere-apparaissait-et-me-disait-publie-le_947064.html
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