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 PIERRE SOULAGES

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Bridget

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MessageSujet: PIERRE SOULAGES   Ven 18 Sep - 22:14

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PIERRE SOULAGES : L’œuvre au noir








Le centre Pompidou célèbre, par une grande rétrospective, présentée du 14 Octobre au 8 Mars 2010 , l’œuvre du plus grand peintre de la scène française actuel, Pierre Soulages.


À la veille de son quatre-vingt dixième anniversaire, Pierre Soulages, « peintre du noir et de la lumière » , est reconnu comme l’une des figures majeures de l’abstraction depuis la seconde guerre mondiale.









Le Centre Pompidou dédie à l'artiste, célèbre pour ses toiles abstraites et monochromes noirs, et qui aura 90 ans le 24 décembre prochain, une des plus importantes expositions jamais organisées dans ses murs pour un peintre vivant, retraçant 63 ans de peinture.


"Soulages" (14 octobre 2009 - 8 mars 2010) présentera 105 pièces, a annoncé vendredi devant la presse Alfred Pacquement, directeur du Musée national d'art moderne et l'un des deux commissaires de la manifestation.

Avec des oeuvres allant des débuts en 1946 jusqu'à aujourd'hui, l'exposition se partage en deux ensembles équilibrés séparés par la date de 1979, lorsque l'artiste, abstrait depuis ses débuts, "a entamé une nouvelle phase de son oeuvre appelée l'Outrenoir", la lumière reflétée par le noir, dit M. Pacquement.

Pierre Soulages, pour qui il s'agit de la quatrième rétrospective depuis 1967, "n'aime pas trop ce terme", dit-il lors d'une rencontre avec la presse. "Je n'aime pas beaucoup me retourner sur ce que j'ai fait. Je préfère penser à la toile que je vais faire demain", dit l'artiste, qui travaille toujours.

De fait, un tiers des oeuvres qui seront présentées sont postérieures à 1996, a souligné Pierre Encrevé, également commissaire de l'exposition et auteur du catalogue raisonné de Soulages qui compte à ce jour, jusqu'en 1997, 1.200 toiles.

L'exposition démarrera avec des oeuvres sur papier, des goudrons sur verre, des brous de noix des années 1947-1949, de très grands noirs et blancs de 1964 à 1971, se terminant par des oeuvres des années 2007 à 2009, la plupart jamais montrées, et des grands polyptyques.

Trois toiles seront exposées selon un dispositif déjà expérimenté ailleurs : des toiles noires sur des murs noirs dans une pièce noire, uniquement reflétées par un mur blanc éclairé.

"Ce qui est important, c'est l'expérience de la lumière venant du noir", dit l'artiste.








Le noir "peut engloutir la lumière ou la renvoyer", dit M. Encrevé, "il peut être totalement obscur ou lumineux, selon les déplacements de celui qui le regarde", ajoute-t-il, soulignant "l'extrême variété" du travail du peintre dans le principe de l'Outrenoir.

En parallèle, Soulages accrochera, le temps de la rétrospective, une toile datant de 2000 au musée du Louvre, à la demande de son président-directeur Henri Loyrette. La toile de 3 m x 2,4 m jouxtera la "Bataille de San Romano" d'Uccello, dans le Salon Carré consacré à la première Renaissance italienne.

Plusieurs galeries (Applicat Prazan, Karsten Greve) exposeront par ailleurs du Soulages à l'occasion de la 36e édition de la FIAC (Foire Internationale d'Art Contemporain) qui a lieu à Paris du 22 au 25 octobre.

Pierre Soulages est aujourd'hui le peintre français le plus cher aux enchères, avec un record de 1,5 million d'euros pour une toile. "Qu'il y ait des gens qui aiment mon travail, j'en suis ravi. Et qu'il y en ait beaucoup, tant mieux", dit l'artiste, modeste.

Un musée Soulages ouvrira en 2012 à Rodez (Aveyron). Le peintre a fait don à sa ville natale d'une grande partie de son oeuvre, par ailleurs accrochée dans les plus grands musées du monde.

http://www.lematin.ch/flash-info/loisirs/peintre-pierre-soulages-honneur-automne-paris



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MessageSujet: Re: PIERRE SOULAGES   Ven 18 Sep - 22:15

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LA BIO







Pierre Soulages est né le 24 Décembre 1919 à Rodez.


Très jeune il est attiré par l'art roman et la préhistoire. Il commence à peindre dans cette province isolée que n'ont pas pénétré les courants artistiques contemporains. A 18 ans, il se rend à Paris pour préparer le professorat de dessin et le concours d'entrée à l'Ecole Nationale supérieure des Beaux-Arts.


Il y est admis mais convaincu de la médiocrité de l'enseignement qu'on y reçoit refuse d'y entrer et repart aussitôt pour Rodez. Pendant ce bref séjour à Paris il fréquente le musée du Louvre, il voit des expositions de Cézanne et Picasso qui sont pour lui des révélations.



Mobilisé en 1940, démobilisé en 1941. Paris occupé, il se rend à Montpellier et fréquente assidûment le musée Fabre. Montpellier à son tour occupé, commence pour lui une période de clandestinité pendant laquelle il ne peint plus.

Ce n'est qu'en 1946 qu'il peut consacrer tout son temps à la peinture. Il s'installe alors dans la banlieue parisienne. Ses toiles où le noir domine sont abstraites et sombres, et sont aussitôt remarquées tant elles diffèrent de la peinture à demi-figurative et très colorée de l'après-guerre.



Il trouve un atelier à Paris, rue Schoelcher, près de Montparnasse.
En 1948, il participe à des expositions à Paris et en Europe, notamment à "Französische abstrakte malerei", dans plusieurs musées allemands, il est de beaucoup le plus jeune de ce petit groupe de peintres où se trouvent les premiers maîtres de l'art abstrait, Kupka, Doméla, Herbin ,etc.

L'affiche est faite avec une de ses peintures en noir et blanc.


1949 Exposition personnelle à Paris, galerie Lydia Conti et expositions de groupe à New-York, Londres, Sao-Paulo et Copenhague


De 1949 à 1952, réalisation de trois décors de théatre et ballets. Premières gravures à l'eau-forte à l'atelier Lacourière







D'autres expositions de groupe présentées à New-York voyagent ensuite dans plusieurs musées américains. C'est le cas de "Advancing french art"(1951), "Younger European artists" Guggenheim Museum (1953), "The new Decade", Museum of modern art (1955).

Il expose régulièrement à la Kootz Gallery, New-York, plus tard à la galerie de France, Paris.

Dès le début des années 50, oeuvres acquises par la Phillips Gallery, Washington ; le Guggenheim Museum et le Museum of modern art, New-York ; la Tate Gallery, Londres; le musée national d'art moderne, Paris ; le Museu de arte moderna, Rio-de Janeiro ; etc... Aujourd'hui, plus de 150 de ses peintures se trouvent dans les musées.

1960, premières expositions rétrospectives dans les musées de Hanovre, Essen, Zurich, la Haye. De nombreuses autres suivront.

1979 Expose au MNAM - Centre Georges Pompidou ses premières peintures monopigmentaires fondées sur la réflexion de la lumière par les états de surface du noir. Cette lumière picturale naissant de la différence entre deux obscurités porte en elle un grand pouvoir d'émotion et de grandes possibilités de développement, on l'appellera plus tard "noir-lumière" et "outrenoir".

1987 à 1994, il réalise les 104 vitraux de l'abbatiale de Conques.

1994 à 1998, parution des 3 tomes du catalogue raisonné "Soulages, oeuvre complet : peintures", par Pierre Encrevé, éditions du Seuil.,Paris

Depuis peu, d'autres oeuvres sont apparues où rythme, espace et lumière naissent des contacts violents du noir et du blanc sur l'entière surface de la toile, c'est une toute autre lumière picturale.

http://www.pierre-soulages.com/pages/biographie.html







Œuvre







La peinture proche du style abstrait d’Hans Hartung avec une palette restreinte dont les effets de clair-obscur sont perceptibles, y compris en transparence.

D'emblée, Soulages a choisi l'abstraction car il dit ne pas voir l’intérêt de passer « par le détour de la représentation [...] Je ne représente pas, dit-il, je présente. Je ne dépeins pas, je peins ».

Ses tableaux font beaucoup appel aussi à des mini-reliefs, des entailles, des sillons dans la matière noire qui créent à la fois des jeux de lumière et de... couleurs. Car ce n’est pas la couleur noire elle-même qui est le sujet de son travail, mais bien la lumière qu’elle révèle et organise : il s'agit donc d'atteindre un au-delà du noir, d'où le terme d'outre-noir utilisé pour qualifier ses tableaux depuis la fin des années 1970.





« Ses toiles géantes, souvent déclinées en polyptyques, ne montrent rien qui leur soit extérieur ni ne renvoient à rien d’autre qu’elles-mêmes.
Devant elles, le spectateur est assigné frontalement, englobé dans l’espace qu’elles sécrètent, saisi par l’intensité de leur présence.

Une présence physique, tactile, sensuelle et dégageant une formidable énergie contenue. Mais métaphysique aussi, qui force à l’intériorité et à la méditation.

Une peinture de matérialité sourde et violente, et, tout à la fois, d’« immatière » changeante et vibrante qui ne cesse de se transformer selon l’angle par lequel on l’aborde. »

Depuis peu, d'autres œuvres sont apparues où rythme, espace et lumière naissent des contacts violents du noir et du blanc sur l'entière surface de la toile.



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MessageSujet: Re: PIERRE SOULAGES   Ven 18 Sep - 23:09




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Les vitraux réalisés par Pierre Soulages : L'abbatiale Sainte Foy de Conques







En 1987, Pierre Soulages, peintre abstrait français de notoriété internationale, né en 1919 à Rodez, dont les souvenirs d'enfance ont été imprégnés par ce lieu, commence à travailler avec enthousiasme sur le projet de création des vitraux de l'église Sainte-Foy de Conques.

C'est en 1994, qu'il achève la réalisation de 95 verrières et de 9 meurtrières visibles de l'intérieur comme de l'extérieur qui respectent, tout en la magnifiant, l'austérité romane et ses symboles et invitent la lumière à pénétrer dans l'église.

A partir d'un matériau opalescent, l'artiste a trouvé un signe plastique singulier et authentique retenant à la fois le monde sensoriel comme émotion et le monde spirituel comme révélation finale.






"CONQUES - LES VITRAUX DE PIERRE SOULAGES" aux Editions du Seuil









L'évidence est le fruit d'un long cheminement que Georges Duby, Christian Heck, Jean-Dominique Fleury, maître-verrier et Pierre Soulages lui-même, retracent tout au long de ces pages ponctuées par les belles photographies de Vincent Cunillère.


Un cheminement qui, suivant l'expression commune et non la pratique courante, consiste à "partir de l'édifice pour revenir à l'édifice" .

De l'église abbatiale de Conques, Pierre Soulages a certes une connaissance intime. Elle est le lieu d'une de ses premières émotions esthétiques : c'est en effet devant elle, qu'enfant, il a fait le choix définitif de consacrer sa vie à l'art.

Mais lorsqu'il répond à la commande publique de vitraux pour cette abbatiale, Soulages met délibérément en retrait "l'affectivité liée aux souvenirs d'enfance" pour fonder sa recherche sur "une analyse objective de l'architecture" , analyse dont Georges Duby souligne à bon escient la pertinence.









Si à Conques, les fenêtres sont nombreuses - on en compte 104 pour un édifice de 56 mètres de long seulement - c'est qu'il convient que l'espace intérieur soit "imprégné de lumière" car il est, selon l'expression du médiéviste "l'image de la Cité céleste (...) illuminée par la gloire de Dieu" .


C'est la lumière émanant des baies qui, évoluant avec la course du soleil, rythme cet espace et l'écoulement des heures et des saisons, faisant de la basilique "une vaste machine à emprisonner le temps" .


Quant à la bigarrure éventuelle des vitraux d'origine - que laisse supposer le goût des moines de Conques pour la rutilance des gemmes - rien ne la justifie plus aujourd'hui que les murs de l'édifice sont nus, dépouillés de toute fresque ou tenture.



Et c'est précisément "dans la nudité de ses lignes, de ses plans, de ses pierres" , note Georges Duby, "que cette architecture nous touche" .

Loin de tout Moyen-Age reconstitué, le projet de Soulages était de servir cette architecture "telle qu'elle est parvenue jusqu'à nous" et de la donner à voir.

Pour ce faire, il s'agissait de faire pénêtrer à l'intérieur de l'édifice la seule lumière apte à révéler les contrastes subtils de la pierre - c'est-à-dire la lumière naturelle - tout en protégeant ce lieu de méditation et de contemplation de toute vue "de" ou "sur" l'extérieur.



Ses recherches conduisent Soulages à imaginer un nouveau produit verrier dont il nous décrit dans ses "notes de travail" les étapes de réalisation.

La matière créée est constituée de grains de verre très blancs répartis de façon non homogène.


Dans la masse du verre même, la lumière naturelle subit des modulations : elle se réfléchit d'autant plus que les cristallisations internes au verre sont denses, écrit-il ; la lumière apparaît alors à l'extérieur de l'édifice avec sa couleur naturelle bleutée tandis qu'à l'intérieur, dans ces mêmes zones, les tons chauds dominent.

Les vitraux émettent ainsi une lumière vivante qui possède une intériorité en accord avec l'identité et la fonction du lieu.









L'impression de vie, comme le remarque Christian Heck, est renforcée par le dessin même des vitraux, par la souplesse de ces lignes qui ne redoublent jamais celles de l'architecture mais accompagnent la modulation de la lumière sur toute l'étendue des baies.


L'évidence résulte ainsi de la "vérité de la matière" et du "très profond accord de la forme et de la fonction" .


Secrète évidence que nous révèlent les textes et les photographies de cet ouvrage qui incitera plus d'un lecteur à prendre le temps d'admirer par lui-même, tout au long des jours et des saisons, l'architecture exceptionnelle de l'abbatiale de Conques magnifiée par la lumière de Soulages.



Textes de Xavier KAWA-TOPOR

Centre européen d'art et de civilisation médiévale Photographies de Joel FUALDES

http://www.conques.com/visite4.htm



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MessageSujet: Re: PIERRE SOULAGES   Dim 20 Sep - 23:33

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Visite d’atelier : Pierre Soulages, la lumière dans le noir







Depuis soixante ans, Pierre Soulages décline une œuvre au noir paradoxalement lumineuse, surface idéale de projection du regardeur.




Visite à l’atelier parisien.








Assis à contre-jour sur le rebord d’une table placée contre l’une des fenêtres de son atelier, tout habillé de noir comme à son accoutumée, un pied appuyé au sol, l’autre ballant dans le vide, voilà une heure bientôt que Pierre Soulages n’arrête pas de parler.

C’est à peine si on ose l’interrompre tant ce qu’il raconte est passionnant et permet de revisiter les riches heures d’une histoire de l’art contemporain qu’il a vécues au quotidien depuis plus de soixante ans.


À 88 ans passés, Soulages affiche une rare présence. Celle d’un artiste qui n’a jamais fait partie d’aucune chapelle, qui n’a pas failli d’un iota par rapport à son engagement esthétique de la première heure et dont la renommée s’est d’abord construite aux États-Unis avant l’Europe.

Avec le souci qu’il a de restituer à l’histoire sa vérité, Soulages n’est pas peu fier de faire état – preuve matérielle à l’appui – de la préséance de sa démarche sur celle de Franz Kline auquel la critique l’a si souvent comparé. Il suffit de feuilleter avec lui le numéro d’Art international de mars-avril 1958 pour en prendre la mesure.

L’article qu’y consacre William Rubin à « The New York School of Art. Then and Now » est illustré pour comparaison d’une œuvre de Soulages de 1947, faite de grandes zébrures noires, alors qu’à cette époque l’Américain en était encore à une figuration postcubiste. Démonstration faite.





Les toiles semblent impatientes de pouvoir jouer avec le soleil









S’il est natif de Rodez, c’est entre Paris et Sète que la vie et l’œuvre de Pierre Soulages se déroulent depuis plus d’un demi-siècle. Installé au deuxième étage d’un petit immeuble xviiie sis en lisière du Quartier latin, entre Maubert-Mutualité et Jussieu, l’atelier qu’il occupe à Paris est d’une grande sobriété et ses volumes, sans emphase, sont ceux-là même d’un bel et grand appartement.



Ce matin-là où Soulages raconte ses souvenirs, le ciel est gris et la lumière tarde à y pénétrer.

Pourtant les cinq grandes fenêtres qui rythment l’espace intérieur de l’atelier n’attendent qu’elle. De même les toiles de grand format que l’artiste a fait disposer par Dan, son fidèle assistant, contre les murs de l’atelier et qui semblent impatientes de jouer des effets de la lumière pour lesquels elles ont été faites.



Soucieux d’expliquer la nature exacte de son travail afin d’éradiquer tout malentendu, le peintre se lève tranquillement et se dirige vers une de ses toiles. « Le sens d’une peinture, dit-il en pesant ses mots, ce n’est pas sa matérialité. C’est sa réalité. »


Et l’artiste d’y porter la main, d’en éprouver la matière épaisse, voire de tâter les bourrelets des lignes creusées en surface. Pour Soulages, il y a trop souvent confusion entre ces deux termes – matérialité et réalité – et c’est pourquoi il tient à préciser sa pensée.



En écho à la formule de Maurice Denis affirmant qu’un tableau est « essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées », le peintre apporte alors comme un correctif : « …sur laquelle viennent se faire et se défaire les sens qu’on lui prête. » Sa profession de foi, dit-il.








Ce qui importe n’est pas de voir l’artiste à l’œuvre, mais l’œuvre



Debout devant sa toile, la tête haute, Soulages a tout d’un grand seigneur.
Non seulement la stature mais la force de conviction.


Quelque chose aussi d’un charisme naturel que corrobore une sorte de douceur tant dans le timbre de sa voix – qui ne manque pourtant pas de grave – que dans l’acuité de son regard.

Sa façon de vouloir tout expliquer l’entraîne dans une cascade de propos qui permettent à ses interlocuteurs de rentrer plus avant dans son travail.

« Trois éléments contribuent à faire une œuvre, poursuit-il en tendant successivement les trois doigts de sa main droite : le premier, c’est celui qui la réalise ; le deuxième, c’est la chose qu’elle est – la chose pas le signe, insiste-t-il de son index pointé ; la troisième, c’est celui qui la regarde. »


Toutes fraîchement recouvertes de peinture noire, deux grandes toiles en cours de séchage sont étendues à même le sol.

Chacune est traversée par une ligne raclée d’un coup sec qui vient en perturber l’impeccable planéité. Des jeux de moirures et de brillances en animent la surface tandis que d’autres parties sont complètement mates.

On aimerait le voir appliquer la peinture, mais Pierre Soulages n’est pas du genre à se donner en spectacle. Il refuse qu’on le prenne en photo en train d’œuvrer, travaillant toujours dans une complète solitude.


Le moment de la création est hors du temps normé. Ce qui importe n’est pas de voir l’artiste à l’œuvre, mais bien l’œuvre elle-même.

Peu importe la façon dont la matière picturale a été posée, ce qui compte c’est le choc émotif qu’elle est à même de produire sur celui qui la regarde. Soulages dit ne pas faire une peinture gestuelle.


Il n’est ni un expressionniste, ni un action painter. Ce qui importe, c’est ce qui se passe sur la toile, comment elle se construit au fil du travail de la succession des désirs et des envies du peintre. Des outils employés aussi, inventés ou non.



Pierre Soulages a toujours entretenu un rapport privilégié à l’outil. Il raconte qu’à l’âge de sept ou huit ans, il a été très impressionné par un tanneur, ami de son père, qui était en train de racler une peau de bête avec un couteau à décharner. Il y a vu là la force d’un geste ancestral qui l’a définitivement marqué.



Soulages ne cache pas la fascination qu’a toujours exercée sur lui le monde des artisans, de même le Moyen Âge et la préhistoire.

Il se flatte à juste titre d’avoir eu dès l’âge de seize ans son nom dans un musée, attaché à celui d’un archéologue, suite à la découverte qu’ils avaient faite de flèches et de pointes taillées conservées par celui-ci.



Question outil, le peintre en dispose de très nombreux qui sont soigneusement accrochés au dos de la porte d’un petit placard.

Mais rien ne vaut ceux qu’il se fabrique comme ces brosses courtes faites de soies de porc qui lui donnent exactement le lignage souhaité ou ces espèces de racloirs dont il bricole l’emmanchement en fonction des nécessités du travail.










[center]« Ce que je fais ne se réduit pas à un problème formel »


Pierre Soulages s’est assis dans un fauteuil. Sa silhouette noire fait écho à la toile qui se trouve un peu plus loin derrière lui, sans que l’une ne trouble visuellement l’autre. Chaque noir a sa valeur propre, comme il en est de chaque toile.



Sur le mur qui fait face à l’artiste sont appuyées deux grandes peintures, chacune en forme de triptyque à la verticale. Au-dehors, le soleil s’est levé et la lumière maintenant pénètre l’atelier. Elle semble prendre un malin plaisir tant à glisser sur les surfaces peintes qu’à accrocher les bords accidentés des lignes raclées.



Le peintre s’attache alors à faire observer que, puisque la lumière vient de la toile, c’est que l’espace de la toile est au-devant, ce qui est la marque d’un bouleversement essentiel des conceptions classiques de la peinture.

D’autant que, dès lors, le regardeur est inclus dans cet espace.

« Ce que je fais ne se réduit pas à un problème formel », tient encore à préciser Soulages comme pour prévenir tout malentendu.

Si les jeux de variation de la lumière avec lesquels il compose sont pour lui « une façon de marquer l’écoulement du temps », ses peintures n’ont d’autre destination que de pouvoir recevoir ce que chacun y investit.



À l’instar de ces statues menhirs découvertes au musée de Rodez quand il était adolescent, d’une sculpture mésopotamienne conservée au Louvre qu’il aime aller revoir quand il en a le temps ou de ce tableau de Nicolas Poussin qu’il a longtemps pris pour une scène de moisson alors qu’elle renvoie à l’histoire de Ruth et de Boaz [voir L’œil n° 600].



L’œuvre au noir de Soulages procède de toutes sortes d’expériences et n’est adossée à aucune théorie.

S’il dit qu’il ne savait pas où il allait quand il a mis ses idées en forme en 1948, il observe non sans satisfaction qu’elles ont traversé le temps et qu’elles ont résisté à toutes les vicissitudes de la modernité. Sans doute est-ce parce que – comme le lui avait dit Joseph Delteil au vu du choix du noir et blanc – il a pris « la peinture par les cornes ».



Philippe Piguet


http://www.artclair.com/oeil/archives/docs_article/52703/pierre-soulages-la-lumiere-dans-le-noir.php


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MessageSujet: Re: PIERRE SOULAGES   Sam 26 Sep - 21:38

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L'art et la manière



Arte , Dimanche, 27 septembre 2009 à 12:00

UN FILM DE THIERRY SPITZER
Pierre Soulages

« C’est moi Pierre Soulages. Je suis peintre, j’expose depuis soixante ans.

Un événement à l'occasion deson quatre-vingt-dixième anniversaire : le Centre Pompidou consacre à Pierre Soulages la plus grande rétrospective qu'il ait jamais organisée pour un artiste vivant. Plus de 3000 m² d'exposition dans la Grande Galerie, présentant une centaine d'œuvres du peintre, depuis ses premières toiles de 1946 jusqu'aux tous derniers développements de son travail, montrés pour la première fois.

En attendant l'ouverture du musée Soulages à Rodez, sa ville natale, ARTE saisit l'occasion pour rendre hommage à cet alchimiste, passé maître dans l'art de manipuler la couleur noire pour faire surgir la lumière.

Tourné dans ses ateliers de Paris et de Sète, à Conques et au Musée Fabre à Montpellier, ce film resitue l’oeuvre de Soulages et plus particulièrement ce qu’il appelle l’Ultra Noir commencé en 1979.

Dialoguant avec l’historien d’Art Klaus Bussmann, il parle de la creation, de la lumière, de l’influence de l’art pariétal dans sa vision de l’art. Il raconte comment il a crée les vitraux de Conques et comment ceux-ci sont dans la lignée de son travail. Il présente également la donation qu’il a fait au Musée Fabre à Montpellier, racontant ses liens personnels avec ce musée et parlant de l’importance de l’accrochage. Au delà des thèmes abordés, c’est le portrait d’un homme attachant et chaleureux.

Rediffusion jeudi 1 octobre à 07H00, vendredi 2 octobre à 02H20 et dimanche 4 octobre à 07H00
(France, 2007, 26mn)
ARTE F

http://www.arte.tv/fr/2854578.html


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MessageSujet: Re: PIERRE SOULAGES   Mer 14 Oct - 0:25

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Inauguration ce soir et ouverture au public demain 14 Octobre 2009.


Pierre Soulages fait toute la lumière sur le noir au Centre Pompidou


Les dernières images avant le vernissage :




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MessageSujet: Re: PIERRE SOULAGES   Jeu 15 Oct - 21:26

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Jeudi 15 octobre 2009 à 21.35

Un soir au musée :
Soulages, le noir et la lumière






Alors que s'ouvre une grande rétrospective Soulages du 14 octobre 2009 au 8 mars 2010 au Centre Pompidou à Paris, Laurence Piquet consacre une émission à celui qui a révolutionné la peinture abstraite. Au programme : une discussion avec un invité et un documentaire issu de la collection Empreintes sur le maître incontesté du noir et de la lumière.

Monumentales et intenses, les toiles de Pierre Soulages, visibles dans plus de cent musées du monde entier, incitent au questionnement et à l'intériorisation. « Dès mes débuts, j'ai fait des peintures où c'était le contraste avec le noir qui était la chose importante », explique le peintre, né à Rodez en 1919.

Dans son atelier de Sète, Pierre Soulages a accepté de raconter avec générosité ce qui l'a déterminé à choisir cette voie, les rencontres qui l'ont poussé à suivre ce chemin et à se révéler en tant qu'artiste dès la fin des années 1940. « Je devais avoir 12 ou 13 ans. A l'intérieur de l'abbatiale (de Conques), j'ai été saisi par la beauté de l'espace architectural. C'est à ce moment-là que je me suis aperçu que l'art est quelque chose d'important dans la vie, que les adultes autour de moi perdaient leur vie à la gagner…

Alors comme j'aimais peindre, j'ai décidé de faire de la peinture ma vie », confie-t-il. Tour à tour, il évoque son amour des grandes étendues, son besoin de solitude, de liberté et de silence pour travailler, sa volonté de s'échapper des limites culturelles établies… « L'espace extérieur ne fait que perturber. Ce qui importe, c'est l'espace intérieur, celui qui est au-dedans de moi, ce qui se passe au-dedans de moi quand je peins. J'ai besoin de ça », avoue l'artiste.

Dans son œuvre, tout se joue sur la lumière et sa réflexion. Si les gens appellent « noires » ses toiles, Pierre Soulages observe : « C'est parce qu'ils ont le noir dans leurs têtes. En réalité, s'ils regardent avec leurs yeux, ils s'aperçoivent qu'il s'agit d'autre chose, de reflets sur des états de surface de la couleur noire… »

Ariane Dadier
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