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Sujet: ALAIN FINKIELKRAUT Coeur de penseur Dim 6 Sep - 20:30
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ALAIN FINKIELKRAUT : UN COEUR INTELLIGENT
Le philosophe sort d'une année de silence avec un livre sur l'importance de la littérature dans la compréhension du monde. A nouveau prêt à batailler pour ses idées.
C’est un fait. On ne le changera pas.
Les uns vont s’en féliciter, les autres vont s’en désoler. Mais même lui, connu pour son goût de la contradiction, en convient. "Dans le doute, il faut choisir d’être fidèle." (Bloc-notes, François Mauriac).
Alain Finkielkraut restera donc fidèle à sa ligne de conduite (mains dans le chaos) malgré la déflagration due à ses prises de position sur les banlieues françaises dans le journal israélien Haaretz fin 2005. Une situation absurde. Des propos à connotation raciste tenus par quelqu’un incapable de racisme. Ceci expliquant sans doute cela : ça ne pouvait pas, dans sa tête, lui arriver à lui.
Alain Finkielkraut est tombé malade en septembre 2008. Un lymphome. Ce fut grave et long. "J’ai cessé d’être innocent pour basculer dans le cauchemar. Je suis aujourd’hui sorti du tunnel. Qu’est-ce qui fait qu’on tombe malade ?
Je peux tisser un lien, après trois années d’exposition maximale, entre le stress et la maladie. Je devrais tirer une sagesse de cette expérience. Etre moins actif, plus prudent. J’en suis incapable. Je ronge actuellement mon frein. Je ne veux pas que l’intellectuel que je suis, nuise à l’écrivain que j’essaie d’être."
"La philosophie n'est pas seule à penser, il y a des romans qui restent toujours ouverts"
L’écrivain est bel et bien là, dans l’efflorescence et l’effervescence des grands auteurs, pour dire et redire la nécessité de lire les chefs-d’œuvre.
Alain Finkielkraut redonne dans Un cœur intelligent, une expression empruntée à Hannah Arendt, ses pleins pouvoirs à la littérature.
On a besoin du détour de la littérature pour comprendre ce que l’on vit. A aucun moment je ne me suis dit que lire ne servait à rien. Quand j’étais malade, j’ai lu ton sur ton, avec Face aux ténèbres de William Styron.
Alain Finkielkraut a choisi neuf textes majeurs, des Carnets du sous-sol de Fédor Dostoïevski au Festin de Babette de Karen Blixen, pour éclairer les rapports de l’homme et de l’univers. "La philosophie n’est pas seule à penser.
Il y a des romans qu’on ne ferme jamais, ils restent toujours ouverts. Qu’est-ce qui fait un grand livre? On ne peut pas répondre, parce que la grandeur, c’est le miracle, et le miracle, c’est l’inattendu. Autant je suis pessimiste sur la marche du monde, autant je me garderais bien d’une quelconque prédiction sur l’avenir de la littérature."
Tous ses thèmes y sont. On retiendra des passages forts sur l’Allemagne hitlérienne décrite comme une nation élastique et non rigide (Histoire d’un Allemand, Sebastian Haffner) ; sur les masses évoluant dans l’éternel présent et virant avec souplesse selon le cours des événements (Tout passe, Vassili Grossman) ; sur le père d’Albert Camus soufflant devant un acte de barbarie "un homme ça s’empêche" (Le Premier Homme, Albert Camus).
On retrouvera la défense, propre à Alain Finkielkraut, de la singularité et de la pudeur, de la subtilité et de la réserve dans une écriture sculptée dans un lyrisme froid. "Il y a une littérature simplificatrice, binaire, mélodramatique. Mais ce qui fonde ontologiquement la vraie littérature, c’est le rejet de la pensée massive. La bonne littérature est sans cesse en débat avec la mauvaise. A laquelle des deux allons-nous soumettre notre destin?;
Alain Finkielkraut, fils de rescapés de la Shoah, est né à Paris. ;J’ai eu une enfance protégée avec ce que cela comporte de chance et d’ennui mais l’ennui peut être une chance. Une mère omniprésente "J’ai répondu à l’injonction maternelle : j’ai été un bon élève) et un père présent J’ai hérité de son allergie au pathos"
Alain Finkielkraut fait de brillantes études. Henri-IV, Normale, agrégation. Le grand combat de sa vie est en faveur d’une école digne de ce nom. "
Ce qui était du domaine de l’engagement est maintenant du domaine du témoignage. L’école est un combat perdu parce qu’on est dans le déni.
On dit que le niveau monte alors qu’il n’y a plus de niveau du tout." Le Nouveau Désordre amoureux (avec Pascal Bruckner, 1977) et La Défaite de la pensée (1987) le rendent célèbre. Il ne cessera de creuser ses thèses (la défense de l’école républicaine, le constat du nivellement de la culture, la critique du "droit-de-l’hommisme") et de susciter des polémiques (engagement en faveur de la Croatie, défense de l’œuvre de Martin Heidegger, soutien à Renaud Camus).
Il a été malade pendant un an. "Je devrais tirer une sagesse de cette expérience. Etre moins actif, plus prudent. J'en suis incapable"
Il ne se reconnaît plus dans la gauche depuis qu’elle a rompu avec une certaine exigence. C’est-à-dire la transmission de la culture, l’école, la beauté de la langue française.
On le dit Cassandre des temps modernes et conservateur à tous crins. On le caricature à gros traits mais il force aussi le trait. "J’aime m’amuser mais je perds mon sens de l’humour quand on me traite de raciste. Je me sens écrasé par l’esprit de sérieux d’une société allergique à la critique.
Mon image préempte toutes mes interventions. Les preuves que je peux apporter de ma fantaisie sont balayées par mes réticences vis-à-vis de l’époque. Je n’aime pas mon temps donc je pleure tout le temps. ça ne marche pas comme ça. La gravité n’est pas incompatible avec la gaieté. Mon époque, qui ne me trouve pas drôle, ne sait pas à quel point je la trouve drôle. Quand je constate la dévotion planétaire provoquée par la mort de Michael Jackson, je pleure et je ris. Mais, là encore, on va dire : qu’est-ce qu’il est pénible!"
Le philosophe fait, au cours des années 1980, deux rencontres marquantes. Milan Kundera et Philip Roth. Il leur consacre, dans Un cœur intelligent, des pages où il donne toute sa mesure. Il loue leur drôlerie. "Je suis sensible à l’humour de Kundera, Roth, Cioran. Mais il y a aujourd’hui un retour au rire barbare proche de celui de l’homme qui lynche. On devrait pourtant être guéri de ce rire-là depuis la Seconde Guerre mondiale.
On nous dit que les bouffons défient les rois alors qu’ils sont devenus les rois. Ils ont l’opinion pour eux. On est dans l’imposture. Les tenants du pouvoir social (fort) se présentent comme des résistants au pouvoir politique (faible)." Quand Alain Finkielkraut pointe les attaques sur le physique des hommes politiques ou la présence du couturier Christian Audigier au 20 Heures de France 2, il a cette expression: "ça fait époque."
Le personnage d’Exit le fantôme de Philip Roth se retire à la campagne, en compagnie des chefs-d’œuvre de la littérature, pour vaincre "la tyrannie de son caractère passionné". Mais Alain Finkielkraut avoue ne pas avoir envie de couper les ponts avec la société actuelle. "Ma pensée avance par chocs successifs. J’ai besoin de la confrontation pour réfléchir. La liberté d’expression, c’est la possibilité qui m’est offerte d’entendre la réfutation de ma propre pensée."
On ne sait jamais si Alain Finkielkraut va trop vite ou trop loin ou trop juste quand tout s’emballe à son détriment. ça dépend des fois. Il est éruption et érudition, immédiateté et continuité. Imprudence perpétuelle, absence de cynisme, omniprésence médiatique, courage intellectuel, nerfs à découvert.
Voix essentielle parce que voix détonante et discordante. Il aime prendre le pouls des autres pour entendre battre son propre cœur. Il continuera à être dans les pulsations du monde.
Marie-Laure Delorme - Le Journal du Dimanche Samedi 29 Août 2009
Dernière édition par Bridget le Lun 13 Sep - 13:02, édité 6 fois
Bridget
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Sujet: Re: ALAIN FINKIELKRAUT Coeur de penseur Dim 6 Sep - 20:40
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Interview :
Finkielkraut : " Il ne reste que le parti du sens du poil "
Le philosophe, auteur d’un livre événement, « Un coeur intelligent »*, revient sur la burqa et le multiculturalisme.
Le Point : A l’issue des élections européennes, la droite triomphe, mais avec 40 % des voix, tandis que la gauche est explosée façon puzzle. En même temps, on a l’impression que les clivages politiques se brouillent. Votre diagnostic ?
Alain Finkielkraut : Ce que j’observe avec un certain effroi, c’est la disparition progressive des réalités par rapport auxquelles, naguère, on pouvait se dire de droite ou de gauche : la nation, la culture, la langue, la civilisation même. Il y avait sur toutes ces choses un point de vue de droite ou un point de vue de gauche, mais qu’en est-il quand ces choses se dissolvent ? Malheureusement, la gauche actuelle, que ce soit dans sa version purement politique ou dans ses différentes versions intellectuelles, la molle et la radicale, croit bon de légitimer, voire de glorifier cette liquéfaction. Alors, je m’interroge : à quoi servent une action et une pensée politiques qui se contentent d’escorter les processus par lesquels nous sommes emportés ?
Ne seriez-vous pas vous-même emporté par votre caractère mélancolique et une certaine tendance à penser que « tout fout le camp » ?
Il y a quelques semaines, Télérama a publié une enquête très instructive sur la réalité des collèges. L’écrivain Robert Bober, auteur de « Quoi de neuf sur la guerre ? », était invité dans une classe du collège de Wazemmes, près de Lille. Il a montré des témoignages d’enfants juifs sous l’Occupation. L’image d’une femme aux cheveux blancs est apparue. Elle évoquait ses souvenirs de gamine échappant à une rafle et elle concluait : « A cette époque, les enfants n’étaient pas déportables. » Rires dans la classe. « Comment ils faisaient, t’imagines, ils n’avaient pas de portables ! » Et ce rire a duré toute la séance. Des portables au lieu de « déportables » et de toute l’histoire du monde : c’est cela, la disparition de l’essentiel. Et notre plus grande tâche politique est de faire face à cette situation.
Cela signifie-t-il que ce clivage n’a plus de sens et n’en aura plus ? Après tout, il reste deux camps qui se confrontent lors des élections.
Il reste peut-être deux camps, mais pas sur tous les sujets. La gauche et la droite ont rivalisé dans le culte du génie de Michael Jackson, l’artiste hors normes qui a repoussé les frontières du kitsch, et les services culturels des magazines de droite comme de gauche ont exigé toujours plus de place pour commenter hyperboliquement l’émotion planétaire qu’a provoquée sa mort. Pour ce qui est de la déculturation générale, il n’y a plus ni droite ni gauche, il n’y a qu’un seul parti : le Parti du sens du poil.
En somme, c’est la culture qui faisait de vous un homme de gauche et c’est la culture qui vous éloigne de la gauche ?
La grandeur démocratique de la gauche était de ne laisser personne à la porte : à la porte de la Cité, de la culture, de la beauté, à la porte de la langue elle-même. Mais maintenant, la gauche est, au mieux, indifférente au destin de ce qu’il y avait derrière la porte et, au pis, heureuse de voir s’effacer ces reliques du vieux monde.
Même les partisans de Nicolas Sarkozy ne pensent pas que sa première qualité est la distinction culturelle.
Sans doute peut-on dire que Nicolas Sarkozy est le premier président de la société postculturelle. Mais quand je vois des professeurs s’indigner de ses attaques répétées contre « La princesse de Clèves » et, en guise de protestation, lire des extraits de ce livre sur la place publique, je suis partagé. Depuis quelques années, en effet, on nous répète que l’enseignement du français doit d’abord former des citoyens et permettre à chacun d’acquérir l’autonomie dans le débat d’opinion. Or les personnages de « La princesse de Clèves » sont incurablement aristocratiques et leurs vertus citoyennes, nulles. De surcroît, plus on « plaçait l’élève au centre du système éducatif », plus on mettait à l’écart la trop lointaine princesse. Et les mêmes qui appliquaient avec zèle ces nouvelles directives dénoncent aujourd’hui l’inculture du chef de l’Etat. Ce n’est pas très logique. Si, cependant, l’antipathie de Nicolas Sarkozy pour le roman mystérieux du renoncement à l’amour conduit à sa réintroduction dans l’enseignement secondaire, je serai le premier à m’en réjouir.
Peut-être le score des Verts est-il de nature à vous rendre un peu plus optimiste, ou un peu moins pessimiste. Ne témoigne-t-il pas de ce souci du monde qui vous est si cher ?
Le score des écologistes et la prise en compte de la dimension écologique par tous les partis révèlent la nécessité d’un changement de paradigme : non plus changer, transformer, refaire le monde, mais l’épargner ou, comme disait déjà Camus, empêcher qu’il ne se défasse. Voilà qui oblige les libéraux et les progressistes que nous fûmes à une conversion politique et même existentielle. Nous nous pensions voués au dépassement perpétuel des limites. Voici que nous devons mettre des limites à notre avidité et à notre prométhéisme. Au fond, nous nous rendons compte que nous ne devons plus nous considérer seulement comme des titulaires de droits mais comme les obligés et les responsables du monde. C’est cela, le tournant écologique. Mais, d’un autre côté, je vois les écologistes eux-mêmes fustiger la loi dite Hadopi visant à protéger cette grande conquête, française d’ailleurs, qu’est le droit d’auteur et applaudir à une décision du Conseil constitutionnel qui érige l’accès à Internet et, à travers lui, la liberté de consommer en droit de l’homme. Dans le monde réel, nous sommes invités à nous limiter. Dans l’univers virtuel doit régner ce que les libéraux eux-mêmes redoutaient sous le nom de jus in omnia , c’est-à-dire le droit pour chacun de prendre, d’accaparer tout ce qui lui fait envie ou lui paraît utile. Dans un cas, on célèbre le ménagement ; dans l’autre, on acclame la prédation.
Dans les chassés-croisés idéologiques, la « réforme » est devenue l’un des chevaux de bataille de la droite tandis que la gauche la dénonce comme le prête-nom de la régression sociale. Faut-il réformer la France et est-elle « irréformable » ?
On peut porter au crédit de Sarkozy le refus de s’accommoder de cette situation. Il est aussi actif que ses deux prédécesseurs étaient inertes. Ce qui me paraît irréformable, malheureusement, c’est la politique au fil de l’eau de la culture et de l’éducation nationale. Il faudrait redonner forme à la culture en l’arrachant au fatras du culturel. Qui en aura le courage ? Il faudrait réintroduire l’exigence et l’expérience des belles choses dans l’enseignement. Au lieu de cela, un jeune espoir de l’UMP, Benoît Apparu, produit un rapport dans lequel il annonce triomphalement qu’il veut mettre toute l’école au régime des 35 heures, comme l’entreprise et le bureau, et cette idée effrayante fait tellement bonne impression qu’il est récompensé par un poste de secrétaire d’Etat. Alors, oui, hélas, là où plus que la réforme c’est le sursaut qui s’impose, je crois que rien n’est possible.
Les difficultés de l’intégration sont généralement traitées, par la droite et par la gauche, sous l’angle des discriminations contre lesquelles il faut lutter et de la diversité qu’il faut promouvoir. Le débat sur la burqa est-il un tournant ?
L’affaire de la burqa me paraît extrêmement révélatrice. On propose à nos sociétés un avenir multiculturel, et le grand paradoxe du multiculturalisme, c’est que toutes les cultures sont les bienvenues à l’exception d’une seule, la culture du pays hôte. Pour être authentiquement multiculturelle, pour accueillir la diversité comme il se doit, la France est tenue de ne plus être une nation substantielle, mais une nation procédurale simplement vouée à organiser la coexistence des communautés qui la composent. Les députés qui ont dit non à la burqa refusent cet avenir, et à mon avis ils ont raison. La France n’est pas seulement la patrie des droits de l’homme, c’est une terre de vieille civilisation. Au coeur de cette civilisation, il y a la mixité, une visibilité heureuse des femmes qui remonte à l’amour courtois et que nous devons absolument maintenir.
Cessons de tout formuler dans l’idiome des droits de l’homme. Plutôt que d’opposer le langage des droits de la femme à celles qui revendiquent fièrement leur droit culturel à vivre dans un linceul, il faut leur opposer nos moeurs.
Seulement, les droits de l’homme nous ont appris que nous ne pouvions pas imposer notre culture aux peuples du monde entier. Nous avons cru que notre civilisation était universelle. Le XXe siècle nous a contraints à renoncer à cette illusion. Nous savons que nous formons une civilisation particulière. Mais la modestie doit s’arrêter là. Elle ne saurait nous conduire à nous vider de notre être pour nous ouvrir à tous les vents de l’altérité. Cette civilisation particulière ou ce qui en reste et qui n’est pas grand-chose doit pouvoir continuer à régir la vie sur le territoire qu’elle a modelé.
*A paraître le 26 août (éditions Stock).
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Bridget
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Sujet: Re: ALAIN FINKIELKRAUT Coeur de penseur Mer 21 Avr - 20:03
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Alain Finkielkraut, l’imparfait du présent
Collection documentaire France 5 (inédit)
Vendredi 30 avril 2010 à 20.35 Dimanche 2 mai 2010 à 07.55
Le philosophe et écrivain Alain Finkielkraut est l’un des rares auteurs à avoir élaboré une réflexion personnelle sur la complexité de la société française d’aujourd’hui. De Paris en Ukraine, cet homme passionné raconte ses origines et son enfance, revient sur son image de contestataire et évoque l’importance de l’enseignement dans sa vie.
Extraits Il me semble qu’il y a aujourd’hui en France une espèce de bonne conscience et de mauvaise conscience. On s’est installés dans l’idée d’une France qui doit expier ses forfaits. La Shoah, le colonialisme, la traite des Noirs. Les progressistes, ceux qui me traitent de réactionnaire, pensent ainsi. Et cette idéologie tient le haut du pavé universitaire et médiatique. J’ai toujours eu beaucoup plus de facilité à l’oral qu’à l’écrit. L’écrit, c’était la grande panique. L’oral, c’était la grande exaltation.
L’amitié, c’est d’abord la liberté. C’est un espace où vous pouvez expérimenter vos idées, aller trop loin dans ce que vous pensez. Précisément pour être démenti, réfuté, pour pouvoir ensuite nuancer et approfondir votre propos. L’amitié, c’est aussi, pour moi, la merveille d’une exigence.
Il y a quelque chose dans la gauche que je n’aime pas, c’est la position de surplomb moral. On regarde les autres de haut puisqu’on parle au nom de ceux d’en bas.
Ma langue maternelle n’est pas la langue de ma mère. C’est le français. Ce français, je l’ai appris à la maison bien sûr… à l’école, par les livres, par les poésies, par la littérature.
Il y a un mot que Camus choisit pour caractériser l’école, ce que lui a apporté l’école. Et le mot qu’il choisit, c’est le mot exotisme. Tout d’un coup, il était très sensible à l’exotisme dont l’école était porteuse. (…) Et moi je crois que l’école doit non pas simplement se rapprocher des enfants, mais au contraire les aider à s’éloigner d’eux-mêmes et tabler sur leur désir d’éloignement. Il me semble que c’est tout le sens de la pédagogie.
Quand un événement me saisit et me donne à réfléchir, je le remercie. Il se passe quelque chose en moi, je suis forcé dans mes retranchements, je suis brusquement éveillé.
Moi, mon problème, c’est que j’étais familialement compromis. Je n’avais pas un père capitaliste, j’avais un père qui avait un atelier de petite maroquinerie. Et il y a un moment où je me suis dit : est-ce que c’est un s....... parce qu’il a choisi la voie libérale de l’initiative privée ?
Collection documentaire en HD Durée 52’ Auteure Ilana Cicurel Réalisation Cathie Levy Production France Télévisions / Effervescence Année 2010
Bridget
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Sujet: Re: ALAIN FINKIELKRAUT Coeur de penseur Sam 1 Mai - 12:43
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Un Finkie à visage humain ?
“Alain Finkielkraut, l’imparfait du présent”
Il est le premier objet de son ironie. Le penseur tourmenté et passionné qui semble faire corps avec les causes perdues qu’il défend ne se départit jamais cette distance à lui-même où peut naître l’humour.
Ni ses détracteurs, ni ses admirateurs ne le savent : Alain Finkielkraut est l’un des hommes les plus drôles que l’on puisse connaître. Non pas qu’il se lâche, dans le documentaire réalisé pour France 3 par Ilana Cicurel et Cathie Lévy, au point de livrer au public l’homme privé. Ou si peu.
Ainsi le voit-on, avec son copain André Dussolier, assister à la main historique de Thierry Henri pendant le match France-Irlande. Un intellectuel est un supporter comme les autres.
Coup de chapeau à Ilana Cicurel qui a été longtemps la sparring partner de l’écrivain sur RCJ avant d’être la cheville ouvrière de ce film: brosser le portrait d’un personnage pour lequel on a à la fois de l’admiration, du respect, de la reconnaissance et de l’affection tout en évitant l’exercice d’hagiographie, n’était pas tâche aisée.
Elle nous épargne les têtes de chapitre obligées sur “Fink et Israël”, “Fink et les juifs”, “Fink et l’école” pour nous inviter à accompagner le promeneur, le professeur, le lecteur, le penseur.
On le dit bêtement médiatique quand sa parole, même sur un plateau, même devant un micro, tranche dans le vif, extirpant du réel, en une formule longuement murie, ce qu’il recèle de plus caché et il est vrai de plus déplaisant.
Il ne sait pas prendre la pose, comme en témoignent ce rien de gaucherie dans les gestes, cette façon, parfois, d’hésiter sur un mot plutôt que de choisir le mauvais.
On apprend entre autre scoops, qu’Alain Finkielkraut a été un enfant, choyé par une mère dont on entrevoit la beauté sur une photo, et qu’il est resté un fils.
De Lvov, où il tente de retrouver quelques traces de la vie effacée de ses ancêtres, et où il n’observe que la disparition des traces elles-mêmes, sans pour autant en rajouter dans le tragique, il lui téléphone pour lui décrire les lieux où elle a peut-être vécu, on ne sait pas si c’est vraiment là.
Ce fils de maroquinier et de la méritocratie républicaine part à la rencontre de l’écolier qu’il fut dans le Xème arrondissement.
Les temps ont changé : au mur est accrochée une vaste carte du monde sur laquelle les élèves ont indiqué leur pays d’origine. “Je suis fier de venir de….”, peut-on lire au-dessus de la carte. Ce choc entre le monde qui meurt et celui qui vient donne envie d’éclater de rire.
Finkielkraut sourit, un peu mélancolique : “De mon temps, on n’affichait pas les identités”. Sur son carnet scolaire, son nom est “Alain Finkielkraut, dit Fink”.
Pas pour cacher qu’il était juif. Pour éviter que l’on déforme ce nom difficile à prononcer – et facile à moquer. Il est vrai que de ce temps-là, s’assimiler n’était pas un sujet de honte mais de fierté.
Vous l’avez raté hier soir ? Séance de rattrapage dimanche 2 mai, 8 heures sur France 3.
Dernière édition par Bridget le Mer 26 Jan - 11:50, édité 1 fois
Bridget
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Sujet: Re: ALAIN FINKIELKRAUT Coeur de penseur Mer 26 Jan - 11:50
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Le roman d'Amour, par Alain Finkielkraut
C’est autour de l’amour et des paradigmes de l’amour élaborés au fil de l’histoire littéraire – de Madame de la Fayette à Stendhal – qu’Alain Finkielkraut, l’auteur d’Un coeur intelligent, entame une série de lectures commentées de quatre grandes oeuvres, parmi lesquelles, brillant comme une référence, La Princesse de Clèves.
« Que reste-t-il de l’amour ? » pourrait être la question qu’il adresse ensuite, pour poursuivre son enquête, à trois grands romans, français et étrangers du XXe siècle (dont Les meilleures intentions d’Ingmar Bergman).
L'intellectuel ouvre, à la Bibliothèque nationale de France, un cycle littéraire sur le roman d'amour avec La princesse de Clèves
Dans son dernier livre, Le coeur intelligent (Stock-Flammarion), Alain Finkielkraut laissait place au lecteur de littérature qui est en lui, en consacrant ses neuf chapitres aux romans qui l'ont marqué.
Cette fois, Finkielkraut reprend l'exercice, mais à voix haute, et devant le public de la Bibliothèque nationale de France.
Mercredi 26 janvier s'ouvre en effet un cycle littéraire intitulé "Le roman d'amour", qui se poursuit jusqu'en juin et s'ouvre sur l'un des plus beaux livres qui soit : La princesse de Clèves, n'en déplaise à qui l'on sait.
La vision de l'amour par Madame de La Fayette a-t-elle quoi que ce soit en commun avec celle du roman du XXIe siècle ? Quels changements se sont opérés entre son discours amoureux et celui d'une Virginie Despentes ou d'un Michel Houellebecq, pour ne citer qu'eux ?
Dans les quatre interventions prévues, Alain Finkielkraut, le passeur, convoque aussi Ingmar Bergman avec un focus particulier sur Les meilleures intentions.
Puis se penche sur le cas de Philip Roth en Professeur de désir et, pour conclure, retrouve son cher Milan Kundera, dont la lecture tient un si grand rôle dans son parcours.
Pascal Bruckner, avec lequel il écrivit «le Nouveau Désordre amoureux», a lu l'essai d'Alain Finkielkraut sur les intermittences du cœur. De Madame de La Fayette à Philip Roth.
Alain Finkielkraut, auteur notamment de «la Défaite de la pensée» et d'«Un coeur intelligent», enseigne la culture générale à Polytechnique, et anime «Répliques» sur France-Culture. (Sipa)
Il en est des bons livres comme des bonnes philosophies: ils contiennent leur propre réfutation, qui est moins un obstacle qu'un aliment à leur développement. Ceux qui attendent de Finkielkraut des recettes pour connaître l'amour durable en seront pour leurs frais. L'auteur n'est pas un de ces conservateurs ordinaires qui apportent des réponses simples à des problèmes complexes. Il est, depuis sa jeunesse, un être tragique, c'est-à-dire un arpenteur d'impasses. Il existe en effet des situations sans issue: l'amour en est une, ce qui fait sa grandeur et son déchirement.
A travers quatre romans - «la Princesse de Clèves», de Mme de La Fayette, «les Meilleures Intentions», d'Ingmar Bergman, «Professeur de désir», de Philip Roth, «l'Insoutenable Légèreté de l'être», de Milan Kundera -, Finkielkraut explore les extravagances du renoncement, l'énigme du ressentiment, le malheur du désamour et la désertion du lyrisme.
La fortune singulière de «la Princesse de Clèves», critiquée par Nicolas Sarkozy et plébiscitée par ses opposants, repose sur un malentendu: Mme de Clèves nous irrite car elle ne cède pas à ce qu'elle désire le plus au monde, l'union avec M. de Nemours, une fois son mari décédé. Si bien qu'adversaires ou partisans de ce livre sont d'accord: le crime de cette aristocrate, c'est l'abstinence, le choix des solitudes glacées du veuvage plutôt que les plaisirs partagés.
Finkielkraut désapprouve les moeurs légères de notre époque, ces liaisons par intérim qui forment notre quotidien. Mais il est trop intelligent pour les condamner sachant que l'amour, «enfant de bohème devenu roi», supporte mal le poids du temps. Tabler sur sa pérennité, c'est oublier la précarité du désir, les intermittences du sentiment. Il y a ici autant d'arguments pour que contre la monogamie.
Ce que nous avons perdu en émancipant le coeur et le corps, c'est la garantie d'une permanence: nous voici livrés sans mesure aux déchaînements du caprice. Nous ne pouvons plus aimer comme nos parents, le retour aux anciens temps est impossible.
Finkielkraut esquisse tout de même quelques pistes qui sont autant d'aveux personnels dissimulés dans une lecture éblouissante: la sobriété dans l'expression de la tendresse, le pardon des offenses qui libère les amants des prisons de la mémoire, le tact dans l'aveu qui doit être soumis à la juridiction des cas particuliers et ne pas être proféré sans ménagement.
Il est des cas où le mensonge est préférable à la vérité quand celle-ci peut détruire. Enfin, évoquant à la dernière page le mythe de Philémon et Baucis, à qui Zeus accorda la grâce de mourir ensemble et d'être transformés en arbres pour l'éternité, il exalte la chance pour les époux d'une fin simultanée. Ainsi retrouve-t-il la grande affinité romantique de l'amour et de la mort pour conclure sur une note de mélancolie douce et de « tristesse paisible, presque heureuse».
Pascal Bruckner
Et si l'amour durait, par Alain Finkielkraut, Stock, 156 p., 17 euros.
Source: "le Nouvel Observateur" du 22 septembre 2011.