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 VENISE ET SES SORTILEGES

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Nine
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MessageSujet: VENISE ET SES SORTILEGES   Ven 6 Mar - 1:46

LES MASQUES DE VENISE



Quand une personne vient à Venise,
elle se demande sans doute pourquoi il y a autant de magasins de masques.
Dans chaque ruelle, sur chaque place,
vous trouverez des millions de masques qui vous accompagneront
tout au long de votre séjour dans la Lagune,
par ailleurs il est pratiquement impossible de repartir dans en acheter un.

L'histoire des masques de Venise remonte déjà à de nombreuses années.
En effet il existait déjà en 1271, une école des "maschereri". En 1773,
il existait officiellement 12 magasins de masques avec 31 ouvriers :
peu par rapport à l'utilisation que l'on en faisait à l'époque.
Toutefois beaucoup de masques, fameux dans toute l'Europe, sont fabriqués au noir,
donnant ainsi du travail à de nombreuses personnes.

En 1600 on se trouva face à un tel abus sur l'utilisation des masques,
que le gouvernement de la République de Venise est obligé d'instaurer des règles
pour en limiter l'utilisation.
Ainsi on interdit aux habitants de porter des masques en dehors de la période du Carnaval,
dans les lieux de culte, on interdit le port d'armes, le chahut de groupe,
pour finir on ne peut porter des masques qu'à des heures préétablies.
L'utilisation des masques a été interdit aux prostitués et aux hommes fréquentant les bordels.
Les fausses moustaches, les fausses barbes,
les femmes qui se déguisent en homme sont également considérées comme des masques.
Au contraire le loup était une obligation lors des cérémonies officielles et des fêtes publiques,
comme l'était le port de la cape.

Le masque, à l'époque, était utilisé comme déguisement
et servait également à se camoufler pour faire des choses peu catholiques,
certains en effet en profitaient pour ne pas se faire reconnaître et ainsi tromper leur fiancée.

Les masques traditionnels du Carnaval de Venise



La ‘’Bauta’’, costume typique du carnaval vénitien, se compose d’une cape noire
accompagnée d’un chapeau noir :
le ‘’Tricorne’’ et d’un masque blanc pour cacher le visage.

La ‘’Moretta’’ est un masque qui tenait sur le visage grâce à un petit bouton
que la femme tenait entre ses dents.
Ainsi elle ne pouvait donc pas parler, ce qui renforçait l’anonymat…mystère !

On trouve également le masque du ‘’docteur de la peste’’
caractérisé par son long bec, sans oublier tous les masques de la commedia dell’arte,
comme Arlechino, docteur Balanzone, Brighella, Colombina, Pulcinella.


Comment fabrique-t-on les masques ?

Tout d'abord on construit avec de l'argile le visage qui représentera le masque.
On modèle ensuite un moule en plâtre par dessus.
Le papier mâché, fait grâce à des morceaux de papier et de colle,
est inséré sur le moule où il sèche lentement.
Une fois durcit, le masque est retiré de son moule puis fignolé avec un papier abrasif très fin.
Pour finir on lui donne un fond de base. Par la suite on le peindra selon ses goûts.

Pantalone:
le masque de Venise par excellence.
Vieux, riche, avare. Le fourbe par excellence.

Arlecchino (batòcio = bâton):
c'est l'émigrant classique qui arrivait à Venise à la recherche d'un travail.
Il vient de Bergame, autrefois territoire de Venise.

Facanapa ou Fracanapa:
masque vénitien qui symbolise la réponse de l'arrière-pays au déclin de la Serenissima.

Moreta:
masque de cuir noir destiné à couvrir le visage des femmes.
Privé de bouche, il est soutenu par les dents (ainsi on ne pouvait pas parler)

Pulcinella: c'est l'Arlequin du sud.

La Gnaga:
masque de chat. Celui qui le porte s'exprime par des miaulements continus
ou avec des phrases obscènes. Il est utilisé par le travesti .

Baùtà:
masque blanc très connu et asexué.


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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Ven 6 Mar - 2:03

LA CHANSON DU MASQUE



Aloysius Bertrand consacre dans son recueil Gaspard de la nuit
un poème au carnaval de Venise et à son folklore
"La Chanson du masque"

"Ce n'est point avc le froc et le chapelet, c'est avec le tambour de basque
et l'habit de fou que j'entreprends, moi, la vie, ce pèlerinage à mort !

Notre troupe bruyante est accourue sur la place Saint-Marc,
de l'hôtellerie du signor Arlecchino qui nous avait tous conviés
à un régal de macaronis et de polenta à l'ail.

Marions nos mains, toi qui, monarque éphémère,
ceins la couronne de papier doré, et vous, ses grotesques sujets,
qui lui formez un cortège de vos manteaux de mille pièces,
de vos barbes de filasse et de vos épées de bois.

Marions nos mains pour chanter et danser une ronde,
oubliés de l’inquisiteur, à la splendeur magique des girandoles de cette nuit rieuse comme le jour.

Chantons et dansons, nous qui sommes joyeux,
tandis que ces mélancoliques descendent le canal sur le banc des gondoliers,
et pleurent en voyant pleurer les étoiles.

Dansons et chantons, nous qui n’avons rien à perdre,
et que derrière le rideau où se dessine l’ennui de leurs fronts penchés,
nos patriciens jouent d’un coup de cartes palais et maîtresses.



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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Ven 6 Mar - 2:23

Le carnaval de Venise est le carnaval des masques



Il remonte au XIème siècle et durait deux mois du 26 décembre à Mardi gras,
des gens masqués et costumés faisaient la fête dans la rue, jeux, spectacles,
concours, courses, spectacles, etc...
Porter un masque était bien commode pour faire tout ce qui était interdit
et les vénitiens entreprirent de porter le masque dès octobre pour s'en donner à coeur joie.
Aujourd'hui, il est permis de porter un masque quand on le veut,
mais les interdictions que le masque permettaient de braver n'existent plus.

Poème extrait d' Une promenade vénitienne

La période du Carnaval
change le monde.
Celui qui va bien, celui qui va mal,
le Carnaval nous fait tous nous réjouir.
Celui qui a de l’argent,
doit le dépenser,
Celui qui n’en a pas,
espère en trouver;
il fait le marchand pour aller s’amuser.

Ici la femme et là-bas le mari,
chacun, a son goût,
va où il est invité,
à jouer et à danser.
Carlo Goldoni
le pont des soupirs vision nocturne

Arlequin n’est pas en train
Scaramouche n’ouvre plus la bouche
Polichinelle s’est fait la belle
Brighela a remisé ses plats
Matamore ne va pas fort
Le médecin ne se sent pas bien
Isabelle a attrapé la varicelle
Colombine a petite mine
Pierrot ne trouve plus ses mots
Les masques ne dansent plus la bergamasque
Et nous montrent leurs basques
Les lampions ont fini de brûler, la fête est terminée


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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Ven 6 Mar - 2:45

VENUS OU BIEN VENISE



T'as pas envie de t'en aller
Mettre des ailes à tes souliers
Pour crever ton nuage de fumée

T'as pas envie d'aller au ciel
Comme une plume de Sarcelles
De regarder de plus près le soleil

Venus ou bien Venise
C'est la même valise
Que l'on remplit des mêmes souvenirs
Venise ou bien Venus
Rien de moins rien de plus
Et c'est si difficile d'en revenir

T'as pas envie de Marylène
Je crois que le Bon Dieu lui-même
N'a jamais écrit de plus beaux poèmes

T'as pas envie de l'enlever
De la cacher de l'enfermer
De garder pour toi tout seul sa beauté

Venus ou bien Venise
C'est la même valise
Que l'on remplit des mêmes souvenirs
Venise ou bien Venus
Rien de moins rien de plus
Et c'est si difficile d'en revenir

J'ai bien du mal à me tenir debout
Avec les vents qui soufflent
De partout et qui me rendent fous

Alors ne viens pas me tenter
Laisse-moi ma tranquillité
Avec mes illusions de liberté

Venus ou bien Venise
C'est la même valise
Que l'on remplit des mêmes souvenirs
Venise ou bien Venus
Rien de moins rien de plus
Et c'est si difficile d'en revenir

Venus ou bien Venise
C'est la même valise
Que l'on remplit des mêmes souvenirs
Venise ou bien Venus
Rien de moins rien de plus
Et c'est si difficile d'en revenir

DELANOE/F.BERNHEIM

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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Mer 11 Mar - 1:05

L'histoire des masques de Venise.



LES ORIGINES

C'est vers l'an 1000 que l'Église catholique, soucieuse depuis des siècles de donner Pâques la priorité absolue pour toute la chrétienté, fixe le calendrier de ses fêtes. Les clercs qui le rédigent dans les abbayes y disposent les périodes grasses et maigres selon que la viande est autorisée ou non et y fixent :

CARNAVAL.

Le mot aurait deux origines:

- CARNEM LEVARE :

priver de chair (viande) annonçant ainsi le carême qui débute le mercredi des cendres
et sera porté, au VIIIe siècle, quarante jours.

- CARNE VALE :

la chair prévaut, celle que l'on mange (la viande) et celle que l'on désire (le corps),
signifiant le triomphe de la sensualité propre au carnaval.

Dans les deux cas, le carnaval est indissociable du carême puisqu'il désigne
la période orgiaque qui le précède.
Il atteindra Venise les sommets de tous les débordements et, malgré les interdits,
éclatera au XVIIIe siècle dans un "bouquet final" précédant la chute de la Sérénissime.

Si nous devons l'Église la place et la durée du carnaval,
les origines de ce dernier sont rechercher dans le paganisme:

fêtes de la nouvelle année, de la terre, de la fécondité...
transmises en Grèce sous le nom de Bacchanales
( un homme déguisé en Bacchus, dieu du vin, parcourrait les rue au milieu des chants et des danses),
puis Rome sous le nom de Lupercales
(instaurées par Rémus et Romulus en l'honneur de la louve qui les avait allaités)
et de Saturnales ( sous l'égide du dieu du temps,
les Romains festoyaient en inversant les rôles - les maîtres servent leurs esclaves -
et s'adonnaient une débauche effrénée).

L'Église, soucieuse de canaliser ces manifestations licencieuses qui avaient perdu leur sens originel,
les rebaptisa (fête des fous, des innocents, carnaval...)
et tenta de leur donner un sens nouveau.
Le carnaval était né.

DE LA NAISSANCE A L'APOGÉE

A Venise, comme dans toute l'Europe médiévale, le carnaval est la fête "du ventre",
de la transgression et de l'inversion.

Fête du ventre:
on distribue de la nourriture aux pauvres afin que chacun fasse ripaille.
A une époque les disettes étaient fréquentes,
(Venise réussit cependant les éviter), le peuple oublie ses peines et accède,
pour un temps, au "Pays de Cocagne" dont il ne peut que rêver.

Fête de la transgression:
si, lors des fêtes païennes on se moquait des héros et des dieux,
au Moyen-Age on prend la religion partie.
Les religieux eux-mêmes participent aux réjouissances
en se livrant à des simulations de cérémonies et des plaisanteries obscènes.
On danse dans les couvents; les lieux sacrés, pivots de la vie sociale,
sont transformés en théâtres où l'on s'amuse aux dépens de tous et de tout.
Le pape Innocent III dont le pontificat marque au XIIIe siècle l'apogée de la papauté
promulgue une bulle pour bannir les spectacles des églises et interdire aux religieux
de participer aux fêtes.
En vain... La fête continue.

Fête de l'inversion:
les rapports hiérarchiques s'inversent. Le valet est servi par son maître;
le pauvre côtoie les puissants et peut se permettre de les ridiculiser,
voire de les bafouer,
le sous-diacre prend la place des dignitaires.
L'homme se déguise en femme, le jeune en vieux et réciproquement.
Le carnaval qui permet l'homme "d'inverser" se qui le fige dans son histoire
- le sexe - l'âge - le statut, de transgresser les interdits et de s'adonner aux plaisirs,
se distingue de la fête officielle au rituel codé.
Il s'en démarque par l'usage des déguisements et des masques.
Il n'y aurait pas eu de masques lors des premières fêtes vénitiennes.
Un texte de 1268 autorise le port du masque pendant le carnaval
et aussi pendant une période de six mois de l'année.
Les vénitiens prendront l'habitude de sortir masqués.

Pendant des siècles le carnaval contribue la stabilité de Venise.
Il en précipitera la chute. Venise rayonne mais n'est plus une grande famille.
Au lieu de se mettre son service,
chacun veut profiter de sa richesse et des plaisirs qu'elle procure.
Le carnaval dure de plus en plus longtemps.
Plus ces jours ces multiplient, plus ceux de la "civilisation vénitienne" sont comptés.
Plus les vénitiens s'enrichissent, plus Venise s'appauvrit... et plus le carnaval fait rage.

Venise reste la ville des fêtes et des plaisirs.
Tandis que son influence politique diminue, elle jette ses derniers feux.
Le carnaval est la grande attraction qui commence en Octobre.
Il dure six mois de l'année et triomphe dans les bals masqués,
les prouesses pyrotechniques.
On y vient de toute l'Europe jouir des plaisirs les plus divers,
les plus troubles et tous y gagnent:
aubergistes, restaurateurs, gondoliers, fabricants de masques...


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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Mer 11 Mar - 1:13

LE DÉCLIN DU CARNAVAL



Venise passe sous la première domination autrichienne (1799-1806)
et le port du masque n'est autorisé que pour les fêtes privées.
Son rattachement au royaume d'Italie dont Napoléon Ier est le souverain
permet davantage de divertissements mais le coeur n'y est plus.

Le deuxième gouvernement autrichien (1815-1866) autorise de nouveau
les masques pendant le carnaval, mais celui-ci n'est plus le mise en scène de grands thèmes,
la transgression collective des interdits.
C'est plutôt une parade ou chacun cherche exprimer son individualité.
Parallèlement cette évolution, Venise devient chère aux romantiques.
Elle attire toujours les artistes: Georges Sand, Musset, Byron y vivent de beaux épisodes amoureux; Wagner y compose la partie la plus émouvante de Tristan et Iseult;
Rossini, Bellini, Verdi, y font découvrir leurs oeuvres...
mais les vénitiens ne supportent ni la censure autrichienne ni la zèle de la police.
Il s'insurgent en 1848 et Daniele Manin proclame la République,
brève libération du joug autrichien définitivement secoué en 1866.
Venise est alors rattachée au royaume d'Italie. Le carnaval disparaît.
La Sérénissime n'est plus, mais elle fait toujours rêver...

Le Carnaval resurgit en 1978:

Des étudiants et des commerçants ravivent son étincelle.
Venise, plus que toute autre ville au monde, est digne de lui servir de cadre. Le feu reprend.
En 1980 le Carnaval redevient une institution.
Pendant la quinzaine de jours précédant le mercredi des cendres,
il attire une foule de plus en plus cosmopolite.
On y admire les costumes tous plus extravagants les uns que les autres;
on y est tenté par une multitude de spectacles, de soirées...

Aux initiatives officielles de la Biennale d'Art et des théâtres s'ajoutent celles d'associations diverses: toutes concourent notre plaisir.

Si les vénitiens boudent quelque peu une fête sacrifiée,
selon eux, sur l'autel de la rentabilité,
le touriste, lui, y retrouve le plaisir enfantin de la parade,
le tourbillon d'une foule gorgée de sensations, le charme de l'équivoque.
S'il admire les costumes qui s'offrent sa vue, il se prend, lui aussi, se déguiser.
Poétique, clinquant, mystérieux, exotique...
le déguisement lui permet d'exprimer une facette de lui-même
que nulle part ailleurs il n'oserait afficher...
Admirer, être admiré, telle est la rêverie laquelle le carnaval nous convie,
la rêverie des êtres humains réunis par le plaisir.
La Venise d'aujourd'hui comble les passionnés d'art et de culture,
les amants "magnifiques" et ceux pour qui le Carnaval est jamais la fête par excellence.

Les acteurs de la Commedia dell'arte, facétieux et bigarrés, animent le carnaval.
En constant mouvement, seuls ou en bandes assorties, ils parodient,
s'esclaffent et farandolent, vifs comme les couleurs de l'arc-en-ciel dont ils sont affublés.
Arlequins, mages, dominos, bouffons ou tragédiens, chacun joue son rôle de l'aube au crépuscule.

Princes et princesses, eux trônent devant les palais,
altiers, drapés de pourpre, de vert velours, d'or pâle et de bleu céleste.
Ces nobles personnages aux réminiscences moyenâgeuses, baroques ou orientales,
exhibant broderies et torsades de perles, sont vraiment les rois et reines de la fête,
et parcourent la cité comme si elle était leur.


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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Mer 11 Mar - 1:30

UNE VENITIENNE EN COSTUME



"Le monde est un grand bal où chacun est masqué "
Vauvenargues



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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Ven 1 Jan - 20:53

UNE VUE DU CARNAVAL ET DE SA BEAUTÉ


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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Jeu 28 Jan - 1:29

VENISE
PAR GUY DE MAUPASSANT




Venise !
Est-il une ville qui ait été plus admirée, plus célébrée, plus chantée par les poètes,
plus désirée par les amoureux, plus visitée et plus illustre ?

Venise !
Est-il un nom dans les langues humaines qui ait fait rêver plus que celui-là ?
Il est joli, d'ailleurs, sonore et doux :
il évoque d'un seul coup dans l'esprit un éclatant défilé de souvenirs magnifiques
et tout un horizon de songes enchanteurs.

Venise !
Ce seul mot semble faire éclater dans l'âme une exaltation,
il excite tout ce qu'il y a de poétique en nous, il provoque toutes nos facultés d'admiration.
Et quand nous arrivons dans cette ville singulière,
nous la contemplons infailliblement avec des yeux prévenus et ravis,
nous la regardons avec nos rêves.

Car il est presque impossible à l'homme qui va par le monde
de ne pas mêler son imagination à la vision des réalités.
On accuse les voyageurs de mentir et de tromper ceux qui les lisent.
Non, ils ne mentent pas, mais ils voient avec leur pensée bien plus qu'avec leur regard.
Il suffit d'un roman qui nous a charmés, de vingt vers qui nous ont émus,
d'un récit qui nous a captivés pour nous préparer au lyrisme spécial des coureurs de route,
et quand nous sommes ainsi excités, de loin, par le désir d'un pays, il nous séduit irrésistiblement.
Aucun coin de la terre n'a donné lieu, plus que Venise, à cette conspiration de l'enthousiasme.
Lorsque nous pénétrons pour la première fois dans la lagune
tant vantée il est presque impossible de réagir contre notre sentiment anticipé,
de subir une désillusion.

L'homme qui a lu, qui a rêvé, qui sait l'histoire de la cité où il entre,
qui est pénétré par toutes les opinions de ceux qui l'ont précédé,
emporte avec lui ses impressions presque toutes faites ;
il sait ce qu'il doit aimer, ce qu'il doit mépriser, ce qu'il doit admirer.

.../...


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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Jeu 28 Jan - 2:34

Le train traverse d'abord une plaine, criblée de flaques d'eau bizarres.
On dirait une sorte de carte de géographie, avec les océans et les continents ;
puis le sol disparaît peu à peu ;
le convoi court, sur un talus d'abord et bientôt il s'élance sur un pont démesuré
jeté dans la mer et qui s'en va vers la ville aperçue là-bas,
élevant ses clochers et ses monuments au-dessus de la nappe immobile et illimitée des eaux.
Quelques îlots portant des fermes apparaissent de temps en temps, à droite ou à gauche.

Nous entrons en gare.



Des gondoles attendent le long du quai.
Longue, mince et noire, dressant les pointes de ses extrémités
et portant à l'avant une proue étrange et jolie, en acier luisant,
la fine gondole mérite sa gloire. Un homme, debout derrière les voyageurs,
la gouverne avec une seule rame que porte et que soutient une sorte de bras en bois tordu,
fixé sur le bord droit de l'embarcation.

Elle a un air coquet et sévère, amoureux et guerrier,
et elle berce d'une façon délicieuse le promeneur étendu sur une sorte de chaise longue.
La douceur de ce siège, le balancement exquis de ces barques,
leur allure vive et calme, nous donnent une inattendue et adorable sensation.
On ne fait rien et on va, on se repose et on voit, on est caressé par ce mouvement,
caressé dans l'esprit et dans la chair,
pénétré par une subite et continue jouissance physique et par un profond bien-être de l'âme.

Quand il pleut, on ajuste au milieu de ces embarcations une petite chambre en bois sculpté,
orné de cuivres, et couverte de drap noir.
Les gondoles alors glissent, impénétrables, sombres et closes,
cercueils flottants vêtus de crêpe.
Elles semblent porter des mystères de mort ou d'amour,
et elles montrent parfois une jolie figure de femme derrière leur étroite fenêtre.
.../...


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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Jeu 28 Jan - 2:43

Nous descendons le grand canal.



On est surpris d'abord par l'aspect de cette ville dont les rues sont des rivières...
des rivières ou plutôt des égouts à ciel ouvert.

C'est là vraiment l'impression que donne Venise après le premier étonnement passé.
Il semble que des ingénieurs facétieux aient fait sauter la voûte de maçonnerie
et de pavés qui recouvre ces courants d'eaux malpropres
dans toutes les autres villes du monde, pour forcer les habitants à naviguer sur leurs égouts.

Et cependant quelques-uns de ces canaux,
les plus étroits, sont parfois délicieusement bizarres.
Les vieilles maisons rongées par la misère y reflètent leurs murailles déteintes et noircies,
y trempent leurs pieds sales et crevassés,
comme des pauvres en guenilles qui se laveraient dans des ruisseaux.
Les ponts de pierre enjambent cette eau et renversant dedans leur image
l'encadrent d'une double voûte dont l'une est fausse et l'autre vraie.

On a rêvé une vaste cité aux immenses palais,
tant est grande la renommée de cette antique reine des mers.
On s'étonne que tout soit petit, petit, petit !
Venise n'est qu'un bibelot, un vieux bibelot d'art charmant, pauvre, ruiné,
mais fier d'une belle fierté de gloire ancienne.

Tout semble en ruine, tout semble sur le point de s'écrouler dans cette eau
qui porte une ville usée.
Les palais ont des façades ravagées par le temps, tachées par l'humidité,
mangées par la lèpre qui détruit les pierres et les marbres.
Quelques-uns sont vaguement inclinés sur le côté, prêts à tomber,
fatigués de rester depuis si longtemps debout sur leurs pilotis.

Tout à coup l'horizon grandit, la lagune s'élargit ;
là-bas, à droite, apparaissent des îles couvertes de maisons, et, à gauche,
un admirable monument de style mauresque, u
ne merveille de grâce orientale et d'élégance imposante, c'est le palais des Doges.

Je ne raconterai pas Venise dont tout le monde a parlé.
La place Saint-Marc ressemble à celle du Palais-Royal,
la façade de cette église a l'air d'une devanture de café-concert en carton-pâte,
mais l'intérieur est tout ce qu'on peut concevoir de plus absolument beau.
La pénétrante harmonie des lignes et des tons,
les reflets des vieilles mosaïques d'or aux lueurs adoucies,
au milieu des marbres sévères, les merveilleuses proportions des voûtes et des lointains,
un je-ne-sais-quoi de divinement trouvé dans l'ensemble,
dans l'entrée calme du jour qui devient religieux autour de ces piliers,
dans la sensation jetée à l'esprit par les yeux,
font de Saint-Marc la chose la plus complètement admirable qui soit au monde.

Mais en contemplant cet incomparable chef-d'œuvre de l'art byzantin,
on se met à songer en le comparant à un autre monument religieux,
sans égal lui aussi, si différent pourtant, chef-d'œuvre de l'art gothique,
bâti encore au milieu des flots gris des mers du Nord,
à ce bijou monstrueux de granit qui se dresse tout seul
dans l'immense baie du Mont-Saint-Michel.

.../...



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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Jeu 28 Jan - 2:44

Ce qui fait Venise absolument sans égale, c'est la Peinture.

Elle fut la patrie, la mère de quelques maîtres de premier ordre
qu'on ne peut connaître que dans ses musées, ses églises et ses palais.

Le Titien, Paul Véronèse ne se révèlent vraiment qu'à Venise dans leur splendeur géniale.
Ceux-là, du moins, possèdent la gloire dans toute sa puissance et toute son étendue.
Il en est d'autres que nous ignorons trop en France et qui atteignent presque la valeur de ces artistes,
tels Carpaccio et surtout Tiepolo, le premier des plafonniers passés, présents et futurs.


Sacrifice d'Isaac par TIEPOLO

Personne comme lui n'a su répandre sur un mur la grâce des lignes humaines,
la séduction des nuances qui grisent sensuellement le regard,
et le charme des choses rêvées dans cette sorte d'ivresse étrange que l'art communique à l'esprit.
Élégant et coquet comme Watteau ou Boucher,
Tiepolo possède surtout un admirable et invincible pouvoir de charmer.
On peut en admirer d'autres plus que lui, d'une admiration raisonnée,
mais on le subit plus que personne.
L'ingéniosité de ses compositions, l'imprévu puissant et joli de son dessin,
la variété de son ornementation,
la fraîcheur inaltérable et unique de son coloris font naître en nous un besoin singulier
de vivre toujours sous un de ces plafonds inestimables qu'orna sa main.

Le palais Labbia, une ruine, montre peut-être la plus admirable chose qu'ait laissée ce grand artiste.
Il a peint une salle entière, une salle immense.
Il a tout fait, le plafond, les murailles, la décoration et l'architecture, avec son pinceau.

Le sujet, l'histoire de Cléopâtre, une Cléopâtre vénitienne du XVIIIe siècle,
se continue sur les quatre faces de l'appartement, passe à travers les portes,
sous les marbres, derrière les colonnes imitées.
Les personnages sont assis sur les corniches,
appuient leurs bras ou leurs pieds sur les ornementations,
peuplent ce lieu de leur foule charmante et colorée.

Le palais qui contient ce chef-d'œuvre est à vendre, dit-on ! Comme on vivrait là-dedans

GUY DE MAUPASSANT
5 mai 1885

Vous venez de lire un "CR" (comme on dit sur la toile)
du grand Auteur Guy de Maupassant,
riches en formules descriptives et en sensations,
la plume de ce Maître des Mots et de l'émotion,
vous aura raconté Venise comme personne.
C'était en l'an de grâce 1885, les pixels numériques et les vidéos n'existaient pas
... mais l'art ...
de la narration lui était bien présent, avec comme seuls supports,
une plume, du papier et un vrai regard.
J'ai découvert Venise en le lisant !
Je lui dois mes premières images
de la cité Vénitienne.

Nin@rtmony
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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Jeu 28 Jan - 14:39

L'EAU DE VENISE



C'est bien entendu tout le charme et toute la beauté de Venise.
L'eau, miroir de nos âmes mais aussi des palais, l'eau qui embellit, l'eau source de vie.
Tous ces reflets multicolores et le plus souvent dorés des canaux de Venise
apportent incontestablement une dimension visuelle unique à la ville.
toute l'architecture de la ville, de ses maisons et palais,
découle intimement de cette domestication réussie des flots.

Des flots, oui, pas seulement de l'eau.
Car cette eau en apparence belle et qui renvoie l'image adoucie des façades,
sait aussi être menaçante, envahissant calli et campi
lors des nombreuses Acqua Alta que doivent subir les Vénitiens.
Cette eau, de mer, qui les entourent a également permis de protéger
pendant des siècles la ville de Venise des envahisseurs potentiels.
Car naviguer dans la lagune était particulièrement risqué pour ceux
qui n'en connaissaient pas les passages obligatoires pour ne pas s'ensabler.

Grâce a cette protection naturelle,
Venise n'a jamais eu besoin de s'enlaidir de remparts hauts et massifs
comme la plupart des villes d'Europe de la même époque.
Et ses palais peuvent se permettre la légèreté et la beauté,
ils n'avaient pas besoins de créneaux et tours de guet pour protéger leurs occupants.

C'est aussi cette eau omniprésente qui a donné à Venise l'un de ses plus beaux symboles :
la gondole, “voiture-taxi” des vénitiens pendant des siècles avant que n'arrivent les vaporetti.
Vous l'avez compris, l'eau est omniprésente mais également vitale pour Venise et les Vénitiens,
cette eau là, c'est Venise elle-même,
qualifiée souvent de poisson du fait de la forme de la ville.
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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Ven 29 Jan - 1:22

Venise Ville de l'Amour



Venise, ville de l'amour, qui en douterait !
Amours et amoureux célèbres, toute l'histoire de Venise est intimement liée à Cupidon.

Romantisme et érotisme, amour sacré ou amour profane,
Cupidon règne ici en maître, toujours prêt à décocher ses flèches aux parfums enivrants.
En parlant d'érotisme et de libertinage, on pense bien évidemment à
Giacomo Casanova
ou encore à Giorgio Baffo et à la tradition bien vénitienne des courtisanes,
souvent lettrées tout en étant légères.

On ne peut pas non plus oublier l'autre tradition locale, celle du sigisbée,
galant de Madame avec le consentement de Monsieur,
souvent plus âgé qu'elle et qui, plutôt que de ne pas savoir où se satisfera Madame,
préfère la savoir dans des bras connus et… plus contrôlables.

Molmenti, dans son étude des moeurs vénitiennes,
nous présente le Grand Canal, au soleil couchant du printemps :

« Les patriciennes étaient souvent accompagnées par leurs femmes de chambre,
et elles échangeaient avec les gentilshommes, qui les suivaient sur une autre gondole,
des oeillades et des sourires,
nouant des intrigues d'amour dans cette rue unique au monde,
entre les palais bruns de marbre, l'eau et le ciel aux riantes couleurs.
La nuit, les sérénades parcouraient le Grand Canal,
et l'on voyait d'élégantes figures de femmes se dessiner sur les balcons lumineux. »

Si Venise était une ville de luxure elle est aussi la ville de l'amour sublime,
de l'amour du beau, de l'amour pur et romantique.
Les amours célèbres de Georges Sand avec Alfred de Musset, de Lord Byron,
de Gabriele d'Annunzio et de bien d'autres encore,
ont donné leurs lettres de noblesse amoureuses à Venise.

Voici ce que disait de l'amour, Georges Sand,
Séjournant alors à Venise, dans une lettre du 25 juin 1834 à son ami Émile Paultre :

« La vie est la plus belle chose du monde quand on aime,
et la plus détestable quand on cesse d'aimer



Dernière édition par Nine le Dim 31 Jan - 2:04, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Ven 29 Jan - 14:20

... VOIR VENISE
ET MOURIR ...


Cette phrase s'explique de la façon suivante :
Dans les temps anciens il y avait une île a coté de Venise qui se nommait
Morire
si bien qu'on allait voir Venise et Morire au fil du temps c'est devenu voir
" Venise et mourir "
Mais, il y a toujours un mais ...

Vedi Napoli e poi muori "
"Voir Naples et mourir",


cette expression est connue dans le monde entier.
Les Napolitains l'utilisent pour montrer la beauté exceptionnelle de cette ville
qu'il faut voir une fois dans sa vie.
On l'utilise aussi lorsqu'
"on veut faire allusion à l’accomplissement souhaité d’un désir dont la réalisation
nous semble tellement nécessaire et suffisante, qu’au-delà la vie perd tout son sens"
Cette expression serait, à l’origine, un jeux de mots :
- Il existe une ville appelée Morire, située au pied du Vésuve, d’où l’expression : voir Naples et "Morire".
- D'autres font allusion à "Mori", une petite île près du port de Naples ou encore à "Morire" une petite localité de la province de Venise ...

Nous n'en savons pas plus, ni sur son origine, ni sur son auteur ...
les batailles de spécialistes ont fait rage sur le sujet.

Elle semble être utilisée depuis longtemps, reprise et adaptée voir déclinée
("Voir Venise et mourir", etc.) par de nombreux auteurs
(notamment Alexandre Dumas ou encore Stendhal).

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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Dim 31 Jan - 2:21

VENISE LA BAROQUE
ET SON PRINCE VIVALDI


An aria sung by Ruggerio in Vivaldi's opera Orlando Furioso.
Philippe Jaroussky & Ensemble Artaserse.

Qui mieux que Philippe Jaroussiky pour restituer l'âme de cette époque
son intégrité musicale sert l'Auteur de manière sublime.
Si il subsiste encore un son musical de cette époque il est rendu ici.

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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Dim 31 Jan - 2:33

GRAND BAL BAROQUE
"IL BALLO DEL DOGE"



Sur une musique de Vivaldi,
avec de bruit de l'eau du Grand Canal

Palais Pisani Moretta :
Sa façade rappelle celle du Palais des Doges.
Il appartient toujours à la famille Pisani, qui fût l'une des plus riches de Venise.
Le « Bal du Doge » au palais Pisani Moretta est le bal le plus attendu du Carnaval
et surtout le plus chic !

bals privés : élégance et raffinement

Au fil des années, le Carnaval de Venise est devenu un carnaval de l'élégance et du raffinement,
surtout réservé à des manifestations privées, et une clientèle qui fréquente le café Florian,
sur la place San Marco, où des personnages et des masques originaux, somptueux, se retrouvent,
ainsi que dans les palais du Grand Canal.

Comme au siècle des Lumières où avait lieu la fête en milieu clos
dans les fameux théâtres à la vénitienne,
Venise connaît également un engouement pour des bals privés réservés
à la recherche de la magie du passé.

Parmi les bals costumés organisés pour ces amateurs privilégiés,
citons, le Bal de Casanova, au palais Pisani Moretta, sur le Grand Canal,
avec un décor aux mille chandelles pour recréer la scénographie de l'époque.

Le dernier dimanche du carnaval, le palais Pisani Moretta,
propose un autre grand bal masqué dans la tradition du XVIIe siècle,
avec les personnages de la Comedia vénitienne,
et leurs jeux de transgression et de séduction
avec la musique et les animations festives du Grand Siècle.
Du grand Art !

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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Dim 31 Jan - 15:00

«Un masque raconte beaucoup plus qu'un visage»
Oscar Wilde


Masque de Casanova.

l'arte della commedia

... «Il n'existe, commente Mario Belloni, aucun lieu capable de m'étonner,
de me surprendre comme Venise.
J'ai vu des paysages, j'ai vu des villes, mais ici se cache un mystère impalpable
qui apparaît de temps à autre, qui semble tout à coup vouloir se dévoiler,
mais qui en fait ne se laisse jamais saisir.
Tout comme l'eau devient beauté et art à Venise,
les masques eux aussi ont perdu ici toute autre connotation et ont fini par faire partie
du charme qui imprègne ce lieu.
J'aime Venise et j'aime les masques, mais j'aime surtout le sens ultime de ce qu'ils cachent.
Je l'ai dit:
je ne l'ai pas encore tout à fait compris, mais il y a sûrement en eux un sourire apaisé, satisfait. »...

On vous l'avait bien dit: on peut tomber amoureux de Venise la Sérénissime.
Peu importe que ce soit masqué ou à visage découvert...
On peut tomber amoureux de Venise.
On peut être envoûté par cette ville à nulle autre pareille.
Qu'on l'aborde pour la première ou la énième fois...
Dans le dédale des imprévisibles détours de ses ruelles où l'on prend plaisir à se perdre,
la symphonie des lumières et des couleurs, amplifiée par la magie des eaux,
est un miracle permanent.

Même le temps qui passe y adopte un rythme différent,
réduisant nos repères quotidiens à leur plus plate banalité.
Et puis, Venise ne possède-t-elle pas cette toujours étonnante vertu d'éveiller l'émotion,
les plus nobles sentiments ?
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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Sam 27 Mar - 12:58

CARNAVAL



Dans Venise la rouge,
Pas un bateau qui bouge,
Pas un pêcheur dans l'eau,
Pas un falot

Seul, assis à la grève,
Le grand lion soulève,
Sur l'horizon serein,
Son pied d'airain

Autour de lui, par groupes,
Navires et chaloupes,
Pareils à des hérons
Couchés en rond

Dorment sur l'eau qui fume,
Et croisent dans la brume,
En légers tourbillons,
Leurs papillons

La lune qui s'efface
Couvre son front qui passe
D'un nuage étoilé
Demi-voilé

Ainsi, la dame abbesse
De Sainte Croix rabaisse
Sa cape aux larges plis
Sur son surplis

Et les palais antiques,
Et les graves portiques,
Et les blancs escaliers
Des chevaliers

Et les ponts, et les rues,
Et les mornes statues,
Et le golfe mouvant
Qui tremble au vent

Tout se tait, fors les gardes
Aux longues hallebardes,
Qui veillent aux créneaux
Des arsenaux.

Ah! maintenant plus d'une
Attend, au clair de lune,
Quelque jeune muguet,
L'oreille au guet

Pour le bal qu'on prépare,
Plus d'une se pare,
Met devant son miroir
Le masque noir.

Sur sa couche embaumée,
La Vanina pâmée
Presse encor son amant,
En s'endormant.

Et Narcissa, la folle,
Au fond de sa gondole,
S'oublie en un festin
Jusqu'au matin.

Et qui, dans l'Italie,
N'a son grain de folie?
Qui ne garde aux amours
Ses plus beaux jours?

Laissons la vieille horloge,
Au palais du vieux doge,
Lui compter de ses nuits
Les longs ennuis

Comptons plutôt, ma belle,
Sur ta bouche rebelle
Tant de baisers donnés...
Ou pardonnés

Comptons plutôt tes charmes,
Comptons les douces larmes,
Qu'à nos yeux a coûté
La volupté!

Alfred De Musset
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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Jeu 1 Avr - 21:44

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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Mer 19 Mai - 14:31

Merci beaucoup Liliane!Ville que j'aimerai bien visiter un jour! bisous

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MessageSujet: Re: VENISE ET SES SORTILEGES   Dim 15 Aoû - 15:57

Venise, c'est un peu la France
Des Français se mobilisent pour la sauvegarde de la Cité de Doges.


out commence par les terribles inondations de 1966, une «annus horribilis» pour la cité des Doges. La place Saint-Marc est ensevelie sous 1,50 mètre d’eau. Du jamais vu. La catastrophe est historique, ô combien dommageable pour la ville lagunaire –si fragile– touchée dans ses fondations sur pilotis et ses monuments les plus fameux. La basilique della Salute construite dès 1630 pour rendre hommage à la Vierge après l’épidémie de peste (un tiers de Vénitiens décédés) a subi des dégâts considérables, à commencer par le splendide statuaire en piteux état. Un panneau indiquait à l’entrée: «Attention à la chute des Anges.» Désespoir et impuissance.

Le phénomène de l’acqua alta a pris là des proportions inquiétantes: la mort annoncée de Venise meuble les esprits. Maurice Barrès, au début du XXe siècle, l’annonçait:

«Et ses vagues en déferlant orchestrent l’éternel motif de la mort de Venise par excès d’amour de la vie.»

C’est l’Unesco, bien lui en a pris, qui a déclenché la mobilisation des États attachés à la survie de la cité des Doges, née des eaux, menacée d’ensevelissement. La France, en la personne de Gaston Palewski, un des premiers compagnons de De Gaulle à Londres, ancien ambassadeur à Rome, amoureux de l’Italie et de Venise, met sur pied le premier Comité pour la Sauvegarde de Venise, une association privée chargée de collecter des fonds dans le but de restaurer d’abord la basilique della Salute. Une œuvre monumentale, menée à bien par des architectes locaux, une formidable initiative tout à l’honneur des mécènes qui l’ont permis –et de la France, mère des arts.

De l'aura pour la France

Dans le vaporetto qui le conduit de la place Saint-Marc à l’Accademia, Jérôme-François Zieseniss, un historien français, spécialisé dans la destinée de Napoléon –il a écrit une biographie remarquée du maréchal Berthier– entend une Parisienne en tailleur blanc s’exclamer devant la Salute: «Ah, je sais, c’est une église qui appartient à la France!» Pour Zieseniss, une chose est acquise: Gaston Palewski a réussi son coup; la France, grâce à cette rénovation spectaculaire, en a retiré aura, bénéfice et gloire. Il y avait là un exemple à suivre, se dit l’historien, concerné par Venise, un chef-d’œuvre en péril.

Grâce à l’ambassadeur en Italie, Gérard Gaussen, Jérôme-François Zieseniss, qui a eu un coup de foudre pour la Sérénissime à l’âge de 18 ans (il habite un charmant palazzo dans le sestier (quartier) Dorsoduro), est nommé en 1999 président du Comité français pour la Sauvegarde de Venise, chargé de la recherche de fonds privés à destination d’édifices publics. Et il y a beaucoup à faire, la liste des monuments en danger est impressionnante.

«La France est le seul grand pays à avoir des racines à Venise, une histoire commune matérialisée par l’Aile napoléonienne de la place Saint-Marc, l’ex-palais royal de 1807, édifié en six ans sous la responsabilité du vice-roi Eugène de Beauharnais en lieu et place de l’église Sansovino, détruite à des fins de modernisation de la cité des Doges –c’était le souhait de l’Empereur, longtemps détesté par les Vénitiens.»

Le palais royal a été transformé en Musée Correr en 1922, du nom d’un gentilhomme mécène et vénitien, collectionneur d’art; imposant de par son architecture néoclassique, le musée est devenu celui «de la ville et de la civilisation vénitiennes».

Pour le nouveau président du Comité français, la restauration de l’ex-palais royal est le projet premier, le seul qui puisse motiver un club de mécènes de l’Hexagone et d’ailleurs, le seul qui justifie une action caritative en profondeur. Pas de meilleure situation dans Venise: en face de la basilique Saint-Marc. Visibilité idéale.

En trois ans, le portique d’entrée, le magnifique escalier d’honneur en marbre, la salle de bal, le vestibule, la salle du trône vont être restaurés pour 2,5 millions d’euros. Ce n’est pas du luxe, c’est une nécessité: les morsures du temps, du climat, de l’humidité ont causé d’énormes dégâts. Ce n’est qu’un début: en 2004, il restait treize pièces à remettre en état, toutes occupées par les bureaux de l’administration de la cité lagunaire –ce sont les procuraties qui courent tout autour de la place Saint-Marc.

Trois années de travaux en vue

Pas commode de déloger des fonctionnaires englués dans le train-train des commodités. Par chance, Renata Codello, surintendante des Monuments de Venise, la femme la plus puissante de la ville, défend le projet du Comité français: elle a bien vu qu’il s’agissait de restituer à la Sérénissime l’un de ses principaux monuments –le pendant de la basilique néo-corinthienne. Et puis, le quadra Zieseniss, habile diplomate, a réussi à mobiliser des fonds auprès de mécènes –personnalités et sociétés– très attachés à la préservation des sites majeurs de la cité chère à Byron, Proust et Hemingway. Venise, ici et là, est l’objet d’un culte quasi religieux. Sur le modèle français, les Américains ont mis sur pied un comité: «Save Venice».

Sur les vingt millions de touristes, dixit le maire Giorgio Orsoni, qui arpentent les ponts, les églises, les quais, les places, les îlots et les hôtels de la presqu’île aux dizaines de canaux, les Français tiennent le haut du pavé –pas seulement pour le Carnaval, l’hiver. Sachez que depuis la restauration du musée Correr et de ses beautés picturales, architecturales, historiques, le cap des 150.000 visiteurs annuels a été franchi. Il faut savoir aussi qu’un noyau de Français de tous horizons ont élu domicile dans la cité des Doges, dont certains sont des fidèles donateurs du Comité, comme Chantal Mérieux. D’autres comme la comtesse James de Pourtalès, le comte Florian Colonna Walewski, M. et Mme Henri Gradis, l’industriel Henry Hermand, le décorateur Matteo Corvino soutiennent les actions de sauvegarde –il faut récolter 2,5 millions d’euros pour achever le programme de restauration du musée Correr et le souvenir de l’Empereur. Pas rien.

La méthode employée par Jérôme-François Zieseniss consiste à «offrir» chaque salle de l’ex-palais à un ou plusieurs donateurs –de 150.000 à 250.000 euros l’unité– leur nom figurant sur une plaque commémorative. Une satisfaction pour l’égo.

Ainsi, le World Monuments Fund basé à Paris, la fondation de Florence Gould, LVMH, la fondation Napoléon, en plus des mécènes privés financent la seconde partie des rénovations. Trois années de travaux en vue.

Pour Jérôme-François Zieseniss, l’âme du Comité, c’est l’œuvre de sa vie dédiée à Venise et à Napoléon. Chez Sotheby’s à New York, il a fait racheter en 2008 par le Comité une splendide statue de l’Empereur, aujourd’hui dans le musée Correr.

«J’essaie de rendre à Venise tout ce qu’elle m’a donné de joies ineffables et de goût pour la beauté.»

Nicolas de Rabaudy
http://www.slate.fr/story/26127/venise-sauvegarde-france-recette-risotto-troisgros
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