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 PINA BAUSCH

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Bridget

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MessageSujet: PINA BAUSCH   Dim 11 Jan - 20:32

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Paris fête ses noces de perle avec la chorégraphe allemande Pina Bausch




La chorégraphe allemande Pina Bausch fête jusqu'au 30 janvier les 30 ans de sa première invitation à Paris, au Théâtre de la Ville, une relation exceptionnelle entre une institution et une artiste qui se doivent mutuellement beaucoup dans la conquête de la notoriété internationale.


"Wiesenland", chorégraphé par Pina Bausch, le 6 janvier 2009 au Théatre de la Ville à Paris
Franck Fife(AFP)

Dès mercredi soir et jusqu'au 14 janvier, la grande salle de la place du Châtelet accueillera la reprise de "Wiesenland", fruit d'un des nombreux voyages que la compagnie de Pina Bausch, le Tanztheater de Wuppertal (ouest de l'Allemagne), a accomplis à travers le monde depuis le début des années 1990.

Cette pièce de l'an 2000 transporte le spectateur en Hongrie, avec un monumental rocher couvert de mousse conçu par Peter Pabst, le fidèle décorateur de Pina Bausch.

La grande prêtresse de la danse-théâtre, âgée de 68 ans, poursuivra du 19 au 30 janvier sa résidence parisienne avec sa dernière création, "Sweet Mambo", dont la scénographie s'annonce dépouillée et la distribution resserrée à neuf danseurs multipliant les solos.

Avec ces deux programmes, Pina Bausch signera son 27e passage au Théâtre de la Ville, qui lui propose chaque année ou presque ce qu'aucune autre salle au monde ne lui offre: trois à quatre semaines de représentations à guichets fermés.



Ce triomphe récurrent n'était pas écrit dans les années 1970, quand Gérard Violette, alors administrateur général du Théâtre de la Ville, a fait la connaissance de la chorégraphe originaire de Solingen, la ville de la coutellerie située près de Wuppertal.

"Je suis allé voir en 1976 à Wuppertal ses "Sept péchés capitaux". Au tout début du spectacle, je me suis dit +qu'est-ce que c'est que ce truc ?+. Je me croyais à Plougastel-Daoulas. Mais au bout de quelques minutes, je pleurais", poursuit le directeur de la salle municipale parisienne durant 23 ans (1985-2008), en évoquant un "choc incroyable".

Pina Bausch surprend voire scandalise par son art qui mêle le théâtre à la danse, fait parler sur scène les danseurs, réinvente le mouvement de manière sensible et violente à la fois. "A Wuppertal, avec les femmes d'ingénieur de la Ruhr en robes du soir, c'était la bataille d'Hernani", se rappelle Gérard Violette.

En juin 1979, quand la chorégraphe allemande fait ses débuts au Théâtre de la Ville, elle n'obtient pas non plus un accueil unanime.

"Pour la majorité du public, qui venait du théâtre, ça a été une rencontre extraordinaire. Mais le milieu professionnel et la presse ont d'abord opposé un refus brutal", souligne Gérard Violette.

Ainsi d'un journal populaire du soir, qui prouve sous un titre élégant ("Les tétons teutons") son incompréhension du style de l'éternelle dame en noir: "Il y a toujours une bretelle qui lâche pour montrer que les danseuses allemandes ont plus de poitrine que les Françaises !"

Depuis, le Théâtre de la Ville a accueilli toutes les pièces qui ont fait la légende Pina Bausch ("Café Müller", "Bandonéon", "Walzer", "Kontakthof" pour interprètes de plus de 65 ans...) et s'est fait l'écho de ses pérégrinations à Palerme, Hong Kong, Lisbonne, Istanbul ou en Corée.

Pina Bausch est devenu le symbole de la vocation chorégraphique du Théâtre de la Ville, qui a en retour lancé et accompagné sa carrière mondiale.

"Ca a été entre nous une grande rencontre, unique, qui nous dépasse, et un formidable échange de services pour l'un comme pour l'autre", résume Gérard Violette.

© 2009 AFP


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Bridget

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MessageSujet: Re: PINA BAUSCH   Dim 11 Jan - 22:27

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Du 7 au 14 janvier : Wieseland :

Wiesenland , créé en 2000, à l'issue d'un séjour à Budapest, appartient à cette lignée d'oeuvres voyageuses que Pina Bausch a réalisées depuis Palermo Palermo.
Aller à la rencontre d'une mosaïque de cultures, s'imprégner d'un pays, en distiller une essence subjective, célébrer joyeusement une " esthétique du divers " mise à mal par les risques d'uniformisation d'un monde global ; tels sont quelques-uns des enjeux que la chorégraphe est allée éprouver à Madrid, en Argentine, à Los Angeles, Hongkong, Lisbonne, Istanbul, au Japon, en Corée du Sud, et en Inde pour le récent Bamboo blues, présenté la saison dernière au Théâtre de la Ville.

Wiesenland (Terre verte) est allé glaner, des rives du Danube aux paysages de Transylvanie, les sédiments d'une oeuvre minérale et végétale.
La formidable scénographie de Peter Pabst - un imposant roc moussu, sculpté d'anfractuosités et de reliefs ; de l'eau qui tombe en lourdes cascades - pose le cadre d'une géographie vive et concrète, mais qui pourrait aussi bien être pays de légende habité par de plaisants farfadets.

Toujours chez Pina Bausch, le quotidien et le rêve se télescopent, faisant surgir des images somptueuses, qui s'affranchissent de toute logique rationnelle. Mais toujours aussi, les rapports entre hommes et femmes - et le sempiternel besoin d'amour qui s'y empêtre la plupart du temps - constituent le leitmotiv des situations.





Du 19 au 30 janvier : Sweet Mambo:


La récente création de ‘Sweet Mambo' (en mai 2008, à Wuppertal) vient encore apporter de l'eau à cet inépuisable moulin.
En majestueuse robe de satin, une femme peut bien courir après un homme en costume sombre, tentant de le persuader qu'elle " aimerait vraiment lui parler ", rien n'y fait.
Tous les subterfuges de la séduction, à la fois grandioses et misérables, les suaves baisers masculins apposés sur des dos féminins dénudés, les mascarades en tenues de soirée, tout cela ne semble que caricaturale vanité, laquelle ne peut longtemps contenir d'extraordinaires déflagrations individuelles.

Avec une distribution resserrée à neuf interprètes, dans une scénographie épurée où domine la légèreté des voiles - sur lesquels est projetée une " comédie sentimentale " de 1938 (Der Blaufuchs, La Belle Hongroise, film mineur de Victor Tourjansky avec Zarah Leander dans le rôle d'une belle jeune femme hongroise délaissée par son mari, et qui se laisse séduire par un autre) ;

Pina Bausch sait magnifier en une floraison de solos toute une intensité érotique qui est, aussi bien, habitée par le désespoir du délaissement

Julie Shanahan, notamment y est prodigieuse dans l'expression d'une extrême lascivité, cependant tissée de fragilité. De Wiesenland à ‘Sweet Mambo', Pina Bausch poursuit ainsi le voyage au pays du mystère humain, en un kaléidoscope à la fois drôle, tendre, cruel, dont chaque image est un fragment de vérité








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liliane
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MessageSujet: Re: PINA BAUSCH   Mer 20 Mai - 10:12




http://www.commeaucinema.com/tournage=wim-wenders-se-met-a-la-danse,154222.html
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http://www.artmony.biz
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MessageSujet: Re: PINA BAUSCH   Mar 30 Juin - 21:46

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DISPARITION DE PINA BAUSCH




La chorégraphe et danseuse allemande Pina Bausch est morte mardi 30 juin à l'âge de 68 ans, a annoncé le Tanztheater de Wuppertal, en Allemagne, dont elle dirigeait la compagnie depuis 1973.

Sa mort, à l'hôpital, fut "inattendue et rapide, cinq jours après qu'on lui eut diagnostiqué un cancer", a indiqué la porte-parole, précisant qu'"elle était encore dimanche dernier sur scène avec sa compagnie, à l'Opéra de Wuppertal"

Philippine Bausch était née le 27 juillet 1940 à Solingen, dans la Ruhr, où ses parents tenaient un hôtel-restaurant-café.
A tout juste 15 ans, elle intègre l'école pluridisciplinaire autour de la danse fondée par Kurt Joos à Essen, avant de partir, en 1958, pour New York avec une bourse pour la Juilliard School. Cette danseuse déliée y triomphe, mais revient quatre ans plus tard dans son pays natal pour diriger la compagnie attachée à l'école d'Essen.

En 1973, Pina Bausch accepte la proposition d'Arno Wüstenhöfer, qui dirige l'Opéra de Wuppertal, de prendre en main la compagnie de danse classique.

D'entrée de jeu et en moins de quatre ans, elle s'empare avec férocité d'Iphigénie en Tauride, d'Orphée et Eurydice, du Sacre du printemps, des Sept Péchés capitaux, de Barbe-Bleue, toutes partitions illustres dédiées au thème de la victime sacrifiée, reniée, meurtrie. Confrontée à Gluck, Stravinsky, Weill et Bartok, elle expose son ambition et crûment la violence, surtout celle exercée à l'encontre des femmes, la domination des hommes.

Toujours basée à Wuppertal, mais invitée régulièrement à l'étranger – notamment chaque saison au Théâtre de la Ville à Paris depuis trente ans –, elle organisait aussi des résidences avec toute sa compagnie dans les métropoles du monde entier, pour puiser la matière de ses nouveaux spectacles. Elle a signé une quarantaine de créations, dont Café Müller (1978), Nelken (1982), Danzon (1995), Masurca Fogo (1998), Nefes (2003), largement encensées par la critique et reprises. Cette grande dame de la danse contemporaine laisse aussi derrière elle une compagnie d'une quarantaine de danseuses et danseurs.

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Bridget

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MessageSujet: Re: PINA BAUSCH   Mar 30 Juin - 23:36


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Pina Bausch, dame de corps

En chorégraphe extrême, elle aimait révéler les corps, sous tous ses angles, pour en extraire la force tragique, les consoler. Non sans humour, et toujours dans des décors insensés.

Récemment, Pina Bausch, jusqu’au-boutiste patronne du Wuppertal Tanztheater, s’était changée en petite dame sereine… mais ça n’a pas duré longtemps. Elle vient de s’éteindre subitement, à l’âge de 68 ans.





La dame était petite, maigre, le cheveu gris et long, retenu par une queue de cheval sans joie. La dame parlait peu, ou pas. Pas franchement commode en interview. Pas forcément facile. C’est qu’elle se moquait éperdument qu’on parle d’elle ou pas. Elle n’avait jamais eu besoin de ça : qu’on la voie.
Quand elle venait saluer, chétive et fragile, à la fin de ses longs spectacles fleuves, on ne voyait qu’elle, pourtant, au milieu de sa vingtaine de danseurs-acteurs de tout physique, de toutes origines. On la repérait à sa peau très blanche, à ses yeux vides, à son allure transparente en pantalon et veste à la chinoise, à son air impérial d’être et de ne pas être là à la fois. Fellini ne s’y était pas trompé, qui avait fait de Pina Bausch la princesse aveugle éblouissante d’E la Nave va (1983).

Est-ce d’avoir été une enfant de la guerre – née le 27 juillet 1940 à Solingen – qui donna d’emblée à Pina Bausch cette tranquille force tragique, cette aisance à gérer le drame d’être né, et le désespoir d’aimer ?
Dès 14 ans, la jeune Allemande entre dans une grande école de danse, sait que le corps sera la matière de son art, ce corps que la guerre a tant meurtri chez tant de gens, ce corps qui n’en finit pas de souffrir et qu’il faut apprendre à consoler.

A 19 ans, elle obtient une bourse pour aller étudier la danse aux Etats-Unis ; retourne en Allemagne en 1962 ; réalise ses premières chorégraphies, s’installe à Wuppertal, où elle fonde en 1973 le désormais fameux Wuppertal Tanztheater.
Un monde naît. Un monde où l’on danse et parle, où des danseurs aux silhouettes extrêmes jouent l’amour, la vie, la mort en sublimes robes des années 30 ou smoking noir, quand ils n’interpellent pas ironiquement le public pour lui poser en souriant des questions métaphysiques.

http://www.pina-bausch.de/

Car la bande à Pina est drôle, aussi. Lorsque tous ses interprètes, qu’on suit et voit vieillir d’année en année en tournée (au Théâtre de la Ville le plus souvent, où une véritable amitié est née entre Pina Bausch et l’ex-patron Gérard Violette), s’entre-déchirent ou se battent, se jettent des seaux d’eau au visage ou s’enlacent dans des gestes sublimes et fous, l’excès même de leur violence, de leur rage d’être là, exultant devant nous, suscite parfois le rire. Pina Bausch a révolutionné la scène des années 80 parce qu’elle y a révélé le corps sous tous ses angles, laid ou beau, amoureux ou assassin : une libération. Un exorcisme.

En même temps que Bob Wilson chahutait en scène les notions d’espace et de durée, elle révélait juste les infinies profondeurs de la peau – chez l’homme, chez la femme – en épinglant cruellement les marques, les plaies, les cicatrices.



Et dans des décors fastueux. Rien n’était jamais trop beau, trop colossal, pour le Wuppertal Tanztheater, toujours entre théâtre dansé ou danse théâtralisée. Espaces à la démesure surréaliste, à la fantaisie kitsch ou excentrique – mer d’œillets, gigantesque étendue d’eau, rochers et colline, chiens –, ces volumes insensés mettaient en majesté des interprètes bizarres aux gueules étranges, toujours comme ensorcelés, possédés.

Pina Bausch montrait si voluptueusement la folie d’être au monde qu’on en était venu à moins aimer la période récente, où elle explorait de ville en ville du monde entier la douceur d’exister, le tout sur des bandes-son souvent mièvres et sans génie. On lui reprochait presque de vieillir dans la joie et la sérénité.

Ca n’aura, hélas, pas duré longtemps. Juste le temps d’influencer plusieurs générations d’artistes – de Macha Makeieff à Pippo Delbono – qui ne verront plus de la même façon un plateau de danse ou de théâtre, depuis que l’auront hanté de leurs gestes de fées ou de sorcières les longues danseuses inquiétantes de Pina, prêtresses aux longs cheveux d’une toujours recommencée guerre des sexes.

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Fabienne Pascaud
http://www.telerama.fr/scenes/pina-bausch-dame-de-corps,44727.php
[center]








Chorégraphies


1973
FRITZ
Tanzabend von Pina Bausch
Musik: Gus tav Mahler, Wolfgang Hufschmidt


IPHIGENIE AUF TAURIS
Tanzoper von Pina Bausch
Musik: Christoph W. Gluck

1974

ICH BRING DICH UM DIE ECKE
Schlagerballett von Pina Bausch

ADAGIO – FÜNF LIEDER VON GUSTAV MAHLER
von Pina Bausch

1975

ORPHEUS UND EURYDIKE
Tanzoper von Pina Bausch
Musik: Christoph W. Gluck

DAS FRÜHLINGSOPFER
WIND VON WEST
DER ZWEITE FRÜHLING
LE SACRE DU PRINTEMPS
von Pina Bausch
Musik: Igor Strawinsky

1976

DIE SIEBEN TODSÜNDEN
Die sieben Todsünden der Kleinbürger / Fürchtet Euch nicht.
Tanzabend von Pina Bausch
Musik: Kurt Weill, Texte: Bertolt Brecht

1977

BLAUBART - BEIM ANHÖREN EINER TONBANDAUFNAHME
VON BÉLA BARTÓKS „HERZOG BLAUBARTS BURG“
Ein Stück von Pina Bausch

KOMM TANZ MIT MIR
Ein Stück von Pina Bausch

RENATE WANDERT AUS
Operette von Pina Bausch

1978

ER NIMMT SIE AN DER HAND UND FÜHRT SIE
IN DAS SCHLOSS, DIE ANDEREN FOLGEN...
Ein Stück von Pina Bausch,


CAFÉ MÜLLER
Ein Stück von Pina Bausch

KONTAKTHOF
Ein Stück von Pina Bausch

1979

ARIEN
Ein Stück von Pina Bausch

KEUSCHHEITSLEGENDE
Ein Stück von Pina Bausc

1980

1980 - EIN STÜCK VON PINA BAUSCH

1981

BANDONEON
Ein Stück von Pina Bausch
1982

WALZER
Ein Stück von Pina Bausch


NELKEN
Ein Stück von Pina Bausch

1984

AUF DEM GEBIRGE HAT MAN EIN GESCHREI GEHÖRT
Ein Stück von Pina Bausch

1985

TWO CIGARETTES IN THE DARK
Ein Stück von Pina Bausch

1986

VIKTOR
Ein Stück von Pina Bausch


1987

AHNEN
Ein Stück von Pina Bausch

1989

PALERMO PALERMO
Ein Stück von Pina Bausch


1990

DIE KLAGE DER KAISERIN
Kinofilm von Pina Bausch

1991

TANZABEND II
Ein Stück von Pina Bausch

1993

DAS STÜCK MIT DEM SCHIFF
Ein Stück von Pina Bausch

1994

EIN TRAUERSPIEL
Ein Stück von Pina Bausch


1995

DANZÓN
Ein Stück von Pina Bausch

1996

NUR DU
Ein Stück von Pina Bausch

1997

DER FENSTERPUTZER
Ein Stück Pina Bausch


1998

MASURCA FOGO
Ein Stück von Pina Bausch


1999

O DIDO
Ein Stück von Pina Bausch


2000

KONTAKTHOF
Mit Damen und Herren ab „65“
Ein Stück von Pina Bausch

WIESENLAND
Ein Stück von Pina Bausch


2001

ÁGUA
Ein Stück von Pina Bausch


2002

FÜR DIE KINDER VON GESTERN, HEUTE UND MORGEN
Ein Stück von Pina Bausch

2003

NEFÉS
Ein Stück von Pina Bausch


2004

TEN CHI
Ein Stück von Pina Bausch

2005

ROUGH CUT
Ein Stück von Pina Bausch


2006

VOLLMOND
Ein Stück von Pina Bausch

2007

BAMBOO BLUES
Ein Stück von Pina Bausch


2008

‘SWEET MAMBO’
Ein Stück von Pina Bausch

2009

"COMO EL MUSGUITO EN LA PIEDRA, AY SI, SI SI ..."

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MessageSujet: Re: PINA BAUSCH   Sam 5 Juin - 12:08

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Wenders a fini de tourner son film sur Pina Bausch et "croit" en la 3D








Le cinéaste allemand Wim Wenders a terminé le tournage de son film hommage à la chorégraphe Pina Bausch, en 3D, une technologie qui "ouvre de nouveaux horizons pour les documentaires", a-t-il déclaré à l'AFP lors du Festival international du film de Transylvanie (TIFF).

"Nous voulions faire ce film ensemble avec Pina depuis 20 ans. Le concept était qu'elle nous emmène dans son univers. Cela aurait été un peu comme un road movie dans lequel je l'aurais accompagnée à l'étranger", raconte le metteur en scène, auteur du documentaire "Buena Vista Social Club" (1999), vibrant hommage aux musiciens cubains.

Grande figure de la danse contemporaine, Pina Bausch est morte brutalement en juin 2009, à 68 ans, "un mois avant que nous commencions à tourner". "Je ne voyais plus pourquoi continuer", poursuit-il.

"C'est seulement après un moment qu'avec son ballet du Tanztheater de Wuppertal (ouest de l'Allemagne), nous avons réalisé que nous lui devions ce film", dit Wenders, Palme d'Or à Cannes en 1984 avec "Paris, Texas".

"J'ai terminé le tournage. Je suis maintenant en plein montage mais le film ne sera pas prêt avant l'année prochaine", a-t-il précisé dans cet entretien à l'AFP, à Cluj, où il est l'invité d'honneur de la neuvième édition du TIFF, un des plus importants festivals de cinéma des Balkans.

Wim Wenders a filmé longuement, sur scène et hors scène, les danseurs qui ont côtoyé la "grande dame de la danse" connue mondialement pour son style expressionniste.

"Cela est devenu un film sur son travail. Evidemment c'est très différent de ce que nous aurions fait ensemble", si elle était vivante, précise-t-il.

Pour rendre grâce à l'art de Pina Bausch "basé sur l'espace", le réalisateur allemand a décidé d'avoir recours à la 3D l'année dernière.

"Jusqu'à récemment, la 3D n'arrivait pas à montrer la vie réelle de manière gracieuse. Les mouvements étaient fluides pour les personnages d'animation" mais pas pour ceux filmés en réalité, estime-t-il.

Tourner des scènes de la vie réelle en 3D ne fut pas simple. Finis dessins et storyboards préparés le soir pour mettre en scène l'espace: "vous devez oublier tout ce que vous savez sur la réalisation", souligne Wenders

Une équipe française l'a accompagné dans cette aventure.

Pour le cinéaste allemand, la 3D ne va pas se cantonner aux films d'animation et à grand spectacle "comme on le voit depuis le début".

"Dans le futur, ce sera un outil idéal pour les réalisateurs de documentaires. Cela leur ouvrira de nouvelles perspectives", croit-il avant d'ajouter: "peut-être que dans quelques années tous les documentaires seront tournés en 3D et qu'elle ravivera le genre comme l'a fait le numérique"


http://www.lepoint.fr/culture/2010-06-04/wenders-a-fini-de-tourner-son-film-sur-pina-bausch-et-croit-en-la/249/0/463251


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MessageSujet: Re: PINA BAUSCH   Dim 19 Sep - 12:43


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Biennale de la Danse à Lyon : l’événement Pina Bausch








Un an après sa mort, la Biennale de la Danse accueille Nelken , pièce phare de l’œuvre de Pina Bausch qui nous embarque, au milieu de 15 000 œillets plantés au sol, vers la régression de l’adulte et le pouvoir dissimulé.

L’occasion de voir et revoir la puissance d’un langage chorégraphique jamais égalé !

« Pina Bausch était un être d’une humanité exceptionnelle, sa mort m’a laissé un immense vide, je la sens encore plus présente qu’avant. Elle a influencé toute une génération d’artistes, de danseurs, chorégraphes, metteurs en scène, plasticiens et cinéastes. Mais surtout, avant elle, les danseurs n’étaient que des corps qui bougeaient, elle leur a donné une véritable identité ».


Rencontré à Avignon cet été, Alain Platel en digne héritier de la chorégraphe, aurait-il ainsi résumé ce que nous ressentons tous ?

Créée en 1982, Nelken frappe encore les imaginaires avec ce champ d’œillets, véritable jardin d’Eden, paradis perdu du bonheur, celui de l’enfance.

Nelken, c’est la régression de l’adulte qui s’autorise avec le semblant de l’innocence à dépasser les limites de l’interdit.







On se souvient de cette scène où les danseurs, un gobelet dans chaque main, déversaient le contenu de l’un à l’autre en racontant l’œil malicieux où et comment ils adoraient pisser.

Jeux de gamins, de séduction, de souvenirs, celui d’une mère que l’on devine par exemple dans cette scène où trois hommes costauds, vêtus de robes du soir dégrafées emmènent la danse sur le terrain des culbutes.


Mais derrière la délicatesse des œillets, il y a aussi des chiens-loups transformant le jeu et la légèreté en désirs de pouvoir, de domination, ravageant de leur brutalité ce champ fleuri.

En faisant exploser les apparences, les lieux enfouis ou obscurs de nos vies, cette pièce est encore la preuve qu’il y a eu un avant et un après Pina Bausch.
Et c’est en donnant justement une identité à ses danseurs – ne les laissant représenter que ce qu’ils sont et non pas des personnages de théâtre - que son langage a bouleversé l’écriture de la danse, donnant naissance au Tanztheater (Danse-Théâtre), ni théâtre, ni danse mais un entre deux.

Car son fondement était de chercher la création et l’émotion dans la vie quotidienne et ses gestes, en utilisant le vécu de ses interprètes, souvent à partir d’improvisations et de questions posées.

Pina Bausch a rompu avec le principe de narration linéaire d’une oeuvre pour nous proposer des spectacles montés avec des successions de scènes sans logique apparente, des mouvements répétés à l’envi démontrant toute la violence qu’il peut y avoir entre un homme et une femme, l’absurdité d’une situation, les fracas de l’individu ou le chaos d’une société.

Elle nous a transpercés de toutes ces histoires retrouvées qui savent utiliser l’étirement du temps ou l’abondance de petits gestes triturant l’humour ou la folie, avec des corps qui s’aiment ou se font mal. En nous embarquant avec elle dans d’immenses fresques humaines, Pina Bausch a su dire ce que nous étions incapables de dire.

Nelken de Pina Bausch, du 15 au 20 septembre, à l’Opéra de Lyon.

www.biennaledeladanse.com

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MessageSujet: Re: PINA BAUSCH   Dim 19 Sep - 13:02

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Nelken de Pina Bausch, par le Tanztheater Wuppertal






De petits gestes, des figures périlleuses... une reprise enchanteresse de la chorégraphe disparue Pina Bausch.


Immanquablement, deux ou trois images obsédantes de Nelken reviennent à l'esprit. On hésite à les raconter de peur de les enfermer comme chats en cage.

Et pourtant ces images à elles seules racontent l'indicible simplicité de Nelken, autant que celle de Pina Bausch.

D'abord ce grand jeune homme blond, debout au centre d'une prairie d'oeillets, fastueuse autant qu'irréelle - pays de rêve ou rêve de papier -, le danseur Lutz Förster.
Un long silence. Son regard est fixé sur chacun d'entre nous.

La musique commence, une de ces rengaines que Pina Bausch affectionnait comme elle affectionnait les contes de fées ou les bals populaires, Someday he'll come along, the man I love, de Gershwin.
Une chanson d'amour, confiante, qui n'a pas peur mais qui fait pleurer quand même. Une chanson que le danseur interprète dans la langue des signes. Pourquoi ?

Parce que, durant les répétitions de Nelken, Pina Bausch lui avait demandé - à lui comme à ses autres danseurs - de quoi il était fier.
Ce jeu des questions et des réponses était l'un de ses principes de travail et de composition. Et Förster avait répondu qu'il était fier de savoir interpréter cette chanson-là dans la langue des signes.

Ainsi le voit-on reproduire sur scène ces gestes de fierté qu'il adresse non pas à un public indistinct, mais à chaque individu composant le public. D'être humain à être humain.

Tout est là. Le secret et le reste.





Il y a aussi cette danseuse, Julie Anne Stanzak, qui avance perchée sur de très hauts talons noirs au milieu de la même prairie d'oeillets, un accordéon sur les seins.

Elle pourrait chuter. Elle est vêtue d'une culotte blanche.

Et, dans cet équipage incongru, elle décrit l'enchaînement des saisons. Quatre petits gestes de rien du tout. Comme le printemps, l'été, l'automne et l'hiver. L'oeuvre du temps.

Elle quitte la scène sans avoir joué de l'accordéon, tandis qu'une ronde se dessine avec tous les interprètes reproduisant à leur tour ces mêmes quatre petits gestes, dans le même ordre. Une autre image encore ?

Le presque immortel Dominique Mercy en long tutu noir exécutant littéralement les figures de la danse classique les plus périlleuses. Jusqu'à l'essoufflement.

Danser mérite-t-il qu'on en meure ? Ou, plutôt, danser permet-il de reporter la survenue de la mort ? Tout est dit.

Pina Bausch a composé Nelken en 1982, dix ans après la création du Tanztheater Wuppertal.

Avant Nelken et sa prairie d'oeillets, il y avait eu Le Sacre du printemps (1975), Barbe-Bleue (1977), Kontakthof (1978), Café Müller (1978), Bandoneon (1980). Après Nelken viendront mille autres splendeurs. Pina Bausch est morte le 30 juin 2009.



http://www.telerama.fr/art/nelken,59740.php



Dernière édition par Bridget le Mer 27 Oct - 23:12, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: PINA BAUSCH   Mer 27 Oct - 23:11

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"Les Rêves dansant", sur les pas de Pina Bausch





Ce documentaire d’Anne Linsel et Rainer Hoffmann, diffusé en France dans une cinquantaine de salles de cinéma, relate les répétitions du chef d’oeuvre de Pina Bausch, "Kontakthof", repris avec des amateurs adolescents pour interprètes.


C’est avec des jeunes gens de plus de quatorze ans, des amateurs recrutés dans différentes écoles de Wuppertal (en Rhénanie du Nord-Westphalie), là où siège le Tanztheater de Pina Bausch, que "Kontakthof", l’un des ouvrages les plus emblématiques de la chorégraphe disparue l’an dernier, a retrouvé une nouvelle vie.



Déjà la même pièce, créée en 1978, et qui triompha au Festival d’Avignon en 1981, avait été remontée en 2000.
Et cela "mit Damen und Herren" de plus de soixante-cinq ans, avec des sexagénaires et des septuagénaires des deux sexes qui en avaient livré une version bouleversante.



Deux anciennes interprètes de Pina Bausch


Après avoir travaillé en leur compagnie avec un prodigieux succès, ce sont les mêmes anciennes danseuses du Tanztheater de Wuppertal, l’Australienne Jo Ann Endicott et la Française Bénédicte Billiet, qui ont assumé l’essentiel du travail de formation des jeunes gens et, une fois encore, la reconstruction de l’ouvrage.
Un travail qui a duré un an et demi, Pina Bausch n’ayant fait que superviser le tout durant une semaine avant la "première", en novembre 2008, lors de son festival "Drei Wochen mit Pina Bausch".


C’est de cette entreprise dont le résultat fut remarquable que parle ce film documentaire de Anne Linsel et Rainer Hoffmann.
Ils ont suivi de bout en bout les répétitions de "Kontakthof" menées avec l’ensemble des jeunes gens.

Certains d’entre eux - tous sont de jeunes amateurs - y confient aux réalisateurs leurs difficultés à entrer dans le monde de Pina Bausch. D’autres leur gêne d’adolescents face à des partenaires de l’autre sexe.



Hommage à Jo Ann Endicott et Bénédicte Billiet qui ont effectué là un travail magnifique tant sur le plan de la restitution de la mise en scène et de la chorégraphie que de la direction d’acteurs.
Un travail qui a dû être extrêmement délicat face à des adolescents volontaires et sans doute subjugués, mais souvent timides, inhibés, peu sûrs d’eux-mêmes comme on l’est à leur âge, et totalement étrangers à l’univers du spectacle.


On les voit peu à peu s’ouvrir, s’affirmer, jusqu’à devenir des interprètes crédibles, même s’ils demeurent nécessairement un peu falots sur scène par rapport à leurs illustres aînés du Tanztheater, aux créateurs prodigieux de cette pièce qui aura fait le tour du monde.

Cependant quelques uns de ces jeunes gens, treize filles, treize garçons, font preuve d’un étonnant talent, d’un vrai tempérament théâtral. Tous s’y révèlent à un moment ou à un autre, et on imagine aisément quelle avancée extraordinaire aura été cette expérience dans leur propre maturation.


A les voir jouer aussi bien tout en étant eux-mêmes, on voit aussi se superposer le souvenir de leurs fascinants prédécesseurs qui ont si fort marqué leurs rôles, Jo Ann Endicot elle-même, Mechtild Grossmann, Nazareth Panadero, Meryl Tankard, Vivienne Newport, Béatrice Libonati, Anne Marie Benatti, Anne Martin, Janusz Subicz, Urs Kaufmann, Hans Pop, Dominique Mercy, Jean-Laurent Sasportès, Jan Minarik…eux qui ont fait la gloire de la troupe.



A l’instar de leurs aînés, parce qu’ils sont portés par une pièce fascinante et dirigés avec doigté, ils en arrivent à être eux aussi remarquables.

Comme lors de ces "rondes" au cours desquelles les interprètes défilent en cercle, le regard en coin, le sourire enjôleur ou narquois, le pas rythmé et follement sensuel.

C’est sur l’une de ces rondes que s’achève magiquement "Kontakhof".

En France, le public de la Maison de la Danse, l’un des seuls, sinon le seul de France avec celui du Festival Automne en Normandie, avait eu la chance de découvrir cette version de "Kontakthof".

Séduit, il fit un triomphe au spectacle comme à ses interprètes.

Aujourd’hui, le public qui assiste à "Rêves dansants" est lui aussi tout aussi séduit : séance après séance, l’affluence ne fait qu’augmenter dans la cinquantaine de cinémas qui diffusent le film en France.


Raphaël de Gubernatis



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MessageSujet: Re: PINA BAUSCH   Mar 1 Fév - 12:29

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"Pina" de Wim Wenders : la bande-annonce






La bande annonce de "Pina", le documentaire en 3D de Wim Wenders sur la chorégraphe Pina Bausch, est désormais visible sur le web.


Le réalisateur allemand Wim Wenders nous dévoile les premières images de Pina, son documentaire en 3D sur la chorégraphe Pina Bausch.
Le tournage débute avec la danseuse, mais le 30 juin 2009, Pina Bausch s’éteint.

Wenders décide malgré tout de mener le film à son terme et rend hommage à l’artiste.
La bande-annonce nous livre un aperçu du film, où l’esthétisme et le langage du corps prédominent.
Sur les écrans en avril 2011, Pina se dévoilera pour la toute première fois lors du 61e Festival de Berlin, qui se tient du 10 au 20 février prochain.






http://www.wim-wenders.com/

http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18601116.html


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MessageSujet: Re: PINA BAUSCH   Mer 6 Avr - 21:57

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"Pina" : élégie en relief à la mémoire de Pina Bausch








Vingt ans d'amitié ont scellé ce projet d'un film à faire ensemble. Vingt ans de tergiversations, parce que Wim Wenders ne se sentait pas prêt, cherchait la forme adéquate pour incarner à l'écran l'art singulier de Pina Bausch.



Entre le cinéaste et la chorégraphe, ce désir de mener à bien un film en commun était devenu un sujet de plaisanterie. Et puis, Wenders vit un film en 3D numérique, réalisa que cette nouvelle technique allait enfin pouvoir lui permettre d'intégrer la dimension qui lui manquait.


Et puis Pina est morte, brutalement, en juin 2009, alors qu'ils préparaient le tournage. Wenders pensa un temps qu'il ne pourrait pas plus tourner sans Pina que sans caméras 3D.
Par fidélité pour elle, néanmoins, il a fini par signer Pina. Avec la complicité (la pression ?) des danseurs.




Des traces de Pina Bausch au cinéma, on en a vu dans E la nave va, de Fellini (1983) : elle y incarne une cantatrice aveugle.






Dans Parle avec elle, de Pedro Almodovar (2002) : le cinéaste espagnol y montrait un extrait de l'un de ses spectacles, Café Müller.







Dans Un jour Pina a demandé..., de Chantal Akerman (1983) : observation de gestuelles, questionnement de l'intime et du collectif.








Que voit-on ici, dans Pina ? La façon qu'avait la prêtresse du Tanztheater Wuppertal de chorégraphier sur scène l'art de vivre ensemble, de gérer sa troupe comme une secte.

En filigrane, ce que l'on retrouve ici était déjà inscrit dans les documentaires que Wenders consacra à d'autres artistes admirés.


Pina est une histoire de famille, comme Tokyo-Ga (1985) un hommage au cinéaste japonais Ozu et à son univers de clans sur tatami, de filles dévouées à leur géniteur.

C'est aussi l'obsession de trouver la vérité d'un homme, d'une femme, comme dans Carnets de notes sur vêtements et villes (1989), portrait du couturier Yohji Yamamoto.
Les vêtements taillés par Yamamoto ont tant fasciné Wim Wenders qu'il lui demanda de confectionner la robe rouge portée par Solveig Dommartin à la fin des Ailes du désir (1987), une robe "où la femme n'est plus ni vamp ni guerrière".

Le monde est petit : Yamamoto avait signé les costumes de la compagnie de Pina Bausch en 1985.










Dans les ballets de Pina Bausch, les femmes ont des robes longues aux décolletés profonds. Ni vamps ni guerrières peut-être, plutôt fatales, et proies.

Ce qu'elle donne à voir dans son "théâtre danse" est le ressassement du corps dans tous ses états. Transi, assassin. Désirant, désiré, marchandise, maltraité.

Appel de tendresse, cible de violence. Fiévreux, séduisant, exubérant, hystérique, sacrifié. Le goût de l'amour, son déni. L'envie de toucher, son danger. L'étreinte, la mise à mort. Masculin, féminin, nos attirances, nos différences, la guerre des sexes.









Tout cela est ritualisé, décliné, au gré de défilés à la queue leu leu ou de solos virtuoses. De la solitude somnambulique à l'harmonie, du corps-à-corps à la transe, du ralenti à l'accéléré, de la glissade aquatique au déséquilibre... via la captation de quatre spectacles : Le Sacre du printemps, Kontakthof, Café Müller, Vollmond ("Pleine Lune").



Ces extraits sont rythmés par des entretiens avec les danseurs (voix off sur leurs visages impassibles) qui disent leur rapport à Pina, la façon dont elle les poussait à inventer leurs apports individuels.

Quelques images d'archives nous permettent de voir Pina danser dans Café Müller, ou chaque danseur tenter vainement de trouver un chemin vers un autre danseur dans un lieu truffé de chaises, musique de Purcell.



Wenders remplace parfois l'espace austère de la scène par un décor extérieur, lâche les danseurs dans Wuppertal, sa rue, son square, son métro aérien. Ce que Pina Bausch avait déjà fait dans son unique film, La Plainte de l'impératrice, qui sort en DVD en juin (Ed. de l'Arche).






Que Pina pensait-elle de ce 3D qui nous fait pénétrer dans l'espace scénique ? Ces caméras octroient à la danse une légèreté qui lui fait retrouver une essence immatérielle, elles nous font pénétrer au sein du ballet, mettent l'accent sur tel ou tel détail, approchent l'oeil au plus près des corps, muscles et charmes.


Mais elles semblent contredire l'orchestration des traversées de scène, destinées à être vues de l'un des quatre côtés du plateau. Acceptons cette tendre trahison.


Pina n'est pas un spectacle de Pina Bausch, c'est un film, à la loupe, un hommage à celle dont Wenders se sent "si loin, si proche".

A celle qui n'avait pas son pareil pour magnifier les "faux mouvements".

Celle avec laquelle il partageait l'obsession du temps, l'obsession d'égrener les cérémonies qui perdurent "au fil du temps".



http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/04/05/pina-elegie-en-relief-a-la-memoire-de-pina-bausch_1503275_3476.html


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MessageSujet: Re: PINA BAUSCH   Sam 21 Avr - 13:35

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Une histoire de Pina Bausch




Elle n'est pas danseuse, pas totalement actrice, pas vraiment chanteuse. Mais elle a incarné l'art de la chorégraphe pendant plus de trente ans.

Mechthild Großmann dresse un portrait émouvant de la créatrice de " Café Müller " au moment où elle remonte sur scène, à Paris.

Dans une oeuvre de Pina...








Mechthild Großmann dans " Two Cigarettes in the Dark ", en 1985.

" Quand je disais : "Allez, Pina, maintenant on rentre", elle disait toujours : "Non, non, encore un petit verre et une petite cigarette." "

DETLEF ERLER



La chorégraphe Pina Bausch, qui a révolutionné les codes de la danse à partir des années 1970 avec sa compagnie, le Tanztheater de Wuppertal, en Allemagne, est morte le 30 juin 2009. Elle avait 69 ans.


Quelques mois plus tard, la journaliste et écrivaine Alice Schwarzer, figure du féminisme outre-Rhin, réalise un long entretien avec Mecht-hild Großmann, qui a joué un rôle central aux côtés de Pina Bausch comme interprète, confidente et amie.
Son témoignage, qui éclaire la personnalité et le processus créatif de la chorégraphe, est paru dans " EMMA ", magazine allemand dont Alice Schwarzer est l'éditrice et la rédactrice en chef.
Nous le restituons ici, au moment où le Théâtre de la Ville, à Paris, reprend " 1980 - Ein Stück von Pina Bausch ", pièce-clé de la chorégraphe, dans une distribution qui comprend Mechthild Großmann.


" Je crois que je n'ai jamais passé autant de temps avec quelqu'un dans ma vie qu'avec Pina. Ça a duré trente-quatre ans ; et pendant des années je suis toujours restée deux pas derrière elle. Mon ami de l'époque disait toujours : " Plutôt dix amants qu'une seule Pina Bausch. " Oui, c'était une sorte de relation amoureuse, réciproque. Je me suis sentie infiniment aimée. Et je l'ai tout simplement admirée.


Je l'ai rencontrée pour la première fois en 1975. A l'époque, Pina préparait une soirée sur Brecht et Kurt Weill, et elle cherchait une chanteuse. Elle m'avait vue au théâtre de Wuppertal ; on jouait Cabale et amour, de Schiller. Et elle a dit : " C'est elle que je veux ! " Je n'avais encore jamais entendu parler d'elle. Et je ne chante que quand j'y suis vraiment obligée.

Bon... J'y suis allée quand même. J'avais en effet vu Pina à la cantine et je m'étais dit : " C'est qui ça ? Ce n'est pas une actrice. Elle n'est pas metteuse en scène non plus (il n'y en avait pas beaucoup à l'époque). " Dramaturge, je me suis dit, ça pourrait lui aller - rire - . Jamais je ne m'étais dit qu'elle pouvait faire de la danse.


Je suis donc allée à l'opéra. Et ils étaient là près de la porte à m'attendre, elle et Rolf Borzik, son ancien compagnon qui était le décorateur. Je n'avais encore jamais rencontré de gens comme eux. Nous sommes allés dans une salle de répétition avec un vrai répétiteur qui faisait tout le temps : " Hm, hm.
" Tout cela était tellement bizarre pour moi ! Il fallait que je chante un song de Brecht : Surabaya Johnny. J'ai donc plus ou moins chanté et j'ai trouvé ça horrible, et j'ai voulu partir. Mais Pina a dit : " Bon... on essaye ? "


Ce qu'il y avait de fabuleux, c'étaient ses yeux. Ils pouvaient te regarder avec une patience comme seuls savent le faire les Japonais. Pendant des heures, sans bouger. Sous son regard, je devenais de plus en plus détendue. Je faisais des choses de plus en plus curieuses. Et elle disait chaque fois : " Hm, hm... "


Tout de suite, le premier soir, elle m'a demandé où je logeais. Et quand je lui ai dit que je n'avais qu'une petite chambre, alors elle m'a dit : " Tu peux aussi habiter chez moi et Rolf. " J'étais très étonnée. Je ne l'ai pas fait tout de suite, mais après j'ai habité chez eux. Elle était déjà dans son appartement à Wuppertal à l'époque, là où elle est restée jusqu'à la fin. Elle avait des goûts très modestes pour ce genre de choses. J'ai entendu dire que tout est déjà liquidé...


Nous avons fêté ensemble son 36e anniversaire. Elle avait seulement huit ans de plus que moi mais elle a toujours eu une autorité incroyable. Après la répétition, elle m'a présentée à la compagnie. Tous des danseurs. J'avais fait de la danse classique quand j'étais petite, mais c'était quand même très nouveau tout ce que je découvrais : la sueur, l'odeur...

C'est un univers totalement différent de celui du théâtre. Et eux se sont sans doute demandé : " Elle vient faire quoi, l'actrice, ici ? Elle ne sait même pas danser. " Mais Pina me trouvait " très douée " pour ce qui était de ma façon de bouger. Pourtant je ne faisais que suivre les mouvements du groupe, il n'y a que dans Barbe bleue (1977) que j'avais un solo. Mais il y avait quand même un petit pas que je devais toujours montrer aux autres.

Pina disait : " Chez les autres, ça fait trop dansé. " Il ne fallait pas que ce soit comme ça. Surtout ne pas chanter comme un chanteur, ne pas jouer comme un acteur, ne pas danser comme un danseur. Il fallait toujours tout réinventer à chaque fois.


Elle a souvent fait des répétitions uniquement pour moi, où j'étais seule avec elle. Sa méthode de travail - demander que les danseurs et les acteurs lui proposent des scènes improvisées - n'avait rien d'inhabituel pour moi. C'est pareil quand je joue au théâtre. La nuit, je reste éveillée dans mon lit, et le lendemain, je propose ce que j'ai imaginé. Je n'ai pas fait autre chose avec Pina. Sauf qu'avec elle il n'y avait ni texte ni intrigue. Souvent j'imaginais quelque chose à l'avance - et puis je prenais le prétexte d'un mot qu'elle disait pour lui en faire part. Par exemple, quand elle disait " pleine lune " ou " désir " ou " pommier ".



Répéter seule avec Pina - en général le dimanche, pour ne pas empiéter sur le temps réservé aux répétitions -, ça voulait dire qu'elle restait assise et regardait. Et puis venait un truc comme ça - Mechthild Großmann esquisse quelque chose qui ressemble à un sourire - ou un truc comme ça - elle tire insensiblement les commissures de ses lèvres vers le bas - .


Je n'ai certainement pas arrêté de parler, comme toujours. Mais elle a simplement dit : " Non, on sent que ce n'est pas juste. " Ou bien : " Ma foi, on sent que c'est déjà plus juste. " C'étaient ses indications scéniques. On ne discutait pas. Et quand on trouvait quelque chose, il y avait chez elle comme un sourire. Cela dit, elle avait plusieurs façons de sourire. Il y avait par exemple une sorte de sourire complice qui disait : j'ai compris ce que tu veux dire.


Par exemple la scène " Encore un petit verre et une petite cigarette - mais pas encore rentrer à la maison ", on l'a mise au point en 1981 pour le spectacle Valses. Rolf Borzik était déjà décédé et elle avait un enfant, Salomon, avec son nouveau compagnon Roland Kay. A un moment, je ne sais plus en répondant à quelle question, j'ai dit ce truc avec " la petite cigarette ", mais simplement comme refrain.


En fait, l'histoire de cette phrase date de l'époque où nous avons fait le projet Macbeth à Bochum, en 1978. On a passé des nuits entières à discuter. Ça durait toujours jusqu'au matin. Et à 10 heures on se retrouvait tous au théâtre pour la répétition. Et quand je disais : " Allez, Pina, maintenant on rentre ", elle disait toujours : " Non, non, encore un petit verre et une petite cigarette - mais on ne rentre pas encore.

" Et un jour, c'était trois ans plus tard, j'ai proposé ça - elle prend l'accent de la région - : " Encore un petit verre et une petite cigarette - mais pas encore rentrer. " Et Pina a dit : " Mais c'est bien, ça ! " Elle n'a pas tout de suite reconnu mais elle a tout de suite aimé. Et ensuite on a joué ça de toutes les façons possibles et imaginables.


Pina lançait un mot, par exemple pomme, peur, printemps ou enfance. Et les danseurs présentaient leur " interprétation " corporelle du mot. Une fois, elle a dit : " Au début. " J'ai répondu : " La création du monde ", et j'ai proposé l'histoire de la Création dans la Bible. Je l'avais écrite la veille, durant la nuit.

A l'époque, je travaillais pratiquement toutes les nuits. Tous les textes que je dis dans les pièces de Pina, c'est moi qui les ai inventés. Sauf que ce n'est pas marqué dans le programme. Elle a trouvé très bien mon histoire de Création. Elle écrivait toujours sur de petits bouts de papier ce qu'elle trouvait " juste ". 80 % à 90 % de ce que nous proposions était éliminé. Sans exagérer. Il ne restait que ce qu'elle trouvait " bien ".


Il y avait beaucoup de matériel dans tout ce que les danseurs proposaient. Par exemple six " positions au repos ". L'une de ces positions c'était que je m'allonge par terre, jambes en l'air appuyées contre la paroi. En réalité, c'est très fatigant - rire - . Au cours de l'une de nos répétitions, seule à seule, un dimanche, au Lichtburg d'Essen, elle me dit tout d'un coup : " Le "début", il n'irait pas aussi avec "un petit verre de vin" ?
" Et on a commencé à répéter, encore et encore. Et, à un moment donné, il y a eu cette position au repos. Voilà, ça marchait comme ça.


Sur scène, ce passage devient de plus en plus désespéré au fil des mots. Il faut savoir que Pina n'aimait pas du tout rentrer, ni chez elle ni dans aucun appartement. Elle était toujours dans un café quelconque.
A la gare, à Wuppertal, la table à droite était pratiquement son bureau. Même chez moi, pendant toutes ces années, quinze ans, elle n'est venue que trois ou quatre fois, alors que nous habitions à quinze minutes l'une de l'autre. C'était différent lorsqu'il y avait des invitations officielles.

Quand la compagnie, à Paris par exemple, était invitée dans une sorte de palace par un Crésus quelconque. Là, ça allait, elle venait. Même si elle me soufflait : " Mais qu'est-ce qu'on fait ici, Mechthild ? "


A partir de 1978, j'ai eu un emploi fixe à Wuppertal. Il a fallu qu'elle bataille pour obtenir ce poste d'actrice dans une troupe de danseurs, ce n'était pas prévu. On ne gagnait pas grand-chose. Je gagnais 2 600 marks brut, ce qui ne faisait pratiquement rien en net. Et avec Pina, on travaillait tellement qu'on ne pouvait pas intercaler d'émissions de radio ou de télé pour gagner plus d'argent. Pour moi, ce n'était pas un problème. Même Pina ne gagnait vraiment pas beaucoup à ce moment-là.


C'était une autre époque. On commençait nos spectacles dans des salles combles et on finissait dans des salles à moitié vides. Les abonnés de l'opéra de Wuppertal claquaient la porte. Et à Bochum, en 1978, on a dû interrompre le spectacle Il la prend par la main et la conduit au château, les autres suivent. Les gens étaient debout dans la salle et jetaient des trucs sur la scène.

Un jour, Jo Endicott - une des danseuses de la troupe - a craqué et elle a lancé au public : " Go home, look television ! " et elle a quitté le plateau. Et on était tous là à se dire : " Merde, on continue comment sans Jo ? " On a entendu Pina derrière la scène - et puis Jo est revenue. L'enjeu, pour elle, c'était d'aller jusqu'au bout.


Pina ne réagissait pas à ce genre de critiques. Elle n'a jamais cherché le succès. Elle a simplement continué. Elle ne comprenait d'ailleurs pas pourquoi les gens réagissaient comme ça. Elle ne cherchait pas le scandale, elle ne voulait pas choquer comme d'autres metteurs en scène. Jusqu'à la fin, elle était plutôt soucieuse de ne blesser personne.

Par exemple lors de notre dernière production ensemble, en 2003 - c'était un partenariat avec le Japon -, elle m'a dit : " Mechthild, ne recommence pas à parler tout le temps des petits hommes. " Quand est venu le succès, elle ne s'est pas dit que ses productions étaient meilleures. Elle n'a jamais dit un mot sur les critiques, même si elle les lisait sans doute en cachette chez elle. Elle ne faisait jamais ce que font tous les autres metteurs en scène que je connais : flirter avec le succès.


Ses parents n'ont jamais vu un seul de ses spectacles. Mais ils l'ont beaucoup aimée. En 1979, j'ai passé Noël chez ses parents avec Rolf. Mon père tenait un bistrot, comme le père de Pina. A Brême, près de la gare. Parfois je faisais la serveuse. Il n'y avait que des travailleurs et des prostituées. Ça nous a peut-être rapprochées.

Entre-temps ses parents avaient quitté Solingen, et fait construire une petite maison dans un village à 200 km. Son père était un vrai géant et sa mère toute petite. A l'époque, Pina avait encore ses frères et soeurs. Ils sont tous morts avant elle. Ce fut terrible pour elle.


Je la vois encore s'asseoir sur les genoux de son père. Lui le géant et elle toute menue, comme une petite fille. Elle lui dit : " Tu te rappelles ce que tu me disais ? Tu m'as dit que tu étais allée me chercher dans un zoo, chez les singes ! " Et le père a répondu : " Mon petit singe ! " Pendant ce temps, sa mère courait à droite et à gauche pour faire le repas. Pina savait à peine faire bouillir de l'eau...


Son père spirituel était Kurt Jooss, le célèbre professeur de danse de la Folkwangschule à Essen. Elle y est allée dès l'âge de 14 ans, c'étaient des gens du théâtre qui l'avaient repérée dans le café de son père. " Cette enfant est tellement souple. Elle devrait faire de la danse. " Pina m'a dit un jour : " C'est Jooss qui m'a appris à manger avec une fourchette et un couteau. " Au sens figuré.

On a toujours dit que Pina avait inventé la danse-théâtre, c'est évidemment idiot. Elle l'a incroyablement développée mais cela faisait déjà partie d'une tradition. Dans la Folkwangschule et la Modern Dance.


Pina avait plus de respect que moi pour les hommes. Les femmes, elle connaissait bien. C'est pourquoi, nous les femmes, nous avions aussi la chance d'avoir avec elle des rôles beaucoup plus différenciés, et même les rôles principaux dans la majorité de ses spectacles. Elle portait un regard différent sur les hommes et sur les femmes. Elle aimait toutes les formes de sensualité chez les femmes, même si c'étaient des vamps. Le rapport de forces entre hommes et femmes était souvent un sujet chez elle. Et elle aimait bien que les femmes irradient une certaine forme de menace. Il y a une phrase qu'elle m'a souvent dite pendant les répétitions : " Mechthild, fais attention quand tu souris. Il faut que ça ait l'air dangereux ! Ne fais pas trop la gentille. "


La perte de Rolf Borzik fut quelque chose de terrible pour elle. Il est mort en 1980. Tous les deux formaient un couple très équilibré, dans tous les domaines. Il n'a pas seulement fait des décors grandioses, il se chargeait aussi de tout ce qu'elle n'aimait pas faire. Les discussions qu'elle n'aimait pas, c'est lui qui s'en chargeait. Il assurait ses arrières. Et il a façonné son esthétique. Il est certain que les mouvements, la danse, tout cela venait d'elle. Mais l'apparence des choses, l'espace, les costumes, tout cela venait de lui. Tous les deux étaient vraiment en symbiose. Quand il est mort, il avait 35 ans et elle presque 40. Il est resté présent jusqu'à la fin.


Pina a eu la force - et aussi la dureté - de diriger une compagnie pendant des années. Alors qu'elle était quelqu'un de très délicat, physiquement, et aussi avec nous. Mais maintenant qu'elle est partie, je me dis parfois la nuit : " Mon Dieu, tout ce qu'elle n'a pas eu, cette femme. " Elle n'a pas pu vivre comme les autres.


Pina se reposant au bord d'un lac... Impossible ! Une fois, pendant des vacances, elle est passée chez moi avec Rolf, j'habitais encore à Brême. Au bout de deux semaines, je n'en pouvais plus. Nous faisions huit cirques dans la journée, et le soir on réfléchissait à ce que l'on pouvait encore aller voir... C'était ça, les vacances, pour Pina. Le pire jour de l'année, pour elle, c'était le 24 décembre. Là, elle ne pouvait demander à personne de venir répéter. Même si une fois elle a essayé - rire - ...


Il faut dire qu'il y avait parfois des tensions dans la troupe. On n'était pas recrutés de façon collégiale. Les danseurs ne décidaient pas qui devait être engagé mais Pina toute seule. Ensuite il fallait faire avec. Chacun de nous avait une histoire très forte avec Pina - et Pina a toujours fait très attention, même à ce qui importait personnellement à chacun. C'est une chose qu'on ne trouve d'habitude pas au théâtre.


Pourtant il y en avait certains qui pensaient qu'ils devaient se faire remarquer avec des interviews critiques. Je trouvais ça triste, parce que pour la plupart c'étaient justement ceux qui avaient incroyablement profité de Pina. Et puis il y avait le problème des couples. Au début, ce n'était pas très marqué, mais après...

C'est normal quand on passe toutes ces journées à travailler ensemble et que l'on est parfois étranger, exilé à Wuppertal - on ne trouve de contacts que dans la compagnie. Et à un moment, c'est devenu un vrai nid de couples. Pina n'aimait pas ça. Si tu fais une remarque à l'un, l'autre se sent tout de suite blessé. Je me suis toujours tenue à l'écart de tout ça. Je crois que j'ai été l'une des rares à ne pas avoir d'aventure avec quelqu'un de la compagnie - rire - .


Entre Pina et moi il y a bien sûr eu des accrochages. Un mariage de trente-quatre ans, c'est obligé. Mais jamais, à aucun moment, je me suis dit : " J'ai envie de partir. " Et jamais Pina n'a dit : " Maintenant ça suffit, Mechthild. " Même si, dans les dernières années, j'ai fait beaucoup d'autres choses, Pina a toujours eu la priorité. J'ai continué à participer aux nouveaux spectacles et aux reprises des anciens.

Un spectacle d'elle était pour moi toujours plus important que n'importe quoi d'autre. Pourtant je me suis sentie blessée une fois, après une représentation à Rome, où elle m'a dit : " Tu sais pourquoi je t'aime aussi, Mechthild ? C'est parce que je n'ai pas besoin de prendre des gants avec toi. " Mais en même temps je me suis sentie flattée.


Après avoir eu un enfant sur le tard, en 1991, j'ai eu envie de ne pas travailler tout le temps. Quand je suis partie, ça a été dur à encaisser pour elle. Mais ça n'a rien changé à notre confiance, à notre intimité. Quand, des mois après, je suis revenue, c'était comme avant.


Par ailleurs, nous savons que Pina n'avait jamais de titre pour ses nouveaux spectacles, c'était simplement : " Quelque chose de Pina Bausch " ou : " Une pièce de Pina Bausch ". Ce n'était pas un hasard. Et j'ai toujours été étonnée que personne ne comprenne ce que ça voulait dire : chaque pièce était justement quelque chose d'elle, un morceau de Pina Bausch.


Pina n'a jamais voulu avoir d'enfant. Je me souviens que nous en avions parlé quand nous étions de jeunes femmes. Je lui disais : " Moi, j'aimerais bien avoir des enfants. " Et Pina : " Vraiment... des enfants... non ! Vraiment pas ! " Un an après la mort de Rolf, elle est tombée éperdument amoureuse - elle est aussi tombée enceinte. L'expérience de la mort avait sans doute déclenché chez elle ce désir de donner la vie.


Il y a une chose qu'on ne sait pas en général mais que l'on peut voir dans ses pièces, c'est que Pina avait beaucoup d'humour. Quand nous sortions la nuit après un spectacle, à New York par exemple, elle aimait les excentricités. Elle pouvait rire à n'en plus finir. J'ai vu Pina danser sur des tables. Pina aimait la vie.


Ou bien le soir, après les représentations à Wuppertal. A l'époque où il n'y avait pas encore beaucoup de monde autour d'elle. Un soir, on se retrouve toutes les deux. Il n'y avait plus rien d'ouvert. Finalement nous atterrissons en pleine nuit, à 2 heures et demie du matin, dans un bar pas très reluisant du quartier : il y avait encore deux ou trois types au comptoir, chemise ouverte, chaîne en or sur la poitrine. Pina ne se maquillait jamais, et moi je n'avais pas grand-chose non plus. Mais nous étions en forme et nous nous sommes assises. Les types étaient totalement déboussolés, et ils ont commencé à faire leur cinéma en s'approchant de notre table, l'un après l'autre. Et puis ils ont demandé : " Vous êtes des féministes, c'est ça ? " Et moi j'ai répondu sur un ton très sérieux : " Evidemment. Nous sommes de l'Association des femmes de Wuppertal-Est. Moi je suis la présidente - et elle, c'est la comptable. " Ils l'ont cru. On était pliées de rire. Et quand l'un d'eux est revenu des toilettes et qu'il s'est mis à beugler à travers la salle : " Hé ! Y a rien à dessouder ici ? ", Pina l'a tout de suite noté sur un sous-bock. Et ça s'est retrouvé dans le spectacle suivant. On était en train de répéter La Légende de la chasteté (1979).


La dernière fois que j'ai joué pour elle, c'était en mai 2009, dans cette soirée consacrée à Brecht et Kurt Weill, notre premier spectacle à Wuppertal. Ça m'a fait un choc. Elle n'était plus que l'ombre d'elle-même. Petite et toute menue. Et elle était trop faible pour venir saluer au moment des applaudissements.

Une fois, elle est restée en coulisses. Malgré tout, elle était au bureau dès le lendemain matin à 9 heures et puis aux répétitions. Nous avons tous vu qu'elle était épuisée, au bout du rouleau. Mais personne n'a rien dit. Le troisième soir, c'était le 2 mai, elle est encore passée dans le vestiaire après la représentation, elle mettait toujours son sac et son manteau avec mes affaires. On était toutes les deux, et je lui ai dit : " Mon poussin, qu'est-ce que tu fais... " - elle s'arrête, pleure - . Elle a levé les yeux et m'a dit : " Ce n'est pas une très bonne période, Mechthild. "

En rentrant à Hambourg, j'ai pleuré et j'ai dit à mon mari et à ma fille : " Peut-être que je ne reverrai plus jamais Pina. " Pourtant c'était inimaginable qu'elle meure. Pina est pour moi immortelle.

Propos recueillis par Alice Schwarzer Traduit de l'allemand par Pierre Deshusses





" 1980 - EINS STÜCK VON PINA BAUSCH "

de Pina Bausch,

par le Tanztheater Wuppertal,

jusqu'au 4 mai, 19 h 30,

Théâtre de la Ville

© Le Monde



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liliane
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MessageSujet: Re: PINA BAUSCH   Jeu 12 Juin - 19:49

SALOMON BAUSCH DANS LES PAS DE PINA

A 32 ans, le fils de la chorégraphe disparue en 2009 a pris la tête de la fondation Pina-Bausch. Pour que son art lui survive.



La troupe de Pina Bausch dans "Les rêves dansants, sur les traces de Pina Bausch"



Paris Match. Pourquoi avoir créé une fondation Pina-Bausch ?

Salomon Bausch. La danse est éphémère, et il faut chercher d’autres stratégies pour l’avenir, trouver d’autres possibilités pour permettre aux nouvelles ­générations d’y avoir accès. Le seul moyen qui existe est encore, et toujours, la scène, et les gens qui ont cette connaissance. Mais il y a aussi les archives de la compagnie ­Tanztheater Wuppertal, soit 7 000 vidéos et 60 000 photos, que nous avons commencé à digitaliser.

C’est une lourde tâche ?

Comment porter l’héritage de Pina Bausch et garder ces archives vivantes, c’est toute la question. Pour qu’elle ne soit pas vue comme un “musée” mais faite pour comprendre le futur. La compagnie a la chance d’avoir presque toutes les pièces de Pina disponibles. C’est un cas unique.

A qui s’adressent ces archives ?

A des chercheurs ou des danseurs, tout d’abord. Mais nous avons la volonté de nous connecter au monde d’aujourd’hui, et donc d’utiliser les nouveaux médias. Nous venons de travailler avec deux écoles, la Juilliard School de New York et la Folkwang d’Essen, qui ont redonné la soirée “Wind von West” créée par Pina en 1975. Voilà le genre de but que nous poursuivons.

Bizarrement, la France, où le travail de Pina Bausch a été particulièrement montré, ne participe pas encore à vos projets…

Il y a tant de travail à faire, quarante ans de créations ! Nous avons des contacts avec la Brooklyn Academy of Music aux Etats-Unis et le Japon, qui nous ont rejoints. Mais nous restons ouverts à d’autres.

LA FONDATION PEUT TRANSMETTRE SON HÉRITAGE, MAIS ELLE NE POURRA JAMAIS SE SUBSTITUER AUX DANSEURS.”

Vous allez aussi collecter des témoignages de spectateurs ?

Lorsque je rencontre des gens qui me racontent leur première fois au Tanztheater Wuppertal, ils me disent que cela a changé leur vie. On doit capturer ce trésor. Il ne s’agit pas de simples anecdotes, mais bel et bien de “nourriture” pour nous.


Salomon Bausch @Hélène Pambrun

Gérer cette fondation n’était pas dans vos plans de carrière, j’imagine…
Non ! Mais j’essaie d’être à la hauteur et de faire les bons choix.

Des rumeurs ont couru, il y a peu, annonçant la fin de la compagnie. Or de nouveaux danseurs viennent de la rejoindre…

Je suis heureux de découvrir ce qu’ils peuvent apporter. Récemment, 1 600 danseuses se sont présentées pour une audition et deux ont été engagées. Ce sont donc cinq nouveaux danseurs au total, en deux saisons, que Pina n’a pu choisir, c’est une expérience nouvelle pour le Tanztheater Wuppertal. La fondation peut transmettre son héritage, mais elle ne pourra jamais se substituer aux danseurs. Nous sommes complémentaires.


http://www.parismatch.com/Culture/Spectacles/Salomon-Bausch-dans-les-pas-de-Pina-569276

« Palermo Palermo », au Théâtre de la Ville à Paris, du 21 juin au 5 juillet.
« Two Cigarettes in the Dark », au Palais Garnier à Paris, du 1er au 7 septembre.
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