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 BILLIE HOLIDAY

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liliane
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MessageSujet: BILLIE HOLIDAY   Jeu 15 Mai - 13:04

BILLIE HOLIDAY



(7 avril 1915, Baltimore - 17juillet 1959, New York)


"Papa et Maman étaient mômes à leur mariage: lui 18 ans, elle 16...Moi, j'en avais 3". Ainsi commence l'autobiographie de " Lady Day ".

Son enfance la marquera à jamais et sera le ferment d'une existence pas comme les autres. Confiée très tôt à des parents éloignés, elle est violée chez des gens qui l'emploient à faire le ménage.

La jeune Billie rejoint sa mère à New York à 13 ans pour se prostituer, être arrêtée sur le champ et effectuer son premier séjour en prison. A sa sortie pourtant, un club de Harlem, le Log Cabin, l'engage au pourboire et là, commence sa carrière.

A 18 ans, engagée par John Hammond, elle enregistre son premier disque avec Benny Goodman. Le timbre caractéristique de sa voix, lancinant et fragile à la fois, évoque de lointains et fragiles échos. D'emblée, on peut dire qu'elle ne chante pas comme les autres.

Jusqu'en 1940, elle sera accompagnée par des musiciens aussi grands de réputation que divers dans le style : Louis Armstrong, Duke Ellington,Ben Webster, Roy Eldridge, Johnny Hodges, Teddy Wilson et le légendaire Lester Young, qui lui doit son surnom de " Prez ".



Lester Young et Billie incarnaient bien la réalité noire américaine de l'époque: élégance, humour, fraîcheur, mais aussi colère et désespoir (Strange Fruit).

A partir de 1940, et malgré un succès appréciable, Billie Holiday sombre dans l'alcool et la drogue à la suite d'échecs amoureux répétés.
Au fil de ces années ou alternent les périodes de dépression, incarcérations pour usage de stupéfiants, et moments de gloire, sa voix se métamorphose : elle devient rauque et des failles s'y creusent, sans pour autant altérer (au contraire ) son pouvoir d'émotion inégalable. Si le timbre est plus rocailleux, le caractère enfantin de sa voix demeure..

Billie participe en 1954 au premier festival de Newport et publie son autobiographie : " Lady Sings The Blues " qui deviendra aussi le titre d'un de ses disques.

Sa santé décline et c'est le pianiste Mal Waldron qui l'accompagne à partir de 1957 pour les deux dernières années de sa vie. Interdite de club à New York, toujours pour cause d'usage de stupéfiants, elle se produit une ultime fois à Philadelphie avant d'être hospitalisée en mai 1959. Sur son lit de mort, elle est inculpée une dernière fois par la police pour détention de stupéfiants.

Le 17 juillet 1959 s'éteint la voix la plus déchirée et la plus déchirante que le Jazz nous ait permis d'entendre.

Source


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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Sam 28 Mar - 11:27

STRANGE FRUIT



Les arbres du Sud portent un « étrange fruit »

En mars 1939, un jeune professeur de lycée, Lewis Allan, écrit un poème et le met lui-même en musique. Il proposa ensuite à Billie Holiday d'interpréter Strange Fruit. Cette métaphore du lynchage des noirs dans la brise du sud devient la chanson-phare du Café Society et de Billie.
La chanson déchaîne la controverse, et l'enregistrement qui en est bientôt tiré rencontre un immense succès.



Pour ceux qui écoutaient du rock, Billie Holiday fut la première chanteuse jazz. On n'y coupait pas. C'était écrit. Il y avait la voix un peu tordue, il y avait le livre ouvert. Où était sa vraie vie ? Dans Lady sings the blues, publié avant sa mort, avec des élucubrations, nous dirait-on plus tard ? Dans ces chansons qu'on apprivoisait par les compilations Verve ? Jeunesse pourrie, mauvaises fréquentations, mariages brisés, avant-bras troués. Blanc des robes et des fleurs, marron de la poudre et des corps meurtris. Presque trop belle la légende pour les amateurs de malédiction que nous étions parfois.

Strange Fruit était le sésame de ce monde d'avant le rock, aux repères que le rock avait rendus familiers. Une chanson figée pourtant. Glaçante. Un poème d'abord, signé Lewis Allan (un pseudo). Billie Holiday commence à la chanter sur scène en 1939. Sa petite guerre à elle. Black bodies swingin' in the southern breeze… Des corps noirs qui balancent : on parle du jazz ? Depuis quand danse-t-on accroché aux branches des peupliers ? Le parfum des magnolias, doux et frais… Puis soudain l'odeur de la chair brûlée. Complainte des cadavres, oui. François Villon revenu. Les gueux sont les affranchis du « galant Sud », celui des jolies maisons blanches à colonnades. On les pend comme des sacs.

La douleur chante, elle a choisi le corps de Billie Holiday. Sa bouche un peu grimaçante, sa façon de prendre les mots avec des pincettes parce qu'ils sont justement trop près de l'os. Quand elle régalait les dîneurs, Strange Fruit était la chanson de la fin, lumières éteintes et yeux clos. La version Verve, celle que j'ai connue en premier, est de 1956, vingt ans après la parution du poème. Elle ne swingue pas davantage que l'autre. Elle arrête tout. Dans la voix de Billie Holiday on ne sait jamais trop si la torsion, la nuance, l'accent de vieille petite fille, est de dégoût ou de détachement.
Strange Fruit efface le dilemme.

François Gorin
TELERAMA

STRANGE FRUIT

Les arbres du Sud portent un fruit étrange
Blood on the leaves and blood on the root
Du sang sur leurs feuilles et du sang sur leurs racines

Black bodies swinging in the southern breeze
Des corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud

Strange fruit hanging from poplar trees
Un fruit étrange suspendu aux peupliers

Pastoral scene of the gallant South
Scène pastorale du vaillant Sud

The bulging eyes and the twisted mouth
Les yeux révulsés et la bouche déformée

Scent of magnolia sweet and fresh
Le parfum des magnolias doux et printannier

Then the sudden smell of burning flesh
Puis l'odeur soudaine de la chair qui brûle

Here is a fruit for the crows to pluck
Voici un fruit que les corbeaux picorent

For the rain to gather, for the wind to suck
Que la pluie fait pousser, que le vent assèche

For the sun to ripe, to the tree to drop
Que le soleil fait mûrir, que l'arbre fait tomber

Here is a strange and bitter crop !
Voici une bien étrange et amère récolte !

Excellente lecture sur l'histoire de Strange Fruit la première protest song Americaine ici :
http://www.lady-day.org/aboutsrangefruit.html

http://www.billie-holiday.net/


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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Mar 28 Avr - 20:16



Oh, my man, i love him so
He'll never know
All my life is just a spare
But i don't care
When he takes me in his arms
The world is bright
All right





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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Mar 28 Avr - 20:18

Billie Holiday (née Eleanora Fagan, Baltimore, 7 avril 1915 - New York, 17 juillet 1959) était une chanteuse de jazz américaine. Bien que moins populaire que ses contemporaines Sarah Vaughan ou Ella Fitzgerald, Lady Day, comme on la surnomme, a toujours séduit un public d'amateurs, et est considérée comme l'une des plus grandes divas que le jazz ait connues.



Sa voix unique, rocailleuse et lyrique à la fois, portait les stigmates d'une vie douloureuse. Marquée par ses souffrances, excessive, fragile, Billie trouva dans le chant le peu de paix et de liberté qui lui était promis, avant sa mort prématurée à quarante-quatre ans.
Dans Lady Sings the Blues[1], Billie Holiday, réécrivant son histoire, enlève quelques années à son père, plus encore à sa mère, et en fait un couple marié. C'est l'une des nombreuses déformations de la réalité que Billie elle-même entretenait et dont son autobiographie a prolongé les effets. La réalité est un peu moins idyllique. Clarence et Sadie ne se sont jamais mariés. Clarence Holiday ne reconnaît pas l'enfant, il est guitariste de jazz, et passe sa vie dans les clubs la nuit, sur les routes le jour. Sadie, sa mère, n'a pas le temps de s'occuper d'Eleanora et la confie à sa famille : la fillette va d'un foyer à l'autre tandis que sa mère enchaîne les petits boulots à Baltimore, tout en voyageant souvent à New York où elle multiplie les rencontres masculines, en général rétribuées.

La petite Eleanora n'a pas la vie aussi facile : elle endure les violences de sa tante Ida, et subit un premier traumatisme : un jour, alors qu'elle fait la sieste dans les bras de son arrière grand-mère, celle-ci meurt dans son sommeil. Eleanora se réveille étranglée par les bras de la morte et panique. Elle restera plongée dans un mutisme coupable pendant des semaines.


SUMMERTIME

Sadie reprend Eleanora à sa charge après quelques années. Elle a dix ans lorsque, pendant l'une des nombreuses nuits que sa mère passe dehors, elle est violée par un voisin. Elle est par la suite confiée au couvent du Bon Pasteur, où les maltraitances et les humiliations sont monnaie courante. Sadie parvient à en faire sortir sa fille et la reprend avec elle, à New York où elles vivent désormais. En 1928, Sadie se prostitue et installe Eleanora dans un bordel. La vie de la jeune fille est faite d'hommes, de violences, d'un détour en prison. En plein Harlem, sous la prohibition, Eleanora découvre les boîtes clandestines, où l'alcool coule à flots et où le jazz résonne du soir au matin. Presque par hasard, Eleanora rencontre un jeune saxophoniste, Kenneth Hollon, et décroche avec lui ses premiers engagements, dans le Queens et à Brooklyn. Elle a quinze ans et se choisit un nom de scène. Pas n'importe lequel. Lorsque, petite fille, son père passait la voir, il riait de ce garçon manqué et la surnommait Bill. Elle reprend ce sobriquet qu'elle adosse au nom de son père, qu'elle parvient d'ailleurs à retrouver à l'époque, alors qu'il joue dans l'orchestre de Fletcher Henderson. Billie Holiday est née.



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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Mar 28 Avr - 20:30

Les rencontres



Un peu grâce à son père, mais surtout grâce à son talent, Billie croise bien des musiciens, notamment Bobby Henderson avec qui elle tourne dans plusieurs clubs de Harlem, et dont elle devient bientôt la compagne. La vie n'est pas rose dans l'Amérique de la crise : Billie se contente des pourboires, qui s'accumulent lorsqu'elle entonne Trav'lin' All Alone ou Them There Eyes.

En 1933, John H. Hammond, producteur pour Columbia, découvre Billie dans un club où elle chante par hasard, à l'occasion d'un remplacement. Immédiatement convaincu de son talent, il lui ouvre les studios de Columbia pour une session avec un autre jeune musicien sous contrat avec la firme, le clarinettiste Benny Goodman : ce jour-là, elle enregistre Your Mother's Son-in-Law et Riffin' the Scotch, et y gagne trente-cinq dollars. L'année suivante, elle chante avec Bobby Henderson à l'Apollo, la salle à la mode où l'on vient applaudir les jeunes talents. Leur liaison cesse peu de temps après, Bobby étant déjà marié. Billie rencontre d'autres musiciens prometteurs : parmi eux, Lester Young, engagé par Fletcher Henderson. La chanteuse et le saxophoniste se lient immédiatement d'amitié. Lester la surnomme Lady Day, Billie le surnomme President, ou plus brièvement Prez. Elle et lui sillonnent les clubs après leurs engagements respectifs, du soir au matin.

Au sommet



Billie chante également avec Duke Ellington qui la choisit pour son court-métrage Symphony in Black, dans lequel elle interprète Saddest Tale. À la même époque, elle entame une liaison avec le jeune saxophoniste Ben Webster. John Hammond programme le 2 juillet 1935 un enregistrement pour la firme Brunswick, avec Billie, Ben Webster, ainsi que Benny Goodman, le pianiste Teddy Wilson, le trompettiste John Truehart, le contrebassiste John Kirby et le batteur Cosy Cole. What a Little Moonlight Can Do et Miss Brown to You en ressortent, gravés à la perfection, et figurent dans les meilleures ventes de l'année. Tout va bien pour Billie, qui enchaîne les aventures sentimentales et installe sa mère à la tête d'un petit restaurant où, souvent, on se retrouve après la nuit pour le petit déjeuner.

Elle devient dès lors l'une des vedettes du jazz new-yorkais, à travers de nombreux engagements qu'elle partage régulièrement avec Teddy Wilson. Le style de Billie, intimiste, s'adapte mal aux plus grands shows, réservés à Bessie Smith et à ses imitatrices. Peu importe : ses disques avec Lester Young se vendent bien et Billie chante bientôt avec le grand orchestre de Count Basie, puis avec celui d'Artie Shaw. Une chanteuse noire dans un orchestre blanc ! La tournée avec ce dernier est pourtant écourtée, à cause du racisme des États du sud, où elle ne peut pas chanter, ni même réserver une chambre d'hôtel ou entrer dans un restaurant avec les musiciens de l'orchestre.


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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Mar 28 Avr - 20:41

La drogue et la disparition de "Duchess"



Les années suivantes voient Billie Holiday multiplier les enregistrements, les engagements, les succès, avec des musiciens de la stature de Roy Eldridge, Art Tatum, Benny Carter, Dizzy Gillespie… Mais elle entame également une liaison avec Jimmy Monroe, pour qui elle quitte le domicile de sa mère, avant qu'ils ne se marient précipitamment. Son nouveau compagnon est un escroc, doublé d'un drogué. Il l'habitue à l'opium, puis à la cocaïne, avant de se retrouver en prison.

Billie divorce de Monroe et enchaîne de nouveau les aventures, jusqu'à sa rencontre avec Joe Guy, un trompettiste be-bop qui la fournit en héroïne. À l'époque même où elle est la première artiste noire à chanter au "Met", où elle signe un contrat en or chez Decca, elle se retrouve sous la coupe de Joe Guy, dépendante à l'héroïne… Billie en parle sans concession :

« Je suis rapidement devenue une des esclaves les mieux payées de la région, je gagnais mille dollars par semaine, mais je n'avais pas plus de liberté que si j'avais cueilli le coton en Virginie. »

Dans les clubs, il se murmure qu'elle ne respecte pas ses engagements, qu'elle est souvent en retard, qu'elle se trompe dans les paroles. En 1945, Joe Guy monte une grande tournée pour Billie : "Billie Holiday and Her Orchestra". La tournée est déjà bien entamée lorsque Billie apprend la mort de sa mère Sadie, Duchess, comme l'avait surnommée Lester. Billie est effondrée, elle sombre dans la dépression, elle se réfugie un peu plus dans l'alcool, la drogue, et écourte sa tournée.


Fine And Mellow - Billie Holiday
envoyé par Inedire. - Regardez la dernière sélection musicale.

Les enregistrements de Commodore la montrent à l’apogée de son art, elle qui savait apporter les nuances les plus fines à ses interprétations. « Fine and Mellow », « Billie's Blues », composé par Billie Holiday elle-même, « Yesterdays » :

tous ces titres explorent l’univers de la mélancolie, qui est bien plus qu’une tristesse superficielle.
Les nuances subtiles des sentiments, les contradictions intérieures, l’équilibre entre réserve et abandon, entre distance et proximité : personne n’a su rendre tout cela de façon aussi convaincante et réaliste que Billie Holiday.

Sa musique a toujours été intime, et jouée sans grands effets de manches.
Son registre vocal limité ne l’empêchait pas d’en tirer des subtilités infinies, pour elle et pour nous. C’était un microcosme des sentiments.

Ces enregistrements ne présentent pas une surface sans failles, parfaitement lisse. Le phrasé de Billie Holiday est sans cesse parcouru par des failles qui laissent apparaître ses troubles intérieurs.
Les sons ne sont jamais ce qu’ils paraissent être.


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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Mar 28 Avr - 20:45

Il n'y a pas de voix mieux identifiable, et qui ne résiste mieux à toutes les étiquettes,
que celle de Billie Holiday.
À 20 ans déjà, Billie s'est émancipée de ses modèles,
notamment Bessie Smith et Louis Armstrong.



Son timbre, son style sont uniques et reconnus par tous les amateurs de jazz outre-Atlantique. Son articulation un peu traînante est compensée par un sens du rythme unique, jouant avec les imperceptibles retards, les phrasés décontractés qui créent le swing si particulier de ses prestations.

Billie à 20 ans, c'est aussi un timbre un peu enroué mais une diction parfaitement claire et admirée, ainsi qu'un vibrato discret, dont elle use pour donner à tel mot le poids nécessaire. Billie Holiday ne chante pas, elle joue dans tous les sens du terme, elle est à la fois enfant et actrice. Déjà dans les années 1930, cette sonorité si particulière et intimiste s'impose, quitte à se priver d'un plus grand succès populaire : tout le long de sa carrière, Billie manque de la puissance d'une Bessie Smith et de l'agilité d'une Ella Fitzgerald.

Heureusement, Billie rencontre un contexte favorable grâce à deux éléments : la généralisation du micro et la mode des chansons lentes, refrains d'amour et blues. Le fait d'avoir pu chanter très jeune avec les meilleurs jazzmen de l'époque n'a pu que stimuler ce talent, et l'entente entre Billie et Lester Young frôle le mimétisme sans jamais tomber dans l'imitation.

Les excès de Billie ne sont pas sans conséquence sur sa voix. Dès les années 1940, elle peine souvent à se lancer au début des concerts et des séances d'enregistrement, elle a besoin d'un verre de gin ou de cognac « pour s'éclaircir la voix »… Elle a également beaucoup de mal à renouveler son répertoire et ne retient qu'à grand-peine les paroles de nouvelles chansons. Au fil des ans, sa diction si réputée devient pâteuse, son timbre légèrement enroué devient rauque, râpeux.

La fatigue physique s'ajoute à tout cela. À quarante ans, Billie souffre quand elle chante, et cela s'entend. On entend aussi qu'elle n'a plus confiance en elle, en cette voix vacillante, qui la trahit si souvent.
I'm a Fool to Want You (info)

Mais ce que l'on entend aussi c'est qu'elle y met tout son cœur. Le charme opère toujours, jusque dans Lady in Satin, album raté pour certains, mais qui occupe une place particulière dans la discothèque des vrais amoureux de Billie. L'arrangeur et chef d'orchestre, Ray Ellis, sorti épuisé d'un enregistrement où la diva lui fit vivre un calvaire, refuse à l'époque d'assurer le mixage. Mais quelque temps plus tard, en entendant l'album, en constatant l'infinie tristesse qui caractérise des chansons comme I'm a Fool to Want You ou You've Changed, Ray Ellis comprend la portée artistique d'un tel témoignage, et accepte d'enregistrer avec Billie son album-testament, Billie Holiday.

Le musicien a évoqué plus d'une fois le souvenir de l'enregistrement de Lady in Satin :

« Je dirais que le moment le plus intense en émotion fut de la voir écouter le playback de I'm a Fool to Want You. Elle avait les larmes aux yeux. Quand l'album fut terminé, j'ai écouté toutes les prises dans la salle de contrôle. Je dois admettre que j'étais mécontent de son travail, mais c'est parce que j'écoutais la musique, pas l'émotion. Ce n'est qu'en entendant le mixage final, quelques semaines plus tard, que j'ai compris que sa performance était vraiment formidable. »



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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Mar 28 Avr - 20:48

L'influence



Moins populaire à son époque qu'Ella Fitzgerald ou Sarah Vaughan, Billie Holiday a néanmoins un poids unique dans l'histoire du jazz, et depuis sa mort les ventes de ses albums n'ont jamais fléchi, bien au contraire.

Rapidement, certaines chanteuses tentèrent d'imiter son style, généralement sans succès. Son influence se ressent par ailleurs chez certaines personnalités plus jeunes, et qui prirent leur leçon, surtout, dans la décontraction de Billie. C'est le cas notamment de Frank Sinatra, qui l'admirait tant et était devenu l'un de ses amis les plus proches à la fin de sa vie, ou encore d'Abbey Lincoln. Dans la décennie 1970, Diana Ross (qui joue avec succès son personnage dans l'adaptation cinématographique de Lady Sings the Blues), Esther Phillips ou encore Nina Simone assument sans complexe leur filiation à Lady Day. Il en va de même pour Janis Joplin, chez qui l'on retrouve l'influence de Billie dans un tout autre registre.

Ses chansons ont également participé à cette influence, notamment God Bless the Child, mais aussi Strange Fruit et Gloomy Sunday, qu'elle s'était si aisément appropriée.

L'influence de Billie se ressent aujourd'hui directement sur beaucoup de chanteuses de jazz, qui supportent d'ailleurs assez mal la comparaison avec leur modèle. Macy Gray a admis cette influence. Ce n'est pas le cas de Norah Jones, d'Erykah Badu, ni d'ailleurs de Madeleine Peyroux, bien que la similitude soit évidente dans ce cas précis.


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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Mar 28 Avr - 22:29

LADY SINGS THE BLUES





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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Mar 28 Avr - 23:52


GARDENIA du Mississipi la fleur favorite de Lady Day



THE MAN I LOVE
George and ira gershwin

Someday he’ll come along
The man I love
And he’ll be big and strong
The man I love
And when he comes my way
I’ll do my best to make him stay
He’ll look at me and smile
I’ll understand
Then in a little while
He’ll take my hand
And though it seems absurd
I know we both won’t say a word
Maybe I shall meet him sunday
Maybe monday, maybe not
Still I’m sure to meet him one day
Maybe tuesday will be my good news day
He’ll build a little home
That’s meant for two
From which I’ll never roam
Who would, would you
And so all else above
I’m dreaming of the man I love

De toutes les chanteuses de jazz, Billie Holiday est indiscutablement la plus émouvante.
Certes, d'autres ont illustré l'art vocal de façon plus technique, plus brillante ou plus spectaculaire ; mais aucune n'est parvenue à atteindre ce degré d'intensité dans l'interprétation de la moindre chanson, aucune n'a su faire sienne les mélodies avec autant de conviction,
et aucune n'a su en détailler les paroles avec un tel accent de vérité.


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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Jeu 30 Avr - 14:46

Lady In Satin.

Une merveille, un disque sublime, et je crois que les mots sont faibles pour décrire un tel disque. Ce disque permet de comprendre pourquoi Billie Holiday est au panthéon des Artistes de jazz… de la douceur, de la grâce.

Lady In Satin est de ces disques qui deviennent une extension de soi même et dont l'on ne se sépare plus jamais.



A emmener sur une île déserte ...


Elle enregistre Lady in Satin en février 1958, avec des chansons entièrement nouvelles et un orchestre dirigé par Ray Ellis, auteur des arrangements.
Un album poignant, de même que son tout dernier, simplement intitulé Billie Holiday, enregistré début 1959. Elle fait également une apparition au festival de jazz de Monterey en octobre 1958, et effectue une nouvelle tournée européenne au mois de novembre. Elle est sifflée en Italie, où sa prestation est abrégée.

À Paris, elle assure à grand-peine un concert à l'Olympia, exténuée. Sa tournée prend l'eau. Elle accepte de jouer au Mars Club avec Mal Waldron et Michel Gaudry à la contrebasse : le public est tout acquis à Billie qui y retrouve le succès. On se bouscule dans le Mars Club, on y retrouve les célébrités de l'époque :

Juliette Gréco, Serge Gainsbourg, ou encore Françoise Sagan qui écrira :

« C'était Billie Holiday et ce n'était pas elle, elle avait maigri, elle avait vieilli, sur ses bras se rapprochaient les traces de piqûres. […] Elle chantait les yeux baissés, elle sautait un couplet. Elle se tenait au piano comme à un bastingage par une mer démontée. Les gens qui étaient là […] l'applaudirent fréquemment, ce qui lui fit jeter vers eux un regard à la fois ironique et apitoyé, un regard féroce en fait à son propre égard. »

— Françoise Sagan, Avec mon meilleur souvenir, Gallimard, 1984



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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Dim 24 Mai - 0:32



dernier enregistrement de Lady Day

I'am fool to want you
J. wolf / herron / frank sinatra

Im a fool to want you
Im a fool to want you
To want a love that cant be true
A love thats there for others too

Im a fool to hold you
Such a fool to hold you
To seek a kiss not mine alone
To share a kiss that devil has known

Time and time again I said Id leave you
Time and time again I went away
But then would come the time when I would need you
And once again these words I had to say

Take me back, I love you
...i need you
I know its wrong, it must be wrong
But right or wrong I cant get along

Without you

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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Dim 24 Mai - 1:01

On lui a donné tous les surnoms, de "La Callas du blues" à "La Diva du jazz", jusqu'à ce que Lester Young, le plus fidèle de ses compagnons, invente pour elle ce nom de lumière:
"Lady Day".




Billie Holiday jeune. Avec big band. Un peu abîmée déjà mais juste révélée. Avec Lester Young. Son aisance au pays des standards. Presque dédaigneuse. Un peu à côté, complètement dedans. La forme des chansons respectée mais sa manière à elle. Je vous aime et je vous emmerde. J'en ai bavé, les gars. Bon, OK, on commence à le savoir. Mais non vous ne savez rien, les mecs. Si, Billie, on sait… Etc.

Lady Day. Son nom devenu un poème (bien plus tard une chanson de Lou Reed, que j'ai aimée naguère). Et voici la Dame en satin. Lady in satin. La voix de la fin. 1958. Cette voix sent-elle sa fin ? Facile à dire après coup. Easy… C'est un mot qu'elle a déjà fréquenté. Easy living… Easy to love… Un des rares où sa voix peut glisser. Presque sourire.

Qu'est-ce qui fut facile à Billie Holiday ? It's easy to remember. Dans la chanson de Lorenz Hart, il est aisé de se souvenir mais si dur d'oublier. La mélodie de Richard Rodgers est un manteau bleu-gris. Tout est dans la façon de le porter. Sinatra l'a essayé, il est à sa taille, il le connaît si bien qu'il peut le pendre à son épaule d'un index nonchalant.

Billie Holiday en couvre une douleur nue. Elle n'a même pas sa robe de satin en-dessous ? Le satin, c'est les violons. L'orchestre mené par Ray Ellis. Demandé, voulu par Billie, qui avait entendu Ellis in Wonderland. Sa voix s'appuie à ce mur satiné. Elle souffre moins.

Les chansons, presque toutes des standards, passent comme des nuages, elle les accroche, elle s'en habille, elle n'a plus que ça pour vivre un peu mieux. Qu'est-ce que j'en sais ? C'est dans sa voix. Cette voix de la fin a la mémoire de la Billie Holiday des débuts, des années réputées golden. Elle lui ressemble encore beaucoup. En plus, un twist où la peine devient limpide, la noirceur translucide.
Elle se joue des regrets.
Ecoutez comment elle caresse le mot regrets…



It's easy to remember .. so hard to forget



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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Dim 24 Mai - 1:48


document arte

Marc-Édouard Nabe, de son vrai nom Alain Zannini, est un écrivain français, né à Marseille le 27 décembre 1958.
Il est également peintre et guitariste (rythmique) de jazz, notamment auprès de Marcel Zanini, son père.

Auteur du superbe livre "l'âme de Billie Holiday" paru en 2007

Ed. La petite Vermillon
Edition originale
270 pages

Marc Edouard Nabe n’était pas encore né lorsqu’il découvrit Lady Day. Il était alors dans le ventre de sa mère qui était elle-même à un concert de Billie. Il est vrai qu’il était là dans un cocon favorable puisque l’écrivain Marc Édouard Nabe, de son vrai nom Alain Zanini n’est autre que le fils du célèbre clarinettiste, Marcel Zanini. Et c’est naturellement que durant son enfance, Marc Edouard Nabe fut amené à côtoyer les plus grands musiciens de jazz.

Dans les années 50 son père jouait d’ailleurs dans les meilleurs clubs de New York. Un cliché pris en 1955 au sortir de l’Apollo hantera certainement l’imaginaire de l’écrivain durant son enfance. On y voit ainsi son père aux côtes de Clifford Brown, James Moody, King Pleasure et, au centre la photo, Lady Day (pas la femme au Gardénia mais juste la spectatrice de passage ce soir là avec l’un de ses salopards de mari). Dès lors son amour pour la chanteuse n’a jamais quitté l’écrivain. Un amour sans limite.

Dans cette réédition d’une version originale publiée en 1997, ne vous attendez pas à une biographie de la chanteuse. L’affaire est bien plus grave puisqu’il s’agit d’une profession de foi.

Mais Nabe ne se contente pas de dire qu’il aime Billie Holiday. Sa foi n’est pas aveugle. Au contraire, il sait bien pourquoi il aime. Un amour lyrique mais un amour savant aussi, capable d’analyser l’irrationnel. Car l’affaire est entendue pour Nabe, il n’y a pas et il n’y aura pas plus grande chanteuse de jazz que Lady Day. Et comme pour tout croyant cette vérité là ne souffre pas de contradictions.

C’est un fait ! Et pour preuve il sait tout d’elle. Il a tout écouté, tout lu, tout entendu. Et il nous restitue tout. Et ce qu’il dit relève de toutes les passions amoureuses. Donc forcément il y a de l’érotisme. Celui que l’on voit, celui que l’on entend, celui de la voix de Billie qui fait l’amour aux mots qu’elle chante et celui qui laisse notre écrivain fou transi lorsqu’il entend Lester prendre un chorus derrière la chanteuse comme s’il lui murmurait une caresse dans le cou.

L’amour de celui qui n’a jamais pu se défaire de cette voix envoûtante. L’amour de la chanteuse mais aussi l’amour de l’âme de la chanteuse. La fascination pour cette façon de vivre et mourir sur scène. Pour cette façon de donner vie et mort aux phrases et aux mots. Marc Edouard Nabe le dit bien :

« le chant de Billie Holiday est l’oubli et la mémoire simultanés de ce qu’elle a souffert ».

L’écrivain Marc Edouard Nabe, de son vrai nom, Alain Zanini est un génial manipulateur des mots. Chez lui se retrouvent toute une tradition des écrivains français des années 40 qui va de Vian à Céline. Un style à la fois direct mais aussi magnifiquement emphatique. Pas question de sentiments mous dans ce livre mais un dithyrambe d’érudit. Bâti comme des chansons sur la base de petits chapitres très courts, suivant un ordre chronologique mais bousculant l‘ordre logique, passant du « elle » à « je», se perdant dans les méandres de sa pensée lyrique, Marc Edouard Nabe donne rythme à son texte. Il y a dans ce voyage au pays de Billie Holiday comme des airs de voyages Céliniens à New York. L’écrivain journaliste qui jadis faisait les beaux jours de Charlie Hebdo aux côtés du professeur Chorron nous emporte dans une ivresse locutive, une suite des mots d’amour hallucinés et lucides :

Extraits :

Werner Schroeter disait que le son de la voix de Maria Callas le faisait saigner du nez. Les morceaux de Billie Holiday m’ont arraché plusieurs dents.

Ni grave ni aiguë, ni sucrée ni salée, ni aigre douce ni douce-amère, la voix de Billie n’a pas de tessiture : elle serpente dans les spectres sans se laisser classer. Elle fore les basses fréquences, déhanches celle des anches qui lui ressemblent : c’est un cygne aux harmoniques inférieur qui joue au basson, puis vibre en vol en laissant dans la mare les ondes suffisantes à troubler la verdeur du ciel reflété. Elle n’a pas de limite : son timbre n’est pas collé d’un tour de langue sur un registre quelconque. La glotte s’ouvre comme la caverne d’Ali- Baba, par Sésames résonateurs.

On arrive jamais à imaginer que Billie Holiday possède des cordes vocales.

Il faudrait écrire un gros ouvrage cette fois sur sa voix même, des pages et des pages de listes d’images auxquelles sa voix nous attache, un genre de journal intime du timbre de la grande Dame Diurne.

A lire donc et déguster comme un verre de Château Latour après l’amour en écoutant de préférence les enregistrements de Lady Day en 1939 en compagnie de Lester Young et de Teddy Wilson

Jean-Marc Gelin
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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Dim 24 Mai - 23:49

BILLIE HOLIDAY LA VOIX A VIF



«Les chanteuses de jazz ? Il y a les autres… et Billie Holiday ». Boris Vian

On ne fait le deuil de rien, ni de personne. Les disparus vivent avec nous. Surtout les divas. Surtout Billie Holiday, qui s'est usée et brûlée avant l'heure, et dont les fêlures de la voix semblaient envelopper les nôtres.

Et puis, voyez-vous, le blues, c'est bien plus fort que la vie. Le cinquantenaire de sa mort ne sera donc pas l'occasion de s'effondrer dans un panégyrique larmoyant. Parce qu'on maudit toujours le mutisme du ciel, on aime encore à se réfugier dans ses silences que sa voix rendait sensuels et espiègles avant qu'ils ne s'épuisent dans la dernière note. Billie Holiday demeurera couverte de lumière, comme toutes ces étoiles qui n'ont pas peur de la nuit. Le saxophoniste Lester Young, son plus fidèle ami, l'avait pressenti lorsqu'il lui donna le doux surnom de Lady Day.

Rappelez-vous. Ses cheveux étaient toujours ramassés en chignon. Agrémenté d'un éternel gardénia blanc-crème. Un peu d'espoir comme un pied de nez à cette vacherie d'existence.
Elle aurait pu faire sienne cette phrase d'Edith Piaf :

« Si je ne brûlais pas, crois-tu que je pourrais chanter ? ».

À sa naissance, le 7 avril 1915, ses parents ne sont que des enfants. Sa mère a 18 ans lorsqu'elle accouche à l'Hôpital de Philadelphie. Son père, Clarence Holiday, un musicien noceur, un expert en apparitions furtives, préfère déjà butiner les filles. De chambres vaguement meublées en logis crasseux, la jeune Eleonara subit très tôt, trop tôt, la vie miséreuse d'une mère tour à tour femme de ménage, ouvrière, qui, au besoin, n'hésite pas à tarifer ses gentillesses dans une maison close. La jeune enfant est alors confiée à son arrière-grand-mère, atteinte d'hydropisie. Un soir, elle va se lover contre elle. Au matin, les bras de la défunte la retiendront prisonnière. Rongée par la culpabilité, elle refuse de parler. Un juge, alerté par cette existence désastreuse, la place dans une institution religieuse. Retour au domicile maternel à l'âge de 11 ans.

Peu de temps après, un voisin, sensible à ses airs boudeurs et mutins, la viole avec la complicité d'une mère-maquerelle. Nouveau cataclysme. A 13 ans, elle traîne dans les rues fiévreuses de Baltimore, imite son idole, Bessie Smith, et devient vite une attraction dans les rades des sombres quartiers. Sa mère la rappelle à New-York, dont les artères laissent jaillir des flots ininterrompus de musique. John Hammond, découvreur de talents, repère sa technique intuitive et son étrange capacité à tenir en haleine le public. La chanteuse consolide sa notoriété en enregistrant sous son nom un premier disque le 10 juillet 36. Sur scène, elle doit affronter misogynie et racisme. L'Amérique de l'époque sait ignorer les talents de ceux qui ont la peau trop charbonnée. A un admirateur qui crie : « Que la négresse chante ! », elle lance un « encu…. » que l'orchestre n'arrive pas à couvrir. Le 20 avril 39, elle enregistre dans la cire une de ses pièces les plus ciselées, « Strange fruit », un étendard de la négritude. Autre scandale. Sa vie, dès lors, elle ne sait plus l'épargner. Beaucoup d'alcool et d'opium, de joints d'herbe, de grammes tassés de cocaïne et de massives injections d'héroïne qui dessinent des ombres bleutées sur ses bras.

Pour oublier, elle serre des voyous de passage ou des femmes opalines. Sur l'estrade, elle n'en finit pas d'expier. Son chant transpire la détresse. Il est vrai que « Billie ne sait pas pleurer ».

De cures de désintoxication en rechutes, sa réputation se ternit et les patrons de Clubs redoutent de l'engager. En mai 47, elle se fait coffrer dans sa chambre d'hôtel par des agents du FBI. Placée en liberté surveillée, elle se produit tout de même au Carnegie Hall. Le public est en transes. Mais nouveau fiasco sentimental. Elle tombe sur une petite frappe, qui lui subtilise ses cachets et la tabasse tout autant qui la pourvoie en héroïne.

Sa voix s'opacifie et devient plus déchirante encore. Fragile comme de la dentelle, elle se pose comme du velours sur des notes exténuées. Billie Holiday « rend sublime ce qui ne pourrait être que pathétique ».

Ereintée par la course aux contrats et ses échecs amoureux, elle sombre dans la came. Elle trouve cependant l'énergie suffisante pour enregistrer entre le 26 mars et le 1er avril 52, quinze titres de rêve. Lorsqu'elle apprend la mort de Charlie Parker, elle se dit que l'abîme s'ouvrira aussi pour elle prochainement. Et pour faire diversion, quelques engagements, quelques apparitions à la télévision. Mais, pour les plus nombreux, elle n'est plus qu'une épave inconvenante.

Dans l'hiver 58, elle entame une dernière tournée européenne. Les intellectuels noctambules de St Germain cherchent à la retenir. Ils savent qu'ils n'y parviendront pas. A son retour, elle enregistre un dernier album avec Ray Ellis. Quelques jours après, on lui annonce le décès de Lester Young : « je serai la prochaine », murmure-t-elle. Elle n'avait pas tort. Le 15 avril 1959, elle est transportée aux urgences. Diagnostic : cirrhose et insuffisance rénale. On craint un arrêt cardiaque. Ses amis qui n'en étaient pas lui glissent quelques doses de poison sous les draps. Le 17 juillet à 3h10 du matin, dernier souffle. 3000 personnes l'accompagneront en silence jusqu'au cimetière St Raymond dans le Bronx où repose sa mère.

Silence.

Harlem a perdu prématurément sa lady. La mort, dès ses débuts, l'avait traquée en douce. On sait tout ce que la diva du blues a emporté avec elle, les amours perdues sur le bitume, les bouteilles fracassées sur le zinc, les cendriers pleins, les chaises renversées, les clameurs et les rappels au creux de la nuit, les airs en train d'oubli.

Mais, elle, on le l'oubliera pas. Elle est de celles qui vous accrochent définitivement et qui semblent chanter rien que pour vous.

Un seul morceau de Billie, et on ne sent plus jamais seuls, même après le dernier mot entendu qui se fracasse comme un pendu qu'on décroche.

Sublime conteuse d'histoires. Des siennes. Des nôtres. De nos vies.
De nos poisses. De nos colères. De nos amours fatiguées.

Et depuis cinquante ans, les gardénias n'ont plus le même charme.

- Isabelle Bunisset
Billie Holiday fut 'la voix du jazz', celle qui fut nourrie par le plus d'émotions, de douleurs et de tendresse. Sûrement parce qu'elle avait vécu les mots qu'elle chantait...


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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Lun 25 Mai - 0:32

"Si tu copies quelqu'un, ça veut dire que tu ne mets pas de sentiments dans ta musique.
Il n'y a pas deux personnes semblables sur terre et, en musique, ça doit être la même chose.
Sinon ce n'est plus de la musique!"
citation de Billie Holiday



You don't know how lips hurt until you've kissed and had to pay the cost,
until you've flipped your heart and you have lost.
You don't know what love is.



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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Dim 31 Mai - 1:30

Une belle plume qui résume bien Lady sings the blues ..
celle de Marc Zisman.



Une vie de souffrance au chant comme au disque, Billie Holiday n’a jamais été réellement égalée… L’âme blues, le cœur fissuré, le corps brisé, elle reste encore aujourd’hui la complainte ultime drapée dans la soie ou dans la douleur.



Elle fut un cri avant tout… Même dans ses instants les plus doux. Billie Holiday est un genre à elle seule de l’histoire du jazz. Certes chanteuse elle fut, mais de ce chant qu’on capte dans les effluves d’un solo de saxophone. Comme un torrent qui n’a finalement que peu à voir avec… le chant ? Cette voix si atypique dérangeait. Dérange encore d’ailleurs. Eraillée ? Distordue ? Décalée ? Délavée ? Une voix comme la mise en son d’une existence qui ne fut qu’une longue souffrance qu’elle coucha sur le papier en 1956, trois ans avant sa mort, dans son autobiographie Lady Sings The Blues.

Viol, prostitution, prison, alcool, drogue, les perles de désolation et de pénitence que Billie Holiday enfilera durant ses 44 années passées sur terre sur le collier de sa vie feraient rêver n’importe quel bon scénariste hollywoodien en manque d’inspiration… Mais c’est évidemment toute cette matière qui sort de sa bouche et de sa plume. Et c’est dans cette même plaie béante que les plus grands créateurs de l’idiome jazz voudront plonger leurs propres désarrois.
De Lester Young à Duke Ellington en passant par Mal Waldron, Count Basie, son complice le pianiste Teddy Wilson et tant d’autres, ils serviront tous la poésie de Billie avec une générosité faisant écho au mal être de leur muse d’une session ou de toute une vie.

L’art de Billie Holiday fut si personnel qu’il ne put que s’inscrire dans une souffrance plus générale. Celle de la communauté afro-américaine. Impossible de ne pas évoquer la pierre angulaire de son œuvre, la découverte en 1939, de Strange Fruit un texte bouleversant sur le lynchage d’un noir dans le sud de l’Amérique. Un fruit étrange que cette forme accroché aux branches d’un arbre… Un fruit étrange qui n’est autre que le corps de ce pendu… Mis en musique par le pianiste Sonny White, ce poème choc signé Lewis Allen devient l’un des hymnes de la chanteuse.

Un autre hymne, une autre histoire : la rencontre entre Lady Day et le saxophoniste Lester Young, l’une des associations les plus démentielle de l’histoire du jazz. De 1937 à 1941, leur complicité accouchera d’une cinquantaine de merveilles, émouvantes et tendres en surface, mais si troublées et fissurées dans leur cœur.

Finalement, les étiquettes de feeling, envoûtant, émouvant, tout semble avoir été créé pour le chant de Billie Holiday, plus blues que jazz au bout du compte… Dans ces enregistrements pour le label Verve (le sublime Lady Sings The Blues en 1956, Songs for Distingué Lovers en 1957, et le controversé Lady In Satin en 1958 où sa voix sent déjà la mort), elle atteint le sommet de cette palette de sensations, entre émotion pure et souffrance intense. Lorsqu’elle se tait définitivement, le 17 juillet 1959, Billie Holiday peut enfin reposer en paix…



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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Mer 10 Juin - 0:55

L'INTEGRALE DE BILLIE HOLIDAY

INTEGRALE BILLIE HOLIDAY - LESTER YOUNG
HORS SERIE
BILLIE HOLIDAY
Direction artistique : ALAIN GERBER
Label : FREMEAUX & ASSOCIES
Nombre de CD : 3

CHOC JAZZMAN / SÉLECTION NOËL JAZZ MAG / INDISPENSABLE JAZZ HOT / SUGGÉRÉ PAR “COMPRENDRE LE JAZZ” CHEZ LAROUSSE
L'intégrale des 49 faces de ce duo historique.

C'est une belle idée d'Alain Gerber, le plus épris des amoureux déclarés de Lady Day et de Lester Young, que de choisir les chansons qu'il préfère parmi 49 'masters' et un certain nombre de prise 'alternatives' produites par les treize séances de 1939-1941 pour Brunswick. Mais qui aurait su, comme lui, retrouver les accents d'Aragon pour écrire de Billie et Lester : 'Trop émerveillés d'être ensemble pour ne pas rester des amants chastes, qui n'enlacent que leurs musiques. Qui se moquent des fêlures dans les ciels de faïence. Et qui font des miracles comme on fait des chansons'.
Michel Contat, TELERAMA

Droits d'éditorialisation : Christian Bonnet, Alain Gerber pour Frémeaux & Associés.

Frémeaux & Associés’ « Quintessence » products have undergone an analogical and digital restoration process which is recognized throughout the world. This 3 CD set edition includes liner notes in English as well as a guarantee.
Liste des articles de presse consacrés à ce CD :

- "Billie Holiday" par Alain Gerber
“Billies’s greatest speciality was a falling rise, or a rising fall towards hell on a little pink cloud.”
“La grande spécialité de Billie, c’est la chute ascensionnelle ou la montée aux enfers, sur un petit nuage rose.” Alain GERBER

- Choc Jazzman
« Quinze rendez-vous en studio et à la radio, deux concerts (au Carnegie Hall), soit soixante-quatre plages. Cet indispensable coffret rassemble les enregistrements effectués par la chanteuse et le saxophoniste en ces "années de braise et d’innocence" où s’entrelacèrent leurs musiques. On entend Billie avec les formations de Teddy Wilson et de Count Basie, avec son propre orchestre, ou en jam session. C’est la décennie ou sa voix s’épanouit jusqu’à devenir le "Jour fait femme". La sélection a écarté les pièces où, a aucun moment, Young ne se détache des ensembles instrumentaux, précise Alain Gerber, dans un admirable texte de pochette (par lequel le sens de la musique devient sang du verbe et chair d’une poésie fulgurante). Apparaissent avec la clarté à la fois le détail et le panorama, la plénitude, de la créativité mise en œuvre par deux artistes en symbiose. Les prises alternatives (quatre versions édifiantes d’All Of Me, trois The Man I Llove…) éclairent un engagement, une invention en action. Se lover dans la suavité du Prez, particulièrement lorsque cette dernière se condense en une déclaration concise. Se révéler à soi-même en (re)découvrant l’autre (Buck Clayton, Roy Eldrigde…). Se suspendre à la battue de Jo Jones, extraordinaire de puissance et d’humilité. S’abîmer jusqu’au vertige dans les fêlures du chant de Billie. Et l’on débusque le bonheur ébloui, qui transforme un instant de musique en une éternité de beauté. » Fara C. – JAZZMAN. A reçu la distinction Choc Jazzman

- "L'amour le plus sublimé de l'histoire du jazz..." par Philippe Méziat
« Une compilation qui construit de toutes pièces une œuvre qui n’a pas été voulue délibérément comme telle, c’est-à-dire la totalité des sessions qui ont vu la chanteuse Billie Holiday accompagnée, par le saxophoniste dont elle "raffolait" Lester young. L’amour le plus sublimé de toute l’histoire du jazz, Lester ayant joué pour Billie Holiday tous les rôles possibles, mais pas celui d’amant. Et pourtant ! On pourrait croire à les voir s’enrouler musicalement l’un sur l’autre, que rien de ce qui est chair de l’un et âme de l’autre ne leur est étranger. On se plaît à suivre les méandres musicaux de cette romance au long de trois compacts qui filent comme un seul. Indispensable, et fort pratique. » Philippe Méziat – SUD OUEST DIMANCHE

- "Bien au-delà des amours éphémères et contingentes" par Virgin Megapresse
« A l’exception peut-être d’Ella et Louis, il n’y eut pas de couple chanteuse-musicien plus complice que celui qui unit de façon quasi gémellaire Lester Young à Billie Holiday. Dès qu’il se rencontrèrent à Harlem au milieu des années trente, ils se sont reconnus. Ils surent tout de suite qu’ils étaient faits pour jouer ensemble. Ils s’appelèrent Lady Day et Prez et s’aimèrent d’une tendresse immense et chaste, bien au-delà des amours éphémères et contingentes. Au début dans les années 50, pour des motifs encore obscurs, ils se brouillèrent pour mieux se retrouver à la fin de leur vie, tous deux déjà fantomatiques, égarés dans le même exil sur terre, ruinés trop tôt par l’âge, les abus et les chagrins. Le saxophoniste mourut en mars 1959. La chanteuse au gardénia le suivit quatre mois plus tard. Elle avait à peine 44 ans. "Billie n’avait pas une voix, a dit avec justesse le pianiste Jimmy Rowles, elle avait un son." De Lester, on pourrait dire l’inverse : "Il n’avait pas un son. Il avait une voix." Pour s’en convaincre il suffit d’écouter cette magnifique intégrale que nous propose Frémeaux & Associés. En un triple album sont enfin réunies la cinquantaine de chansons qu’ils enregistrèrent ensemble, en petit comité, principalement entre janvier 1937 et mars 1941. » (…) Pascal ANQUETIL – VIRGIN MEGAPRESSE

- « Dix disques qui ont fait le jazz » par Les Echos
Non, nous n’avons pas exilé notre spécialiste du jazz sur une île déserte en l’obligeant à réduire sa discothèque à dix enregistrements. Mais il a relevé un véritable défi : choisir dans ce vaste univers dix oeuvres qui ont marqué le mémoire du jazz et restent aujourd’hui incontournables dans une discothèque digne de ce nom. Oui, Louis Armstrong en fait partie, bien sûr.
Le jazz donne le tournis. En un siècle, il a connu toutes les révolutions que la musique classique a vécues en un demi millénaire. Issu du brassage, trois siècles durant, des traditions africaines, surtout, et européennes, le jazz est apparu il y a un peu plus de cent ans. Le premier enregistrement a été réalisé par l’Original Dixieland Jazz Band, en 1917. C’était un orchestre de Blancs ! En fait, le premier qui aurait dû laisser son nom sur une galette était le cornettiste noir Freddie Keppard, en 1916, mais, jaloux de son talent au point de cacher ses doigts sous un mouchoir quand il jouait, il aurait refusé. Ce n’est qu’en 1922 que la musique noire de la Nouvelle-Orléans est enfin enregistrée. Voici notre choix, totalement arbitraire (et affectif), mais pas injuste, de dix grands enregistrements qui ont révolutionné le jazz. […]
Des trois chanteuses mythiques – Billie Holiday, Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan -, Billie est la plus légendaire, parce que, de sa naissance à sa mort, elle a incarné un fulgurant raccourci des souffrances du peuple noir. Après une enfance sordide, elle fut remarquée par le producteur John Hammond. C’est par son intermédiaire qu’elle rencontre Lester Young. Elle le surnomme Prez (car il était à ses yeux le président des saxophonistes ténors) et il l’appelle Lady Day. Lester Young exprimait son mal de vivre par un raffinement exquis, une grande suavité, qui inspirera ensuite les musiciens « cool » à la fin des années 1940 sur la côte Ouest des Etats-Unis. Avec lui, le jazz n’est plus joyeux, il devient mélancolique. La grâce était tombée sur cet homme et cette femme, complices et complémentaires, « trop émerveillés d’être ensemble pour ne pas rester des amants chastes, qui n’enlacent que leurs musiques », écrit Alain Gerber. Le coffret immortalise l’incarnation par Billie de chansons qui, souvent, reflétaient sa vie.

Renaud CZARNES – LES ECHOS
- « All of Me, Complete Billie Holiday & Lester Young », 1941 par Dave Douglas
Il est assez difficile d’expliquer ce qui donne un tel impact à cette version. Peut-être est-ce ce solo de Lester Young, placé à un endroit aussi inattendu. Mais c’est plus encore l’incroyable capacité de Billie Holiday à réinventer la mélodie à chaque fois qu’elle ouvre la bouche en donnant une force accrue à ces couplets déchirants. Quant au phrasé de l’orchestre, il est inimitable. Dave DOUGLAS - JAZZMAN

- « Un must » par Jazzman
Chez Frémeaux & Associés, on recommendera dans la collection « The Quintessence » les deux volumes « Billie Holiday : New York – Los Angeles, 1935-1944 ». C’est Alain Gerber qui a choisi les plages et les commente. C’est donc un must que l’on complètera avec l’«Intégrale Billie Holiday-Lester Young 1937-1944» en trois Cd. Soit, en 64 chansons, la plus belle complainte des amants chastes que le jazz ait connue.
JAZZMAN
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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Mer 10 Juin - 1:08




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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Mer 10 Juin - 1:17



How Deep Is The Ocean (How High Is The Sky)

How much do I love you?
I'll tell you no lie
How deep is the ocean?
How high is How Deep Is The Ocean (How High Is The Sky)

How much do I love you?
I'll tell you no lie
How deep is the ocean?
How high is the sky?

How many times a day do I think of you?
How many roses are sprinkled with dew?

How far would I travel
To be where you are?
How far is the journey
From here to a star?

And if I ever lost you
How much would I cry?
How deep is the ocean?
How high is the sky?

How much do I love you?
I'll tell you no lie
How deep is the ocean?
How high is the sky?

How many times a day do I think of you?
How many roses are sprinkled with dew?

How far would I travel
To be where you are?
How far is the journey
From here to a star?

And if I ever lost you
How much would I cry?
How deep is the ocean?
How much would I cry?
How high is the sky?
--------------------------------

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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Mer 10 Juin - 1:26

La musique à fleur de peau


Billie Holiday, NYC [Angel with Smoke] (1949)
Herman Leonard

Un coffret rend hommage à l’extraordinaire talent de Billie Holiday, l’une des plus grandes voix du jazz

Boris Vian, sous le charme, disait de Billie Holiday qu’elle avait une voix de
« chatte provocante, griffes rentrées, œil mi-clos ».

L’écrivain trompettiste voyait juste. La vie avait donné à Billie Holiday toutes les raisons d’être sur la défensive. Contre les cruels assauts des hommes, surtout. Encore enfant, elle avait subi plusieurs viols qui devaient la marquer pour la vie. Une vie commencée dans la misère, sa mère avait 13 ans quand elle la mit au monde et son père 15. Une vie qui devait aussi la mener au bordel dès l’adolescence. Une vie marquée encore par le racisme qui dans ces années-là imprégnait la vie de chaque jour aux États-Unis.

C’est parce que, enfant, elle aimait chanter, qu’adolescente elle était rivée aux gramophones qui diffusaient la musique de Louis Armstrong qu’un peu par hasard, par la grâce de musiciens qui ont repéré ce talent débutant, la jeune fille a trouvé sa voie dans la musique .

Le beau coffret The Right To Sing The Blues (« Le droit de chanter le blues ») recouvre les premières dix-huit années d’une carrière qui ensuite se prolongera huit ans seulement, à cause des ravages de la drogue sur sa santé, aggravés par des passages en prison. Le titre de cette intégrale des enregistrements de Billie Holiday en studio pour une dizaine de labels différents (Columbia, Brunswick, Commodore, Capitol, Decca….) est paradoxal dans la mesure où la chanteuse a peu interprété de blues à proprement parler.

Billie Holiday chante aux côtés des plus grands de l’époque
Mais c’est bien l’esprit du blues, cette façon d’exorciser les souffrances de l’existence en les chantant et même en les faisant danser, qui imprègne chaque interprétation de Billie Holiday. Car la chanteuse à la voile éraillée, ambiguë et séductrice, toujours sur le fil de la rupture, avait cette capacité qui n’appartient qu’aux véritables artistes de jazz de transcender la mélodie la plus simple, de donner une nouvelle vie à chaque tempo, d’élever au rang de tragédie du quotidien la bluette la plus naïve en lui donnant chair.

Les musiciens ne s’y sont pas trompés. Au fil des plages de ce coffret, Billie Holiday chante aux côtés des plus grands de l’époque, tels que les trompettistes Louis Armstrong qu’elle admirait enfant et Roy Eldridge, les clarinettistes Benny Goodman et Artie Shaw, le pianiste Teddy Wilson, les saxophonistes Johnny Hodges, Ben Webster et bien sûr, Lester Young, l’ami et l’alter ego musical de la chanteuse… Un coffret qui rend justice à l’une de ces grandes dames du jazz qui ne connut pas un bonheur à la mesure de son talent inégalé.

Yann MENS


The Right To Sing The Blues, neuf CD, Le Chant du Monde, 32,18 €.

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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Mer 10 Juin - 23:01



Chanteuse d'instinct, qui eut un destin aussi phénoménal que pathétique, Billie Holiday reste pour beaucoup la plus grande soliste de l'histoire du jazz.
« Elle avait le chic avec les mots »
dit-on un jour de celle qui faisait de chaque chanson une tranche de vie.



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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Jeu 17 Sep - 1:34

Billie Holiday
disparaissait il y a 50 ans




usa, anniversaire, news jazz

La plus grande chanteuse de jazz américaine du XXème siècle est morte il y a 50 ans tout juste.

Pour les amateurs de jazz, de blues et de musique en général, Billie Holiday est une perle à la valeur inestimable, une source d'amour et de tendresse d'autant plus forte que la chanteuse de Baltimore n'est pas la plus connue des grandes divas du jazz
(Ella Fitzgerald, Bessie Smith à la rigueur, Amy Winehouse ?)
et peut se savourer dans une relative discrétion.

La chanteuse est connue pour sa capacité à déguster tout au long de sa vie :
quasi abandonnée, pauvresse, violée à l'âge de 10 ans par un voisin, mère prostituée dans un bordel de New York, elle-même âme errante dès son plus jeune, emprisonnée, violée encore puis déçue par des hommes qui la tabassent.

La voix de Billie Holiday porte sur elle cet héritage de gnons et de larmes, en même temps qu'elle dégage, lorsqu'elle s'échappe dans les boîtes de jazz de NY,
une sensualité triste forcément troublante.

En 1939, elle grave la chanson la plus signifiante de toute sa carrière :
le "Strange Fruit" . Ecrite par un jeune prof, "Strange Fruit" désigne les noirs pendus aux arbres dans le Sud des Etats-Unis.
Le texte est splendide et l'interprétation de Billie Holiday toute en délicatesse.
C'est dans ce registre de la gravité, politique, poétique ou amoureuse, que la chanteuse est la plus juste.

Certains épisodes de sa vie ressemblent trait pour trait aux épisodes les plus glauques et médiatisés de nos jeunes stars du rock préférées : arrestations, fuite, découvertes de drogue, tabassage par son mari et ses mecs...

Parmi ses péripéties, la chanteuse au physique transformé par l'alcool offre, comme Chet Baker plus tard, de magnifiques moments d'émotion.

Si Fitzgerald est la déesse du jazz gai, Holiday est celle du jazz triste, de la mélancolie et de l'avachissement.
Sur "I Get Along With You Very Well", sa technique vocale est déjà en retrait mais l'émotion est palpable.
La Lady in Satin meurt en juillet 1959, cirrhosée, abîmée, inquiétée jusqu'à la fin par la police et incapable de réformer sa vie pour durer plus longtemps.

Restent la voix qui fait école chez Nina Simone, Diana Ross, l'influence chez Janis Joplin, Amy Winehouse bien sûr, Madeleine Peyroux (peut-être la plus proche vocalement d'Holiday)
et les chansons grésillantes d'émotion gravées dans les années 30 ou plus tard.

Comme certains l'écriront plus tard à l'occasion de son anniversaire :

"la bougie s'est soufflée toute seule mais ne s'est jamais éteinte."

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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Sam 7 Nov - 2:59

LOVER MAN



... The night is cold, and I'm so all alone,
I'd give my soul just to call you my own.
Got a moon above me, but no one to love me.
Lover man, oh where can you be ? ...


Dernière édition par Nine le Mar 19 Jan - 12:54, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: BILLIE HOLIDAY   Mar 19 Jan - 2:11

SOLITUDE 1956


Duke Ellington / Eddie DeLange / Irving Mills

... In my solitude
You haunt me
With dreadful ease
Of days gone by ...

En juillet 1959, dans la partie d'un hôpital new-yorkais réservée aux Noirs,
une femme de quarante-quatre ans se meurt.

De la vie de Billie Holiday, tout a déjà été écrit, de l'amour vache aux ruptures,
de sa solitude profonde et obsédante comme des pires affronts qu'elle dut supporter.
La diva du blues a connu la taule et la gloire, les bordels et les palaces,
le désespoir amoureux, l'errance, la solitude, l'alcool, la drogue.
Qui mieux que Billie Holiday pourrait incarner la mélodie désenchantée de "Solitude" ?

Malgré l'usure du temps, malgré les excès, ou peut-être bien grâce à tout cela,
la native de Baltimore n'a jamais été aussi touchante et émouvante.
La voix est puissante, étrangement rauque, déjà vulnérable,
mais ce n'est pas encore la fêlure des derniers enregistrements,
où Lady Day apparaît incertaine, vacillante, douloureuse.
Prenez le temps d’écouter cette voix, ce n'est pas du blues,
vous n'avez jamais entendu chant aussi lent, aussi paresseux,
une telle manière de traîner.
Ecoutez-la bien !
jusqu’à ce que vous arriviez à rentrer dans son rythme intime,
à dévoiler ses secrets bien cachés.

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