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 ANGELIN PRELJOCAJ

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Bridget

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MessageSujet: Re: ANGELIN PRELJOCAJ   Jeu 16 Juil - 18:43

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Angelin Preljocaj danse avec les mots





Angelin Preljocaj au Pavillon Noir , à Aix en Provence @Thibault Stipal



Il a le mollet du randonneur, la silhouette sèche du gars qui a escaladé quelques sommets. Réels (le Kilimandjaro) ou imaginaires (ses parents albanais sont des montagnards des Bal­kans).

Jogging retroussé au-dessus du genou, chaussettes noires, Angelin Preljocaj ne vend pas son profil de danseur clés en main. Sa petite taille émarge plutôt du côté des lutteurs que d’une sculpture de beau mec qui danse, et ça se voit. Comme nombre de chorégraphes contemporains, il s’est taillé une gestuelle à même sa peau d’homme qui fonce à coups de bras qui moulinent, de fentes sèches, de sauts groupés. Avec du martial dans l’allure qui rappelle que la danse est aussi un sport de combat.



Lundi 8 juin, il est 13 heures. Pause macaron dans une salle de réunion du Pavillon noir, à Aix-en-Provence, lieu sublime, noir de béton brut, conçu par l’architecte Rudy Ricciotti.
Le patron chope un gâteau vite fait, pose sur la ­table un livre tout mou, froissé à force d’être lu, relu, trimballé. Il est couvert d’annotations comme une partition. Souvenir de celle des Noces d’Igor Stravinsky qui ne quittait pas la poche du pantalon de Preljocaj lorsqu’il mit en scène le ballet, devenu l’un de ses succès, en 1989.

Talisman, bible, le texte en charpie s’intitule Retour à Berratham. Il est signé par l’écrivain Laurent Mauvignier et donne son ­titre au spectacle actuellement à l’affiche du Festival d’Avignon. « Il ne me quitte pas, glisse le chorégraphe. J’y reviens sans cesse comme un référent, j’inverse parfois des phrases qui me semblent mieux fonctionner autrement… Il est devenu ma musique. Je tiens Laurent au courant de chaque changement. Pas question d’abîmer un diamant ciselé comme le sien. »




Deux ans de gestation, quatre mois de studio



Dans le grand studio de répétition, trois ­comédiens ont aussi le nez dans le texte. Neuf danseurs s’agrippent et s’imbriquent. Des portants exhibent des robes à fleurs rétro, une parure de mariée… On est au milieu du gué. ­

Angelin Preljocaj jette des passerelles. Une rafale de mots – « bombardements, frénésie de ménage, j’aimerais revoir ma chambre… » – les pousse à se serrer les uns contre les autres.
Imbroglio, tango à trois. Preljocaj s’intercale. « Ce n’est pas très beau ça, c’est même moche, commente-t-il. Je crois qu’on a déjà eu cette discussion mais il faut monter la jambe plus haut. Ça manque de décision dans le geste, de clarté… »
Les interprètes remettent leur métier sous l’œil de Youri Aharon Van den Bosch, assistant et adjoint à la direction artistique. « Angelin a toujours une façon très artisanale de travailler, souligne-t-il. Ce qui est particulier sur ce spectacle, c’est que sa capacité à littéralement faire parler le corps, face à un texte qui est très physique, l’oblige à beaucoup épurer le mouvement. »




Retour à Berratham est une entreprise rare dans le contexte de la danse et du spectacle ­vivant. Deux ans de gestation, quatre mois de studio. La plus longue période a été celle du dialogue entre Angelin Preljocaj et Laurent Mauvignier autour du texte, commande du chorégraphe à l’écrivain. « C’est la Cour d’honneur d’Avignon qui a déterminé cette collaboration, explique le premier. Dès qu’Olivier Py [le directeur du Festival] m’a fait la proposition il y a deux ans et demi de créer une pièce pour ce lieu, j’ai immédiatement pensé à Maurice Béjart, à Pina Bausch, qui y ont dansé. »



« Je me suis aussi souvenu des grands moments théâtraux qui ont marqué la Cour avec les mythes que sont devenus Jean Vilar, Gérard Philipe… poursuit Angelin Preljocaj. Des textes comme celui du Cid de Corneille ont commencé à m’obséder. Je me suis dit que j’avais une sorte de devoir à rendre à la Cour, que je devais réunir le texte et le mouvement. »












Avant d’élire Mauvignier, Preljocaj « tourne »autour des écrivains autrichiens Elfriede Jelinek ou Thomas Bernhard, qui « ressassent et renâclent ». Lui revient en boucle dans la mémoire l’immense phrase de 60 pages de Ce que j’appelle oubli, de Laurent Mauvignier, sur laquelle il a mis en scène un ballet portant le même titre en 2012.

Il lui passe commande. « Je me souviens de lui avoir d’abord demandé un truc idiot : une tragédie épique, soit deux choses à l’opposé, s’amuse-t-il. On a commencé à discuter. On a une relation très complice, on se comprend sans se parler. Il s’est reconnu dans mon travail et ses mots me parlent. »




Apprentissages auprès de Karin Waehner et Merce Cunningham




Angelin Preljocaj sort à peine de l’épreuve stylistique d’Empty Moves, deux heures de danse non-stop, mécanique gestuelle et précis d’abstraction. ­Virage à 180 degrés. Le voilà qui repique à une histoire, une vraie, avec un lieu d’action, des personnages, un début, une fin, un sens.


Tout son parcours depuis trente ans oscille entre ces deux pôles. Tantôt des pièces d’écriture pure comme ­Helikopter (2001) ou Near Life Experience (2003), tantôt des œuvres sous influence narrative telles Roméo et Juliette (1990), Blanche-Neige (2008). Il a déjà collaboré avec l’écrivain Pascal Quignard pour L’Anoure (1995), s’est livré en solo pour la première fois de sa carrière dans Le Funambule (2009), où il dansait et jouait seul le texte de Jean Genet.



Cette façon de tirer des bords vient de ses multiples apprentissages : danse classique à l’âge de 12 ans dans une petite école de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), contemporaine ensuite avec l’Allemande expressionniste Karin Waehner (1926-1999), puis au début des années 1980 auprès de l’Américain Merce ­Cunningham (1919-2009), maître de l’abstraction. L’un dans l’autre, son écriture, classique dans les ouvertures de pieds, les arabesques, les attitudes, secoue ses assises au gré d’une impatience profonde, d’une envie d’en découdre qui se cherche toujours de nouvelles bagarres esthétiques.






Angelin Preljocaj au Pavillon Noir à Aix en Provence , où il a installé sa compagnie en 2006 @ Thibault Stipal pour Le Monde .





Une histoire donc. Un jeune homme rentre chez lui après la guerre. Il a laissé derrière lui un appartement, des parents et une sœur, une femme aussi. Que reste-t-il de sa vie ? « On s’est d’abord retrouvé dans des bars parisiens, raconte Laurent Mauvignier. Lui est basé à Aix-en-Provence, moi j’habite Toulouse. Paris est le lieu de nos rencontres. On parlait de la Cour d’honneur, on voyait un double escalier, on évoquait la guerre mais on en avait marre de la guerre. En revanche, l’après-guerre, finalement on en parle peu… On discutait du théâtre et de la “profération”, du lyrisme qui est un risque mais très excitant, de la représentation de la violence au théâtre et des limites du supportable… »



Chacun de son côté ensuite, ils détricotent leurs échanges, relisent les tragédies, les textes grecs comme l’Iliade, des essais tels La Violence et le Sacré, de René Girard (Grasset, 1972), mais encore Allah n’est pas obligé, d’Ahmadou Kourouma (Seuil, 2000) sur les enfants-soldats. Mauvignier, lui, hypnotisé par l’idée d’une pièce de théâtre, s’immerge dans celles d’Edward Bond et de Victor Hugo. Il revoit le film La Reine Margot de Patrice Chéreau. « Et ce sont finalement les retours de guerre, les traces laissées par les conflits, souvent invisibles et pourtant parfois plus violentes que celles des bombes, que l’on a choisi d’évoquer », conclut Preljocaj.




Association avec l’écrivain Laurent Mauvignier et le plasticien Adel Abdessemed



Six mois de réflexion avant que l’écrivain se décide à s’isoler, en juin 2014, dans un petit village à côté de Béziers. « C’était épouvantable, s’exclame-t-il. Je pensais pièce de théâtre, plateau, dialogues… Je me levais le matin, j’allais courir. Je revenais et je tournais autour de mon ordinateur posé sur la table de la cuisine. Je partais faire du vélo. J’étais complètement angoissé. Je ne pouvais pas renoncer. J’avais accepté le projet sans hésitation et là, soudain, j’avais peur. »



Et puis c’est parti. Trois semaines plus tard, il soumet son premier manuscrit à Angelin Preljocaj. Un long ballet d’allers-retours entre les deux hommes s’ensuit. « Danser les mots me plaît, poursuit Laurent Mauvignier qui écrit avec des bouchons d’oreilles. Le texte dans son rapport au souffle a à voir avec le mouvement. J’ai par ailleurs un rapport très physique à l’écriture. » Il se souvient de la sensation inouïe qui l’a saisi lorsqu’il a assisté pour la première fois à une représentation du ballet Ce que j’appelle oubli  : « J’ai eu l’impression que les spectateurs étaient en train de regarder dans mon cerveau. »










Parallèlement, Angelin Preljocaj, déjà lesté du manuscrit, fait appel pour la scénographie au plasticien Adel Abdessemed, l’homme de la sculpture représentant le coup de tête de Zidane à Materazzi lors de la finale du Mondial de football en 2006.
Ce 20 juin, dans son atelier parisien, il se plante devant une maquette du décor, s’amuse encore de sa surprise lors du coup de fil de Preljocaj. « C’était une voix masculine que je ne connaissais pas, commente-t-il. Je ne savais pas qui était cet homme. Ma femme Julie m’a glissé qu’il était “très bien”. Je lui ai dit : “Voyons-nous. Je ne sais pas si je suis capable de faire ça mais si je le sens…” » Deux semaines après le rendez-vous, Abdessemed, qui sera l’artiste emblématique de la prochaine édition du Festival d’Avignon dont il signera l’affiche, se dit partant. Il apprécie « le texte très brechtien » de Mauvignier. Il relit Mère Courage de Brecht dans la foulée. Il cite aussi Nietzsche, Dante du côté des enfers, Monsu Desiderio pour les ruines…





« Des moments similaires de doute et d’errance »




Il évoque d’emblée un élément de la vie de Preljocaj relaté par l’écrivain Ismail ­Kadaré dans l’autobiographie qu’il a consacrée au chorégraphe. « Sa mère a traversé les montagnes d’Albanie alors qu’elle était enceinte de lui, souffle-t-il. Ça m’a beaucoup marqué. Quant au thème de la guerre, on retrouve toujours les mêmes éléments… »


Il mentionne les voitures brûlées, le fil barbelé, les sacs-poubelles… Une statue devait se dresser au centre d’une place sur le plateau. Elle a été remplacée par un morceau d’étoile qui sera incrusté sur les murailles de la Cour d’honneur. « Les sacs peuvent contenir des déchets humains par exemple, murmure-t-il en s’adressant à son directeur de studio Mathieu Cénac. Tiens, il faudrait qu’ils ne soient pas tous identiques comme nous l’avons fait. Il faut les changer. »



« Chacun de nous trois a une approche particulière de cette collaboration, souligne Preljocaj. Avec Adel, je partage un côté nomade, un questionnement sur le territoire en tant que première génération d’immigrés. Avec Mauvignier, qui est français de souche, j’ai le sentiment qu’à l’adolescence nous avons vécu des moments similaires de doute et d’errance. » Paradoxalement, Abdessemed et Mauvignier ne se sont croisés qu’une seule fois, lors d’une rencontre de présentation à la Fondation BNP Paribas.« C’est avec Angelin que nous parlons chacun de notre côté »,précise l’écrivain






« Les mots sont des objets et il s’agit d’habiter l’espace entre les mots, le silence entre les phrases »
Angelin Preljocaj chorégraphe






Entre Preljocaj et Mauvignier, le dialogue est constant. Deux semaines avant la première, le texte, qui était parti pour durer six heures, a encore subi des changements. « Il y avait cette idée d’épopée que je tenais à conserver, se souvient ­Angelin Preljocaj. Les narrateurs sont en réalité des personnages morts qui racontent ce qui a eu lieu et ce qui va se passer en même temps. »

Le chorégraphe adore les mots. Cauchemar d’un gamin qui parlait albanais à la maison, « n’était pas très bon à l’école » et dont les parents étaient analphabètes. Il parle une langue choisie, sensuelle, écrit ses présentations de textes avec précision. « J’aime bien écrire, même si je suis très laborieux, précise-t-il. Donner une forme aux phrases prend beaucoup de temps. Je me sentais timide, frileux pourtant avec le texte. » Pas étonnant qu’il soit aussi passionné par la notation de la danse. Il est le seul parmi les directeurs de centre chorégraphique à collaborer avec une notatrice, Dany ­Lévêque. Jamais bien loin, elle arbore un tee-shirt albanais : deux aigles dos à dos. Preljocaj, rêveur : « Je suis comme ça finalement, je me coupe en deux. »



Pas de meilleure formule pour exprimer sa double tâche de chorégraphe et metteur en scène pour Retour à Berratham. « C’est pas facile, y a plein de monde, plein d’événements », glisse le chorégraphe qui ne se soucie pas d’intégrer des catégories comme celles de la « danse-théâtre » façon Pina Bausch ou du théâtre dansé. « Je travaille les corps dans un double mouvement entre gestes et textes. J’écris les deux en même temps. » Il s’inquiète : « Les mots sont des objets et il s’agit d’habiter l’espace entre les mots, le silence entre les phrases. Il faut trouver un équilibre entre ce qui est dit, ce qui se voit, ce qui s’exprime sans que ce soit redondant. »
Vases communicants de l’inconscient




Ce spectacle est l’occasion d’un échange de bons procédés entre les interprètes. « J’avais envie que soudain un danseur s’arrête et s’empare d’une phrase, précise Preljocaj. Et, de la même manière, qu’un acteur s’inscrive dans le mouvement. »
Envie de mélanger les cartes. « C’est étrange car lorsque j’ai commencé à danser pour Angelin en 1997, j’improvisais en m’appuyant sur des mots car j’ai toujours aimé le texte, et il n’appréciait pas ça, se souvient Barbara Sarreau, pionnière de la Compagnie Preljocaj qui fête ses 30 ans cette année. Du coup, je suis très heureuse qu’il ait fait appel à moi pour ce spectacle où je me régale, même si j’ai peu de phrases à dire. »


« Les danseurs sont souvent considérés comme des anges qui ne parlent pas, ajoute le comédien Niels Schneider qui a joué dans les films de ­Xavier Dolan. Sur le plateau, je suis très à l’écoute de leur interprétation. En tant que comédien, je me sens moins en sécurité que dans une mise en scène classique mais c’est excitant. Ici, c’est comme un chaos qui s’organise. Personnellement, j’ai beaucoup de plaisir à danser. Il y a un rapport à l’espace qui me plaît naturellement. »




Berratham : le nom de cette ville imaginaire en fait résonner d’autres, Bethléem par exemple. En réalité, Laurent Mauvignier l’a inventée après une conversation avec des amis. « Ils parlaient d’une ville nommée Bétharram, située près de Tarbes. J’ai commencé à mâcher Bétharram, et c’est devenu Berratham. » Hasard de l’inspiration, Preljocaj s’étonne que le nom ressemble à celui du village de sa famille, Beran, dans le Monténégro où, enfant, il passait ses vacances. Vases communicants de l’inconscient qui remplit à ras bord


Retour à Berratham.



« Retour à Berratham », Festival d’Avignon, Cour d’honneur du Palais des papes, jusqu’au 25 juillet, à 22 heures.


http://abonnes.lemonde.fr/scenes/article/2015/07/16/angelin-preljocaj-danse-avec-les-mots_4685411_1654999.html






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MessageSujet: Re: ANGELIN PRELJOCAJ   Dim 8 Oct - 13:46

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Angelin Preljocaj fait le trait d'union entre ballet et peinture




Dans le studio du Pavillon Noir à Aix-en-Provence, le directeur artistique a présenté sa nouvelle création, mêlant classique de haut niveau et danse contemporaine. Une réussite qui fait appel à l'art pictural.


Angelin Preljocaj aime surprendre et explorer de nouveaux territoires, sans doute une manière pour lui de transcender le temps qui passe. Dans le grand studio du Pavillon Noir à Aix-en-Provence, le chorégraphe a composé une étonnante soirée devant 350 spectateurs ébahis. D'abord avec la reprise d‘Un Trait d'Union, un ballet créé en 1989 et depuis entré au répertoire de l'Opéra de Paris. Un superbe duo pour deux garçons sur le thème de la quête de l'autre avec pour seul décor un fauteuil et une chaise.










Pour accompagner ce ballet, Angelin publie un très joli texte dont nous vous livrons ici l'essentiel: «Les rencontres semblent toujours du domaine du fortuit, complice du hasard, ces moments paraissent ouvrir en nous des devenirs sublimes et énigmatiques. Pourtant chacun de nous cherche l'autre. Mais ne cherchons-nous pas plutôt à trouver chez quelqu'un, un point de suture, un trait de caractère qui annihilera du coup notre solitude essentielle? Comme pour se prouver que l'on existe vraiment. Un trait d'union voudrait effleurer cela, cette quête inlassable entre deux êtres cleptomanes qui se font mutuellement les poches de leurs inconscients pour trouver ce qui les connectera, qui réduira leur solitude à néant, qui les fera exister l'un au regard de l'autre».












En deuxième partie, le chorégraphe présente sa dernière création, Still Life inspirée de peintures des siècles passés. Un exercice auquel il s'était déjà essayé avec la mise en mouvement d'une peinture de Léon Bonnat, Le barbier nègre de Suez.

Cette fois Preljocaj puise dans les natures mortes, «Still life» en anglais, que l'on appelle parfois aussi les «vanités». Un genre pictural de l'Europe du XVIIe siècle voulant illustrer la futilité des préoccupations terrestre ou la vacuité des passions, un thème décidemment cher à Preljocaj. Ce ballet, extrêmement bien dansé, mêlant classique de haut niveau et danse contemporaine, doté de sublimes pas de deux, s'attire les faveurs du public. Avec raison.




http://www.lefigaro.fr/culture/2017/09/26/03004-20170926ARTFIG00083-angelin-preljocaj-fait-le-trait-d-union-entre-ballet-et-peinture.php
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MessageSujet: Re: ANGELIN PRELJOCAJ   Dim 8 Oct - 15:10

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Angelin Preljocaj revient stimuler la scène albanaise


Le chorégraphe, de retour pour la quatrième fois dans le pays de ses ancêtres, ouvre une programmation consacrée à la création contemporaine à Tirana.




Bouquet de micros multicolores, bouquet de femmes journalistes. Le chorégraphe Angelin Preljocaj, à l’affiche du Palais des congrès de Tirana, a été joyeusement pris d’assaut lors de sa conférence de presse, le mardi 3 octobre. Ballet de questions, de langues, « l’enfant du pays », né en France, répond en albanais « avec l’accent du nord », en anglais et en français. « J’adore être là, à Tirana, s’exclame-t-il. C’est facile à dire, mais c’est un peu comme si je revenais à la maison, même si je suis aussi chez moi en France. » Salves de selfies, c’est la fête !

Pour sa quatrième visite en Albanie depuis 1994, Angelin Preljocaj a fait grimper les enchères du superlatif. Icône, modèle, exemple, les mots se bousculent pour saluer une célébrité internationale de la scène chorégraphique devenue emblème de la culture albanaise. Trop c’est trop ? « Pas du tout, Angelin est un point culminant !, s’exclame en riant Mirela Kumbaro Furxhi, ministre de la culture depuis 2013. Il faut se rappeler que l’Albanie n’est pas un pays comme les autres. L’Europe nous a oubliés pendant quarante ans, jusqu’à la fin de la dictature d’Enver Hoxha. Au point que, lorsque je suis venue étudier en France au début des années 1990, les gens me touchaient pour vérifier que j’existais. Depuis que je suis à la tête de ce ministère, j’ai décidé de faire appel à tous les artistes albanais pour changer la chronique noire de l’Albanie pays de la drogue, de la prostitution et de la mafia. »

Et de citer le violoniste Tedi Papavrami, l’écrivain Ismaïl Kadaré, la soprano Ermonela Jaho, les artistes Anri Sala et Adrian Paci. « La culture, c’est ce qui résiste à toutes les politiques », assène-t-elle. Depuis 2013, le premier ministre, Edi Rama, réélu en juin, n’est pas pour rien un artiste plasticien : maire de Tirana entre 2000 et 2011, il a fait donner un coup de pinceau multicolore à certaines façades sinistres de la ville.




Le Palais des congrès, au centre de Tirana (1 million d’habitants), était la seule scène disponible pour la compagnie. L’Opéra est en travaux ; la future Turbina, nou- velle salle ultramoderne, est en chantier. Sur le plateau, le 3 octo- bre, le « point culminant » ne sem- ble pas trop souffrir du mal des montagnes. Il fait même du rase- mottes en vérifiant l’état du sol.



« Standing ovation »

Gigantisme froid peu propice à la danse, déficit technique... D’immenses pendrillons noirs vont etre installés, les lumières ajus- tées en tenant compte du matériel... Preljocaj, directeur du Ballet Preljocaj d’Aix-en-Provence, s’inquiète. Le lendemain, le 4 octo- bre, soulagement et standing ovation rien que pour lui. « Je ne mesure pas ce coté star, commente- t-il. Je suis ici avec l’idée de rendre à ce pays, qui est celui de mes parents, une sorte de dette comme pour remercier ma famille. Par ailleurs, dès que j’arrive à Tirana, je reconnais quelque chose de très profond, une sorte d’appartenance à une culture qui a baigné mon enfance. Mais ce que je suis devenu, c’est la France qui me l’a permis et donné. »



Pour sa quatrième visite en Albanie depuis 1994, Angelin Preljocaj a fait grimper les enchères du superlatif


Ses racines, Angelin Preljocaj ne les a jamais oubliées. Il est originaire du village de Vermosh, situé dans les montagnes du nord de l’Albanie, son père était menuisier, sa mère bergère et analphabète. En 1956, le jeune couple quitte clandestinement la région. Sa mère est enceinte de lui. La longue marche pour fuir et arriver jusqu’en France sera racontée par Kadaré dans une monographie sur Preljocaj, « le cousin des anges » selon l’écrivain, qui lui a consacré quelques pages dans son nouveau livre, Les Matinées au café Rostand (Fayard, 2017)
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La famille s’installe à Champigny (Val-de-Marne) et comptera cinq enfants, dont quatre filles. « Nous avons été élevés dans la culture albanaise, la langue, les chants traditionnels, raconte le chorégraphe. On ne parlait jamais de la dictature, mais ma grand- mère paternelle a été emprisonnée en représailles, à la suite du départ de son fils. Parfois aussi, on accueillait deux ou trois hommes, des réfugiés politiques, qui dormaient chez nous avant de repartir. » Angelin Preljocaj sublimera cette « culture ancestrale fondatrice » dans son spectacle Noces (1989), inspiré par la tradition du mariage vécu comme un rapt.


Le turbo officiel


Son premier retour au pays, en 1994, monte à la «une» des journaux. Venu avec ses parents, il rencontre le président de la Ré- publique de l’époque, Sali Berisha, qui affrète un hélicoptère pour qu’ils puissent aller rendre visite à leur famille dans les montagnes. « C’est étrange, ma mère a fui avec moi dans son ventre et c’est moi qui ramène mes parents ici grace à a danse. Ils étaient sur une liste noire pendant la dictature. »

Au-delà de son histoire personnelle, Angelin Preljocaj devient aussi le turbo officiel d’une scène chorégraphique quasi inexis- tante. Le classique domine, avec le Ballet de l’Opéra de Tirana et ses vingt interprètes, pour lesquels Preljocaj a déjà remonté deux pièces de son répertoire, en 2014 et 2015. « Mais il faut encore rappeler que nous étions coupés de tous les mouvements artistiques jusqu’au début des années 1990, commente le chorégraphe contemporain Gjergj Prevazi, à la tête depuis 2002 de la compagnie pionnière Albanian Dance Theater Company. J’ai découvert la danse contemporaine en 1994 grâce à Angelin et ca a été un choc pour moi. J’avais commencé à étudier à l’Université des arts et je suis parti à l’école Jacques Lecoq à Paris. »
Lorsqu’il revient à Tirana, en 1999, Gjergj Prevazi donne des ateliers, fonde sa troupe, puis le festival Albania Dance Meeting en 2006, seule manifestation consacrée au contemporain.

«Angelin permet aux artistes dont les possibilités sont très limitées ici – il y a une communauté d’une cinquantaine de danseurs dont quatre jeunes chorégraphes – de croire que la danse est possible à une grande échelle et sur un marché international. » C’est à l’enseigne commune de l’Albania Dance Meeting Festival et de FranceDanse Orient-Express, manifestation tournée vers l’Europe du Sud-Est pilotée par l’Institut francais, qu’Angelin Preljocaj ouvrait, mercredi 4 octobre, un mois consacré à la danse contemporaine à Tirana.

Rosita Boisseau

Albania Dance Meeting Festival.
Tirana, Albanie. Jusqu’au 5 novembre. Dancealbfestcom.


DIMANCHE 8 - LUNDI 9 OCTOBRE 2017



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