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 LEONARD COHEN

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Bridget

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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Jeu 14 Fév - 19:16



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Leonard Cohen (5) : vingt-cinq ans après, les traces étaient fraîches


Les disques rayés, le blog musique de François Gorin | Télérama










Chansons d'amour, chansons de guerre. Les guerres de l'amour, la haine de la guerre. La haine de soi, parfois. L'amour des femmes.


Hydra, 1969, Marianne Ihlen assise à la machine à écrire, espiègle, autour d'elle juste une serviette blanche, dans un noir et blanc brouillé, fantastique.
Antidote au portrait sévère du recto, sculpté d'ombre. Mais la première image que j'aie eue de Leonard Cohen est cette autre photo grise sur la pochette du 45-tours The Partisan.


Quasi tube en France. Signé Anna Marly (celle du Chant des partisans), traduit par Hy Zaret (celui de Unchained Melody). Un homme en parka avec un air de chanteur français. Les Allemands étaient chez moi, on m'a dit résigne-toi, mais je n'ai pas pu…
Vingt-cinq ans après, les traces étaient fraîches, et encore au dernier Olympia de l'automne, la salle debout, transie. J'étais plus impressionné par ce bout de phrase à peine compris : then we'll come from the shadows…










Premier contact avec la voix de Cohen (c'était alors Françoise Hardy, notre Judy Collins, qui chantait Suzanne).
Dissocié de ce fait du reste de l'album Songs from a room, exploré bien après.

Mon copain de lycée Gurfinkiel me l'avait offert mais bizarrement j'ai gardé pour plus tard ses autres gros frissons, Story of Isaac surtout. Un épisode de l'Ancien Testament déjà connu des dylaniens (God said to Abraham kill me a son…), traité en parabole du conflit de génération.


Jamais Leonard n'a été aussi dénonciateur : you who build these altars now / to sacrifice these children / you must not do it anymore…
Ça n'a pas arrêté le draft et la boucherie au Vietnam, mais la gravité de la chanson reste intacte, et sa beauté un peu sinistre. On y entend toujours la cruelle absurdité d'obéir à une volonté supérieure.
Ce coup-ci, Cohen a obtenu le dépouillement souhaité. A Bunch of lonesome heroes a un souffle walkérien et Tonight will be fine donne un aperçu de ce que le Canadien doit au cow-boy en noir Johnny Cash.









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Dernière édition par Bridget le Mar 18 Juin - 22:05, édité 6 fois
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Bridget

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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Jeu 14 Fév - 19:32

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Leonard Cohen (6) : un choc des sens et des consonances


Les disques rayés, le blog musique de François Gorin | Télérama




En 1970, Leonard Cohen, ze auteur, ze poète, s'est découvert showman. Pas pour prendre la relève de Jim Morrison, assez pour que Rock & Folk finisse par s'interroger : Cohen rocker ?
Mais ça c'était en 1977, au moment de sa mésaventure avec Phil Spector (Death Of A Ladies' Man), et le dessin en couverture moulait l'artiste dans un costume argenté.








Trois ans plus tôt, New Skin For The Old Ceremony est le premier de ses albums que j'aie écouté à sa sortie.

Vague souvenir d'avoir été déçu, mais de quoi ? De ne pas retrouver la sublime noirceur de Songs Of Love And Hate ? Sa lenteur délétère et hautement contagieuse ?

La nouveauté ici est que ça percute, en particulier les morceaux qu'on entendait le plus : Lover Lover Lover, There Is A War, Who By Fire. Oh, ni forges de Vulcain ni déluges de toms. Un léger groove assez tribal, primal. Peut-être l'expérience de la scène a-t-elle fait son effet.
Who By Fire est chanté en duo avec Janis Ian et son orchestration pointilliste aura plus d'un écho chez Lewis Furey.

Simplicité de la ligne mélodique, simplicité (biblique ? talmudique ?) des paroles, et richesse infinie de leur intrication.



Chaque mot mis en question paraît lesté d'un poids nouveau et pourtant vole, poussé par le précédent, tiré par le suivant, procédant de la même onde vibratile.


« Who in the merry merry month of may, Who by very slow decay… »


Juste un échantillon du choc des sens et des consonances. Un papillon gravé dans le marbre infaillible et qui s'en échappe à chaque nouvelle occasion.
Chanté par un autre, Who By Fire ne fléchit pas, reste entier.


Qu'on prenne seulement la version de House Of Love sur le fameux tribute I'm Your Fan. Ou celle de Henk Hofstede avec son Avalanche Quartet (je ne connais pas celles de Coil et Buck 65). Si Famous Blue Raincoat est définitivement dans un monde à part, celui des chansons nées d'un mystère insondable, Who By Fire est l'évidente signature d'un songwriter touché par la grâce.










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Dernière édition par Bridget le Mer 19 Oct - 14:09, édité 3 fois
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liliane
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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Jeu 16 Mai - 18:07







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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Sam 1 Juin - 9:25

Leonard Cohen, le maître chanteur


« Hallelujah ! » a-t-on envie de reprendre en chœur avec lui : à presque quatre-vingts ans, le « songwriter » entame une nouvelle tournée qui le mènera à Paris le 18 juin. Retour sur un itinéraire mythique.


DR

Rares sont les auteurs-compositeurs-interprètes qui ont attendu la trentaine pour se lancer, encore plus, ceux qui ont accédé à la notoriété. Serge Gainsbourg est souvent le premier nom qui vient à l’esprit, Leonard Cohen, le second, et ce n’est pas un hasard si les deux sont devenus des maîtres. Leonard Cohen a en commun avec Gainsbourg cette plume introspective qui n’hésite pas à aborder des thèmes intimes et essentiels tels le sexe et l’envie, l’ivresse et la lucidité, la folie, la religion, l’humour, le mouvement, mais aussi la contemplation. Ses chansons ne ressemblent à aucune autre et ont inspiré de très nombreux disciples : Nick Cave, Jarvis Cocker, Rufus Wainwright ou, plus proche de nous, Jean-Louis Murat, Françoise Hardy voire Carla Bruni.

Autre passion partagée avec le Français : les femmes, qui ont été les premières à défendre son art. Judy Collins jeta ainsi son dévolu sur « Dress Rehearsal Rag » et « Suzanne » et les enregistra avant même son auteur. Une évidence pour elle, pas pour son entourage, qui se demandait le pourquoi d’un tel enthousiasme. Parce qu’une confiance aveugle et instinctive était née. Leonard Cohen sait parler aux femmes. Séducteur né, c’est un homme raffiné et galant, aussi charmeur qu’ensorceleur, un tombeur, même si son horloge interne lui met désormais quelques bâtons dans les roues. « Me définir, à mon âge avancé, comme un homme à femmes nécessiterait une dose d’humour. Je vais mourir un de ces jours, ça donne à réfléchir. »

Le secret de sa voix

Gainsbourg s’en est allé lui, au siècle dernier, Cohen est encore une vedette culte. A bientôt quatre-vingts ans (en septembre de l’année prochaine), Leonard Cohen est de nouveau sur les routes, comme si, depuis sa dernière livraison, « Old Ideas », le 31 janvier 2012, il n’avait cessé de vouloir défendre sa prose, pardon, sa poésie. « Les bonnes chansons ont la capacité de toucher le cœur dans ses douleurs et ses échecs, mais elles aident aussi à faire la vaisselle et servent de toile de fond à la romance. Elles peuvent tout, elles ont le pouvoir d’apaiser et de donner du courage. Dans mon dernier album, on retrouve les thèmes éternels que je traite depuis toujours et qui nous concernent tous : l’amour et le désir, la foi, la trahison et la rédemption… », expliquait-il alors, d’une voix tantôt monacale, tantôt diabolique. C’est là tout le secret de l’homme et l’une des clefs de son succès : sa voix grave et dépouillée, allégorie de la sincérité. Il n’y a aucune tricherie dans ses disques : ce n’est ni du folk ou du protest-song – rien de contestataire là-dedans –, ni du blues ­–, aucune n’est composée sur douze mesures –, juste du Cohen, immédiatement reconnaissable, à cause de cette voix suprême, toujours très en avant, habillée d’orchestrations ultralégères. Ce dernier opus, comme nombre des précédents, rappelle que la tristesse affichée n’a jamais été une armure ou une pose.
Au début, son écriture représentait même un sacré contraste avec la température ambiante de la seconde moitié des années 1960, où le déferlement de bruits et de couleurs était de mise. Leonard Cohen fut comparé à Bob Dylan, car personne ne savait réellement comment appréhender autrement ce trentenaire, par ailleurs poète et écrivain, qui se lançait dans une nouvelle carrière à l’âge où beaucoup raccrochaient et qui frappait d’abord par sa voix.

La longue route
Le terme de « country » fut parfois employé par des critiques américains pour décrire les chansons de Leonard Cohen… Peut-être parce qu’ils ne connaissaient rien à la chanson de Jacques Brel, Georges Brassens et de Gainsbourg. « La prééminence du texte et le positionnement de la voix font partie d’une tradition européenne, notamment française. Ce n’est pas le cas dans la musique nord-américaine, c’était pour eux une nouveauté, et ça le reste toujours un peu. »

Sur scène, Leonard Cohen irradie tant qu’on ne voit que lui, il est pourtant toujours très bien accompagné… La route a été longue depuis sa première apparition, le 22 février 1967. Ce soir-là, l’homme était mort de trac, même entouré d’amis. Judy Collins, Pete Seeger et Tom Paxton étaient à ses côtés sur scène, mais Leonard Cohen fut incapable d’assurer d’une traite ce « Suzanne » devenu un succès grâce à Judy Collins – cette dernière ira le chercher dans les coulisses pour l’obliger à terminer ce futur classique avec elle.

Lors de sa première grande tournée, au printemps 1970, Cohen multiplie les provocations pour vaincre sa timidité, encouragé par une consommation excessive d’alcool et de multiples prises d’acides. Les policiers interviennent presque chaque soir. Quarante ans plus tard, l’homme s’est calmé et offre un florilège de ses classiques : « Suzanne », bien évidemment, « Bird On The Wire », l’incontournable « So Long Marianne », « The Partisan » (repris par les Compagnons de la Chanson et Noir Désir) et le toujours très attendu « Hallelujah ».

« Hallelujah » revenu de loin… qui aurait pu passer totalement inaperçu car sorti au milieu des années 1980 sur un disque aux décevantes sonorités électroniques. Même le label décida de ne pas le commercialiser aux Etats-Unis, tant il n’y croyait pas. Heureusement, John Cale, KD Lang et Jeff Buckley (entre autres…) reprirent la chanson et la transformèrent en parfaite hymne d’allégresse. Il est vrai que le texte est magnifique, même s’il se concentre sur les années sombres de Leonard Cohen, d’activité réduite et de préretraite spirituelle, due à sa consubstantielle mélancolie.

Retraite et retour

« Je me suis effectivement retiré quelques années dans le monastère bouddhiste de mon ami et maître Roshi, mais la religion n’a rien à voir avec ma sagesse apparente. En vieillissant, il semble que la plupart des cellules grises associées à l’angoisse auraient tendance à disparaître. Mon maître zen, Roshi, cent six ans, est toujours épargné par les ravages d’un âge avancé. C’est un honneur pour moi d’être proche de lui, de le fréquenter. Son enseignement n’est pas religieux, il apprend à observer et analyser la nature des choses. J’aime m’en imprégner. »

Les années de retraite ont correspondu à une décennie de silence presque complet, aucun album entre 1992 (date de « The Future ») et 2001 (« Ten New Songs »), et ont préfiguré une inattendue banqueroute. En 2004, alors que ses proches le prient de vérifier ses comptes, Leonard Cohen se rend compte que son manager-éditeur et agent (aussi ex), Kelley Lynch, est partie avec la caisse. Ruiné, l’homme doit se remettre au travail. « On a toujours à apprendre. On ne vient jamais à bout de sa propre stupidité et incompétence. Le fait que j’ai été ruiné m’a poussé à retourner en studio et à écrire, à donner des concerts. A vrai dire, j’étais plutôt de très bonne humeur et bien dans ma peau lorsque j’ai écrit les chansons de “Old Ideas”, même si je crois que, dans toutes celles que l’on aime profondément, il existe toujours une certaine tristesse. »

On appréciera sa définition du « song-writing », façon gourmet : « Une chanson est comme le tofu, elle prend la saveur et le goût du bouillon dans laquelle elle est trempée. Lorsqu’elle est bonne, on trouve la réponse à toutes ses questions. Lorsqu’elle est moins bonne, c’est que le bouillon manquait de saveur. C’est formidable de recueillir autant de louanges, de susciter un tel respect. Je ne peux que me sentir bien. La difficulté est d’y répondre autrement qu’en disant simplement merci. » Même s’il a longtemps attendu avant de se lancer, Leonard Cohen n’est pas près de s’arrêter. Un nouvel album est prévu pour 2014.

Christian Eudeline

http://www.lesechos.fr/culture-loisirs/sorties/spectacles/0202778086124-leonard-cohen-le-maitre-chanteur-571081.php

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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Dim 16 Juin - 15:35

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Après sa série de concerts à l’Olympia, l’artiste canadien, Leonard Cohen, s’attaquera à l’immense salle de Paris Bercy et l’investira à l’occasion d’un concert unique prévu le mardi 18 juin 2013.

Si vous n’avez pas pu voir Leonard Cohen en septembre dernier lors de ses trois représentations à l’Olympia, alors voici l’occasion de vous rattraper ! Le mythique auteur, compositeur et interprète canadien, intronisé au Rock and Roll Hall of Fame, en 2008, posera une nouvelle fois ses valises dans la capitale à l’occasion d’un concert unique, au Palais Omnisports de Paris Bercy, le mardi 18 juin 2013.

Après donc Pink, Iron Maiden, et avant Alicia Keys, Mark Knopfler ou encore Peter Gabriel, voilà un nouvel artiste qui investira cette immense salle de Paris Bercy.

Et quel artiste ! Il faut rappeler que Leonard Cohen comptabilise plus de 45 ans de carrière et continue, encore aujourd’hui, à nous surprendre.





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Bridget

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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Mar 31 Déc - 15:58

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Les Légendes du rock 8 : Léonard Cohen : L'élégance du désespoir




Le poète a tout essayé : sexe, drogue, retraite monastique. Dépressif, indestructible et fauché, ce survivant qui chantait du folk est rock'n'rollissime







© Fabrice Coffrini / AFP





Leonard Cohen au panthéon des rock-stars ? On peut légitimement s'en étonner, car sa musique n'a vraiment rien de rock, mais c'est ainsi : le vieux poète canadien a été reconnu par la planète rock, à sa grande surprise et son grand amusement.


"Je ne fais pas du rock, dit-il, mais le monde du rock m'a toujours accueilli avec chaleur, me faisant citoyen d'honneur de leur monde sans que je sache vraiment pourquoi."
Les textes de ses chansons sont souvent d'une telle noirceur et d'une telle violence désespérée qu'ils plongent son oeuvre dans des ambiances que n'aurait pas désavouées un Lou Reed.


Et, apparu au milieu du mouvement folk des années soixante, Leonard Cohen vécut longtemps la même vie dissolue des rock-stars. Sexe, drogue et folk music ?
"C'est vrai qu'à une époque, j'ai un peu tout essayé, dit-il. Certaines drogues étaient très efficaces. Je n'aimais pas la cocaïne, car je trouvais que son absorption était indigne.
Ce qui était agréable, c'était de pouvoir fonctionner intellectuellement si rapidement et si longtemps, j'ai trouvé cela dans les amphétamines. Malheureusement, j'en ai pris trop et je me suis effondré. C'est le problème de ces drogues. Il m'a fallu dix ans pour me remettre des amphètes. Mon esprit était dans un chaos total."




Alors aujourd'hui, il est le poète survivor. L'homme de toutes les quêtes, de toutes les contradictions, il symbolise l'ascétisme et le plaisir, le séducteur aux mille conquêtes et le solitaire toujours en équilibre au-dessus d'un gouffre de déprime.



Alcoolique par amour du vin de Bordeaux, il se rebelle régulièrement contre la bouteille, "mais il faut toujours que je sois ivre pour le faire, sourit-il".
Juif errant reconverti au bouddhisme, puis revenu de son monastère, car "l'envie de vivre est toujours la plus forte", Leonard Cohen est né à Montréal en 1934 et sa carrière démarra vingt ans plus tard à New York où il lisait ses poèmes sur fond de musique de jazz.
Ses thèmes favoris sont l'amour, le sexualité, la religion, la métaphysique.





"Le monde est déjà détruit"




En 1963, il écrit son premier grand classique "Suzanne" pour Suzanne Verdal, la femme du sculpteur Armand Vaillancourt. Après un roman et cinq recueils de poèmes, Cohen réalise qu'il ne pourra jamais vivre de sa poésie et passe à la chanson. Il s'installe au Chelsea Hotel de New York où se retrouve le gratin du rock et du folk, Judy Collins enregistre "Suzanne" et Leonard son premier album.


Le succès est immédiat, il se place parmi les folk singers les plus importants des années soixante et se voit surnommé le "Prince du pessimisme".
"Cela fait trente ans que je dis dans mes chansons que la fin de l'humanité est proche, mais je ne suis pas un pessimiste, dit-il, je constate les choses. C'est le Déluge, le déluge intérieur, les gens n'ont pas de repères, de lumières. C'est terminé."



L'apocalypse selon saint Leonard s'est enclenchée irrémédiablement le jour de la chute du mur de Berlin qu'il a regardée, catastrophé, à la télévision. "C'est difficile de dire cela, car on vous traite immédiatement d'ennemi de la démocratie, dit-il, mais il me paraît évident que la destruction du mur a entraîné l'effondrement de sociétés et de modes de pensée qui nous amène droit au massacre.


Inutile de chercher à sauver le monde, il est déjà détruit. La catastrophe s'est produite il y a longtemps, probablement avant notre naissance. Et dans cette dévastation permanente, la seule chose qui puisse encore être préservée, c'est l'élégance.


Ce comportement qu'il faut avoir au moment du Déluge. L'étiquette qu'il faut maintenir, une nécessaire politesse à observer, qui est tout ce qui reste quand on erre comme nous le faisons tous, dans ce paysage de destruction où tous les repères ont été renversés ."




Le retour de "Ladies Man"




Comme notre Johnny ou les Rolling Stones, il est toujours là après un demi-siècle de carrière et, après s'être retiré cinq ans dans un monastère bouddhiste, enchaîne de nouveau les tournées internationales. Il remplit toutes les salles, même les plus grandes, et ceci malgré le prix des places assez élevé.

C'est qu'il a besoin d'argent, le vieux sage. Pour la deuxième fois de sa carrière - et cette fois pendant qu'il était au monastère - il s'est fait voler toutes ses économies par une manageuse indélicate qui était aussi à chaque fois sa maîtresse (d'où croyez-vous qu'il tienne ce surnom de "Ladies Man" ?).
Il explique avec humour : "Quand on cherche l'illumination divine et l'extase de la chair, dit-il, on ne peut pas en même temps surveiller les cours de la Bourse."




Léonard est un jouisseur à la fois impénitent et coupable. Il aimerait bien ne pas céder aux tentations, mais il n'y arrive pas. Son séjour au monastère fut, en ce sens, assez arrangeant.



Lever à trois heures du matin, cinq heures de méditation, suivis de la journée entière de travaux, mais tous les six mois, on le laissait repartir à Los Angeles : après tout, c'étaient ses royalties qui faisaient vivre tout le monde et dans leur infinie sagesse, les moines avaient compris qu'il n'était pas nécessaire de faire fuir la poule aux oeufs d'or.


Il s'installait quinze jours au Four Seasons pour se laisser aller à ses deux passions, les grands bordeaux et les femmes. Deux semaines plus tard, ayant vidé les uns et comblé les autres, il repartait faire pénitence dans sa montagne.




Cela aurait pu durer longtemps ainsi et, pour être honnête, il faut remercier sa manageuse de lui avoir pompé son magot, car elle l'a ainsi obligé à nous revenir.

Son album Old Ideas, sorti en 2012, fut son plus grand succès américain depuis la parution de son premier album quarante-quatre ans plus tôt.
Malgré la fatigue des tournées et la longueur de ses concerts (entre trois et quatre heures), le vieux poète a repris goût à la vie d'artiste et a promis un nouvel album pour bientôt et une autre tournée.



REGARDEZ Leonard Cohen chanter "Hallelujah"






Leonard Cohen - Hallelujah par Jo_Bidjoba




Hallelujah


Now I've heard there was a secret chord
That David played, and it pleased the Lord
But you don't really care for music, do you?
It goes like this
The fourth, the fifth
The minor fall, the major lift
The baffled king composing Hallelujah

Hallelujah
Hallelujah
Hallelujah
Hallelujah

Your faith was strong but you needed proof
You saw her bathing on the roof
Her beauty and the moonlight overthrew her
She tied you
To a kitchen chair
She broke your throne, and she cut your hair
And from your lips she drew the Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

You say I took the name in vain
I don't even know the name
But if I did, well really, what's it to you?
There's a blaze of light
In every word
It doesn't matter which you heard
The holy or the broken Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

I did my best, it wasn't much
I couldn't feel, so I tried to touch
I've told the truth, I didn't come to fool you
And even though
It all went wrong
I'll stand before the Lord of Song
With nothing on my tongue but Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah






Traduction de Jean Guiloineau :
http://www.leonardcohensite.com/songs.php



Alléluia


On m'a parlé d'un accord secret
que David jouait pour plaire au Seigneur,
mais tu n'aimes pas la musique, n'est-ce pas ?
La voici : le quatrième, le cinquième
le mineur descend, le majeur monte;
le roi dérouté composait Alléluia !

Ta foi était solide mais il te fallait des preuves.
Tu l'as vue se baigner sur la terrasse;
sa beauté et le clair de lune t'ont vaincu.
Elle t'a attaché à une chaise de la cuisine
elle a brisé ton trône, elle t'a coupé les cheveux,
et de tes lèvres elle a tiré l'Alléluia !

Tu dis qu'elle a pris le Nom en vain;
je ne connais même pas le nom.
Mais si je le connaissais, c'est quoi pour toi ?
Il y a un éclat de lumière dans chaque mot;
peu importe ce que tu as entendu,
le sacré ou la voix brisée d'un Alléluia !

Je fait de mon mieux; c'était bien peu.
Je ne pouvais sentir, alors j'ai appris à toucher.
J'ai dit la vérité, je ne suis pas venu te tromper.
Et même si tout s'est mal passé,
je me tiendrai devant le Seigneur des Chansons
avec sur les lèvres un simple Alléluia !

(Couplets supplémentaires)

Ma chérie, je suis déjà venu ici.
Je connais cette pièce, j'ai marché sur ce sol.
Je vivais seul avant de te connaître.
J'ai vu ton drapeau sur l'arche de marbre
mais l'amour n'est pas une marche de victoire
c'est un froid et brisé Alléluia !

Il fut un temps où tu me laissais savoir
ce qui se passait vraiment en dessous
mais maintenant tu ne me le montres plus.
Je me souviens quand je bougeais en toi
et la colombe sacrée bougeait elle aussi,
et chacun de nos souffles était un Alléluia !

Il y a peut-être un Dieu là-haut
mais tout ce que m'a appris l'amour
c'est comment descendre un type qui t'a doublé.
Et ce n'est pas une complainte que vous entendez
ni quelque pèlerin qui a vu la lumière -
c'est un froid et brisé Alléluia !



http://www.lepoint.fr/musique/video-les-legendes-du-rock-8-leonard-cohen-l-elegance-du-desespoir-31-12-2013-1775598_38.php








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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Jeu 21 Aoû - 14:03

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Quatre-vingt bougies et neuf nouvelles chansons pour Leonard Cohen










La sortie d'un nouveau disque du chanteur, auteur-compositeur et poète canadien Leonard Cohen a été confirmée, mardi 19 août dans un communiqué diffusé en fin de journée, par son management et sa maison de disques Columbia Records.

Intitulé Popular Problems, l'album, le treizième en studio de Leonard Cohen, sera mis en vente le 22 septembre en Europe (le 23 aux Etats-Unis).





Depuis plusieurs jours, des rumeurs de parution prochaine de ce recueil de neuf nouvelles chansons, qui coïncide avec le 80e anniversaire de Cohen, né le 21 septembre 1934 à Montréal, avaient filtré sur les forums et sites Internet consacrés au chanteur et dans la presse musicale spécialisée.
Ces rumeurs, qui ont débuté lors du Leonard Cohen Event 2014, à Dublin, une réunion de fans organisée du 7 au 10 août, n'avaient été ni confirmées ni démenties par l'entourage de l'artiste.



Popular Problems a été réalisé et produit par Patrick Leonard, plus particulièrement connu pour son travail avec Madonna (les disques True Blue, Like A Prayer, Ray of Light…, les tournées de la chanteuse américaine en 1985 et 1987).
Patrick Leonard avait déjà collaboré avec Leonard Cohen pour son précédent album Old Ideas, sorti fin janvier 2012.













OPÉRATION DE PROMOTION




La parution de l'album est accompagnée d'une opération de promotion pour les acheteurs de sa version en fichier numérique sur iTunes, la boutique en ligne de contenus d'Apple.
Toute précommande de l'album permettra à l'acheteur de recevoir en téléchargement la chanson Almost Like the Blues, par ailleurs déjà diffusée sur YouTube sous forme d'un fichier audio (le tout sur un fond graphique en noir et blanc avec un portrait dessiné du chanteur).




Révélé au disque en 1967 avec l'album Songs of Leonard Cohen et les chansons Suzanne et So Long, Marianne, Leonard Cohen avait créé l'événement à l'été 2008 avec sa tournée de retour sur scène après quinze ans d'absence.
D'abord prévue pour quelques semaines en été, de mi-juin à début août en Amérique du Nord, elle se transforma en tournée mondiale jusqu'au 11 décembre 2010, avec un total de 256 concerts.


Leonard Cohen s'était retiré de la vie publique de 1994 à 1999 au Mount Baldy Zen Center, près de Los Angeles, et avait enregistré deux albums en studio dans les années 2000, Ten New Songs (octobre 2001) et Dear Heather (octobre 2004).




Sylvain Siclier


http://abonnes.lemonde.fr/culture/article/2014/08/20/quatre-vingt-bougies-et-neuf-nouvelles-chansons-pour-leonard-cohen_4473929_3246.html






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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Dim 14 Sep - 18:19






Le retour du Canadien errant












Leonard Cohen aborde tracas du quotidien et catastrophes mondiales sur Popular Problems, sa plus récente création.




L’ambiance est électrique dans le jardin de la résidence officielle du consulat canadien à Los Angeles, à quelques minutes d’une séance d’écoute de Popular Problems, nouvel album de Leonard Cohen. Soixante-dix personnes – proches du crooner, représentants de son étiquette de disque, politiciens, quelques médias américains… et un journaliste de Voir, complètement éberlué – y échangent histoires et légendes.


Rosalind H. Wolfe, du consulat, précise que, bien que la demeure est souvent utilisée pour célébrer des artistes canadiens en marge d’événements comme les Oscars ou les Grammys, la tenue de ce happening s’apparente presque à la visite d’un vieil ami.
«Leonard est un habitué», confie-t-elle. «Il lui arrivait de venir ici pour discuter passeports et visas avant des tournées. Puis il revenait que pour nous voir et prendre le café!» Plus tard, un haut gradé de Sony se rappelle qu’avant une séance semblable pour Old Ideas (2012), Tom Morello de Rage Against the Machine s’était pointé sans invitation, dans l’espoir d’écouter l’œuvre, voire de rencontrer l’homme derrière (rassurez-vous, on lui a trouvé une place).

Alain Houde, un représentant de la délégation du gouvernement du Québec à Los Angeles, de son côté, a été étonné par la vigueur du plus célèbre des Montréalais. «Je l’ai vu en concert l’année dernière. Après 45 minutes sur scène, il s’est retiré de la scène. Je me disais que c’était normal, que c’est un monsieur âgé et que, de toute façon, il avait déjà donné un très bon spectacle. Mais ce n’était qu’un court entracte! Il a finalement donné plus de deux heures de prestation. Je n’en revenais pas!»



Alors qu’on nous dirige vers une salle de réception aménagée pour l’événement, une interrogation demeure: y sera-t-il? Est-ce que Leonard Cohen sera bel et bien à la séance? Oui et non.



Introduit par le consul général James Villeneuve et Bob Santelli, directeur du Grammy Museum, Leonard Cohen – tiré à quatre épingles, bien évidemment – s’est avancé sur la scène en lançant un «merci pour votre accueil chaleureux!» bien senti – et en français! – devant un public majoritairement anglophone et totalement ébahi.


Le poète des poètes allait ensuite se retirer le temps de l’écoute puis revenir pour discuter de l’œuvre en compagnie de Santelli en plus de répondre à quelques questions de l’assistance.







Des chansons en chantier depuis des décennies



Nouvelle collaboration entre Cohen et Patrick Leonard (musicien et réalisateur qui a notamment épaulé Madonna et Elton John), Popular Problems tenait davantage de la carte blanche que de la commande pour ce dernier, à en croire la légende vivante.
«Je lui ai dit de s’amuser avec les compositions», indique M. Cohen. «Mais, de mon côté, j’avais également des idées de rythmes pour mes textes… en plus d’avoir le droit de veto!», ajoute-t-il, sourire en coin. «Le processus ressemblait donc à ceci: Patrick me proposait des maquettes… et je refusais la plupart d’entre elles.» La salle éclate de rire. «Heureusement, Patrick et moi avons rangé nos ego pour l’occasion, alors ça s’est quand même bien passé!»



Œuvre produite chez Patrick ainsi qu’à la résidence californienne de M. Cohen – «On a transformé un vieux garage dans ma cour en studio», glisse-t-il –, Popular Problems s’est enregistré rapidement (même que le duo en aurait profité pour capter la moitié d’un autre album à venir bientôt!), mais est tout de même lié à certains textes que le poète traîne depuis des décennies.


«Je révisais A Street, par exemple, depuis le 11-Septembre. Born in Chains, elle, était en chantier depuis 30 à 40 ans et a été notamment réécrite lorsque j’ai changé de position théologique», explique le chanteur juif devenu bouddhiste en 1994. «C’est la seule chanson du lot qui n’est pas à la hauteur de mes espérances», poursuit-il. «Plutôt que d’avoir enfoncé un clou, je crois que je l’ai plutôt accrochée avec une punaise!»






Confidences en privé



À l’image du titre de l’œuvre, Leonard Cohen ratisse large avec ses Popular Problems: des chansons d’amour (comme la quasi folk Did I Ever Love You) côtoient des pièces sur la vieillesse (l’amalgame blues et jazz Slow en est un bel exemple) ainsi que des polaroids de l’état actuel du monde (le premier single Almost Like the Blues vient en tête).



«Les Popular Problems sont des problèmes qui concernent tout le monde – sinon, ils ne seraient pas populaires, bien sûr», lancera plus tard M. Cohen lors d’un bref entretien privé avec Voir.



«La mort, la maladie, Dieu, la foi, la guerre, la paix, etc., tout comme les tracas du quotidien, ne se volatiliseront jamais. Puis, comme il n’y a aucun moyen de les résoudre, ils sont problématiques. Ce sont nos Popular Problems.»














Bien que plusieurs médias et sa compagnie de disque associent la parution de l’œuvre à son 80e anniversaire, M. Cohen allègue que l’enchaînement des deux événements relève de la coïncidence. «Ça n’a pas été fait exprès, en passant!», tranche-t-il.
«De toute façon, dans ma famille, on ne prend pas les anniversaires très au sérieux. La sortie de cet album est plus une célébration que ma fête, en ce qui me concerne!»
Bien qu’il dit être lent de nature et non d’âge sur Slow, la légende vivante confirme que les années qui passent le laissent de plus en plus songeur. Lorsqu’on lui demande si cette étape l’amène à tirer un bilan, le poète s’esclaffe. «Quand même et bien malgré moi!» Puis, une pause, et M. Cohen soupire. «Quatre-vingts ans… c’est un nombre qu’on ne peut négliger. C’est un tas d’années! Non, c’est une montagne, en fait. C’est ce qui fait qu’on ne peut l’ignorer!»



D’où, peut-être, sa volonté de terminer son autre album en chantier avant de reprendre la route. «Comme j’ai déjà la moitié d’un nouvel album de fait, je préfère le terminer puis voir ensuite. Je n’ai pas encore de plans précis ensuite, mais, chose certaine, j’aime toujours la route.»


Lorsqu’on glisse que ses récents concerts-fleuves – exploits que bon nombre de ses congénères dans la vingtaine n’oseraient tenter – en témoignent, l’artiste lance: «Une bande de mauviettes, cette nouvelle génération!»






Je reviendrai à Montréal




Il y a une scène dans le documentaire The Songs of Leonard Cohen (1980) dans laquelle le chanteur fait jouer un démo de sa reprise d’Un Canadien errant d’Antoine Gérin-Lajoie.


Quand le réalisateur Harry Rasky lui demande s’il se sent comme le héros exilé de l’œuvre, Cohen répond: «Un peu!»
Trente-quatre ans plus tard, le plus célèbre résident de la rue Vallières à Montréal se dit plus à l’aise avec ses origines. «Vous savez, le Canada a été très bon pour moi et je ne peux mesurer Montréal avec la même mesure, car c’est la maison. Je ne m’y sens pas adoré ou ignoré lorsque j’y suis. Je me sens juste… confortable. Je m’y sens… comme un citoyen. Lorsque j’y pense, je n’ai pas ce genre de délibérations [si je suis toujours apprécié ou non]. J’ai seulement hâte d’y retourner.»



Notant qu’il est toujours propriétaire de sa maison – «mon fils l’utilise beaucoup d’ailleurs!» glissera-t-il –, Leonard Cohen conclut: «Je suis très heureux de conserver un lien aussi solide avec la ville, car ça me nourrit. C’est d’où je viens.»









Popular Problems sera en magasins dès le 23 septembre sur Sony.








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liliane
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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Mer 17 Sep - 23:09



You got me singing - Popular Problems


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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Jeu 18 Sep - 23:58




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Leonard Cohen, lentement mais serment




Le Canadien à l’imperméable bleu publie, à bientôt 80 ans, le mélancolique «Popular Problems», son 13e album.

Par Éric Dahan Envoyé spécial à Londres











L’été indien baigne Londres d’une douce quiétude, à l’image de l’homme célébré dans la résidence de l’ambassadeur du Canada. Pas moins de 25 pays ont envoyé des journalistes pour questionner Leonard Cohen sur Popular Problems, son treizième album.


Un chiffre modeste, en considération de sa longue carrière. Mais néanmoins glorieux, lorsque l’on sait qu’une poignée de ses chansons a fait l’objet de plus de 1 500 reprises, et que chaque mot et inflexion vocale de Popular Problems ont été mûrement réfléchis.
L’album s’ouvre par un blues, intitulé Slow. Une apologie de la lenteur, plus qu’une simple invitation à ralentir. Une profession de foi universelle autant qu’une confession personnelle.




Diable.


De sa voix grave et monochrome de sage, semblant charrier mélancolie juive et noire, diaspora des Hébreux et exil des esclaves africains dans les champs de coton, Cohen critique la course folle du monde.
A l’entendre, les désastres du jour, à savoir la faim, la torture, le viol et le meurtre, évoqués sur un paradoxal rythme de calypso, dans Almost Like the Blues, proviendraient de cette précipitation : si l’homme prenait le temps de «se mettre à la place de l’autre, qui souffre et lutte également» tout cela n’arriverait pas.



Moins antimoderne que pragmatique, le poète à ses heures dolentes aborde la question du dieu et du diable, sans trancher pour l’un ou l’autre, reconnaît que «la fête est finie» mais que lui est bien «retombé sur ses pieds».
Animé par le souci du verbe, Cohen a publié plusieurs recueils de poésie et romans avant de livrer son premier disque. Mais ce sont les mélodies de Suzanne, Bird on The Wire et autre Hallelujah qui l’ont évidemment rendu célèbre.
Hormis pour Born in Chains composé par le barde folk lui-même et A Street cosigné avec sa compagne, la chanteuse de jazz Anjani Thomas, le préposé aux notes de Popular Problems est Patrick Leonard, un compositeur, arrangeur et producteur ayant travaillé pour Madonna, Bryan Ferry, Elton John, Rod Stewart, David Gilmour et Roger Waters.

Certains déploreront le caractère mécanique et aseptisé de la production, les cuivres échantillonnés, mais cela n’est pas nouveau chez Cohen et l’on a appris, avec les années, à goûter ce mélange de naturel et d’artificiel, qui évite que l’on se laisse emporter ou aveugler par la beauté sonore.
Le chanteur retiré sur l’île grecque d’Hydra, dans les années 60, puis dans un monastère bouddhiste près de Los Angeles, au milieu des années 90, ne s’est-il pas toujours méfié des séductions faciles ?
Le violon, instrument yiddish par excellence, en ce qu’il fait parfois entendre, dans un même geste, les rires et les larmes, est, lui, bien réel.


La batterie de la cavalcade hillbilly Did I Ever Love You également. Quant aux voix sensuelles des choristes gospel, faisant autant effet dans le style country que le registre séraphique, elles rappellent à qui l’ignorerait encore que, pour Cohen, le salut est toujours venu des femmes.




Étrangeté.



Le troubadour dépressif de Montréal porte indéniablement beau, à la veille de ses 80 ans. Costume cintré, petit chapeau et cravate noirs, il répond aux questions des journalistes par des boutades hilarantes.
Il dévoile que certaines des chansons de Popular Problems étaient en gestation depuis quarante ans. Puis évoquant son retour récent à la scène, il explique que «la vie en tournée est bien plus facile que la vie civile, car chanter et faire la vaisselle sont les deux seules choses que je maîtrise.

Est-il ardu de redonner vie à des vieilles chansons sur scène ? Je ne le crois pas. Pas plus que de raviver au quotidien ses relations avec les autres, et de donner un sens à son existence à chaque instant».

A propos du Canada où sa famille venue de Galicie et de Pologne s’est installée en 1860, il dit : «Grandir à la frontière des Etats-Unis est particulier. Nous regardons les Américains comme les femmes regardent les hommes : avec précaution.»



Plusieurs questions reviennent sur son identité juive et ses convictions politiques. Passé un nouveau bon mot («j’essaie depuis des années de me créer une identité politique indéchiffrable»), le baladin à l’imperméable bleu répond : «J’ai grandi dans une famille traditionaliste et les valeurs juives, celles de la Torah, sont essentielles à ma survie, je ne m’en suis jamais vraiment éloigné. Le mot "halluleyah", que les gens prononcent et chantent depuis des siècles, a un pouvoir bénéfique. Celui d’affirmer dans les moments heureux ou catastrophiques, que c’est toujours la même puissance qui est à l’œuvre.»


Résumant l’admiration de l’auditoire, conquis par son charme comique, dans la tradition des Lenny Bruce et Woody Allen, une journaliste lui demande s’il a conscience d’être une institution et il rétorque, pince-sans-rire : «Oui, un institut psychiatrique.»

On pense, alors, à la façon dont il traduit dans Popular Problems, son sentiment d’étrangeté au monde («je vis au milieu de vous, bien déguisé»), anagramme de la condition juive, aveu d’une responsabilité inassumable : «Que le Nom soit béni/ Ecrit sur mon cœur en lettres de feu/ C’est tout ce que je sais/ Je ne parviens pas à lire le reste.»



Leonard Cohen CD : Popular Problems (Columbia Records). Sortie mardi.



http://journal.liberation.fr/publication/liberation/1656/#!/0_24




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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Dim 21 Sep - 0:48

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21 / 09 / 2014       HAPPY BIRTHDAY DEAR LEONARD COHEN










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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Sam 15 Nov - 15:22

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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Dim 8 Nov - 17:59

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Léonard Cohen , l'homme qui voyait tomber les anges

de Christophe Lebold ( sorti Octobre 2013 )








Être Casanova et être un moine. Être un plaisantin et un mélancolique. Être un poète, une star, un troubadour et un ange : être Leonard Cohen.

Toute sa vie, l'éternel passant aura déplié sa trajectoire en amoureux du paradoxe, sans cesser de faire ce qu'il fait le mieux : aller de ville en ville, séduire les femmes et raviver nos coeurs.
Entre New York, Montréal et l'île grecque d'Hydra, Leonard Cohen : L'Homme qui voyait tomber les anges suit à la trace cette vie cosmopolite menée comme un perpétuel dialogue avec Dieu, avec soi-même et avec les avalanches.



On y verra comment six décennies de pessimisme lumineux et des milliers de nuits passées à l'hôtel ont changé un petit poète juif qui envoie des fleurs à Hitler en un crooner électro spécialisé dans l'humour noir.
Au rythme d'une stimulante analyse de l'oeuvre, le livre mène l'enquête sur les prières froides et les chants d'amour de Leonard Cohen et surtout sur cette voluptueuse gravité qui fait de lui un très redoutable archange infiltré dans le rock.

Sa mission : nous montrer que la lumière est l'autre face du noir.






Le titre de ce fort volume de sept cents pages illustre parfaitement le point de vue exposé au deuxième chapitre. Aucun portrait, aucun récit de vie n’a d’intérêt sans « “théorieˮ, (c’est-à-dire un point de vue). […] S’en tenir strictement aux faits est impossible, ne serait-ce que parce que les faits sont insaisissables et opaques » (56-57). C’est la représentation, qui est interprétation, qui peut le mieux restituer une vérité. La leçon de Henry James, en somme, dans sa nouvelle « The Real Thing ».






Les treize chapitres du livre, qui suivent de façon chronologique les grandes étapes de la vie de Leonard Cohen jusqu’en 2013, sont précédés d’un « Prologue » qui propose trois points d’entrée dans l’œuvre dont le lecteur, dit Lebold, usera à sa guise.


Le premier fait écho au titre du livre et propose une lecture de l’œuvre et de la vie de Cohen à partir du couple gravité-légèreté. L’auteur montre comment celui-ci est opératoire tant pour décrire les évolutions de la voix de l’artiste que pour rendre compte de son rapport, fait de profondeur et d’humour résigné, aux chutes inévitables de la vie, des plus physiques aux plus métaphysiques.


La place de la culture juive dans l’œuvre de Cohen constitue le second point d’entrée. De façon très convaincante, le biographe unifie ce champ autour de quelques notions (errance, combat avec l’ange, exil) et suggère au passage que pour son sujet, le nom – « un kohen […] désigne le prêtre » (35) –, a pu faire destin.
S’ébauche ici une mise en communication de la pensée juive avec le bouddhisme zen, deux spiritualités qui n’auront cessé de se nourrir mutuellement chez Cohen. Le thème cohénien de l’hôtel amène par exemple Lebold à s’arrêter sur la poétique de ce lieu d’hospitalité anonyme pour le pèlerin et l’errant moderne.





Troisième clé : ce que le biographe regroupe sous l’en-tête « La Métaphysique des Cœurs Brisés ».



Il montre comment peut se penser le passage entre deux multiplicités chez son sujet : l’amour et le chant. Entre foi toujours renaissante en la rédemption mystique par le premier et réparation par les étincelles de lumière du second, se déploie l’éventail de la mélancolie qui chez le poète-chanteur canadien est davantage motrice que paralysante.
Là encore, c’est la spiritualité juive qui fournit à l’auteur un regard
éclairant sur la question.




Quel que soit le point d’entrée choisi, on est saisi d’emblée par le souci du biographe de maintenir constamment en tension des pôles très différents de l’objet analysé. L’écueil des vieilles dichotomies (la vie et l’œuvre, l’auteur-compositeur et l’interprète) est ainsi élégamment dépassé et on se laisse volontiers prendre par l’exposé de la consistance d’une vie qui fait univers.




Le premier chapitre fait découvrir le terreau où s’enracine la vocation de Leonard Cohen à être qui il sera. C’est l’histoire d’une enfance heureuse dans une famille juive aisée de Montréal qui possède entre autres biens une usine de confection – où l’on comprend que l’élégance raffinée de Leonard lui vient de sa culture familiale.
C’est aussi le récit de l’éveil artistique qui, dans son cas, passe par la scène poétique, héritière du Modernisme, du Montréal des années 1950. Alors qu’il aborde le portrait de son personnage, Lebold prend le temps d’une belle méditation sur le visage dont la pertinence est riche d’échos dans l’œuvre de Cohen même, exemple parfait d’une démarche toujours réfléchie de l’auteur.



Autre originalité de ce premier chapitre, le rapide survol, en sept actes, de l’histoire qui va suivre. On ne peut qu’apprécier cette aide supplémentaire au lecteur qui peut ainsi commodément se reporter à ce squelette chronologique, mais il faut y voir surtout la réaffirmation de la primauté de l’éclairage par rapport aux faits. « L’histoire donc […] on la connaît » (63). Suit l’analyse des moments charnières de la jeunesse : la découverte du corps des femmes dont le culte cohénien ne le cède en rien à celui développé par la grande mystique courtoise, celle de la voix de Ray Charles, le rôle structurant de la religion juive chez Leonard que, dans un raccourci dont il a le secret, Lebold associe à la préférence de son sujet pour les métriques régulières en poésie, les costumes bien coupés et la recherche des postures parfaites dans le zen.




Le second chapitre, qui s’arrête à l’orée des années 1960, débute par une vision en raccourci de la décennie précédente. On voit sur ce fond Leonard commencer à tracer sa propre route : il est représentatif de son époque tout en s’en démarquant. C’est vrai pour sa poésie : bien que le titre de son premier recueil – Let Us Compare Mythologies – puisse faire penser à l’influence Moderniste du groupe de poètes montréalais au sein duquel il fait ses armes, le jeune homme prend ses distances avec l’impersonnalité et bouscule les limites de ce qu’on appellera plus tard le politiquement correct.









Mêmes décalage et différence par rapport à l’esprit du temps dans ses choix de vie : un peu aventurier et en avance sur la pastorale hippie, il s’installe sur une île grecque, va brièvement au contact de la révolution à Cuba, mais n’en revient pas politisé : contrairement à un Dylan, Cohen est un homme du temps long.
Est-ce pour cela qu’il trouve naturellement sa place dans la communauté d’artistes venus du nord s’installer à Hydra au plus près des sources de la poésie ? Lebold croque à merveille le lieu et le moment : nous sommes entre More de Barbet Schroeder (1969) et le Henry Miller du Colosse de Maroussi.







Hydra 1980-1981@ Alberto Manzano





Leonard Cohen fut d’abord écrivain avant de venir à la chanson. S’il l’avait vaguement su, le lecteur de ce livre ne l’oubliera plus. Il y a dans les pages de critique génétique poétique du troisième chapitre une contamination heureuse du biographe par le biographié. « Il y est question de papillons et de guêpes, du vent qui joue dans les citronniers et des fourmis qui se promènent autour des pieds nus de sa muse, du bruit de cloches aussi qui sanctifie l’espace » (151).




Qu’un poème soit la résultante de conditions objectives ne fait plus aucun doute. Mais ce que démontrent aussi tous les faits rassemblés par Lebold, c’est le sens quasi-whitmanien de l’auto-publicité dont fait preuve Cohen dans sa première carrière de poète.
Romans et recueils s’enchaînent entre 1961 et 1966. L’apprenti-star façonne son image, tourne d’un bout à l’autre du Canada pour donner des lectures, en découd avec le provincialisme pudibond de son pays en faisant volontiers rimer obscénité et sainteté. Il se sait poète dans une « société du spectacle » (158) et joue avec succès de tous les canaux pour se faire une place au soleil. Et lorsqu’en 1966, il s’affiche chanteur, il est déjà rompu à la dimension publique du métier.




Les « enfances du héros » maintenant trentenaire se poursuivent au chapitre 4, à New York cette fois, abordée en un panorama multimédia qui permet ensuite à Lebold de se déplacer souplement d’hôtel en hôtel, suivant Leonard de rencontre en rencontre ; et il en fait d’inoubliables (Judy Collins, Janis Joplin, Nico) qui resserrent pour le lecteur le tissu de sa vision de l’époque tout en en plaçant les astres à plus exacte distance l’un de l’autre (la rue épique pour Dylan, la chambre lyrique pour Cohen etc.).






Léonard Cohen & Nico




Tels les ascenseurs du Chelsea Hotel, le biographe brouille les étages en métaphorisant la vie du biographié, cependant qu’il insiste sur le poids de vie, la « fonction heuristique » (221) des métaphores : ainsi convoque-t-il la théologie et l’angélologie pour une micro-lecture de « Suzanne » ; il déplie aussi la question de la nécessité de l’image de l’ange pour le poète contemporain – verbal ou visuel – de Wallace Stevens à Wim Wenders en passant par Rilke.



Parallèlement nous suivons pas à pas l’insertion de Leonard sur la scène folk. Adepte de la prolepse, Lebold crée constamment des surplombs temporels, rebrousse chemin, joue avec son lecteur qui attend, bien sûr, la montée sur la grande scène du personnage pour lequel il a acheté le livre...
En attendant, voici une autre mise en appétit par une interprétation de « Sisters of Mercy » ou encore une « théorie générale de l’amour cohénien », nourrie de références à la kabbale et à Michel de Certeau, à propos de la rencontre du poète avec la chanteuse du Velvet Underground.
Disons ici que les tentatives de mise en cohérence poétique par l’auteur des amours de Leonard ne seront pas toutes aussi réussies et convaincantes que celle-ci, sûrement du fait de leur répétition. Cohen a trouvé en Christophe Lebold son infatigable apologiste, mais tous les jeux de l’amour ne valent pas la chandelle du critique.






Avec le chapitre 5, nous sommes en 1967-1968 : on aborde la carrière de musicien de Leonard. Lebold nous fait vivre toute la force de l’événement, artistique et médiatique, que constitue ce premier disque qu’est Songs of Leonard Cohen qui, par sa forme d’intemporalité et son sujet central, propulse son auteur dans le rôle de voix du moment, à la fois troubadour et grand-prêtre de l’amour. Où l’on voit le poète peaufiner son image en creusant l’érotique de la métaphysique et vice-versa.






Il faut sûrement se défaire du cliché qui associe Cohen au « soleil noir de la mélancolie ».



On apprend dans le livre comment, même dans ses périodes de dépression clinique, la distance de l’humour et de l’ironie n’a jamais quitté l’auteur de « So Long, Marianne ». Mais très intéressantes sont ces pages où est analysé plus en détail ce qui différenciait le nouveau venu, « adepte résolu du mode mineur » (286), de « Janis, Jim et Jimi », occupés à écrire « le grand récit rock […] sur le mode épique » (285) ; or, l’épopée, discours guerrier hyperbolique, mène souvent à de tristes fins. Et Lebold de proposer pour Cohen une ascendance de rockeurs alternatifs de l’obscurité lumineuse qui part de Dante à Sylvia Plath et passe par Saint Jean de la Croix !



Le texte du sixième chapitre couvre la période des opus 2 et 3 du chanteur. Sans avoir recours à un vocabulaire musical trop technique, nous y est décrit ce qui fait la spécificité et la réussite de la musique de Leonard Cohen lorsqu’elle rencontre la fine fleur de Nashville en la personne d’un producteur qui comprend ce qui la servira le mieux : Bob Johnston, sorte d’anti-Phil Spector, qui sait la vertu du dépouillement.


La country a toujours porté en elle la splendide sobriété des American Recordings de Johnny Cash et c’est celle-ci qui sied au propos de Cohen sur son deuxième disque. Songs from a Room est lu par Lebold comme une interrogation métaphysique sur la liberté qui, malgré l’indirection poétique, fait mouche en pleine guerre du Vietnam en célébrant par exemple la beauté de la défaite dans « Bird on The Wire » ou celle de la résistance à l’occupant dans « The Partisan ».


Le public a bien senti qu’un puissant refus s’exprime là. Le biographe va plus loin, parle du NON cohénien comme d’un « pessimisme tonique » (305), libérateur, et fait le lien avec la légèreté du zen qui va bientôt saisir Leonard.

Ces premières années d’immense popularité sont ponctuées par les tournées de concerts. Un passage obligé est donc celui du portrait de l’artiste sur scène.
Que dire sinon que seule manque la musique à cette évocation d’un concert de 1970 qui veut les dire tous, reconstitution sur la page de la chaleur communielle, de l’intériorité qui semble avoir été la marque de nombre de ces soirs, y compris en clôture du festival de l’île de Wight, devant 600 000 personnes.
Le dernier grand jalon de ces années à la charnière des deux décennies, c’est Songs of Love and Hate (1971). À lire l’intertitre de la section que lui consacre Lebold – « Manuel Anti-Hippie » – et les pages qui suivent, on est tenté de faire un parallèle entre deux gestes d’indépendance : celui de Dylan qui reversait en 1965, les barrières du folk à Newport – renonçant par là à l’allégeance de son premier public – et celui de Cohen, qui, tout juste passée la crête de la vague du peace and love renvoie les amoureux de l’amour à leurs naïvetés. Toujours attentif à la double nature de l’objet, le critique gratifie son lecteur d’analyses littéraires et musicales des chansons les plus marquantes.





Au fil des ans, les événements tendent, pour le commun des mortels, à se raréfier, à s’amenuiser, en tout cas à se ressembler. Il faut pourtant sept chapitres à Lebold pour rendre justice aux quarante années qui suivent. Le treizième et dernier, qui va de 2001 à 2013, au terme duquel nous quittons le protagoniste maintenant âgé de soixante dix-neuf ans, occupe malgré tout cinquante-cinq pages.

Le biographe traduit ainsi un fait d’expérience avec les authentiques artistes à longévité artistique exceptionnelle : ils proposent jusque dans leur grand âge de nouvelles portes d’entrée possibles dans leur œuvre et il peut très bien s’envisager de découvrir le premier Cohen en partant du dernier en date.
Voir, ici encore, Henry James et tant d’autres. C’est tout le sens d’une entreprise comme le présent récit de vie que de rendre tangible la flamme ininterrompue de création.





Elle continue de s’alimenter à plusieurs sources : c’est ce qu’on retient de cette deuxième moitié du livre. Ces différentes nourritures de l’œuvre abondante, ponctuée de nouveaux sommets et qui continue de se construire, sont autant d’occasions de digressions éclairantes : sur la pratique du kôan et plus généralement le bouddhisme zen rinzaï qui prend une importance croissante dans la vie de Leonard ; sur une facette inédite de la guerre du Kippour (1973) durant laquelle, pendant les trois semaines du conflit, il met son talent au service du « divertissement des troupes » (395) sur le théâtre des opérations, ce qui relance une inspiration en panne ; sur la tradition hébraïque qui soutient Cohen dans les dures épreuves du cœur et à laquelle il emprunte des formes littéraires – pour preuve éclatante, voir le Book of Mercy (1984) ; sur la technologie musicale avec l’apparition et le développement du synthétiseur dans lequel Leonard verra le véhicule idéal de la distance ironique, un garant contre les excès d’expressivité – Lebold parle d’un progressif « virage électro » (497) ; sur la forme du clip vidéo ou encore le situationnisme.


Ici un inoubliable portrait en situation du producteur Phil Spector, là le récit très enlevé de la rencontre entre Cohen et Dylan en 1986 dans un bar de la Rue d’Alésia, ailleurs encore, ce qui ne peut que devenir la référence en matière de description de la voix cohénienne ; et, au fil des tournées qui s’enchaînent, des masques qui se renouvellent, le spectacle du talent attelé aux stratégies marketing et aux formules musicales choisies. Course de grand fond et résilience sans borne ! Route et routines mais la foulée du biographe reste alerte pour cou(v)rir le marathon de cette vie.




Les décisions esthétiques de Lebold pour son propre livre contribuent grandement à l’attrait de l’ensemble. Il cite les poèmes, en intervalle double, dans leur version originale et en donne la traduction en note de bas de page. Plutôt que de sacrifier à la tradition du cahier de photos, il a préféré enrichir le fil de son texte d’une iconographie abondante – photographies de Cohen au travail (sur scène ou à sa table d’écriture) ou bien prenant la pose, clichés des lieux essentiels, photogrammes de clips, dessins de l’artiste (autoportraits grotesques en particulier), pochettes de disques ou couvertures de livres : ces repos pour l’œil ne sont pratiquement jamais purement illustratifs ; ils continuent le récit autrement.





Si l’auteur refuse de prétendre à l’objectivité – un fantasme qui conduit à ces biographies désincarnées à force d’information – le lecteur n’aura pas manqué d’être impressionné par la connaissance encyclopédique démontrée par Lebold de la documentation disponible sur son sujet. Constamment des références croisées de tous ordres (filmiques, journalistiques, littéraires), un kaléidoscope de plans d’ensemble – virages artistiques, tableaux d’une époque, grandes influences – et de plans rapprochés – sur telle femme aimée, tel lieu habité, telle composition, tel concert – de la constellation Cohen, seront venus étayer la « théorie » proposée.



La finition de l’objet aurait pu être meilleure encore : on regrette les assez nombreuses coquilles et les quelques titres égarés en bas de page. Il n’empêche : le livre engage à la lecture et en approchant de la fin de l’ouvrage, on a surtout le sentiment de tenir là une manière de synthèse idéale entre le vif et l’archive, entre le très savant et la passion.


Geste symbolique de cet équilibre : la sortie fugitive de la tête de derrière le rideau que s’autorise tardivement le biographe – « Un ange était passé et moi je poursuivais cet ange à travers l’Europe » (663). Outre sa ou ses « théories », Lebold se sera cependant manifesté autrement tout au long du livre.
Car ce travail est aussi un trésor : la bibliographie « style thèse » le prouve. Il aura visiblement été pour son auteur l’occasion de mettre en récit un florilège de citations philosophiques, de fragments de poèmes, de réflexions très abouties, de jeux de mots jubilatoires et justes qui l’accompagnent dans son quotidien et se sont lentement intégrés à sa vision de la vie et du monde.
Il aura pu enfin les livrer ici en les imbriquant à son sujet. Conformément à l’adage de Nietzsche qu’il cite à deux reprises au moins, il sera, par ce livre, sans doute un peu plus devenu ce qu’il est.


Il serait réducteur, bien que tentant, de dire que c’est l’esprit du rock qui a soufflé là, pour dessiner une nouvelle manière d’écriture de recherche où vibration rime avec érudition. Car cette summa coheniana dans la langue de Molière apparaît aussi comme la résultante autant que la récompense d’un rapport très privilégié entre l’auteur et compositeur canadien et le public français.

Souhaitons-lui le vaste lectorat qu’elle mérite !





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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Sam 24 Sep - 18:52

"You Want It Darker" : Leonard Cohen livre un sombre 14e album



Leonard Cohen en septembre 2014 à New York
© Charles Sykes / AP / SIPA  



Leonard Cohen a fêté mercredi ses 82 ans et levé le voile sur son nouvel album, le troisième en six ans. Dans "You Want It Darker", il poursuit son incessante réflexion métaphysique, et noie sa solitude dans des chansons toujours aussi noires. Le disque est annoncé dans les bacs le 21 octobre.

Deux ans après son dernier album le 14e opus du poète et interprète canadien reste fidèle aux arrangements musicaux minimalistes. Avec sa voix grave toujours murmurée, Leonard Cohen s'interroge "You Want It Darker", sur la nature de l'homme et d'un dieu tout-puissant.
               
L'album ouvre sur ses souvenirs d'enfance dans sa ville natale de Montréal, imprégné des choeurs de la congrégation juive Shaar Hashomayim. La résonance de la guitare acoustique, accompagnée d'une contrebasse, donne  plus de relief à la quête spirituelle d'un Cohen solitaire mais serein face à  la vieillesse.
 
Déjà largement abordé dans "Hallelujah" (1984), l'un de ses plus grand succès, sa relation avec Dieu s'affiche pour cette fois aborder la mort. "Hineni, hineni (me voici en hébreu) / je suis prêt mon Dieu", chante  de sa voix rauque dans le premier titre de l'album, désormais disponible sur internet.




Leonard Cohen, "You Want It Darker"


Le rappel d'une issue inexorable


La mort plane à maintes reprises dans cet album, comme un rappel d'une issue inexorable et sans doute un peu plus manifeste avec le décès en juillet de sa muse Marianne Ihlen, amoureuse devenue célèbre par le titre "So Long Marianne" (1967).
 


"Je ne veux pas de pardon
 Non, non il n'y a personne à blâmer
 Je quitte la table
 Je suis hors-jeu",


sont quelques-unes des paroles plaçant la propre mort du chanteur au fil des morceaux.
 
Produit par Adam Cohen, son fils musicien, l'album devient plus lyrique sur des airs jazzy pour le titre "Treaty" (pour l'une des deux versions avec un  quatuor à cordes), une métaphore pour une trêve entre deux amoureux.



Trois albums en six ans


Avec un héritage et une influence incontestés, Leonard Cohen avait disparu de la scène dans les années 1990, préférant se réfugier dans le bouddhisme, devenant même moine en 1996. Dépouillé par son impresario, Cohen est revenu à la chanson moins d'une décennie plus tard, plus créatif et productif que jamais.
 
L'artiste vient en effet de signer trois albums en six ans et "You Want It Darker" s'annonce aussi chargé émotionnellement et plus musical que "Popular Problems", sorti pour ses 80 ans en 2014.
 

Il avait alors jugé qu'à son âge, il était temps d'être moins sage avec sa santé et, sous forme de cabotinage, il avait pris comme résolution de recommencer à fumer. En forme de clin d'oeil, la pochette de son dernier album montre un Leonard  Cohen mal rasé, une cigarette entre les doigts. "Je pense que je te suivrai bientôt", avait écrit Leonard Cohen juste après  le décès de Marianne Ihlen.

Par Culturebox (avec AFP)
http://culturebox.francetvinfo.fr/musique/pop/you-want-it-darker-leonard-cohen-livre-un-sombre-14e-album-246317
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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Dim 25 Sep - 13:01

L'été dernier, c'est sa muse, Marianne Ihlen (« So Long, Marianne »), qui est décédée :
« Mon amour éternel, nous nous reverrons. »
Le titre de son nouvel album est sans équivoque :
« You Want It Darker ».
La mort plane : « Je suis prêt mon Dieu. »
« Je suis une lumière qui passe/
C'est un au revoir/Toi si brillante/Mon étoile tombée du ciel/J
e suis en retard/
Ils ferment le bar. »


Il n'est pas mort le poète. « So Long, Leonard. »
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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Sam 8 Oct - 12:34

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Leonard Cohen : le dandy est prêt, my lord…

Et l'artiste est plus brillant que jamais.









Pour son quatre vingt deuxième anniversaire, le 21 septembre dernier, Leonard Cohen a surpris la planète en frappant un grand coup.



Avant la sortie de son prochain album, prévue le 21 octobre, l’auteur-compositeur-interprète a offert à son public, en guise de préliminaire, son nouveau titre : « You Want It Darker ». Disons-le clairement : l’apéritif vaut le détour.


A notre époque où les thèmes de la religion, des sacrilèges et des blasphèmes sont devenus hasardeux, le poète mystique, à l’hiver de sa vie, n’a que faire des convenances et n’hésite pas, avant son ultime voyage, à régler quelques comptes avec Dieu.
Si tout est dans la manière, on peut dire que le vieux poète en détient le secret. Sa fragilité, à peine dissimulée derrière une provocation flegmatique et sa voix grave, rend cette œuvre à la fois irrésistible et poignante.





« Tu le veux (le monde) encore plus sombre. »



La créature désinvolte toise son créateur en lui faisant part de sa désillusion et l’artiste ne manque pas de lui exposer ses interrogations : « Un million de bougies pour une aide qui n’est jamais venue. »
Cependant l’humanité a aussi sa part de responsabilité : « Tu veux le monde encore plus sombre / Nous ne faisons que tuer sa flamme. »
« Hineni ! », dit-il en hébreu, ce qui signifie « Me voici ! » et qui évoque les paroles qu’Abraham, Samuel et bien d’autres grandes figures de la Bible ont prononcées devant l’Eternel pour indiquer qu’elles étaient prêtes à répondre à son appel.


« I’m ready, my lord » : devant cette déclaration, on ne peut s’empêcher de penser à sa muse Marianne Ihlen qui lui avait inspiré, entre autres, « So Long, Marianne » et « Bird On The Wire », qui s’est éteinte en juillet dernier. Dans une dernière et bouleversante lettre d’amour, Leonard Cohen lui avait écrit : « Je pense que je vais te rejoindre très bientôt ».
C’est donc avec un certain trouble qu’on entend cette chanson qui laisse apparaître le pressentiment d’une fin proche mais que le musicien assume avec un aplomb aristocratique.
En plus de la force poétique pour laquelle l’auteur est réputé, de la musicalité de ses mots, qui s’entendrait même a capella, et des extraits des versets du Kaddish qu’il s’amuse à faire groover – « Magnifié, sanctifié, soit Ton saint nom » –  le titre « You Want It Darker » est porté par des arrangements somptueux, et à l’apparente simplicité. Si Leonard Cohen est coutumier du minimalisme, il est ici au paroxysme de son art, accompagné par son fils Adam, lui-même auteur-compositeur, qui a produit l’album.

L’orchestration, d’une remarquable pureté, est menée par une habile ligne de basse. Associée aux délicates percussions électroniques et acoustiques, elle tourne sur quatre mesures et se répète, imperturbable, sur la majeure partie du morceau, mettant en valeur les magnifiques choeurs de la congrégation juive Shaar Hashomayim de Montréal. L’orgue, instrument liturgique par excellence, complète l’atmosphère de cérémonie religieuse.
« Hineni », murmure-t-il encore. Oui, il est bien là, sa voix mixée en avant, le ton désabusé, et on écoute cette chanson avec le souffle coupé comme on resterait collé au dos de son siège de cinéma devant un très grand film. Pendant 4,46 minutes le titre parvient à maintenir l’auditeur dans une puissance émotionnelle intense, et alors que la chanson aurait très bien pu se terminer sur le vers « I’m ready, my Lord », laissant à la chorale le soin de conclure, le perfectionniste Leonard Cohen sort une dernière carte inattendue : la sublime voix du ténor Gideon Zelermyer, chantre à la synagogue montréalaise, qui improvise des notes déchirantes sur le mot « Hineni » dans cette ambiance sombre et désespérée.


C’est ainsi qu’en 2016 le poète juif canadien, petit-fils de rabbin, pratiquant du bouddhisme, dont il est même devenu moine pendant cinq ans au début des années 1990, multipliant les expériences spirituelles et passant par toutes les épreuves de la vie en restant un homme libre, signe là l’un des plus impressionnants chefs-d’œuvre de sa carrière.
Si Leonard Cohen n’épargne ni l’Eternel, ni les humains, ni lui-même, si son discours est au fond diaboliquement rock’ n’roll, toujours est-il qu’en composant ce titre l’homme qui a fait un spectaculaire come back international il y a une douzaine d’années vient de réaliser un véritable miracle musical. Lorsque son quatorzième album studio sera enfin disponible, nul doute que ses admirateurs répondront « Hineni ! ».



http://laregledujeu.org/2016/10/01/29896/leonard-cohen-le-dandy-est-pret-my-lord/





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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Mar 18 Oct - 23:51

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Leonard Cohen, l’autre poète


A 82 ans, Leonard Cohen sort un nouvel album. Le « New Yorker » revient sur sa carrière de musicien, d’écrivain, de poète, en parallèle et parfois dans l’ombre de celle de Bob Dylan, lauréat du prix Nobel de littérature.







Bob Dylan s’est vu décerner, le 13 octobre, le prix Nobel de littérature « pour avoir créé […] de nouveaux modes d’expression poétique ». Il se trouve que, quelques heures auparavant, le New Yorker mettait en ligne un long portrait d’un autre « musicien et poète » : Leonard Cohen.


C’est évidemment un hasard de calendrier : le journaliste David Remnick ne savait pas que Bob Dylan allait recevoir le prix lorsque l’article a été publié. Pourtant, choisir de parler – aussi longuement – de Leonard Cohen le jour où certains se demandent pourquoi l’académie suédoise a choisi de récompenser un musicien est intéressant à plusieurs titres.

D’abord parce que les deux artistes – qui se connaissent bien – ont souvent été comparés. Leonard Cohen faisait partie, avec sans doute quelques autres, des musiciens qui auraient pu prétendre à un prix Nobel de littérature.

Ensuite parce que le portrait fait intervenir directement Bob Dylan, qui commente, en des termes élogieux, le travail d’un artiste qui a accédé à la célébrité quelque temps après lui, bien que Leonard Cohen, âgé de 82 ans, soit de quelques années son aîné.




« Fais gaffe à toi, Dylan ! »



Leonard Cohen enregistre son premier album assez tard. A plus de 30 ans, il est déjà un auteur et poète publié, « venu au “songwriting” principalement parce qu’il ne gagnait pas sa vie comme écrivain », raconte David Remnick. L’enregistrement se fait sous la houlette du producteur de Dylan, John Hammond. Dans les studios Columbia, à New York, il aurait conclu une prise par cette déclaration enthousiaste : « Fais gaffe à toi, Dylan ! »

« Les liens entre Leonard Cohen et Bob Dylan étaient évidents. Juifs, lettrés avec un penchant pour l’imagerie biblique, la tutelle de John Hammond – mais leur travail divergeait. Dylan, même dans ses premiers enregistrements, s’engageait déjà vers une langue surréaliste, faite de libres associations […]. Les textes de Leonard Cohen n’étaient pas moins chargés ni moins inventifs, moins ironiques ou moins introspectifs. Mais il était plus clair, plus économique, plus formel, plus liturgique. »


Bob Dylan et Leonard Cohen ont eu, cependant, des lectures similaires. Des poètes contemporains comme Allen Ginsberg, mais aussi le moins célèbre Irving Layton, que Leonard Cohen a connu à l’université. Là où Dylan assume volontiers des influences puisées chez les symbolistes français et dans la grande tradition anglaise (Shakespeare, Blake, Yeats), les textes de Cohen penchent vers la prière, voire l’incantation.


David Remnick nous apprend (entre autres) que Leonard Cohen continue à lire régulièrement des textes religieux. La Torah et le Zohar (une exégèse de la Torah), mais aussi des textes de spiritualité bouddhiste. Le chanteur se retirera près de six ans dans un monastère zen en Californie. Les écrits religieux continuent d’influencer les siens, à l’heure où « il envisage d’écrire un livre de poèmes qui seraient, comme les pages du Talmud, entourés de textes d’interprétation ».














« Tu es numéro 1 et je suis numéro zéro »



Au cours de l’une de leurs rencontres, dans les années 1980, Dylan demande à Cohen combien de temps lui a pris l’écriture de la chanson Hallelujah, qu’il appréciait beaucoup.

« Deux ans », a-t-il menti, alors que la version définitive n’était arrivée qu’au bout de cinq ans. Il lui demande alors combien de temps a pris l’écriture de la chanson I and I. « A peu près quinze minutes », répond Bob Dylan.



Plus tard, alors que Cohen et Dylan font ensemble un voyage en voiture, une chanson de Bob passe à la radio. Dylan lui fait cette réflexion : « Pour moi, tu es numéro un et je suis numéro zéro. » Pour Leonard Cohen, cela signifie « que son travail était au-delà de toute mesure et que le mien était plutôt pas mal ».



Lorsque le New Yorker lui demande de parler du travail de son confrère, Bob Dylan se montre « plutôt enthousiaste ». Pour mettre en avant le « génie » de ses mélodies, d’une simplicité et d’une pureté harmonique exceptionnelles. « Leonard est au-dessus de tout », estime Bob Dylan, qui n’est pas d’accord avec l’un des principaux reproches que l’on fait, et que l’on faisait déjà, à l’époque, à la musique de Leonard Cohen : d’être une longue berceuse de la dépression.

« Je ne vois aucun désenchantement dans les textes de Leonard », dit Bob Dylan, qui préfère ne pas choisir entre ses premiers textes et les derniers, hantés par la perspective de la mort.




« J’aime toutes ses chansons, les plus anciennes et les plus récentes. »


Cette réputation de musicien triste, Leonard Cohen la gardera toute sa vie. Là où Bob Dylan peut réveiller un stade, Cohen restera terrifié par la scène jusqu’à très tard dans sa carrière. La chanteuse Suzanne Vega trouve ses textes « intimes et personnels ». Là où « Dylan pouvait vous emmener aux confins de l’Univers en expansion », les chansons de Leonard Cohen ont quelque chose de plus « terrestre ».


« Ses chansons [sont] une combinaison de détails très réalistes et d’une forme de mystère, comme une prière, ou une formule magique. »



Une question religieuse qui habite encore ses textes et son existence, lui qui se déclare « prêt à mourir » (la phrase a fait l’objet des principales reprises du portrait du New Yorker dans la presse). Durant l’une de leurs rencontres, il se met soudain à réciter une chanson sur laquelle il est en train de travailler.

« Listen to the mind of God

Which doesn’t need to be

Listen to the mind of God

Don’t listen to me. »



En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2016/10/14/leonard-cohen-l-autre-poete_5013929_4832693.html#ROeibTv3Twz6ytOg.99




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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Mer 19 Oct - 0:00




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Leonard Cohen, avant la nuit



Par Stéphane Davet (Los Angeles (Californie), envoyé spécial)







« Remettre le prix Nobel à Bob Dylan, c’est comme épingler la médaille de la plus grande montagne sur le mont Everest. » Devant la soixantaine de journalistes venus, le 13 octobre, assister au lancement de son nouvel album, You Want It Darker, dans la résidence officielle du Canada, à Los Angeles (Californie), Leonard Cohen souligne l’évidence de la récompense reçue le même jour par celui qui lui avait un jour confié : « En ce qui me concerne, Leonard, tu es le numéro un. Et je suis le numéro zéro. »


« A l’époque, j’avais interprété cela comme une façon de me dire – et je n’allais pas le contredire – que son travail était au-delà de toute évaluation, et que le mien était assez bon », se souvient aujourd’hui le Canadien dans un article que lui consacre le magazine The New Yorker du 17 octobre.



Si un chanteur avait pu disputer la distinction suédoise à Robert Zimmerman, c’est bien son confrère montréalais. Comme celui avec qui il partage de nombreux points communs (judaïsme, goût des références bibliques, débuts discographiques parrainés par le directeur artistique John Hammond…), Cohen fut un des premiers à donner une ambition poétique à la chanson populaire anglo-saxonne moderne.

Encouragé par le succès de Dylan pour entreprendre une carrière musicale, le Canadien avait mûri son écriture, publié des poèmes et des romans loués par la critique avant l’émergence de l’Américain. Ce qui fit un jour dire au poète Allen Ginsberg : « Dylan époustoufla tout le monde, sauf Leonard. »




L’amitié et l’admiration sont en fait réciproques, comme le prouvent à nouveau les réponses – aussi enthousiastes que détaillées – de Bob Dylan aux questions du New Yorker, au sujet de l’œuvre de son aîné de sept ans. « Ce sont toutes de grandes chansons, confie-t-il entre autres. ­Profondes, authentiques, multidimensionnelles, étonnamment mélodiques, et qui vous font penser et réfléchir. J’aime même encore plus certaines de ces dernières chansons que les premières. »
380 concerts de 2008 à 2013


La longévité est en effet une autre de leurs qualités partagées. Mais si Dylan n’en finit pas de jouer en public, comme le prouvaient encore ces performances des 7 et 14 octobre, en première partie des Rolling Stones, à Indio (Californie), Leonard Cohen n’a désormais plus la force de monter sur scène.


Après une tournée qui, de 2008 à 2013, l’a vu triompher, dans le monde entier, lors de 380 concerts (approchant souvent les quatre heures de show), lui permettant de renflouer ses caisses – vidées par une manageuse indélicate – et de combler ses admirateurs, le prince des pessimistes a été rattrapé par la maladie. « Je ne crois pas qu’on le reverra un jour sur scène, nous confiait, le 13 octobre, son avocat-manageur Robert Kory. Ne serait-ce qu’en raison de son perfectionnisme. »


Trop fatigué pour reprendre la route, le chanteur est encore assez vaillant pour produire un album aussi remarquable que You Want It Darker. Il trouve aussi l’énergie pour venir le présenter. Après l’écoute collective de ce nouveau disque, le parterre de journalistes se lève pour applaudir l’entrée de l’artiste de 82 ans, au chapeau et élégant costume sombres, mais à la frêle silhouette et au pas lent aidé par une canne.



Dans le salon de la demeure canadienne, située dans une des parties les plus chics de Beverly Hills, l’icône de la ballade intimiste s’assied auprès de son fils, Adam Cohen, pour répondre à quelques questions d’un animateur et de médias. La main tremble un peu, le souffle est court. Et on ne peut s’empêcher de penser à la lettre bouleversante qu’il avait envoyé à son ancienne muse, Marianne Ihlen (celle de So Long, Marianne), quelques jours avant le cancer n’emporte son amoureuse de l’île d’Hydra, le 29 juillet dernier : « Le temps est venu où nous sommes si vieux, où nos corps s’affaissent, et je pense que je vais te suivre très prochainement… »



Pétri de classe et d’humour, le chantre de la gravité badine pour rassurer. « J’ai dit récemment que j’étais prêt à mourir. Je crois que j’exagérais. On est parfois porté à la dramatisation. J’ai l’intention de vivre pour toujours. » Difficile pourtant de nier que les chansons de You Want It Darker multiplient les références à la mort (« I’m leaving the table/I’m out of the game »), au renoncement charnel (« I don’t need a lover, so blow out the flame »), aux questionnements existentiels et divins (« I’m ready, Lord »). Certes, la plupart de ses obsessions apparaissaient dès ses premières chansons, au milieu des années 1960. Mais jamais Cohen n’avait contemplé la mort d’aussi près, ni chuchoté avec elle aussi intimement.

Parmi les signes indiquant un album pouvant boucler un parcours, la façon dont le poète a fait appel, dans la chanson-titre, au chantre et au chœur de la synagogue Shaar Hashomayim, celle de sa famille et de son enfance à Montréal. La façon aussi dont, pour la première fois, Leonard a fait appel à son fils pour coréaliser cet album.



Les aléas d’un « fils de »


Auteur-compositeur-interprète de 44 ans, Adam Cohen a connu les aléas d’un « fils de » dont l’indéniable talent a souffert des comparaisons avec son génie de père. L’admiration semble totalement éclipser la rancune chez ce garçon dont le physique est à l’exact croisement du charme ténébreux du papa et de la brune beauté de la maman, Suzanne Elrod, avec qui Leonard vécut l’essentiel des années 1970.


« C’est comme si toute ma vie m’avait préparé à travailler sur ce disque, nous confirmait, dans un français parfait, Adam Cohen (il a vécu douze ans à Paris), le lendemain de la conférence de presse. Chaque repas, chaque conversation, chaque concert que, enfant, je regardais du bord de la scène, m’ont fait comprendre son œuvre. »


Arrivé au cours de l’enregistrement que Cohen senior avait débuté avec le réalisateur et compositeur Patrick Leonard, déjà responsable de ses deux précédents albums – Old Ideas (2012), Popular Problems (2014) –, Junior se reconnaît un avantage. « Mon privilège est de connaître par cœur tout ce que mon père déteste. » (« Et la liste est longue », plaisantait Leonard en conférence de presse).


Autre avantage, avoir assez d’influence pour évacuer aussi une partie de ce que le papa avait tendance à un peu trop aimer. Comme le recours aux sons de synthétiseur bas de gamme ou l’appel aux chœurs féminins en contrepoint trop systématique de sa voix grave. « Cela fait vingt ans que je lui propose de retrouver le dépouillement acoustique de ses débuts », reconnaît Adam.


Ecoutant enfin son fils, le poète profite d’une sobriété instrumentale dont l’élégance, baignant tour à tour dans le blues, la country, le folk, les slows des années 1950, les références juives de l’Est ou méditerranéennes, s’accorde parfaitement à l’intensité du propos. Au point de faire dire à Adam Cohen que l’enregistrement était porté par « quelque chose d’astral, un vent assez mystérieux ».



Références bibliques



Au-delà de la portée symbolique de cette collaboration, le fiston reconnaît que la santé déclinante de son père exigeait cette complicité familiale, pour travailler dans sa petite maison du quartier de Mid-Wilshire, à Los Angeles, au rez-de-chaussée de laquelle habite aussi sa fille, Lorca, et ses petits-enfants.


« Il fallait qu’il se sente en grande intimité car il était aussi en grande souffrance, précise Adam. Avec moi, il pouvait chanter en peignoir, sans sortir de son appartement. En n’ayant pas à se soucier des apparences, il a pu se concentrer sur le geste artistique et sur son chant. » De fait, cette voix crépusculaire a rarement été autant dans l’urgence et l’émotion.


La vie de Leonard Cohen a été balisée d’autant de doutes que de quêtes spirituelles, passant aussi bien par l’étude de la kabbale que des textes bouddhistes, par la consommation de LSD que la (récente) fréquentation de maîtres hindouistes. Les innombrables références bibliques de You Want It Darker trahissent-elles une religiosité accentuée par l’approche de la fin ?


« Je ne me suis jamais considéré comme quelqu’un de religieux, rappelait Leonard face aux journalistes. A de rares occasions, j’ai pu sentir la grâce d’une autre présence, mais je ne peux construire aucune structure spirituelle à partir de ça. »


Son vocabulaire biblique reste un héritage culturel et générationnel, explique-t-il. « Il fut un temps où ces références étaient universelles, comprises par tous (…). Ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais elles font encore partie de mon paysage. »



« Sa vraie religion, c’est d’abord son travail », insiste son fils Adam. Le fragile octogénaire observe encore une discipline de moine. Levé avant l’aube, il se consacre chaque jour au polissage de textes inédits. Dans la résidence du Canada, son complice Patrick Leonard nous confiait avoir récemment reçu par mail un nouveau texte à mettre en musique. « Je lui ai renvoyé une première proposition, dit en souriant le compositeur. Il m’a écrit un petit mot me disant que c’était trop beau pour mettre des mots dessus. Sa façon à lui de me dire : “Recommence”. »



Adam Cohen n’ose espérer une suite à You Want It Darker. Quoi qu’il arrive, il sait que son père « laissera un vide immense quand il ne sera plus parmi nous ». La veille, Leonard avait encore conclu par une boutade. « J’espère que nous nous reverrons. J’ai l’intention de rester dans les parages jusqu’à 120 ans. »



http://abonnes.lemonde.fr/musiques/article/2016/10/17/leonard-cohen-fait-le-plein-de-lumiere-avant-la-nuit_5014768_1654986.html



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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Sam 22 Oct - 23:28

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Leonard Cohen - Steer Your Way

STEER YOUR WAY
words and music by Leonard Cohen




Year by year
Month by month
Day by day
Thought by thought....






Steer your way through the ruins
of the Altar and the Mall
Steer your way through the fables
of Creation and The Fall
Steer your way past the Palaces
that rise above the rot
Year by year
Month by month
Day by day
Thought by thought


Steer your heart past the Truth
you believed in yesterday
Such as Fundamental Goodness
and the Wisdom of the Way
Steer your heart, precious heart,
past the women whom you bought
Year by year
Month by month
Day by day
Thought by thought


Steer your way through the pain
that is far more real than you
That has smashed the Cosmic Model,
that has blinded every View
And please don’t make me go there,
tho’ there be a God or not
Year by year
Month by month
Day by day
Thought by thought


They whisper still, the injured stones,
the blunted mountains weep
As he died to make men holy,
let us die to make things cheap
And say the Mea Culpa which
you’ve probably forgot
Year by year
Month by month
Day by day
Thought by thought


Steer your way, O my heart,
tho’ I have no right to ask
To the one who was never
never equal to the task
Who knows he’s been convicted,
who knows he will be shot
Year by year
Month by month
Day by day
Thought by thought





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liliane
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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Ven 11 Nov - 7:05


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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Ven 11 Nov - 13:43

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So long, Léonard





1934 - 2016













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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Sam 19 Nov - 14:00

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Voila 1h40 de pure émotion , jamais on a été aussi proche de sa vérité .

Véritable ode à la vie sur la route dans les seventies, le remontage final tient du poème visuel, avec une approche intimiste de l’homme et de l’artiste que fut Leonard Cohen






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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Ven 6 Jan - 1:05




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Well I stepped into an avalanche,
it covered up my soul;
when I am not this hunchback that you see,
I sleep beneath the golden hill.
You who wish to conquer pain,
you must learn, learn to serve me well.

You strike my side by accident
as you go down for your gold.
The cripple here that you clothe and feed
is neither starved nor cold;
he does not ask for your company,
not at the centre, the centre of the world.

When I am on a pedestal,
you did not raise me there.
Your laws do not compel me
to kneel grotesque and bare.
I myself am the pedestal
for this ugly hump at which you stare.

You who wish to conquer pain,
you must learn what makes me kind;
the crumbs of love that you offer me,
they're the crumbs I've left behind.
Your pain is no credential here,
it's just the shadow, shadow of my wound.

I have begun to long for you,
I who have no greed;
I have begun to ask for you,
I who have no need.
You say you've gone away from me,
but I can feel you when you breathe.

Do not dress in those rags for me,
I know you are not poor;
you don't love me quite so fiercely now
when you know that you are not sure,
it is your turn, beloved,
it is your flesh that I wear.


Copyright © 1971 Leonard Cohen
and Sony/ATV Music Publishing Canada Company



Les paroles de la chanson Avalanche sont adaptées d'un de ses anciens poèmes.
Le morceau a notamment été repris par Nick Cave. En langue française, Avalanche a connu deux traductions différentes: celle, très littérale, de Graeme Allwright, et celle de Jean-Louis Murat, plus libre mais qui, paradoxalement, respecte plus l'esprit de la chanson et demeure une des adaptations les plus réussies de Leonard Cohen.



Songs of Love and Hate est le troisième album du chanteur canadien Leonard Cohen, sorti en 1971.
Le titre (« Chansons d'amour et de haine ») parle de lui-même, évoquant les thèmes développés dans l'album. Cet album est un des plus cohérents du chanteur-compositeur-poète canadien, il est également très sombre et très personnel.
Produit par Bob Johnston, déjà producteur de Songs from a Room, l'album a été enregistré à Nashville en 1970, puis réarrangé à Londres par Paul Buckmaster à qui on attribue souvent le ton sombre de l'album.


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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Dim 13 Aoû - 13:09

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Exégèse des prières de Leonard Cohen, « perdant magnifique »


Dans « A Broken Hallelujah », le journaliste Liel Leibovitz analyse avec finesse l’œuvre du chanteur canadien, mort en novembre 2016.







Personnage étranger au vedettariat, Leonard Cohen n'en a pas moins suscité une floraison de biographies dans la dernière décennie de son existence, notamment celle, en français, de Gilles Tordjman (Le Castor astral, 2006), et celle, très complète, de Sylvie Simmons (I'm Your Man : The Life of Leonard Cohen, éd. Vintage, 2013). Un livre a même été publié sur le destin de sa chanson Hallelujah, issue d'un album (Various Positions, 1984), que Columbia Records ne souhaitait pas commercialiser, et devenue, depuis la reprise de Jeff Buckley dix ans plus tard, un exercice imposé des émissions de télé-crochet.

Le tube tardif donne son titre à l'essai du journaliste américano-israélien Liel Leibovitz, A Broken Hallelujah, traduit trois ans après sa parution. Elégant, l'auteur exprime sa " reconnaissance " à ses prédécesseurs, à commencer par Ira Nadel, premier biographe, en  1994, soit vingt-sept ans après les débuts discographiques du chanteur montréalais.

A cette date, les écrits sur celui auquel on le compare immanquablement, Bob Dylan, garnissaient déjà une bibliothèque. C'est que Cohen, culte en Europe, a longtemps été ignoré aux Etats-Unis – où il ne triomphe vraiment dans les charts qu'à partir d'Old Ideas, en  2012. " Un jeune homme aliéné crée de la musique triste " : c'est sous ce titre déprimant qu'est salué son premier album dans les colonnes du New York -Times en  1967.




" Gourou accompli et élégant "



Tout change au début des années 1990 quand Cohen, écrit Leibovitz, devient le " gourou accompli  et élégant d'une génération d'artistes occupés à redéfinir une scène musicale qu'ils considèrent corrompue par l'argent, trop peu intègre et dépourvue d'idées va-lables ". L'ancienestrevendiqué par R.E.M. ou Kurt Cobain –  " Donne-moi un outre-monde à  la Leonard Cohen/Que je puisse soupirer éternellement ", gémit le  chanteur de Nirvana dans -Pennyroyal Tea.

" Tout m'a semblé beaucoup plus facile quand j'ai cessé de vouloir gagner " : ce mantra du romancier des Perdants magnifiques semble avoir été forgé pour la génération X. Et Cohen le met en application dès 1968 en re-fusant le Governor's General Award, prestigieux prix canadien qui lui a été attribué pour un recueil de poèmes. " Une grande partie de moi lutte pour accepter cet honneur,mais mes poèmes s'y opposent absolument. "

Fan, Leibovitz ne cache pas son admiration pour cet homme à l'esprit chevaleresque – même s'il se décrit comme lâche –, qui a fini, de guerre lasse et devant tant d'insistance, par accepter les récompenses et aurait souri devant ce que lui réserve Montréal pour le premier anniversaire de sa mort, le 7  novembre – doublé en décembre du  cinquantenaire de son premier album, Songs of Leonard Cohen.

Le livre évite toutefois l'hagiographie et même la biographie, ce qui fait son originalité. On lui reprochera seulement son sous-titre surréaliste (Rock and roll, -rédemption et vie de Leonard -Cohen), Cohen rockeur relevant de l'oxymo-re, et des digressions à la limite du hors sujet, sur les Doors et même sur Emerson, Lake &  Palmer.

L'essentiel renferme une précieuse exégèse de l'œuvre, dans ses résonances religieuses et littéraires : le Talmud et les prières du Siddour (conciliées avec le bouddhisme, le sage séjournant pendant cinq ans dans un monastère californien dans les années 1990), Platon et celui qui lui a fait aimer la poésie, Garcia Lorca, auquel Cohen emprunte le duende, ce " chant de l'âme ".

Avant qu'il ne s'équipe d'un synthétiseur bon marché en  1984, le musicien se distingue par sa guitare espagnole et un jeu qui ne doit rien au picking du folk et tout au rasgueado, une technique flamenca de frappes rapides. Lorsque Cohen décide de passer de l'écriture à la chanson – il est âgé de 32 ans, trop jeune pour être beatnik, trop vieux pour être hippie – c'est néanmoins -Dylan qui fournit l'exemple. A défaut de la méthode : l'Américain procède par fulgurances quand le -Cana-dien est aussi minutieux que laborieux – " Cela prend des mois, parfois même des années ", reconnaissait-il.

" Un amalgame du transcendant et du terrestre. " Avec cette formu-le, Leibovitz définit l'art de son sujet, que la chanson Suzanne illustre à la perfection. Un art en équilibre fragile entre spiritualité et démons de la chair, ironie et -désespoir. Le journaliste, qui a eu accès aux archives personnelles de l'artiste à l'université de -Toronto, cite cette lettre de 1962 qui contient déjà une philosophie. Au plus chaud de la guerre froide, Cohen, qui s'est rendu à Cuba un an plus tôt, surpris par l'opération de la baie des Cochons, affirme que, plus que le conflit Est-Ouest, lui importe la " guerre entre ceux qui conçoivent l'existence comme un arc-en-ciel changeant et ceux qui la voient d'un gris -monotone ; entre ceux qui sont disposés à accepter l'infini des possibilités, des souffrances, des ravissements, des mystères et des destinées propres à la condition humaine, et ceux qui, face à chaque question humaine, disposent d'un jeu de réponses figées, de l'héritage immuable d'un père, d'un dieu ou d'une révolution ".


Cultivant les paradoxes


Sur ces bases, il sera donc ce grand dépressif cultivant les paradoxes. Celui qui, depuis son refuge sur l'île grecque d'Hydra débarque à Tel-Aviv en  1973 à l'annonce du conflit du Kippour, chante pour les soldats de Tsahal et retrouve goût à la vie grâce à la guerre. Ou cette victime zen et si peu vénale de la cruauté, lui qui sera escroqué par Bernard Madoff et par sa propre manageuse. -Déconvenues qui le contraindront à reprendre la route en  2008.

Cohen le fera de bonne grâce dans des liturgies flirtant avec les trois heures, en donnant des concerts au-delà du nécessaire pour se renflouer. N'a-t-il pas écrit que " nous sommes laids, mais nous avons la musique " ?

Bruno Lesprit




A Montréal, Leonard Cohen au musée et… sur les murs


A l'approche du premier anniversaire de la mort du chanteur et poète, le 7 novembre, la ville canadienne multiplie les hommages à son " fils "


Peintures murales géantes cet été, exposition au -Musée d'art contemporain à l'automne : l'hommage de Montréal, la ville où il est né et qu'il n'a jamais cessé d'aimer, à Léonard Cohen a déjà débuté à l'occasion du premier anniversaire de sa mort, le 7  novembre. Dès la fin juin, un premier portrait monumental du chanteur et poète a fait son apparition sur le flanc d'un vieil édifice de neuf étages du quartier du Plateau-Mont-Royal, à deux pas de ce qui resta toute sa vie l'un de ses ports d'attache préférés : une petite maison en face du parc du Portugal. Le muraliste québécois Kevin Ledo s'est prêté au jeu dans le -cadre du Festival international d'art  public MURAL. Sous sa griffe de peintre à l'aérosol, le visage de l'homme au chapeau émerge d'une collerette d'art abstrait couleur mauve.


Ce même édifice Cooper avait été repéré pour accueillir une autre réalisation murale à l'effigie de Leonard Cohen, qui trouvera finalement place au centre-ville, dans le quartier des affaires. Encore plus grande, conçue à partir d'une  photo par l'artiste américain El Mac et le Montréalais Gene Pendon (surnommé Star-ship), l'œuvre, qui doit être achevée fin août, est peinte sur un -immeuble de vingt étages de la rue Crescent pour un coût de 201 000  euros, les deux tiers pris en charge par la ville. L'objectif est qu'elle soit visible à distance, depuis le belvédère du Mont-Royal, colline surplombant Montréal. " C'est au moins trois fois plus grand que ce que je fais d'habitude ", note Gene Pendon.


Grandiose encore, une projection sur un vestige industriel du port, le Silo no  5, marquera le 7  novembre le premier anniversaire de la disparition de Cohen, à l'âge de 82 ans. L'Américaine Jenny Holzer est maître d'œuvre de cette installation multimédia, qui fera défiler sur l'immense réservoir des extraits de poèmes et de chansons de celui qui fut élevé au rang de compagnon de l'ordre du Canada. Ce sera le prélude à l'exposition du Musée d'art contemporain, à laquelle Leonard Cohen avait donné son accord de son -vivant. Il l'avait fait, souligne John Zeppetelli, le directeur gé-néral et conservateur en chef, avec enthousiasme, ravi de cette " conver-sation culturelle contemporaine " inspirée par ses œuvres et ses archives personnelles, y compris sonores, et surtout tournée vers l'avenir, avec des créations d'autres artistes.


Présentée du 9  novembre au 9  avril  2018, accompagnée de concerts, l'exposition " Une brèche en toute chose/A Crack in Everything ", extrait d'un vers de  la chanson Anthem (1992) –  " There is a crack in everything. That's how the light gets in ", " Il y a une brèche en toute chose/C'est ainsi que pénètre la lumière " – explorera les multiples facettes de son travail.


Star locale et planétaire



A cette " star, profondément locale mais instantanément planétaire ", selon John Zeppetelli, il fallait un écrin transcendant sa personne. Si la manifestation présente ses réalisations, musicales, littéraires ou picturales, avec notamment une galerie d'autoportraits, elle donne aussi la parole à une quarantaine de cinéastes, musiciens et artistes visuels en provenance de dix pays, invités à revisiter l'univers de -Cohen et son héritage au travers d'œuvres inédites.

La Sud-Africaine Candice Breitz proposera ainsi une installation  multimédia baptisée I'm Your Man rassemblant des ad-mirateurs âgés de plus de 65 ans, qui enregistrent dans un studio  leur propre version de l'album de 1988. Dans une autre installation, A l'écoute de Leonard, la musique prendra également toute la place sous la direction de l'Orchestre philharmonique de Montréal, avec comme interprètes la Française Lou Doillon, les Américains Moby et Julia Holter ou les Britanniques Jarvis Cocker et Douglas Dare. Avec Hallelujah, musique et réalité virtuelle seront associées par l'Américain Zach Richter.

Le musicien français Christophe Chassol prépare de son côté une composition iconoclaste " ultrascore ", mêlant musique, sons et images. La danse n'a pas  été oubliée, avec une performance de Clara Furey, fille de -Carole Laure et Lewis Furey, grands amis de -Cohen. Ou comment transférer l'esprit de ses mots et de son chant en une -gestuelle contemporaine.

D'autres s'approprieront certains épisodes de sa vie, tel l'Allemand Kota Ezawa avec son film Cohen 21 (au sujet de la visite marquante que fit Cohen en  1965 dans un hôpital psychiatrique) ou les photographes québécois Carlos et Jason Sanchez, dont l'installation cinématographique se focalisera sur les années de jeunesse, la mort du père (Cohen avait 9  ans), son chien Tinkie… Le cinéaste israélien Ari Folman invitera les visiteurs à se confronter à la noirceur cohénienne avec une Depression Box. L'Irako-Américain Michael Rakowitz livrera, enfin, dans une pièce dont l'élément central est la L22 vert olive de l'auteur des Fleurs pour Hitler, une réflexion sur les dilemmes de l'artiste.

Anne Pélouas.



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Bridget

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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   Dim 22 Oct - 19:02

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Réalisée par Gene Pendon et El Mac sur un édifice du 1420, rue Crescent,
la murale de Leonard Cohen est bien visible depuis le belvédère du Chalet du mont Royal .




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MessageSujet: Re: LEONARD COHEN   

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