Entre ballades fiévreuses et pop-rock enfiévré, titres introspectifs et explosifs, ambiances intimistes et, somme toute, optimistes ; le cinquième album (Bad Cowboy) du ‘lonesome cow-boy’ parisien est un coup de lasso qui serre la gorge et accroche l’oreille.
Dans le monde de la dualité, un bien peut devenir un mal et un mal un bien, le facile et le difficile se parfont, l’avant et l’après se succèdent. De toute évidence, cette règle s’applique également au monde impitoyable de l’industrie du disque, où un succès fulgurant peut devenir un handicape capable de paralyser une carrière.
Axel Bauer en sait quelque chose, lui qui, à tout juste 22 ans, fut subitement propulsé au sommet des charts avec son imparable single “Cargo De Nuit”, puis qui passa les dix années suivantes à tenter de se débarrasser de ce ‘bâton dans les roues’ freinant inexorablement son évolution artistique.
Tombé malgré tout en disgrâce presque aussi rapidement qu’il fut hissé au firmament de la gloire, le nébuleux jeune homme tâchait alors de faire table rase du passé en s’exilant de l’autre côté de la Manche, et en devenant le premier artiste français à décrocher un contrat avec le label des Beatles, EMI.
Deux ans et un album plus tard, Bauer revenait à l’assaut de l’hexagone et se réimposait dans le paysage musical avec un nouveau single archi tubesque, “Eteins La Lumière”, tiré de son deuxième album Sentinelles (1992). L’histoire se répète alors, inlassablement, et le chanteur s’évapore de nouveau dans la nature (il se réfugie quelques mois dans une communauté Touareg du désert saharien, puis se retranche pendant trois ans en province), pour finalement réapparaître six ans plus tard avec un nouvel album, Simple Mortel, exempt de single éclatant cette fois-ci, mais le réhabilitant une fois pour toute en tant que musicien et auteur/compositeur accompli. Cette fois, c’est clair, Axel Bauer est bel et bien ‘back in the business’, et plus que jamais déterminé à y rester. Son album suivant, Achille (2000) [réédité deux ans plus tard et rebaptisé pour l’occasion, Personne n’est Parfait], le réexpédiera dans les petits papiers des journalistes et la stratosphère des ventes de disques (notamment grâce au single, “A Ma Place”, en duo avec Zazie), et le sacrera enfin ‘disque d’or’ pour la première fois de sa carrière.
Alors qu’il semblait avoir définitivement brisé le cycle infernal des ‘succès suivis de longues traversées du désert’, Bauer se volatilise néanmoins une fois de plus du circuit médiatique pour mener une nouvelle bataille : l’album suivant. Car il est dit que la carrière de Bauer ne sera jamais un long fleuve tranquille, mais un chemin chaotique où tout est à reconquérir en permanence.
«Tout d’abord, le fait d’avoir dû changer de label fut un gros coup dur, explique Bauer. Pour un artiste, il est très important de se sentir épauler par sa maison de disques, or Mercury et moi n’étions visiblement plus sur la même longueur d’ondes. Donc, j’ai perdu pas mal de temps et d’énergie à trouver un autre label prêt à me soutenir ».
Cinq rotations de la planète et un contrat avec Polydor plus tard, revoilà donc le cow-boy solitaire de retour avec un nouvel opus aux allures de parcours du combattant.
« A vrai dire, j’ai aussi galéré pour trouver des gens avec qui travailler. J’avais l’impression que mon côté perfectionniste rebutait beaucoup de monde, confie t-il. Finalement, j’ai quand même réussi à dénicher des musiciens formidables, comme le bassiste Gabriel Barry (ex Alphajet) et le batteur Geoff Dugmore (Killing Joke, Robbie Williams). Sans parler de Daniel Presley (réalisation) et du guitariste Franck Pilant (Aston Villa) qui ont une capacité de travail tellement phénoménale qu’à côté d’eux j’ai l’air d’être un fainéant ! » raconte t-il en riant.
Enregistré entre Pech-Guillou (près d’Agen), Grouse Lodge (en Irlande) et Saint-Tropez , Bad Cowboy est un recueil de 14 titres minutieusement ripolinés et parsemés de quelques digressions ‘jam’ diantrement inspirées, où les talents de musicien du chanteur prennent enfin toute leur dimension.
« Jusqu’à présent je ne m’étais jamais vraiment laissé aller avec mon instrument car j’avais le sentiment que les solos de guitares improvisés n’intéressaient personne, explique Bauer. C’est Daniel qui m’a persuadé d’exploiter davantage mes talents de guitariste. Il en a résulté des ‘jam sessions’ de plusieurs heures, où chacun de nous prenait son pied avec son instrument ».
Mélange de (pop)rock instinctif et étudié (”Alligator”, “Fais Comme Si”) et de ballades acoustiques minimalistes (”Merci”, “Ma Liberté”), Bad Cowboy est du Bauer à l’état pur.
Marie Cartier
http://www.zikaddict.fr/interviews-artistes-musiciens/mariecartier/axel-bauer/
Avis aux amateurs, et aux autres aussi, d’ailleurs.