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 L'HOTEL LAMBERT

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liliane
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MessageSujet: L'HOTEL LAMBERT   Mer 10 Juil - 18:40


En décembre 2004, Le Figaro avait visité les appartements de feu le Baron de Redé, longtemps le seul habitant de l'Hôtel Lambert dont Sotheby's dispersa les collections, trois mois plus tard à Paris. Archives d'un personnage d'un autre temps et d'un lieu mythique.

Au bout de la galerie d'Hercule qui annonce la galerie des Glaces de Versailles, sous le majestueux plafond peint par Le Brun bien avant qu'il devienne le premier peintre du roi en 1662, le regard plonge dans la Seine. Grise, ronde, civilisée, elle contourne la pointe de l'île Saint-Louis et court sous le pont Sully vers les berges du Marais. La vue depuis l'Hôtel Lambert, bâti en 1640 par le tout jeune architecte Le Vau à la naissance du quai d'Anjou, vaut sa légende et mérite bien une messe. La vente, les 16 et 17 mars 2005 par Sotheby's à la galerie Charpentier, de la collection du baron de Redé, «hôte du premier étage de l'Hôtel Lambert», dandy courtois à la Cecil Beaton et magicien de si nombreuses fêtes, en a donc fait office.


Il y a un charme perdu dans les appartements de ce personnage parisien (1922-2004), convive des meilleurs dîners, «grand seigneur et esthète» dont le titre de baron hongrois fut donné à sa famille de banquiers par l'empereur François-Joseph en 1916. Laissant aux puristes du sang-bleu le débat éternel entre titre et noblesse, ce petit homme à l'élégance minutieuse à l'instar d'un duc de Windsor qu'il fréquenta et dont Sotheby's vendit le chic avec éclat a mis à profit son séjour en l'Hôtel Lambert pour décliner un savoir-vivre qui fait aussi partie de l'histoire de l'art.

«C'est le dernier exemple en mains privées d'un hôtel particulier du XVIIe merveilleusement conservé, avec une galerie peinte incomparable», soulignait en fervent historien des arts décoratifs, le Parisien Jean-Dominique Augarde. La façade, la rotonde et le jardin ont ainsi vécu les riches heures des frères Lambert (jusqu'au procès Fouquet), de la marquise du Châtelet qu'aima longtemps Voltaire, puis de la princesse Czartoryska dont l'époux donna des fêtes somptueuses qui accueillirent George Sand et Chopin, Delacroix et le poète Adam Mickiewicz à la bibliothèque polonaise, sise au n°6 du quai d'Orléans.

En cette fin 2004, l'ordonnancement somptueux de la bibliothèque avec ses colonnes de pierre bleue et ses livres aux armes est seulement troublé par le tri des collections du baron de Redé (L'Aveugle par l'amour, de Fanny de Beauharnais, tante de Joséphine et marraine de la reine Hortense, exemplaire de la bibliothèque de Napoléon en maroquin rouge à ses armes par Meslant) et de celles, autrement plus époustouflantes, des Rothschild, alors maîtres élégants de ces lieux.


La culture et le goût français se jugent aux petites et aux grandes choses. Le baron de Redé l'égrena comme le Petit Poucet ses cailloux blancs, du corridor tapissé de photos du Tout-Paris sous le charme de Marie-Hélène de Rotschild et du yachtman Arturo Lopez Wilshaw, à la lingerie sculpturale comme le château de Blois où dorment ses complets de gentleman.


Marie-Helene de Rothschild et le Baron Alexis de Rede


Qu'on en juge par sa chambre alors restée intacte, en forme de tente bleu acier avec son lit Empire en acier pour copier celle du comte d'Artois à Bagatelle, fameuse pour sa cheminée aux fûts de canon en bronze par Gouthières. Par les alignements de ses chaussures noires de smoking, rangées avec leur noeud en gros grain plat, comme des trophées. Par le mariage des sculptures en ivoire, si chères à feu Maurice Rheims, posées sur son bureau plat Louis XV estampillé Dubois en placage de bois de rose et bois de violette. Par l'ex-libris travaillé comme un portrait, des armes avec lion, abeille et couronne, à l'étoile dessinée par quatre chiffres «4» qu'il faisait imprimer jusque sur ses pochettes d'allumettes.


«Quand j'avais besoin de ses conseils, j'allais déjeuner seule avec lui à l'Hôtel Lambert. Chaque fois, j'étais frappée par la symbiose qui existait entre Alexis et les objets qui l'entouraient, comme si le décor qu'il avait créé et le raffinement dans lequel il vivait répondaient à une exigence intime d'harmonie et de beauté», se souvenait alors son amie, la princesse de Beauvau Craon, femme de tête et de coeur qui venait d'être décorée en toute discrétion de l'Ordre national du Mérite et présidente à laquelle Sotheby's devait cette vente à la belle provenance parisienne (plus de 700 lots et deux jours de vente après le banquet de Maastricht!)

C'est ce temps retrouvé que jaugent les enchères. Prisant l'inestimable comme le lustre Louis XV en bronze doré et cristal de roche à 32 bras de lumière portant tous le «C» couronné, un lustre fabuleux qui coûtait déjà une fortune au XVIIIe siècle, comme le marché n'en voit guère (estimé 1 à 2 Me). L'exotique comme les six fauteuils Queen Ann en bois doré avec leur canapé qui trônaient dans la galerie d'Hercule (200 000-300 000 e). Et une foule d'objets, verrerie, porcelaine, argenterie, nécessaire de toilette en bois de Bagard fin XVIIe et autres «memorabilia» sélectionnés par Jean-René Delaye pour Sotheby's, qui racontaient un homme, ses passions, son temps et ses rêves de grandeur.

Roses odorantes et lys royaux


Mourir en beauté ? Ce fut le dernier coup de théâtre du Baron de Redé, esthète qui laissa le Tout-Paris sans voix, ce petit cénacle pourtant habitué à d'autres protocoles exhubérants ou princiers. La Messe des funérailles & Absoute pour le repos de l'âme du baron Alexis de Redé, le mardi 14 septembre 2004, avait rempli de roses odorantes, de lys royaux, de prières grandioses et de chants sublimes, la sage église Saint-Louis en l'Ile, habituée à plus de retenue dans ses baptêmes, ses unions et ses adieux.

Chant de l'Introit, Collecte, Epître, Graduel, Trait, Séquence, Evangile, rite de l'Offertoire, rite du Saint-Sacrifice, canon de la Messe et rite de la Communion... Cette messe selon le rite de saint Pie V, avec son livret de 12 pages aux titres calligraphiés en rouge latin en romain et français en italique était célébrée par l'abbé traditionaliste Konrad zu Löwenstein (fraternité saint Pierre). Un petit peu du Saint Empire romain germanique avec cette personnalité du gotha. Et une touche rock & roll avec ce fils de l'un des managers des Rolling Stones, grand ami de feu Alexis de Redé.

Le chœur et l'orchestre de Paris-Sorbonne étaient là pour célébrer la mémoire d'un homme qui rêva de grandeur, apportant par le chant et la musique la majesté d'une messe royale. En descendant les quelques marches de Saint-Louis en l'Île après Mme Chirac, les Balladur, Hubert de Givenchy et Pierre Bergé, un grand nom de Paris soupira, médusé par tant de magnificence et de prévision post-mortem: «J'aimerais savoir écrire!»

Valérie Duponchelle

http://www.lefigaro.fr/culture/2013/07/10/03004-20130710ARTFIG00449-retour-en-l-hotel-lambert-avec-le-baron-de-rede.php
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