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 MICHEL ONFRAY

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Bridget

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MessageSujet: MICHEL ONFRAY   Sam 21 Juil - 20:00

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MICHEL ONFRAY




Le penseur iconoclaste





@Joelle Dollé




Il possède une réputation, Michel Onfray. Sa façon différente de voir les choses le pose en anticonformiste, en empêcheur de penser en rond.
Ses ouvrages, qui suscitent souvent la polémique, sont le produit d’une pratique intellectuelle qui doit impérativement sortir des ornières habituelles.
Gourou pour les uns. Simple professeur pour les autres.

Chose certaine, Michel Onfray le philosophe est lu, brasse les cages et ne laisse personne indifférent.




Doté d’une plume d’exception, Michel Onfray aurait pu se contenter de mettre son talent au service du savoir établi, en écrivant par exemple une énième histoire de la philosophie classique.
Voulant aller plus loin, il décide notamment de faire découvrir les philosophes hédonistes, tombés dans l’oubli. En offrant cette espèce de contre-histoire de la philosophie, Michel Onfray propose une éthique de vie. Il le fait en se basant sur sa propre existence, riche en rebondissements et tragédies.



Issu d’une famille modeste, Michel Onfray naît en 1959 dans un petit bled de Normandie. Rien ne semble le prédestiner à la philo. À 10 ans, il connaît un premier choc : sa mère le confie à un orphelinat.

Plus tard, il travaille dans une usine. Nouvelle expérience traumatisante. Il trouvera pourtant sa voie, d’abord dans l’enseignement, devenant prof de philosophie dans un lycée technique. Plus tard, il ravive la flamme de l’université populaire en France, qui vise à démocratiser le savoir. Nouveau succès.


Sa santé fragile le fait travailler dans l’urgence. Un infarctus à 27 ans déclencherait-il sa réflexion sur l’hédonisme, sujet clé dans son œuvre ? Cet accident offre en tout cas une clé pour comprendre le personnage Onfray.
Comme il le dit lui-même, les idées des philosophes se comprennent à la lumière de leur propre vie, et à l’écoute de leur propre corps.



Largement écouté et diffusé, le philosophe connaît un retentissement non négligeable dans la société. Le succès ne se dément pas. Onfray devient une personnalité médiatique et on s’interroge sur ce phénomène philosophique. N’oublions pas, cependant, que c’est son œuvre, riche et originale, qui a fait son renom.



http://mo.michelonfray.fr/
@contact





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Bridget

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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Dim 22 Juil - 0:56

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Envers et contre Dieu












Certains le considèrent comme un gourou. D’autres comme un simple professeur, ou plus méchamment, un « pauvre fesseur ». Chose certaine, le philosophe Michel Onfray est lu, il dérange et ne laisse personne indifférent.


Mais pour la grande majorité de ceux qui s’intéressent à ses réflexions, Michel Onfray est surtout un philosophe brillant, qui pense et vit à partir d’une base philosophique et éthique parfaitement établie.


Écrivain hors pair, Onfray aurait très bien pu écrire une énième histoire de la philosophie classique. Il aurait pu broder autour de la philosophie platonicienne, chrétienne et dualiste. Cependant, il a estimé qu’il n’aurait rien à ajouter à ce qui avait déjà été écrit. Il voulait aller plus loin, sortir des sentiers battus.


Onfray a donc décidé de faire connaître et comprendre la pensée de philosophes hédonistes tombés dans un certain oubli. En proposant une contre-histoire de la philosophie, Onfray vise surtout à proposer une éthique de vie.
Il le fait en se basant sur sa propre existence qui fut semée d’embûches.







La mort à dix ans






Michel Onfray est né avec la nouvelle année 1959, soit le 1er janvier. Son père était ouvrier agricole, et sa mère, femme de ménage. La famille, pauvre, était établie à Chambois, un petit village de 500 habitants situé à une douzaine de kilomètres d’Argentan, dans le département de l’Orne, en Basse-Normandie.


Rien dans cet environnement ne prédestine le jeune Onfray à la philosophie. Deux livres seulement se trouvent dans la maison : un dictionnaire et un livre de cuisine. L’enfance de Michel Onfray sera marquante, et il livrera ses secrets au compte-gouttes, au fil de ses bouquins.



« Dans cette cuisine, nous vivions en permanence : Pour les petits déjeuners, les déjeuners et les soupers, les bains pris dans une bassine métallique, les leçons et les devoirs, les fêtes et le tout-venant, les jours de bonheur et ceux de tristesse, les étés chauds et les hivers glacés, les nuits d’insomnie et les journées banales. Moins de vingt mètres carrés pour une existence à quatre. » [1]



Onfray est donc élevé dans la pauvreté. Comme si ce n’était pas assez difficile, il connaîtra un véritable choc à l’âge de dix ans. Sa mère, qui fut elle-même abandonnée par la sienne, confia le jeune enfant de dix ans à un orphelinat :



« Je fus donc conduit en septembre 1969 dans cet orphelinat qui se nomme Giel - un mélange de gel et de fiel. Certes, on y accueillait des enfants ayant encore leurs parents, mais l’endroit fut conçu au XIXe siècle comme un lieu pour les seuls orphelins. Sur le cachet des enveloppes, l’en-tête des courriers officiels, les pancartes de signalisation routière, les bulletins scolaires, les tampons ovales de l’école, les annonces des journaux, les comptes rendus dans la presse locale, le mot s’y trouvait bel et bien : orphelinat.




Que signifie pour un enfant de dix ans d’être conduit là sinon qu’on l’abandonne ? La suite permet de réécrire l’histoire et, oubliant la maison de correction, les enfants de troupe, et autres douceurs affectives, ma mère raconta souvent depuis qu’elle prévoyait la suite de mes études dans le supérieur et que le pensionnat préparait correctement à cette suite ignorée et très improbable que révéla mon existence.

Pourquoi pas le collège le plus proche - où mon frère fit ses études ? Et d’où il rentrait tous les soirs. Giel fut bien pour ma mère l’occasion de troquer sa position d’abandonnée pour celle d’abandoneuse. » [2]


Onfray vivra quatre années dans cet orphelinat, puis trois années supplémentaires dans une autre pension. Sept longues années remplies d’amertume. Au sortir de cette époque difficile de sa vie, Onfray se décrit comme un mort-vivant.
Dès lors, il a développé une aversion, une haine contre l’autorité.




« Dès l’orphelinat de Salésiens où je fus envoyé par mes parents à l’âge de dix ans, dès la première main levée sur moi, dès les premières vexations infligées par les prêtres, dès les autres humiliations contemporaines de mon enfance, plus tard, à l’usine où je fus quelques semaines, puis à l’école ou à la caserne, j’ai rencontré la révolte, connu l’insoumission. L’autorité m’est insupportable, la dépendance invivable, la soumission impossible. » [3]

Notes:

[1] Le désir d’être un volcan, p. 216
[2] La puissance d’exister, p. 18-19
[3] Le Devoir, 25 mai 1998




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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Dim 22 Juil - 1:18

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L' USINE













Le cœur économique de la région d’Argentan battait au rythme d’une fromagerie, qui fournissait du boulot à plusieurs habitants, et dont les petits commerces dépendaient pour leur prospérité. Le patron de l’usine, qu’on appelait monsieur Paul, était un véritable notable de l’endroit :



« Mes parents lui devaient leur emploi et mon père quelque gratitude, notamment parce qu’il avait prêté une voiture pour conduire sur sa fin ma grand-mère à l’hôpital. On l’aimait comme alors le paternalisme rendait possible ce genre d’amour. Il possédait tout, du ventre des femmes qu’il élisait aux maisons qu’il collectionnait dans le village. » [1]



Déjà révolté contre l’autorité, Onfray connaîtra un autre passage difficile. Le 1er juillet 1975, Michel Onfray met les pieds dans une usine, soit la fromagerie de Chambois. Cette fois-ci, il ne vient pas chercher du lait comme il l’avait si souvent fait dans sa jeunesse. Non, ce jour-là, il entre à la fromagerie en tant qu’employé. Une expérience marquante commence alors.


Le jeune homme est frappé et bouleversé par les conditions de travail difficiles, et ses souvenirs sont demeurés vivaces :



« Les doigts pincés dans les clayons bleuissaient puis noircissaient de sang coagulé, les yeux piquaient à force de liquides brûlants instillés sous les paupières, les nerfs et les os du dos vrillaient l’influx et la colonne vertébrale dans les reins, les muscles des bras tremblaient, tétanisés par la réitération de l’effort et la pensée vagabondait, mais toujours ramenée dans mon esprit au travail et aux conditions dans lesquelles elle s’exerçait.

La peau de mes mains commença à se gondoler, à gonfler, à blanchir, puis à partir, morceau par morceau. De petits fragments, des pellicules, des amas cellulaires grattés à l’ongle se déposaient au creux de mes paumes. Puis de plus grands lambeaux qui, sous eux, laissaient une chair à vif chaque matin arrosée à nouveau de saumure. » [2]


Cette incursion à l’usine - le temps d’un été en 1975, ainsi qu’une deuxième plus longue en 1977 - révolte Onfray.
Déjà grand lecteur, il découvre par hasard les géants que sont Nietzsche, Marx et Freud, en se procurant des livres d’occasion. Il en fait une « lecture sauvage ».

Puis viennent les auteurs anarchistes qui le marquent définitivement : Stirner et son individualisme radical, Bakounine, Proudhon et Jean Grave.

Pour le jeune Onfray qui a été élevé dans la religion catholique, ces lectures sont de véritables révélations.
Suite à sa détestable expérience de travail, à cause de la tyrannie d’un contremaître pointilleux, et grâce à ses lectures, la fameuse devise des anarchistes Ni Dieu, ni maître, se grave de façon indélébile dans son esprit.


Le travail d’Onfray à la fromagerie se terminera brutalement, alors qu’il quitte soudainement l’usine en plein quart de travail, à la suite d’une violente querelle avec son contremaître. La stupéfaction que son geste provoque chez ses collègues de travail, mais aussi l’envie que cela suscite, le marqueront également de façon durable.

Notes:

[1] Politique du rebelle, p. 15
[2] Politique du rebelle, p. 18-19





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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Dim 22 Juil - 1:32

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La formation













Le jeune Onfray, issu d’un milieu pauvre, ne semblait pas destiné aux études supérieures. Il rêvait plutôt de devenir biologiste ou conducteur de train.
Et pourtant, la vie et le talent le conduisent à l’université de Caen, où il se passionne pour la philosophie. Son professeur de philosophie antique et médiévale, Lucien Jerphagnon l’impressionne tellement qu’il en devient son maître à penser.






Lucien Jerphagnon et Michel Onfray lors d'une conférence à Caen, en 1991.



Onfray l’athée affirmera que ce professeur lui apprit à lire, à écrire et à penser, et ce, malgré le fait que Jerphagnon soit un philosophe chrétien. Quel paradoxe !
Toutefois, malgré l’estime mutuelle qu’ils se portent aujourd’hui, les deux philosophes semblent en brouille pour des raisons nébuleuses.



Le professeur Jerphagnon a eu le mérite de faire connaître à ses élèves, et à Michel Onfray en particulier, le poète et philosophe romain Lucrèce (de 99 à 55 av. J.-C. environ).
Onfray découvre alors qu’il est possible de développer une éthique sans toutefois être chrétien.
C’est particulièrement le poème De natura rerum, aussi connu sous le non de De rerum natura (De la nature des choses) qui frappera l’étudiant Onfray.


Précisons ici que Lucrèce fut en quelque sorte l’héritier des idées d’Épicure, et que son poème didactique en six chants, De natura rerum, est la source de notre connaissance de l’épicurisme.



Voici de courts extraits de cette œuvre. Tout d’abord, le vers 62 portant sur la victoire d’Épicure sur la religion :


[1,62] Jadis, quand on voyait les hommes traîner une vie rampante sous le fait honteux de la superstition, et que la tête du monstre leur apparaissant à la cime des nues, les accablait de son regard épouvantable, un Grec, un simple mortel osa enfin lever les yeux, osa enfin lui résister en face.
Rien ne l’arrête, ni la renommée des dieux, ni la foudre, ni les menaces du ciel qui gronde ; [1,70] loin d’ébranler son courage, les obstacles l’irritent, et il n’en est que plus ardent à rompre les barrières étroites de la nature.
Aussi en vient-il à bout par son infatigable génie : il s’élance loin des bornes enflammées du monde, il parcourt l’infini sur les ailes de la pensée, il triomphe, et revient nous apprendre ce qui peut ou ne peut pas naître, et d’où vient que la puissance des corps est bornée et qu’il y a pour tous un terme infranchissable. La superstition fut donc abattue et foulée aux pieds à son tour, et sa défaite nous égala aux dieux.



Ou encore un exemple des méfaits de la religion, à partir du sacrifice d’Iphigénie par son père Agamemnon :


[1,80] Mais tu vas croire peut-être que je t’enseigne des doctrines impies, et qui sont un acheminement au crime ; tandis que c’est la superstition, au contraire, qui jadis enfanta souvent des actions criminelles et sacrilèges.
Pourquoi l’élite des chefs de la Grèce, la fleur des guerriers, souillèrent-ils en Aulide l’autel de Diane du sang d’Iphigénie !
Quand le bandeau fatal, enveloppant la belle chevelure de la jeune fille, flotta le long de ses joues en deux parties égales ; quand elle vit son père debout et triste devant l’autel, [1,90] et près de lui les ministres du sacrifice qui cachaient encore leur fer, et le peuple qui pleurait en la voyant ; muette d’effroi, elle fléchit le genou, et se laissa aller à terre.
Que lui servait alors, l’infortunée, d’être la première qui eût donné le nom de père au roi des Grecs ?

Elle fut enlevée par des hommes qui l’emportèrent toute tremblante à l’autel, non pour lui former un cortège solennel après un brillant hymen, mais afin qu’elle tombât chaste victime sous des mains impures, à l’âge des amours, et fût immolée pleurante par son propre père, [1,100] qui achetait ainsi l’heureux départ de sa flotte : tant la superstition a pu inspirer de barbarie aux hommes !



À la lecture de ce poème, Onfray est convaincu qu’il est possible d’avoir une morale sans Dieu.

« La parole philosophique m’a sauvé. C’est à l’université de Caen que j’ai découvert Lucrèce, et la philosophie par le poème. J’ai été sidéré : on pouvait donc être moral sans croire en Dieu.


Ce fut une illumination, une conversion. Étant de gauche, je ne capitalise pas, je partage. Ce qui ne m’empêche pas d’écrire mes livres, mais un vivant ne s’enferme pas dans sa bibliothèque.
J’en sors pour enseigner une philosophie comme alternative à la philosophie officielle. » [1]



Notes:

[1] Magazine littéraire, mai 2005





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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Ven 27 Juil - 19:58


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La maladie et la mort












En 1987, Michel Onfray n’a que 27 ans. Il est devenu professeur de philosophie dans un lycée technique. Il est jeune, en pleine possession de ses moyens, et pourtant... Onfray est soudainement victime d’un infarctus. Il survit, s’accroche à la vie.


Pendant sa réhabilitation, le philosophe lira ce que certains de ses collègues ont écrit sur le corps et sur la nourriture. Cette curiosité se traduira par une expertise en la matière et Onfray publiera un livre intitulé Le ventre des philosophes. Critique de la raison diététique (1989).

Dans ce bouquin, il soutient que la diététique s’insère dans un projet éthique et philosophique : « on se nourrit comme on est, on préconise des nourritures qui sont liées à l’idée que l’on se fait du corps, de la matière, du monde... ». [1]



Est-ce que cet infarctus précoce est à l’origine de sa soif de vivre, de sa recherche du plaisir ?
Est-il à la source de sa réflexion sur l’hédonisme ? Cet incident médical représente une clé pour comprendre le personnage Onfray, car comme il l’avance lui-même, les idées des philosophes se comprennent à la lumière de leur propre vie, et à l’écoute de leur propre corps.



Quoi qu’il en soit, la maladie, et même la mort, rôdent autour de Michel Onfray. Car, outre cette première alerte en 1987, un autre incident vient le perturber en 2004. Il est alors victime d’un léger accident vasculaire cérébral. Sa vie ne tient, finalement, qu’à un fil.

« Je butais sur les mots dans la conversation. Et surtout, je n’arrivais plus à écrire une ligne. Moi qui n’ai jamais connu l’angoisse de la page blanche - j’ouvre le robinet, je ferme le robinet, j’ouvre le robinet, je ferme le robinet ... - comme par hasard, c’était l’aire responsable de la graphie qui était atteinte ! Je me suis vu devenir un légume et j’ai pensé me flinguer. » [2]


Puis deux semaines plus tard, la situation se corse encore, et il est transporté par hélicoptère d’Argentan vers Caen. Il pense que sa fin est arrivée, mais l’heure de sa mort n’a pas encore sonné.

Notes:

[1] Magazine littéraire, novembre 1993
[2] Lire, février 2006


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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Ven 27 Juil - 20:11

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L’hédonisme





@Frédéric Raevens




Hédonisme : « Doctrine qui prend pour principe de la morale la recherche du plaisir, de la satisfaction et l’évitement de la souffrance. » [1]
« Mon hédonisme, je le conçois comme une ascèse, une construction. Ce n’est pas un abandon du désir, mais une sculpture du désir. » [2]
« Je tiens que, pour moi, l’hédonisme est à la morale ce que l’anarchisme est à la politique : une option vitale, exigée par un corps qui se souvient. » [3]



Le corps d’Onfray se souvient qu’il a frôlé la mort. Cela aura un impact important sur ses écrits et ses réflexions. Mais comment écrire sur l’hédonisme et y réfléchir sans prêter flanc à la critique voulant que l’on soit à la recherche de plaisir ou même de libertinage ?


Ce n’est pourtant pas l’objectif ou le style de vie de Michel Onfray. Dans son enquête portant sur Onfray, la revue Lire a confié à François Busnel la responsabilité de nous présenter ce personnage.


« La philosophie, nous dit Onfray, ne doit pas se borner à problématiser, à faire l’histoire des questionnements, mais devrait devenir la “discipline des solutions”. » [...] Comment ?



Michel Onfray prône pour cela l’hédonisme, le cynisme, le matérialisme, l’utilitarisme.
Mais levons les malentendus : son hédonisme ne consiste pas à se vautrer dans la fange, le lucre et le luxe mais à se comporter en disciple d’Épicure (ou plutôt de Lucrèce) ; son cynisme ne le porte pas à devenir un être sans foi ni loi mais à s’inspirer de Diogène de Sinope trop connu pour son tonneau et sa tendance masturbatoire et pas assez pour ses idées ; son matérialisme ne signifie pas qu’il est intéressé par l’argent mais qu’il pense, comme Démocrite, que le réel est réductible à la matière ; son utilitarisme ne veut pas dire qu’il privilégie ce qui représente un intérêt pour sa carrière mais ce qui fonde le système économique et éthique développé par John Stuart Mill et Bentham.



L’hédonisme d’Onfray n’a donc rien à voir avec le libertinage débridé ou le consumérisme à tous crins. Il s’agit de la recherche du plaisir pour soi et pour les autres.
Une quête de l’éviction du déplaisir, si l’on préfère, où l’on cherchera avant tout à ne pas se rendre malheureux.
La douleur incarne, pour Onfray, le mal absolu, la négativité même : ne pas vivre pleinement sa vie est un crime dont nous sommes les seuls coupables. » [4]


Notes:

[1] Le Petit Robert, 2006
[2] Lire, février 2006
[3] Politique du rebelle, p. 10-11
[4] Lire, février 2006



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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Sam 28 Juil - 12:55


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L’athéisme












En 2005, Onfray publie un livre important et provoquant : Traité d’athéologie.

En ce début du XXIe siècle, alors qu’on entend constamment parler de religion, on peut se demander si le sujet est dépassé ou, au contraire, terriblement d’actualité :


« Bien sûr, on observe un déclin de la pratique de la religion chrétienne en Europe, mais c’est ce qui reste de judéo-chrétien dans les cerveaux ou dans les inconscients qui m’intéresse.
Lorsque j’ai publié mon premier livre, en 1989, l’athéisme semblait acquis, il était serein. Aujourd’hui, on assiste à une montée en puissance de l’islam sur le terrain politique, la laïcité devient un enjeu de taille. » [1]



L’argumentaire de Michel Onfray porte donc sur l’inconscient religieux de nos sociétés occidentales.



« Effectivement, on pourrait croire que les églises se vident, que plus personne ne croit vraiment, que les invites du pape ne font plus recette, et que même les chrétiens prennent des libertés à l’endroit de leur religion - qu’ils connaissent d’ailleurs plutôt mal dans l’ensemble et pratiquent à la carte.

Mais peu de gens se marient ou se font enterrer sans demander le secours de l’Église. Reste de pensée magique probablement, mais aussi persistance d’un formatage judéo-chrétien dans les consciences : nous pensons, conceptualisons, imaginons, rêvons, souffrons, jouissons avec un corps fabriqué par et pour une civilisation chrétienne. » [2]



Dans son Traité d’athéologie, Onfray dénonce avec vigueur les trois religions monothéistes pour leurs haines envers la sexualité, le plaisir, le corps, les femmes, et peut-être aussi envers la vie elle-même.



« La pensée judéo-chrétienne a profondément marqué les esprits. Elle s’est nourrie du platonisme, dont la figure centrale de l’ascète se construit dans la détestation du corps, de la chair, des désirs et des plaisirs.
Platon a, en quelque sorte, gagné contre Diogène, Épicure et les cyrénaïques. Dommage. Toute sa théorie du plaisir est culpabilité. Assez tôt, j’ai réalisé qu’elle était toute entière contenue dans la pensée chrétienne, qui professe le renoncement et la condamnation de la chair, le célibat, le veuvage, la promotion de la virginité, du mariage et de la monogamie. » [3]



Comment et pourquoi Onfray a-t-il décidé de se mettre à l’écriture d’un sujet aussi brûlant ?


« J’ai été invité à l’émission de Franz-Olivier Giesbert, Culture et dépendances, sur France 3, pour parler de Féeries anatomiques qui est un livre dans lequel j’évoque le cancer du sein de ma compagne et où j’explique, mais entre autres propositions, qu’il serait temps de déchristianiser le corps.

Ce discours a déclenché une véritable bronca : “On en a assez de l’athéisme d’Onfray !”


À la suite de l’émission, j’ai reçu des lettres d’injures, ce qui est courant, mais aussi des menaces de mort, ce qui me semble moins normal. Ce fut l’élément déclencheur.

Tout de même, recevoir des menaces de mort parce qu’on s’affirme athée, cela me semble poser problème, non ?

Disons que ce n’est pas très charitable. J’ai donc décidé de mettre les choses au point et de creuser le problème de l’athéisme : montrer que l’athéisme est une position philosophique, tenable et défendable, et qu’elle est même le soubassement de l’hédonisme.
Mais pour moi ce Traité d’athéologie n’est qu’une parenthèse, pas une fin en soi. » [4]




Avec son Traité d’athéologie, Onfray s’attaque en particulier aux textes sacrés des trois religions monothéistes.

« Pour moi, les livres des trois religions monothéistes ne sont pas sacrés. Ce ne sont que des livres historiques. Ces textes ne sont pas la parole de Dieu. Si c’était le cas, Dieu se contredirait souvent !
Ce que les religieux estiment être la parole de Dieu, ce n’est au fait que des états d’âme consignés sur du papier. Ces textes ne sont qu’un corpus constitué au fil du temps en fonction d’une kyrielle d’intérêts humains.
Donc, je mets en perspective les textes et l’usage politique que l’on fait de ces textes. Je n’ai pas vu que les religions se soient souvent servies de la paix, de l’amour du prochain.
Au contraire, quand elles ont été manifestes dans l’Histoire, elles ont surtout engendré des guerres, des assassinats, des massacres, des pendaisons, des procès, des autodafés, des bûchers, des exclusions...
Je n’ai pas inventé ces faits historiques irrécusables. C’est l’Histoire qui en témoigne. » [5]




Cette charge a provoqué une controverse importante, et des répliques très bien documentées ont été publiées rapidement, dont celles de l’historien René Rémond, du romancier Matthieu Baumier, et de la philosophe Irène Fernandez.
On a reproché à Onfray, entre autres choses, d’avoir laissé la passion l’emporter sur le raisonnement.
En fait, Onfray dresse-t-il seulement un constat, ou a-t-il des solutions à proposer ?



« À l’heure où se profile un ultime combat déjà perdu pour défendre les valeurs des Lumières contre les propositions magiques préconisées par les religions, il faut promouvoir une laïcité post-chrétienne, à savoir athée, militante et radicalement opposée à tout choix de société entre le judéo-christianisme occidental et l’islam qui le combat.


Mais pour qu’un vrai athéisme soit fonctionnel et performant, il faudra d’abord “déconstruire” les monothéismes, c’est-à-dire mettre à nu leurs tares, leurs perversités, leurs contradictions, leur dangerosité...

Ensuite, pour que nous puissions nous dépêtrer une fois pour toutes de l’emprise que la religion exerce au niveau social, il va falloir légiférer pour empêcher que les fondamentalistes, surtout chrétiens et musulmans, continuent à nous imposer leurs vues et leurs credo rétrogrades sur des faits de société capitaux. » [6]




Tous ces débats sont de bon ton, et Onfray doit sûrement s’en réjouir.


Mais écrire sur la religion peut être un exercice périlleux.
Le cas du philosophe Robert Redeker, professeur dans un lycée français, qui a écrit en septembre 2006 un texte dans le journal Le Figaro, le prouve sans l’ombre d’un doute.
En écrivant une tribune très dure contre l’islam, les islamistes et Mahomet, ce philosophe s’est placé dans une position très délicate et a dû se cacher et vivre sous protection policière.



Dans sa défense de Redeker, l’éditorialiste Alexandre Adler du Nouvel Observateur a fait un parallèle avec les opinions religieuses de Michel Onfray, à qui il reconnaissait le droit de critiquer la religion :


« On a parfaitement le droit de critiquer la religion. Si vous prenez un philosophe très en vue, Michel Onfray, si vous lisez les pages qu’il a écrites à propos de la religion, il y a des choses qui ne font pas plaisir. Il prétend par exemple que la circoncision est une mutilation physique qui altère le comportement de ceux qui y ont été confrontés. Cela concerne les Juifs, mais également une grande partie des Musulmans.
S’il estime que je suis un peu taré parce que je suis circoncis, c’est son droit, je ne vais pas lui envoyer des menaces de mort. » [7]


Notes:

[1] Le Point, 10 février 2005
[2] Psychologie, février 2005
[3] Ça m’intéresse, juin 2002
[4] Lire, février 2006
[5] Voir, 22 septembre 2005
[6] Voir, 22 septembre 2005
[7] Nouvelobs.com, 5 octobre 2006


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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Sam 28 Juil - 13:19


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L’Université populaire


http://upc.michelonfray.fr/









Revenons quelques années en arrière. Deux mille deux est une année charnière. Après vingt ans d’enseignement dans son lycée technique, Onfray quitte soudainement son poste. Pourquoi ? Il s’en est expliqué dans les pages du Nouvel Observateur :




« Je quitte donc mes élèves avec un peu de tristesse, certes, mais l’Éducation nationale avec une réelle jubilation. Car je ne supportais plus la police qui l’accompagne, faite de petits chefs et de frustrés qui n’aiment ni les élèves ni la transmission du savoir, eux qui célèbrent exclusivement l’ordre, la hiérarchie, la discipline, l’autorité, la soumission.


Ils parlent création de la personne, fabrication de la liberté, structuration de l’autonomie, initiation à la responsabilité, et pensent cahiers de textes, contrôles des présences, billets d’absence, avertissements, colles, conseils de discipline, interdiction de redoublements.

Ils prétendent former des individualités, en fait ils jouissent de produire des domestiques qui leur ressemblent. » [1]



Malgré son départ du lycée, Onfray est encore et toujours passionné de philosophie et d’enseignement. C’est sa vie, son moteur, et c’est aussi une éthique.



Il décide alors de proposer un projet très particulier, qu’on croyait à l’origine voué à l’échec. Il met sur pied une Université populaire (UP). Ce concept n’était pourtant pas nouveau.

L’idée de ces universités populaires serait née au Danemark, et aurait été promue par un pasteur luthérien, Nicolai Grundtvig (1783-1872).



En France, l’idée d’une université populaire date de la fin du XIXe siècle. Suite à la troublante affaire Dreyfus, un typographe nommé Georges Deherme fonde l’université populaire, qu’il nomme Coopérative des idées.
Des intellectuels, des écrivains, des professeurs et des philosophes se joignent à ce mouvement et décident d’offrir des cours gratuits à la classe ouvrière. Ce phénomène va s’étendre de 1898 à 1914.



Voici comment Onfray explique la naissance de son Université populaire http://upc.michelonfray.fr/



« À l’origine de l’Université populaire de Caen - qui fête son lustre à la rentrée 2006 !-, se trouve un électrochoc politique semblable à celui de la fin du XIXe siècle lors de la création des Up premières manières.
De fait, vers 1898, l’affaire Dreyfus coupe la France en deux : militaristes, antisémites, nationalistes, patriotes, contre-tenants de l’innocence du Capitaine.
En 2002, le suffrage universel direct installe au second tour des élections présidentielles un candidat qui, pour n’être pas fasciste, s’est fait remarquer sa carrière politique durant pour sa bienveillance envers Vichy et le national-socialisme.



Cette parole populaire excédée est moins à condamner qu’à comprendre, puis à combattre par autre choses que l’insulte, le mépris, la haine, ici contre-productifs.
Nous avons souhaité reprendre le flambeau des Lumières qui s’opposaient aux barbaries de leur temps - féodalités politiques, pensées magiques monothéistes, pouvoir personnel, etc. - par la promotion et la publicité de l’intelligence.
D’où l’Université Populaire de Caen qui propose une douzaine de séminaires pour analyser et comprendre le fonctionnement du monde, puis avancer des alternatives à la négativité contemporaine.




Nul ne l’ignore plus, notre époque se définit par la mondialisation sous sa forme libérale : l’argent fait la loi, le marché guide l’économie, certes, mais aussi la plupart des productions culturelles, les consciences, les relations entre les hommes - dans le cadre national, certes, mais aussi international.


La planète, devenue l’étroit champ de bataille du marché, supporte en effet le poids de cette guerre qui ne dit pas son nom et qui, de fait, la met en péril par la dégradation des biodiversités.
Cette guerre qui ne dit pas son nom, et dont l’ennemi qualifie le résistant à l’unidimensionnalité voulue par les grands fauves politiques, génère partout des fractures en relation avec la logique de la paupérisation : de moins en moins de privilégiés, qui le sont de plus en plus, et de plus en plus de sacrifiés, qui le sont de plus en plus. »




Site Internet de l’Université populaire du goût http://upa.michelonfray.fr/



En 2002, le contexte sociopolitique français est évidemment bien éloigné de celui de 1898. Les combats ne peuvent être les mêmes. Alors, pour Onfray, un des buts d’une université populaire est aussi, et plus simplement, de démocratiser la culture.


« J’appelle université populaire cette tentative d’intellectuel collectif, pour le formuler dans les mots de Pierre Bourdieu, à même de fédérer les énergies et les volontés désireuses d’un projet semblable : sortir les idées des ghettos où elles se trouvent inopérantes dans le dessin gramscien de leur donner un pouvoir actif. » [2]



Le principe de base de l’Université populaire réside dans la gratuité des cours, il n’y a pas de préalables exigés, il n’y a pas d’examens d’admission, ni de travaux ou de contrôles.

Au tout début de l’expérience, le Musée des beaux-arts de Caen a prêté une salle à l’enseignant. Et le succès fut immédiatement au rendez-vous. Très vite, cette salle fut trop exiguë. C’est donc dans les locaux de « l’université officielle » que se donnent maintenant les cours de Michel Onfray et des autres professeurs bénévoles.
Le fondateur espérait attirer une cinquantaine de personnes par cours. Depuis l’ouverture, ce sont plutôt 500 auditeurs qui se présentent au rendez-vous fixé le mardi soir. Un succès incroyable !



Qui aurait cru qu’un philosophe aurait une telle écoute, un tel retentissement dans la société ? Le succès ne se dément pas au fil des ans, au fil des livres et des conférences. Onfray devient une vedette médiatique et on s’interroge sur ce phénomène philosophique.



Comment expliquer un tel succès ?



« Le siècle est devenu deleuzien, en ce sens que les gens ont compris, me semble-t-il, qu’il n’y a plus que ce que Deleuze appelait des “révolutions moléculaires” : on ne peut pas faire LA révolution, mais en revanche on peut faire DES révolutions.
Et ces révolutions sont minimes mais efficaces.

Je prendrai l’exemple de l’Université populaire : il ne s’agit pas d’une grande révolution mais je fais ce que je peux. Je milite pour une cause que je défends à chaque fois que je le peux dans ma vie quotidienne. » [3]



Notes:
[1] Le Nouvel Observateur, 12 septembre 2002
[2] Le Nouvel Observateur, 12 septembre 2002
[3] Lire, février 2006



Par André Royer Dossier de recherche Contacttv.net


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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Sam 28 Juil - 13:41



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L’Université populaire du goût



http://upa.michelonfray.fr/








Depuis quelques années, Onfray et ses amis ont créé un véritable phénomène à Caen et en France. Désormais, le philosophe écrivain veut aller plus loin et cultiver les sens. Le goût en particulier.
Trois de ses ouvrages ont d’ailleurs été écrit en ce sens, à savoir Le ventre des philosophes, La raison gourmande, et Les formes du temps.



« Je fais mes courses au quotidien et je cuisine depuis l’âge de 19 ans tous les jours - ce qui va finir par faire bientôt trente ans...

Ce que j’écris procède donc de mon expérience. J’ai conservé le souvenir du goût des légumes du jardin de mon père. Lors de mes visites dans son potager, il me donne toujours les melons, les tomates, la roquette ou les fraises qu’il cultive, bon pied bon œil, à 85 ans, dans le petit jardin qui borde la rivière de mon village natal.

Dès lors, sachant ce que je sais du goût des produits naturels, et n’ignorant pas les grandes tables nationales ou internationales [...], il me semble insupportable de laisser se creuser plus longtemps cette fracture. »


En décembre 2006, Onfray a ainsi fondé l’Université populaire du goût à Argentan, qui s’avère un lieu de gastrosophie. Son but avoué est de réduire la fracture sociale du goût, afin d’aider les moins fortunés à mieux cuisiner et à mieux s’alimenter. Car Onfray part du constat que les problèmes de surpoids et d’obésité touchent surtout les classes sociales les moins aisées.



Dans son essai d’autobiographie alimentaire tiré de son bouquin Le ventre des philosophes, Onfray confie ce qui suit :


« Toute cuisine révèle un corps en même temps qu’un style, sinon un monde : lorsque enfant il m’a fallu comprendre ce qu’étaient la pauvreté et les fins de mois de mes parents, ce sont les œufs ou les pommes de terre qui me l’ont signifié. Ou le manque de viande.
À la table d’un père ouvrier agricole, le poisson était un luxe : il manquait d’à-propos et ses vertus d’emplâtre étaient nulles. Le provincial ne dispose que du fruste et du sommaire : les aliments précieux, rares ou délicats s’absentent sans cruauté.
Les féculents règnent en maîtres [...]. L’orphelinat me valut d’apprendre sous d’autres auspices qu’il n’y a pas d’alimentation neutre. Le goût de la liberté me manqua cruellement. » [1]




Le programme de l’Université populaire du goût est simple. Une personnalité vient présenter un légume méconnu, tel que le cardon, le topinambour, le chou ou le panais, et brosse un portrait complet de l’histoire de son nom, sa symbolique, son importance.

Puis, un grand chef cuisinier s’exécute devant public et prépare un mets autour du légume-vedette.






En complément de cet enseignement, l’Université du goût comptera des jardins potagers associatifs, ainsi qu’un jardin de légumes oubliés. Le but est de faire redécouvrir ou tout simplement de faire découvrir les fruits et les légumes.




Notes:

[1] Le ventre des philosophes, p. 9-10



Par André Royer Dossier de recherche Contacttv.net






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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Sam 28 Juil - 14:01

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FRANCE 5 EMPREINTES - MICHEL ONFRAY - PHILOSOPHE, CITOYEN



Auteur : OLIVIER PEYON, FRANZ-OLIVIER GIESBERT
Durée : 52 minutes
Realisateur : OLIVIER PEYON




Créateur de "l'université populaire du goût" à Argentan et de l'université populaire de Caen, Michel Onfray vit en Normandie, entre l'Orne et le Calvados.


Fils d'un ouvrier agricole et d'une femme de ménage, auteur traduit dans plus de 30 langues, il répète volontiers qu'il a été "sauvé" par la philosophie.

La caméra suit cet hédoniste du quotidien, toujours entre la pensée et l'action.

On le découvre, loin des ors du Paris intellectuel, évoquant son enfance, accueillant ses invités sur le quai de la gare ou faisant la cuisine pour ses élèves avant un cours...








http://documentaires.france5.fr/documentaires/empreintes/michel-onfray-philosophe-citoyen





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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Lun 30 Juil - 1:11

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Adieu, mon vieux maître, adieu - je vous aimais......





Le grand professeur de philosophie et historien de l'Antiquité Lucien Jerphagnon est décédé le 16 septembre dernier .
Son ancien élève Michel Onfray lui rend hommage.











Au premier cours de l'année donné au cinquième étage de l'université de Caen, Lucien Jerphagnon fournissait son mode d'emploi : il annonçait qu'il y aurait un devoir et donnait la date de remise des copies, il ajoutait qu'il le signalerait une autre fois, donnait également la date de la piqûre de rappel et ajoutait qu'une copie non rendue ce jour-là, ce serait zéro.

"À bon entendeur...". Pas utile d'arguer de la troisième mort de son grand-père, d'un glissement de terrain ou d'une grève des trains.



Ensuite, il donnait son adresse, précisait qu'il répondrait à chaque lettre le jour même et qu'on recevrait une réponse le lendemain dans sa boîte aux lettres - c'était l'époque où l'on n'avait pas besoin d'affranchir le courrier au prix du caviar pour que, nonobstant, il prenne son temps en route.
Pendant des années, il répondit à chacune de mes lettres le jour même. Je garde ce précieux trésor dans une chemise à la couleur passée.


Enfin, il concluait son topo en citant Montherlant : "Qui vient me voir me fait plaisir...", puis il marquait un temps de silence, et il ajoutait, goguenard : "... Qui ne vient pas me voir me fait plus plaisir encore !"
Pendant des années, je lui ai offert le premier plaisir, pendant d'autres années, le second.



Concernant ses relations avec Jankélévitch, dont il fut l'assistant, il écrit : "Mai 68 nous avait éloignés, point séparés."
Il y eut aussi entre nous un éloignement qui ne fit pas une séparation.

Tel ou tel journaliste fit de son édition de saint Augustin en Pléiade le motif de cet éloignement, l'auteur du Traité d'athéologie ne pouvant qu'être un allumeur de bûcher sur lequel il sacrifiait son vieux maître !

Mais c'était me prendre pour un imbécile : quand j'eus le coup de foudre pour ce professeur exceptionnel, j'ai tout lu de lui et, à 17 ans, je n'ignorais pas qu'il avait publié des textes qui sentaient l'eau bénite aux éditions du Vitrail (sic) !
Pas besoin de chercher de ce côté-là.



Quand il arrivait dans la salle, grand, maigre, la moustache d'un officier de la coloniale toujours impeccablement symétrique, il posait son cartable, sortait son volume de Budé, posait une grosse montre sur le bureau et commençait un spectacle extraordinaire.


Seul, il jouait tous les rôles du théâtre antique : il fulminait, susurrait, ricanait, délirait, le tout avec une érudition époustouflante. Drôle, malin, ironique, vachard, intelligent, cultivé, il assassinait, portait au pinacle, tirait une balle entre les deux yeux de tel ou tel professeur parisien, citait une lettre envoyée par un ami cardinal ou académicien, faisait un genre de revue de presse de la semaine et n'oubliait jamais le cours - qui était clair, limpide, impeccable, bourré de références, et vrai.




À l'époque, l'idéologie faisait la loi : Marx - Freud, Lacan - Foucault. À Caen, nous avions le subversif de service, jadis Mao - Badiou, puis Sade - Bataille (aujourd'hui Aristote - saint Paul), l'apparatchik communiste, Lénine - Althusser, le fainéant, rien - rien, le dandy, Wagner - Varèse, le professeur modèle, Kant - Hegel, etc.



Lui se moquait de tout cela et parlait des preuves de l'existence de Dieu chez saint Thomas d'Aquin, des hypostases de Plotin, du plaisir chez Lucrèce.
S'il parlait d'un bordel, c'était avec la caution de Juvénal, d'une partie de jambes en l'air, avec celle de Perse, d'un trait d'esprit, avec Tibulle, s'il lançait une saillie contre les grands de ce monde, c'était sous couvert de Tacite - Suétone.

On ne savait comment il s'y prenait, mais on avait l'impression d'un one-man-show effectué par un genre de Monsieur Hulot de la philosophie. Une fois sur le campus, on avait beaucoup appris, tout compris et, surtout, tout retenu...



J'ai encore un gros paquet de notes prises au cours donné par le membre du PCF sur Victor Cousin et la philosophie française, mais ne me souviens de rien ; j'ai gardé les quelques notes du cours sur Lucrèce, je me souviens de tout, comme si le cours avait eu lieu hier. Or, il a plus de trente ans...



Il m'a tout appris : ne rien tenir pour vrai qu'on ne l'ait vérifié expressément.

Lire, beaucoup lire, encore lire, toujours lire, travailler sans cesse.

Aller directement au texte et économiser les gloses.

Se moquer des travaux universitaires, jamais très utiles : ils obscurcissent la plupart du temps, alors que la lecture et la méditation du texte même forcent les pages les plus difficiles.

Il ne sacrifiait à aucune mode de lecture - ni freudienne, ni lacanienne, ni marxiste, ni structuraliste. Il disait pratiquer "une méthode érudite".

De fait, pour comprendre Lucrèce, je m'étais inscrit à des valeurs d'histoire de l'archéologie antique, ou d'histoire ancienne, je lisais sur l'époque, je bricolais un peu de latin.

À rebours du structuralisme, il voulait le texte et le contexte - il avait ô combien raison !

Ma Contre-histoire de la philosophie est un hommage à sa méthode. Un hommage dont j'entame la dixième année.

Tout nous séparait : homme de droite, très conservateur, agnostique, mais, quoi qu'il en dise, mystique plus proche du Dieu des chrétiens que de l'Un-Bien de Plotin, pestant contre Mai 68, ami de gens d'Église, dont, paix à son âme, un évêque athée.
Bien qu'il s'en défendît, il goûtait les honneurs comme un petit garçon les friandises, et je crois qu'il aurait aimé le bicorne et l'épée du Quai Conti, un lieu qu'il aurait enchanté par son éternelle jeunesse, ses pétillements d'intelligence, ses mots en pointe sèche aiguisée d'acide.

Tout nous séparait, donc. Et alors ? Je l'aimais ainsi.



Voilà quelques jours, passant chez Grasset, mon éditeur Jean-Paul Enthoven m'apprit qu'il était entré dans une chambre de soins palliatifs. De là-bas il a envoyé une lettre de dandy à la maison d'édition des Saints-Pères qui fut aussi la sienne : joli papier filigrané, incrustation de titres, dont Membre correspondant de l'Académie d'Athènes, il y tenait.



L'encre violette de son Montblanc ("Regardez, mon cher Onfray, c'est le supertanker avec lequel j'ai écrit tous mes bouquins", me dit-il quand je vis son bureau pour la première fois...) avait pâli, le trait était resté net, mais la plume grattait le papier et avait des ratés.

Il remerciait la maison qui l'avait édité, rigolait au bord de la tombe, continuait le spectacle, mais savait que le rideau allait tomber très vite. J'ai pleuré. Il était né la même année que mon père.


J'ai lu son dernier livre qui vient de paraître en librairie, j'ai entendu sa voix en le lisant. J'ai fermé le livre. J'ai vieilli un peu plus.

Adieu, mon vieux maître, adieu - je vous aimais...




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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Mer 1 Aoû - 20:22


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Michel Onfray commissaire d'une exposition sur Albert Camus à Aix-en-Provence






Le philosophe Michel Onfray a accepté d'être commissaire d'une exposition sur Albert Camus qui sera présentée à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône)
à partir du 7 novembre 2013, jour où l'écrivain aurait eu cent ans, a-t-on appris de sources concordantes.




Le philosophe Michel Onfray a accepté d'être commissaire d'une exposition sur Albert Camus qui sera présentée à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) à partir du 7 novembre 2013, jour où l'écrivain aurait eu cent ans, a-t-on appris de sources concordantes.



Initialement confié à l'historien spécialiste de l'Algérie Benjamin Stora, le projet avait été annulé en mai. La fille de l'auteur, Catherine Camus, qui gère l'oeuvre et le fonds de son père, avait expliqué n'avoir pas reçu dans les délais la liste des documents requis pour l'événement.


La maire d'Aix-en-Provence et présidente de la communauté du pays d'Aix (CPA), Maryse Joissains Masini, a annoncé avoir rencontré mardi Michel Onfray, auteur de "L'ordre libertaire: la vie philosophique d'Albert Camus", qui s'est également entretenu en début de semaine avec Catherine Camus. Il lui a soumis un projet et un synopsis centrés sur la vie et la pensée d'Albert Camus.



Michel Onfray a confirmé mercredi soir dans un communiqué adressé à l'AFP avoir accepté cette mission de commissaire, tout en précisant: "On ne remplace pas Benjamin Stora, on lui succède".


" Je ne commente pas les raisons pour lesquelles Benjamin Stora, dont j'estime l'oeuvre impeccable en général et plus particulièrement son travail très ancien sur Messali Hadj, n'est plus en charge de ce projet ", ajoute le philosophe.

Il regrette que l'information ait été rendue publique avant qu'il n'ait pu en informer Benjamin Stora et que Maryse Joissains Masini en ait informé la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti.



L'exposition, dont le titre provisoire est "Camus: l'homme révolté", proposera "un regard sur les multiples facettes du personnage en élargissant le propos tel qu'il avait été initialement envisagé autour d'une inscription purement historique de sa vie et de son oeuvre", selon le communiqué de la CPA.


" Je n'ai accepté le commissariat de cette exposition que dans la mesure où il préludait à la pérennisation de ce travail dans un +Musée Albert Camus+ --ce qui a été accepté par Mme Joissains ", souligne pour sa part Michel Onfray.

Cette exposition entrera dans le cadre des manifestations de Marseille Provence 2013, capitale européenne de la culture.




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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Mer 8 Aoû - 11:28

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Journal de France Inter | le 08/08/12 entre 13 et 14h





Michel Onfray sera l’invité du Journal de la mi-journée pour s’exprimer sur l’exposition Albert Camus à Aix en Provence dans le cadre de Marseille-Provence 2013 dont il vient d’accepter le commissariat .



Dépêche AFP de Michel Onfray du 1er août 2012 :



“À l’issue d’une rencontre avec le maire d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains, une équipe restreinte représentant quelques-uns des services, et un membre de l’équipe « Marseille Provence 2013 », j’ai accepté hier, mardi 31 juillet, d’être Commissaire de l’Exposition Camus qui aura lieu dans le cadre « Marseille-Provence 2013 ».

Nous étions convenus d’attendre septembre avant de donner l’information à la presse : d’abord afin que , par courtoisie et politesse, je puisse informer personnellement Benjamin Stora qui a travaillé sur un projet qui a été écarté ; ensuite, pour que Madame Joissains informe le Ministre de la Culture, Aurélie Fillipetti, comme elle en avait formulé le souhait.

Je ne commenterai pas les raisons pour lesquelles Benjamin Stora, dont j’estime l’oeuvre impeccable en général et plus particulièrement son travail très ancien sur Messali Hadj, n’est plus en charge de ce projet. On ne remplace pas Benjamin Stora, on lui succède. Il lui appartiendra , s’il le souhaite, de s’ exprimer sur ce sujet .

J’ai découvert ce matin, mercredi 1° août, en lisant la presse, que la municipalité a unilatéralement décidé de livrer l’information. Je ne peux donc que confirmer.

J’ajoute que je n’ai accepté le commissariat de cette exposition que dans la mesure où il préludait à la pérennisation de ce travail dans un « Musée Albert Camus » – ce qui a été accepté par Madame Joissains.

Dans cette double perspective, je travaillerai avec l’artiste Robert Combas.

L’exposition s’intitulera : Albert Camus. Un homme révolté.”

Michel Onfray




http://www.michelonfray.fr/




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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Sam 15 Sep - 13:57

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Michel Onfray ne sera pas le commissaire de l'exposition Camus à Aix !

AFP - Le philosophe Michel Onfray a indiqué vendredi sur son compte Twitter qu'il ne signerait pas la convention qui aurait fait de lui le commissaire de l'exposition consacrée à Albert Camus qui doit se tenir à Aix-en-Provence en 2013.
"Michel Onfray ne signera pas la convention qui aurait fait de lui le commissaire de l'expo Camus à Aix en 2013" pouvait-on lire vendredi soir sur le compte Twitter du philosophe, une information confirmée samedi matin par le philosophe auprès de l'AFP.




Michel Onfray vient d'annoncer sur Twitter qu'il renonçait à être le commissaire de la fameuse expo Camus d'Aix-en-Provence. Il avait répondu, ce jeudi dans l'Obs, à ceux qui lui reprochaient d'avoir accepté.


Voici sa tribune.






L'expo Camus et les guillotines en papier, par Michel Onfray











Les guillotines en papier



Deux pleines pages dans «Libération» et un appel en une pour une thèse susurrée et reprise sous forme de vocifération depuis sur le net: j'aurais accepté le commissariat d'exposition Albert Camus à Aix-en-Provence à l'invitation de la mairie, qu'on présente comme d'extrême droite, fasciste, j'ai même entendu de la part d'un «historien»: «franquiste» ( !), parce que j'y défendrais l'OAS, les pieds-noirs, la colonisation, etc.



Personne n'a lu mon projet, personne n'a vu mon synopsis, personne ne m'a demandé ce que je me proposais de faire dans cette exposition, mais il suffit.

Pour assassiner, rien de tel que l'usage des armes de destruction massive: antisémitisme, fascisme, racisme, colonialisme... J'ai l'habitude.



Ce que je suis, ce que je fais, ce que j'écris compte pour rien... Soixante livres parus, la création et l'animation bénévole depuis dix ans d'une université populaire à Caen, d'une université populaire du goût à Argentan depuis six ans, mes prises de position politiques publiques en faveur de la gauche libertaire, donc antilibérale, un gros livre de plus de cinq cents pages sur Camus dont le titre est «l'Ordre libertaire», la thèse de ce livre qui présente le philosophe comme emblématique du combat du socialisme libertaire au XXe siècle - tout cela est nul et non avenu. !


Je suis le candidat de la mairie d'extrême droite (rappelons-le: UMP...) et mon exposition sera obligatoirement toute à la gloire de l'Algérie française célébrée par les gros colons, les terroristes de l'OAS, les pieds-noirs confits de ressentiment !
Logique du tribunal révolutionnaire: accusation publique, condamnation systématique. On ne m'a pas entendu, mais j'ai déjà la tête coupée...



J'ai dit, mais je le répète car on ne veut pas l'entendre: l'éviction de Benjamin Stora n'est pas politique. C'est Catherine Camus, la fille du philosophe, qui s'occupe de l'oeuvre de son père, qui a décidé de lui retirer son crédit - après avoir donné son accord dans un premier temps.
Elle a ses raisons, qui n'ont rien à voir avec la politique, elle ne souhaite pas les donner publiquement - mais après avoir pris toutefois assez de gens à témoin pour qu'on sache qu'elle lui reproche le projet de n'envisager dans cette exposition que la question des rapports entre Camus et l'Algérie.
C'est à elle d'en dire plus, si elle le souhaite, sur cette question.



C'est donc Catherine Camus qui a décidé de ne plus accorder sa confiance à Benjamin Stora; la mairie d'Aix s'est contentée d'avaliser le désir de la fille du philosophe; «Marseille-Provence 2013» a emboîté le pas à la municipalité d'Aix, qui s'est contentée de s'aligner sur la décision de Catherine Camus - la mairie souhaitant conserver ses bonnes relations avec elle.
Voilà pourquoi l'exposition avait été annulée.



La parution de mon livre sur Camus et le succès aixois d'une conférence que j'ai donnée à la Cité du Livre (700 personnes dans une salle de 300, «la Provence» avait titré «Michel Onfray crée l'émeute!») ont donné l'idée à «Marseille -Provence 2013» de me contacter pour succéder à Benjamin Stora - et non pour le remplacer.

J'ai donné mon accord après avoir appris que Catherine Camus avait d'abord souscrit à ce projet. J'ai juste posé une condition: que cette exposition devienne un musée Albert- Camus - ce qui a été accepté.



La suite n'est plus que polémique. La double page de «Libération» donne le ton. Benjamin Stora me laisse un message sur mon répondeur téléphonique le 14 août à 11h50. Je le réécoute ce jour pour vérifier: il regrette la «une accrocheuse de "Libération"» en précisant qu'elle l'a «un peu assommé»!
Il me dit à trois reprises n'avoir rien contre moi ni contre mes travaux, notamment mon Camus. Il précise qu'il a envie qu'on en finisse avec toute cette polémique. Je veux bien le croire. Moi aussi...





Mais la polémique continue. Je refuse les invitations qu'on me fait tous les deux jours cet été pour répondre à la presse papier, radio, télé. J'ai dit dans un journal de France-Inter (un tiers du journal du midi...) ce que j'avais à dire.
Je n'ai pas envie d'y revenir.

Mais Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, annonce qu'elle retire la subvention destinée à cette exposition. Je n'ai reçu aucun appel, ni d'elle ni de son ministère, qui ignore la nature de mon projet.



Il faut donc bien conclure ceci: la subvention n'était donc pas pour le projet Camus mais pour un commissaire d'exposition.



Arguer de la couleur politique de la municipalité d'Aix ne saurait être la véritable raison de cette décision: que je sache, l'exposition Camus qu'aurait organisée Benjamin Stora s'il avait été maintenu dans son rôle de commissaire aurait eu lieu à Aix, et la couleur de la municipalité n'a pas changé depuis que Catherine Camus lui a retiré sa confiance !

A l'époque, que Mme Joissains, qui était aussi députée, fusse le premier magistrat de la ville dans laquelle l'expo Camus organisée par Benjamin Stora devait se faire ne posait aucun problème politique à personne.


Pourquoi faut-il qu'aujourd'hui la couleur politique de la municipalité devienne problématique ? Sinon parce qu'on me fait personnellement le mauvais procès de prétendre que je serais le candidat, comme il est clairement dit ici ou là, de l'extrême-droite, de l'OAS, des petits Blancs, du colonialisme, de l'Algérie française!


Qui pourrait croire une chose pareille au regard de mes vingt-trois années d'existence philosophique publique ? Qui pourrait le penser à la lecture de ce livre d'un million de signes que j'ai consacré au philosophe de «l'Homme révolté»? Ma thèse est que Camus fut le plus grand philosophe libertaire du XXe siècle: croit-on que je cacherais mon drapeau à Aix ou dans cette exposition?


Je demande à être jugé sur pièces - cette exposition en fournira l'occasion. A moins que, d'ici là, on ne me fasse payer le contenu de cet article. Camus n'écrivait-il pas: «Il vient toujours un moment où celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort»?


En démocratie, les guillotines sont en papier...




............................................................................/........................................................................



De Stora à Onfray

C'est l'histoire d'un interminable «pataquaix», comme dit Pierre Assouline. Voilà quatre ans qu'est programmée, pour septembre 2013, une grande exposition sur Albert Camus dans la ville où sont conservées la plupart de ses archives. Ce doit être un des principaux événements de «Marseille-Provence 2013», en même temps qu'un moyen de célébrer le centenaire de l'écrivain.

Mais, au pays des cigales, rien ne se passe comme prévu. L'historien Benjamin Stora, qui est l'un de nos meilleurs spécialistes des rapports entre la France et l'Algérie, était officiellement chargé du projet. Il avait bâti un scénario de 54 pages et donné à son expo un titre emprunté à Jean Daniel: «Albert Camus, l'étranger qui nous ressemble». Tout s'est trouvé annulé le 25 avril dernier.

Motif invoqué: Catherine Camus, fille de l'auteur de «la Chute» et du «Mythe de Sisyphe», refusait de prêter certains documents. Détail évoqué ailleurs: la mairie de Maryse Joissains (Droite populaire) n'aurait guère défendu Stora, dont les travaux déplaisent aux pieds-noirs qui votent à Aix-en-Provence (on en compte 40.000).

C'est dans ce contexte détendu que le nom de Michel Onfray a commencé à circuler, jusqu'au 31 juillet, quand cet admirateur et biographe de Camus a été nommé commissaire de l'exposition à venir. Elle devrait désormais s'intituler «Albert Camus, un homme révolté», mais se montera sans le soutien de la nouvelle ministre de la Culture: Aurélie Filippetti, consternée par cet imbroglio, refuse de débourser un sou pour financer l'événement.

Grégoire Leménager


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Bridget

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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Sam 15 Sep - 21:22




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Exposition Camus : "la nef des fous"











La double page que votre journal consacre à ce qui est devenu depuis l'été l'affaire Camus me décide à prendre le large de cette pétaudière où se mélangent de façon déraisonnable les egos surdimensionnés, la chiennerie de la politique politicienne, les pathologies mentales, les intrigues de réseaux, le copinage d'anciens combattants d'extrême gauche reconvertis dans l'opportunisme social-démocrate, la morgue de l'impuissance universitaire , la niaiserie d'une ministre confondant usage public des crédits et punition idéologique, la veulerie des institutionnels de la culture , le double langage de l'un, la schizophrénie de l'autre, le tout sur fond de guerres picrocholines organisées et orchestrées par le journalisme parisien...




Je bénis cette aventure de m'avoir fait découvrir cette nef des fous ! Mais je n'en suis plus...

Je n'avais encore rien signé, j'économise donc une démission. Pas besoin de quitter le bateau, il n'y aura jamais eu que le projet d'y être – mais la compagnie s'avère décidément trop nauséabonde. En France, l'atmosphère intellectuelle est toujours de guerre civile.



Albert Camus aura été le grand perdant de ce qui aurait pu être une belle aventure. Mais tout ce qu'il détestait est revenu dans cette affaire comme un boomerang : les politiciens, les héritiers, les réseaux, les tribus, les universitaires, les journalistes, les ministres, Paris...


Rien de neuf sous le soleil.



J'avais pour fil conducteur le projet de montrer le trajet rectiligne d'un libertaire au XXe siècle, le combat reste à mener, je le mènerai ailleurs.
Pour moi, il y a une vie après Camus... Que mes ennemis se rassurent, ils auront d'autres occasions de me poursuivre de leur haine, je prendrai soin de leur procurer d'autres raisons.



Michel Onfray




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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Jeu 18 Oct - 19:55




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Michel Onfray sera l'Invité de “Zemmour & Naulleau” | Paris Première – 19/10/12 à 22h50


et “Salut les terriens” | Canal plus – 20/10/12 à 19h05





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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Lun 17 Déc - 1:20


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Rencontre avec Michel Onfray | Bordeaux – 07/12/12 à 16:30 Librairie Mollat



Michel Onfray vous présente "Rendre la raison populaire" aux éditions Autrement, "Abrégé hédoniste" aux éditions Librio, "Vies et mort d'un dandy" et "Le post-anarchisme expliqué à ma grand-mère" aux éditions Galilée.










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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Dim 17 Mar - 9:13

Rencontre insolite et imprévue à Tel Aviv : Michel Onfray



J’étais à mon bureau de Tel Aviv : le café de la plage Metsitsim, en train de travailler dur, dans des conditions difficiles : face à la mer, au soleil, par 28°. J’ai remarqué, distraitement parce que mes pensées étaient ailleurs, une personne dont le visage ne m’était pas inconnu …

Michel Onfray, merci de m’accorder cet entretien.

Que se passe-t-il en France, jadis le pays de la douceur de vivre et de la qualité de vie ? Les gens sont malheureux – ils arrivent 44e, derniers en Europe, sur l’indice Gallup des pays les plus heureux, tandis que les israéliens sont 8e, ex-aequo avec la Suisse et le Canada (1) ?

La France fait partie d’une configuration, l’Europe, qui a fait son temps… Nous ne pouvons dire que nous savons ce que Valéry nous a appris, à savoir : les civilisations sont mortelles, et croire que la nôtre ne le serait pas ! L’Europe est morte, c’est pour ça que des politiciens essaient de la construire… Ils réagissent comme toujours comme on le fait quand on se trouve en présence d’un cadavre : on le veut vivant , on dénie la mort et l’on pratique l’acharnement thérapeutique même sur un cadavre.

Cette haine de soi ne peut pas être nouvelle, à quand remonte t-elle ?

L’Europe naît avec le judéo-christianisme devenu religion impériale avec l’empereur Constantin au début du IV° siècle. Elle a un moment de grande santé au XII° , le point d’acmé, elle commence ensuite à se défaire avec la Renaissance, elle continue avec les Lumières. Enfin, lors de la révolution française, la décapitation de Louis XVI prouve concrètement que la théocratie est une impasse : le représentant de Dieu sur terre est guillotiné, et le monde continue sans que Dieu manifeste sa vengeance ! Dès lors, on ne va pas tarder à annoncer la mort de Dieu. Nous vivons depuis dans un tombeau vide…

La société française devient plus violente, Obertone parle même d’une France Orange Mécanique, vous êtes d’accord je suppose. Mais est-ce une cause ou une conséquence de cet anamour ?

Cette violence est le signe visible du nihilisme. Nous vivons dans une perpétuelle atmosphère de guerre civile qui se manifeste dans l’incapacité à débattre, parler, échanger. La France intellectuelle et politique vit sur le logiciel de la terreur de 1793. Elle ignore l’invitation à « l’agir communicationnel » à laquelle invite Habermas.

Vous n’êtes pas très politiquement correct, les médias vous détestent-ils ? Lorsqu’ils vous insultent, en souffrez-vous ?

Jadis, oui. Aujourd’hui, les attaques sont devenues tellement grosses et grossières, systématiques et hystériques, démesurées et régulières, que je sais que le système s’exhibe quand il me salit et qu’il montre moins ce que je suis que ce qu’il est… Chaque jour que ne fait pas Dieu , ce système confirme mes hypothèses ! Comment ne pas s’en réjouir…

Vous êtes de passage en Israël pour une série de conférences. Vous avez vu le sourire accroché au visage des israéliens, la bonne humeur, l’énergie créatrice, l’absence d’agressivité profonde. Avez-vous trouvé, en si peu de temps, assez de pistes pour vous l’expliquer, et pensez-vous que ce soit relié à la menace extérieure et l’instabilité de la région ou un trait culturel plus profond ?

Soyons prudent : je ne peux confesser qu’une première impression… Et nous sommes sur le bord de la plage sous un soleil radieux alors qu’il fait huit degrés en dessous de zéro à l’instant où je vous parle dans ma Normandie… Osons tout de même l’exercice : je crois qu’Israël montre ce qu’est un Occident découplé de l’Europe. Je suis un farouche défenseur des valeurs de l’occident – liberté, égalité, fraternité, laïcité, féminisme. On voit donc, à Tel-Aviv, mais pas à Jérusalem que je n’ai guère plus et mieux vu, un Occident non européen avec ce que Nietzsche nommerait une « grande santé », une vitalité – des corps montrés sans complexes, une jeunesse radieuse, un nombre incroyable de femmes enceintes, de couples avec des enfants ou des poussettes. Le versant solaire de la méditerranée se manifeste sur les plages de Tel-Aviv alors que le versant nocturne des trois monothéismes fait la loi à Jérusalem.

Vous avez créé une université populaire, en Normandie à Caen. Vous êtes culotté : comment avez-vous osé ne pas offrir à Paris votre savoir-faire et le garder pour une vulgaire petite ville qui n’est même pas sur le trajet Paris-Deauville ? Quel but poursuiviez-vous en créant cette université ? Celle de Caen Basse Normandie ne suffisait pas ? Pourquoi aucun média ne parle jamais de votre université ?

Je voulais montrer que la logique jacobine , parisienne, mondaine, centralisée et centralisatrice n’est pas la seule et qu’on peut lui préférer une logique girondine, provinciale, populaire, décentralisée. J’ai démissionné de l’éducation nationale en 2002, renoncé au statut de fonctionnaire et au salaire afférent pour créer et animer bénévolement cette université populaire qui propose une vingtaine de séminaires – philosophie, art contemporain, cinéma, littérature, philosophie pour enfants, etc. Je reçois chaque semaine entre 800 et 1000 personnes à mon cours de contre histoire de philosophie. Comment la presse parisienne pourrait-elle parler positivement d’une entreprise qui fonctionne loin des combines de la capitale ? Leur silence est le signe que je suis dans la bonne direction !

Nous parlions de création française, vous aviez des mots sévères non pas sur la création mais sur ses blocages et ses vieux réflexes, enviez-vous le modèle américain, dont la constance montre que liberté d’entreprendre et argent, absence d’intervention de l’Etat (ils n’ont pas de ministère de la culture) et profit ne sont pas forcément diaboliques ?

Des amis m’ont dit, lorsque d’une série de conférences aux Etats-Unis, qu’une fondation viendrait vers moi pour rendre possible mon projet d’université populaire si je m’installais outre-Atlantique. En France, notre bénévolat coûte et il faut payer pour travailler gratuitement : la seule instance qui nous donne la seule subvention dont nous disposions ( le Conseil Régional nous alloue 50.000 euros pour 250 séances dispensées gratuitement dans une année) a récemment diligenté une inspection dans la comptabilité des dix dernières années et nous a reproché notre gestion… Je ne gagne pas un centime et la vingtaine d’amis qui donnent des cours non plus. Nous avons envoyé près de 500 lettres pour obtenir des subventions nous avons obtenu quatre réponses, toutes négatives. Pour l’instant, je paie de ma poche pour travailler gratuitement.


Dans votre article de l’année dernière dans le Point sur « Qui est Dieu ? » de Jean Soler (2), vous frottez entre elles des idées comme si vous frappiez deux silex l’un contre l’autre pour « tuer quelques idées reçues » sur le judaïsme, sur la bible, la religion, la Shoah et Hitler. Vos propos ont fait du mal à des braves gens, des gens qui vivent leur religion sans rien demander à personne et sans jamais faire d’histoire, méritaient-ils cela ? Qui vouliez-vous dégommer et pourquoi ?

Je ne veux rien d’autre que faire mon travail de philosophe et dire qu’on doit pouvoir lire les livres dont certains nous disent qu’ils sont saints et sacrés, comme des livres d’histoire – ce que fait Jean Soler avec le corpus juif. On doit pouvoir lire la Torah, la Bible et le Coran comme on lit La république de Platon ou La métaphysique d’Aristote. Cette revendication n’est un péché que chez ceux qui n’aiment ni la liberté, ni l’exercice de la raison, ni l’intelligence laïque. Nulle envie, donc, de dégommer qui que ce soit, mais juste le désir de relever les gens qui s’agenouillent et se prosternent en leur disant qu’on pense mieux debout. Tant pis s’il faut en payer le prix fort. La liberté est à ce prix…

Vos propos développés dans cet article ont-ils permis le travail des idées ? Ont-ils fait l’objet de débats factuels et documentés, et quelle synthèse, quelle connaissance en avez-vous tiré ?

Cet article de presse paru dans Le Point rendait compte d’un livre de Jean Soler , Qui est Dieu ? . Quelques-uns qui me pourchassent de leur vindicte depuis mon Traité d’athéologie et surtout depuis mon livre qui raconte quel imposteur était Freud ( Le crépuscule d’une idole), ont déclenché une campagne contre moi dans la presse française en m’accusant d’antisémitisme. Pas un seul journal n’a donné la parole à l’auteur du livre ni n’a fait un compte-rendu, même contradictoire, de cet ouvrage. La presse invite à ne pas penser : elle ne fonctionne qu’au scandale . L’incapacité à lire les livres et la polarisation sur la lecture de la presse qui prétend avoir lu les livres est un autre signe du nihilisme de notre époque.

Dans votre carrière professionnelle, que considérez-vous comme vos meilleurs accomplissements et vos pires échecs, de quoi êtes-vous très fier et de quoi avez-vous le plus honte ?

Ma fierté : être resté fidèle aux promesses que je m’étais faites quand j’étais adolescent et que je m’étais dit que je n’oublierais jamais les gens sans voix, les pauvres , les oubliés, les sans-grade parce que mon père était ouvrier agricole et ma mère femme de ménage et que je sais ce qu’est avoir faim. Ma honte ? Ne pas avoir été objecteur de conscience.

Dans une civilisation en fin de vie, à quoi sert la connaissance, quelle est la fonction de ce que vous faites ? Vous posez-vous la question, quand vous écrivez, où n’avez vous tout simplement pas le choix ?

Elle sert à partir dans l’élégance : le Titanic coule, mais, au moins, sur le pont du navire, continuons à jouer de la musique et tenons haut notre coupe de champagne…

Merci Michel Onfray de nous avoir accordé un peu de votre temps.

Jean-Patrick Grumberg

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour www.Dreuz.info

(1)http://www.forbes.com/world-happiest-countries

(2)http://www.lepoint.fr/grands-entretiens/michel-onfray-jean-soler
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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Mar 19 Mar - 19:11

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La Raison Des Sortilèges.


Entretiens sur la musique | Editions Autrement – A paraître 10/04/13












Michel Onfray, avec Jean-Yves Clément.


Michel Onfray nous fait partager sa passion pour la musique. Ses premières expériences, ses rendez-vous manqués, son éducation musicale en autodidacte, les oeuvres et les compositeurs qui le touchent, mais également sa vision de la musique et de ses liens avec la philosophie.
Il nous convie à un voyage en musique, tentant de saisir la « raison des sortilèges ».


Que dit la musique ? Dit-elle seulement quelque chose ? Pourquoi y sommes-nous sensibles ? Pourquoi sommes-nous émus ou énervés par le son d’un violoncelle ou d’une flûte ? Y aurait-il, au-delà du goût, une part d’explication neuronale ? Quelle est la place du silence en musique ? Et de la voix ?


Convoquant les philosophes ayant tenté une approche de la vérité musicale – Schopenhauer, Nietzsche ou encore Jankélévitch – Michel Onfray s’exerce à répondre à ces questions.
Au fil de ses réflexions, nous croisons la route de plus d’une centaine de compositeurs à travers les siècles : Bach, Wagner, Berlioz, Varèse, ou encore Debussy.

A la fois intime et instructif, cet ouvrage apporte une réflexion sur notre conception de la musique.


http://mo.michelonfray.fr/oeuvres/bibliographie/esthetique/la-raison-des-sortileges-entretiens-sur-la-musique-editions-autrement-a-paraitre-100413/






Michel Onfray La Raison des sortilèges

Entretiens sur la musique(Editions Exactement)








Michel Onfray qui n'aime pourtant pas la forme de l'entretien (trop facile, paresseux, superficiel... il s'en explique en préambule) accepte cependant l'exercice dans ce livre témoin où le philosophe engagé se livre à torts ou à raisons, agacé, critique voire dénonciateur, passablement véhément (ses détracteurs diront intransigeant, polémiste, partisan) sur la question de la musique classique et aussi de la culture dans la société.



En quelques traits acides, Michel Onfray souligne combien il reste inacceptable que certains politiques chargés des affaires culturelles dans leur périmètre favorisent avec les deniers publiques, c'est à dire avec l'argent des contribuables, leurs favoris au mépris de tout intérêt collectif.
Il est vrai que le philosophe a le mérite d'avoir fondé à Caen, la fameuse Université populaire qui propose à tous, un enseignement gratuit et plutôt culturel, expliquant les disciplines artistiques et la philosophie, entre autres.


On ne peut que saluer une telle générosité humaniste qui place la culture et l'expérience artistique telle un partage fraternel. La culture tout azimuth pour le devenir de nos sociétés ? Bravo !




Le livre regroupe une série d'entretiens à la première personne. C'est une tribune aux sujets et ouvertures multiples comme une conférence retranscrite avec des redites et des répétitions parfois non évitées (dans la rédaction des questions en particulier qui reprennent le même sujet d'une séquence à l'autre).


Charmé par l'ensorceleur Ravel en ses " Sortilèges " actifs (référence à L'Enfant et les sortilèges, d'où le titre du livre :
" La Raison des sortilèges "), l'écrivain évoque ses relations à la musique.
Depuis l'enfance et jusqu'à présent.




La musique selon Onfray




En témoin, en acteur, en philosophe, Michel Onfray explicite la musique avec un talent oratoire certain, aimant par exemple l'oxymore et l'esprit de collision pour faire jaillir en toute liberté, engouements voraces, préférences exclusives, réflexions, univers familiers que son goût personnel aime retrouver, cultiver, partager.


Chez le philosophe, la vie des hommes éclaire l'œuvre des artistes et la pensée des philosophes: les pages sur Wagner et sur Nietzsche surtout, ou Jankelevitch et Scriabine sont éloquentes à ce propos: c'est comme si (en particulier pour Nietzsche), Michel Onfray les avait côtoyés de près et sur une certaine durée...



Si vous voulez tout comprendre de la philosophie de l'auteur d'Ainsi parla Zarouthoustra ou de l'Histoire de la tragédie grecque, reportez vous aux excellentes pages concernées: tout vous paraîtra limpide après lecture.
Jamais Nietzsche n'avait été aussi finement analysé, aimé, compris (sa relations aux pères de substitution, donc à Wagner par exemple ; mais aussi vis à vis de Cosima et de son premier pari Hans van Bulow...).



Les chapitres et leurs intitulés sont volontairement " ouverts" : Construction d'une sensibilité, Plus ou moins de silence dans le son, Que dit la musique ?, Ecrire sur la musique, Pour un hédonisme musical, La musique n'est pas un art de la vérité...


En philosophe didactique, Michel Onfray s'interroge sur la musique et le pouvoir qu'elle suscite sur ceux qui l'écoutent. Qu'est ce que le son ? le phénomène vibratoire, l'impact du chant et de la voix (hommages à Callas)... qu'est ce qu'elle provoque (lire ici la page délirante et percutante, évoquant le récital de Cecilia Bartoli à Bordeaux et son impact sur le public alors rassemblé dont Philippe Sollers, en pleine extase mélomane...!)





Philosophe mélomane




Le lecteur à travers les commentaires de l'histoire des philosophes parlant de musique (re)découvre tous les penseurs intéressés par la question musicale : Bergson, Hegel, Kant, Shopenhauer, mais aussi Adorno ou l'infâme critique Hanslick (plutôt brahmsien c'est à dire antiwagnérien) cité au sujet du projet politique et lyrique de Wagner...


Chacun étant salué, admiré ou égratigné voire vertement épinglé pour des conceptions aujourd'hui archaïques... L'un se détache, pertinent et fin, et pourtant méconnu, auteur d'essais sur Mozart, Offenbach, Ravel : Clément Rousset.













Langage sans mots, " bruit volontaire ", quelle définition donné au tissu sonore qui se déroule dans sa propre temporalité, qu'il s'agisse d'une symphonie, d'un opéra, d'une messe ?
Les thématiques du beau, de l'idéal, du plaisir sont évidemment abordées et éprouvées à l'aune d'un examen libre et critique, toujours vivant et très argumenté.



En parcourant les pages de cet entretien à tiroirs, le mélomane prend plaisir à connaître les compositeurs qui forment une manière de panthéon du philosophe: Bach, Mozart, Beethoven, mais aussi Rameau ou Berlioz... sans omettre Satie (" la quintessence de la Normandie ") et ses affinités et admirations de l'heure vont pour Philippe Hersant et Pierre Thilloy.
Culture transversale et esprit synthétique voire polémiste, d'une rare et fraternelle mobilité. Lecture incontournable.




La raison des sortilèges, entretiens avec Michel Onfray. Editions Autrement, collection " Universités populaires & Cie ". ISBN-13: 978-2746734258. Parution : 10 avril 2013. Prix indicatif: 16 euros.




http://www.classiquenews.com/lire/lire_article.aspx?article=6379&identifiant=2013317YHJU6CMXFKCZPFSOUVAST2I7Q






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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Jeu 28 Nov - 13:06

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Michel Onfray quitte Argentan et ferme l'Université du Goût





“Je quitte Argentan”



– l’intégrale de l’article paru dans le Journal de l’Orne du jeudi 14 novembre 2013












JE QUITTE ARGENTAN




J’ai vécu trente-sept années de ma vie à Argentan avec Marie-Claude Ruel, ma compagne.
Je suis né dans cette ville. J’ai vécu mon enfance et mon adolescence à Chambois, à quelques kilomètres. De quatorze à dix-sept ans j’ai fait mes études au Lycée Jeanne d’Arc. J’ai fait mes études universitaires de philosophie à Caen pendant huit années.

J’ai vécu à Argentan dès l’âge de dix-neuf ans. J’ai enseigné vingt ans au Lycée Sainte-Ursule de Caen où j’ai créé l’Université populaire en 2002. Ma famille est en Normandie depuis dix siècles. Ma vie était contenue depuis toujours dans ce triangle Argentan / Chambois / Caen.


Marie-Claude est décédée début août d’un long cancer de treize années avec une récidive de sept ans. Argentan m’est devenu impossible à vivre : elle est devenue la ville de l’hôpital, hôpital de jour pour les sept années de chimiothérapie non stop, hôpital des hospitalisations quand ça n’allait pas, la ville des urgences, des cabinets de médecins et de radiologie, la ville du laboratoire d’analyse médicale, des pharmacies, du kiné, puis la ville des pompes funèbres et désormais la ville du cimetière…



Marie-Claude aimait Argentan, mais elle aimait aussi et surtout les argentanais : fille d’un père résistant dans le maquis d’Ecouché, cheminot et syndicaliste au dépôt d’Argentan et d’une mère postière au Central téléphonique, ses parents furent les constructeurs de leur maison solidaire rue Jeanne d’Arc dans le quartier Saint-Michel qu’elle aimait plus que tout.


Marie-Claude a fait ses études à Argentan, puis obtenu son doctorat de stylistique à l’Université de Caen. Après plusieurs postes dans le département de l’Orne, elle a accueilli avec bonheur sa nomination au Collège Truffaut, où elle avait été élève.
Elle y retrouvait certains de ses enseignants comme collègues. Elle y a été heureuse comme enseignante ; ses élèves l’aimaient. Quelques uns ont récemment posé des petits mots sur sa tombe.





Nous avons habité le Quartier des Fleurs depuis sa création. Nous avons choisi Argentan, non pas Falaise où elle enseignait alors, ni Caen, où j’enseignais, parce que c’était sa ville. C’est devenu la mienne. Après l’obtention de mon doctorat, ma directrice de thèse m’a proposé un poste à l’université de Fribourg, puis d’Ottawa, avant retour à l’université de Caen, nous avons choisi elle et moi de rester sur Argentan pour y mener notre vie.




Quand j’ai publié le premier de la soixantaine de livres que j’ai tous écrits à mon bureau au 31 rue des fleurs, mon éditeur a souhaité que je quitte Argentan pour venir à Paris en me faisant miroiter une « carrière » – je n’ai jamais eu envie de faire carrière, juste le désir de mener une vie que mon père, homme juste et droit, aurait trouvée juste et droite.




Avec ma vie de philosophe, d’écrivain, d’auteur, j’ai côtoyé partout sur la planète nombre de personnes que j’ai sollicitées pour partager ma chance de mener cette vie avec les argentanais qui n’avaient pas celle d’en mener une aussi passionnante.


A une époque, Laurent Beauvais, président de la communauté de communes, avait déploré le manque de finances de la CDC, il envisageait alors de faire des économies, notamment en fermant l’espace  de la médiathèque l’été – j’ai proposé qu’à l’inverse on dynamise la ville avec la culture.


Faute de retenir les entreprises ou d’en faire venir dans une sous-préfecture qui n’a jamais valorisé aucun de ses atouts, je proposais de faire de la culture un atout pour la ville. J’ai offert mes services gratuitement – on ne m’a jamais facilité la vie.




J’ai proposé une exposition d’été avec des peintres prestigieux  qui sont venus pendant douze années bénévolement à la médiathèque. Vladimir Velikovic, Ernest-Pignon Ernest, Gilles Aillaud, Bettina Rheims, Gérard Fromanger, Willy Ronis, Valerio Adami, Titouan Lamazou, Gérard Garouste, Robert Combas, Ben. Une rétrospective a permis de réunir ces artistes prestigieux dans la médiathèque de la ville. J’écrivais un livre, je tournais un film (avec mon ami Bruno Picot) pour les remercier d’être venus. J’ai rédigé un livre sur les sculptures de Pollès qui, en retour, a prêté des œuvres pour « Jardins dans la Ville ».



Passons sur le fait que, pendant toutes ces années, les discours du maire, très improvisés, constellés d’approximations en tous genres, pas même tempérés par une modestie que sa suffisance empêchait, ont consterné tous les invités, années après années.


Passons sur le fait que j’hébergeais les artistes dans notre maison de Chambois et que les frais de réception, de blanchisserie, étaient à notre charge et que nous n’avons jamais demandé quoi que ce soit pour nous.


Marie-Claude se faisait d’ailleurs un point d’honneur de payer son repas les soirs de vernissage à « La Renaissance » et elle invitait de sa poche nombre de personnes, pendant que les subventions municipales permettaient de régaler quelques uns et leurs épouses qui n’étaient guère concernés par la culture, y compris ceux qui en avaient la charge… La mairie ni la CDC n’ont jamais offert un bouquet de fleurs à Marie-Claude ces soirs-là…




Valerio Adami a souhaité un jour faire un legs d’un grand nombre de ses toiles à la Ville d’Argentan. Il aimait ce que j’y faisais avec l’Université Populaire du goût . Il avait eu une expérience décevante avec la mafia municipale italienne dans laquelle il avait souhaité faire sa Fondation ; il n’eut pas peur d’avoir à composer avec celle d’Argentan.


Avec l’ accord du premier magistrat, nous avons annoncé en public que cette carte se trouvait désormais entre les mains de Pierre Pavis. La presse s’en était fait l’écho. Le maire n’a jamais donné de suite à cette affaire. S’il avait saisi la balle au bond, j’aurais demandé des dépôts d’œuvres à mes autres amis artistes et Argentan pourrait aujourd’hui disposer d’un musée d’art contemporain à moindre coût.




Au lieu de cela, serpent de mer électoraliste, j’apprends que Pierre Pavis agite à nouveau le hochet d’un Musée Fernand Léger quelques mois avant les élections ! Il sait pourtant que cette maison ne peut accueillir le public à cause des norme de sécurité – on doit presque pouvoir entrer en lit médicalisé dans les toilettes d’un musée, elles prendraient tout un étage de cette petite maison…




Monsieur le Maire voudrait y exposer des œuvres offertes par Madame Beauquier, veuve Léger – qui était déjà madame Beauquier quand elle était madame Léger. Les deux compères, après la mort de l’artiste, n’ont pas manqué ici ou là de continuer une oeuvre sans l’artiste dont ils connaissaient la signature…


Certes, le cadeau de lithographies virtuellement de Léger constituent une pièce dans une bibliothèque personnelle, mais aucun musée au monde ne se ridiculiserait à exposer les multiples que sont des lithographies, qui plus est d’un Léger putatif. Sauf peut-être celui d’Argentan qui pourrait de ce fait acquérir une célébrité mondiale.






Précisons qu’à une époque, j’ai souhaité sauver cette ruine artistiquement produite par Georges Rousse qui, pour son travail de plasticien, a ravagé l’intérieur de la maison avec la bénédiction du conseil municipal – dont Pierre Pavis faisait alors partie. J’avais en effet proposé d’acheter au prix des domaines cette maison dans laquelle Marie-Claude et moi aurions investi nos économies pour la restaurer, l’habiter dans les limites d’un bail emphytéotique et l’offrir à la municipalité d’Argentan avec son contenu après la mort du plus vivant des deux. La ville aurait ainsi hérité de notre bibliothèque, de manuscrits, d’œuvres d’art, à quoi j’avais envisagé d’adjoindre mes droits d’auteur post-mortem au cas où l’opération aurait abouti…




Fin stratège, Pierre Pavis n’a pas même obtenu de majorité dans sa majorité ! Roger Jouadé, déjà tellement soucieux du bien public et de l’intérêt général, avait mobilisé ses troupes pour empêcher la transaction et interdire sa mise à l’ordre du jour d’un conseil municipal. Deux ou trois artistes de canton avaient dans la foulée initié une pétition pour dénoncer le scandale qu’aurait été ce projet à leurs yeux. Ils avaient avancé le leur : il n’a évidemment jamais débouché sur quoi que ce soit.




La ruine est restée ruine, elle devient désormais le symbole de ce que les édiles ont fait, du moins de ce qu’ils n’ont pas fait, depuis des années.  Car ces élus n’aiment pas Argentan, mais le pouvoir qu’ils ont sur les argentanais.


D’où les conflits d’intérêts qui ne peuvent manquer de surgir entre ceux qui aiment Argentan et les argentanais et ceux qui aiment le pouvoir qu’ils ont sur Argentan et le argentanais. Il s’agit de deux mondes : les premiers se faisant systématiquement  détruire par les seconds. Je n’ai pas manqué , des années durant, de proposer des projets pour animer, embellir, choyer cette ville dont les habitants ont la modestie et la discrétion, la pudeur et le courage, qui fait défaut à ceux qui les représentent.




Ainsi : transformer Argentan, comme Cherbourg l’a fait avec la Mer, en Cité du Cheval avec un musée qui aurait pu être construit en pleine ville, entre le palais de Justice et la Poste, là où deux avenues montent et descendent de façon soviétique entre un vaste terre plein de  pelouse bordés de places de parking.


Cette construction aurait eu le mérite de créer un centre ville dans une cité qui n’en a pas : la « Place Henri IV », faussement nommé place alors qu’elle est une rue, ne fait pas à elle seule un centre. Il faut pour cela un espace, donc trois points : les deux de cette fausse place et le troisième de ce musée l’aurait dessiné .

Cet espace aurait alors contenu alors, outre les commerces,  le Syndicat d’initiative, le Palais de Justice, l’église Saint-Germain, la poste, le Donjon, le monument aux morts, autrement dit, l’essentiel de ce qui fait le cœur de la ville. Le musée aurait pu travailler avec les collections nationales pour disposer de prêts, organiser des expositions ayant pour thématique le cheval. La région Basse-Normandie ne dispose d’aucun lieu digne de ce nom. Le Haras du Pin ayant perdu sa splendeur en même temps que l’Etat français perdait la sienne. Sans suite…





Ainsi : réaliser une coulée verte entre le jardin de la médiathèque et le plan d’eau  moqué par la gauche quand elle était dans l’opposition (Pierre Pavis dirigeait alors cette même opposition) parce que c’était un programme de droite mais réalisé en plus petit par la gauche.



Mon ami Paysagiste Alain Richert, professeur à l’Ecole Nationale du Paysage à Versailles et domicilié à Boucé, avait donné son accord pour travailler sur ce projet. Mon autre ami Jean-François Sineux avait proposé d’en dessiner le projet qui aurait été exposé à la médiathèque. On aurait pu faire un magnifique jardin en pleine ville avec des espèces choisies à dessein pour en faire un conservatoire pédagogique. On argua alors que la Quasimodo s’y tenait : pour quelques jours par an, la ville s’interdisait une amélioration  considérable. Aujourd’hui, la Quasimodo n’existe plus… Sans suite…




Ainsi : la création d’un festival de théâtre à Argentan. Avec les honoraires offerts pour l’une de mes conférences par une fondation qui souhaitait aider notre association, j’ai acheté le chapiteau des Tréteaux de France à Marcel Maréchal, figure majeure du théâtre en France. Après avoir divisé son prix par deux pour l’UP, il avait répondu positivement à ma demande d’organiser sur un long week-end des représentations gratuites de son répertoire.


Je n’avais pas alors la ligne directe de Pierre Pavis et l’adjoint à la culture Jean-Louis Carpentier, accompagné de Madame Boscher et de la directrice de la culture dont j’ai oublié le nom, m’ont reçu à la Renaissance pour que je leur expose mon projet. La directrice trouvait mal venue la date de fin août que j’avais proposé, elle était en vacances… J’avais précisé que tous les argentanais n’avaient pas la chance d’en prendre et qu’on pouvait justement songer à ceux qui n’avaient pas les moyens de partir… On me fit savoir que ce projet serait défendu auprès du maire, maire qui prétend ne l’avoir jamais reçu… Sans suite, donc.




Sans suite : encore que… Plusieurs années après, j’ai décidé de créer une Université Populaire du Théâtre malgré tout sous le chapiteau. Mon ami Jean-Claude Idée, professeur au Conservatoire national de Bruxelles,  m’a aidé dans cette aventure, ainsi que les amis de la nouvelle équipe de l’UP. Nous avons donné trois jours de spectacle gratuits – on n’y a peu vu d’élus, quelques uns se contenant d’une brève apparition afin de faire une photo vite postée  sur leur blog dévolus à la célébration de leur personne.




Pierre Pavis avait assisté à notre AG et affirmé devant une vingtaine de témoins que nous pourrions lui demander ce que nous souhaiterions le temps venu. Le temps venu, autrement dit le soir même du premier jour, nous avons eu des ennuis techniques avec une console. Je disposais du portable du maire, qui répond ou donne suite une fois sur cinq ou six. Je lui ai demandé s’il pouvait nous prêter une console du Quai des arts.


Probablement parce qu’il avait vu mon nom s’afficher sur l’écran de son portable il n’a pas répondu car, dans la foulée, Jean-Louis Mustière , conseiller municipal qui fait partie de notre équipe, a appelé Pierre Pavis qui, pour le coup, a décroché, répondu et refusé que quoi que ce soit sorte du Quai des Arts – « question de principes » a t-il répondu et chacun sait que Pierre Pavis est effectivement un homme à principes. Je lui ai envoyé ce texto : «  Tu es vraiment un type bien toi… ».





Pas de réponse, mais la punition est venue la semaine plus tard : la ville était en train d’acheter ma pièce de théâtre  La sagesse de abeilles pour le Quai des Arts. Les choses étaient assez engagées pour que le directeur de la Comédie de Caen m’ait fait savoir que l’affaire était conclue.
Un appel téléphonique a informé Jean-Lambert Wild, directeur de la Comédie de Caen, que l’achat n’aurait pas lieu, mais « que ça n’avait rien à voir avec ce qui s’était passé la semaine précédente »… Finauds en plus ! Le recours aux forêts, ma précédente pièce de théâtre ayant été bradée pour Argentan,  la ville avait alors consenti à l’achat pour éviter le mauvais effet public d’un refus .


Les services se sont juste contentés d’oublier l’affichage  dans la ville pour présenter ce spectacle… Par ailleurs,  les informations avaient été retenues à divers niveaux, dont certains qui impliquent une collusion souvent dommageable pour l’intérêt général et le bien public à Argentan, entre un journaliste et une élue…





L’UP du théâtre eut lieu tout de même sous le chapiteau qui fut celui du temps où « Jardins dans la ville » et l’UP du goût fonctionnaient de conserve. J’ai créé l’UP pour venir en aide à un ancien syndicaliste communiste, placé là par piston des anciens de la MIC. Il était devenu petit patron avec les avantages du pouvoir, sans les inconvénients de la responsabilité. Méconnaissant tout de l’art horticole , il ne s’en sortait pas.



J’ai donc souhaité faire du lien social avec la culture, notamment par la gastronomie, l’œnologie associés aux produits du jardin. J’ai frée cette UP du goût comme un instrument d’éducation populaire et de partage de la culture. J’ai également œuvré en faveur de gens modestes, des blessés de la vie, en réinsertion dans cette structure – il y étaient,  je l’appris ensuite, des faire-valoirs grugés justifiant le fonctionnement de l’association en club des anciens de la MIC majoritairement bénéficiaires des services de « Jardins dans la ville » pour des raisons souvent éloignées de la réinsertion.




Pendant six années, j’ai fait venir des artistes (Bartabas, Guy Bedos), des écrivains (Franz-Olivier Giesbert, Paul Vacca), des cuisiniers (Pierre Gagnaire, Olivier Roellinger), des producteurs de grands vins (château Palmer, champagne Delamotte), des peintres (Adami, Combas), des musiciens (Laurent Campelonne avec l’orchestre symphonique de Saint-Etienne, des chambristes de la Fondation Singer Polignac), des cinéastes (Elisabeth Kapnist, Solveig Anspag), des universitaires (Jean Salem, Elisabeth Roudinesco), des critiques gastronomiques (Jean-Pierre Coffe, Périco Légasse) , parmi beaucoup d’autres noms…   Tous sont venus bénévolement.





J’ai découvert un jour par hasard que le révolutionnaire en peau de lapin qui avait changé son annonce téléphonique pour dire trois fois qu’il était directeur de trois associations dès l’obtention d’ un diplôme dont le mémoire devait beaucoup au texte d’annonce du site de l’UP du goût , avait amplement profité de la situation de proximité des associations « Jardins dans la ville et « Epicure & Co », l’association de l’UP. Le comptable qui l’était des deux associations le secondait dans ces opérations . Le maire a reçu une lettre de six pages écrite par mes soins notifiant les détails des nombreuses occasions qu’a eu cet ami de Roger Jouadé de manquer  à l’honneur, pour ne pas qualifier ses actes avec des mots qui ressortissent du vocabulaire juridique.




Après la démission de ces aigrefins et de leurs épouses du bureau de l’association « Epicure & C° », la restitution d’un chèque d’une somme que les deux compères avaient illégalement transférées sur le compte de l’association « Jardins dans la Ville » qui pouvait dès lors se targuer d’être en équilibre, les choses auraient pu en rester là. Hélas, mes amis de la nouvelle équipe et moi-même avons dû   faire face à une série des désagréments pendant une année : section de câbles dans le chapiteau qui mettaient en danger la sécurité et la vie des spectateurs, pneu de tractopelle dégonflé, tuyaux de chauffage vandalisés, vol de matériel, accumulations d’ordures sous le chapiteau et refus de les enlever, interdiction d’accéder à l’eau, vol ostensible du papier toilette ( !) le jour des UP par les deux compères, présentation à notre comptable de factures fantaisistes correspondant aux sommes indument prélevées par leurs soins, etc.



Averti dans le détail de nombre d’autres problèmes, le maire n’a pas voulu trancher arguant qu’il s’agissait d’un problèmes de personnes. Or ne pas trancher entre un voleur et un volé, c’est couvrir le voleur.  Cette lettre a également été envoyée à Laurent Beauvais, président du Conseil régional et de la communauté de commune, à Frédéric Léveillé, conseiller général, à Roger Jouadé, à Nathalie Goulet, sénateur. Seul Laurent Beauvais m’a répondu, en disant que l’affaire était du ressort de Pierre Pavis. Sans suite…


Devant tant de comportements délictueux restés sans sanction, j’ai décidé d’arrêter l’UP du goût. Ma compagne vivait alors ses derniers mois. Elle m’a demandé de n’en rien faire « pour ne pas punir les argentanais qui ne sont pas responsables » disait-elle. Elle avait raison. Je voulais lui faire ces derniers plaisirs. Il y a eu une dernière année.


Puis Marie-Claude est décédée début août. Pierre Pavis était en vacances mais en contact avec son secrétariat, puisqu’il a appris par lui le décès de ma compagne. C’est par ce même secrétariat qu’il m’a fait présenter ses condoléances…
J’ai reçu froidement la personne qui s’acquittait de cette tâche par téléphone. Probablement informé de la réception glaciale de ce message purement formel, j’ai reçu le lendemain … un texto de Pierre Pavis !

Rien d’autre.






J’ai donc quitté Argentan juste après l’enterrement de ma compagne, n’ayant plus aucune raison de vivre dans cet endroit où l’on m’a si peu facilité la vie. Le chapiteau va être démonté. L’UP part pour Chambois, mon village natal, et pour Caen – les deux lieux où je vis désormais. A Argentan, il n’y aura donc pas eu de maison Léger vivante, pas de musée d’art contemporain, pas de coulée verte, pas de cité du cheval, pas de ville construite autour de la gastronomie, de l’œnologie, de la culture. L’UP s’en va, l’UP du théâtre aussi.




Le marxiste de papier qui veut le communisme pour la planète entière, mais n’est pas même capable d’offrir un café à ses amis ou  de payer une addition au « Café de Paris », joint à son complice ancien vendeur de pesticide aujourd’hui retraité reconverti dans le bio, ont fait savoir il y a plus d’un an à la directrice des affaires culturelles de la région que j’avais trahi les idéaux de l’UP ! Ils s’étaient alors proposés de faire « une université populaire sans culture » – c’est bien dans l’esprit ( et les capacités…) de ces deux flèches !



Pour finir et prendre congé vraiment : j’avais construit un projet de restaurant de réinsertion dans « Jardins dans la ville », Robert Combas avait accepté de dessiner le bâtiment, nous avions obtenu une grosse somme pour ce projet auprès d’une fondation . L’argent se trouve sur le compte de « Jardins dans la ville ». Les deux compères crient haut et fort qu’ils réaliseront le projet. Gageons qu’il ouvrira en même temps que le musée Fernand Léger…

© Michel Onfray, novembre 2013

   



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MessageSujet: Re: MICHEL ONFRAY   Ven 1 Jan - 21:54

LA POUSSIERE SOUS LE TAPIS -

Le dernier quart de siècle aura été celui de l’effacement du réel. La télévision et la radio y ont beaucoup contribué, l’une en laissant croire que ce qui était montré était le seul réel, l’autre, en affirmant que c’était ce qui se trouve entendu. Or, la télévision montre ce qu’elle choisit et la radio ne fait entendre que ce qu’elle a élu. De sorte que ça n’est pas le réel qu’on nous présente, mais la fiction choisie par le journaliste. Nous vivons dans la fable d’un monde créé par les médias. Le réel n’ayant pas eu lieu, la fiction le remplace.

L’un des signes de cet effacement du réel est l’effacement du mot qui dit le réel. Quiconque met le signifiant sous le tapis croit avoir aboli le signifié. Ainsi, il n’y a plus de clochards, mais, d’abord des sans domiciles fixe, avant que ceux-ci ne laissent place aux SDF ; il n’y a plus de nains, mais des personnes de petite taille ; plus de gros, mais des personnes en surcharge pondérale ; plus d’avortement, mais des Interruptions Volontaires de Grossesse, puis des IVG ; plus de contraception, mais un contrôle des naissances ; plus de prolétaires, mais des OS, des OQ, des OP – autrement dit des ouvriers spécialisés, des ouvriers qualifiés, des ouvriers professionnels ; plus de ceinture ou de banlieues, mais des ZUP et des ZEP ; plus d’handicapés, mais des personnes à mobilité réduite , voire des « personnes en situation de handicap »; plus de noirs, mais des blacks ; plus de femmes de ménage, mais des techniciennes de surface ; plus d’allocations, mais des aides, voire des RSA ; plus de juifs, mais des feujs ; plus de maghrébins, mais des beurs ; plus d’émigrés ou d’immigrés, mais des migrants ; plus de vieux, mais des personnes du troisième âge ; plus d’homosexuels, mais des gays ; plus de chômeurs, mais des demandeurs d’emploi ; plus de téléphone, mais des iPhone ou des Smartphones ; plus de droits de l’homme, mais des droits humains ; plus de tiers-monde mais des pays en voie de développement ; plus de prostituées, ni de putes bien sûr, mais des travailleuses du sexe ; plus d’élèves, mais des apprenants ; plus d’instituteurs, mais des professeurs des écoles ; plus de professeurs, mais des enseignants ; plus de ballons, mais des référentiels bondissants ; plus de lectures sur scène, mais des mises en voix ; plus de romanichels, mais des gens du voyage ; plus de sexe, mais du genre ; plus de races, mais des peuples ; plus de mensonges mais des contre-vérités ; sans parler des tsunamis qui ont remplacé les raz-de-marée ou les congères qui prennent la place des tas de neige, voire de la neige à laquelle la vulgate médiatique substitue désormais le stupide manteau neigeux …

Voilà comment on ne peut plus parler de marchandisation d’utérus puisqu’il s’agit d’une gestation pour autrui ; ni de crimes de guerre puisque ce sont des dommages collatéraux. De même pourquoi ferait-on encore la révolution puisqu’il n’y a plus ni prolétaires ni femmes de ménage, ni chômeurs ni clochards. Et pourquoi y aurait-il encore une école puisqu’il n’y a plus ni instituteur ni professeur ? Rabelais faisait dire à Pantagruel : « Si les signes vous fâchent, ô quand vous fâcheront les choses signifiées ? ». Les signes étant morts, les choses signifiées le sont aussi. Le désert avance…
©Michel Onfray, 2016

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