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 Samson François ( 1924-1970)

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Gérardmer777



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MessageSujet: Samson François ( 1924-1970)   Mar 10 Jan - 14:58

Samson François
( 1924-1970)


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Le disparition récente d'Alexis Weissenberg, au moment où je lisais la biographie de Samson

François, m'incite à laisser traces de ce fabuleux pianiste français.

Il fut remarqué par Alfred Cortot à 11 ans et titulaire du premier prix LONG-THIBAUD à 19 ans.

Elève de Marguerite Long, ayant très peu fréquenté les bans de l'école, c'est un autodidacte qui

doit à sa curiosité permanente et sa mémoire phénoménale, une culture étonnante.

Capable de rejouer une Rapsodie de Liszt entendue à la radio, une oreille absolue achève le

portrait trop bref de celui qui disait :

"Il faut porter un chaos pour accoucher d'une étoile"


Cette phrase résume sa biographie par Jérôme Spycket (Ed: Van de Velde)

"SCARBO" Le roman de Samson François.

Ami du jazz, écrivain amateur doué, il laisse quelques vidéos (dont un film de Claude Santelli.)



Une intégrale de F.Chopin et C.Debussy, un coffret "d'Inédits" chez E.M.I -(dont son concerto

pour piano et orchestre )et une anthologie remastérisée de tous ses enregistrements E.M.I.


Sa façon unique de placer les mains et le jeu qui découle de sa souplesse de poignet, lui ont valu

des remarques éloignées de la musique...

On peut conseiller toujours indémodées, ses interprétations deux concertos pour piano et

orchestre de M.Ravel et les deux concertos pour piano et orchestre de F. Chopin.
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Bridget



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MessageSujet: Re: Samson François ( 1924-1970)   Ven 13 Jan - 1:33

SAMSON FRANCOIS , LE FEU SACRE



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Samson François fut sans doute, en France, la dernière grande figure de la tradition « début de siècle » du piano romantique, et peut-être aussi la plus marquante et la plus accomplie.

Avec sa tête de jeune premier, cheveux longs et mèche tombante, regard absent, fine moustache, et cigarette au coin des lèvres, il avait déjà le physique de l’artiste romantique.
Qu’on y ajoute son talent, son charme fou, son goût du luxe et sa vie mondaine, et l’on ne s’étonnera pas que sa renommée ait, de son vivant, dépassé le cercle fervent des mélomanes.


Il fut une sorte de vedette, auprès des jeunes notamment (auquel il restera fidèle en faisant toujours les tournées des Jeunesses Musicales de France), une sorte d’Albert Camus du piano si l’on veut, au point que Jours de France, fait rare pour un musicien classique, lui consacre deux pleines pages illustrées en 1960.

Marqués à jamais, ces jeunes d’antan sont restés fidèles à sa mémoire, empêchant qu’il ne soit jamais oublié en France.


Né à Francfort le 18 mai 1924 de parents français, après neuf ans de voyages et déjà cinq ans de passion pour le piano, il obtient à onze ans le Premier Prix du conservatoire de Nice.

À cette époque, il joue déjà Liszt de façon étonnante. Présenté à Alfred Cortot, la superstar du piano français décide de le prendre gratuitement sous son aile, car la situation matérielle de ses parents est très précaire.
Cortot le confie d’abord à son assistante, qui n’est autre qu’Yvonne Lefébure, puis à Marguerite Long, qui disciplinera son tempérament de feu, et lui fera découvrir Debussy et Ravel.
Ses études se finissent en 1943, lorsqu’à dix-neuf ans il remporte le premier concours Long-Thibaud, et se fait remarquer par Pathé-Marconi.


Ce n’est toutefois qu’après la guerre — traversée, apparemment, avec insouciance — que sa carrière musicale commence réellement. Les concerts et les tournées se suivent, et Samson François ne cesse de séduire, de transporter ses auditeurs et l’ensemble de la critique.

Il faut dire qu’il a alors une virtuosité sans faille et qu’il fait atteindre des sommets à ses œuvres de prédilection, à l’image de ce premier enregistrement de 1947 où il interprète « Scarbo » de façon extraordinaire.






Si son génie, son inspiration, sont incontestés, le public doit parfois patienter un peu avant qu’il ne parvienne à ces cimes.

Généralement pas longtemps, au demeurant, et avec, en consolation, la démonstration d’une technique éblouissante. Il donne énormément de concerts, avec un succès fou, en France comme à l’étranger, et sa vie est très animée, et sans doute aussi très éprouvante physiquement.


En 1959, il est atteint d’une hépatite virale. Mais il se soigne avec mauvaise volonté, reprenant les concerts et sa vie intense après seulement un mois d’arrêt !
Sa résistance physique lui permet de ne pas trop en faire pâtir ses récitals, mais après 1961, une fatigue physique se fera parfois sentir et ses faiblesses ne seront plus seulement des problèmes d’inspiration, mais bien des problèmes digitaux.
Malgré tout, il se rattrape toujours en cours de concert et finit toujours par faire oublier ses « absences » — alors imputées à un possible alcoolisme.


Samson buvait certes, et parfois seul, mais il semble bien qu’il n’ait pas été alcoolique. En revanche, il est certain qu’il avait peu d’égards pour sa santé.

Début 1968, il a une attaque cardiaque, qu’il ignore, puis un infarctus, qu’il prend lui aussi à la légère : après un mois de repos, contre l’avis de ses médecins et de ses proches, il reprend ses activités qui, cette fois en souffrent sérieusement, certains concerts étant parfois, et de plus en plus souvent, entièrement ratés.


Ses étincelles de génie, sans le déserter complètement, se font de plus en plus rares. Ses doigts ne lui obéissent plus toujours. En 1970, à quarante-six ans, Samson François en paraît soixante. Après une tournée prodigieuse au Japon, il meurt à Paris, le 22 octobre 1970, interrompant ainsi l’intégrale Debussy qu’il était en train d’enregistrer. Ce fut son chant du cygne.



« Une voix qui chante »


Samson François fut le pianiste de l’attente. À ses admirateurs, il enseigna la patience. Attente de l’instant magique. Attendre l’événement qui le fera passer la vitesse supérieure, ou inférieure, attendre ce moment où tout bascule et où l’on découvre de nouvelles contrées, sans qu’apparemment l’on n’y soit pour rien, par le pur effet de la magie.


« Ah ! Ah ! patience, mon Dieu, patience… » Telle était la « méthode » de Samson François, ou même son style de vie, comme en témoigne l’un des nombreux textes (parfois métaphysiques, et très inspirés de Nietzsche) qu’il écrivit pendant une grande partie de sa vie :

« Voici l’époque du hasard. L’être enregistre des forces qui lui échappent, et parfois il lui reste suffisamment de talent pour les exprimer.
Soudain, alors, un monde obscur et totalement inconnu s’entrouvre. Des énergies se libèrent. Qu’allons-nous faire demain ? Tout à coup nous voulons tout savoir. et, avec angoisse, pressons le messager…
Une voix chante là-bas, mais que nous dit-elle ? (…) sachons rester à l’affût de la chose qui nous arrive, gardons la précieusement, ne l’employons jamais… Attendez… qu’on vous la demande !… Alors !… (“simplement parce que c’est l’usage”) laissez-la s’échapper, force étrangère… étrangère… en refusant à jamais l’angle, la ligne droite, le triangle et le carré. »



Tout est dit sur sa conception de la vie et de la musique. D’abord, la vie et la musique ne sont qu’une même chose : une accumulation et une libération de forces. Toute sa vie, poursuivi par une idée fixe, il a été disponible à toutes sortes d’expériences, inquiet plutôt qu’angoissé, comme il aimait le dire, par le mystère de la vie.

Au point d’en oublier de dormir la nuit, et surtout de dormir assez, préférant lire, sortir, recevoir, séduire, dilapider plus d’argent qu’il n’en avait, bref ce qu’il appelait « s’amuser » — même pendant et après d’épuisantes séries de concerts.



On comprend alors l’effet d’improvisation laissé par ses interprétations, de même que son amour profond pour le jazz et les jazzmen dont il sentit bien, toutes ces nuits passées à les écouter, qu’ils lui ressemblaient davantage que ses « collègues ».

On comprend son dégoût pour une conception professionnelle de la musique (« je suis un amateur » répétait-il sans cesse) qui risque toujours de devenir routinière.


On comprend ses « irrégularités », un morceau s’interprétant selon l’inspiration et l’état d’esprit du moment, et non d’une façon prédéfinie : « On joue TOUT bien, à condition de n’avoir ni interprétation ni technique. L’interprétation n’est qu’une idée préconçue, une émotion fanée, quant à la technique elle n’est qu’une formule par laquelle on apprend à jouer malgré soi ».

Il plaçait des accents là où rien n’était indiqué, donnant à ses interprétations une liberté rythmique et un sens du rubato uniques, avec une grande inventivité de la main gauche, laissant fluctuer les tempi, ou au contraire couler les phrases dans un cadre rigide.

En grand romantique, il s’appropriait complètement les œuvres. Ce n’était toutefois pas par égocentrisme. Là encore, il attendait ce que lui dictait chaque son : « ce qu’il faut surtout c’est qu’on n’ait jamais l’impression d’être obligé de jouer la note qui suit » disait-il, ou encore, pour Chopin, « l’idéal c’est de retrouver les touches au fur et à mesure que la mélodie se présente à vous. Attendez-la !… ».


Ce style de jeu le rendait difficile à accompagner, ce qui, malgré le résultat souvent exceptionnel, dissuada certains chefs de multiplier les expériences, y compris parmi les plus grand (Monteux et Ormandy par exemple). On n’a pas toujours le goût de la corde raide ! Mais c’est aussi ainsi qu’il a fait — et continue de faire — redécouvrir Chopin, comme dans cette Étude n° 4 op. 25 qui tournoie de façon vertigineuse sous ses accents, jusqu’à en être méconnaissable… et sublime.







Pour Samson François, la mélodie importait plus que tout. « Je néglige un peu la construction architecturale, je suis la phrase mélodique — je ne la prévois pas. Il faut avoir le sens du récit musical, il faut trouver un langage… je n’ai jamais travaillé la virtuosité : l’important, c’est la mélodie ».


Il savait la conduire et lui donner un sens féérique. Sans doute est-ce par goût de la mélodie qu’il ne fit guère montre de sa puissance, préférant rester à la surface des choses, surfant sur l’instant magique qu’il avait su capturer et qu’il faisait durer en lui donnant les multiples couleurs de son toucher unique. Il avait une patte de félin, attaquant le piano les doigts plats, de ses dix doigts à qui il demandait d’être chacun « une voix qui chante ».


Instants capturés


S’il était avant tout un homme du concert, de l’instant, Samson François a laissé de beaux enregistrements.

Bien qu’ils n’aient plus les qualités techniques que l’on attend aujourd’hui, et que leur prise de son soit souvent très peu flatteuse, il faut écouter l’ardeur et la poésie de ses Chopin, la magie de son Debussy (touchant malgré ses imperfections techniques), la sécheresse hallucinante de son Ravel (joué quasiment sans pédale en solo et avec une tristesse et une angoisse inouïes dans les concertos, surtout le Concerto pour la main gauche), l’énergie diabolique de ses Concertos de Prokofiev (il créa le Cinquième concerto aux Etats-Unis avec Leonard Bernstein, en 1947, et resta l’un de ses meilleurs interprètes).













Il faut écouter son Schumann très fantasque, et regretter qu’il n’ait quasiment pas eu le temps de jouer Mozart qui, avec Chopin et Debussy, appartenait à sa « Sainte Trinité ».

Comment ne pas être touché par son imagination, son goût de l’affabulation, sa sincérité, dont sa vie entière témoigne ? Aimer Samson François, c’est aimer « celui qui au-dessus et au-delà de lui-même veut créer et, de la sorte, court à sa perte » (Nietzsche), c’est aimer celui qui, finalement, abordait chaque œuvre pour la dernière fois de ses « doigts désolés ».


Stéphan Vincent-Lancrin


http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ACTUALITES/ARCHIVES-CLASSICA/Samson-Francois-L-attente-de-l13875


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Gérardmer777



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MessageSujet: Re: Samson François ( 1924-1970)   Ven 13 Jan - 10:52


Merci pour ce trés beau texte de Stéphan Vinecnt-Lancrin tout nimbé d'amour pour S.François...
Quelques nuances à apporter :
"Patience" comme devise, c'est bien paradoxal pour un être qui a été un impatient et indépendant tout au long de sa vie !
Une vie menée à cent à l'heure -minimum- vraiment brulée par les deux bouts, comme l'argent toujours dilapidé avant de l'avoir gagné.
N'ayant jamais tenue compte en fait de l'avis des autres, accumulé les débordements les
plus dangereux; dans le domaine de la santé, des affaires, des amis de tout bord, des amours cloisonnés,... chez Samson François il s'agit peu-être de l'attente de l'instant magique losqu'il jouait, où il se passait alors "vraiment quelquechose d'unique"; ce qui fut le cas souvent, comme ses enregistrements le prouvent.

Il fut aussi un artiste qui aimait jouer en province (Alès, Perpignan,...) circuit où le public était tout aussi enthousiaste qu'à Berlin,Tokyo,New-York,...Les grands font rarement ces concessions lorsque la gloire arrive.

Son réel magnétisme fut bien capté par Claude Santelli, lequel resta six moix auprés de Samson François à la ville comme à la scène. Deux films d'une heure furent ainsi produit dés 1967,l'artiste étant à l'apogée de son Art.

L'aisance avec laquelle Samson François se comporta face aux caméras et avec l'équipe de techniciens, durant ce tournage (qu'il eut du mal à voir se terminer !) démontre une facette dés plus touchante et révélatrice de l'homme : le besoin de séduire.
Les nuits blanches qui ne peuvent se terminer qu'aprés cinq heures du matin (sinon, "on ne l'aime pas ") les 400 cravattes...
Une anecdote circulait dans mon jeune temps: Samson François invite des Amis dans un des plus grands restaurants asiatiques de Paris.
On lui tend la carte, sans vraiment la regarder, il là rend au serveur en lui disant :"Tout!"
Les Amis ont vue alors arriver les plats, qui couvrirent leur table, puis les tables voisinent,...et ils ne purent jamais arriver à bout du banquet.



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