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 SIX FRANCE ou quand la réalité dépasse la fiction

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liliane
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MessageSujet: SIX FRANCE ou quand la réalité dépasse la fiction   Mar 10 Jan - 8:47

SeaFrance : des années de "gratte" mafieuse


Détournement de fonds, de cigarettes, d’alcools, de parfums : ces pratiques auraient permis à certains marins de multiplier leur salaire par dix. Aujourd’hui, l’omerta vole en éclats…

Ces derniers jours, Calais ressemble davantage à Palerme qu’à la ville tranquille de la Côte d’Opale. Alors que la société de ferries SeaFrance se rapproche de la liquidation judiciaire, les langues se délient et évoquent des pratiques illégales instaurées depuis toujours. "L’omerta est en train de voler en éclats", résume un des dirigeants du port. Pointant les bateaux SeaFrance à quai, il n’hésite pas à décrire l’existence d’un "système mafieux très sophistiqué". Si Didier Cappelle et Éric Vercourtre, deux piliers CFDT du comité d’entreprise de SeaFrance, sont considérés comme les cerveaux, ils n’étaient pas seuls.

En 2009, un audit avait révélé des « manques dans les ventes » pour environ 3 millions d’euros par an. "C’était un sujet structurel, sur plusieurs années, qui concernait les cigarettes, l’alcool et les parfums", souligne Lionel Gotlib, commissaire aux comptes chez Mazars. Après une plainte de la direction, le parquet de Lille a ouvert une enquête pour "vol en bande organisée" dont l’issue ne devrait pas tarder. Sur les docks de Calais, personne n’est surpris de ces révélations. Sauf les salariés… CFDT. "C’est ignoble, c’est une campagne de calomnie", dénonce Didier Cappelle, secrétaire général maritime Nord.

Jusqu'à 20.000 euros par mois en plus

La "gratte", comme l’appellent les marins, s’opérait depuis toujours. Dans les années 1990, des personnels de bord étaient de mèche avec des runners, des Anglais qui multipliaient les traversées entre Douvres et Calais pour acheter des produits à l’époque détaxés et les revendre au noir en Angleterre. Pour les cartouches de cigarettes, par exemple, limitées à deux par passager, les marins autorisaient les runners à passer plusieurs fois à la caisse en échange d’un "pourboire" de 2 livres par cartouche.

Ces ventes étaient tolérées lorsque les duty free existaient encore. Avec leur disparition en 1999, ces pratiques se sont institutionnalisées. Pire, elles ont pris de l’ampleur depuis l’arrivée à la présidence de SeaFrance d’Eudes Riblier, placé par l’ancien président de la SNCF, Louis Gallois, aujourd’hui à la tête d’EADS. Contactés, ni l’un ni l’autre n’ont souhaité répondre à nos questions. Peu à peu, les postes où l’argent circulent deviennent stratégiques. "Les serveurs, les personnels de boutiques et des restaurants étaient protégés par la CFDT", explique Daniel Cholley qui a été le médiateur de SeaFrance lors du plan social en 2010. La technique consistait à ne pas enregistrer en caisse la vente d’un produit et à récupérer l’argent.

Installé à la cafétéria du terminal qui surplombe le port, un salarié à terre n’hésite pas à dénoncer ces marins qui "travaillaient à leur compte" et pouvaient toucher jusqu’à 20.000 euros par mois quand ils gagnaient 2.000 euros de salaire. À l’époque, la valeur élevée de la livre provoquait un afflux d’Anglais pour acheter les produits en euros. À la descente des bateaux, "les bureaux de change étaient pris d’assaut par les marins pour changer leurs livres", décrit Roger Lopez, ancien salarié CGT. Certains payaient leurs courses en monnaie britannique dans les magasins de Calais qui accueillaient les touristes venus d’Angleterre. D’autres se rendaient en Belgique pour acheter des grosses voitures en cash. Sur les quais du port de Calais, nombre de salariés s’étonnent de voir le secrétaire du comité d’entreprise de SeaFrance, Éric Vercoutre, rouler en Audi Q7, un 4x4 à 60.000 euros.

"Le silence ne régnait pas par hasard"

Le trafic de marchandises était aussi très organisé. Sous couvert d’anonymat, plusieurs marins racontent qu’ils voyaient des "palettes entières de cartouches de cigarettes détournées". Une partie servait à la consommation personnelle des marins indélicats ou était revendue à leurs proches. Le gros des stocks était écoulé dans quelques bars connus de Calais, appartenant aux amis. Ceux qui avaient droit de "croquer" achetaient leurs cigarettes pas cher. Sinon, elles étaient revendues aux clients sans qu’ils s’en aperçoivent.

Ce système aurait profité à un grand nombre. Les marins CFDT formaient un noyau dur d’une cinquantaine de personnes. Ils partageaient leurs gains avec d’autres salariés de l’entreprise, même non syndiqués. "Le silence ne régnait pas par hasard. Les gens étaient mouillés à tous les niveaux jusqu’à la direction. Des fournisseurs de marchandises étaient aussi dans le coup. Certains bénéficiaient de cadeaux. La police et les douanes étaient au courant de tout ça", explique un ancien directeur de SeaFrance en fonction pendant plus de dix ans. Devant le grand déballage auquel se livrent les salariés, il souligne que "les responsabilités sont partagées et que même les gens qui se désolidarisent ont profité du système". Ironie de l’histoire, à l’époque, le syndicat majoritaire chez SeaFrance était la CGT, qui dénonce aujourd’hui les détournements.

Matthieu Pechberty - Le Journal du Dimanche

http://www.lejdd.fr/Economie/Actualite/SeaFrance-Des-annees-de-gratte-mafieuse-447046/
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Bridget

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MessageSujet: Re: SIX FRANCE ou quand la réalité dépasse la fiction   Mer 11 Jan - 1:35


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Ne m’appelez plus jamais Seafrance !



Un modèle de casse syndicale








Soyons attentifs aux signaux sémantiques : les salariés de Seafrance, la compagnie maritime transmanche filiale de la SNCF, en voie de liquidation, n’ont pas droit à l’article défini.
On ne dit pas « les Seafrance », comme on dit « les Conti », ou jadis « Les Lip » pour désigner affectueusement un collectif de travailleurs en lutte pour défendre leur emploi menacé par la crise économique ou les délocalisations.
On perçoit comme un malaise, dans la gauchosphère, à entonner le grand air de l’indignation contre la malfaisance du capitalisme sauvage et bestialement financier, qui jette sans états d’âmes les salariés à la rue ou, pour ce cas précis, par dessus bord.



Pourtant, le syndicat majoritaire à Seafrance, la CFDT, avait sorti de sa manche un narratif qui aurait dû lui gagner le soutien de tous les braves gens dont le cœur saigne en pensant aux familles vouées à la misère et la précarité par la loi d’airain du profit.

« Nous, travailleurs de la mer, sommes prêts à poursuivre l’activité de la compagnie dans le cadre d’une société coopérative ouvrière de production (Scop). Et c’est possible, si l’Etat nous donne le coup de pouce indispensable : 50 millions d’euros pour apurer le passif ! ».

Ledit Etat, c’est à dire vous et moi, est donc prié de passer à la caisse pour sortir du pétrin une entreprise qui rêve de maintenir bien haut le pavillon français entre Calais et Douvres.



Les vieux babas voient ressusciter le rêve d’autogestion qui faisait les beaux jours du défunt PSU, et les néo-indignés sont prêts à marcher sur Calais pour forcer les patrons à remettre les clés de Seafrance à la CFDT, en chemise et la corde au cou, comme il est d’usage dans les parages.


Mais cette fois-ci, le conte de fée social a fait un bide magistral et les héros autoproclamés de la classe ouvrière se sont révélés de fieffés escrocs à la compassion publique.
Il aura fallu un coup de poker magistral de Nicolas Sarkozy pour que la réalité surgisse de l’enfumage pratiqué par les pontes syndicaux de Seafrance.
Alors que les ministres concernés, Thierry Mariani et Nathalie Kosciusko-Morizet avaient rejeté le plan Scop pour cause de non-viabilité économique, le président de la République enjoint Guillaume Pépy, PDG de la SNCF, d’accorder des indemnités de licenciement extra-légales aux salariés de Seafrance.
Celles-ci peuvent aller de 20 000 à 60 000 euros, en fonction du statut et de l’ancienneté des personnels concernés.
Ainsi, explique Sarkozy, ceux qui veulent poursuivre l’activité maritime dans le cadre d’une Scop pourront investir ce bonus dans leur entreprise, et vogue la galère !



En bonne logique syndicale, les bouchons de champagne auraient dû sauter dans les chaumières de Calais… Il n’en a rien été, et les bonzes de la CFDT locale ont trouvé un prétexte bidon : l’insécurité juridique de la propriété des navires après liquidation1 pour refuser de marcher dans la combine proposée par Nicolas Sarkozy.


Pourquoi cette « marche arrière, toute ! » ordonnée par le carré des officiers cédétistes ?
La réponse se trouve dans un rapport de la Cour des comptes sur la gestion de Seafrance datant de 2009, opportunément exhumé par nos confrères d’ Atlantico, qui pour le coup ont démontré qu’ils n’étaient pas manchots, si je peux me permettre.



Ce rapport met en lumière les pratiques proto-mafieuses du syndicat majoritaire, qui contrôlait l’embauche des salariés de l’entreprise, où régnait le népotisme et le clientélisme le plus débridé.
La direction était impuissante devant les diktats du syndicat, qui imposait des effectifs disproportionnés par rapport à l’activité de la compagnie, par ailleurs soumise à la rude concurrence des armateurs britanniques, plus stricts sur les critères de gestion.

De plus, l’absentéisme du personnel titulaire de Seafrance dépassait toutes les normes constatées dans d’autres secteurs, avec une moyenne annuelle de trente-neuf journées par salarié, ce qui contraignait la compagnie à faire assurer leur service par des CDD.

La Scop telle que la rêvait les chefs syndicaux était d’une espèce tout à fait singulière : on devient les vrais patrons, on ne touche a rien, et si les déficits persistent, la puissance publique comble les trous sans rechigner. On apprenait, de surcroît, que ces mêmes leaders syndicaux avaient repoussé une offre de reprise par la société d’armement Louis-Dreyfus, qui aurait préservé environ cinq cents des huit cent quatre-vingt postes de travail de Seafrance…


La CFDT confédérale, jusque là très discrète sur le dossier Seafrance, vient de désavouer sa section locale, dont les manipulations de tous ordres – allant jusqu’à l’intimidation physique des employés rétifs à suivre ses consignes – risquaient de porter atteinte à l’image de la centrale dirigée par François Chérèque.


Cette affaire ne constitue pas un cas isolé et exceptionnel. Une forme dévoyée de syndicalisme, plus proche des pratiques américaines illustrées dans le film Sur les quais d’Elia Kazan que des idéaux de la charte d’Amiens, a porté un coup fatal à des secteurs entiers de l’économie nationale.

Si nos ports sont délaissés par les armateurs internationaux, si la presse quotidienne nationale est en état de soins palliatifs, si les NMPP (messageries de presse) ne vont guère mieux, c’est que pendant des décennies des syndicats tout puissants ont dicté leur loi aux entrepreneurs.


Le « closed shop » (contrôle de l’embauche par le syndicat) a fait passer l’allégeance devant la compétence. Ainsi, comme journaliste de la presse parisienne au siècle dernier, j’ai pu observer comment le syndicat CGT du Livre recasait dans les imprimeries les employés des municipalités communistes victimes du déclin électoral du PCF.

Le nombre des emplois détruits par ce système n’a jamais fait la une des journaux, même pas du Figaro, et pour cause : pendant des années Robert Hersant, lorsqu’il contrôlait ce groupe de presse, a entretenu les meilleurs rapports avec les bonzes de la CGT du Livre, empêchant toute solidarité patronale face à leur mainmise sur l’outil de production.


Dans l’enfer réservé dans l’au-delà aux exploiteurs, les patrons-voyous devraient faire bon ménage avec les syndicalistes de la même farine.

Argument fallacieux, car la SNCF s’était engagé a racheter les navires dans le cadre d’une liquidation judiciaire et à les louer ensuite à la Scop. ↩


Luc Rosenzweig / Causeur
http://www.causeur.fr/ne-m%E2%80%99appelez-plus-jamais-seafrance,14547
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