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 DAVID BOWIE

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Bridget



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MessageSujet: Re: DAVID BOWIE    Lun 11 Jan - 11:14

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Le chanteur qui venait de sortir un album est décédé d'un cancer à l'âge de 69 ans.





Le chanteur David Bowie est mort à l’âge de 69 ans «paisiblement» hier après une bataille de 18 mois contre un cancer, selon une note publiée sur son compte officiel sur Facebook et selon son fils sur son compte Twitter.



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liliane
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MessageSujet: Re: DAVID BOWIE    Mar 12 Jan - 19:04

« Je ne sais pas où je vais mais je vous promets que ce ne sera pas ennuyeux » David Bowie

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Bridget



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MessageSujet: Re: DAVID BOWIE    Sam 16 Jan - 15:39

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Bowie
le Roi David






PAR NICOLAS UNGEMUTH



L’artiste pop le plus influent depuis les Beatles s’est éteint après avoir orchestré magistralement et secrètement sa sortie de scène. Hommage.





Longtemps, les rock stars sont passées pour des divinités. On acceptait qu’elles meurent jeunes et foudroyées, comme Brian Jones, Jim Morrison, Janis Joplin ou Jimi Hendrix mais, lorsqu’elles avaient passé le cap de la trentaine, elles semblaient immortelles. Si Keith Richards et Iggy Pop, hommes de tous les abus, semblaient se porter comme des charmes après tant de dérives, n’était-ce pas la preuve que cette engeance avait des pouvoirs surhumains ?



Et puis, Lou Reed est mort, d’un cancer. Et puis, récemment, Lemmy, l’homme de Motörhead qui faisait passer Keith Richards et Iggy Pop pour d’aimables boy-scouts, est mort également. D’un cancer. Jack et Daniel’s ont finalement eu sa peau. Lemmy et Lou Reed semblaient indestructibles : s’ils avaient survécu à tant d’années d’excès, c’est qu’ils ne mourraient jamais…

Soudain, dans la nuit de dimanche à lundi dernier, la nouvelle est tombée : c’était au tour de David Bowie de mourir, victime lui aussi d’un cancer. A vrai dire, la rumeur d’une maladie grave circulait depuis des années : l’artiste ne donnait plus aucun concert et semblait étrangement bouffi (et récemment très amaigri).
Mais la sortie surprise de The Next Day en 2013, et celle de Blackstar (Sony) il y a une semaine, avaient dissipé ces doutes, d’autant que la rumeur avait toujours été démentie par l’intéressé et son entourage. Il n’avait pourtant échappé à personne, et certainement pas à ses fans, que The Next Day dégageait une étrange nostalgie : sa pochette était en fait celle de « Heroes » - l’un de ses plus grands albums - revisitée, et le clip de Where Are We Now ? exhumait différents souvenirs de ses années berlinoises. Le titre même de la chanson, « Où en sommes-nous maintenant ? », présageait un Bowie songeur et mélancolique.



Lorsque, début janvier, sortait Blackstar, album aventureux réalisé avec un collectif de jazz avant-gardiste, baigné de saxophone (son premier instrument, ce n’est sans doute pas pour rien) et de chansons sinueuses, porté par un clip étrange entre David Lynch et Joel-Peter Witkin, personne ne savait que ce serait le dernier (son fidèle producteur Tony Visconti évoquait même la possibilité d’autres projets en devenir).


Bowie sera donc mort deux jours après sa sortie mondiale, et le titre du dernier morceau - le meilleur de ce disque ultime - prend une signification testamentaire : I Can’t Give Everything Away, soit « Je ne peux pas tout offrir ». C’est un finale poignant, mais aussi un dernier message : dans cette chanson - Bowie, qui était un maniaque du détail, ne l’a pas placée à la fin de l’album innocemment -, l’artiste, pour une fois, semble parler de lui. Il se livre en une ultime confession : « Voir plus, ressentir moins, dire non mais penser oui. C’est tout ce que j’ai toujours voulu dire, c’est le message que j’ai envoyé. »




Le lundi 11 janvier au matin, une bonne partie du monde se frottait les yeux… David Bowie, mort ? Impossible ! Celui dont tant de chansons ont changé nos vies ne serait donc plus ? De Life on Mars à Let’s Dance en passant par Changes, Heroes, Ashes to Ashes, Sound and Vision, Five Years, Quicksand, China Girl, Modern Love, Golden Years, Rebel Rebel, Space Oddity, John, I’m Only Dancing, Look Back in Anger, Always Crashing in the Same Car, Young Americans, The Man Who Sold the World, Starman, The Jean Genie, Boys Keep Swinging, elles furent tellement nombreuses, ces mélodies éblouissantes, ces diablesses ensorceleuses…



Son répertoire n’a d’égal que celui des Beatles. Car oui, Bowie fut l’un des trois plus grands mélodistes du rock, avec Paul McCartney et Ray Davies des Kinks (qu’il adorait). Mais ce ne fut là qu’un de ses talents… Il avait également un don anormalement développé pour, d’une part, faire découvrir au grand public des musiciens de génie alors qu’ils végétaient dans l’anonymat (Lou Reed, dont il avait produit le très culte Transformer en 1972, et Iggy Pop, avec qui il avait réalisé le dernier album des Stooges, Raw Power, un an plus tard, ainsi que ses deux albums légendaires The Idiot et Lust for Life, ou encore Mott The Hoople, à qui il offrit l’extraordinaire chanson All the Young Dudes), et, d’autre part, s’entourer de lieutenants exceptionnels qu’il savait dénicher avec une rare intuition : Bowie était un homme de collaborations.




Grand compositeur, il savait néanmoins faire appel aux autres pour bousculer sa vision et mieux se remettre en question. Il y eut les guitaristes Mick Ronson, Carlos Alomar ou Robert Fripp ; il y eut surtout, les géniaux producteurs Tony Visconti, Nile Rodgers (du groupe Chic), et en particulier Brian Eno, avec qui il réalisa les chefs-d’œuvre absolus de la trilogie « berlinoise » (Low, « Heroes », Lodger), pas si berlinoise que cela d’ailleurs, et dont il sut tirer plus que quiconque le talent profondément enfoui, si l’on songe à ce que celui-ci devait faire plus tard avec des groupes comme U2 ou Coldplay… C’est en changeant régulièrement de collaborateurs triés sur le volet et rarement célèbres à ce moment, que Bowie a pu se renouveler si longtemps, et en cela, il battit en longévité créatrice tous les autres artistes de son époque. Ce vieux grigou de Keith Richards avait dit de lui : « Bowie, ce n’est que de la pose, et zéro musique. D’ailleurs, il le sait très bien. »
Une déclaration qui l’a sans doute blessé, tant l’intéressé vénérait les Rolling Stones (dont il avait repris Let’s Spend the Night Together), mais qui montre à quel point le guitariste des Stones peut divaguer : ce bon vieux Keith mouline les mêmes riffs éculés depuis le début des années 70 en prenant ses habituelles poses de toréador et en ressassant ses antiques albums de blues et de reggae.



Pendant ce temps-là, Bowie a révolutionné le rock deux ou trois fois ; rien de moins. Il faut dire aussi qu’il était un peu plus cultivé que son aîné, s’intéressant à la peinture, à la littérature, au cinéma, au théâtre, à l’histoire et, en plus du rock ou de la pop, à toutes sortes de musiques, qu’elles soient occidentales et contemporaines ou asiatiques, voire africaines. Il y a quelques années, le musicien avait publié une liste de ses cent livres préférés, parmi lesquels on trouvait des ouvrages de Mishima, Camus, Fitzgerald, Faulkner, Isherwood, Selby, Capote, Döblin, Bellow, Flaubert, Nabokov, Dos Passos ou Burgess. Il avait étudié le mime, s’était passionné pour l’expressionnisme allemand (peinture et cinéma, avec une authentique fascination pour Pabst), la musique japonaise, le rock allemand avant-gardiste de Neu ! et Kraftwerk avant qu’il ne soit connu, avait chanté Warhol, s’était inspiré de Burroughs pour sa technique du cut-up, aimait le cinéma de Tarkovski, et peignait assez bien à ses heures perdues, ses tableaux dévoilant les influences conjuguées de Schiele et de Kokoschka. En bref, David Bowie était l’un des rares rockeurs lettrés, et Keith Richards, parfois, ferait mieux de se taire.





Ce que le Rolling Stone lui reproche est plus probablement son art de la mise en scène - sa compréhension warholienne de l’importance de l’image - ainsi qu’une attention démesurée et en apparence assez futile à son apparence. Ou doit-on dire ses apparences ?
Au milieu des années 60, c’est un jeune mod aux costumes Ivy League impeccablement taillés. A la fin de la décennie, c’est un hippie aux longs cheveux bouclés. Au début des années 70, il est le héros glam-rock de Ziggy Stardust, Diamond Dogs et Aladdin Sane. Cheveux carotte, paillettes, platform boots, sourcils rasés et androgynie revendiquée (mais en réalité plus étudiée en une démarche marketing qu’on a bien voulu le croire à l’époque), il retourne l’Angleterre en quelques dizaines de secondes lorsqu’il passe à la télévision pour interpréter Starman, le 6 juillet 1972 ; un livre entier de témoignages de futures stars sera dédié à ce moment crucial (L’Ovni Bowie, de Dylan Jones, Editions Rivages).



La seconde moitié des seventies le voit arborer un nouveau look austère et rétro, avec costumes trois pièces et cheveux gominés très Mitteleuropa, épousant idéalement sa nouvelle musique. C’est l’époque où il va s’installer dans le quartier turc de Berlin avec son ami Iggy Pop et que les deux sortent de concert leurs plus grands albums (Low et « Heroes » pour l’un, The Idiot et Lust for Life pour l’autre), le premier aidant activement le second, et qu’ils s’offrent un « régime de saucisses et de cocaïne », selon les dires de l’Américain James « Iggy Pop » Osterberg.



Au début des années 80, il adopte les apparats de cette décennie superficielle : épaulettes, banane peroxydée, costumes luisants et couleurs fluo pour chemises à manches courtes et disques creux. A la décennie suivante, alors qu’il se passionne pour les œuvres de Damien Hirst, il donne dans le genre « ravagé » avec des costumes en loques signés feu Alexander McQueen (fanatique de Bowie depuis son enfance). Il faudra attendre le début des années 2000 pour que l’artiste adopte une tenue sobre et élégante : l’époque des excès est définitivement révolue. En fin de compte, le contresens récurrent consistant à qualifier Bowie de « caméléon » est le plus stupide de tous : le caméléon s’approprie les couleurs de son habitacle pour se camoufler ; le chanteur a fait précisément le contraire.





Durant toutes ces années, il n’a cessé d’influencer les mouvements les plus marquants de son temps : les punks anglais, Sex Pistols en tête (il existe des photos de Sid Vicious à 14 ans avec coupe « Ziggy » et tee-shirt Bowie), le vénéraient. Les héros de la new wave, Joy Division, Siouxsie and The Banshees, The Cure, Japan, Echo & The Bunnymen, Depeche Mode et Bauhaus, l’idolâtraient.
Après suivirent les « nouveaux romantiques » de Visage, Spandau Ballet et Duran Duran qui réactivèrent en l’exagérant sa panoplie des années glam. Dans les années 90, pour la première fois de sa vie, ce fut Bowie qui prit le train en marche en sautant dans le wagon électro drum and bass. A ce moment-là, des groupes de metal à tendance industrielle comme Nine Inch Nails ou Marilyn Manson, qui s’appropriaient tous ses codes d’utilisation de l’image, de travestissement comme de théâtralisation, lui devaient beaucoup.



Son influence se fit ensuite plus discrète mais repartit de plus belle dans les années 2000 lorsque des groupes comme Arcade Fire ou MGMT se réclamèrent ouvertement de lui. Mais en vérité, à ce stade de sa carrière, on peut dire sans sourciller qu’à peu près chaque jeune musicien de rock avait Bowie dans son ADN, au même titre que les Beatles ou les Stones. Plus personne ne le copiait : il était, naturellement, un peu partout. Ce fut, hélas, le moment où la légende se retira doucement. Des albums sans grand intérêt se succédèrent (qui se souvient de Hours…, Heathen ou Reality ?), tandis que les apparitions sur scène se firent de plus en plus rares, jusqu’à devenir d’antiques souvenirs.




Déifié, David Bowie avait de l’humour. Acceptant de jouer un rôle inattendu dans Twin Peaks de David Lynch, ou de franchement d’amuser dans un sketch d’anthologie avec le désopilant Ricky Gervais, prêtant sa voix au très bon disque de Scarlett Johansson, rejoignant sur scène Arcade Fire alors qu’il avait déjà pris sa retraite, l’artiste savait encore et toujours être généreux, comme il l’avait été avec Lou Reed ou Iggy Pop plus de trente ans auparavant…



Mais finalement, la dernière surprise est arrivée quelques heures après sa mort : le clip de Lazarus, chanson de son ultime album, fut découvert par les multitudes alors qu’il n’était plus de ce monde. On y voit le chanteur dans le même accoutrement que pour la vidéo de Blackstar, un bandage blanc sur les yeux, des pupilles factices collées à ce linge, allongé, puis flottant, sur un lit d’hôpital. Il chante en ouverture « Look up here/I’m in heaven » (« Regardez là-haut/Je suis au paradis ») puis en conclusion « Oh, I’ll be free/Just like that bluebird/Ain’t that just like me ? » (« Oh, je serai libre/Comme un merle bleu/Cela ne me ressemble-t-il pas ? »). A la fin, son double, un Bowie encore debout et capable d’écrire, se retire à reculons dans un placard, puis ferme les portes. Rideau. La messe est dite pour David Lazare Bowie, peut-être ressuscité quatre jours plus tard.





Pour les fans, comme un message caché, l’harmonica ­de I Can’t Give Everything Away, dernier morceau de ce dernier album, est une citation directe d’A New Career in a New Town, morceau hypnotique et proprement génial de ce Low inoubliable enregistré en 1976, un disque qui a inventé toute la musique « populaire » qui devait suivre, inventant ce faisant les années 80 et signant la mort du punk au moment même où il naissait. Le clin d’œil en guise d’ultime conclusion est tellement parfait qu’il en est à pleurer.


Depuis l’annonce de sa disparition, le producteur et très ancien complice Tony Visconti, celui-là même qui avait annoncé la possibilité de futurs albums, a déclaré que Blackstar était en réalité « un dernier cadeau d’adieu pour ses fans », et que lui-même était au courant depuis un an… Il n’y aura donc plus de nouvel album de David Bowie, plus de nouvelles chansons à fredonner après celles-ci.


Mais jusqu’à la fin, il aura tout orchestré. Et sera parvenu à survivre deux jours à l’exécution de son plan final. En cela, il aura même réussi à organiser, et donc terrasser, sa propre mort.




■ NICOLAS UNGEMUTH




http://kiosque.lefigaro.fr/ouvrir-liseuse-milibris/figaro-magazine/654d97d6-2d1c-4f01-9a38-4c7af9948e36
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Bridget



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MessageSujet: Re: DAVID BOWIE    Dim 24 Jan - 17:00

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La mort de Bowie, sa dernière œuvre d'art






David Bowie en 1978@nowdon/Camerapress/Gamma






En cinquante ans de carrière, Bowie a toujours su nous surprendre… jusqu'à ce funeste 10 janvier, jour de sa disparition. Son ultime mise en scène. Son ultime chef-d'œuvre, qu'il a voulu digne, mais aussi excitant.





Pour signer sa mort, David Bowie se devait de choisir une photo. Il l'a postée sur son site le jour de ses 69 ans. Il s'y montre d'une jeunesse insolente, beau, radieux, souriant sous un borsalino noir, son élégante minceur sanglée d'un costume gris à deux boutons. En légende, une question : « Pourquoi cet homme est-il si heureux ? »










@Jimmy King





Où cette pose surréaliste a-t-elle été saisie ? Mystère. Comme décor, il n'y a qu'un rideau de fer et la brique fatiguée qui est la griffe de ses deux villes de coeur : Londres et New York. A quand remonte-t-elle ? On n'en sait rien. Rien n'est dit, tout est tu. Dans l'entourage proche du chanteur, la consigne est donnée de ne pas faire la moindre confidence. Sans doute l'ultime cliché date-t-il des derniers jours, tant il participe de la mise en scène d'une sidérante disparition.


Derrière l'appareil, un fidèle, Jimmy King, l'archiviste personnel, membre du premier cercle, lequel se réduit à Iman, l'épouse, Alexandria Zahra Jones, la fille de 15 ans, Duncan, le fils cinéaste, et Coco Schwab, la secrétaire particulière pour laquelle Bowie a écrit Never let me down (« Ne me laisse jamais tomber ») en 1987.





Un dernier message signé « Dawn »




Tous se sont retirés du monde après sa mort. A l'heure du tout-connecté et de l'info en boucle, le secret a pris un relief impressionnant. Personne ne savait dire où David Bowie s'était éteint : chez lui, à Londres, dans sa maison de Woodstock, à l'hôpital, ou dans sa résidence new-yorkaise de Lafayette Street ?
Les admirateurs éplorés et déboussolés déposaient des fleurs devant une maison de Brixton et un immeuble du bas de Manhattan. « La mort de David m'a vraiment pris par surprise, comme à peu près tout chez lui, écrivait Brian Eno, son complice de toujours. Comme nous vivions loin l'un de l'autre, nous communiquions par e-mails. Que nous signions de noms imaginaires, les siens étaient Mr Showbiz, Milton Keynes, Rhoda Borrocks, The Duke of Ear. » Le dernier message, envoyé par Bowie quelques jours avant sa mort, était aussi « drôle et décalé » que les autres, « plein de jeux de mots, ­d'allusions et des blagues habituelles ». Eno s'en veut de ne pas l'avoir mieux lu. Il disait « Merci Brian, pour nos bons ­moments, ils ne s'abîmeront jamais ». Il était signé « Dawn » (« l'aurore »).



« Il voulait partir de la meilleure des façons, dit le producteur-musicien Tony Visconti, fidèle compagnon de route. Son décès ressemble à sa vie : c'est une oeuvre d'art. » Depuis l'automne 2014, Bowie se savait condamné, il n'avait pas d'autre choix que de faire de la mort son dernier chef-d'oeuvre, geste unique, sans égal, sans équivalent, surpassant même le modèle, Andy Warhol, dans la mise en scène de soi-même. Comme le remarque un de ses biographes, David Buckley, la mort est un sujet qui liait les deux artistes devenus amis. L'idée d'une disparition précoce les obsédait.













Dans ses grandes années de délire rock et transformiste, d'amphétamines et de cocaïne, le chanteur redoutait de se faire flinguer sur scène. Il ne voulait pas non plus monter dans un avion et semait déjà ses albums de chansons morbides (My death, Rock'n'roll Suicide et une flopée d'images anxiogènes sur la fuite du temps).


Le monde est stupéfait de lire aujourd'hui ses messages d'outre-tombe. Dans son dernier album, Blackstar (le seul sur lequel il n'apparaît pas en photo, remplacé par une étoile noire), ainsi que dans la comédie musicale écrite cet hiver à New York, Lazarus (de Lazare de Béthanie, ramené à la vie par Jésus). « Cette pièce pouvait paraître étrangement compliquée, ambiguë et absconse, commentait le directeur du théâtre où elle est jouée, elle semble maintenant d'une grande clarté : elle montre un homme qui aspire à la vie éternelle. »














Deux jours après l'annonce du décès, quand Michael C. Hall, la vedette de Dexter, et les autres acteurs de Lazarus sont remontés sur scène pour une représentation en forme de veillée funèbre, un écran vidéo dans le foyer du théâtre diffusait quelques mots tirés du texte, un message auquel ils n'avaient pas prêté attention et qui maintenant leur tirait des larmes : « C'est ainsi, ça ne peut être autrement/vous savez que je vais être libre/Comme un oiseau bleu/est-ce que ça ne me ressemble pas ? »



« Quand vous écoutez son dernier album, quand vous regardez cette pièce, dit Ivo van Hove, le metteur en scène de Lazarus, vous y trouvez nombre de phrases qui prennent tout leur sens aujourd'hui. Il en a fait deux testaments. » Ivo van Hove était dans la confidence depuis novembre 2014. David Bowie lui avait annoncé par Skype qu'il souffrait d'un cancer incurable et qu'il ne pourrait peut-être pas s'impliquer dans la production autant qu'il le souhaitait. Le metteur en scène était tenu à la plus stricte confidentialité, les membres de la troupe ne savaient rien, et quand le New York Times est venu le rencontrer, avant la première, un attaché de presse est resté à ses côtés pour surveiller ses propos : « Je ne sais pas si j'en dis trop », s'inquiétait alors van Hove, tout en maniant la langue de bois.






« Pourquoi cet homme est-il si heureux ? »




David Bowie a composé ses « testaments » dans la langue cryptée qui est la sienne et où ses admirateurs peuvent tout entendre. Les pistes sont brouillées, le sens s'évapore dans la beauté du dernier geste.

La douloureuse tristesse des dernières paroles (« Regardez-moi, je suis au paradis/j'ai des cicatrices invisibles ») est contredite par les pieds de nez hilares et loufoques, comme cette inscription, juste avant de mourir, au compte officiel de Dieu sur ­Twitter. Iman elle-même diffusait des tweets énigmatiques quelques heures avant la mort de son mari : « La lutte est réelle, mais Dieu l'est aussi », écrivait-elle.
Ou bien : « On ignore parfois la valeur d'un instant avant qu'il ne se transforme en souvenir. » Dans le génie de sa mise en scène, David Bowie se rapproche de ceux qui l'ont aimé en s'éloignant un peu plus, en renforçant la charge émotionnelle de chansons qui ont accompagné de nombreuses vies. Loin de lui, sans doute, l'idée de laisser un message de foi ou d'espoir.





Sa dernière photo est l'une des plus ambiguës de toutes. « Pourquoi cet homme est-il si heureux ? » Regardez-le. N'a-t-il pas les traits tirés, le masque ravagé sous la distinction et le charme ? Ne ressemble-t-il pas aux personnages de Francis Bacon, ce peintre qu'il admirait, dont la silhouette semble brisée de l'intérieur ?


Et ce sourire n'est-il pas celui qui nous a toujours semblé angoissant, dans ces interviews télévisées ou dans ses apparitions à l'écran, dans le Twin Peaks de David Lynch par exemple ? L'aplomb crâneur d'un homme qui sait qu'on ne fendra ­jamais ses nombreuses carapaces. Qui nous perd dans un dédale d'images et nous soumet à cette implacable ­logique : l'art est aussi un commerce dont il peut tirer les ficelles jusque dans l'au-delà. La semaine dernière, Black­star s'installait à la première place des hit-parades et il n'était en compétition qu'avec lui-même (et Adele), ses ­anciens albums occupant les places suivantes.







« Il voulait maîtriser son absence »




A sa mort, les réactions du monde artistique ont été d'une intensité rarement égalée. Mick Jagger au premier rang, qui disait que Bowie avait toujours fait preuve dans son travail « d'une merveilleuse audace ». Sans doute le vieux rival, l'ami et l'amant présumé mesurait à quel point Bowie devenait intouchable. Depuis une attaque cardiaque en 2004, il s'était éloigné et cultivait son énigme. Tout entier à sa famille, racontait-on, « un fantôme dans New York », disait le manager de Lou Reed. Ceux qui l'ont accompagné dans le travail le trouvaient d'un engagement et d'une courtoisie peu communs. Il passait des uns aux autres comme un courant d'air, cavalant comme jamais après la fuite du temps, en studio la journée, au théâtre dans la soirée. Plus insaisissable encore que derrière ses ­illustres masques. « Il voulait maîtriser son absence, a dit un de ses amis au Guardian, disparaître comme un fantôme. Il ne voulait pas de cirque, pas de show de télé-réalité, il désirait que ça soit digne. » Et profondément excitant.


Voici comment s'écrit l'épilogue : aux premiers jours de 2013, David Bowie, que plus personne ne sait où situer dans l'univers, réapparaît par surprise avec une chanson funèbre Where are we now ? (« Cet instant, tu le connais, tu le connais ») et un nouvel album The Next Day, enregistré dans un secret absolu.



L'orchestration de cette renaissance ne ressemble à rien. Surtout pas à un vulgaire come-back. « Ni à un nouvel inédit des Beatles, ni à un nouveau galop des Stones pour taper dans le porte-monnaie des grands-mères », écrivait un critique américain. Début 2015, le chanteur revient pour mieux disparaître.
Et sa dernière apparition publique, il la fait, en décembre, sur la scène d'un théâtre de New York, en venant saluer au moment où le rideau tombe.




Laurent Rigoulet pour Télérama.

http://www.telerama.fr/musique/la-mort-de-bowie-sa-derniere-oeuvre-d-art,137129.ph





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MessageSujet: Re: DAVID BOWIE    Jeu 31 Mar - 13:56

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Concert hommage à David Bowie










Après le temps de l'émotion, il est l'heure des hommages institutionnalisés à David Bowie. Et c'est à New York que le premier grand concert en l'honneur de l'artiste va avoir lieu, réunissant une vingtaine d'artistes pour une performance qui n'oubliera pas d'être moderne.


Et pour l'occasion Kronos Quarter, les Pixies, Blondie, Cat Power, Tony Visconti (le producteur de Bowie) et une vingtaine d'artistes ont été conviés.
A vrai dire l'hommage se déroulera en deux parties : la première dans la confidentialité des murs du Radio City Music Hall de New York le 31 mars avec notamment Patti Smith, Bettye Lavette ou Laurie Anderson, mais le lendemain, le 1er avril donc un autre grand show sera offert aux yeux de tous, puisque retransmis en direct sur Skype (partenaire de l'évènement), tandis qu'il sera demandé en échange aux spectateurs virtuels une petite contribution pour une oeuvre caritative.



La particularité de ce "Music Of David Bowie" tient aussi au fait qu'il avait été conçu et organisé avant même que l'on apprenne la mort de David Bowie - à l'image du concert anniversaire des 50 ans de Bowie qui avait eu lieu en 1997.
La liste complète des participants, qui intérpréteront des titres de Bowie, donne envie de passer la nuit de vendredi devant son ordinateur :





   MUMFORD & SONS
   BLONDIE
   PIXIES
   MICHAEL STIPE
   J MASCIS

   RICKIE LEE JONES
   ESPERANZA SPALDING
   RON POPE
   JHEREK BISCHOFF, AMANDA PALMER & ANNA CALVI W/KRONOS QUARTET

   ANN WILSON OF HEART
   THE ROOTS
   THE POLYPHONIC SPREE
   PERRY FARRELL
   JAKOB DYLAN

   HOLY HOLY
   DONNY MCCASLIN GROUP W/ MARK GUILIANA, JASON LINDNER, AND TONY VISCONTI



http://www.novaplanet.com/novamag/59127/vivez-le-grand-concert-hommage-a-david-bowie
http://www.telerama.fr/musique/un-concert-hommage-a-david-bowie-diffuse-en-direct-le-1er-avril-avec-les-pixies-blondie-patti-smith,140291.php

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