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 L’enfant qui n’a pas été sauvé

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Bridget

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MessageSujet: L’enfant qui n’a pas été sauvé   Sam 10 Déc - 15:52



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L’enfant qui n’a pas été sauvé...



Bastien, martyrisé dans un lave-linge, a été enterré mardi. Sa famille faisait l’objet d’un suivi.



Par Ondine Millot




Sa photo est encore partout. Sur la porte de la mairie. Sur celle de l’église. Sur les grilles de sa maison, recouvertes de peluches et de fleurs blanches.
Joues rondes, grands yeux bleus, cheveux fins blonds. Bastien, 3 ans, est mort il y a quinze jours, après avoir été enfermé par son père dans un lave-linge, qu’il a mis en route.

Reste sa figure de bébé, affichée sous la pluie de Germigny-l’Evêque, 1 300 habitants, en Seine-et-Marne.




A Germigny-l'Evêque, un hommage à la mémoire de Bastien, décédé le 25 Novembre.
Photo Benoît Grimbert


L’histoire de Bastien est de ces faits divers qui tourmentent les mémoires. Sur les sites internet, on a battu le nombre de réactions aux articles : «insoutenable», «atroce», «impossible en 2011». Mais l’histoire de Bastien est d’abord celle d’un enfant qui a grandi dans une violence quotidienne.
Sous de nombreux yeux supposés attentifs : l’école, les services sociaux, les voisins. En multipliant les signaux de détresse : retard de langage, «comportements à risque», agressivité, fugues. Et que rien ni personne n’a sauvé.


Lorsque l’on cherche à reconstituer les trois années de sa vie, on tombe d’abord sur sa grand-mère maternelle. Elle veut «dénoncer». «Il y a un an et demi, j’ai emmené Bastien à la Maison des solidarités, à Meaux. Je leur ai dit que son père le battait. Je le savais. Je l’avais vu. Mais ça n’a servi à rien. Ils ont appelé ma fille, qui m’a dit de me mêler de mes affaires. Et je n’ai plus vu le petit pendant un an.»



«chute»


Charlène, 25 ans, et Christophe, 33 ans, s’étaient rencontrés il y a huit ans. Tous deux issus de familles socialement défavorisées, ils ont uni leurs désarrois. Une petite fille est née. Puis Bastien, dont Christophe disait qu’il ne le voulait pas.
A l’arrivée des secours, vendredi 25 novembre, jour de la mort du garçon, c’est M., 5 ans, la «grande» sœur, qui a parlé. Charlène et Christophe répétaient «chute dans les escaliers». M. a dit que son père avait mis Bastien dans la machine à laver. Que ce n’était pas la première fois. Mais que ce jour-là, à la différence des autres, il avait appuyé sur le bouton.


A Germigny-l’Evêque, l’appartement familial de 30 m2, insalubre, est aménagé sous les combles d’une petite maison. Baptisée «le Rivage», elle fait face aux bords de la Marne. Eau grise, saule pleureur, le décor est beau et triste.
Au premier étage, Alice, la voisine, ouvre sa fenêtre. C’est elle qui a recueilli Charlène, son fils inanimé dans les bras. Alice dit qu’elle entendait les cris de Charlène quand Christophe la battait. Qu’elle avait vu, aussi, «le petit posé sur le rebord de la fenêtre, accroché avec une corde». Elle a appelé le 119, le numéro de l’enfance en danger. «Cela n’a rien changé.»

Charlène et Christophe ne travaillaient pas. Lui passait ses journées à s’alcooliser et à fumer du cannabis. Elle, dit Alice, «était un peu aérée dans sa tête. Deux fois, on a retrouvé le petit sur la route. Elle ne s’était pas rendu compte qu’il avait quitté l’appartement». D’autres habitants décrivent une mère «dépassée».



A la garderie, après l’école, il n’était pas rare qu’elle vienne chercher ses enfants à 20 heures, voire 21 heures, deux heures après la fermeture. En 2010, Christophe a été condamné à deux mois de prison avec sursis pour des violences sur Charlène.


Trois fois par semaine, un employé des services sociaux du département se rendait dans la famille. Ils étaient trois à se relayer : une puéricultrice, un assistant social, et une «travailleuse de l’intervention sociale et familiale». «Jamais ils n’ont constaté de maltraitance», répète Christine Boubet, directrice adjointe aux solidarités pour le conseil général de Seine-et-Marne, qui reconnaît cependant l’existence de «l’alerte» donnée par les grands-parents, de l’appel de la voisine au 119, ainsi que d’un signalement de la présence de la sœur de Bastien sur le rebord de la fenêtre.

«A chaque fois, ça a été traité. Cette famille bénéficiait d’un suivi important. Mais c’est un accompagnement, pas un contrôle.» Une enquête sur ce suivi a été confiée à l’inspection générale des affaires sociales.




«On savait».


Du côté de l’Education nationale, on refuse de répondre aux questions, «car on ne veut pas qu’il y ait l’idée d’un lien entre l’école et ce fait divers odieux». Avant les vacances de la Toussaint, les enseignants avaient signalé aux services sociaux le comportement de Bastien, qui se mettait en danger en grimpant sur les tables, rambardes. Un suivi psychologique avait été décidé. Il devait commencer au lendemain de sa mort.


Mardi était le jour de l’enterrement de Bastien.

Dans le cortège d’une centaine de personnes, derrière le petit cercueil blanc, un murmure : «on savait», «ça se savait», «et les services sociaux tout le temps là-bas…»

Les mêmes mots, une rengaine, et puis cette scène que plusieurs racontent. Le 11 novembre, une petite délégation d’élus pour le dépôt de gerbe au monument aux morts, en face de la maison de Charlène et Christophe. On lève la tête, aperçoit Bastien sur le rebord de la fenêtre, attaché. On crie. La fenêtre s’ouvre, l’enfant disparaît.

Avant de repartir sans autre suite à l’affaire, la délégation dépose la gerbe devant la stèle gravée : «Aux enfants de Germigny-l’Evêque.»



http://www.liberation.fr/societe/01012376804-l-enfant-qui-n-a-pas-ete-sauve


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