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 HUBERT NYSSEN - ACTES SUD

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liliane
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MessageSujet: HUBERT NYSSEN - ACTES SUD   Lun 14 Nov - 18:41

L'éditeur Hubert Nyssen est mort

Il avait fondé les Editions Actes Sud en 1978


Les éditions Actes Sud sont en deuil : leur fondateur, Hubert Nyssen, est mort samedi 12 novembre 2011, il avait 86 ans. La maison d'édition a publié deux Nobel et rencontré un immense succès commercial avec la saga «Millenium».

Né le 11 avril 1925 à Bruxelles, Hubert Nyssen - qui signifie, «fils de la nouvelle lune», en norvégie, naturalisé français en 1976, était docteur ès lettres et a enseigné dans les universités d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) et Liège (Belgique). Auteur de nombreux ouvrages, romans, essais, recueils de poésie, il avait fondé les Editions Actes Sud en 1978, avec sa femme, Christine Le Boeuf, en s’installant à Arles (Bouches-du-Rhône).

Dans l'ancienne bergerie, transformée en maison d'édition, il déclarait à Libération (en mars 2000), «Je suis un arbre en pot qui a trouvé son endroit, j'ai cassé le pot, je me suis enfoncé dans le sol.» Il fut bientôt rejoint par les autres fondateurs, Françoise Nyssen, Bertrand Py et Jean-Paul Capitani.

En 1998, il se retire progressivement tout en conservant une collection. Pour finir, en 2000, il passe le témoin à sa fille, Françoise Nyssen, qui devient présidente du directoire de la maison d’édition. Devenue célèbre ces dernières années pour la saga «Millenium» qui s’est vendue jusqu’ici à près de 4 millions d’exemplaires en grand format, selon le directeur de la collection Actes Noir, Manuel Tricoteaux.

La maison avait pris son essor grâce à l’entrée au catalogue de Nina Berberova avec «L’Accompagnatrice» en 1985 et Paul Auster. En 2002, un auteur publié par Actes Sud, Imre Kertész, obtient le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son oeuvre.

En 2004, c’est le prix Goncourt qui couronne «Le Soleil des Scorta» de Laurent Gaudé, vendu à plus de 400.000 exemplaires. La même année, Actes Sud fusionne avec les Editions du Rouergue et prend une participation aux éditions Jacqueline Chambon et aux éditions Bleu de Chine.

Elfriede Jelinek, auteure découverte en France par Jacqueline Chambon, reçoit elle aussi le prix Nobel de littérature. Le Prix Femina est attribué en 2006 à Nancy Huston, publiée chez Actes Sud, pour son roman «Lignes de faille». C’est aussi l’année de la parution de plusieurs gros succès: «L’Immeuble Yacoubian» d’Alaa El Aswany et du premier tome de la trilogie «Millenium» du Suédois Stieg Larsson.

Installées depuis 1983, au lieu dit Le Méjan, à Arles, les éditions Actes Sud étaient gouvernées par deux mots-clés, «plaisir et nécessité».


http://www.liberation.fr/livres/01012371470-l-editeur-hubert-nyssen-est-mort
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liliane
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MessageSujet: Re: HUBERT NYSSEN - ACTES SUD   Lun 14 Nov - 18:45

L'Arlésien
Portrait

Hubert Nyssen, 75 ans, homme du Nord fondateur des éditions Actes Sud, écrit non pour se raconter, mais pour se cacher.

Il a des allures de paysan, les mots sont ses champs, et il laboure toujours. A 75 ans, pas de répit. On vient pour lui tirer le portrait, il reconnaît: «Sale boulot que vous avez à faire.» Il a préparé des repères, une notice, il n'y a plus qu'à puiser. Et à s'épuiser. Car l'homme est comme le bureau qu'il garde à Actes Sud: fermé à clé. Comme beaucoup de timides, il parle beaucoup, mais au final, où est passé l'oiseau? Pfuitt! Envolé! Après recherches, on le retrouve sous sa plume. Ou au mas Martin, près d'Arles, où il accueille l'invité à mots doux. Les oliviers sont fraîchement taillés, l'arbre de Judée en fleur. Le fondateur d'Actes Sud s'y sent bien. «Je suis un arbre en pot qui a trouvé son endroit, j'ai cassé le pot, je me suis enfoncé dans le sol.» Dans l'ancienne bergerie rachetée il y a trente ans, une seule petite pièce servait aux hommes. Aujourd'hui, elle est aux chiens, deux labradors. Les autres pièces sont passées aux humains. Christine Le Boeuf, la «traductrice-épouse», a hérité du poulailler mais, aujourd'hui, elle traduit un poulet à la justice des fourneaux. En cuisine, un tableau noir raconte à la craie les dates clés de la vie d'ici. «Pêchers en fleur», «crue du Rhône»" Une coupure du Provençal annonce: «Françoise Nyssen: pourquoi j'ai mangé mon père.» En dessous, le père mange des haricots, secoue sa mémoire.

Quand c'est la fin, des haricots, on monte à l'étage. C'est ici qu'il fait l'épître. «Je suis un épistolier extravagant.» Au-dessus de la porte du bureau, un mot, découpé dans une pub: «Maverick». «Pourquoi restez-vous chez Actes Sud?» demandait-on à Paul Auster. «Parce que Hubert Nyssen est un maverick», répondait l'auteur de Moon Palace. Maverick se dit d'un «individu indépendant qui vit à l'écart du groupe». De Samuel A. Maverick, pionnier américain qui ne marquait pas ses veaux. Nyssen, lui, bourre sa pipe, et marque ses mots, dans des carnets, chaque jour depuis un demi-siècle. Les carnets vont dans des caisses, les caisses finiront dans une université nord-américaine, avec embargo de cinquante ans: archives pour ceux qui voudront retrouver la vie quotidienne au XXe siècle.

En norvégien, Nyssen signifie: «fils de la nouvelle lune». En fait, il est surtout fils d'un technicien diesel. Il est aussi chevalier de l'Ordre royal suédois de l'étoile Polaire. Et membre (étranger) de l'Académie royale de Belgique. Ça le ramène une fois par mois à Bruxelles. Il s'y souvient d'Hubert le jeune, pendant la guerre, obligé de se planquer dans une mansarde, après quelques coups d'«insoumis». Dans cette réclusion, son prof de lettres apparaît, avec une cohorte de livres. «Tu as, par la force des choses, la possibilité de lire toute la littérature, lui dit le prof. Quand tu seras à Proust, la guerre sera finie.»

Ça lui a donné le titre de son dernier livre, «testamentaire» (1). Hubert Nyssen, homme aux deux vies, belge et français, écrivain et éditeur, se pose dans ses romans. «J'y suis tout le temps, mais jamais le même.» Dans le dernier, il cite René Char: «Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d'eux.» Il en ressort qu'on n'écrit pas pour se raconter, mais pour se cacher. Nyssen y pose bien ses personnages, canevas brillant, style élégant, c'est confortable comme la Xantia automatique intérieur cuir qu'il conduit en rêvassant. La fiction sur la voie de gauche, la réalité à droite, qui dépasse qui? On ne sait plus. Mais le plaisir n'est qu'intellectuel et on se gare, car on s'égare. De son trip, il manque la tripe, mais qui lui jetterait la pierre? Seul lui-même le pourrait. «L'éditeur doit refréner l'écrivain, lui éviter de devenir polygraphe, d'écrire n'importe quoi.» Il a appliqué la règle à d'autres.

«J'ai voulu y mettre beaucoup», dit-il. C'est qu'il y a tant à dire. Il naît à Bruxelles, dans une famille pas très riche. Sa grand-mère, tourangelle, et son grand-père, cofondateur du Parti ouvrier belge, veillent à son éducation, plus que ses parents. Quand ils meurent, pendant la guerre, la mère d'Hubert détruit toute trace d'eux. Tout y passe. «Un autodafé. Comme si ma mère avait voulu prendre sa revanche sur cette dépossession de son enfant.»

Après guerre, à Bruxelles, il crée un cercle littéraire d'obédience communiste, mais un article positif sur Hemingway l'envoie au tribunal populaire: exclu. Il quitte les études, enfile les petits métiers, peintre en bâtiment ou en décor sur assiette, aide-garde forestier. Il tente même l'apiculture dans le Midi. Puis rencontre une «demi-Suédoise», doit trouver un métier s'il veut la marier. Ce sera rédacteur dans une agence de pub américaine. De là, il crée sa propre agence, Plans, gros succès, en fait un centre culturel ­ les prémices d'Arles, déjà. Il revend le tout, bien, divorce, part dans le Midi pour une deuxième vie, de Français. Enseigne les relations langage-comportement aux délégués commerciaux de Rhône-Poulenc. Dessine un thermomètre au tableau. «C'est quoi?» «Un thermomètre.» «Alors, vous pouvez me dire quelle est la température de la pièce?» Non. Alors, ce n'est pas un thermomètre! Etc. «Après un séminaire, presque tous les participants ont démissionné de leur poste. Je crois que j'avais bien réussi.» Pas l'avis de ses patrons.

Après, il se lance dans les cartes géographiques. De Mai 68, il ne sait rien: il est en Algérie. Quand il revient, Max-Pol Fouchet lui dit: «Tu as raté la révolution!» A 48 ans, il sort son premier roman. A 52 ans, il devient éditeur. Actes Sud commence sur un billard, dans la bergerie de Paradou. Du marketing, il a gardé cette règle: se poser les questions les plus naïves. Qu'est-ce qu'un livre? Un objet à voir, à toucher. A force de tâter, il trouve son format. 10/19. 10 centimètres, la distance entre le pouce et les premières phalanges des doigts opposés. Avec 19, belle proportion. En fait, c'est un format du XVIIIe qui renaît. Plus le papier tramé, un style est né. Pour le fond, on part à l'étranger «voir si des petits arbres ne poussent pas à l'ombre des grands». L'homme du Sud va au Nord. Publie Dagerman. Tunström. Plus tard, Berberova, Auster. Succès. Il espérait sortir dix livres, rêvait de cent. Actes Sud en compte 3 600. Il cite Arland: «Un éditeur doit être capable d'aimer des choses qui ne lui ressemblent pas.» Il se cite lui-même: «Chez Actes Sud, il y a 80% de femmes. C'est mon bonheur. Les femmes, les livres, les villes et les arbres: c'est moi, ça. Passion de connaître, souvent de posséder.» Sa fille, Françoise, et son gendre, Jean-Paul Capitani, ont repris la main. Histoire de famille. Un petit-fils, ensuite? On ne sait pas. Le dernier, à 6 ans, refuse d'apprendre à lire. Avec un grand-père écrivain, des parents éditeurs, il considère que tous les mots sont déjà dans sa tête. Nyssen, lui, s'est gardé une collection à éditer. «J'ai achevé ma carrière», dit-il. Et il demande: «Que devient toute cette mémoire quand on meurt?» Un jour de solitude, Nyssen a inventé la côte de porc aux figues. Un homme pareil ne peut être mauvais.

MICHEL HENRY
http://www.liberation.fr/portrait/0101333812-l-arlesien
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