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 MARIEN DEFALVARD

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Bridget

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MessageSujet: MARIEN DEFALVARD    Lun 26 Sep - 21:21

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MARIEN DEFALVARD








Marien Defalvard a 19 ans et vit à Orléans . Son premier roman " Du Temps Qu'on Existait " vient de paraître chez Grasset pour la rentrée littéraire de Septembre 2011 .
Né à Paris le 20 août 1992 , Marien Defalvard Passe son enfance et son adolescence à Orléans, au collège Saint-Charles et au lycée Jean-Zay, en section littéraire. Il a toujours été en avance à l'école.
Puis, il entre en hypokhâgne, à Paris. « J'avais décidé d'entrer en classe préparatoire parce que je me destinais à Normal sup', mais je m'y ennuyais. Alors j'ai abandonné pour me consacrer pleinement à l'écriture », confie Marien Defalvard.

« Du temps qu'on existait » est son premier roman publié, mais pas le premier ouvrage qu'il a écrit. « J'ai commencé à écrire à 13-14 ans et il y a eu un roman avant celui-ci ; il devrait être publié l'an prochain. »


" Du Temps Qu'on Existait figure dans la première sélection du prix Renaudot , du prix de Flore et du prix Décembre .










Note de l'éditeur :

Cela commence par un enterrement. Cela finit par un enterrement. Entre les deux, l’homme que l’on enterre prend la parole et raconte sa vie.
Le récit commence dans les années 1970, où le narrateur est encore un enfant.

Un fils de famille bourgeoise qui s’ennuie. Il combat cet ennui par des sarcasmes et des rêveries. Les années passent. Il promène à travers la France (Paris, Lyon, Brest, Tours), sa grande intelligence offusquée par la vulgarité des temps.

Que l’on ne s’attende pas à des aventures picaresques : ce livre est l’étonnant récit d’une sensibilité, des premières amours adolescentes à la douceur des dernières heures, où le héros rencontre enfin la joie.

Si la vie l’a oublié, le personnage n’a pas oublié de s’en moquer. Entre de grands passages mélancoliques où, avec toute sa virtuosité, le très jeune auteur décrit magnifiquement des paysages, des voyages en train ou la neige tombant sur Lyon, on trouvera des moments de satire, sur la vie de famille et les mères, par exemple, et de l’humour pur, comme la savoureuse description d’une partie de Monopoly.

Un enchantement continuel.




Marien Defalvard : '' C'est un livre rêveur ''


Comment s'est construit ce tour de France de la vie d'un homme ?


« J'ai commencé à l'écrire à 15 ans. Je n'avais pas le cheminement en tête. Le livre s'est imposé de lui-même, au fur et à mesure de l'écriture, en suivant les foucades, les sinuosités de ma pensée. Je savais qu'il serait une évocation.
Mais je n'en savais ni les objets, ni les mandats. Il a quelque chose de fortuit. »



Et la rencontre avec l'éditeur ?



« Je l'ai envoyé début 2009 à cinq éditeurs. Au bout de cinq jours, j'ai reçu un coup de fil enthousiaste d'Elsa Gribinski, de Grasset. J'ai ressenti un plaisir énorme devant cette exaltation. Il faisait 600 pages... Je l'ai retravaillé pendant un peu plus d'un an. Je l'ai enrichi, aminci, abouti. Il a été accepté sans réserve par Charles Dantzig. »



Vous abusez des virgules, des couleurs, l'écriture est à la fois moderne et très classique, jeune comme vous qui utilisez parfois un vocabulaire un peu daté. Voilà vos paradoxes ?



« Je ne donne pas l'impression d'être un vieillard, pourtant ? Je crois, au contraire, que ce livre est baroque, je l'ai voulu plein d'excès. Quant aux couleurs, je dois l'admettre : je suis synesthète, c'est-à-dire que quand je vois les mots, je vois leur couleur. Oui, ça peut aller jusqu'à la boursouflure, je vous l'accorde. Cela peut s'attribuer à la jeunesse. Je débute par le lyrisme ; j'ai bien le temps de finir amer et desséché. »



Votre personnage n'est pas non plus à l'aise avec son époque... Vous retrouvez-vous en lui ?



« Ah, la part autobiographique ! On traque l'auteur, on veut le retrouver partout. Il y a quelque chose de très policier dans cette démarche, aujourd'hui. Autant mon personnage n'est pas moi à bien des égards, autant je n'aime pas les chiens. Je ne suis ni lyrique, ni misanthrope. »



Quand on vous qualifie déjà soit de génie, soit d'imposteur, comment le prenez-vous ?



« Imposteur, cela voudrait dire que je n'ai pas écrit ce livre. C'est un peu déplaisant. »



Votre âge pose en soi votre roman comme un phénomène...



« Ce jeu littéraire, je n'ai pas à m'en plaindre, s'il faut passer par le biais de la précocité pour qu'on s'empare de mon livre... Mais le propos est biaisé : c'est comme si on avait mis des lunettes avant de le lire. »



Comment voyez-vous les prix littéraires ?


« Oui, d'accord, il y a l'aspect coteries... Mais il me semble que cela a de l'importance. Je serais très heureux d'en recevoir un. Je ne ferais pas mon Michel Houellebecq quand il rata le Goncourt en 1998 avec Les Particules élémentaires...
Regardez, il était heureux comme un enfant à qui on a fait un cadeau, quand il l'a reçu l'an passé. »



A quel âge avez-vous commencé à écrire ?


« C'est loin d'être mon premier roman. J'ai commencé à 13-14 ans. Mes bureaux dégorgent de papier. J'utilise des cahiers Clairefontaine, pas par volonté d'être démodé, mais l'ordinateur ne me convient pas. Je vais laisser ce troupeau-là passer puis je vais reprendre le premier pour le publier, peut-être l'an prochain. Vous serez soit enchanté, soit catastrophé : Tours et la '' Nounou '' y seront évoqués... »



Tours, Sacierges, ces villes de la région Centre que vous décrivez dans votre roman, comment les connaissez-vous ?


« Je n'ai jamais mis les pieds à Sacierges ; je ne suis allé qu'une fois à Tours. J'ai toujours aimé la géographie et tout cela est une fantaisie. C'est un livre rêveur. »


http://www.lanouvellerepublique.fr/ACTUALITE/People/Marien-Defalvard-C-est-un-livre-reveur



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Bridget

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MessageSujet: Re: MARIEN DEFALVARD    Mar 27 Sep - 1:24

« Toute ma vie, j’ai traversé des paysages intérieurs »


"Du temps qu’on existait" de Marien Defalvard




Le bouche à oreille et la curiosité s'enflamment autour du benjamin de la rentrée littéraire 2011 : Marien Defalvard ayant écrit son premier roman à l'âge de 15 ans. Une oeuvre étonnante, folle, flamboyante qui semble jaillir d'un autre temps, au langage précieux et érudit et à l'exaltation romantique qui peuvent dérouter ou au contraire émerveiller.


S’agit-il d’un cheminement spirituel, d’une réflexion purement métaphysique ? C’est un roman où la mort et la vie se donnent la main en permanence, au gré des rencontres, des situations où l’amour se faufile partout où il peut :


« Il faudrait donc toujours mourir. Mourir, mourir. C’était ça : il faudrait mourir… Je me souviens de l’amour, de la mort. On a beau dire, une fois qu’on a pris conscience des deux, de la paire odieuse et vitale, il ne reste plus beaucoup d’espoirs à ronger. La vie vous a enfumé, elle vous a fait miroiter ses plus beaux profils et puis soudainement, elle vous a dit, méchanceté, déréliction, supplice, elle vous annonce comme ça, que votre vie de derrière est finie. »



De son enfance privilégiée à Sacierges, puis la panoplie des âges qui se déplie et se déploie de Paris à Bouloire, puis d’un moment breton, à Lyon, puis de Tours Maurienne à la fin d’un beau jour, Defalvard fait simple : il nous raconte la vie d'un homme se penchant sur son passé.
On entend la complainte de cet homme mi heureux mi perdu, un homme re-théorise sa vie et nous sommes invités à la voir défiler sous nos yeux, à tout âge, toute époque, le voici qui déambule, joyeux et funeste, traînant sa misanthropie, son dédain, sa mélancolie gracieuse.



C’est un roman d’une grande grâce. Baroque, allégorique aux belles paraboles. Le camaïeu dépeint explique joliment que « le conflit est mauve et l’espérance bleuâtre ». On note au vol de nombreuses phrases poétiques comme « Tout cela plus les années épandit sur mon visage de l’époque une déception mauve »


C’est un roman sur la vie, les rencontres, l’enfance, la nature, sur la mère, sur les premières fois, le chagrin, les départs, les ruptures, sur l’espace et le temps. Ce roman met le diable au cœur, c’est une fête des mots incessante, où les envolées lyriques sidèrent, ébahissent, émeuvent...


« Je l’aimais toujours autant, toujours beaucoup, avec du débordement. Vous vivez dans une absolue procuration, vous n’êtes qu’un parallèle, un pâme dièdre d’autrui, le bonheur a pris les traits d’une seule personne. Et on se trouve un matin, méchanceté d’attaque, et cruauté sur pied. On entrevoyait le malheur. La perversité, assez gratinée, montrait du caractère, se serrait les coudes. Tout s'ébranlait dans un conflit mauve. »



C’est donc un cortège floral et coloré, ce roman se promène dans un jardin grandiloquent, où des jeunes pousses côtoient de vieux archers, où « les grooms », sont pareils à des figures échappées d’un conte de fées. On dirait un rêve éveillé avec des descriptions de tableaux. L’écriture, est une écriture de rêve. Defalvard n’a pas écrit avec un stylo mais avec un pinceau.




« Les voyages intérieurs »



Cette succession de contemplations ou de moments frappés d’un coup de semonce. Décapités. On a des anticipations figurées, des images, une visibilité, puis soudain, le couperet tombe après l’explication... C'est du désespoir liquide, celui éprouvé par Léo Ferré dans certaines de ses chansons « La mémoire et la mer », pour ne pas la citer.


Un premier roman étourdissant de singularité, d’un autre temps, d’un autre siècle, des plaies intemporelles, mais des clochers, des jeux d’autrefois, des petits noms, de la mansuétude, de la compassion, de l’empathie, du temps antique, d’autrefois On se demande vraiment si on n’est pas chez Rousseau (cité), chez Stendhal, chez Nerval, chez Proust, il y a un nombre exorbitant et incroyable de ciels peints et de soleils couchants :



« Il y eut de nouvelles nuits d’été. Parmi la nuit d’aout menteuse, bruissante longtemps après minuit, peuplée d’airs chauds,, de pépiements d’oiseaux et de rares et furtifs passages de voitures. Les nuits d’hiver sont trop glaciales et trop sourdes, celles d’automne trop grises et confondues. Les nuits de printemps n’en possèdent ni la chaleur naissante, ni le dos rond. Elles sont impénétrables, longues, opaques et noires, mais elles brillent sans éclat d’espoirs bouffants et de miracles inconnus.
Il y eut, pour ce que j’en sais, des matins d’hiver. Dans le passage d’octobre à pluviôse, tournant à senestre une tête brisée, je décèle, formant entre moi et le monde, des ronds légers, sans relief, paraissant blancs. Sont-ce des flocons, des grêlons fondus au ciel des gouttes d’eau froides et cubiques ?
»



Partout surgit cette incroyable densité du texte et c’est un bonheur sans fin.

Emouvante écriture, ensorceleuse, serrée finement dans un style cristallin, c’est une déclaration d’amour à la littérature, aux mots, aux sentiments mêlés, et nous voilà embarqués dans une carriole atypique marquée du seing XVIIIe et XIXe siècle.


C'est un instant de magie, un fantastique carrousel d’antan, qui s’arrêterait de fonctionner à étapes régulières puis repartirait de plus belle, vers la vie, vers un avenir plus serein. Ce roman est si différent, si utile, par les temps qui courent, il est à la fois chatoyant puis parcouru parfois de beautés froides, bigarrées, et Defalvard décrit tout ce qu’il voit, ressent tout ce qu’il touche.


Son écriture est virevoltante tout en étant profonde, rien ne semble être manqué d’être décrit, et tout cela part en grappes, en vrille, c’est une mèche qui en allume une autre en permanence, et souvent cela sans prévenir.



On s’égare souvent mais c’est avec bonheur.


« Elle savait tout, elle pensait tout, elle captait tout ; elle vous avalait et puis je l’adorais, elle avait une place bénite dans un tréfonds de mon esprit, l’abyssale clairière, mon épouse au second degré, ma choseline claire, aux philtres d’été, mon oileau d’onde… Des fois, elle me disait l’important c’était quoi – « l’amour ».



Romantisme échevelé et pour cause : « Toute ma vie, j’ai traversé des paysages intérieurs ».


Rien ne semble arrêter l’auteur dans son désir de retranscrire, de dépeindre... Plus loin :


« Ceux que j’aimais de façon immanquable, suivaient tous le même rituel à travers mes perplexités intérieures, mais il fallait, pour qu’à chaque fois le processus puisse se renouveler sans que je l’anticipe, que la personne sur laquelle j’avais fixé mon sentiment, me paraisse toujours nouvelle, qu’elle semble écraser de son simple nom couché une pléiade d’antécédents bavards et divers, qu’elle les enterre, tous ».



De même que le ciel et la terre se confondent, que le soleil disparaît en dessous des nuages,que la mort rôdeuse côtoie la vie en permanence, « l’amour », ici semble le sauveur du monde.
Il y a de telles évocations lucides que le prêt à mourir ne joue pas forcément là précisément où on l’attend mais semble racheté ou sauvé de justesse par des grands moments : « des moments de fraternité ».


Chez Defalvard, le désespéré gai, enchanteur, tout semble être déjà révolu à peine vécu.

Seul bémol : les étourdissantes descriptions, assez surréalistes parfois, nombreuses très souvent, brouillent un peu la narration, la limpidité de lecture. Certains passages sont nébuleux, d’autres, en revanche, sont assez extraordinaires (hasardons nous pages 283 à 287, fabuleuse partie de Monopoly).


Le narrateur, qui promène sa désillusion, et sa mélancolie implacable, possède une richesse lexicale qui surprend. Au hasard des pages, on peut s’étonner, même chez un très jeune et fervent lecteur de 16 ans (Ponge, Beauvoir revisitée à propos de la mère, excellent) que les mots « glabrismes, avens, encalminés, mordicant, canopée, grincher » soient connus de lui (surtout aujourd’hui).




Marien Defalvard va susciter beaucoup de jalousie auprès de ses contemporains. Parce que son roman tranche avec les fadaises habituelles et les bêtises autofictives de ceux qui n’ont strictement rien à nous raconter et qui sabordent la rentrée de leur mièvrerie poussive. L’opus de Defalvard est un feu d’artifices à toutes les pages, à tous les angles de rues, dans toutes les villes, c’est un jeune auteur démangé d’écriture, qui écrit à foison, à profusion, rien n’arrête les allers et retours de la vie rêvée à la vie vécue à la vie fantomatique, et des paliers d’existence où on va des scènes d’enfant (on se croirait chez Schumann) à celles approchant les cimetières ou les enterrements (on se croirait chez Franz Liszt).



Des « intérieurs humains –qui- sont des paysages », on retient des saynètes où il manque peut-être parfois de la chair et du corps, mais certainement pas de souffle ni d’émotion

On dira que certaines métaphores clinquantes, et un usage excessif de néologismes font un peu fourre-tout, mais si on se détourne, ce n’est que brièvement pour reprendre, happé par le rythme et la densité de ce très beau texte.



Grâce à cet étonnant voyageur, fastueux et fiévreux, on respire quelques parfums d’enfance, le sentiment de faire la nique à une époque vile. « Du temps qu’on existait » est un enchantement.

Un exaucement.

Laurence Biava

http://www.buzz-litteraire.com/index.php?2011/08/19/1813-du-temps-quon-existait-de-marien-defalvard-a-la-recherche-du-temps-qui-existait




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Nine
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MessageSujet: Re: MARIEN DEFALVARD    Mar 27 Sep - 20:37

Une idée du style d'écriture à travers deux citations de l'auteur



... Ceux que j’aimais de façon immanquable,
suivaient tous le même rituel à travers mes perplexités intérieures,
mais il fallait, pour qu’à chaque fois le processus puisse se renouveler
sans que je l’anticipe, que la personne sur laquelle j’avais fixé mon sentiment,
me paraisse toujours nouvelle,
qu’elle semble écraser de son simple nom couché une pléiade
d’antécédents bavards et divers, qu’elle les enterre, tous.

Du temps qu'on existait
Marien Defalvard

... Elle savait tout, elle pensait tout, elle captait tout ;
elle vous avalait et puis je l’adorais,
elle avait une place bénite dans un tréfonds de mon esprit, l’abyssale clairière,
mon épouse au second degré, ma choseline claire, aux philtres d’été,
mon oileau d’onde… Des fois, elle me disait l’important c’était quoi – « l’amour ».

Du temps qu'on existait
Marien Defalvard


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MessageSujet: Re: MARIEN DEFALVARD    Ven 30 Sep - 1:39

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« Les voyages intérieurs »






Edward Burne -Jones " Night " 1875




« Il y eut de nouvelles nuits d’été.

Parmi la nuit d’aout menteuse, bruissante longtemps après minuit,
peuplée d’airs chauds,, de pépiements d’oiseaux et de rares et furtifs passages de voitures.

Les nuits d’hiver sont trop glaciales et trop sourdes,
celles d’automne trop grises et confondues.

Les nuits de printemps n’en possèdent ni la chaleur naissante, ni le dos rond.

Elles sont impénétrables, longues, opaques et noires,
mais elles brillent sans éclat d’espoirs bouffants et de miracles inconnus.


Il y eut, pour ce que j’en sais, des matins d’hiver.

Dans le passage d’octobre à pluviôse, tournant à senestre une tête brisée,
je décèle, formant entre moi et le monde,
des ronds légers, sans relief, paraissant blancs.

Sont-ce des flocons, des grêlons fondus au ciel des gouttes d’eau froides et cubiques ? »


Marien Defalvard " Du Temps Qu'on existait "




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MessageSujet: Re: MARIEN DEFALVARD    Ven 30 Sep - 2:05

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Quand Jenni rencontre Defalvard




Ce sont les deux révélations de la rentrée. L’un, 48 ans, est issu d’une famille de gauche.

L’autre a 19 ans et se déclare de droite.
Ils avaient pourtant beaucoup à se dire sur l'identité nationale, les guerres coloniales, Michel Houellebecq et leurs lectures respectives.

Dialogue exclusif.







Né en 1963 à Lyon, où il enseigne au lycée, ALEXIS JENNI est agrégé de sciences naturelles. Son "Art français de la guerre", qui vient d'atteindre un tirage de 55.000 exemplaires, figure à ce jour sur à peu près toutes les listes des prix d'automne.

Né en 1992 à Paris, MARIEN DEFALVARD vit à Orléans. Il a écrit "Du temps qu'on existait" à l'âge de 16 ans. Photo: Bruno Coutier




A priori, ces deux-là n’auraient jamais dû se rencontrer. L’un a 48 ans, une courte barbe et un goût prononcé pour le thé; l’autre 19, une tignasse d’adolescent qui sort du lit, et qui d’ailleurs accepte volontiers un café.


L’un s’exprime avec une sympathique bonhommie, l’autre avec les raffinements anachroniques, les fulgurances et l’aplomb que devait avoir Malraux au même âge.

L’un, plutôt de gauche, expliquait encore ce matin le polymorphisme génique dans un lycée de Lyon. L’autre se déclare de droite, a déserté l’hypokhâgne parisienne de Louis-le-Grand à l’âge de quinze ans, vit à Orléans.



Le premier, c’est Alexis Jenni, qui publie «l’Art français de la guerre» chez Gallimard: un formidable premier roman centré sur le rôle de l’armée française sous l’Occupation, en Indochine et en Algérie.



Le second, Marien Defalvard signe chez Grasset, avec «Du temps qu’on existait», une plongée impressionniste et impressionnante de virtuosité dans la géographie française.



A priori tout les sépare, et pourtant: certains critiques se sont demandés, un instant, s’ils étaient bien les auteurs de leurs premiers romans respectifs.

C’était bon signe: chacun dans son genre, Jenni et Defalvard s’imposent incontestablement comme les deux grandes révélations de la saison.



Il était temps de les présenter l’un à l’autre.

G.L.



Le Nouvel Observateur - Avez-vous trouvé des similitudes entre vos deux romans ?



Marien Defalvard : Elles sont réelles, oui. D’abord ce sont des romans du passé, mais d’un passé considéré depuis un présent. Ce sont des romans rétrospectifs.
Evidemment les structures sont différentes: j’ai opté pour un roman assez décousu, déconstruit, même si je n’aime pas ce mot qui fait un peu structuraliste sur le retour.
Au fond ce que j’aimais bien, c’est l’idée de bâtir un édifice et puis de le saccager, par endroits; l’idée d’une construction trop parfaite me rebutait un peu.




Ensuite, la recherche stylistique est patente dans nos deux cas, ce qu’on ne trouve pas chez tous les auteurs contemporains. Je ne dirais pas que nous sommes des esthètes, parce qu’être un esthète est indéfendable en littérature et qu’il est impossible de n’être qu’un esthète, mais enfin ce sont des romans qui cherchent une forme.


A la différence des romans d’intrigue, où la cohérence est censée apparaître en premier lieu, ici c’est l’inverse: la cohérence est ce qui apparaît en dernier.
Ce sont des romans qui ne montrent pas immédiatement où ils vont, ce sont des romans qui se cachent.
On s’inscrit, au fond, dans une tradition française, là où beaucoup sont dans la dépendance d’une littérature américaine qui privilégie le plot, l’intrigue.



La troisième similitude, c’est ça. Cette façon de s’inscrire dans une tradition, d’entrer en littérature, d’ouvrir la porte d’une façon peut-être un peu brutale, en montrant bien que l’histoire littéraire ne commence pas avec nous.


Au fond, ce sont des romans de lecteurs. D’ailleurs vous mettez le mot «français» dans votre titre, ce n’est pas anodin, les titres qui l’utilisent ne sont pas si fréquents je crois… Cette façon de s’inscrire dans un processus historique m’a frappé à la lecture du roman d’Alexis Jenni.





Alexis Jenni
: Je crois en effet qu’il y a cette idée d’une tradition française, que l’on assume pleinement et sans complexe, sans tellement faire attention à toutes les polémiques qui entourent le roman français et ce qu’il doit devenir.

On est assis sur une tradition prodigieuse. Nous essayons de la continuer, avec des moyens différents, mais avec amour.

Par ailleurs, je crois qu’il y a quelque chose qui nous rapproche dans le rapport à la langue, y compris dans son côté le plus matériel.




M. Defalvard : Oui, le mot est un outil…


Al. Jenni: C’est un peu ça. Les mots sont comme des choses avec lesquelles on bâtit... Du coup, à la différence des romans qui s’attachent surtout à raconter une histoire, on tombe sur quelque chose qui serait très difficile à traduire.


Je me suis posé la question en lisant votre livre, où il y a constamment des décalages de niveau de langue: si des gens veulent le traduire, comment vont-ils faire?




M. Defalvard : En moldo-valaque, ça marcherait peut-être? (rires) A vrai dire je n’ai pas écrit mon livre en pensant à ça, j’ai à peine pensé qu’il serait édité…

J’avais quinze ans, j’étais seul, je ne pensais pas à l’édition. D’une certaine façon j’avais peur que ça déteigne sur le livre.




Al. Jenni : C’est drôle. J’avais quarante-cinq ans, mais j’ai aussi écrit mon roman sans penser vraiment à l’éditer.
J’étais dans l’échec de ce côté-là. J’avais déjà envoyé des textes, sans résultat, et avec raison parce que ce n’était pas très bon…

Par ailleurs, nos livres parlent en effet tous deux d’un temps que nous n’avons pas connu, du temps juste avant nous. L’essentiel du mien se passe avant 1962, et je suis né en 1963. Une bonne partie du vôtre se déroule de 1960 aux années 1980…



M. Defalvard : Oui, même si ça finit par se chevaucher avec les années 1990 et 2000, que j’ai vécues.
De toute façon l’existence du personnage, son mode de perception du monde est si faible, au point de finir dans un subjectivisme absolu - que je ne revendique d’ailleurs pas du tout - que l’époque n’a aucune consistance.
C’est une grande différence avec ce que vous avez fait, évidemment. Mon livre ne tient pas compte du tout de la réalité, du contexte; il l’ignore d’une certaine manière.



Vos romans ont cependant un objet commun: la France d’avant. Pourquoi? D’où vous vient ce besoin de la regarder dans le rétroviseur ?



Al. Jenni : Au départ, il y avait un désir personnel, qui vient de quelque chose qui n’est pas bien raconté dans mon histoire familiale. A ce niveau-là comme au niveau de l’histoire nationale, c’est comme si j’avais vécu dans une sorte d’amnésie permanente. Comme si, entre le monde des années 1950 et celui des années 1960, il y avait eu une rupture correspondant à la fin de la guerre d’Algérie.
Après, on ne s’occupe plus du tout des histoires de violence et de guerre: on reste chez nous, on s’enrichit et on est heureux, on s’occupe à être heureux. C’est une sorte de fin de l’histoire.


Or je me suis rendu compte que j’avais, en fait, été contemporain dans mon enfance de gens qui avaient vécu ces guerres coloniales dont il n’était jamais question; et des gens qui finalement me sont proches, contemporains, qui mangeaient les mêmes choses que moi, parlaient la même langue.

Qu’avaient-ils vécu, dont on ne voulait rien savoir ? Mon idée était donc de revenir sur la période où, de l’Occupation à la guerre d’Algérie, des gens ont combattu.
Il y avait un trou dans l’histoire, j’ai eu l’ambition un peu dingue de vouloir recoudre autour.



M. Devalfard
: Vous n’avez donc pas du tout été imprégné de cette histoire par le discours, comme cela arrive souvent: on a l’impression d’être né avant sa naissance, à cause de choses qui nous ont entourés dans l’enfance…

Je trouve ça assez intéressant, et même très fin, que vous situiez une sorte de butée, un instant magnifié qui ne cesse d’être vécu, entre un passé qui s’est terminé et un futur qui a commencé…



A. Jenni : Oh, c’est peut-être illusoire de ma part. C’est peut-être simplement parce que je suis né à ce moment-là. Mais il me semble tout de même que quelque chose a changé au début des années soixante…



M. Defalvard : Bien sûr, c’est pour cela que je disais que c’est très fin: en général quand on parle de la fin de l’histoire, c’est 1989…
Or c’est tout à fait faux. La France est sans doute sortie, pour un temps qu’on ne peut pas définir, de la guerre. Il est amusant de voir que passe, dans votre roman, un regret de ce monde guerrier. On a dû vous parler des «Bienveillantes» ?

Les romans qui évoquent aujourd’hui ce monde de la guerre ne proposent pas du tout le récit guerrier auquel on était habitué.
Ce n’est pas «l’Espoir», ce n’est pas Hemingway. La guerre devient presque un symbole à réinterpréter.


Mais je ne vais pas vous apprendre que la mode des romans historiques survient souvent dans les périodes de plat historique. C’est très fréquent.
Un grand moment du roman historique en France, par exemple, a été après la chute de Napoléon, à partir des années 1820 avec évidemment Vigny, évidemment Hugo, etc.

Ce n’est pas seulement une question de recul. Il est beaucoup plus facile de réfléchir sur l’histoire une fois qu’on en est sorti. On a beaucoup plus d’aisance à réfléchir sur la guerre une fois qu’on est sorti d’un monde guerrier.
Au fond, vous montrez que nous sommes encore, malgré nous, des produits d’une histoire ancienne, mais aussi que nous n’en sommes pas sortis, que nous vivons l’histoire à distance.



Al. Jenni
: Oui, c’est un peu comme dans le cinéma fantastique: tant qu’ils ne sont pas éclairés, les fantômes restent. C’est comme s’il y avait des sortes de fantômes historiques, mal pensés, mal conçus, qui se perpétuent et qui font qu’on a des réflexes nationaux.

Mais il me semble que c’est en train de changer. Je viens par exemple de lire le roman de Mathieu Belezi, qui est une cavalcade délirante assez prodigieuse à travers l’Algérie.


Il faut aussi préciser que, si cette histoire-là est relativement absente, il n’y en revanche aucun tabou sur les guerres coloniales.
Tout est disponible. Il suffit de chercher, et il n’y a pas besoin de chercher bien loin.
Des gens pensent que j’ai passé des heures dans des bibliothèques… mais non, je suis bien trop fainéant pour ça! J’ai récupéré tout ce qui était accessible, facilement accessible, dans les bibliothèques municipales, chez les soldeurs de livres sur les quais de Saône à Lyon, sur internet…
Je ne suis pas un super chercheur qui est allé chercher des trucs rares.








Soldats français pendant la guerre d'Indochine, en 1951. (c) AFP


Il est question du napalm par exemple, qui est un grand objet fantasmatique. On prétend que c’était secret, qu’on l’utilisait sans le dire, etc.

Sauf que sur le site internet de l’INA, en consultant des archives, j’ai regardé les actualités cinématographiques des années 1950 sur l’Indochine: elles montrent des avions bombarder la jungle, sous le regard des officiers; et le film explique clairement ce que c’est.



Pour la torture en Algérie, même chose: Mauriac en parle tout de suite, vers 1954-1955! C’est écrit dans la presse.
Où est le secret ? Le vrai secret, le vrai tabou, je crois qu’il concerne le sens de cette guerre. Là, il y a un tabou absolu. Tous les faits sont là, ils jonchent le sol, mais personne n’est capable de recoller la poterie. J’ai essayé. Encore une fois, mon projet est un peu dingue, mais j’ai ramassé les morceaux et j’ai essayé de refaire la poterie.




M. Defalvard : Au fond, tout ça s’est terminé il y a environ cinquante ans, c’est donc très récent.
Et paradoxalement cela semble très reculé dans le temps, beaucoup moins vivace et beaucoup moins sensible que la seconde guerre mondiale. C’est qu’au moment où elles ont eu lieu, ces guerres coloniales appartenaient déjà à un monde passé. Elles avaient quelque chose de naturellement enfoui: parce qu’elles étaient lointaines, mais aussi parce qu’il y avait une sorte de désintérêt pour le conflit.



Il est assez frappant que les écrivains de l’époque se soient assez peu consacrés au sujet. Même Mauriac: il en parle, mais ça reste un sujet mineur. Ces guerres étaient perçues comme des événements historiques d’importance secondaire. Simplement, comme l’histoire s’est arrêtée là, elles prennent désormais une ampleur de premier plan.



A Jenni : Il était compliqué de prendre une position. Camus, par exemple, a d’abord essayé d’intervenir, et puis après, silence. C’est tout de même extraordinaire: un type aussi intelligent, aussi pénétrant, aussi volontaire, s’est tu sur l’événement vraiment important du moment… Je pense qu’il ne savait pas comment s’y prendre.



D’ailleurs on ne sait toujours pas comment le prendre, ce conflit. Il n’y a qu’à voir les affrontements sur l’aspect positif de la colonisation, ou sur le film «Hors la loi» de Rachid Bouchareb…
Il y a encore beaucoup de mémoires divergentes, on ne sait toujours pas avoir une vision globale de tout ça.




(Defalvard attrape sa tasse de café).


Il n’y pas des pages contre le café dans votre roman? Comme quoi l’auteur et le narrateur, ça n’est pas la même chose…




M. Defalvard : En effet. Il est d’ailleurs très difficile de le faire comprendre. Quand on se sépare ouvertement de son personnage en disant «non, il n’est pas moi», c’est perçu comme une coquetterie, comme une hypocrisie.
Or ça n’en est une qu’au sens propre: hypocrites, on est un acteur. Là je suis d’accord. Mais c’est une question qui revient toujours dans la panoplie interprétative des livres. Votre narrateur est-il vous? Et quand vous vous en défendez, il y a des soupçons.




Quels sont alors vos arguments pour vous en défendre ?



M. Defalvard : On ne peut pas vraiment répondre avec des arguments… Mon narrateur n’est pas moi, tout simplement parce qu’il lui arrive des choses qui ne me sont pas arrivées, qu’il a vécu à des époques que je n’ai pas connues, que son psychisme est très différent du mien.

Si j’y ai mis des parts de moi-même, parce qu’à moins d’être un monstre froid on met toujours des parts de soi-même dans un livre, elles sont tellement modifiées, remodelées, qu’on finit par ne plus savoir ce qu’il y a de soi-même.

Je suis persuadé que beaucoup de grands romanciers insèrent dans leurs livres des événements qu’ils ont véritablement vécus, mais qu’ils oublient ensuite quels sont les épisodes vécus et ceux qui ne l’ont pas été. Tout en concevant très bien que ça n’a aucune importance.



A. Jenni
: J’ai dû rassurer quelques proches qui se reconnaissaient. J’ai dû leur expliquer qu’il y avait des morceaux de réalité, mais que je les avais vraiment poussés du côté de la fiction…





Et vos personnages ne sont donc pas vous non plus ?




A. Jenni : C’est compliqué, ça rejoint la question du roman historique: raconter quelque chose qu’on n’a pas vécu. Je suis convaincu que la palette de ce que vit l’humanité n’est pas si large.

Ce qu’a vécu quelqu’un d’autre ne m’est pas étranger. C’est presque une idée de psychologie générale, ou d’anthropologie.
Au fond, tout au fond, bien au fond, on a le germe de tout. Du coup je n’ai jamais mis les pieds dans une guerre, mais je peux imaginer, en creusant un peu, quelque chose qui pourrait peut-être y ressembler.



M. Defalvard : Oui, c’est très vrai. Un romancier a une pointe de tout en soi: un désir de tuer, de la pitié envers les idiots, ou tout autre chose…
Mais j’avais une question: pourquoi avoir choisi la date de 1991 pour situer le présent dans votre roman?



Al. Jenni : Parce que j’ai effectivement vu à ce moment-là, à la télévision, l’image du départ des spahis pour la guerre du Golfe.
Alors que c’est une image banale dans beaucoup d’autres pays, il me semblait que je voyais, pour la première fois de ma vie, des soldats quitter leurs familles.
C’était comme si tout le monde s’identifiait à eux, les soutenait, les considérait comme des êtres humains normaux. Or dans toutes les années 70, quand j’étais ado, l’armée c’était autre chose…





Peut-on lire vos romans comme une contribution au débat sur l’identité nationale ?



Al. Jenni : C’est compliqué. Je ne suis pas sûr de savoir ce qu’est cette identité. J’ai écrit beaucoup de pages là-dessus, mais c’est sans doute précisément pour le savoir. L’impression que j’ai, c’est que le monde que j’ai connu il y a trente ans a changé….
C’est pour ça qu’il y a l’obsession de de Gaulle dans mon livre: de Gaulle pouvait se permettre d’avoir des grands desseins, c’est le seul type qui pouvait dire «Je suis la France» et ne pas être ridicule.



M. Defalvard : Avez-vous été très politisé dans votre jeunesse?


Al. Jenni : Non, mais j’ai grandi dans un milieu qui l’était naturellement. C’était une sensibilité plutôt à gauche, voire à l’extrême-gauche, où tout était politique.
Cela dit j’étais à la campagne, dans une petite ville, donc ça n’engageait pas à grand-chose...



M. Defalvard : Au fond, dans le présent que vous évoquez, si l’on est sorti de l’Histoire, c’est parce qu’on est sorti de la France. Il n’y a plus de volonté politique, pour aller vite. La volonté politique a toujours été liée à une idée de la France, à un dessein pour la France, or depuis 1991 cette volonté politique devient moins nette…


Je ne veux pas passer pour un affreux réactionnaire, je sais que la sensibilité de «l’Obs» est plutôt à gauche, et j’ai moi-même une sensibilité plutôt à droite, même si c’est sans doute avec toutes les illusions et les bêtises d’un jeune homme de 19 ans.

Mais en somme, la politique en France a cessé de s’incarner quand la France a cessé de s’incarner. Ce qui n’est pas du tout le propre d’autres pays. L’Etat et la nation sont particulièrement liés dans notre pays.
Et la disparition de l’idée nationale a pu entraîner une disparition de l’idée étatique…


Nous parlons l’un et l’autre de la France comme d’un produit fini. Il n’y a pas tellement de dégagement dans votre livre, Alexis, c’est d’une certaine façon désespérant.
Nous avons vécu sur la valeur de l’espoir pendant très longtemps – c’est d’ailleurs cet espoir que l’on trouve à la base des guerres que nous avons menées; or nous l’avons complètement perdu. Nos romans n’espèrent pas. Ils déplorent et regrettent en partie, mais n’espèrent pas.









L'écrivain Michel Houellebecq invité du "Grand journal" de Canal +, le 8 novembre 2010.
Michel Houellebecq, prix Goncourt 2010. (c) Afp




Diriez-vous comme Michel Houellebecq que «la France est un hôtel» ?




M. Defalvard
: Non ! Ce que dit Houellebecq est évidemment très contemporain, mais c’est anti-gaulliste au possible: non, la France n’est pas un hôtel.
C’est d’ailleurs assez curieux cette façon de s’abstraire volontairement du sens… Si la France est un hôtel, alors rien n’a plus de sens, et à quoi bon écrire?



Je crois qu’il y a une conscience française, souterraine, qui a des siècles d’existence. Elle a disparu depuis un certain nombre d’années, et les résurgences qu’on veut lui donner sont risibles, pour employer un mot léger, mais elle reviendra un jour ou l’autre, Dieu sait sous quelle forme.


Je ne dis pas que ce sera une épiphanie, ou un miracle, mais enfin cette conscience française a des subsistances, la littérature française par exemple, qui se porte beaucoup moins mal qu’on le dit.
Je suis trop pessimiste pour être désespéré.


Comme tous les gens très intelligents, Houellebecq se trompe toujours. Toutes ses projections ont toujours été fausses, depuis «Extension du domaine de la lutte».
Le futur qu’il annonçait pour 2015 dans «la Possibilité d’une île» (2005) n’a rien à voir avec ce que nous connaîtrons en 2015. C’est un esprit brillant, mais il imagine trop, il enjolive, il extrapole…



Al. Jenni : Sauf que là, sur ce point précis, ce que dit Houellebecq est tout de même assez juste: là où j’habite, il est effrayant de voir le faux Lyon qui est utilisé comme appât touristique. J’écoute les guides, ils racontent des choses qui n’existent plus, que j’ai vues disparaître.



M. Defalvard : C’est le lot de toute la France… Vous avez vu la ville changer depuis votre jeunesse?



Al. Jenni : Oui, oui, énormément, même le quartier historique, où je vis maintenant, était autrefois un quartier misérable. Il a été complètement refait, repeint, boboïsé, c’est passé du quart-monde à la bourgeoisie, et je n’y suis pas l’un des plus riches.



Marien Defalvard, l’histoire est à peu près absente de votre roman, mais pas la géographie. «Du temps qu’on existait» repose sur un tour de France, où vous évoquez de nombreuses régions françaises, dont celle de Lyon… comme Jenni.



M. Defalvard : Je tiens d’abord à dire que je ne suis jamais allé à Lyon. J’écris mu par la force du préjugé, qui est parfois surprenante en littérature et qui s’excuse par la rêverie. J’évoque donc cette ville dans mon livre, mais je ne sais pas à quoi elle ressemble.



Al. Jenni : Quand j’ai lu ça, je me suis dit que l’image n’était en effet pas très nette. Mais surtout, je ne m’étais jamais rendu compte, avant de vous lire, que les noms des alentours de Lyon étaient aussi étranges…
Tasssin-la-Demi-Lune ou Rillieux-la-Pape, ce sont de drôles de noms tout de même!



M. Defalvard : Oui, c’est d’un pittoresque époustouflant. Si c’était dans Max Jacob, on n’y croirait pas…



Al. Jenni : Ce qui m’a beaucoup plu, c’est que je ne connaissais qu’une ou deux occurrences dans la littérature de Belley, dans l’Ain, et c’est là où j’ai passé toute mon enfance.



M. Defalvard : Même Lyon ne revient pas si souvent. Bordeaux est beaucoup plus littéraire, sans parler de Paris bien sûr.







Photo prise en octobre 1940 du résistant français Jean Moulin, né en 1899 et mort lors de son transfert en Allemagne en 1943
Jean Moulin, préfet d’Eure-et-Loir et héros de la Résistance. (c) Afp




Vous n’avez pas seulement en commun avec Alexis Jenni d’évoquer Lyon, mais Lyon sous l’Occupation. Vous avez tout à l’heure cité le nom de Littell. Vous sentez-vous attiré par cette période, au point d’éprouver, comme votre personnage, le désir d’écrire sur elle ?




M. Defalvard : Non, je me sens complètement incapable, du moins pour l’instant, d’écrire sur un sujet comme celui-là.

J’ai consulté quelques images d’archives, mais je n’ai évidemment pas fait de recherches…
Quant aux cartes de France, je ne les ai pas consultées à dessein, cela me vient plutôt de mon enfance: j’ai une passion pour les cartes, pour les plans…



Al. Jenni : Ah, moi aussi! (rires)



M. Defalvard : Oui, pour ça, Gracq nous est évidemment passé dessus; et je dois dire que si je pouvais écrire «la Forme d’une ville», si elle n’était pas déjà écrite, je ne me dérangerais pas pour le faire…

Mais mon évocation de Lyon sous l’Occupation est aux antipodes de celle de Jenni. Il y a une volonté d’honnêteté chez vous, Alexis, qui est évidente; vous cherchez la vérité, en quelque sorte, vous essayez d’aborder une vérité, et cela ne passe pas seulement par l’exactitude factuelle.
Chez moi ce n’est pas du tout le cas, évidemment. J’ai voulu faire un roman qui n’ait pas d’autre honnêteté que celle de mon narrateur.


Tout est pris dans un entrelacs d’états d’âmes, de faits et de recréations à partir du passé, d’idées vraies ou fausses, d’intuitions, de sentimentalité, qui font que la vérité ne dure pas plus de cinq minutes.

La vérité des faits, des actes et des pensées, est constamment et immédiatement enfouie sous une couche d’états d’âme. Et elle ne réapparaît pas. La figure de mon livre est une façon de tourner autour.

Chez Jenni, ce serait plutôt une façon d’aller au centre.


L’époque de l’Occupation ne me hante donc pas du tout. Si ça hante mon narrateur, c’est pour montrer qu’il est sans cesse pris dans des choses plus grandes que lui.
Mais l’histoire dans mon livre n’est qu’un avatar du temps. Je ne me propose évidemment pas du tout de tenir un inventaire du monde.


Le seul autre événement historique auquel vous faites directement allusion, c’est l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher…



M. Defalvard : Oui, mais ces allusions se font pour l’une sur le mode de la songerie embrumée, et pour l’autre de l’ironie dérisoire. C’est du second plan.



Al. Jenni : Il faut bien voir aussi que l’histoire de l’Occupation fait partie de Lyon. Lyon, c’est l’armée des ombres, etc.
C’est comme lorsqu’il est question de la Bretagne, et qu’il y a des sortes d’images bretonnantes…



M. Defalvard : C’est le génie du lieu, oui. Même si tout ça ne doit plus être très perceptible à Lyon aujourd’hui.



Al. Jenni : Tout a été repeint, oui ! Lyon est censé ressembler à Florence, ce qui est une sacrée arnaque.



M. Defalvard : Le fait de ne pas connaître ce dont nous parlons, qu’il s’agisse des guerres coloniales ou de Lyon, nous donne une liberté, donc une espèce d’intelligence intuitive des choses, que n’aurait pas quelqu’un qui les connaîtrait directement.



Al. Jenni
: C’est vrai que, par exemple, je n’ai jamais mis les pieds au Viêt-Nam. Et je n’irai pas, il fait trop chaud... (rires)



M. Defalvard : Le roman c’est la liberté absolue.


Al. Jenni : A un moment donné, on se dit que par la puissance du verbe et des grands anciens qui ont nourri le verbe avant nous, on peut arriver à recréer quelque chose, qui véhiculera des idées, des pensées, des émotions…

Il y a une sorte de croyance naïve dans la puissance du verbe. Du coup, en faisant mon truc tout seul, je peux arriver à recréer quelque chose qui sera reconnu.

L’autre jour, une vieille dame de 85 ans est venue me dire: «Votre description du couvre-feu, c’était exactement ça!». Ca a été un moment extraordinaire.



M. Defalvard : Ca montre bien que l’imagination n’est pas que de la rêvasserie, mais une recréation des choses en mieux, en plus clair.





Ce sentiment de liberté qui vous anime se traduit dans le caractère excessivement romanesque de «l’Art français de la guerre», mais aussi dans l’usage que vous faites tous deux de la langue, dans vos styles respectifs. Vous tournez le dos à l’écriture blanche, qui a pu caractériser le roman français…



M. Defalvard : Oui, voyez avec quelle joie les critiques accueillent les romans écrits!
On a l’impression qu’on leur sert de la dinde aux marrons après des années de limande.



Al. Jenni : En faisant cela, on court aussi le risque du kitsch et du trop. Quand on me dit que ce que j’ai fait est un peu chargé, je comprends.
Ce n’est pas de l’art contemporain, voilà. Et Marien, on a dû vous dire que ce que vous avez écrit est parfois un peu précieux…



M. Defalvard : Bien sûr, et outrancier aussi. Pour autant, si je peux me permettre de parler de mon livre avec autant de fatuité, ce sont deux livres qui pensent.
Tout en faisant semblant de faire autre chose.

Evidemment ce n’est pas de la pensée brute, mais dans les deux livres, il y a un fleuve souterrain, une pensée d’en dessous qui est poursuivie d’un bout à l’autre. Ce ne sont pas des romans qui se contentent de faire des arabesques.

C’est très sensible chez vous, j’aimerais que ça le soit aussi dans mon livre: j’espère qu’on le lit comme un roman solidifié par de la pensée, par une pensée qui lui donnerait de la durabilité.
Le ressassement perpétuel qui caractérise mon narrateur est chez lui une façon de produire, toujours, de la réflexion à partir d’un même germe.
Et ce germe est un regret qui conditionne le reste.

Dans le découragement de mon narrateur, il y a une façon de ne pas lâcher le morceau, ce que traduit la figure du ressassement.




«L’Art français de la guerre» s’ouvre sur une citation de Pascal Quignard, et «Du temps qu’on existait» sur un passage de Morand.
Quelles sont vos influences ?




M. Defalvard : Je n’ai pas du tout de passion particulière pour Morand, même s’il a écrit de très bons livres. Je l’admire, je n’ai pas d’antipathie pour lui, mais si je mets cette citation en exergue, c’est d’abord parce que c’est un excipit, comme on dit: et mettre un excipit avant l’incipit, je trouve ça assez amusant.

C’est la fin du livre, c’est un excipit à la tonalité finissante, terminale.
Finir avant de commencer, je trouvais ça amusant.







Photo de l'écrivain Marcel Proust prise vers 1896. (c) Afp



Pour le reste, je sais que mon livre semble assez proustien, mais je suis désolé d’avoir à dire que je n’avais pas lu Proust quand je l’ai écrit.
Je crois d’ailleurs qu’il semble surtout proche de ce qu’on croit être Proust.

Evidemment, ce qu’on retient en premier de lui, c’est l’intérêt pour le passé, pour la géographie, avec des personnages très marqués, l’importance de l’entourage familial…


Or ce qui me paraît très propre à Proust, c’est sa malice, cette espèce d’ironie qui ne le quitte jamais.
La malice proustienne, c’est celle de quelqu’un qui a tout connu de l’existence, qui n’a pas beaucoup agi, mais qui a jugé et classé les choses et les gens, ce qui lui donne une espèce de bonté ; mon narrateur n’est pas du tout malicieux, il est bien en-deçà, il est puéril, il a quelque chose de pas fini.
Il n’a pas du tout l’espèce de sagesse, ou du moins de distance qu’a le narrateur proustien. Donc à première vue c’est proustien, et à seconde vue ça ne l’est pas du tout.



Mais alors qui admirez-vous ?



M. Defalvard : Ah, j’ai admiré des gens, mais ça n’a rien à voir avec ce livre-ci.
Peut-être était-ce pour me donner l’air intelligent, mais à treize ans, j’ai par exemple beaucoup aimé Francis Ponge. Pour son opacité.
A l’école on est biberonné à des poètes qui offrent de l’eau claire. Même les poèmes d’Aragon qu’on nous fait apprendre, on y trouve de jolies choses – encore que ça n’est pas ce que je préfère chez Aragon -, mais ce sont des choses très claires, avec une mélodie, c’est presque de la chanson, tout ça est cousu main, ça va tout seul.
Avec Ponge j’avais le sentiment réjouissant de l’hermétisme, le bonheur de ne pas comprendre.



Al. Jenni
: C’est amusant ça, depuis que j’ai vingt ou vingt-cinq ans, j’ai également une passion pour Ponge.
Mais ça n’est pas pour l’opacité, c’est pour la rythmique...



M. Defalvard : Evidemment j’ai aimé d’autres choses dans Ponge que le fait de ne pas comprendre, mais enfin quand on a treize ans, et même encore aujourd’hui, ça compte.
C’est toujours très frappant, les gens qui vous disent qu’ils n’aiment pas la poésie, celle de Mallarmé par exemple, ou de gens qui s’en rapprochent aujourd’hui comme Yves Bonnefoy, parce qu’ils ne la comprennent pas.

Qu’est-ce que c’est que cette idée ? On ne comprend pas un livre, on le conçoit, on le saisit, ce n’est pas de la sociologie.


J’ajoute que Ponge est un très bon poète pour entrer en littérature parce qu’on sent très bien avec lui les fondations du langage.
Un peu comme chez Saint John Perse, qui est évidemment très différent, plus boursouflé, plus lyrique.
Mais c’est ça: on sent très bien chez ces gens-là l’armature du langage, l’ossature de la langue, sur quoi elle tient. Au fond ça décape les illusions.


Et puis Ponge a l’art de faire tenir le monde entier, civilisations comprises, dans quatre ou cinq paragraphes sur… un coquillage.

«Notes sur un coquillage», voilà: au fond, on essaie de tous de faire ça, faire tenir le monde entier dans un regret, dans une guerre…
Et cette idée de complétude n’a rien à voir avec le fait de parler de tout: en général, quand un écrivain veut parler de tout, c’est qu’il n’a rien à dire.
Ce que je dis ici n’a rien à voir: c’est tout traiter, mais à partir d’un seul objet.



J’ai aussi beaucoup aimé Gide, quand j’avais une quinzaine d’années ; j’observe d’ailleurs qu’il n’a plus tellement la cote.
C’est un écrivain qui a eu une gloire énorme.

Et «le Guépard» de Lampedusa a aussi été une révélation, pour la sensation de complétude, d’entièreté qui s’en dégage. J’ai compris qu’on peut tout mettre dans un roman, toutes les pensées qu’on a, toutes les impressions. C’est quand elles convergent qu’on sent qu’on tient un roman...



Al. Jenni : C’est le principe du roman, oui. Un peu comme les étagères métalliques dans mon garage !

Une fois que la structure est là, on peut y mettre plein de choses, indéfiniment, et le roman peut faire 300, 400, 600 pages, peu importe…

Enfin, je parle peut-être là d’un certain type de roman: j’ai beaucoup aimé les grands Russes, Vassili Grossmann compris, du XIXe au XXe.


Mais pour revenir à Ponge, ce qui me passionne toujours chez lui, c’est sa rythmique, son côté jazz: il y a un thème, puis il est repris, changé, repris à nouveau, avec des variations, puis un autre thème arrive…

C’est magnifique, comme dans son texte sur la crevette, qui d’un seul coup repart en arrière…



Comment vivez-vous le succès de vos romans ?



Al. Jenni
: J’espérais être publié un jour, et depuis longtemps. Je suis donc heureux de l’être, très heureux que ce soit chez Gallimard, encore plus heureux d’avoir des lecteurs…

Je n’imaginais même pas ce qui est au-delà. Récemment, j’ai fait un rêve extraordinaire: j’ai rêvé qu’il y avait des articles élogieux sur mon livre dans la presse; j’en suis à un tel point que mon rêve n’arrive même plus à aller au-delà de la réalité!



M. Defalvard : Je ne partage pas cette euphorie. Peut-être qu’un fond mélancolique me donne une distance...
Evidemment je suis très content, mais plutôt avec sérénité. Au fond, je préfère avoir des critiques sagaces, intelligentes, fines, plutôt que de bonnes critiques.
Je préfère un éreintement intelligent à un éloge bête, ce que tout auteur, passé un certain cap je pense, peut dire.


Et pour changer d’angle de vue : je me rends bien compte, sans doute parce que je connaissais mal la production littéraire contemporaine, que ce que j’ai écrit en est très éloigné.

Cette inconnaissance m’a donné une sorte de liberté. Du coup, je suis étonné qu’on m’accueille aussi bien. Je pensais que l’indifférence qui sourd dans mon livre engendrerait de l’indifférence.

Si on peut encore trouver de l’intérêt dans des livres qui sont si éloignés, si détachés de la réalité qui nous entoure, c’est bien que les gens ont fini par être lassés de cette réalité. Nos livres sont, à cet égard, d’excellents présages.



Propos recueillis par Grégoire Leménager


Du temps qu'on existait, par Marien Defalvard,
Grasset, 372 p., 20,50 euros.


L'Art français de la guerre, par Alexis Jenni,
Gallimard, 636 p., 21 euros.



Source: Ceci est la version intégrale du dialogue paru dans "le Nouvel Observateur" du 22 septembre 2011



http://bibliobs.nouvelobs.com/rentree-litteraire-2011/20110922.OBS0902/quand-jenni-rencontre-defalvard.html





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MessageSujet: Re: MARIEN DEFALVARD    Mer 9 Nov - 19:50

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Marien Defalvard, prix de Flore 2011












Place aux jeunes!, semble avoir pensé le jury présidé par Frédéric Beigbeder: il vient de récompenser Marien Defalvard, 19 ans, pour «Du temps qu’on existait».





Dès juillet dernier, notre ami et néanmoins patron Jérôme Garcin sortait assez éberlué de la lecture d'un premier roman intitulé «Du temps qu’on existait» (Grasset).

Il se demandait qui pouvait être l'auteur de ces rêveries d'un quinqua solitaire, pour écrire, à l'âge de 19 ans, comme s'il avait déjà tout vécu. Et il y avait de quoi être perplexe, en effet, devant le talent si curieusement anachronique de Marien Defalvard.


Quatre mois plus tard, le voilà qui décroche le prix de Flore 2011, au deuxième tour de scrutin, avec huit voix contre trois au «Bloc» de Jérôme Leroy (Gallimard noir), un polar étouffant qui imagine l'arrivée au pouvoir d'un parti d'extrême-droite.

On voit par là que la sélection du gang de Beigbeder, où l'on trouvait notamment un livre d'Edouard Limonov et un autre d'Olivier Maulin, ne manquait pas d'allure cette année.

Mais comme le prix a vocation à «récompenser un jeune auteur au talent jugé prometteur», le choix de Defalvard tombe bien. Plutôt mieux qu’en 2007, par exemple, où il avait encouragé une romancière inconnue du nom d’Amélie Nothomb.



On se souvient que le lauréat 2010 était Abdellah Taïa, le romancier marocain qui était venu, au milieu de la cohue et des bouteilles de champagne, se proclamer «homosexuel, arabe et homosexuel». Ce soir, c'est au tour de Defalvard d'être attendu par le jury au 172 boulevard Saint-Germain («tenue germanopratine exigée», précise le carton d'invitation officiel).


Même s'il habite Orléans, il devrait pouvoir venir, dit-on. On l'espère très sincèrement pour lui. Le jury a deux choses à lui remettre: un chèque de 6150 euros, et le traditionnel verre de Pouilly-fumé gravé à son nom, à consommer tous les jours pendant un an.



http://bibliobs.nouvelobs.com/rentree-litteraire-2011/20111109.OBS4157/marien-defalvard-prix-de-flore-2011.html



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MessageSujet: Re: MARIEN DEFALVARD    Sam 26 Nov - 2:44

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Marien Defalvard et Nic Pizzolatto, lauréats du Prix du Premier roman


Marien Defalvard a déjà reçu le Prix de Flore, la semaine dernière, pour ce premier roman.










Les prix du Premier roman français et étranger ont été décernés respectivement à Marien Defalvard, pour «Du temps qu’on existait», paru chez Grasset, et à l’Américain Nic Pizzolatto, pour «Galveston», publié par Belfond. Le jeune écrivain de 19 ans Marien Defalvard, déjà lauréat la semaine dernière du prix de Flore, l’a emporté au premier tour, par six voix contre deux à Nicolas Idier, pour «La ville noire» (Editions de Corlevour).

Le prix du premier roman étranger couronne, au premier tour également, Nic Pizzolatto, pour «Galveston» (Belfond), par cinq voix contre trois à Téa Obreht, pour «La femme du Tigre» (Calmann-Lévy). Le jury du prix du premier roman, fondé en 1971, est composé de critiques littéraires et présidé par Joël Schmidt.



«Du temps qu’on existait», roman mélancolique et satirique de près de 400 pages, s’ouvre sur le récit d’un enterrement et finit par un autre. Entre les deux, le mort raconte sa vie, des années 1970 à nos jours. Une existence pendant laquelle il a tout fait pour éviter les contraintes, promenant son regard désabusé à travers la France.



Dans «Galveston», Nic Pizzolatto raconte l’errance, entre 1988 à 2008, de trois personnages meurtris par la vie et dresse le portrait d’une Amérique misérable et paumée, où la violence côtoie l’entraide. L’an dernier, le prix avait récompensé Victor Cohen-Hadria pour «Les trois saisons de la rage» (Albin Michel) et Amanda Smyth pour «Black Rock» (Phébus).

(Source AFP)

http://www.liberation.fr/livres/01012371894-marien-defalvard-et-nic-pizzolatto-laureats-du-prix-du-premier-roman




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