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 FRANÇOIS PINAULT

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liliane
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MessageSujet: FRANÇOIS PINAULT   Sam 18 Juin - 0:21

François Pinault, pour une poignée de beaux-arts



Le milliardaire est discrètement devenu un des plus gros acteurs du monde de l’art. Trop homme d’affaires pour être un pur esthète. Trop amateur d’art pour n’y voir que de judicieux investissements.

"J'ai mis une option. Je les fais lanterner un peu..." François Pinault désigne deux femmes qui couvent des yeux une installation de Marcel Broodthaers, laquelle n'appartient pas encore à sa collection. "La veuve et sa fille... C'est redoutable, les veuves d'artistes !" Dissipée soudain l'idée qui voudrait que le collectionneur ait succédé au businessman. L'homme n'est pas double.

On fait le tour de son exposition Eloge du doute. En descendant l'escalier de la Punta della Dogana (la Pointe de la Douane) à Venise, l'ancien président de PPR (Pinault-Printemps-La Redoute) lève les yeux vers une tête de l'artiste Thomas Schütte :" Ce n'est pas mon buste", s'amuse-t-il comme si on avait pu l'imaginer. Puis, l'air de rien : "Vous préparez un article sur moi ou sur l'exposition ?" Sur lui.

On en profite pour lui dire que c'est difficile. Il s'exprime très peu, tient les médias à distance. Quand il organise un voyage de presse d'une centaine de journalistes, il file dîner avec les artistes. Pendant longtemps, il n'a répondu aux interviews qu'au compte-gouttes et par mails. On compte peu de livres à son sujet : une biographie prudemment consacrée à son enfance bretonne, une hagiographie rédigée par son ami Pierre Daix et un livre des journalistes Caroline Monnot et Pierre-Angel Gay, consacré aux affaires des années 90, et précédé d'une lettre de Pinault aux journalistes expliquant qu'il ne les rencontrera pas pour n'être ni "le censeur" ni "la victime" de leur enquête.

"Vous n'avez qu'à parler de mes ennemis"


Dans la lumière transversale de la Punta della Dogana, François Pinault n'a pas l'air surpris. "Qu'est-ce que vous voudriez ? Que je bombe le torse comme le mec qui a réussi ? C'est tellement vain." Il nous donne un conseil. "Vous n'avez qu'à parler à mes ennemis, ils auront des choses à dire (sourire). Ou à mes amis si vous en trouvez."

Ce n'est peut-être pas pour rien que sa holding (qui conserve 43% de PPR) s'appelle Artemis. Un jour où la déesse de la Chasse se baignait dans une rivière, un jeune Thébain l'a surprise nue. Elle le transforma en cerf et le fit déchiqueter par ses chiens. François Pinault ne se laisse pas surprendre à découvert. Personne ne sait vraiment ce que compte sa collection. Quand Saatchi achète un tableau, il dégaine un communiqué de presse. François Pinault, lui, demande la confidentialité à l'artiste qui entre dans sa collection. Caroline Bourgeois, commissaire des expositions de la Fondation Pinault, évite d'assister aux vernissages des artistes qui l'intéressent.

Le rachat de Christie's en juin 1998 crée un choc à Londres. Personne n'attendait Pinault. Le Breton n'est même pas allé rencontrer les dirigeants de l'entreprise pour prendre sa décision. Cinq ans plus tôt, il a mis la main sur château-latour, premier grand cru classé, là aussi par surprise. Cette discrétion, ce culte du secret, on en trouve la trace dès ses débuts.

"On a su qu'il avait un avion quand on l'a vu atterrir", se souvient Michel Pacserszky, son premier collaborateur arrivé en 1962 dans sa petite entreprise de négociant en bois. "Les nouvelles idées, on n'en parlait pas. Avant que les autres ne s'organisent, on avait deux ans d'avance." Il se souvient par exemple de la fureur d'un distributeur le voyant débarquer : "T'as le culot de venir chez moi !" François Pinault venait d'acheter un terrain en face de son client grossiste pour le concurrencer dans la distribution au détail. Il n'avait prévenu personne, pas même son directeur commercial. "Toute sa vie, on ne l'a pas vu venir !"

"Les ricanements des enfants de la bourgeoisie bretonne, sa honte du patois"



"Ça m'émeut beaucoup que vous soyez allée dans mon village", dit soudain François Pinault. On est dans la salle du Californien Paul McCarthy. Paula Jones, l'ancienne maîtresse de Bill Clinton, est là, sans tête, jambes offertes. On parle de Trévérien, Côtes-d'Armor, 900 habitants. "Est-ce que vous savez ce que c'est que d'avoir honte de l'endroit d'où l'on vient ? Jusqu'à récemment, je n'y allais que seul. Je me sens à peine débarrassé de ce sentiment."

C'est dans une ferme en bauge de Trévérien qu'il a grandi. Il mesure ce que représente ce village quand ses parents l'envoient au pensionnat Saint-Martin, à Rennes. Les ricanements des enfants de la bourgeoisie bretonne, sa honte du patois, les regards sur sa mère habillée comme une paysanne qui apportait un panier pour déjeuner avec lui au café.

L'homme qui évoque l'embarras de ses origines s'y rend chaque année, souvent à la Toussaint. Sa mère y est enterrée. Il va voir Suzanne, la voisine. Les anciens l'appellent François mais pas le maire, il est trop jeune. Il dit "monsieur Pinault". Monsieur Pinault a aidé à financer la réfection des vitraux. Aujourd'hui, il participe aux travaux de la voûte de l'église et à de petites réparations sur les cloches. Le maire s'inquiète à l'idée que cela coûte un peu plus cher que les 22 000 euros prévus. Peu importe si Forbes évalue la fortune de Pinault à 6 milliards d'euros. La petite école rurale est une des mieux équipées des environs : la Fnac a renouvelé son équipement informatique il y a quatre ans.

"Ce dont j'ai hérité, je vous le donne. Pour le reste n'y comptez pas trop"



Le nouveau propriétaire de la ferme où il a grandi élève des vaches laitières. Pourquoi François Pinault n'a-t-il pas gardé la maison de son enfance ? C'est en fait son fils François-Henri qui l'a vendue. "J'ai dit à mes enfants : ce dont j'ai hérité, je vous le donne. Pour le reste n'y comptez pas trop. C'est pour ça que je préfère dépenser mon argent ici", répond-il en montrant sa fondation. On en oublierait qu'il a, il y a huit ans, laissé son fils prendre la tête du groupe qu'il avait créé. Loin de là, au Trévérennais, le bar-tabac-alimentation établi au milieu du bourg, le patron a scotché une petite feuille au comptoir. Le village a l'intention de donner des noms à ses rues. On appelle aux suggestions. Pour la rue principale, François Pinault arrive en tête.

Henri Gicquel boit un petit muscadet en salle. Il a 74 ans comme François Pinault : copain de batailles de boules de neige à l'école primaire, de virées pour aller voir des matchs de boxe quand ils furent conscrits, il a en mémoire le jour où François l'a attendu au bout du chemin de la ferme. Ils avaient 24 ans. Le père de François venait de mourir brutalement, piqué à la nuque par un frelon. Père et fils se querellaient sur ce qu'ils devaient faire de la scierie familiale, dont quelques blocs subsistent dans un pré aujourd'hui. De sa mère, il tient un regard bleu acier qui peut fusiller ou retourner.

Mécanicien à la scierie, Henri Gicquel se souvient de François lui répétant : "Faudrait pas qu'on reste comme ça". Au procès Executive Life, François Pinault fera bonne impression sur les jurés américains en mentionnant qu'il est "probablement le seul pdg d'une grande entreprise française à savoir abattre un arbre". Embauché par le marchand de bois qui fournit la scierie familiale, il épouse la fille du patron et, avec un prêt du beau-père, rachète l'entreprise qui devient les Etablissements Pinault.

"Un jour, il nous a dit que l'entreprise allait s'appeler Pinault France, se souvient Michel Pacserszky. On était abasourdis."

Pinault France ! Et pourquoi pas Pinault Monde ? Le patron de la PME qui desservait un coin de Bretagne avait-il fondu un câble ? La suite paraît aller de soi quand on réécrit les histoires des grands dirigeants d'industrie. Plutôt que de se contenter de distribuer le bois des autres, Pinault est allé le chercher au Canada et en Scandinavie. Plutôt que de laisser d'autres le vendre au détail, il a créé son réseau de distribution.

Pinault SA entre en Bourse en 1988. La société rachète Conforama, Le Printemps, La Redoute et la Fnac. Renommé PPR en 1994, le groupe remporte Gucci en 1999 face à Bernard Arnault, rival légendaire, et se lance dans le luxe.

"Le Pinault d'il y a vingt ans ne ressemblait pas à celui d'aujourd'hui : il incarnait une belle réussite provinciale. La mythologie revient à l'art. Dassault est sans doute plus riche que Pinault mais vous vous intéressez à Pinault à cause de ses collections", persifle un homme d'affaires.

On parle moins de sa brutalité en business et de son aptitude à tout défiscaliser depuis que l'homme d'affaires s'enthousiasme pour l'art. "Les tombeaux des pharaons sont des chefs-d'oeuvre. Aujourd'hui, on ne laisse plus un tombeau de pierres, on construit une collection", résume François Briest, président de la société de vente aux enchères Artcurial. A l'instar des philanthropies américaines, les collections reflètent les ascensions sociales. Quand Bernard Arnault rencontre l'expert Marc Blondeau, c'est pour lui demander ce qui figure dans la collection de Pinault. "Les collectionneurs font des concours de bites", résume un ancien collaborateur du milliardaire.

A ce jeu où les autres sont des collectionneurs, François Pinault se veut un acteur-producteur. Il regarde par une petite lucarne les ventes chez Christie's. Il fait le marché. Le voilà qui accomplit dans l'art contemporain ce qu'il a mené dans le bois : maîtriser toute la filière. Il visite les ateliers d'artistes aujourd'hui comme il avait décidé d'aller couper les arbres lui-même en Finlande et au Canada. Il raccourcit ses circuits d'approvisionnement. Il s'était lancé dans la distribution du bois ? Il achète Christie's et dope la maison de vente.

"Jusqu'à 35 ans, je ne lui connaissais pas de côté artistique"

L'Art de la guerre de Sun Tzu - une référence du milliardaire - préconise de profiter des moments de faiblesse de ses ennemis. Comme l'homme d'affaires avait tiré avantage de la crise du début des années 80 pour racheter d'autres entreprises, le collectionneur exploite celle qui touche le monde de l'art au début des années 90 pour construire sa collection d'art américain avec des Jasper Johns, des Andy Warhol...

"Jusqu'à 35 ans, je ne lui connaissais pas de côté artistique", raconte Michel Pacserszky. Son mariage avec Maryvonne Campbell, un remariage pour lui comme pour elle, marque un virage. "Il s'est trouvé dans un autre milieu, s'est modernisé. Même sa façon de s'habiller a changé", se souvient celui qui a travaillé avec lui une quarantaine d'années. Férue d'antiquités du XVIIIe siècle, Maryvonne entraîne François dans les salles de vente.

Ses premières acquisitions semblent correspondre à un goût de classe. En 1972, François Pinault achète une toile de Paul Sérusier. Le tableau de l'école de Pont-Aven représente une femme dans une cour de ferme. La femme lui évoque sa grand-mère.

A la fin des années 80, Marc Blondeau, un ancien de Sotheby's, lui ouvre les portes de l'après-guerre américain. Pas seulement pour des questions artistiques : c'est aussi une stratégie de collectionneur. "Un Sérusier ne va pas remplacer un tableau de Gauguin", explique Blondeau dans son bureau de Genève. Autrement dit, si on s'intéresse à l'école de Pont-Aven, elle n'a qu'un chef de file, Gauguin, et il est aujourd'hui quasiment impossible de mettre la main sur une de ses oeuvres de référence. Les collections sont déjà faites.

A l'automne 90 se tient à New York une vente qui comprend deux oeuvres majeures : Le Portrait du docteur Gachet de Van Gogh et le Tableau losangique II de Mondrian, deux Néerlandais, deux chats hérissés l'un en face de l'autre.

"Peut-on se permettre de ne pas acheter un Mondrian à 8 millions (de dollars) ?", demande Blondeau de New York à Pinault. "Donnez-moi deux heures, je vous rappelle." "On va me prendre pour un cinglé dans mes conseils d'administration", dit-il en donnant son accord. Quand Blondeau lui téléphone dans la nuit pour lui dire qu'il vient de l'obtenir, il est cueilli par un "oui, oui, j'ai compris" glaçant. "Le problème n'était pas d'avoir acheté le Mondrian mais d'avoir placé le reste de la collection à ce niveau", analyse Marc Blondeau qui a, avec cet achat, "compris qu'il avait le calibre".

"Il avance plus vite que les autres parce qu'il ne dort pas"


François Pinault se distingue aussi par sa façon d'élaguer. Il revend à une somme estimée entre 25 et 30 millions de dollars le Rebus de Rauschenberg, acheté 8 millions. Pour ses critiques, c'est la signature d'un homme qui ne résistera jamais devant la possibilité d'une belle opération.

"Il avait quelques cubistes majeurs mais s'est rendu compte en allant au MoMA qu'il aurait du mal à faire mieux", dit encore son conseiller.
Très vite, Pinault ne chassera plus que de l'art contemporain.

A New York, Philippe Ségalot est le "Pinault's man". Collègue de promotion d'HEC de son fils, ancien patron de l'art contemporain chez Christie's, Ségalot, à qui Pinault a remis la Légion d'honneur il y a deux ans, est tout ce que son ancien patron n'est pas : à l'aise avec les médias, flamboyant, facilement identifiable avec un brushing quasi vertical. Il y a deux ans, ils sont partis ensemble en Chine.

Pinault a proposé à Ségalot d'aller passer la journée à Hong-Kong. L'avion pouvait partir à 6 heures ou à 9 heures, il fallait quitter l'hôtel une heure et demie avant. "Prenons celui de 9 heures", a suggéré Ségalot. "Mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse jusqu'à 7 heures !", lui a répondu Pinault. "Il avance plus vite que les autres parce qu'il ne dort pas", conclut Ségalot.

"Le dimanche, soit le lendemain matin du mariage de François-Henri (avec Salma Hayek), tout le monde était encore à Venise. Il m'a appelée pour avoir un devis. Je suis sûre qu'il avait attendu 10 heures pour téléphoner", se souvient Claudine Colin, responsable de la communication à sa fondation. "Je ne lui connais aucun loisir, aucun hobby", dit de lui Michel Pacserszky. L'art contemporain ? "Non, c'est une autre source de réussite."

"Le meilleur moment de l'amour, c'est quand on monte l'escalier", disait Clemenceau. François Pinault donne souvent l'impression de préférer l'escalier à l'amour. A chaque fois qu'il cite des oeuvres qui lui sont chères, il est difficile de savoir s'il les sort du lot pour ce qu'elles sont ou pour l'énergie de la conquête. Il y a ce Bruce Nauman qui était dans les réserves de la Tate Gallery, donné en dation à l'Etat qui en discutait le prix pendant que les exécuteurs s'impatientaient. Une opération commando a permis de le récupérer. Trois toiles de Rothko qui appartenaient à la famille Mellon devaient revenir à la National Gallery of Art de Washington. A la mort de M. Mellon, Pinault apprit que sa veuve était furieuse de n'avoir pas reçu de nouvelles de la National Gallery of Art et la convainquit de les lui vendre. "L'intérêt d'être un collectionneur privé, c'est qu'on peut faire de grosses conneries en allant trop vite", dit François Pinault.

Incompatibilité entre une institution politique bureaucratique et un entrepreneur qui voulait faire les choses vite et bien, c'est ainsi qu'autour de lui on explique qu'il ait renoncé en 2005 à son projet d'installer sa fondation sur l'île Seguin . "Le maire de Boulogne a traité le projet comme s'il s'agissait d'une patinoire", dit un proche. "C'est du passé", lâche Pinault en traversant le bâtiment vénitien rénové par le Japonais Tadao Ando. Mais certains collaborateurs considèrent rétrospectivement que ce renoncement fut une bonne nouvelle : "Le problème, c'était aussi l'argent, il avait vu trop gros à l'île Seguin", assure un collectionneur.

Deux collectionneurs en un

A présent, dans son costume impeccable, François Pinault sort du bordel. Roxys (1962) est une reconstitution par Edward Kienholz d'une maison close du Las Vegas des années 40. Il avait hésité à acheter l'oeuvre de 200 m2 exposée l'an dernier dans la galerie de David Zwirner à New York. "Trop américain...", avait-il dit à Marc Blondeau. "Mais les bordels sont universels !", lui a répondu son ami.

Ceux qui le pratiquent considèrent qu'il y a deux collectionneurs chez Pinault. A côté de celui qui aime l'art minimaliste (il n'a que ça dans son bureau), le collectionneur public réunit les artistes les plus hot des dix dernières années, achète des grandes installations en pensant à sa fondation. "Moore, Serra, c'est lui. Brut de décoffrage", dit Jean Bothorel, journaliste et écrivain ami du milliardaire. "Il faut se méfier de ses penchants", réagit François Pinault pour justifier ses sorties du minimalisme : "Je me méfie des prisons."

A la Punta della Dogana, il acquiesce lorsque Jean-Max Colard, le critique d'art des Inrocks, lui fait remarquer que la nouvelle exposition est bien moins tape-à-l'oeil que la première, un amas de noms un peu grossier, avec laquelle il avait inauguré sa présence à Venise au Palazzo Grassi en 2006. "Au début, certains prétendaient qu'il n'y avait peut-être rien dans cette collection. Alors, on a voulu montrer qu'on avait plein de belles choses. Comme des bourgeois..."

Ne jamais ressembler à un petit patron

Bourgeois, c'est le gros mot, le respect passionné du statu quo, tout ce que Pinault méprise. Un jour, on l'entend dire d'un collaborateur : "Il s'est mis au golf, c'est devenu un bourgeois", comme s'il l'avait surpris commettant une faute lourde (l'homme a quitté l'entreprise depuis). François Pinault n'a jamais voulu ressembler aux petits patrons qu'il a mis sur la paille en Bretagne. Il méprise ceux qui par confort s'accrochent à ce qu'ils aiment, se méfie de l'agréable, cherche ce qui le déstabilise.

Mais son mépris de l'establishment colle mal à un Pinault qui a toujours cultivé les amitiés bien placées. Du 10 mai 1981, ses collaborateurs de l'époque ont retenu qu'il était revenu le lendemain au bureau après être passé chez le concessionnaire BMW pour acheter le plus beau modèle. Une provocation à l'adresse de ceux qui paniquaient à l'arrivée des socialistes. En coulisse, il prenait des contacts avec la nouvelle équipe pour se protéger dans un dossier de fraude fiscale.

"Il est complètement dans le système. Il a toujours fait des investissements politiquement judicieux dans des circonscriptions sensibles", dit de lui un ancien conseiller économique de Mitterrand.

Rachat de la papeterie Chapelle Darblay, située sur la circonscription de Laurent Fabius avant la victoire du PS en 1988. Vélo avec un Nicolas Sarkozy ministre de l'Intérieur. C'est à l'occasion d'une visite à une scierie en Corrèze qu'il rencontre Chirac et lui propose de le ramener en avion à Paris. Le soir du 7 mai 1995, la CX du nouveau président fera une étape rue de Tournon, à l'hôtel particulier des Pinault. "Vous verrez que dans la vie ce n'est pas une affaire d'être un ami de Chirac", lui a dit Alain Minc le jour de l'élection de ce dernier.

"Propos de balladurien déçu", a répondu François Pinault. Jacques Chirac est resté un ami. Des peines privées les ont rapprochés, dit quelqu'un qui les connaît. "Il continue à sortir Chirac qui s'emmerde, c'est élégant", ajoute un proche. Cette année, François Pinault l'a accompagné au dernier Salon de l'agriculture. "Il le nourrit et le blanchit tout l'été, il va prendre un pot avec lui chez Sénéquier à Saint-Tropez. Je ne sais pas pourquoi il fait ça", s'interroge un de ses amis.

Versailles, "parfait pour le 'Split-Rocker" de Koons"


Parmi les proches de Pinault, on compte encore Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture. Celui-ci connaît François Pinault depuis qu'à la tête de Beaubourg il avait fait appel à son mécénat. C'est aussi lui qui alerte un Pinault déconfit par son projet sur l'île Seguin, d'une occasion à Venise : le Palazzo Grassi. Il en prend la direction.

Deux ans plus tard, quand Aillagon annonce son départ de Venise pour prendre la direction de Versailles, Pinault blague que cela fera un beau terrain de jeu pour Otello, le chien d'Aillagon, qui avait déjà voyagé à bord de son avion, "et ce sera parfait pour le Split-Rocker de Koons", immense sculpture végétale. Ces gens-là ne plaisantent jamais tout à fait. Après les expositions Koons et Murakami, on critiquera Aillagon pour s'être servi de Versailles pour valoriser la collection de son ami Pinault.

"Toute exposition d'une oeuvre sert l'oeuvre qui est exposée, répond aujourd'hui Aillagon. Murakami avait-il besoin de cela ? Non, sa cote était déjà extravagante."

De son client François Pinault, Jeff Koons, l'artiste le plus policé du monde, dit qu'"il va directement à tout ce qu'il y a de plus intéressant dans son atelier". Mais ne suffit-il pas que Pinault s'approche d'une oeuvre pour la rendre immédiatement intéressante ?

Pouvoir de prescription


Lorsque François Pinault va voir Matthew Jackson dans son atelier en novembre 2008, le marché ne s'intéresse pas encore à l'artiste. Quand six mois plus tard il lui consacre une salle à la Pointe de la Douane, ses prix s'envolent. Ridiculement pour certains. Puisque la simple appartenance à la collection Pinault valorise une oeuvre, les artistes veulent en être. "Il a le premier accès à tout ce qui arrive sur le marché", analyse Adam Lindemann, un autre milliardaire collectionneur.

Ajoutons à ce prodigieux pouvoir de prescription le fait que Pinault possède aussi la première maison de ventes. C'est le "perfect's storm" pour des conflits d'intérêt, selon les mots du critique d'art américain Judd Tully. Christie's, mais aussi château-latour (une vieille idée : il avait caressé l'idée d'acheter château-margaux avec l'argent gagné dans les années 70 en spéculant sur le sucre), deux marques indestructibles, deux maisons qui ne font pas beaucoup d'argent mais ont en commun de mettre Pinault en contact avec un fichier de gens pas vraiment démunis. C'est l'endroit où l'on voit émerger les nouveaux millionnaires : ils commencent par acheter en salles de vente avant de passer aux ventes privées.

Ce fonctionnement opaque en circuit fermé explique, outre l'attrait fiscal, l'intérêt des fortunés pour l'art contemporain, spéculatif par essence. Le marché de l'art représente le dernier marché non régulé, "le seul où le délit d'initié est une vertu", aime dire Harry Bellet du Monde.

Son fils s'intéresse aux voitures et aux montres, François s'est fait une raison


François Pinault a longtemps dit qu'il n'était pas assez riche pour se montrer tendre en affaires. Aujourd'hui troisième fortune de France selon Forbes, il n'a toujours "pas d'amabilités gratuites". Un collaborateur qui lui a annoncé sa démission s'est entendu dire : "Ça tombe bien, j'allais te foutre dehors."

Mais le galeriste Jérôme de Noirmont admire le temps, "assez rare chez les collectionneurs", qu'il passe à dialoguer avec les artistes. Parce qu'ils ne lui font pas de courbettes, prétend un proche. Lors d'une inauguration, Maurizio Cattelan avait suivi le milliardaire pas à pas, dans la position du bouffon du roi. Au Palazzo Grassi, l'artiste Rob Pruitt a affiché ses "101 idées artistiques à faire soi-même" La 80e : "Invent a color and name it." Inventez une couleur et baptisez-la. A côté, un mur rouge vinasse sur lequel est écrit "François Pinot".

De Shanghai à Los Angeles, François Pinault passe la plus grande partie de son temps à visiter des ateliers. "Un bain de jouvence", explique Alain Minc. En 2009, l'exposition de sa collection Qui a peur des artistes ? à Dinard s'achevait par un néon en bas d'un escalier qui assurait : "Vous allez tous mourir". "Ça c'est vrai ça!", s'est exclamé Pinault, imitant la mère Denis.

François Pinault ne veut pas mourir. Voilà pourquoi il ne veut pas s'arrêter sur une collection - la sienne aura une identité éphémère. Il réfléchit à d'autres projets. Que deviendra sa fondation ? Son fils François-Henri s'intéresse plutôt aux voitures et aux montres. Le père s'est fait une raison. A la Punta della Dogana, dans une des dernières salles, un chien galope en boucle sur une vidéo d'un bout du mur à l'autre. On ne sait pas après quoi court l'animal. Un proche de Pinault nous en parlera : "Il vous a dit que c'était lui ?"

Guillemette Faure

http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/66313/date/2011-06-15/article/francois-pinault-pour-une-poignee-de-beaux-arts/?tx_ttnews[sViewPointer]=2&cHash=06347828e948a68f0e4e3d88c7993a74
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MessageSujet: Re: FRANÇOIS PINAULT   Jeu 7 Juil - 13:33

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Les expositions de la collection François Pinault à Venise








Outre Peggy Guggenheim, aucun collectionneur privé n’a eu un impact aussi fort sur Venise que l’homme d’affaires français François Pinault.

En quelques années, les deux sites hébergeant sa collection – le Palazzo Grassi et la Punta della Dogana – sont devenus partie intégrante du paysage artistique vénitien.




A l’occasion de la 54ème Biennale de Venise, la Fondation François Pinault, sous l’égide de Caroline Bourgeois – amie et collaboratrice de François Pinault – présente deux expositions simultanées : « The World Belongs to You » et « In Praise of Doubt », spectaculaires et audacieuses, à l’image des précédentes expositions de la collection de l’homme d’affaires.





'America' (2004) de Félix González-Torres
Courtesy Photo : Orch Orsenigo-Chemollo, © Palazzo Grassi



Cette année, il se focalise sur les grands noms des quarante dernières décennies, tels que Marcel Broodthaers, Ed Kienholz, Jeff Koons, Paul McCarthy, Bruce Nauman, Maurizio Cattelan ou Sigmar Polke, auquels s’ajoutent une poignée de jeunes triés sur le volet comme Matthew Day Jackson, Tatiana Trouvé ou Cyprien Gaillard.



« The World Belongs to You » a été conçue comme une « capitale », selon Caroline Bourgeois. Jouant sur le contraste entre local et global, l’exposition parle de la crainte et de la nécessité d’aller de l’avant, incarnée par la grande statue de Thomas Houseago L’homme pressé (2010-2011).



Ce vaste thème regroupe également la Contamination (2008-2010) de Joana Vasconselos, l’extravagant film de Francesco Vezzoli Democracy (2007), la forêt d’arbres noirs Gunpowder Forest Bubble (2008) de Loris Gréaud et All in the family (2010) de Day Jackson.





Loris Gréaud Gunpowder Forest Bubble 2008




L’exposition « In Praise of Doubt » à la Punta della Dogana pourrait facilement être considérée comme la continuation de « The World Belongs to You ».
Cette fois-ci, le jeux de la conversation entre artistes questionne les notions du doute, du trouble et de l’identité dans l’art.

Parmi les pièces phares, un ensemble de sculptures classiques de Donald Judd, dont l’aluminium contraste avec les murs de briques du bâtiment, le cheval empaillé et coincé dans le mur de Maurizio Cattelan – Untitled, 2007 – et le cerceau de basket-ball en cristal de Hammons.





Bruce Nauman, Perfect door, perfect odor, perfect rodo



« The World Belongs to You » au Palazzo Grassi et « In Praise of Doubt » à la Punta della Dogana seront présentées jusqu’au 31 décembre 2011 à Venise.



http://www.palazzograssi.it/fr/punta-della-dogana/musee/art-contemporain-venise.html

http://www.palazzograssi.it/fr/palazzo-grassi/musee/musee-art-moderne.html



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Dernière édition par Bridget le Ven 31 Aoû - 15:07, édité 2 fois
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Bridget

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MessageSujet: Re: FRANÇOIS PINAULT   Ven 31 Aoû - 15:00

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François Pinault transforme le Teatrino de Venise








Et de trois ! Après la rénovation du Palazzo Grassi et de Punta della Dogana à Venise, le collectionneur d'art contemporain François Pinault vient de lancer la réhabilitation du Teatrino, tout près du Grand Canal, pour en faire un espace dédié aux projections et aux rencontres culturelles.

Ce nouvel espace de 1.000 m², adjacent au Palazzo Grassi, ouvrira ses portes au public en juin 2013, au moment de la Biennale d'art de Venise, annonce François Pinault dans un entretien à l'AFP.

Grue et marteaux piqueurs sont déjà à l'oeuvre, le projet de l'homme d'affaires français ayant obtenu le feu vert des autorités administratives.

Conçu comme le jardin du palais en 1857, le Teatrino, avait été transformé en théâtre de verdure avant d'être couvert en 1961. Abandonné en 1983, il a été acquis par le milliardaire français au même moment que le Palazzo Grassi mi-2005.

"Le Teatrino était dans un état déplorable depuis des décennies. C'était une ruine", explique François Pinault. "A l'époque, j'en avais parlé à Massimo Cacciari" (ndlr: alors maire de Venise). "J'avais pris l'engagement d'en faire quelque chose un jour", indique M. Pinault.



Le Palazzo Grassi, palais du XVIIIè siècle délicatement restauré par l'architecte japonais Tadao Ando pour présenter une partie de la collection de François Pinault, a ouvert ses portes en 2006. Puis l'homme d'affaires a été choisi en juin 2007 par la Ville de Venise pour transformer les anciens entrepôts de la Douane de mer en un centre d'art contemporain. Punta della Dogana, repensée par Tadao Ando, a été inaugurée en 2009.

Envisagée dès le départ, "la réhabilitation du Teatrino a été retardée en raison du projet de la Pointe de la Douane. Puis la crise est arrivée là-dessus. Il a fallu étaler un peu dans le temps les travaux", souligne M. Pinault.





"Une architecture sobre et belle"




L'homme d'affaires a confié à nouveau à Tadao Ando le soin de transformer ce Teatrino. "J'aime beaucoup l'homme et ce qu'il fait. C'est l'un des meilleurs architectes au monde. Il va faire les choses bien", assure M. Pinault.

"Ce sera une architecture sobre et belle", avec un soin particulier accordé à l'acoustique, ajoute-t-il.

Le lieu sera composé d'une salle de 230 places, permettant de faire des conférences, de projeter des films ou des vidéos, précise Martin Bethenod, directeur de Palazzo Grassi-Punta della Dogana depuis 2010.

Un atrium pouvant accueillir une centaine de personnes permettra de recevoir des performances d'artistes notamment.

"C'est un espace qui nous manquait", convient François Pinault.



Le montant des travaux pour ce Teatrino revisité ? "C'est quand même quelques millions d'euros", dit l'homme d'affaires. "Ca aurait pu être à l'île Seguin mais puisqu'ils n'ont pas voulu de moi, on dépense à Venise !", lance en plaisantant - et avec un brin de malice - le collectionneur.

"Avec ces trois sites, la Fondation va pouvoir déployer une action culturelle très complète sur Venise", souligne Jean-Jacques Aillagon, l'homme qui a convaincu François Pinault de venir s'installer à Venise, au moment où le projet de fondation du collectionneur sur l'île Seguin (région parisienne) piétinait pour des raisons politico-administratives.

L'ancien ministre français de la Culture conseille à nouveau le collectionneur depuis son départ de la présidence du château de Versailles à l'automne 2011.


http://www.rtl.be/pourelle/article/francois-pinault-renforce-son-ancrage-venitien-en-transformant-le-teatrino-139057.htm





François Pinault donne la parole aux images dans son palais vénitien






L'homme d'affaires et collectionneur François Pinault donne la parole aux images dans une exposition sur l'art vidéo qui ouvre jeudi au Palazzo Grassi, faisant écho à la 69e édition de la Mostra de Venise.






AFP - L'homme d'affaires et collectionneur François Pinault donne la parole aux images dans une exposition sur l'art vidéo qui ouvre jeudi au Palazzo Grassi, faisant écho à la 69e édition de la Mostra de Venise.


Une trentaine d'oeuvres de 27 artistes, puisées dans la collection du milliardaire français par la commissaire de l'exposition Caroline Bourgeois, se déploient dans le palais du XVIIIe siècle acquis en 2005 par M. Pinault.



Plusieurs acquisitions récentes sont à découvrir. Parmi elles, une oeuvre hypnotique de l'Américain Bruce Nauman, intitulée "For beginners" (Pour débutants). Sur des écrans, les mains de l'artiste s'animent, obéissant à des instructions orales intimant la position des différents doigts.






Plusieurs acquisitions récentes sont à découvrir. Parmi elles, une oeuvre hypnotique de l'Américain Bruce Nauman, intitulée "For beginners" (Pour débutants). Sur des écrans, les mains de l'artiste s'animent, obéissant à des instructions orales intimant la position des différents doigts.




"Lorsque nous avons vu cette oeuvre, nous avons été scotchés. L'artiste voulait l'offrir à un musée californien. Nous nous sommes battus pour l'avoir", explique François Pinault à la ministre française de la Culture Aurélie Filippetti, venue visiter l'exposition en marge de son passage à la Biennale d'architecture de Venise.



Il a fallu à l'homme d'affaires plusieurs mois de discussions pour trouver une solution. Bruce Nauman a accepté que François Pinault achète l'oeuvre, en donne une copie au Lacma (Los Angeles County Museum of Art) et garde l'autre copie pour sa collection.



A côté de ces mains qui parlent, l'artiste américaine Zoe Leonard, née en 1961, laisse s'exprimer la beauté envoûtante de Venise en plongeant le visiteur dans une "camera obscura" (chambre obscure).
Grâce à une lentille, la lumière venant du dehors pénètre dans la salle plongée dans le noir, formant une image inversée et renversée de ce qui se passe en temps réel à l'extérieur.
Le Grand Canal, les bateaux entrent dans la pièce mais à l'envers. L'eau scintille sur les plafonds dorés du palais. La magie opère. Des coussins sont posés au sol pour les contemplatifs.




"Victoire"




Avec "Hall of whispers" (Couloir de murmures, 1995), l'Américain Bill Viola dit l'impossibilité de communiquer. L'installation met en scène dix visages d'hommes et de femmes, les yeux fermés, la bouche bâillonnée, d'où s'échappent des propos inaudibles. Une atmosphère oppressante qui donne assez vite envie de s'échapper de la pièce.








Chez Javier Téllez, artiste né au Venezuela, des malades d'un hôpital pychiatrique parviennent, elles, à faire entendre leur souffrance en étant confrontées au film muet "La passion de Jeanne d'Arc" de Dreyer. Elles réécrivent les cartons des dialogues et se confient devant la caméra.



Mohammed Bourouissa, né en Algérie en 1978 et installé en France, donne la parole à un prisonnier via son téléphone portable. Le détenu photographie son univers réduit via son mobile et envoie les images à l'artiste qui lui fait parvenir en échange des photos de l'extérieur.







L'aliénation parfois liée au travail s'exprime dans deux installations, celle du Belge Michel François pour la version bureau et celle de Cao Fei, artiste chinoise pour la version usine.



Toutes ces oeuvres parlent mais chacun les entend à sa guise. "On n'est pas dans la narration comme au cinéma", relève Caroline Bourgeois, qui a démarré la collection d'art vidéo de François Pinault en 1997.

Au fil des années, la vidéo a cessé d'être perçue comme un médium à part et s'est intégrée dans les pratiques artistiques des plasticiens.

"C'est la victoire de la vidéo de ne plus être cantonnée dans une catégorie et d'être devenue sculpturale d'une certaine manière", déclare Mme Bourgeois.

(Exposition "Paroles des images" jusqu'au 13 janvier au Palazzo Grassi à Venise. Catalogue édité par Electa. 232 pages, 45 euros - www.palazzograssi.it).








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Bridget

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MessageSujet: Re: FRANÇOIS PINAULT   Dim 27 Oct - 16:53

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François Pinault :  Un corsaire à la tête du monde






Sa dernière acquisition, la maison Greystones à Dinard, une œuvre d’art due au célèbre architecte Michel Roux-Spitz.
Vue imprenable sur Saint-Malo et le grand large.
© Alvaro Canovas





Parti d’une ferme proche de Rennes, il est à la tête d’un empire du luxe et d’une fabuleuse collection d’art contemporain




Paris Match. On sait peu de chose de votre enfance. Quels souvenirs en gardez-vous ?


François Pinault. J’ai passé une enfance heureuse à Trévérien, un village breton à l’intérieur des terres, près de Saint-Malo. Je garde le souvenir de la fête de la Foire fleurie à Dinan, à 20 kilomètres de chez nous, où mon père nous accompagnait, mes sœurs, mon frère et moi, entre le début et la fin du carême. Nous étions tous dans la carriole tirée par le cheval. Je me souviens aussi de la première fois que j’ai vu la mer. J’avais 10 ans, c’était après la guerre, mon père venait d’acheter une auto et nous avait emmenés à Saint-Malo.



Quels étaient vos rêves alors ?


Je n’en avais pas vraiment. J’ai bien rêvé un jour d’être aviateur, car le fils de mon instituteur, M. Cadiou, était pilote de chasse pendant la guerre. Il avait survolé l’école après la victoire, nous étions tous fascinés…



Que faisait votre père ?


Il était agriculteur, avait une ferme d’une dizaine d’hectares. Il passait l’hiver dans la petite scierie installée dans la propriété, aidé par un ouvrier agricole. Le reste du temps, il s’occupait de la ferme. Je me rappelle des fenaisons, des moissons… Ma mère travaillait aussi à la ferme, où il y avait une dizaine de vaches, de poules…
Peu importait la saison, nous, les gosses, nous gardions les vaches, nous soignions les bêtes, dehors, en culottes courtes. L’hiver, il faisait très froid. Quand je raconte ça à mes petits-enfants, ils ont du mal à le croire… C’était un autre temps.



Aviez-vous accès à une forme de culture à la maison ?


Notre culture, c’était l’agriculture ! Mon père m’a appris à reconnaître les arbres, les chênes, les châtaigniers, les peupliers… Et aussi la religion. Chez ma grand-mère, il y avait la photo de Pie XII. On ne ratait pas une messe, ma mère et ma grand-mère étaient très pieuses.




Et vous-même ?


J’ai été enfant de chœur. Pour faire le malin, je buvais souvent le vin de messe. Mon père avait un frère prêtre. Malgré tout, mes parents m’ont inscrit à “l’école du diable”, la laïque. C’est là que je suis tombé sur un couple d’instituteurs merveilleux qui m’a appris à lire et à écrire le français. En effet, chez nous, nous ne parlions que le gallo. Cela ne m’a pas vraiment aidé au collège.





« A Saint-Martin de Rennes, j’étais pris pour un plouc, même si j’étais très bon en latin »





Vous ne vous y sentiez pas à votre place ?



Je me suis retrouvé interne au collège religieux Saint-Martin de Rennes. Dès la sixième, j’ai démarré sur les chapeaux de roue car j’avais appris le latin avec mon oncle. Mais, au milieu des fils de notables, avocats, notaires, commerçants ou médecins, je passais pour un plouc, même s’ils ont été surpris que je sois meilleur qu’eux en latin. J’étais très mal à l’aise.
Mon peu de sympathie à l’égard des gens bien installés et sûrs de leur supériorité vient probablement de là. Une fois par mois, ma mère venait me chercher au parloir, habillée en noir, comme toutes les paysannes, avec son petit panier de nourriture. On allait au café Poncel, sur la place de la mairie, un établissement où il était indiqué : “Ici on peut apporter son manger.” On déjeunait là, tous les deux, autour d’une bouteille d’eau. Je vivais mal les moqueries de mes camarades. J’ai décidé d’arrêter mes études dès la seconde.




Sans hésitation ?


Les études ne m’intéressaient guère. Je suis retourné travailler avec mon père. J’avais une revanche à prendre contre tous ceux qui m’avaient humilié au collège. Je suis rentré à la maison avec une grande détermination, décidé à faire quelque chose de ma vie. Il fallait que je parte. Alors je suis parti en Algérie.





Par conviction ?



Par nécessité. J’avais 19 ans, je m’engueulais souvent avec mon père et je ne tenais pas en place. Pour être enrôlé avant 20 ans, il fallait partir en Algérie.
Un soir, après une énième dispute, j’ai décidé de devancer l’appel. C’était la première fois que je sortais de Bretagne et, au passage, la première fois que je montais à Paris. J’ai rejoint mon affectation à Blida dans l’artillerie. Là, comme je me suis battu avec un caporal-chef de carrière, j’ai eu droit à huit jours de gnouf, puis à une mutation chez les parachutistes.




Vous reste-t-il des amitiés de cette époque ?



J’ai dû vouloir effacer cette période de guerre de ma mémoire. Six mois après mon retour en Bretagne mon père est mort. J’ai vendu son stock de bois et, grâce à un prêt familial, j’ai acheté, en 1962, un petit terrain dans la zone industrielle de Rennes pour monter un négoce de bois. J’ai fondé Les Etablissements François Pinault, sur la route de Lorient. Le matin, j’allais acheter du bois dans les petites scieries alentour, que je stockais et revendais à des artisans locaux, menuisiers, ébénistes ou charpentiers.




Aviez-vous déjà en tête l’idée de bâtir un empire ?



Mon idée était surtout de réussir ce premier pari. Tout ce que l’on m’avait prêté, je l’avais investi dans le terrain et le hangar de ma société. Ce que j’achetais le matin devait être vendu l’après-midi – assez vite donc – pour payer mes fournisseurs. Au début, nous étions cinq et j’étais le principal vendeur.




Un bon vendeur ?


Je pense que oui, par la force des choses. Je devais être suffisamment convaincant pour que les clients acceptent d’acheter mes bois ! Je me suis rapidement lié avec mes clients, des artisans, certains sont devenus des amis.




Quel a été votre premier coup ?


J’achetais du bois d’importation à des importateurs. Je me suis vite rendu compte que ces intermédiaires prenaient la plus grande partie de la marge.
Un jour, en 1965, sur les conseils d’un courtier, je suis allé faire un tour en Scandinavie où j’ai rencontré de nombreux fournisseurs, dont un qui m’a fait confiance et a accepté de me vendre directement du bois. J’ai alors créé un deuxième entrepôt, à Saint-Malo, pour l’importer directement.




Un véritable épisode de film... C’était “Sur les quais” !


Un peu, en effet. Quand le premier bateau en provenance de Scandinavie est arrivé à Saint-Malo, les dockers ont refusé de le décharger. “Que Pinault décharge son bateau ailleurs ! disaient-ils. J’ai vu leur chef au bistrot du coin. Il m’a dit qu’il avait subi les pressions des autres importateurs et avait été prévenu que, s’il touchait aux bois de Pinault, il ne déchargerait plus aucune cargaison.
Mais il a aussi précisé qu’il ne me bloquerait pas si je déchargeais la cargaison moi-même. J’ai donc loué un autocar, appelé mes ouvriers et ceux de mes clients et nous avons, tous ensemble, déchargé le bateau. Les dockers m’ont ensuite fichu la paix. J’imagine que tout cela fut rendu possible parce que, tout simplement, je venais du même milieu qu’eux et qu’ils m’avaient compris.




Vous avez découvert le monde des affaires sur les quais, donc ?


Oui, clairement ! J’ai réussi à vendre une première cargaison très promptement et à partir de là tout s’est enchaîné.




Cela a fait de vous un patron endurci ?



Disons que j’ai compris alors qu’on peut être sympathique mais qu’il faut aussi savoir se défendre. Je savais qu’on ne me ferait pas de cadeau.
Si, face aux dockers, je n’avais pas trouvé de solutions, je me serais planté. La vie m’a appris que les relations humaines, les vraies, comptent beaucoup. Et là, j’en ai eu la preuve.






« Aujourd’hui, c’est un ordinateur qui décide si on vous accorde un crédit »




Quelle banque vous soutient, à l’époque ?


Mon premier banquier s’appelait Roger Puéchaldou, un Auvergnat qui dirigeait l’agence Crédit lyonnais de Rennes. Je suis allé le voir sans argent avec un bilan d’ouverture. Quand il m’a fait remarquer que j’arrivais les mains vides, je lui ai répondu : “C’est pour cela que je viens vous voir ! Il s’est levé. J’ai cru qu’il mettait fin à l’entretien.
En fait, il a sorti une bouteille et deux verres, m’a servi un porto et expliqué que, sans argent, je ne pouvais pas y arriver. Je l’ai convaincu au culot que j’allais gagner, dès la première année, une somme précise et que, dans le cas contraire, il pourrait me laisser tomber.

On se voyait tous les trois mois, j’avais droit à chaque fois à mon petit porto. Et, au final, j’ai gagné trois fois ce que je lui avais annoncé. C’est comme ça que la confiance s’est établie entre nous et, depuis, le Crédit lyonnais est resté ma banque. C’est grâce aux hommes qui la dirigeaient, à tous les niveaux, dont Jean-Paul Amiel, pour ne citer que lui, que j’ai pu développer mes entreprises. Aujourd’hui, cela ne serait plus possible.
Au lieu d’un interlocuteur, c’est un ordinateur qui décide si on vous accorde un crédit ou pas. La dimension humaine n’existe presque plus. C’est une immense différence avec ce que j’ai connu à mes débuts.




Pourquoi rachetez-vous ensuite tant de scieries ?


Je ne rachète pas de scieries, je ­rachète ou crée des points de distribution. A la fin des années 1960, mon réseau  couvre toute la Bretagne. C’est ce qui a intéressé Venesta, une société anglaise qui a proposé de me racheter en 1972.





Aviez-vous envie de la vendre ?


Je n’en avais pas particulièrement envie. Tous les bénéfices étaient réinvestis dans l’entreprise. Quant à moi, je gagnais bien ma vie. Seulement, les Britanniques ont tellement insisté que j’ai multiplié le prix de vente par cinq et demandé de conserver la direction, en me disant qu’ils ne suivraient jamais.

Mais Venesta a accepté mes conditions et m’a signé immédiatement un chèque important. On était alors début 1973, je n’avais jamais eu autant de cash et je ne savais pas quoi en faire. Une relation m’a ­suggéré d’investir dans le sucre. Ce que j’ai fait en plaçant 300 000 francs.
Mauvaise pioche : quelques jours plus tard, ma secrétaire m’a appelé pour me prévenir que le sucre baissait… Et là, j’ai quand même décidé d’en racheter pour 300 000 francs. Bien m’en a pris : le cours a fini par remonter. Très, très haut ! Un an plus tard, j’avais gagné plus de 100 millions de francs…




C’est à ce moment-là que vous devenez un homme riche ?



L’opération m’a fait gagner beaucoup d’argent pour l’époque. Mais, au même moment, Venesta qui, comme je l’ai dit, avait acheté mon entreprise, a fait faillite en Angleterre.
Dans la foulée, ils ont voulu déposer le bilan des Etablissements François Pinault que je dirigeais encore. J’ai refusé et leur ai suggéré de me la revendre pour la relancer. Résultat : je l’ai sauvée et, par la suite, le groupe s’est significativement développé.




Quel négociateur étiez-vous ?



Je savais où je voulais aller. En l’occurrence, je n’avais pas le choix. Si j’avais suivi les Anglais dans la faillite, j’aurais trahi tous ceux qui m’avaient fait confiance, la banque comme les fournisseurs et les salariés. Je ne m’imaginais pas les lâcher.




Laisse-t-on beaucoup de cadavres sur la route quand on bâtit un groupe national, puis international ?


Le fait est que de nombreux concurrents ont fait faillite. J’ai pu constater que, quand on n’a pas de diplôme, on a probablement un flair plus aiguisé que ceux auxquels les écoles ont enseigné à trop peser le pour et le contre. On a plus le goût du risque, du coup on hésite moins et on agit plus vite. J’ai pressenti tout de suite les conséquences du premier choc pétrolier.

Avec mon petit avion, un Cessna, je suis allé à l’étranger pour mettre fin à tous mes contrats en m’acquittant des frais d’annulation. Quand, quelques mois plus tard, les cours du bois se sont effondrés de plus de 60 %, mes concurrents se sont retrouvés avec des engagements qu’ils ne pouvaient pas honorer. Ils avaient trop tardé à réagir.




Avez-vous beaucoup licencié ?


Il m’est arrivé de me séparer de collaborateurs, et c’est toujours dur, même si j’ai veillé à ce que cela se passe dans des conditions acceptables. Mais dans ces cas-là il faut aller à l’essentiel, c’est-à-dire sauver l’entreprise et la faire redémarrer.

Les sociétés que j’ai reprises ont toutes bien fonctionné. J’ai toujours été très prudent s’agissant de l’aspect social. Je n’ai jamais eu de grève dans les entreprises que j’ai dirigées, même à la Chapelle Darblay où, à mon arrivée, ma photo était affichée avec la mention “Wanted” au-dessus de mon nom.




A partir de quand entretenez-vous des rapports avec la classe politique ?


Si vous voulez parler de mes relations avec Jacques Chirac, je me dois de vous préciser que c’est avant tout une relation amicale. Nous nous sommes connus en 1974. Peu après, il m’a demandé de reprendre une usine de Meymac, en Corrèze, en m’expliquant en substance que l’avenir de la Corrèze et le sien en dépendaient ! Je l’ai reprise par sympathie pour lui. En fait d’usine, il s’agissait d’un petit atelier de menuiserie. J’ai appris que le coup de son avenir politique, il l’avait fait vingt fois ! Depuis s’est nouée entre nous une grande amitié.




A l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1981, êtes-vous un entrepreneur inquiet ?



Je n’étais pas content mais je n’étais pas inquiet pour autant. Le lundi 11 mai 1981, au matin, j’ai retrouvé tous mes collaborateurs avec des mines d’enterrement. Je leur ai dit : “Rendez-vous compte ! Nos concurrents vont tous baisser les bras. C’est maintenant qu’il faut accélérer.”

Symboliquement, pour les pousser à regarder vers l’avenir, je suis allé chez le concessionnaire BMW et suis revenu avec sa plus grosse voiture. Je n’étais pas de ceux qui croyaient que les chars soviétiques allaient défiler sur les Champs-Elysées.




Avez-vous énormément travaillé ?


Je me levais tous les jours à 5 heures, je travaillais le dimanche, j’étais pendu au téléphone… Aujourd’hui, je me demande si je n’en ai pas trop fait, si je n’aurais pas dû profiter davantage de la vie au lieu de travailler autant. Mais je savais que, pour faire la différence, il fallait faire des sacrifices. Je suis passé à côté de beaucoup de choses.

Par exemple, je suis un handicapé des loisirs : je ne connais pas les joies du tennis, du golf, de la chasse, des croisières… Quant aux vacances, les premières que j’ai passées à l’étranger avec ma femme, c’était au Liban. J’avais 35 ans.





«Mon grand regret, ne pas avoir su donner plus de temps aux choses de la vie»




Avez-vous été un bon père ?



Bon père, oui, probablement ; cependant, pas assez présent, forcément. Cela ne semble pas avoir trop marqué mes enfants... mais c’est à eux qu’il faudrait poser la question.



Est-ce un regret ?


Mon plus grand regret est de ne pas avoir su donner plus de temps aux choses de la vie. Je profite plus aujourd’hui de mes petits-enfants, qui ont de 5 à 26 ans. Mon petit-fils François, qui vient d’avoir 16 ans, me parle de lui, me fait quelques confidences…





En 2003, vous passez la main à votre fils, François-Henri. Pourquoi partir si jeune ?


C’est l’accord que j’avais avec lui. J’étais allé le voir lors de son service militaire à Los Angeles, aux Etats-Unis où il voulait vivre. Quand je lui ai demandé de venir travailler avec moi, je l’ai convaincu de mes intentions de poursuivre le développement du groupe et que, ainsi, autour de sa quarantaine, il me succéderait.

Il était prêt à prendre la relève depuis un certain temps. Il avait travaillé, avec succès, à différents postes dans les différentes filiales du groupe. Je ne voyais pas l’intérêt d’attendre plus longtemps. En 2003, j’ai décidé de lui passer le relais.
Et, un vendredi soir, je lui ai donné la clé de mon bureau, en lui disant :  “Lundi, c’est toi qui prends les commandes.” J’ai réuni le conseil d’administration et j’ai démissionné, je ne suis même pas resté administrateur. Je ne voulais pas que le père soit au conseil en train de scruter le fils…

Pour lui comme pour moi, cela n’aurait pas été bien. D’ailleurs, ce qu’il fait aujourd’hui à la tête de Kering [ex-PPR], il le fait sûrement beaucoup mieux que je n’aurais su le faire moi-même.




Comment avez-vous vécu l’après ?


Cela a été beaucoup plus difficile que je ne l’avais imaginé. J’ai presque frisé la déprime pendant six mois. J’avais créé PPR, j’avais fondé Artemis, bien sûr, il me fallait de nouveaux défis.




Après avoir bâti un tel empire, vous vous êtes dit : “Je vais être le plus grand collectionneur d’art au monde” ?


Mes premiers achats d’œuvres d’art datent des années 1970. Au début, je n’avais pas prévu de donner une telle ampleur à la collection. Mais, chemin faisant et la passion aidant, la collection est devenue très importante.
Après avoir passé la main à François-Henri, j’ai pu m’y consacrer encore plus. J’y ai mis toute ma passion. J’aime découvrir l’art de notre temps, les artistes vivants qui compteront demain, et acquérir le meilleur de leur travail.




Qui sont vos concurrents dans le monde de l’art ?


“Concurrents”, je ne sais pas, mais il y a Eli Broad, en Californie, qui vient de créer son musée ; Bernardo Paz, au Brésil ; l’Indonésien Budi Tek, qui ouvre bientôt son musée à Shanghai ; le Grec Dakis Joannou ou Bernard Arnault, qui va prochainement inaugurer la fondation Louis Vuitton à Paris.




Mettez-vous la même passion dans l’art que dans vos affaires ?



J’applique la même méthode : découvrir ce qui existe, couvrir le monde, continent par continent, avoir une équipe de gens qui circulent dans les ateliers d’artistes et m’informent sur leur travail. C’est toute une organisation. Il y a cependant une différence majeure : dans l’art, c’est l’émotion qui commande ; dans les affaires ; il vaut mieux éviter.




Quel est le budget annuel de vos achats ?


Il est secret et très élevé. En plus, je le dépasse toujours…




Tout votre argent passe dans l’art, désormais ?


Je garde un peu d’argent de poche tout de même !



La mort, vous y pensez parfois ?


Tous les jours. J’aimerais qu’elle s’éloigne le plus possible. J’aimerais mourir brutalement, mais en forme. En tant qu’ancien bûcheron, je voudrais mourir comme un “chêne qu’on abat”, pour reprendre le titre du livre d’André Malraux.
Comme tout le monde, j’imagine, j’aimerais éviter les dégâts de la vieillesse et ses inconvénients… Je pense aussi à mes parents, tous les jours, avec une grande tendresse. Ils auraient sans doute été fiers de moi, sans pour autant me l’avouer, par pudeur.
Je me souviens de ma mère, disparue en 1980, qui me disait souvent : “Après quoi tu cours ? Tu n’en as pas encore assez comme ça ?”



Etes-vous un homme heureux aujourd’hui ?


C’est quoi le bonheur ? Je connais des instants de bonheur, mais je ne baigne pas dedans. Je suis trop angoissé pour être un homme totalement heureux. Et c’est cette angoisse qui me fait avancer : surtout ne pas s’arrêter. Car la vie continue.




http://www.parismatch.com/Actu/Economie/Un-corsaire-a-la-tete-du-monde-534345




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