Hommage à Jacques Canetti
Didier Varrod
Encore un matin - France Inter
Boris Vian et Jacques Canetti
A l’occasion de la sortie d’un coffret 4 CD et d’un DVD, rendons hommage à Jacques Canetti, directeur artistique de légende, créateur des Trois baudets, qui nous a quitté en 1997 et dont l’aura de découvreur de talents résonne avec force en ces temps de crise du disque.
Un découvreur, un passeur, un intuitif, un résistant, un homme qui n’a jamais aimé être poussé par le vent des modes ou des tendances. Qu’il eut été malheureux à l’heure où l’on se construit à coup d’enquêtes d’opinions et de buzz permanent. Canetti c’était l’homme des défis, des premières fois, et des commencements.
En 1968, alors que Serge Reggiani est au plus bas, que sa carrière de comédien vacille, il rencontre Jacques Canetti qui lui propose de chanter des textes de Boris Vian. Premier album et un échec commercial. Canetti s’entête. Reggiani retourne en studio avec les chansons de Gainsbourg, Moustaki, ou les mots de Jean-Loup Dabadie. Il débute une carrière de chanteur à 40 ans et une chanson va marquer à jamais la mémoire collective.
Nous sommes en 1967. Quatre ans auparavant, Jacques Canetti avait pris le maquis en créant son propre label, parce que la firme Philips pour laquelle il travaillait le sommait de mettre tous les efforts financiers sur sa nouvelle signature : Johnny Hallyday. L’homme qui avait signé Brassens ou Brel était peu flexible.
L’éclaireur de la chanson, loin des yéyés et du rock, voulait croire à une nouvelle vague dans la chanson comme au cinéma. Est-ce un hasard si juste après avoir fait enregistrer Simone Signoret, il convainc l’égérie de François Truffaut de devenir une vraie voix de la chanson ?
Extrait de « Le blues indolent » Jeanne Moreau (Cyrius Bassiak et Ward Swingle)
Canetti, qui fut l’ami de Boris Vian, avait surtout une passion pour les mots, les plumitifs au longs cours, les excentrés qui faisait de la chanson un art de combat, de dérision et d’innovation. Avec "12 chansons avant le déluge", Canetti montre aussi que le rock ce n’est pas forcément « faire du bruit ».
Pour finir, j’ajoute que l’esprit de cet homme de l’ombre qui n’a de cesser de braver son époque pour mieux la servir, est encore davantage honoré avec la réédition de 4 vinyles collectors où les passionnés de musique retrouveront toute l’authenticité des disques de Reggiani, Higelin, Fontaine et Moreau avec leur pochette et leur son d’origine, remasterisés haute définition. A l’heure de la dématérialisation de la musique, la révolution Canetti, c’est la révolution de cactus. Qui ne meurt jamais et qui pique toujours notre capacité de curiosité .
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