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 Paco de Lucia: "Il y a longtemps que le flamenco est universel"

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liliane
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MessageSujet: Paco de Lucia: "Il y a longtemps que le flamenco est universel"   Dim 21 Nov - 10:17

Paco de Lucia: "Il y a longtemps que le flamenco est universel"

Paco de Lucia était au Zénith de Paris mardi. L’occasion de voir sur scène l’un des plus fantastiques virtuoses de la six cordes.



Il n’en finit pas de déclencher des vocations. Mais aussi d’en décourager. Car tout guitariste passe par deux phases lorsqu’il entend jouer une fois Paco de Lucia: l’envie de suivre ses pas avant de mesurer le chemin sans fin qu’il aura à parcourir. Beaucoup font marche arrière et se satisfont de l’écouter, de le regarder. Ça vaut la peine. C’est spectaculaire.

La nécessité d’atteindre la note juste

Quand le rideau se lève sur cet homme au front donquichottesque, port hiératique, calé sur son siège, jambe droite posée sur son genou gauche, il est une sorte d’homme paratonnerre attendant que la foudre tombe sur le manche de sa guitare, afin de traduire en notes de musique les messages qui dégringolent du ciel. Le tumulte qui l’envahit sera progressif. Bientôt, il fera s’agiter ses doigts avec une vélocité extraterrestre, sous l’effet d’une transe essentiellement mélodique, qui gagnera invariablement aussi la salle de spectacle, où que Paco joue. Mardi, ce sera le Zénith de Paris, une des dernières étapes de sa tournée mondiale qui l’aura vu traverser le Japon, les Etats-Unis, les Balkans et, cet été, la France des festivals.
Le sextet qui l’accompagne joue et chante un flamenco moderne, où après l’incorporation par le passé de la basse et de la flûte traversière, l’harmonica a aussi trouvé sa place.

Quoi qu’il expérimente, Paco de Lucia met d’accord les gardiens de la tradition du flamenco et les modernes. Les deux camps le célèbrent aujourd’hui, bien au-delà de ses terres. En mai, l’université Berklee de Boston l’a fait docteur honoris causa, "pour sa contribution au rayonnement mondial de la musique". Bientôt, c’est l’Unesco qui déclarera le flamenco "patrimoine de l’humanité". L’Espagne, qui en a fait la demande auprès de l’organisation internationale, a prié naturellement Paco d’être son ambassadeur. "Je ne pouvais pas refuser ; et en même temps j’ai dit à nos ministres concernés que je trouvais cette démarche un peu vaine, ridicule, que ça m’agaçait même carrément, pourquoi ne pas le dire", nous confie-t-il au téléphone, avant un concert en Allemagne. "Je crois que le flamenco a gagné il y a longtemps déjà ses galons de musique universelle, non?" Oui. Et lui avec.

Francisco Sanchez Gomez alias Paco de Lucia est quasiment né dans une guitare. A 5 ans, son père lui donnait son premier cours. A 12, il partait pour sa première tournée à travers l’Amérique comme accompagnateur d’un chanteur. Et à 14 ans, sortait son premier disque. "Si je n’avais pas atteint si rapidement un bon niveau, peut-être que mon père se serait échiné à me payer coûte que coûte des études. Mais il fallait croûter. Et je suis d’abord devenu guitariste parce qu’on avait faim."

Un prochain Paco de Lucia japonais?

Aujourd’hui, il gagne confortablement sa vie. "Mais la 'faim' demeure; au sens figuré. Le problème, c’est que cette faim-là, rien ne la rassasie jamais." C’est cette nécessité d’atteindre en permanence la note juste qui préserve l’émotion dans les concerts de Paco de Lucia. "L’émotion se poursuit (et s’atteint parfois, module-t-il) au prix d’une terrible énergie; en te disant que c’est peut-être le dernier spectacle que tu donnes. Alors tu laisses ta peau dans le show et un peu de ta santé chaque soir qui passe."

L’écueil principal, auquel dit se heurter ce virtuose, c’est l’acoustique des salles visitées. "C’est un peu la tombola", ironise-t-il. "Combien de fois je comprends à l’instant où je découvre le lieu, que le son va être une horreur! Ça peut virer au cauchemar. Le public ne le voit pour ainsi dire jamais. Mais nous, préoccupés par ces contingences, on sent bien que l’inspiration ne monte pas comme elle devrait. Sept fois sur dix, ça ne va jamais tout à fait", assure ce perfectionniste. Et quand ça va? Son sourire revient: "Alors là, jouer vous procure un goût fugace d’éternité." En cinquante ans, à quel point le flamenco est-il devenu une musique populaire? "C’est simple, aujourd’hui, où que tu ailles, il y a un public d’amateurs et des musiciens de grand niveau. Même en Asie." Un prochain Paco de Lucia peut-il émerger au Japon ? Il réfléchit un instant: "Je dirais que oui. Tout est question de l’âge auquel on le fera commencer et de la foi qu’il y mettra."

Zénith de Paris, 211, avenue Jean-Jaurès, Paris (19e). Mardi 16 à 20h30.

http://www.lejdd.fr/Culture/Musique/Actualite/Paco-de-Lucia-Il-y-a-longtemps-que-le-flamenco-est-universel-233488/
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MessageSujet: Re: Paco de Lucia: "Il y a longtemps que le flamenco est universel"   Dim 21 Nov - 10:25

Paco de Lucia, flamme and Co

Par FRANÇOIS-XAVIER GOMEZ

Guitariste hors pair, l’Espagnol joue ce soir au Zénith de Paris, entouré de deux chanteurs et d’un danseur, avant une double actualité discographique l’an prochain.


Paco de Lucia - Entre dos aguas live
envoyé par hijodelaluna. - Découvrez plus de vidéos créatives.


Si des milliers d’apprentis guitaristes du monde entier affluent chaque année en Andalousie, dans le triangle d’or que forment Séville, Jerez et Cadix, ils le doivent à un seul homme : l’apôtre Paco de Lucia, qui a répandu à travers la planète le culte de la guitare flamenca.


Né le 21 décembre 1947 à Algésiras, il fête cette année un demi-siècle de carrière avec une tournée 2010 dont le compteur affichera en décembre 80 concerts. Chiffre impressionnant pour un artiste dont le dernier CD (1), remonte à 2003.

Mais Paco de Lucia est un dieu de la six-cordes, au même titre qu’Eric Clapton, Steve Vai ou Stanley Clarke, et son public est indifférent aux nouveautés.

Le voir jouer live est une expérience rare : sa technique éblouissante, avec des rafales de notes extraterrestres, ne noie jamais l’émotion ni le travail de tout le groupe, puisque Paco, qualité rare parmi les virtuoses, laisse à ses musiciens une liberté qui permet au concert de respirer, de s’évader des formules et des chemins balisés.

En ce moment, il s’entoure du chanteur Duquende, du danseur Farru qui ensorcelle le public, et du brillant Antonio Serrano au timbre insolite d’harmonica. Depuis l’île de Majorque, où il a posé ses valises après quelques années d’exil volontaire au Mexique, le musicien dialogue par téléphone avec Libération.

Sa première tournée internationale, il y a donc cinquante ans, reste un souvenir très fort. «J’avais 12 ans et je suis parti aux Etats-Unis avec la troupe d’un danseur célèbre, José Greco. Un an de tournée, accompagné par mon frère Pepe, chanteur, de deux ans mon aîné. Je crois que j’étais l’enfant le plus heureux du monde : pas d’école, des villes et des paysages différents en permanence… Ce n’est que plus tard que j’ai ressenti le manque des années d’école.»

Petit prodige, Francisco Sánchez forme alors, avec son frère chanteur, le duo Los Chiquitos de Algeciras. Un troisième frère, Ramón, s’est mis lui aussi à la guitare. «Mon père avait l’idée fixe de faire de moi un guitariste soliste, poursuit Paco. Moi, je préférais accompagner le chant et la danse, ce qui est beaucoup plus amusant. Mais on m’imposait cette discipline de fer, travailler l’instrument plusieurs heures par jour.»

«Dans les dix premières années de ma carrière,poursuit Paco, je me posais peu de questions sur ma musique. J’étais un artiste de flamenco et ne connaissais rien d’autre. Ma priorité était de gagner suffisamment d’argent pour subvenir aux besoins de la maison. Quand le pain quotidien a été assuré, j’ai pu aborder la musique avec davantage de curiosité. J’ai découvert les guitaristes brésiliens, le jazz…»

Suivront plusieurs décennies d’innovations, qui le verront jouer de Falla avec un orchestre symphonique, rejoindre John McLaughlin et Al Di Meola au sein du Guitar Trio, connaître un tube de discothèques (la rumba Entre dos Aguas, 1975).

En 1981, l’album Solo Quiero Caminar est une pierre d’angle dans l’histoire du flamenco : son percussionniste brésilien, Rubem Dantas, y utilise pour la première le cajón, une percussion raportée du Pérou aujourd’hui omniprésente dans le flamenco et bien au-delà. Peu prodigue en enregistrements, Paco de Lucia a toujours fait valoir qu’il ne publie un disque que quand il a «quelque chose de nouveau à dire». Coup de bol, 2011 pourrait voir paraître deux albums. «D’abord, assure le récent docteur honoris causa de Berklee School of Music de Boston, je souhaite garder une trace du travail avec mon groupe actuel. Nous avons enregistré plusieurs concerts de la tournée et nous choisirons les meilleurs moments. Et puis je suis décidé à matérialiser un vieux projet : faire connaître des chansons espagnoles qui m’accompagnent depuis toujours. Ce sera un disque instrumental avec quelques voix invitées. Dont celle d’Oscar D’Leon, la star vénézuélienne de la salsa. Cet été, j’ai profité de sa présence à Majorque pour le faire entrer en studio.» Cet agenda bien rempli lui a laissé le temps de commercialiser des guitares qui portent sa griffe. «Nous avions eu cette idée avec Ramón de Algeciras, mon frère, qui avait une oreille exceptionnelle pour les guitares : c’est lui qui testait mes instruments. Nous voulions fabriquer une guitare de qualité, à un prix raisonnable, et le résultat a été très satisfaisant puisque des professionnels les utilisent. Mais à la mort de Ramón, il y a près de deux ans, j’ai perdu tout intérêt pour tout cela. Il reste une centaine de guitares en stock, mais il n’y en aura pas d’autres.»

(1) Cositas Buenas (Universal).

http://next.liberation.fr/musique/01012302443-paco-de-lucia-flamme-and-co
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MessageSujet: Re: Paco de Lucia: "Il y a longtemps que le flamenco est universel"   Dim 21 Nov - 10:31

Paco de Lucia, une légende à Paris

Dans un entretien au Figaro, Paco de Lucia revient sur son parcours atypique d'homme et d'artiste. Il en profite pour décrire la place actuelle du flamenco dans le monde musical et exposer ses projets.



LE FIGARO. - Quel regard portez-vous sur votre riche carrière?

Paco DE LUCIA. - Quand j'ai commencé à jouer de la guitare, je ne pensais évidemment pas faire carrière. J'ai grandi à Algésiras (une ville espagnole située dans la province de Cadix, NDLR) dans une famille très pauvre. Au départ, je me suis lancé dans cet art pour aider mes proches à survivre. Les premières années ont été vraiment dures. Je dois même avouer que je ne ressentais pas beaucoup de plaisir à jouer à ce moment-là. C'était comme une sorte de travail. Plus tard, j'ai découvert véritablement le bonheur de faire de la musique. Désormais, je me sens privilégié d'avoir rencontré de grands artistes cosmopolites et d'avoir collaboré avec eux. Durant ma jeunesse, le flamenco ne passait même pas à la radio. Je suis heureux aujourd'hui que ma musique soit autant respectée dans le monde.

Quelle est justement la place du flamenco sur la scène artistique des années 2010, et que lui avez-vous apporté?

À l'époque où j'ai grandi, le flamenco traditionnel était sur le point de finir dans le «musée de l'histoire musicale». Je me réjouis que ce genre soit plébiscité aujourd'hui. Il était nécessaire de l'amener dans le monde moderne en utilisant de nouveaux instruments, de nouvelles harmonies et de l'improvisation. Il était tout aussi capital de ne pas oublier ses racines. Je me suis toujours senti - et je demeurerai toujours - un guitariste issu de cette culture. On observe bien son influence. Même dans la pop, en particulier en Espagne, on entend des phrases de flamenco. Cela démontre combien il est apprécié, y compris dans d'autres registres.

Quelles rencontres vous ont spécialement marqué durant ces années passées?

Cameron de la Isla a sûrement été l'un des musiciens les plus importants avec lesquels j'ai joué. Jeune homme, j'ai vécu les meilleurs moments de ma vie professionnelle à ses côtés. Il m'a beaucoup appris. Par la suite, mon travail avec John McLaughlin, Al Di Meola et Chick Corea a également été une expérience musicale très intense.

Quels sont vos projets?

Nous enchaînons les concerts depuis février dernier et nous nous sentons parfois épuisés. Pourtant, je dois préparer un nouveau CD et je songe à sortir un album live sur les enregistrements de cette nouvelle tournée.

Que représente pour vous Paris?

J'aime vraiment beaucoup la ville, en particulier le Quartier latin, parce que l'un de mes amis, Tony, y tient un magnifique restaurant. Quand on se trouve en tournée, on ne voit habituellement pas grand-chose des lieux où nous nous produisons, mis à part les hôtels ou les salles de concert… Mais ma femme a fait ses études à Paris et elle m'a ouvert les yeux sur différents endroits. J'ai passé beaucoup de belles journées à me balader. Je considère cette ville comme un musée vivant.

Pierre De Boishue

http://www.lefigaro.fr/musique/2010/11/15/03006-20101115ARTFIG00535-paco-delucia-une-legende-a-paris.php
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MessageSujet: Re: Paco de Lucia: "Il y a longtemps que le flamenco est universel"   Dim 21 Nov - 10:35

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MessageSujet: Re: Paco de Lucia: "Il y a longtemps que le flamenco est universel"   Mer 26 Fév - 11:28


Le guitariste espagnol Paco de Lucía est mort au Mexique à l'âge de 66 ans, a annoncé mercredi 26 février la mairie d'Algesiras, sa ville natale. Géant de la guitare flamenco, l'artiste, qui vivait depuis quelques années alternativement en Espagne et au Mexique, a été victime d'une crise cardiaque.

De son vrai nom Francisco Sanchez Gomez, le musicien était né le 21 décembre 1947 à Algesiras, non loin de Cadix, avant de devenir un guitariste mondialement connu, qui a su moderniser le flamenco traditionnel en l'associant avec le jazz et en puisant son inspiration dans divers horizons musicaux, y compris dans la musique classique.

En 2004, il avait reçu le prix Prince des Asturies des arts, l'une des plus hautes distinctions espagnoles. « Considéré comme le plus universel des artistes flamenco, son style a fait école parmi les plus jeunes générations et son art est devenu un des meilleurs ambassadeurs de la culture espagnole à travers le monde », avait souligné le jury.

Paco de Lucía, soulignait la Fondation Prince des Asturies, « a dépassé les frontières et les styles pour devenir un musicien de dimension universelle. A partir de la guitare flamenco, il a aussi exploré le répertoire classique espagnol, d'Isaac Albeniz à Manuel de Falla, l'émotion de la bossa-nova et du jazz ». « Tout ce qui peut s'exprimer avec les six cordes de la guitare est entre ses mains », ajoutait le jury.

« UNE PERTE IRRÉPARABLE »

Il avait notamment joué avec le pianiste de jazz Chick Corea et le guitariste de jazz-rock Al Di Meola. Son duo avec le chanteur Camaron de la Isla, mort en 1992, qui a enregistré avec lui ses neuf premiers albums.


Sa mort représente « une perte irréparable pour le monde de la culture, pour l'Andalousie », a déclaré le maire d'Algesiras. La ville a décrété trois jours officiel.

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2014/02/26/paco-de-lucia-maitre-de-la-guitare-flamenco-est-mort_4373387_3382.html#xtor=RSS-3208
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MessageSujet: Re: Paco de Lucia: "Il y a longtemps que le flamenco est universel"   Mer 26 Fév - 13:16






Tristesse silencieuse pour ce guitariste mystique au "duende" si particulier,
lui qui a accompagné CAMARON DE LA ISLA (entre autres) en solo C'était aussi un bonheur pour ceux qui connaissent la buleria,
 le conte jondo etc ...
Je pense à ce que j ai entendu à SAN LUCAR DE BARAMEDA ...
à son frère un artiste rare aussi,
à la lumière  qu'il m a mise dans le coeur, ce jour là.
Muchas gracias por la vida MAESTRO .


Dernière édition par Nine le Ven 28 Fév - 14:46, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Paco de Lucia: "Il y a longtemps que le flamenco est universel"   Ven 28 Fév - 14:32

Disparition de Paco de Lucia :
« Que Dieu te bénisse ! »

LE MONDE | 26.02.2014 à 18h37 •
Mis à jour le 27.02.2014 à 09h23 | Par Francis Marmande et Sylvain Siclier



Drapeaux en berne,
 trois jours de deuil annoncés dans sa ville natale,
Algésiras, au sud de l'Espagne, déclaration émue
du maire José Ignacio Landaluce à l'AFP : 
« La mort de Paco de Lucia transforme le génie en légende. Son héritage restera pour toujours, de même que la tendresse qu'il a toujours éprouvée pour sa terre. » L'annonce, mercredi 26 février dans la matinée,
de la mort du guitariste Paco de Lucia, à l'âge de 66 ans,
 après une crise cardiaque, sur une plage de Cancún,
au Mexique, a été un choc pour sa ville,
 sa patrie et la communauté mondiale des amateurs de flamenco,
dont il était l'un des plus formidables interprètes.


Sa technique, indépassable, sa sensibilité, son érudition, sa générosité de musicien et d'homme seront aussi mises au service d'une relecture du grand répertoire de la musique classique espagnole.
Et du jazz, en particulier au sein d'un trio à succès,
dans les années 1980, avec le Britannique John McLaughlin
et l'Américain Al di Meola, ou en duo avec
 le pianiste américain Chick Corea.



SOMMÉ DE JOUER DOUZE HEURES PAR JOUR
Né le 21 décembre 1947 à Algésiras,
de son vrai nom Francisco Sanchez Gomez,
 
Paco de Lucia apprend la guitare dès l'âge de 4 ans. Son père, ses frères –
il prendra le nom de Paco de Lucia en référence au nom de scène de son frère Pepe de Lucia,
chanteur, qui lui-même rendait ainsi hommage à sa mère Luzia Gomes
tout le monde s'y met.
Le voilà sommé de jouer douze heures par jour, ce qu'il fera jusqu'au bout.
Cet apprentissage, c'est la transmission d'un savoir et d'une tradition,
c'est pouvoir un jour gagner sa vie par la musique,
c'est aussi trouver un son, un style, une manière.
A l'âge de 12 ans, en 1959, il remporte un prix au Concours international de flamenco de Jerez.
Ses débuts professionnels, il les fait le soir, dans les lieux où vit le flamenco.

Il joue avec son frère Pepe, sous le nom des Chiquitos de Algeciras
(Les Petiots d'Algésiras), une vingtaine d'années à eux deux.
Pepe de Lucia fera une honnête carrière, comme leur autre frère,
Ramon de Algeciras.
Paco de Lucia, lui, porte l'art flamenco à l'un de ses points culminants,
tout en le révolutionnant de fond en comble.

EN 1963, LE DÉPART À NEW YORK
En 1963, alors qu'il a rejoint la troupe du chorégraphe et danseur José Greco
(1918-2000), il part à New York. Il y croise des musiciens arrivés des années plus tôt,
dont Sabicas (1912-1990) et Mario Escudero (1928-2004).
On aurait tort de croire que le flamenco ne se pratique qu'en Andalousie :
il se trouve partout où il y a des flamencos

. C'est grâce à eux, dira plus tard Paco de Lucia, qu'il envisage de faire carrière.
Cela prendra la forme, à partir de 1965, de plusieurs enregistrements en duo avec Ricardo Modrego, dont le très significatif Doce canciones de Garcia Lorca para guitarra,
un premier album sous son nom, La Fabulosa guitarra de Paco de Lucia (1967),
un duo avec Ramon de Algeciras, qui donnera lieu à quatre albums.
La réputation de Paco de Lucia grandit. Comme interprète et compositeur.
AVEC CAMARON DE LA ISLA, UN DUO EXCEPTIONNEL


L'un des événements majeurs de sa carrière est la rencontre avec un phénomène,
José Monge Cruz, qu'en raison de son physique menu et de ses cheveux roux, un oncle avait surnommé Camaron (petite crevette).
Camaron de la Isla (1950-1992) et Paco de Lucia se retrouvent à Madrid, en 1968,
à la Torres Bermejas, célèbre salle de flamenco (tablao), où Camaron de la Isla était artiste résident. Il y reste douze ans. De 1969 à 1977, les deux artistes ne se quittent plus.

Neuf albums, des tournées internationales.
Ils arrachent le flamenco au zoo folkloriste où avait voulu l'enfermer le franquisme.
Un duo exceptionnel dont chacun était capable de fulgurances les plus inattendues.
Le goût de quitter la route ordinaire pour rejoindre son temps,
une mémoire archaïque qui ne s'endort jamais :
anxieuse chez Paco de Lucia, débridée chez Camaron de la Isla.

Dans le même temps, Paco de Lucia mène une carrière solo.
Abondante, sa discographie, simplement en flamenco, fait référence :
Recital de guitarra (1971), El duende flamenco (1972),
font partie des modèles inaccessibles autant qu'enviables de tout guitariste, tout comme Entre dos Aguas (1983), Siroco (1987) ou En vivo (2011). Il a aussi l'intelligence des autres musiques.

Carlos Santana, le flamboyant guitariste du rock latino, l'invite, Egberto Gismonti aussi,
Al di Meola, pour une fusion jazz et rock. Avec Larry Coryell et John McLaughlin,
il fonde The Guitar Trio en 1979.
Di Meola remplacera Coryell en 1980 et c'est le succès mondial de l'album Friday Night in San Francisco. Echanges virtuoses, dans lesquels Paco de Lucia ne perd pas son âme. 

L'idée d'affronter l'improvisation en jazz lui donne de terribles migraines. La modestie fut toujours son fort.
« TE QUEREMOS, MAESTRO ! »


Avec le pianiste Chick Corea, il joue en duo en 1982.
Avec ses frères, il constitue un groupe de six musiciens.
A partir de la fin des années 1990, il décide de se produire moins.
Il est d'autant plus invité partout, et collectionne tous les prix d'un art qui se plaît en concours et distinctions, alors que tout dans ses manières y répugne.

Lors de la Biennale de Séville (2012), tout au long de son concert, fusaient du public : « Dios te bendiga, Paco ! », (« Que Dieu te bénisse, Paco ! »), « Te Queremos, Maestro ! »
(« Nous t'aimons, Maestro ! »)…

Ce jour de la mort de Paco de Lucia, les radios passent à leur habitude environ cinq mesures d'une solea, trois d'une buleria. Dans chaque pastille de son jeu,
on entend tout, les ruptures de rythme qui fendent le cœur,
chaque phrase habitée d'une épopée de l'âme,
le génie musical qui oublie les notes.
Et Dieu sait, entre deux de ses bénédictions adressées au génie,
s'il en décochait des quadruples, des sextuples croches, Paco de Lucia.
Sans que jamais vienne à l'idée de parler de sa virtuosité mais de sa bonté,
de sa douceur, de son inquiétude créatrice, de cet art de chanter les cordes.


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MessageSujet: Re: Paco de Lucia: "Il y a longtemps que le flamenco est universel"   Ven 28 Fév - 14:36



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