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 ANDROMAQUE à la Comédie Française

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Bridget



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MessageSujet: ANDROMAQUE à la Comédie Française   Dim 31 Oct - 12:40



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"Andromaque"



Une nouvelle mise en scène à la Comédie-Française




© Christophe Raynaud de Lage



Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime Hector... qui est mort en défendant Troie.

C'est ainsi qu'à l'école, on se souvient du drame de la femme d'Hector.

Impossibles amours, somptuosité de la langue racinienne.

Andromaque est, avec Bérénice, l'emblème de la tragédie humaine. Ces personnages sont transcendés par l'amour et interdits d'aimer par la raison d'État ou les lois des hommes qui ne sont pas des dieux.



© Christophe Raynaud de Lage



Muriel Mayette, administrateur du Français, a choisi de mettre en scène ces deux pièces : Bérénice dans quelques mois, Andromaque maintenant.


Dès la première scène, lorsque Oreste, le fils d'Agamemnon retrouve son ami Pylade, le mythe grec prend place dans un décor épuré, une ouverture au milieu de quatre colonnes et une musique entêtante qui distrait l'attention.


Les Grecs ont envoyé Oreste chercher le fils d'Andromaque. Mais Oreste ne pense qu'à Hermione, il la sait amoureuse de son rival, mais il veut croire qu'il la convaincra de rentrer avec lui.

Clément Hervieu-Léger prête une fragilité nerveuse à cet Oreste, trop faible pour reconquérir Hermione.
On comprend que celle-ci lui préfère Pyrrhus.
Les plus belles scènes sont d'ailleurs portées par Léonie Simaga, belle Hermione, et Éric Ruf.
Son Pyrrhus porte le poids d'être le vainqueur et subit son amour pour l'ennemie troyenne vaincue. Voix grave, vibrante, c'est un roi.


Cécile Brune surprend dans le rôle d'Andromaque, à jamais veuve, prisonnière de ses émotions, au maintien trop raide.

Mais quelle belle surprise que de voir sur la scène de Richelieu Aurélien Recoing, l'un de nos plus formidables comédiens, dans le rôle de Phoenix, le gouverneur de Pyrrhus.





© Christophe Raynaud de Lage



Des voiles légers balaient les colonnes, derrière lesquelles apparaissent et disparaissent les héros. La pièce sera jouée à Orange dans le beau théâtre antique cet été.


Andromaque de Racine, mise en scène de Muriel Mayette, avec Éric Ruf, Cécile Brune, Léonie Simaga, Aurélien Recoing, Céline Samie, Clément Hervieu-Léger, Stéphane Varupenne, Suliane Brahim ou Julie-Marie Parmentier


Comédie-Française (salle Richelieu). 20 h 30, matinée 14 heures. Prix des places : de 5 à 37 euros.


Photos : Christophe Raynaud de Lage

http://www.lepoint.fr/sortir-theatre/andromaque-une-nouvelle-mise-en-scene-a-la-comedie-francaise-24-10-2010-1253796_139.php


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Bridget



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MessageSujet: Re: ANDROMAQUE à la Comédie Française   Dim 31 Oct - 13:13

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La ligne claire d'Andromaque à la Comédie-Française




Muriel Mayette, Administrateur général, signe la mise en scène de la tragédie de Racine salle Richelieu. Une production qui est conçue pour un devenir en plein air, l'été prochain.




© Christophe Raynaud de Lage



Dans une loge d'avant scène, au deuxième balcon, un énergumène bras nus hurle ses "hou, hou" à l'adresse du spectacle et des acteurs qui saluent après deux heures de tension, de précision, de ferveur retenue.

L'homme qui crie n'est venu que pour cela. Ses premieres vociférations sont tombées dès la chute du rideau.
Une mission, déstabiliser les interprètes et le public, faire mal, s'en prendre à Muriel Mayette, tellement critiquée par certains. Son poste est très convoité...




On sait déjà ce que l'on reprochera à cette mise en scène : une musique omniprésente, plus ou moins lointaine, des fûts de colonnes qui cachent parfois les interprètes, une neutralité du point de vue peut-être, en tout cas une soumission profonde à la langue de Racine, une mise en valeur de la personnalité de chaque comédien, qu'il soit un sociétaire de longue date, comme Eric Ruf et Cécile Brune ou qu'il soit un récent pensionnaire comme la toute jeune Suliane Brahim et le très éclatant Aurélien Recoing.





Sur cette photographie de Christophe Raynaud de Lage, on comprend l'esprit de ce spectacle : la scénographie et les lumières d'Yves Bernard, les costumes de Virginie Merlin et deux des comédiens les plus sensibles, Cécile Brune, Andromaque et Eric Ruf, Pyrrhus.



Ci-dessous, texte publié dans les éditions du "Figaro" du mercredi 21 octobre.


Une Andromaque de plein air L'été prochain, la Comédie-Française s'installera à Orange, faute d'être invitée à Avignon .


Un vent léger soulève les voiles grèges qui ferment l'arrière de la colonnade majestueuse qui est le décor de cette Andromaque très sobre, rigoureuse, très belle.
Ce vent, cet été, sera peut-être plus obstiné puisque c'est dans le cadre magnifique du Théâtre Antique d'Orange que l'on reverra ce spectacle pour trois soirs, juste avant les Chorégies et avec une retransmission par FranceTélévision.



Belle revanche sur l'assourdissant silence du Festival d'Avignon où pour rien au monde l'équipe actuelle ne saurait s'intéresser à la plus talentueuse troupe de France !





© Christophe Raynaud de Lage



C'est donc en pensant aussi au plein air et au grand théâtre qu'Yves Bernard, scénographe et auteur des lumières, a imaginé cet espace qui ne manquera pas de lui attirer des réflexions acerbes...


Quoi ! Cette simplicité suffirait ? et ces fûts de colonnes qui cachent parfois les acteurs !

Or, cela ne dure que quelques secondes et on les entend très bien.

Bien sûr, puisque c'est l'Administrateur Général qui signe ce spectacle, il fallait bien un énergumène pour huer depuis une loge d'avant-scène.
Pauvre garçon !

On reprochera, on le sait, et sans doute est-ce le point le plus loyalement discutable de cette production, l'omni présence d'une musique d'Arthur Besson qui emprunte à des genres parfois sirupeux.


Les costumes de Virginie Merlin rappellent l'Antique tout en subtiles harmonies, du sable aux gris





© Christophe Raynaud de Lage



.Pour le reste on est suspendu aux lèvres des comédiens, très bien éclairés et rompus à l'art de dire à la perfection le vers racinien, liaisons, silences, sinérèses et diérèses, très naturellement.



La distribution est forte.


Ici, pas de « petit » rôle. Suliane Brahim, Cléone, impose sa personnalité comme le fait le grand Aurélien Recoing dans Phœnix ou Céline Samie dans Céphise.

Stéphane Varupenne, Pylade, possède la douceur qui convient et dans le rôle d'Oreste, Clément Hervieu-Léger dit bien détresse et faiblesse du fils d'Agamemnon ; mais il doit se méfier d'un timbre qui devient très métallique s'il force.Hermione, la fille d'Hélène, petite personne dense et tendue, douloureuse et fière, est incarnée avec intelligence par Léonie Simaga.


L'autre grande figure de femme, la veuve d'Hector, la prisonnière, c'est Cécile Brune, qui la porte.

Sa belle voix, sa sensualité, sa fièvre retenue, rendent sensibles les tourments d'une Andromaque très humaine face au solaire fils d'Achille, l'ultrasensible





© Christophe Raynaud de Lage



Eric Ruf, roi qui aime et souffre et porte, comme tous les protagonistes ici, le poids des querelles de leurs pères.

Andromaque est la tragédie des héritages et des haines inexpiables. Chaque personnage est tiraillé, déchiré par des conflits...cornéliens...

Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir : aux interprètes, un peu crispés le soir de la générale, à ne plus craindre l'émotion...



Comédie-Française, salle Richelieu, en alternance jusqu'au 14 février (0825 10 16 80). Durée : 2h.




Photos : Christophe Raynaud de Lage

http://blog.lefigaro.fr/theatre/2010/10/la-ligne-claire-dandromaque-a.html

http://blog.lefigaro.fr/theatre/








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MessageSujet: Re: ANDROMAQUE à la Comédie Française   Mar 16 Nov - 1:43

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Lever de rideau : Muriel Mayette monte “Andromaque







Muriel Mayette, 46 ans, met en scène “Andromaque”, tragédie de Racine, à la Comédie Française, dont elle fut l'une des sociétaires avant d'en être aujourd'hui l'administrateur.
Elle est la première des metteurs en scène de théâtre à qui nous soumettrons désormais, chaque semaine, un petit questionnaire simple sur leur création en cours.




Pourquoi ce texte ?


Parce qu'il est très important d'avoir rendez-vous avec un langage poétique qui nous permet de mieux comprendre ce qui nous concerne tous.
Andromaque n'est pas à mes yeux une pièce sentimentale. Elle est fondamentalement politique.

Pyrrhus aime Andromaque parce qu'elle est la survivante d'un peuple qu'il a décimé et que l'amour est la possibilité d'un pardon. Les effets de la guerre sont-ils inguérissables ? Est-ce qu'il n'est pas possible de pardonner enfin, d'effacer les différends entre les peuples et d'ouvrir une nouvelle page du monde, une page vierge de haine ?
C'est une question, une leçon qui valent pour aujourd'hui.



Pourquoi ces comédiens ?


J'ai la chance de diriger une troupe : des comédiens que je connais bien pour avoir joué à leurs côtés, et pour les avoir dirigés. C'est un compagnonnage que je retisse différemment selon les textes que j'aborde, sachant que, dans mon travail d'administrateur, je dois essayer de proposer un vrai rendez-vous à chacun de mes acteurs.

Andromaque est une bonne occasion, parce que, s'il y a quatre rôles majeurs, il n'y a pas de rôles mineurs, c'est un octuor.
Pour moi, la distribution que j'ai formée incarne la question dont j'ai parlé plus haut, celle de la guerre et du pardon.

Il y a en Oreste, tel qu'il est joué par Clément Hervieu-Léger, quelque chose de fragile, de sensible : il n'est pas le grand héros, le grand guerrier qu'on voit parfois.
Il a aussi de l'amour et une forme de fascination pour son rival Pyrrhus, joué par Eric Ruf.

Je pourrais les citer tous : la féminité extrême de Léonie Simaga en Hermione, par exemple, qui montre a contrario à quel point l'amour de Pyrrhus pour Andromaque appartient au champ du politique.

Ou encore Cécile Brune, qui joue la princesse troyenne avec sa voix cassée : elle a vu sa famille décimée, elle revient littéralement des morts – et elle est sereine parce qu'elle leur reste fidèle.







Andromaque ( avec Cécile Brune et Eric Ruff ) sur la scène de la Comédie Française, 2010 - Photo : Pascal Gely, Enguerand



Un principe de mise en scène ?


Admettre que Racine, ce n'est pas du théâtre actif, mais du théâtre mental.
On est comme dans un temps arrêté – à la manière dont on représente, parfois, les accidents de voiture, le temps qui se suspend, les pensées contradictoires qui se mêlent...
La situation est donnée et on s'achemine tranquillement vers le chaos. J'ai voulu que les comédiens ne soient jamais dans la surinterprétation sentimentale : il ne s'agit pas de jouer les sentiments, mais de les donner à entendre.

Si le comédien ne met pas le jeu en avant, s'il pèse soigneusement le sens de ce qu'il a à dire, alors il est traversé, transformé par ce texte, et par la violence qu'il porte.

Ainsi, quand Oreste dit : « Mon innocence enfin commence à me peser », il faut que le comédien soit en retard sur ce qu'il dit. Non pas jouer a priori le malheur, mais faire entendre cette phrase au public, laquelle va ajouter une couleur à son jeu.

Alors, oui, un principe : revenir aux fondamentaux, redonner leur puissance aux mots.



Un maître, une référence dans votre parcours de metteur en scène ?


Plusieurs rencontres complémentaires, plutôt. D'abord Bernard Dort, que j'ai eu comme professeur, et qui m'a appris ce qu'est la dramaturgie : tout commence par la quête du sens.

Au Conservatoire, j'ai travaillé avec Claude Régy, qui m'a appris la responsabilité de porter un texte.
Et aussi avec Jacques Lassalle, qui est un grand directeur d'acteurs, et qui m'a enseigné le lien qu'il doit y avoir entre la parole de l'auteur et la vraie vie du comédien.

Et puis j'ai eu un grand compagnonnage avec Matthias Langhoff, qui sait mieux que personne faire du lien entre tous les éléments d'un spectacle, qu'ils soient visuels, musicaux, etc. Travailler avec lui, c'est comme se promener dans une immense bibliothèque !



A quoi sert le théâtre ?



A apprendre le courage de passer ce petit moment sur la Terre, à célébrer la grandeur de l'homme.
Dans les grands chaos, il faut du théâtre pour arriver à croire qu'on va survivre. Je fais souvent référence à un texte de Charlotte Delbo.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle avait été l'assistante de Louis Jouvet, puis avait quitté la troupe, alors en tournée au Mexique je crois, pour rejoindre son mari et rentrer en résistance.

Elle a été déportée, elle a survécu et au retour elle a écrit un texte intitulé Une représentation du “Malade imaginaire” à Auschwitz. Elle y raconte comment, entre prisonnières, elle ont réécrit de mémoire et joué pour elles-mêmes la pièce de Molière.

Pourquoi ? « Parce que pendant deux heures, sans que les cheminées aient cessé de fumer leur fumée de chair humaine, pendant deux heures, nous y avons cru. Nous y avons cru plus qu'à notre seule croyance d'alors, la liberté, pour laquelle il nous faudrait lutter cinq cents jours encore. »



Aurélien Ferenczi Télérama


Andromaque, à la Comédie-Française, en alternance jusqu'au 14 février 2011


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MessageSujet: Re: ANDROMAQUE à la Comédie Française   Mar 16 Nov - 2:04

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MessageSujet: Re: ANDROMAQUE à la Comédie Française   Ven 19 Nov - 1:23

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Andromaque à la Comédie-Française


Par Claude Imbert / Le Point



© Christophe Raynaud de Lage



Le meilleur de la Comédie-Française, le voici : Andromaque, un de ces grands classiques, à notre époque, décolorés et qui devient un beau spectacle moderne, un tragique restitué avec une fière humilité, sans pompe ni grosse caisse.


Sans les vandalismes à la mode. Grâces soient rendues à Muriel Mayette : elle n'a pas planté de homard en plastique dans son Versailles racinien.

Sous un ciel attique, une majestueuse colonnade et d'amples voilages changent au gré de lumières et souffles apolliniens. Elle n'a pas non plus abusé des cavalcades d'acteurs, aucun ne se roule par terre.

Rien ne dérange dans leurs drapés frémissants - la statuaire et la fresque. Et même les "fureurs d'Oreste" sont expédiées sans excès de serpents qui sifflent sur nos têtes.


On les regrette un peu...
Mais pas trop ! Car le parti pris, c'est de déployer, dans sa grâce limpide, la langue racinienne, svelte, déliée, de vocabulaire réduit mais de riche syntaxe.
Et de servir, sans désarticuler l'alexandrin, la musicalité d'un des plus beaux quintettes de la poésie française.

Pour cette rare ambition, il fallait aux acteurs de la noblesse et des timbres clairs pour une diction exemplaire.
Mission remplie ! Éric Ruf, Pyrrhus louis-quatorzien, et Léonie Simaga, Hermione poignante, habitent déjà nos mémoires.

"Andromaque, murmurait Baudelaire, je pense à vous..." Nous aussi : merci !


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MessageSujet: Re: ANDROMAQUE à la Comédie Française   Sam 4 Déc - 0:50

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Andromaque sauvée par Hermione






Elles sont finalement assez rares, les occasions d’entendre dire Racine sur une scène de théâtre.
Pour ne citer qu’Andromaque, sa pièce la plus jouée au Français, cela faisait onze ans qu’elle n’avait pas été montée. On se souvient aussi, plus récemment, d’une belle mise en scène de Jean-Louis Martinelli, reprise en 2003 aux Amandiers (Nanterre). Et voilà tout, à peu près.



C’est qu’il y a grand péril à vouloir donner corps à cette poésie de l’âme dont Barthes disait joliment qu’elle tient l’action « dans une sorte de quarantaine », pour ne laisser régner que « l’ordre du seul langage ».
Monter Racine, en somme, c’est tenter d’incarner une poésie céleste ; et c’est risquer, à chaque fois, de tomber dans la froide monotonie.
Or ces jours-ci, Muriel Mayette, administrateur général de la Comédie Française, nous livre son Andromaque, qui passe du monotone au céleste de façon surprenante. Et quasi-miraculeuse.


On peut donc courir écouter Racine salle Richelieu, bien qu’il faille un peu de patience avant d’être comblé.
Les scènes d’exposition, évidemment les plus délicates, sont ici laborieuses. Les acteurs, comme privés d’élan, semblent figés dans un décor monumental et conventionnel : l’éternelle « antichambre » d’un palais grec aux colonnades beiges.

Quand Andromaque (Cécile Brune) apparaît, c’est sous le jour d’une femme trop mûre, à la voix fatiguée, presque éraillée. On ne reconnaît en elle ni la veuve ardente d’Hector, ni la beauté triomphante qui fait faiblir l’ennemi Pyrrhus, le roi d’Epire qui la tient captive.
Quand ce dernier (Eric Ruf), menace de laisser touer son fils si elle s’obstine à lui résister, on sursaute à l’entendre dire « Hélas ! il mourra donc » avec une lassitude de grande bourgeoise.








Et cependant les choses s’arrangent, peu à peu, à mesure que la situation se détériore.
Tout d’abord, et malgré sa partenaire, Eric Ruf donne d’emblée le ton juste à ce roi sur qui tout repose et qui bouleverse tout. Ce fort guerrier soudain gouverné par l’amour est ici comme il doit être : à la fois grand et fragile, puissant et à bout de forces. Notamment lorsqu’à la fin de l’acte II, juste après avoir juré d’oublier Andromaque et d’épouser Hermione, il exhibe lui-même sa propre dénégation : « Non, je n’ai pas bien dit tout ce qu’il faut lui dire… ».

Puis éclate la colère d’Hermione (Léonie Simaga), grandie par sa rage d’amour et son orgueil quasi sauvage. On s’abandonne alors avec délices à cette tragédie d’après-guerre, où tous ceux qui aiment sont enjoints à la haine. Pyrrhus rêve d’épouser Andromaque tout en se promettant de la haïr ; Hermione rêve de haïr Pyrrhus tout en adorant ce fiancé qui l’abandonne ; enfin Oreste adule Hermione, tout en maudissant sa passion…




Suliane Brahim (Cléone), Léonie Simaga (Hermione)
@ Christophe Raynaud de Lage.



Au centre de cette chaîne, si Andromaque est souveraine, c’est ici Hermione qui mène le jeu, par l’art ensorcelant de Léonie Simaga.
Grâce à ce personnage, en effet, il restera quelques vraies belles images de la mise en scène de Muriel Mayette. Notamment la fin de l’acte IV, quand, tout en feignant la distance, la jeune femme se glisse telle un félin au cou de Pyrrhus. « Je ne t’ai point aimé, cruel ? Qu’ai-je donc fait ? »…


Autour de cette princesse, d’ailleurs, l’espace lui-même devient plus beau. Les colonnades perdent peu à peu leur rigidité (façon « classiques illustrés » des années 60) pour devenir le lieu d’un cache-cache de la jeune femme avec elle-même.
On a même l’impression que c’est sous son influence fougueuse qu’évolue progressivement le décor.






Défiant « l’unité de lieu » si chère aux classiques, l’espace s’ouvre en effet, la porte étroite du premier acte cède la place à l’horizon, et à des voiles qui frémissent au gré du vent. Ainsi livrés à l’immensité de la nuit tombante, les personnages n’en sont, évidemment, que plus irrémédiablement perdus.


A commencer par Oreste (Clément Hervieu-Léger). Comme contaminé par son Hermione, le fragile personnage qui semblait terne au premier acte s’embrase au milieu de la pièce, lorsqu’il décide d’enlever la princesse.
Dès lors, on boit chacune de ses paroles, pour le plaisir du poème autant que pour celui de la fable.

À la toute fin, après le meurtre de Pyrrhus et le suicide d’Hermione, il perd littéralement la tête sous nos yeux, par un effet d’optique très réussi : s’enfonçant dans la nuit, au fond du plateau désormais tout noir, il n’est plus qu’un vague buste clair, et ses bras qui s’agitent sur sa tête invisible évoquent les derniers gestes d’un animal décapité.

Ultime tableau, et somptueuse image qu’offre ce spectacle dont on finit par oublier qu’il nous avait, au départ, inquiétés.



http://theatre.blog.lemonde.fr/2010/10/26/andromaque-sauvee-par-hermione/

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MessageSujet: Re: ANDROMAQUE à la Comédie Française   Mer 22 Déc - 1:48

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ANDROMAQUE

par Muriel Mayette







Ces moments de vie qui nous trouvent au bord du chaos, inquiets et fermés ,

Ces périodes complexes où nous cherchons des repères anciens mais sans savoir interroger le passé , appellent les poètes.

Racine est un visionnaire qui nous montre l’âme humaine dans sa dualité nue . Il nous donne accès à la contradiction de nos pensées et nous donne à entendre ce qui n’est jamais dit .

Sa musique même , celle des alexandrins, fait sens et l’alchimie des vers dit chaque fois autre chose encore , autre chose en plus.

Aujourd’hui demande ces rendez vous de beauté dure et subtile, pour lire les dangers de nos excès. Pour dompter la tragédie latente qui menace et que l’on ne sait pas toujours reconnaître .

Un poète et sa musique pour lire le monde


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MessageSujet: Re: ANDROMAQUE à la Comédie Française   Dim 13 Fév - 16:05

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LE PROGRAMME










LES INTERPRETES



PYRRHUS

ERIC RUF




498e sociétaire, entré à la Comédie Française en 1993.



ANDROMAQUE

Cécile Brune



494e sociétaire, entrée à la Comédie Française en 1993.




HERMIONE

LEONIE SIMAGA



520e sociétaire, entrée à la Comédie Française en 2005.



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MessageSujet: Re: ANDROMAQUE à la Comédie Française   Lun 18 Avr - 15:48

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VENDREDI 17 JUIN 2011 à 21H45



LE THEATRE ANTIQUE D' ORANGE ET FRANCE TELEVISIONS PRESENTE




ANDROMAQUE








Tragédie en cinq actes


Durée du spectacle : 2h sans entracte

Mise en scène Muriel MAYETTE

Scénographie et lumières Yves BERNARD

Costumes Virginie MERLIN

Musique Arthur BESSON

Assistante à la mise en scène : Josepha MICARD

Dramaturgie : Laurent MUHLEISEN

Assistant Scénographie : Michel ROSE







@ Christophe Raynaud de Lage






avec

Cécile BRUNE

Andromaque, veuve d’Hector, captive de Pyrrhus

Éric RUF

Pyrrhus, fils d’Achille, roi d’Épire

Élsa LEPOIVRE
Cléone, confidente d’Hermione

Céline SAMIE

Céphise, confidente d’Andromaque

Léonie SIMAGA
Hermione, fille d’Hélène, accordée avec Pyrrhus

Clément HERVIEU-LÉGER
Oreste, fils d’Agamemnon

Stéphane VARUPENNE

Pylade, ami d’Oreste

Aurélien RECOING
Phoenix, gouverneur d’Achille, et ensuite de Pyrrhus



en coréalisation avec les Chorégies d’Orange et Culturespaces



La pièce Andromaque

Lorsque Oreste arrive en Épire pour réclamer à Pyrrhus Astyanax, le fils d’Andromaque qui représente une menace pour les Grecs, il se heurte au refus du souverain, qui veut plaire à la veuve d’Hector dont il est épris.

Mais celle-ci lui résiste, fidèle au souvenir de son époux.
Ignorant les déclarations brûlantes d’Oreste, Hermione aime Pyrrhus, qui la dédaigne.

Les luttes menées par les membres de ce quatuor amoureux pour sortir de l’impasse radicale dans laquelle ils se trouvent sont le moteur de la tragédie qui réglera leur sort.

Poussé par Hermione, Oreste tue Pyrrhus le jour de ses noces avec Andromaque, qui s’était résolue à cette union pour sauver son fils.

Promise au châtiment des furies, Hermione se poignarde sur le corps de Pyrrhus.

Andromaque devient reine et veuve une seconde fois, tandis que Pylade soustrait Oreste, devenu fou, à la vindicte du peuple.



L'auteur Jean Racine

Il fit représenter Andromaque à l’âge de 28 ans, par la Troupe Royale le 17 novembre 1667, dans l’appartement de la Reine.
La veuve d’Hector était interprétée par Mlle Du Parc.

La pièce fit beaucoup parler d’elle et de son auteur, et fut appréciée par « ses Majestées ».

Racine, au seuil de sa maturité, signe là une œuvre maîtresse.
Dans la décennie qui suit, il écrit Britannicus (1669), Bérénice (1671), Bajazet (1672), Iphigénie (1674) et Phèdre (1677).

Élu à l’Académie française en 1672, il évolue dans les sphères proches du pouvoir.
En 1689 et 1690, il écrit les deux tragédies bibliques Esther et Athalie, représentées à Saint-Cyr devant Louis XIV. Il meurt en 1699 après avoir écrit un Abrégé de l’histoire de Port-Royal.










La mise en scène Muriel Mayette


Nommée administrateur général de la Comédie-Française le 4 août 2006, Muriel Mayette est comédienne et metteur en scène.

Ancienne élève de Michel Bouquet, de Claude Régy et de Bernard Dort, elle a été professeur au Conservatoire national supérieur d’art dramatique entre 2000 et 2006.

Entrée à la Comédie-Française en 1985 après une formation au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, nommée 477e sociétaire en 1988, elle a interprété de très nombreux rôles sous la direction notamment d’Antoine Vitez (La Célestine de Rojas, 1989), Claude Régy (Huis clos de Sartre, 1990), Jacques Lassalle (La Fausse Suivante de Marivaux, 1991 ; George Dandin de Molière, 1992 ; Platonov de Tchekhov, 2003), Matthias Langhoff (Danse de mort de Strindberg, 1996 ; Lenz, Léonce et Léna de Büchner, 2002), Alain Françon (La Cerisaie de Tchekhov, 1998), Philippe Adrien (Les Bonnes de Genet, 1997), Catherine Hiegel (Les Femmes Savantes de Molière et Le Retour de Pinter, 2000), Claude Stratz (Le Malade imaginaire de Molière, 2001 ; Les Grelots du fou de Pirandello, 2005).

Elle interprétait en 2007-2008 à la Comédie-Française et en tournée Le Malade imaginaire de Molière mis en scène par Claude Stratz et Fables de la Fontaine par Robert Wilson.

Elle a par ailleurs réalisé les mises en scène notamment de Oh, mais où est la tête de Victor Hugo ? en 1990 au Théâtre national de l’Odéon ; Les Amants puérils de Crommelynck en 1993, Chat en poche de Feydeau en 1998, Les Danseurs de la pluie de Karin Mainwaring en 2001 et La Dispute de Marivaux en 2009 au Théâtre du Vieux-Colombier ; Le Conte d’hiver de Shakespeare en 2004 et Dramuscules de Thomas Bernhard en 2005 au Studio-Théâtre.

Et pour le plateau de la Salle Richelieu, elle dirige la mise en scène de Clitandre de Corneille en 1996, du Retour au désert de Bernard Marie-Koltès en 2006, de l’Hommage à Molière en 2007, de Mystère bouffe et fabulages de Dario Fo et Andromaque de Racine en 2010.


En dehors de la Comédie-Française, elle a joué dans Le Misanthrope mis en scène par André Engel ; L’Inspecteur général de Gogol, mis en scène par Matthias Langhoff ; Quartett de Heiner Müller et Dona Rosita de García Lorca (à Nanterre en 2006), trois spectacles mis en scène par Matthias Langhoff ; ainsi que dans La Leçon de M. Pantalone, avec Mario Gonzalez, mise en scène par Christophe Patty (en tournée en 2006).

Elle est aujourd’hui Officier dans l'Ordre des Arts et des Lettres et Chevalier dans l'Ordre du Mérite.



http://www.choregies.asso.fr/fr/andromaque.html



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MessageSujet: Re: ANDROMAQUE à la Comédie Française   Ven 17 Juin - 19:37


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Vendredi 17 juin 2011 de 22h10 à 23h40 sur France 2


Andromaque







Le répertoire classique, hélas, n'est plus guère à la mode, comme il le fut tant à la fin du siècle précédent. Il intimide, ennuie, ou réclame une attention, une inspiration - des metteurs en scène, des spectateurs - qui font désormais défaut.
Quand elle s'attaque à Andromaque, Muriel Mayette au moins ne cherche pas à s'accaparer Racine.


Dans une pure scénographie de colonnes et de blancheur imaginée par Yves Bernard, les personnages errent tels des fantômes, brisés par la guerre de Troie qui vient de s'achever. Ils sont jeunes, ils ont tué, vu ou subi la mort ; ils sont désormais dans un au-delà où raison, passion n'ont plus de territoire défini, où la folie est proche.

Ce sont leurs phrases incandescentes, cruelles ou suppliantes, complexes ou simplissimes qui sont ici mises en scène.
Rien que ces mots, que Racine dissèque jusqu'à l'essence même du dire, jusqu'à la souffrance du dire.


Pas question ici de « réactualiser » le texte et d'infantiliser le public en démontrant la modernité de la pièce.
Mayette monte un Racine pur jus. Encore faut-il des interprètes à la hauteur de si drastique parti pris.

Si Eric Ruf est bouleversant en Pyrrhus rompu, à l'instar de Clément Hervieu-Léger en Oreste fragile et même d'Aurélien Recoing en discret confident, Cécile Brune est en revanche une trop « bien disante »

Andromaque, une épouse fidèle, une mère mélancolique à périr d'ennui... Reste que la cérémonie tragique est belle, les alexandrins sont sublimes et la mort et la désespérance si proches qu'on les toucherait presque...


Fabienne Pascaud Télérama du 11/06/2011



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Dernière édition par Bridget le Sam 18 Juin - 18:48, édité 1 fois
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Bridget



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MessageSujet: Re: ANDROMAQUE à la Comédie Française   Sam 18 Juin - 18:48




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Les oiseaux en piqués saluent le retour de la Comédie-Française au Théâtre antique d'Orange.
Ce mercredi soir, 15 juin, la troupe donne une représentation gratuite d'Andromaque, de Jean Racine, devant quelques centaines de spectateurs.
Ce soir, le spectacle sera retransmis en direct dans une réalisation d'un cinéaste qui connaît très bien le théâtre et aime les comédiens, Stéphane Metge. Pour l'heure, il est dans le camion de régie garé à quelques rues de là, devant le Palais des Princes.


Il scrute les images saisies par les quatre caméras installées sur les gradins, plus une sur le plateau. Il est là depuis plusieurs jours, a travaillé en amont avec l'équipe, a « son » film bien en tête. La représentation de ce mercredi sert de « secours » en cas d'incident, ce soir, au moment du direct.


Ce premier soir devant le public d'Orange et de la région est une réus­site.
Muriel Mayette, administrateur général de la Comédie-Française, rêvait depuis toujours de voir le « théâtre parlé » revenir au pied du grand mur édifié par les Romains. Elle a mis en scène cet hiver, salle Richelieu, la tragédie, en ayant en tête ce projet qui a trouvé en Nicolas Auboyneau, directeur du spectacle vivant à France Télévisions, un soutien indéfectible.

Culturespaces, qui gère le Théâtre antique, classé depuis 1981 au patrimoine mondial de l'Unesco, est également partenaire, ainsi que les Chorégies, le grand festival lyrique de l'été présidé par Raymond Duffaut.


Andromaque nous touche parce que cette pièce nous parle d'amour et de pouvoir. Elle touche le grand public parce que l'intrigue se développe sur les ruines de Troie.
Andromaque (Cécile Brune) est prisonnière de Pyrrhus (Éric Ruf), vainqueur de la guerre. Hermione (Léonie Simaga) était promise à Oreste (Clément Hervieu- Léger). Tout a changé. Tout le monde souffre. Le politique le dispute aux sentiments. La langue de Racine nous parle directement. À la fin, chacun est vaincu. L'émotion submerge.



Le son, la musique, les lumières, tout a été particulièrement étudié. Nul autre décor que le grand mur. Les huit comédiens réunis sont des solistes qui semblent surgir de la pierre dans des drapés arachnéens qui s'envolent dans le vent léger.
France 2 n'attend pas de cette retransmission une audience record mais tient à poursuivre sa politique culturelle. Elle le fera tout l'été.







Découvrez "Andromaque" aux Chorégies d'Orange le 17 juin sur France 2 sur Culturebox !




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