Jadis une noble aspiration, l'ONU n'est plus qu'une farce, par Rex Murphy(Article canadien)

Stephen Harper s'est rendu à l'ONU jeudi pour faire campagne en vue de l'obtention, par le Canada, d'un autre mandat comme membre du Conseil de sécurité. Mais pourquoi ? Comment l’ONU peut-elle avoir encore un semblant de prestige après avoir démontré tant d’impuissance, de corruption et de gaspillage ? Vaut-il la peine de quémander publiquement un siège au Conseil de sécurité ?
L'ONU est un cas d’école de relativisme moral : elle prête la même attention au régime le plus despotique au monde et aux véritables démocraties. Son soi-disant Conseil des droits de l’homme est une farce. Dans les situations exigeant une intervention urgente, il se montre incapable d'agir, ou bien il temporise délibérément dans des moments de crise.
Qui a oublié le Rwanda ?
L’ONU s’immisce dans les grandes questions de l’heure – par exemple, le climat de la planète - et cherche à monopoliser ou à contrôler les arguments et les données qui s’y rapportent. Elle affecte l'impartialité mais pousse son propre ordre du jour. L'Organisation des nations unies a peut-être été fondée avec de nobles idéaux, mais elle est devenue un simple forum de marchandage pour politiciens internationaux ; une tribune offrant à certains un bref moment de prestige ; une occasion pour les diplomates du tiers monde de goûter à l’Occident clinquant.
Outre notre Premier ministre, deux orateurs ont pris la parole jeudi. Barack Obama, avec son élégance et son calme habituels, a prononcé un discours appelant à soutenir son initiative de paix au Moyen-Orient. Il a été suivi, à peine une heure plus tard, par le président iranien qui, souriant comme un chat de Cheshire, a répété la fable selon laquelle le gouvernement américain a lui-même orchestré les attaques du 11-Septembre afin d'avoir un prétexte pour déclencher des guerres au profit du «régime sioniste».
Bien entendu, depuis qu’il est arrivé au pouvoir, Mahmoud Ahmadinejad maudit et dénonce Israël, qu'il menace d’annihilation. Sa haine est obsessionnelle et elle domine sa vision du monde entier. («En Europe et aux États-Unis, toutes les valeurs, y compris la liberté d'expression, sont sacrifiées sur l'autel du sionisme», a-t-il déclaré.) Mais accuser l'Amérique d'avoir massacré ses propres citoyens, et ce, dans un discours prononcé en sol américain, dépasse les bornes. C'est vomir la bile la plus nauséabonde qui soit.
Je pourrais comprendre qu’on entende cette pathétique camelote dans de sinistres bars ou cafés. Le mélange de vitriol et de bêtise n'est malheureusement pas rare. Mais ce n'était pas un bar ou un café sinistre. C’était l’Assemblée générale des Nations unies, un forum où l’on s’attendrait à ce que des accusations aussi offensantes et délirantes soient hors-limites.
Les délégués de certains pays, dont le Canada, ne sont pas restés dans la salle pendant ce discours. Mais le simple fait que l'ONU offre un forum permettant à Ahmadinejad de déverser ses spéculations extravagantes et haineuses en dit beaucoup sur cette organisation.
On souhaiterait que ce discours incite notre Premier ministre à reconsidérer sa décision de briguer un siège au Conseil de sécurité. Peut-être que l’ONU se réveillera si des nations responsables lui envoient le message qu’elles ne lui vouent pas un respect automatique et qu’elles ne sont plus disposées à jouer à ce jeu.
Mais je ne suis pas optimiste. Le problème avec les simulacres de longue date, c’est que personne ne veut être le premier à les faire éclater publiquement. Nous allons donc persister à demander «l’honneur» de siéger au Conseil de sécurité. Mais si nous obtenons ce siège, le Canada y apportera beaucoup plus d’honneur que celui que nous en retirerons.
Rex Murphy offers commentary weekly on CBC TV’s The National, and is host of CBC Radio’s Cross Country Checkup.
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