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 ROMAN POLANSKI

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Bridget



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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Sam 1 Oct - 13:32


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Roman Polanski : " Je suis habitué à la mort, oui "










Pour la première fois depuis son arrestation à Zurich, en 2009, Roman Polanski se confie dans une interview-document, qui sera diffusée à la Télévision suisse romande, dimanche 2 octobre .


Le cinéaste a accepté de répondre à Darius Rochebin, présentateur du journal télévisé suisse. Il décrit sa captivité, son travail en prison. Il raconte une vie marquée par une suite d'événements dramatiques.



"Dès ses premières réponses, précise Darius Rochebin, j'ai senti que Roman Polanski était en veine de confidences. Ce lundi 26 septembre, au Gstaad Palace, désert, ouvert uniquement pour nous, il semble soudain dénoué, ouvert à toutes les questions. Il avait accepté 'quelque chose de très court, juste pour les news'."


Il restera assis 60 minutes devant les caméras de la TSR. "Il ne donne presque jamais d'interview. Il a visiblement envie de faire une exception, poursuit Darius Rochebin.
Peut-être une manière de boucler la boucle : il vient recevoir à Zurich le prix qui lui était destiné quand il a été arrêté, il y a deux ans jour pour jour. C'est aussi le fruit d'une relation de confiance depuis deux ans. Je me suis rendu plusieurs fois dans son chalet de Gstaad.

Nous avons parlé de son incroyable capacité de survie, de nos lectures respectives et du gâteau au pavot polonais qu'il m'a fait partager en signe de bienvenue."



Le Prix d'honneur du Festival de Zurich, Carnage, ovationné à la Mostra de Venise, cette tournée des honneurs, après le déshonneur de la prison, c'est ironique ?



Roman Polanski : C'est une chose à laquelle j'ai été déjà habitué il y a trente-quatre ans ! Il ne faut pas oublier que je suis allé en prison. J'ai fait ma peine. C'est pour ça que je suis parti des Etats-Unis, à l'époque, parce qu'on voulait "rebeloter". Mais cette fois, c'était plus supportable. Je n'avais plus cette panique du jeune metteur en scène jet-set qui ne reste jamais dans un même endroit plus que trois ou quatre jours.



Lors de l'affaire DSK, certains ont fait la comparaison avec vous. Une pulsion qui fait basculer une vie…


Oui. Oui. Bien sûr, oui.



Vous avez eu des regrets ?


Oui, naturellement. Cela fait quand même trente-quatre ans. Bien sûr, j'avais des regrets.



Aujourd'hui vous ne pouvez aller qu'en Suisse, en France, en Pologne…


Je vis en France, je suis français !



Oui bien sûr, mais il y a beaucoup d'endroits où vous ne pouvez pas aller. Vous sentez un enfermement ?


Non, parce que, déjà, je me suis habitué pendant cette année sabbatique [rire]. Et puis j'ai beaucoup voyagé dans ma vie. Ce qui compte pour moi, c'est d'être près de ma famille et de ne pas être séparé comme pendant cette année. Ce qui est bon maintenant, c'est que la vie est absolument normale.



On vous décrit parfois comme un nain maléfique et vicieux, ou comme un génie du cinéma, ou les deux à la fois…


Cette image de moi a commencé à la mort de Sharon Tate. C'est ça qui a plu aux médias, et ça roule comme une boule de neige. Ça a vraiment explosé avec l'invention de l'Internet.



La première fois que vous êtes venu en Suisse, c'était pour quoi ?


Bizarrement, la première fois, c'était pour fuir les médias. C'était après la tragédie qui nous est arrivée à Los Angeles, où Sharon Tate, ma femme, enceinte de huit mois, a été assassinée avec trois de mes amis. Avant qu'on trouve Manson, j'étais même soupçonné d'avoir quelque chose à faire avec ça. Cela excitait énormément les médias parce que je venais de finir le film Rosemary's Baby sur la magie noire et ils ont fait immédiatement un amalgame.


C'était insupportable. J'avais un ami qui m'a invité à Gstaad. Il m'a dit : "Ici tu seras à l'abri." Et en effet, à cette époque, on était complètement à l'abri. Il y avait quelques paparazzis qui venaient autour des fêtes de Noël dans la haute saison pour vous photographier et c'était tout.



Sharon Tate a été tuée alors qu'elle était enceinte. Votre mère avait été tuée à Auschwitz, elle aussi enceinte. Et vous vous êtes refait, toujours. Comment avez-vous fait ?


Vous savez, je me pose la question. Je suis peut-être fait d'un matériau plus dur. On pourrait faire des clous avec moi.




Vous avez vu si souvent la mort, la mort de ceux que vous aimiez, la mort à laquelle vous avez échappé ! Cela change le point de vue ?



Certainement, j'ai vu la mort très jeune, dans le ghetto. La première fois, j'ai vu une femme tuée, quand j'avais 7 ans, à quatre mètres de moi. C'est comme le chirurgien, il s'habitue au ventre ouvert. Je suis habitué à la mort, oui.



Il y a des tournants étonnants dans votre parcours, dans votre enfance, quand vous dites à une fille "baise mon cul", cela détermine beaucoup de choses !


Oui, c'était mon premier jour dans une crèche et on m'a viré tout de suite. Donc je n'ai jamais été en crèche. Mes parents étaient désespérés ! Il s'en est suivi un parcours compliqué. Très !

A l'école il y avait un épidiascope. J'étais fasciné, pas tellement par les illustrations de livre que ça permettait de projeter, mais par le mécanisme de la projection. J'étais toujours le problème de la classe, parce que je mettais la main devant l'objectif pour faire des ombres chinoises, c'était la mécanique de la projection qui me fascinait.



Au cinéma, de quand date la première illumination ?


C'était des moments où ma grande sœur m'emmenait voir des films. J'étais trop petit pour aller au cinéma, la seule chose intéressante c'est que le cinéma était vide, c'était l'après-midi et lorsque je voulais faire pipi, elle ne voulait pas rater la scène, elle me faisait pisser sous les rangs.



Ensuite, vos parents sont déportés. Vous êtes caché dans des familles polonaises catholiques.


C'était la campagne vraiment médiévale… Il n'y avait à manger que du gruau. La famille chez qui j'étais avait trois gosses. La femme était extrêmement bonne, très religieuse, et certainement cela avait à voir avec ça. Elle m'aimait beaucoup. C'était bien, ça, c'était bien.



Il y avait la peur, la méfiance ?


Oui, parce qu'on pouvait me découvrir. Heureusement, j'avais un physique extrêmement polonais. J'avais des cheveux clairs. On peut encore le voir un peu, même s'ils sont gris. J'avais un physique qui n'était pas difficile à cacher .



Vous avez eu beaucoup de chance ?



Beaucoup de chance oui. Beaucoup de malchance aussi. Cela se mélange. Peut-être que, dans cette amplitude, les hauts paient pour les bas…



Dans vos films l'humour se mélange aux situations dramatiques.


Dans la vie, l'humour se mélange au tragique ! Je me rappelle, en Pologne, les funérailles de mon père. C'était à l'époque où on sortait du communisme. Il y avait encore la vodka dans toutes les circonstances et les quatre croque-morts venus porter le cercueil étaient complètement bourrés. J'étais furieux. Je ne savais pas quoi faire.
Il y avait mes amis, cinéastes, Wajda, Morgenstern. Ils m'ont dit : on va porter le cercueil. C'était drôlement lourd. Moi et Morgenstern, on était petits. Je sentais que le corps de mon père glissait vers nous, on portait tout le poids. C'était des trucs comiques et dramatiques et même temps.



Carnage, c'est un film que vous avez écrit en partie en captivité, ce sont des conditions très particulières.



C'est des bonnes conditions ! Moi, je forcerais certains scénaristes à se faire arrêter pour se mettre au boulot [rires]. Avant, dans les studios hollywoodiens, il y avait une partie qui s'appelait writer's block, et les scénaristes pointaient le matin !

C'est l'histoire de deux couples qui ont des rapports courtois au début, puis tout dégénère en insultes et en haine. C'est ça qui m'a séduit dans la pièce [de Yasmina Reza].
C'est la dénonciation du politiquement correct. Les personnages révèlent leur vraie nature humaine. C'est-à-dire des gens capables de haine, d'égoïsme, mais tout ça est couvert par le vernis de la classe moyenne, qui se veut d'ailleurs très civilisée.



On est tous comme ça ?



Je pense qu'on est tous comme ça, peut-être avec quelques exceptions… Moi ! [Rires.]



Oui, vous êtes pire !


Non je ne pense pas, je pense que j'ai moins de vernis…




La vraie nature des gens, sous le vernis, c'est une source d'inspiration dans tous vos films…



Souvent oui, montrer la vraie nature des gens. D'ailleurs, dans mon premier film, Le Couteau dans l'eau, il y avait beaucoup de ça et j'étais tout jeune, j'avais 27 ans quand j'ai fait ce film…




Pendant votre captivité, vous avez travaillé en prison, sur la table où les prisonniers coupent les oignons !


J'étais en train de terminer Ghost Writer. J'avais un ordinateur, mais je n'avais pas le droit à l'Internet. On m'envoyait des DVD. Je faisais des notes que je donnais à l'avocat, l'avocat les donnait à la police, la police les rendait à l'avocat. Ensuite, on les envoyait à mon monteur. C'était un processus extrêmement lent. Ils nous ont installés dans une salle où normalement les prisonniers pèlent les oignons pour gagner un peu de sous.




Vous nous racontiez que c'est votre fils qui a coupé le bracelet électronique à votre libération. Le goût de la liberté, c'était quoi ?


C'était un peu bizarre les premiers jours. C'est un autre angle, dans notre langage de cinéastes. Cela a des séquelles quand même. On ne fonctionne pas pareil après une expérience comme ça, à mon âge, si longtemps après tout ça…




Je me souviens vous avoir entendu dire que ce que vous préférez dans le cinéma, c'est les files d'attente des spectateurs à l'entrée !



Bien sûr, on peut faire les choses les plus merveilleuses, mais si elles ne sont pas acceptées, c'est des vies tragiques. C'est Van Gogh qui a vendu une seule toile, et encore, à son frère, je crois. Ce grand peintre qui est mon peintre absolument préféré a eu une vie pour nous, pas pour lui-même. Je n'ai pas cette ambition, je voudrais vouloir partager ma vue du monde avec d'autres.



Article paru dans l'édition du 02.10.11


http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/10/01/roman-polanski-je-suis-habitue-a-la-mort-oui_1580832_3246.html



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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Dim 2 Oct - 12:24



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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Mar 6 Déc - 16:47

Polanski plus fort que les bobos

Le Point - Publié le 06/12/2011

Véritable jeu de massacre, "Carnage", qui sort sur nos écrans le 7 décembre, transcende la pièce originale de Yasmina Reza.



Les revolvers pirouettent dans les airs, les balles sifflent, les chargeurs se vident. Règlements de comptes à OK Corral ? Non, conversation de salon à Brooklyn. Nous sommes chez Penelope (Jodie Foster) et Michael (John C. Reilly), sur un canapé confortable, devant une table basse garnie de livres d'art. Tous deux sont souriants, bien-pensants, têtes à claques. Face à eux, Nancy (Kate Winslet) et Alan (Christoph Waltz) - apprêtés, arrogants, odieux. On mange de la tarte aux poires, on discute. L'enfant des uns a cassé la dent de celui des autres ; le jeu de massacre peut commencer. On comprend aisément ce qui a séduit Roman Polanski dans la pièce de Yasmina Reza Le dieu du carnage (Albin Michel). D'abord, c'est un huis clos - leitmotiv de son cinéma apparu dès son premier film (et premier chef-d'oeuvre), Le couteau dans l'eau (1962). Leitmotiv de sa vie, aussi : lui, l'enfant du ghetto de Cracovie, n'était-il pas aux arrêts dans son chalet de Gstaad quand il travaillait au scénario ? Après The Ghost Writer, qui montrait un écrivain coincé dans la demeure luxueuse d'un homme politique, voici donc un nouvel affrontement entre quatre murs qui fait étrangement écho à la vie de son metteur en scène.

Vernis

Or, c'est dans la seconde partie, quand l'affrontement cesse d'être feutré pour devenir sanglant, que Polanski est à son meilleur. Le craquèlement du vernis de la civilisation, voilà qui le connaît : depuis son court-métrage polonais Les mammifères (1962), il n'a eu de cesse de faire apparaître l'animal qui sommeille en l'homme - insecte dans Répulsion (1965), loup dans Le bal des vampires (1967), cochon dans les mises en scène érotiques (volontairement grotesques) de Lunes de fiel (1992)... Est-ce un hasard si Polanski lui-même a joué sur scène Gregor Samsa, l'homme devenu cafard de La métamorphose ?

Carnage distille tous les plaisirs de la pièce. On rit beaucoup, surtout grâce à Christoph Waltz (le colonel nazi d'Inglourious Basterds), plus déchaîné encore que chez Tarantino. On y retrouve le goût du cinéaste pour une ironie sèche, son penchant pour les femmes au bord de la crise de nerfs et son pessimisme radical sur la nature humaine. Pessimisme que la transposition de l'intrigue du 14e arrondissement parisien à un quartier résidentiel de New York n'atténue guère. On les trouve donc des deux côtés de l'Atlantique, ces avocats arrogants et ces bourgeoises éperdues de compassion pour le sort de l'Afrique, ces parents surinvestis et ces couples sans désir ?

Insectes tordus

Une fois que la tarte aux poires a fait son effet et que Nancy vomit sur la table basse, les personnages de Carnage montrent donc leur vrai visage : ce ne sont plus des êtres policés, mais des insectes tordus et grimaçants que Polanski observe avec l'oeil clinique de l'entomologiste. Il contemple, par exemple, la façon dont sa mini-guerre des classes - grands bourgeois glaciaux contre bobos donneurs de leçons - tourne à l'affrontement entre les sexes. Le propos est divertissant, mais un peu léger, et ce n'est qu'à son style sec, affûté, impérial, que le cinéaste doit de le transcender. Il fut un temps où Roman Polanski observait nos grandes tragédies secrètes, notre paranoïa toujours justifiée - car autour de Rosemary rôdent vraiment des sorciers, et nos dirigeants sont réellement corrompus (Chinatown, The Ghost Writer). Carnage, peut-être parce que ses personnages antipathiques laissent le cinéaste indifférent, n'a pas la même portée philosophique. C'est un film où l'on rit plus que l'on ne s'inquiète de la marche du monde, un film sardonique qui rappelle la conclusion amère de Lunes de fiel, le roman de Pascal Bruckner : "Aujourd'hui, la tragédie ne s'abat plus sur les hommes par malédiction, elle naît de leur gaucherie. (...) Nos drames ne sont pas seulement douloureux, ils souffrent du handicap supplémentaire d'être ridicules." Or, c'est parce qu'il croque notre ridicule contemporain en refusant d'en faire un drame que Carnage touche si juste. Et fait mal.

Par FLORENCE COLOMBANI


Florence Colombani vient d'obtenir le prix du livre d'histoire du cinéma au Festival du film d'histoire de Pessac pour Roman Polanski, vie et destin de l'artiste (une coédition Philippe Rey-France Culture, 230 p., 18 euros).

http://www.lepoint.fr/cinema/polanski-plus-fort-que-les-bobos-06-12-2011-1404362_35.php


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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Mer 7 Déc - 9:30

Petit carnage entre voisins


Et si nous n'étions rien d'autre que des enfants mal élevés ? La plupart du temps, l'homme dit civilisé parvient à surmonter son instinct. Malheureusement, il lui arrive de sombrer, de partir en vrille, de vouloir casser la gueule à son voisin, de vomir sur sa moquette... De plus, il fait un métier à la noix et son jus de cerveau sent le rance.

« Carnage », le dernier film de Roman Polanski, c'est ça : comment deux couples, prisonniers d'un huis-clos, disjonctent. Théoriquement ils sont là, dans ce propret appartement new-yorkais, pour faire preuve de plus de maturité que leurs enfants. L'ado du premier couple ayant fait exploser les incisives de l'enfant du second à coups de bâton, les parents se retrouvent pour parler assurance, éducation, morale. Le dialogue commence à pas feutrés, poliment. Puis le ton monte. L'alcool et la tension font craquer le vernis de personnages qui finissent par dire ce qu'ils pensent... Et non ce qu'il conviendrait de dire.

Dans « Carnage », les enfants en viennent aux mains ; les adultes, qui ne valent guère mieux, se lancent à la figure de lourdes vérités. On engueule l'autre couple ; on s'engueule, aussi, en couple.
Constat lucide et glauque

Tiré d'une pièce de Yasmina Reza, ce film sonne cruellement juste. Prouvant que, même si l'homme peut paraître bon en surface, il ne faut pas gratter longtemps pour faire ressortir ses défauts. Pour autant, « Carnage » n'est pas une amorce de thérapie. C'est un constat lucide, un peu glauque. Roman Polanski a prouvé qu'il savait faire peur (« Rosemary's Baby », « Le Locataire »), qu'il pouvait faire rire (« Le Bal des vampires ») et s'amuser à jouer avec nos nerfs (« Frantic », « Ghost Writer », ...). Ici, s'appuyant sur des acteurs justes, il philosophe.

DAVID BARROUX, Les Echos

http://www.lesechos.fr/culture-loisirs/sorties/cinema/0201776137781-petit-carnage-entre-voisins-259340.php


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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Jeu 1 Mar - 15:54

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LE PIANISTE ( 2001 )


Drame réalisé par Roman Polanski


Jeudi 1 mars de 20:35 à 23:08 sur France 3









De sa Palme d'or aux Oscars, Le Pianiste a glané de par le monde près d'une quarantaine de récompenses.
Ce destin exceptionnel vient indirectement rappeler ce qui , pour beaucoup de sceptiques , faisait à l'avance les limites de ce film : il s'agit d'une production internationale, initiée par les Français, tournée en Pologne, mais en anglais.

Roman Polanski ne pouvait, dans ces conditions, qu'avoir vendu son âme au diable et cédé à l'académisme.

C'est tout le contraire qui apparaît : une oeuvre nécessaire, profondément habitée par la personnalité et le style de son auteur.













Pour raconter l'histoire véridique du pianiste Wladyslaw Szpilman - qui fut prisonnier du ghetto de Varsovie et n'échappa à la déportation qu'en se terrant dans les ruines de la ville -, Polanski ne se place pas en grand chef d'orchestre d'une superproduction.

Il y a de l'ampleur dans cette reconstitution d'un monde disparu, mais la sensibilité qui domine, c'est celle du soliste. Celle du pianiste : un homme seul filmé par un homme qui connaît visiblement la solitude. Ici, elle est partout.

Dans le ghetto, où le chacun pour soi devient la loi commune.

Dans le regard d'enfant terrorisé d'Adrien Brody, magnifique.

Pianiste sans piano pendant presque tout le film, la musique ne le quitte pourtant pas.

Ni le courage de vivre. Il est le symbole d'une résistance humaine dont Polanski montre la valeur de miracle dans un monde ravagé par la haine et l'absurdité.










Wladyslaw Szpilman était son nom.

En 1935, la radio d'Etat polonaise l'engagea, à Varsovie.
Il avait 24 ans et son talent était déjà reconnu. Un grand pianiste, une célébrité. Il devait sûrement en imposer, ce jeune prodige.


Sur l'écran aujourd'hui, joué par Adrien Brody, c'est un homme qui semble presque capable de disparaître derrière la musique qu'il fait surgir au bout de ses doigts.
Une admiratrice l'attend devant les studios de la radio, et c'est lui qui l'admire aussitôt.

Mais les Allemands bombardent. C'est 1939, la nuit noire du nazisme tombe sur Varsovie et sur le discret, le secret Wladyslaw Szpilman.


Roman Polanski ne le quitte jamais, si proche de ce personnage qu'il paraît le connaître depuis toujours.

Si le pianiste est réservé, c'est sans doute que son metteur en scène l'est aussi. L'un et l'autre fuient la virtuosité pour la virtuosité, les effets, la complaisance.

Mais, pour Polanski, qui a souvent été tenté par les exercices de style, c'est une sobriété nouvelle.



Même avec sa Palme d'or, son film est parfaitement étranger à ce désir plutôt bien vu au cinéma : briller.
Son ambition est plus grande et plus sérieuse. Il s'agit de trouver la note juste pour une partition retentissante et délicate : la vie de Wladyslaw Szpilman tout au long des années de guerre, dans le ghetto puis dans les ruines de Varsovie, la mort toujours à ses côtés.











Pour raconter cette histoire, Polanski ne se place pas en grand chef d'orchestre d'une superproduction. Il y a de l'ampleur dans cette reconstitution, dans cette vision d'un monde disparu, mais la sensibilité qui domine, c'est celle du soliste.


Du pianiste : un homme seul filmé par un homme qui connaît visiblement la solitude. Ici, elle est partout. Les premiers effrois passés, on veut vite se rassurer chez les Szpilman : autour du poste de radio, Wladyslaw, ses parents, son frère et ses deux soeurs écoutent les nouvelles.


L'Angleterre entre en guerre, et la France va suivre, « la Pologne n'est plus seule ! » Mais si, elle est seule. Comme ils sont seuls, tous les juifs qui sont conduits dans le ghetto en un long cortège funèbre, comme au tombeau.
C'est pourtant encore la vie, chacun veut y croire, et Polanski montre cet espoir qui s'accroche à tout, même à ce qui ne peut faire que le désespoir.


Mais il ne joue pas avec les illusions de ses personnages. Jamais mélodramatique, sa peinture du ghetto de Varsovie ne dit, profondément, qu'une seule chose : là, il n'y avait plus de salut. Et plus beaucoup de solidarité.


Quand la faim et la peur tenaillent, le chacun-pour-soi devient la loi commune. La bonté n'est pas forcément aussi efficace. Un homme qui a signé un faux certificat de travail pour le père de Wladyslaw Szpilman le lui donne avec ces mots : « Ça ne servira à rien. »
Même avec les papiers qu'exigent les Allemands pour vous accorder le droit de rester dans le cauchemar du ghetto, vous serez déportés. Le pire est toujours sûr.








Pas de colère ni de pathos pour rappeler cela. Polanski ne se fait pas le porte-voix des sentiments dictés par l'Histoire. Il a les siens, généreux sans naïveté, pessimiste sans insistance.


Quand les Szpilman sont parqués, avec d'autres, avant d'être envoyés à Treblinka au « recyclage », comme dit un soldat, le père achète un caramel et le coupe en six morceaux. La scène est émouvante, mais pas seulement. C'est aussi une image terre à terre, lucide, d'une histoire collective devenue terriblement dérisoire : un pauvre caramel, payé une fortune parce que la loi du profit est increvable, c'est tout ce que peuvent partager ces six-là. Car c'est chacun sa guerre. Le train de la mort part. Wladyslaw Szpilman n'est pas dedans.


L'Histoire ressemble à une partie de roulette russe. La vie à laquelle chaque habitant du ghetto se rattache, cette vie magnifique pour laquelle ils sont prêts à endurer tout, les Allemands la jouent aux dés. Ou c'est tout comme.

Une femme pose une question à un soldat, il lui répond en lui tirant une balle dans la tête. Il aurait pu lui donner une claque, des coups de poing, un coup de crosse, l'insulter ou lui parler : c'est comme ça lui chante, il a tous les droits.

Cet horrible « bon plaisir » des nazis domine tout le film, et son pouvoir de terreur n'a jamais été plus impressionnant. Des Allemands entrent dans un immeuble du ghetto, ou font aligner des hommes dans la rue. C'est rapide, c'est brutal, comme si la foudre tombait.

Des atrocités de la guerre, on en a sûrement vu d'autres au cinéma, plus insupportables encore. Mais devant ces scènes du Pianiste, la peur la plus grande nous gagne : celle d'un enfant effaré, désemparé, horrifié.










Cet enfant que fut Polanski, à Cracovie, dans le ghetto. Wladyslaw Szpilman redevient lui-même un petit garçon.
Echappé du ghetto, il trouve refuge dans des appartements déserts où des amis polonais le laissent avec toujours la même recommandation : ne fais pas de bruit.


Comme un enfant sage et solitaire, Wladyslaw Szpilman observe alors, par la fenêtre, le spectacle de la guerre qui continue. C'est là qu'Adrien Brody apparaît définitivement comme un extraordinaire interprète pour ce personnage.










Aucun acteur n'a autant d'enfance dans le regard. Le sens du temps, de la guerre, de la vie, de la mort, durant cette dernière partie tout se perd dans un monde qui semble avancer, tout à la fois, vers le néant et vers la paix.


Quand Wladyslaw Szpilman rencontre finalement un officier allemand qui pourrait l'achever mais qui lui donne à manger, les grands sentiments menacent : bonté, pardon, pitié...

La vérité des personnages, plus étrange, l'emporte heureusement encore : Szpilman est devenu une sorte d'homme des cavernes, sauvage hirsute, et la barbarie nazie a le visage de cet officier mélancolique et mélomane.
L'homme des cavernes joue Chopin, et la musique dissipe la terreur, efface tout.

Un moment magnifique, entre le miracle et l'absurdité de la vie.


Avec Polanski, l'absurdité est émouvante, comme une image de l'humanité sans fard. Wladyslaw Szpilman, pianiste sans piano pendant presque tout le film, pianiste dans les ruines, est l'homme de l'absurdité. Il a survécu là où il ne pouvait pas vivre, il est magnifiquement humain .


Frédéric Strauss / TELERAMA 25 / 09 / 2002.













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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Ven 11 Mai - 19:43


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Roman Polanski se lance dans l'affaire Dreyfus









Dans son prochain film, le réalisateur polonais revient à sa manière sur la fameuse affaire qui bouleversa et divisa la France au XIXe siècle.



«J'ai longtemps voulu faire un film sur l'affaire Dreyfus, en le traitant non pas comme un film en costumes, mais comme une histoire d'espionnage», a déclaré Roman Polanski, au site américain Hollywood Reporter.
Pour mener à bien le projet, qui a pour titre l'initiale D , le cinéaste s'entourera à nouveau de Robert Harris au script (auteur et scénariste de The Ghost Writer), de Robert Benmussa et Alain Sarde, côté production. En ce qui concerne le casting en cours, rien n'a transparu.


Après la Révolution française, l'affaire Dreyfus est l'événement le plus marquant et retentissant de l'histoire contemporaine de la France. En 1894, l'officier français Alfred Dreyfus, de confession juive, est accusé à tort de trahison et emprisonné à l'île du diable, pour être gracié cinq ans plus tard.
Douze années se seront écoulées avant sa réhabilitation en 1906.


Une simple affaire d'espionnage, qui a divisé intrinsèquement la France, et révélé la domination de l'antisémitisme sur l'esprit public ainsi que l'émergence d 'une idéologie raciste.
Un aspect qui intéresse particulièrement Roman Polanski, qui a tenu à: «Démontrer la pertinence absolue de ce qui se passe dans le monde d'aujourd'hui - le spectacle séculaire de la chasse aux sorcières sur un groupe minoritaire, de la paranoïa sécuritaire, des tribunaux militaires secrets, les agences de renseignement extérieur ou les affaires étouffées des gouvernements.
Sans compter une presse enragée», a-t-il précisé.


Petit et grand écran se sont déjà emparés de l'affaire, multipliant les adaptations, la première datant de 1899, consistant en un court-métrage réalisé par Georges Méliès.



http://www.lefigaro.fr/cinema/2012/05/10/03002-20120510ARTFIG00570-roman-polanski-se-lance-dans-l-affaire-dreyfus.php




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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Dim 13 Mai - 16:18


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Cannes 2012 : ROMAN POLANSKI, A FILM MEMOIR


De Laurent Bouzereau. Sélection officielle, hors compétition, Séances spéciales.








Synopsis : Le documentaire relate la vie exceptionnelle de Roman Polanski, depuis son enfance dans le ghetto de Cracovie, ses premiers films en Pologne, puis son départ pour Paris, sa carrière en Europe et aux Etats-Unis, couronnée par un Oscar pour LE PIANISTE, l’épisode tragique du meurtre à Los Angeles de Sharon Tate, sa femme, enceinte de 8 mois, la controverse autour de son arrestation en 1977, jusqu’à son travail et sa vie aujourd’hui en France avec son épouse Emmanuelle Seigner.


Les entretiens ont été enregistrés chez Roman Polanski, dans son chalet suisse de Gstaad, où il a été pendant plusieurs mois en détention surveillée, arrêté alors qu’il se rendait au Festival du Film de Zurich, à l’automne 2009. Les conversations sont illustrées par des extraits de ses films, des images d’archives de la télévision, des coupures de presse, des photos personnelles et exclusives et d’autres documents, établissant la chronique de la vie extraordinaire du cinéaste.


De Laurent Bouzereau. Grande-Bretagne. 1h34







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joachim



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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Lun 21 Mai - 12:35

Un grand bonhomme pour l'ensemble de son oeuvre, c'est mon avis en tout cas. Même s'il a un certain côté "sulfureux", ce qui compte c'est ce qu'il a donné à l'humanité.
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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Jeu 6 Sep - 9:06

Soirée Polanski le 9 octobre sur Canal+.


A l’occasion de la diffusion en première exclusivité le mardi 9 octobre à 20H55 de son dernier long-métrage CARNAGE, CANAL+ consacre une soirée spéciale au cinéaste Roman Polanski. Le film sera suivi de ROMAN POLANSKI : A FILM MEMOIR, un documentaire inédit réalisé par Laurent Bouzereau, présenté hors compétition au festival de Cannes cette année.



20H55 - CARNAGE

2011 - 80 min - France - Allemagne - Pologne - Espagne
Comédie dramatique de Roman Polanski avec Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz, John C. Relly

Roman Polanski adapte la célèbre pièce de théâtre de Yasmina Reza, LE DIEU DU CARNAGE. Un huit clos jubilatoire dans lequel deux couples s’écharpent à la suite d’une bagarre entre leurs enfants. Un jeu de massacre brillant interprété magistralement et récompensé par le César de la meilleure adaptation 2012.



22H15 - LE ROMAN DE POLANSKI

Royaume-Uni / 2011 / 90 minutes
Documentaire inédit réalisé par Laurent Bouzereau
Sélection Officielle Cannes 2012 – Séance Spéciale
Ce documentaire relate la vie exceptionnelle du cinéaste, depuis son enfance dans le ghetto de Cracovie, ses premiers films en Pologne, son départ pour Paris, sa carrière en Europe et aux Etats-Unis, l'épisode tragique du meurtre à Los Angeles de Sharon Tate, la controverse autour de son arrestation en 1977, jusqu'à son travail et sa vie aujourd'hui en France. Les entretiens ont été enregistrés dans son chalet à Gstaad, où il a été pendant plusieurs mois en détention surveillée, arrêté alors qu'il se rendait au Festival du Film de Zurich, à l'automne 2009. Les conversations sont illustrées par des extraits de ses films, des images d'archives de la télévision, des coupures de presse, des photos personnelles et exclusives et d'autres documents. Fidèle collaborateur du réalisateur, le compositeur Alexandre Desplat signe la musique du documentaire.



Crédit photo Guy Ferrandis
Photo © 2011 SBS Productions / Constantin Film Produktion / SPI Film Studio / Versátil Cinema / Zanagar Films / France 2 Cinéma

http://www.leblogtvnews.com/article-soiree-consacree-a-polanski-le-9-octobre-sur-canal-109773967.html


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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Jeu 20 Sep - 18:38

Roman Polanski en tournage dès Novembre !

[center]Le réalisateur adaptera une pièce librement inspiré de La Vénus à la fourrure de Leopold von Sacher-Masoch.


En attendant sa vision de l'Affaire Dreyfus, le metteur en scène franco-polonais a annoncé la mise en route d'un nouveau projet, inspiré de la pièce La Vénus à la fourrure de David Ives, transposition contemporaine et libre du livre sulfureux de Leopold von Sacher-Masoch publié au XIXe siècle.

Emmanuelle Seigner, compagne du réalisateur, fera face à Louis Garrel dans ce long métrage en langue française, décrit comme "une brillante comédie", par M. Polanski. Le tournage se déroulera à Paris, à partir de novembre prochain.

A venir "D."

Agé de 78 ans, Roman Polanski s'attèlera ensuite à D., consacré à l'affaire Dreyfus. Le scandale politico-judiciaire, entre espionnage et antisémitisme, avait divisé la France à la fin du XIXe siècle. L'affaire a connu divers soubresauts, dont le fameux J'Accuse... d'Emile Zola, allant jusqu'à ébranler la IIIe République, avant la reconnaissance de l'innocence de Dreyfus en 1906.

http://www.commeaucinema.com/tournage/roman-polanski-en-tournage-des-novembre,261206


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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Sam 8 Déc - 18:42

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« Tess », le retour




Cette pièce maîtresse de la filmographie du réalisateur est sortie en salles mercredi remasterisée et en Blu-ray.













Pathé nous invite à revoir au cinéma Tess du cinéaste Roman Polanski, sorti en 1978. La copie restaurée impose des qualités visuelles et sonores exceptionnelles pour célébrer ce film sur la beauté d’une héroine tragique, sur le mouvement des saisons qui rythme le récit, la beauté du coeur humain et des passions qui animent les personnages du roman de Thomas Hardy: Tess d’Uberville.











INTERVIEW -




Sorti en 1979, Tess conte le destin tragique d'une jeune paysanne au cœur fier et à l'amour absolu, écrasée par les conventions sociales dans l'Angleterre du XIXe siècle.



Cette somptueuse adaptation du roman de Thomas Hardy, Tess d'Uberville, avec Nastassja Kinski dans le rôle-titre, revient sur les écrans dans tout l'éclat d'une version restaurée en numérique.

Trente-trois ans après, rencontre avec Polanski, plus méfiant mais toujours passionnément actif, qui prépare deux nouveaux films: La Vénus à la fourrure (pas celle de Sacher-Masoch, mais celle de l'Américain David Ives) et D. sur l'affaire Dreyfus.




LE FIGARO. - Que vous reste-t-il de Tess ?



ROMAN POLANSKI. - Le souvenir le plus marquant que je garde, c'est la fraternité particulière qui s'est développée dans l'équipe. Cela vient certainement de la longueurdu tournage, qui nous a réunis pendant neuf mois, au fil des quatre saisons entre Bretagne, Normandie et région parisienne.

Chaque jour était une aventure. La nature a beaucoup contribué à nous souder. Je me souviens d'une brusque chute de neige, complètement inattendue. Il a fallu tout dégager autour du manoir où nous devions tourner.
Il y avait sans cesse des contretemps. Vers la fin, c'était une grève qui bloquait les studios de Joinville, où nous avions entreposé les pierres de Stonehenge. Donc, il fallait se battre ensemble, trouver les solutions. (Il va chercher une vieille carte de France chargée de cercles rouges et d'annotations.) Tenez! J'ai gardé cette carte des lieux de tournage: Boulogne, Morlaix, Compiègne…




C'était encore très artisanal…



L'informatique a facilité les choses. J'ai toujours été passionné par la technologie, ce petit département de la science. Enfant, j'essayais de construire des projecteurs, cela me fascinait.
Dès que j'ai pu, après la guerre, j'ai acquis un projecteur très simple, dans une boutique de jouets de Cracovie qui avait un nom français, «Filous». Je n'avais pas d'argent, mais je l'ai échangé contre un lot de figurines trouvées dans une maison bombardée. Dans mon travail, il y a deux choses importantes, la direction d'acteurs et la technique. Et j'ai eu la chance de faire jeune deux choses qui m'y ont formé: du théâtre, et du dessin aux Beaux-Arts. J'ai appris les lois de la perspective, les principes d'optique.




Vous avez la réputation d'être d'une grande rigueur dans le travail…



J'aime la précision et l'attention aux détails, parce que c'est la somme des détails qui donne la qualité de l'ensemble. Dans la vie ordinaire, je ne suis pas un maniaque de la discipline, je serais plutôt bordélique.
Mais au cinéma, qui est une chose collective, le désordre est nocif. On ne peut pas créer sur le plateau, il faut que l'équipe sente une cohérence, sinon, elle se démotive.
Je dis cela, mais pour Tess on n'était pas toujours bien préparé, parce qu'on n'imaginait pas la complexité du film. Et si on l'avait sue, on ne l'aurait sans doute pas entrepris. Certains films sont des voyages aussi imprévisibles que l'expédition de Christophe Colomb ; Tess est de ceux-là.




Tess est une histoire d'amour. C'est rare dans votre filmographie…



Depuis, j'ai tourné Lunes de fiel, mais c'est un autre ton. Tess reste mon seul film vraiment romantique. Sur le tournage, on se passait tout le temps de la musique de Chopin.





Vous êtes un romantique?



Je l'ai été dans ma jeunesse… Et je le suis sans doute encore, puisque la culture polonaise compte beaucoup pour moi. Ce qui me parle dans le romantisme, c'est tout ce qui est polonais. Chopin, Mickiewicz… Vous savez qu'il y a un monument à Mickiewicz, place de l'Alma? (Aussitôt, il part à sa recherche sur Google Earth)…
Mais on ne peut pas analyser ni transmettre le romantisme polonais. Ce sont des images, des références, qui font vibrer ceux qui ont baigné dedans. Quand j'entends mon fils jouer du Chopin, c'est universel, mais ça ne sonne pas de la même manière que pour un Polonais.





Quels sont les thèmes de Tess qui vous parlent le plus?



L'ironie du destin est très intéressante chez Thomas Hardy. L'éternelle question du libre arbitre et de la détermination. Si le père de Tess ne croisait pas le pasteur, au début, il n'y aurait pas d'histoire.
Et puis le poids des préjugés, des conventions. Ça ne change pas avec les époques. Il y a eu une brève parenthèse libérale-libertine dans les années 1970, mais aujourd'hui, on retrouve plus que jamais l'obscurantisme et le puritanisme. C'est étonnant que, malgré tous les développements de la science et du savoir, on soit envahi par la religion.





Qu'appelez-vous la religion?



Je pense que l'homme a une sorte de morale en lui, c'est comme un produit dérivé de l'espèce. Porter ou non un voile, couper des mains ou des pieds… Faire des listes de mots à ne pas dire, d'images à ne pas montrer, comme on en reçoit après chaque film si l'on veut qu'il passe dans les avions ou sur les chaînes publiques américaines.





Cela ne vous empêche pas de tourner. Vous avez deux projets en cours: D.sur l'affaire Dreyfus, etLa Vénus à la fourrure, avec Emmanuelle Seigner et Louis Garrel…



C'est passionnant de voir à quel point l'affaire Dreyfus reste dans l'esprit des gens. Un nouveau livre vient de sortir, le 506e. Les faits ne changent pas, mais le regard change. Je veux traiter le sujet comme une histoire d'espionnage.
Mais c'est un film très complexe à monter, je ne tournerai pas avant l'été prochain. En attendant, je vais réaliser ce mois-ci un film plus simple, La Vénus à la fourrure, d'après une pièce américaine de David Ives que j'ai trouvée extrêmement fascinante: il y a de la cruauté, de l'humour, de l'érotisme, du suspense.



http://www.lefigaro.fr/cinema/2012/12/04/03002-20121204ARTFIG00541-polanski-tess-est-mon-seul-film-romantique.php






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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Sam 25 Mai - 10:51

Alexandre Desplat : «Travailler avec Polanski est une bénédiction »


Le compositeur qui incarne la réussite de la musique française à Hollywood revient sur son travail avec le réalisateur dont La Vénus à la fourrure, en compétition au Festival de Cannes, est projetée ce samedi 25 mai.

LE FIGARO - Quel souvenir gardez-vous de votre première collaboration avec Roman Polanski ?

Alexandre DESPLAT - Celui d'une collaboration assez mystérieuse, placée sous le signe du chaos. C'était en 2009, pour The Ghost Writer. Roman Polanski était retenu en Suisse (suite à son arrestation à Zurich le 27 septembre 2009, ndlr). Pour une postproduction, on n'aurait pu imaginer pire scénario. Je savais juste qu'il avait entendu plusieurs pièces de moi que j'avais composées auparavant. J'ai donc dû imaginer ce qu'il aurait souhaité pour le film. J'avais une telle admiration pour son cinéma et pour le réalisateur qu'il est que ce fut un énorme challenge. Heureusement, cela s'est bien terminé pour lui comme pour moi, puisqu'il m'a rappelé pour le film suivant, Carnage , puis pour le documentaire The Memoir qui a été fait sur lui et enfin pour La Vénus à la fourrure.

Comment est-ce de travailler avec lui comme compositeur ?

Très excitant. C'est un cinéaste qui propose des images et une dramaturgie d'une force incroyable. Mais surtout, c'est un metteur en scène qui aime la musique dans la vie. Il aime aller au concert. Et il aime aussi la musique dans ses films. Comme diraient les Anglais: «It's a blessing!»

Un metteur en scène qui s'intéresse à la musique, c'est donc un luxe dans le cinéma d'aujourd'hui ?

C'est en tout cas exceptionnel. Mais je ne crois pas que ce soit lié uniquement au monde du cinéma. La musique telle que je l'entends, c'est-à-dire une musique originale, éclectique et versatile, est devenue un luxe tout court dans le monde d'aujourd'hui. La musique proposée à la radio, en particulier, s'est considérablement réduite et cloisonnée. Beaucoup de metteurs en scène, à l'heure actuelle, sont plus proches de la musique pop. Je n'ai rien contre, seulement, à titre personnel, je dois dire que réentendre pour la énième fois, dans un film, la chanson que j'ai entendue tout l'été dans les bars ne m'inspire guère d'émotion. À moins que ce soit un vrai choix éditorialisé pour obtenir un effet donné sur une scène particulière. Cela étant dit je reste confiant: à mon avis, c'est un effet d'accordéon. Et j'ai eu la chance de rencontrer beaucoup de metteurs en scène qui ont vraiment envie que la musique joue un rôle dans le film, et soit autre chose qu'une playlist de jukebox ou d'iPod.

Quelle place occupe justement votre musique dans La Vénus à la fourrure ?

C'est amusant car La Vénus à la fourrure a commencé de la même façon que Carnage. Comme il s'agit là aussi de l'adaptation d'une pièce de théâtre, un succès de Broadway, je pensais qu'il y aurait en fait assez peu de musique. Mais Roman, depuis le début, me répétait que si. Or il se trouve qu'il m'avait dit la même chose pour Carnage, où il n'y avait finalement qu'un générique de début et un générique de fin? Je me suis donc peu inquiété du volume de musique à écrire. À tort. Car en fin de compte, j'ai eu plus de quarante-cinq minutes à écrire, et comme il l'avait prédit, la musique joue un rôle très important sur le film. Nous l'avons en effet conçue et utilisée comme un effet dramaturgique, en songeant à ces jeux de lumières que l'on projette parfois au théâtre sur une grande toile de tulle, pour faire apparaître ou disparaître tel ou tel objet, tel ou tel personnage. Un travail de nuances quasi pictural.

http://www.lefigaro.fr/musique/2013/05/24/03006-20130524ARTFIG00487-alexandre-desplat-travailler-avec-polanski-est-une-benediction.php
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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Dim 26 Mai - 8:33

LA VENUS A LA FOURRURE




Seul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour la pièce qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas se lamente au téléphone sur la piètre performance des candidates. Pas une n’a l’envergure requise pour tenir le rôle principal et il se prépare à partir lorsque Vanda surgit, véritable tourbillon d’énergie aussi débridée que délurée. Vanda incarne tout ce que Thomas déteste. Elle est vulgaire, écervelée, et ne reculerait devant rien pour obtenir le rôle. Mais un peu contraint et forcé, Thomas la laisse tenter sa chance et c’est avec stupéfaction qu’il voit Vanda se métamorphoser. Non seulement elle s’est procuré des accessoires et des costumes, mais elle comprend parfaitement le personnage (dont elle porte par ailleurs le prénom) et connaît toutes les répliques par cœur. Alors que l’« audition » se prolonge et redouble d’intensité, l’attraction de Thomas se mue en obsession…
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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Dim 26 Mai - 9:03

ENTRETIEN AVEC POLANSKI


Comment avez-vous eu connaissance de la pièce de David Ives, inspirée par le roman de Sacher-Masoch ?

C’est mon agent, Jeff Berg qui, l’an dernier, à Cannes où j’étais venu pour la présentation de Tess en copie restaurée, m’a mis dans les mains le manuscrit de La Vénus à la fourrure en me disant : « It’s your cup of tea ! » N’ayant pas grand chose à faire, je suis monté dans ma chambre et j’ai commencé à lire cette pièce et... je me suis dit : «Yes, it is my cup of tea !» Le texte était tellement drôle que je riais tout seul – ce qui est quand même rare. L’ironie de la pièce, qui frôle parfois le sarcasme, était irrésistible. J’aimais bien aussi son côté féministe. Tout de suite, j’ai eu envie d’en faire un film. D’abord parce qu’il y avait un beau rôle pour Emmanuelle, et que cela faisait longtemps qu’on voulait retravailler ensemble. Et en plus, il y a aussi un beau rôle pour un acteur. Immédiatement, sans doute parce que je viens du théâtre, j’ai imaginé que cela se passerait dans un théâtre vide. Une salle de théâtre apporterait forcément une autre dimension, une atmosphère...


Après Carnage, de Yasmina Reza, c’est donc votre deuxième adaptation de pièce de théâtre d’affilée. C’est aussi votre premier film en français depuis longtemps...

Je ne me suis pas posé ce genre de questions, c’est le sujet qui m’a porté...
Une autre chose aussi : il n’y a que deux personnages. Depuis mon premier film (Le Couteau dans l’eau – 1962) où il y en avait trois, je me disais : «Un jour, je ferai un film où il n’y aura que deux acteurs !» C’est un vrai défi mais j’ai besoin d’un challenge qui me stimule, d’une difficulté à surmonter... Sinon, je m’ennuie. La contrainte d’être dans un lieu unique avec seulement deux personnages sans jamais ennuyer le spectateur, sans que ça ressemble à du théâtre filmé pour la télévision, c’était une gageure intéressante à relever. D’autant que dans une salle de cinéma aujourd’hui, on est écrasé par l’image et assourdi par le son des films qu’on voit... Le pire est de sur- vivre aux bandes annonces ! Il y en a toujours deux ou trois où toute la violence du film a été concentrée : une douzaine d’explosions, une douzaine de voitures renversées, et toujours ce même bruit entre deux plans, comme s’ils n’avaient rien d’autre dans leur sound library...

Sur quoi a porté essentiellement votre travail d’adaptation avec David Ives ?

Nous avons d’abord raccourci les dialogues et modifié certaines scènes. Notre but était vraiment d’en faire un film. Dans la pièce, tout se passe dans une salle d’audition, c’est assez plat. Or, en France, notamment dans le théâtre privé où il n’y a pas de répertoire ni de troupe, on auditionne souvent sur scène. J’ai donc immédiatement pensé à transposer l’action dans un théâtre. D’être dans une salle de théâtre, forcément, ça change tout, tout de suite ! Les déplacements entre la scène et la salle, sans oublier les coulisses, donnent des nouvelles possibilités. Nous avons fait un travail précis dans cette optique-là, même si au moment du tournage, j’ai modifié et improvisé des situations et des déplacements...

Êtes-vous familier de l’univers de Sacher-Masoch ?

Non, pas du tout !

Est-ce un univers qui vous parle ?

Non, pas du tout ! Je trouve cela plutôt comique. Un ami m’a montré des films porno maso japonais, c’est hallucinant, effrayant même. Je ne savais pas que cela existait. Je n’imaginais pas qu’il pouvait y avoir autant de gens qui puissent se passionner pour ce genre de pratiques. J’ai l’impression que c’est un peu comme pour les punks ou les gothiques, il y a sinon une forme de snobisme du moins une sorte de mode. Je pense que certains le sont plus pour faire partie d’un groupe, pour être punk ou gothique comme les autres, que pour le plaisir qu’ils ont à se trouer la joue ou à porter des vêtements inconfortables.

Il y a dans le sado-masochisme quelque chose qui n’est pas très éloigné du théâtre : on est le metteur en scène de ses propres fantasmes, on joue un rôle, on fait jouer un rôle à l’autre... Cela participe d’ailleurs à ce jeu de miroirs à l’infini auquel s’amuse le film, à cette mise en abîme où les rapports de domination et de soumission, où le théâtre et la « vraie vie », où les acteurs et les personnages, où la réalité et l’imaginaire se répondent, s’inversent, se confondent...
L’actrice dit d’ailleurs : « À poil sur scène ? Pas de problème. Je vous fais ça gratuitement. Le sado-masochisme, je connais, je travaille au théâtre ! »

Pensez-vous que les rapports entre metteur en scène et acteur soient de nature sado-masochiste ?

Cela doit exister bien sûr mais le film s’en amuse ! Cette réplique fait justement partie de ces phrases, écrites par David Ives, qui m’ont fait rire et qui m’ont donné le désir d’adapter sa pièce. C’était amusant et excitant de trouver pour chaque situation un ton différent, un langage différent, un jeu différent. Surtout pour le personnage joué par Emmanuelle. Celui joué par Mathieu (Amalric) passe sans doute par moins d’états différents, en même temps les différences sont plus subtiles...

De quel personnage vous sentez-vous le plus proche ?

Ni de l’un, ni de l’autre ! Même si... par ma profession, je suis bien sûr plus près du personnage d’un metteur en scène, mais pas celui-ci en l’occurrence ! Je n’aurais jamais fait une bêtise pareille ! Adapter moi-même Sacher-Masoch et le mettre en scène... Je ne pense pas non plus que je me serais fait piéger par une fille comme ça. J’adore quand il lui dit : « Je vais mettre la Suite lyrique d’Alban Berg pour les transitions » et qu’elle lui répond : «Génial, comme idée !» et qu’il lui demande, surpris, si elle la connaît et qu’elle répond non ! C’est vraiment le genre de moments que j’aime.

Quel est d’après vous le meilleur atout d’Emmanuelle Seigner pour jouer ce personnage ?

Son physique, ce qu’elle dégage, sa capacité de passer d’une émotion à une autre... Je pensais que le personnage ordinaire – l’actrice – allait lui être très facile à jouer et j’ai réalisé pendant le tournage que c’était l’autre – le personnage du livre de Masoch, Wanda von Dunajev – qui était finalement plus simple pour elle, même si, au fond, elle n’avait de problèmes ni avec l’un ni avec l’autre. Elle passait d’ailleurs de l’un à l’autre avec beaucoup de naturel et changeait de ton, d’accent, d’attitude, de posture – presque de corps – très facilement.

Et le meilleur atout de Mathieu Amalric ?

C’est déjà un formidable acteur et comme il est aussi metteur en scène, il comprend bien les
aléas de notre travail. Il est brillant, intelligent, il a l’âge juste. Tout était réuni pour qu’il réussisse ce rôle ! Peu d’acteurs auraient pu faire ce qu’il fait, avec autant de subtilité...

Ce qui est frappant dans le film, c’est à quel point il vous ressemble physiquement. Il évoque notamment votre personnage du Bal des vampires et bien sûr celui du Locataire... Était-ce voulu ?

Peut-être que lui a travaillé dans ce sens mais ce n’était pas voulu de ma part. Je ne m’en suis même pas aperçu tout de suite. Pourtant la première fois que je l’ai rencontré – grâce à Steven Spielberg qui me l’a présenté alors qu’ils tournaient Munich – Mathieu m’a raconté qu’on lui avait souvent dit qu’il me ressemblait.

D’ailleurs, et ce n’est pas le moins troublant, à quel point ce film, qui est venu à vous, renvoie – et pas seulement à cause du huis clos mais aussi par son ton, par ses situations – à certains de vos films, du Bal des vampires à Lunes de fiel, en passant par Le Locataire...

Cela non plus, je ne m’en suis pas aperçu tout de suite. Dans un film comme celui-ci, simple, pas trop cher, complètement contrôlé par le metteur en scène, on n’est pas obligé de se soumettre à certaines obligations, on a une totale liberté. Ce n’est donc pas étonnant que les «vieux fantômes» ou les «vieux démons» reviennent... Pour être franc, je n’ai jamais pensé à tout cela, j’ai simplement aimé ce texte et j’ai fait le film exactement comme je le voyais. Pour tous ceux qui étaient sur ce plateau, c’était une belle aventure, une production très agréable.

La chance était avec nous. Dès qu’on rêvait d’une chose difficile à obtenir, elle venait vers nous ! Tout était au service du film. Trouver une salle où on pouvait construire un décor de ces volumes était déjà une grande chance... À la lecture, j’avais tout de suite pensé au théâtre Hébertot, pas celui d’aujourd’hui refait à neuf, mais celui, un peu décrépit, dans lequel j’avais monté Doute (en 2006). On a cherché un théâtre et puis, finalement, on a pensé à l’ancien théâtre Récamier, fermé depuis longtemps, et, qui n’est plus aujourd’hui qu’un espace vide en béton, mais avec un sol en pente et les vestiges d’une scène. Jean Rabasse, le décorateur, a absolument tout reconstruit. La scène, les fauteuils, les coulisses... Une fois le décor achevé, nous nous sommes retrouvés dans un vrai théâtre ! Après cinq semaines de répétitions, nous avons pu, pour une fois, tourner le film dans la continuité. Une rare opportunité, cela aurait été dommage de s’en priver.

Il y a dans la mise en scène à la fois beaucoup de rigueur et de fluidité...

Vous savez, on apprend avec l’âge !

À combien de caméras avez-vous tourné ?

Une seule. Il n’y a pour moi, surtout sur ce film-là, qu’un seul « meilleur angle ». Il y en a peut-être d’autres, plusieurs bons mais un seul le meilleur ! Je filme de mon point de vue, en faisant suivre par la caméra ce que j’aurais aimé voir. Pour autant, avant de tourner, je fais toujours une mise en place avec les acteurs – je préfère que les choses viennent d’eux et pas de moi. Il ne faut pas être bloqué sur une idée de mise en scène et essayer ensuite qu’elle colle aux acteurs. C’est comme si vous tailliez un costume vachement bien coupé et que vous essayiez ensuite de forcer le pauvre type dedans ! D’ailleurs, dans l’histoire, à un moment donné, c’est l’actrice qui choisit sa place sur scène. C’est un peu pareil quand on tourne : je commence par une répétition avec les acteurs et ensuite je me demande comment les filmer. La caméra raconte ce que j’ai vu. C’est pour cela que je ne me sers que d’une seule caméra – d’autant que la deuxième, dans ce genre de sujet, aurait toutes les chances d’être dans le champ de la première !

Vous retrouvez une fois encore Pawel Edelman. Qu’attendez-vous de votre directeur de la photo ?

Qu’il comprenne exactement ce que je veux voir. Avec Pawel, nous n’avons presque pas besoin de nous parler, il comprend vite le style que je veux donner au film. Comme Alexandre d’ailleurs (Alexandre Desplat, le compositeur de la musique). Aujourd’hui, ce sont deux amis et collaborateurs d’exception, qui comprennent mes intentions et les anticipent autant qu’ils les prolongent.

Il y a beaucoup de musique dans La Vénus à la fourrure et elle vient comme en contrepoint des situations, ajoutant de la fantaisie, de la drôlerie, de l’ironie, de la légèreté...

La seule chose que j’ai dite à Alexandre, c’est que je voulais beaucoup de musique... Il a lu le scénario, il m’a proposé des choses, exactement dans l’esprit que je voulais. Et voilà ! C’est tout simple. Même chose avec Pawel. Je voulais au début du film l’atmosphère d’un théâtre vétuste, filmé d’une manière assez réaliste et aller progressivement vers la fantaisie, l’imaginaire..

Ce n’est qu’après la scène du coup de téléphone dans les coulisses qu’on remarque que le film a basculé. La lumière n’est plus la même, le personnage d’Emmanuelle Seigner n’est plus le même. On se demande presque si on n’est pas dans le rêve...

J’aime installer peu à peu cette ambiguïté. Déjà au moment de l’adaptation, nous avons voulu avec David Ives amplifier cette sensation d’aller vers l’irréel sans pour autant que le spectateur sache à quel moment ce sentiment a commencé à l’emporter. Et nous avons continué dans le même esprit au moment du tournage... Des répliques comme : « C’est Vénus qui vient lui prendre la tête», que nous prenons presque au pied de la lettre, sont là pour semer le trouble chez le spectateur.

La danse finale est comme une sorte d’apothéose de cette progression, de cette ambiguïté...

L’idée m’est venue assez tard. Je savais quel ton je voulais, mais j’avais du mal à imaginer comment le rendre, comment créer une scène qui produirait la sensation que je cherchais, et puis l’idée de cette danse inspirée des danses grecques, antiques – comme la musique d’ailleurs – est venue.

Même le cactus du décor pourrait être une colonne grecque !

Oui... Tout est parti de La Chevauchée fantastique en comédie musicale ! On cherchait, avec David, un spectacle le plus loin possible de Sacher- Masoch. Il fallait un spectacle qui avait été forcément un bide et avait laissé le théâtre libre pour notre Thomas Novachek. Et il nous fallait un totem pour y attacher Thomas. On s’envoyait des idées qui nous faisaient beaucoup rire. Un jour, j’ai pensé à une sorte de western et de là est venue cette idée de l’adaptation du film de John Ford en musical. Pour la scène en question, j’ai d’abord imaginé ce totem. Jean (Rabasse) qui a conçu un décor inspiré de Monument Valley, m’en a proposé plusieurs ainsi que des cactus. J’ai flashé sur ses cactus – c’était une idée très drôle !

Vous avez lu La Vénus à la fourrure à Cannes l’an dernier et vous y revenez pile un an après en compétition, c’est rare que les choses se passent aussi rapidement...

C’est fou en effet. Il y a des films comme cela où tout se passe bien, où tout roule... Les acteurs, les techniciens étaient exceptionnels et c’est beaucoup grâce à eux que j’ai pu faire ce film dans un temps aussi court. Mais nous avons travaillé dur. Et ensuite, aussi dur au montage !

Si vous ne deviez garder qu’une image de toute cette aventure de La Vénus à la fourrure...

La scène de l’audition forcément !


http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/la-venus-a-la-fourrure,274808-note-108466
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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Dim 18 Aoû - 17:09

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18 Août 2013  Roman Polanski fête aujourd'hui ses 80 ans 









Secret et fantasque, mais quel talent !




Son éblouissant palmarès en fait un touche-à-tout de génie qui mêle, avec aisance, la fonction de producteur, de scénariste, d'acteur, d'auteur et d'écrivain.

Le choix des thèmes de ses films est en rapport étroit avec une certaine forme de violence qui fait partie de sa vie, cependant son humour noir et son côté extravagant atténuent l'angoisse de son univers fantastique.

Volontiers inquiétant, un brin maléfique, il emmène le spectateur dans un monde d'exagération ou parfois de folie et distille savamment les pires travers de l'âme humaine.



Le cinéma doit infiniment à cet homme exceptionnel, minutieux, jamais satisfait, mais inimitable. 







http://www.roman-polanski.com/





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liliane
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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Mer 13 Nov - 15:00















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Bridget



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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Jeu 14 Nov - 2:01

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Polanski : les films et la vie











Roman Polanski souhaiterait être mieux compris. Pour cela, il s'est installé chez lui, avenue Montaigne, à Paris, dans un fauteuil en cuir incliné, où son visage disparaît en partie, pour mieux mettre en valeur ses paroles.

Récemment, le fauteuil s'est affaissé, et Robert Benmussa – son producteur attitré avec Alain Sarde – a failli se rompre le cou. « Moi, je maîtrise mieux le degré d'inclinaison, confie le cinéaste, ça fera un peu divan de psychanalyste, comme dans le court-métrage publicitaire que j'ai réalisé pour Prada avec Ben Kingsley et Helena Bonham Carter. »



Le message de Roman Polanski ne passe pas toujours. Pour beaucoup, il restera perçu comme celui qui a abusé sexuellement d'une mineure de 13 ans, Samantha Geimer, en 1977, dans la maison californienne de Jack Nicholson.
Même si l'affaire semble close depuis son dernier épisode : arrêté le 26 septembre 2009 à l'aéroport de Zurich, emprisonné, il est ensuite assigné à résidence à son domicile de Gstaad jusqu'à sa libération en juillet 2010.



En ce moment, Polanski accompagne la sortie de son dernier film, La Vénus à la fourrure, un huis clos sur fond de relations SM entre une comédienne, interprétée par sa femme, Emmanuelle Seigner, et un metteur en scène incarné par Mathieu Amalric.


Ensuite, le cinéaste se remettra, avec le romancier anglais Robert Harris, à l'écriture de D, consacré à l'affaire Dreyfus. Le réalisateur du Pianiste (2002) réfléchit depuis au moins dix ans à l'Affaire. Il était revenu sur ce projet peu avant son arrestation de 2009.





Sans doute fait-il le lien. Son idée est de raconter l'Affaire du point de vue du colonel Picquart, l'homme qui prouve l'innocence de Dreyfus, allant à l'encontre de ses préjugés antisémites au nom d'une certaine idée de la justice.


Picquart relève en 1896 les indices accusant le commandant Ferdinand Esterhazy, le dénonce, se trouve chassé de l'armée pour cela, et purge une peine d'un an de prison. « Quand les hauts responsables de l'armée française découvrirent que le coupable n'était pas Dreyfus, ils refusèrent de reconnaître leur faute et se mirent à falsifier des documents pour maintenir leur version », explique Polanski.




Ce refus de l'erreur hante le cinéaste. Il lui fait songer à la justice d'aujourd'hui et au comportement des médias à son égard. Notamment dans son conflit avec Vanity Fair.
En 2005, il poursuit ce magazine américain pour un article où il était écrit qu'avant les funérailles de son épouse, l'actrice Sharon Tate, assassinée en 1969 avec trois amis dans sa résidence de Los Angeles, Roman Polanski s'était rendu chez Elaine's, un restaurant new-yorkais à la mode, s'était assis à côté d'une belle Suédoise et lui aurait dit : « Je ferai de vous la nouvelle Sharon Tate. » Le réalisateur avait gagné son procès en diffamation, les jurés lui donnant raison à l'unanimité.

















LE POLANSKI SUJET DE FAITS DIVERS






Le fonctionnement des médias, comme celui de l'armée pendant l'affaire Dreyfus, « à une période, la Belle Epoque, où régnait un antisémitisme farouche », le fascinent.
Pas seulement pour son cas à lui mais en raison d'engrenages qui font que l'erreur ne peut avoir lieu. Le cinéaste le reconnaît.


Le Polanski sujet de faits divers, objet de fantasmes, depuis au moins 1969 et le meurtre de Sharon Tate, est « son problème ». C'est l'histoire de sa vie. « C'est tout », conclut-il, fataliste. Un « tout » qu'il résume à un dessin humoristique repéré il y a longtemps dans un magazine.


On y voyait une fille magnifique, d'évidence une prostituée, assise à un bar en train de siroter un cocktail. Elle aperçoit alors une de ses amies entrant dans l'établissement avec un superbe collier et un énorme diamant au centre, suivie d'un vieux monsieur très laid. Elle regarde alors son amie et lui dit : « Le mec moche est la malédiction qui accompagne le collier. »




La « malédiction » le travaille. Et l'amène à envisager des scénarios alternatifs. Que se serait-il passé, songe-t-il, s'il n'avait pas décidé, dans la foulée de l'affaire Samantha Geimer, de quitter le territoire américain en 1978, après un entretien entre son avocat et le juge Laurence Rittenband où il apparaissait que le réalisateur risquait d'être renvoyé en prison malgré un accord conclu entre les deux parties ?




Roman Polanski pense souvent aux films qui n'ont pas été faits à cause de l'« affaire ». A la fin des années 1970, le cinéaste se trouvait, après la réussite exceptionnelle de Chinatown (1974), au sommet de son art. Il démontrait aussi une capacité rare pour s'adapter au système hollywoodien. Il était taillé mieux qu'un autre pour jongler avec les vicissitudes des studios américains, ne serait-ce qu'en raison de son passé en Pologne communiste où il avait appris dès le plus jeune âge à composer avec un système. « J'étais fait pour ces studios, c'est une machine lourde, mais quand vous savez la maîtriser, vous pouvez obtenir des résultats extraordinaires. »



La manière dont l'affaire Geimer a touché sa femme, sa fille et son fils, après son arrestation de 2009, l'a particulièrement marqué. « Ça, c'est le pire. » Du coup, il se pose d'autres questions.



« Regardez comme les choses sont bizarres. Si l'on se pose la grande question philosophique : avons-nous la moindre influence sur notre sort, ou tout est-il écrit ? Je dois observer dans mon cas que, si toutes ces choses n'étaient jamais arrivées, je n'aurais pas la chose qui m'est aujourd'hui la plus chère, à savoir ma femme et mes enfants. J'aurais peut-être d'autres choses, mais ce que j'ai, je ne le changerais pour rien au monde car je ne veux rien d'autre. »




S'il ne tenait qu'à lui, Roman Polanski traverserait son existence à la manière des personnages qu'il met en scène. Des hommes et des femmes sans nom, à l'image du mystérieux étudiant s'imposant dans la vie d'un couple dans son premier film, Le Couteau dans l'eau (1962), ou du nègre littéraire de The Ghost Writer (2010) engagé pour écrire les Mémoires d'un ancien premier ministre britannique. Des anonymes donc, à l'identité affirmée.












Dans La Vénus à la fourrure, Mathieu Amalric, fasciné par le talent d'actrice du personnage incarné par Emmanuelle Seigner, lui demande : « Vanda, qui êtes-vous ? » « Et elle lui répond, interrompt Polanski, qui connaît le scénario sur le bout des doigts : “Je suis une fille de militaire, je viens de nulle part.” »


La question de l'identité est posée pour ne pas avoir à y répondre. « Chercher à le savoir est le problème du spectateur, plus le mien », renchérit le réalisateur. Polanski a toujours apprécié ce qu'il appelle « le côté steinbeckien de l'écriture », cette idée héritée de l'auteur d'A l'est d'Eden, reprise par le cinéaste, d'un personnage existant d'abord par ses actes et son comportement.




Lors de la sortie, en 1992, de Lunes de fiel, au journaliste Jean-Luc Hees qui s'interroge sur sa capacité à fasciner les gens, Polanski répond, avec humour et ironie chaque fois que fuse une question jugée à ses yeux maladroite : « Je fais peut-être des films intéressants. »

Ce n'est pas une pirouette. Davantage une façon de se mettre en avant. Le Roman Polanski au travail reste à ses yeux le seul qui importe. Son fonctionnement, animal, fondé sur l'instinct, explique à lui seul qu'il continue de faire des films « intéressants ».



Prenons le personnage incarné par Mathieu Amalric dans La Vénus à la fourrure. Il est l'antithèse de Polanski : pénible, tatillon, prompt à tout intellectualiser, fasciné par les éléments sadomasochistes du roman de Sacher Masoch dont il vient de signer l'adaptation.


Polanski le traite comme un fantasme adolescent. On croit ce dernier tourmenté, alors qu'il est distant et ironique.


Comme lorsqu'il abordait la magie noire et le satanisme dans Rosemary's Baby. Le spectateur vit l'effroi, pas lui. Il explique : « Je suis souvent stupéfait que les gens ne voient pas l'humour dans mes films. Dans Le Locataire, avec le scénariste Gérard Brach, on se fendait la gueule. Un type qui remonte les escaliers pour se jeter une deuxième fois par la fenêtre, c'est marrant, non ?


Le SM dans La Vénus à la fourrure, ça me fait rigoler. Je m'en moquais déjà dans Lunes de fiel. Le spectateur est tellement corrompu par la connerie de certains films qu'il ne perçoit plus l'ironie quand elle se présente. Prenez Le Bal des vampires.


Dans les années 1960, avec Gérard Brach, on allait dans les salles de quartier pour voir des films d'horreur anglais. Plus c'était horrible, plus les gens riaient. Je me suis dit que ce serait génial de faire un film volontairement comique, notamment en déplaçant le contexte chrétien des vampires en situant l'intrigue dans un shtetl.


A l'époque, les gens riaient. Aujourd'hui, ils prennent la fausse monnaie qu'on leur donne pour argent comptant. »















Revenant à La Vénus à la fourrure, pour bien marquer qu'il est loin du personnage joué par Amalric, Polanski explique : « J'adore quand il dit à la fille : “Je vais mettre la suite lyrique d'Alban Berg pour les transitions” et qu'elle lui répond : “Génial, comme idée !”

Il lui demande, surpris, si elle la connaît, et elle répond non. Quel con, ce type ! Je n'aurais jamais adressé la parole à un mec pareil. Moi, je travaille à l'instinct. Mais lui non, et si je travaillais comme lui, je prendrais sans doute Alban Berg pour illustrer mon film. »



Sur un plateau de tournage, Polanski garde toujours le modèle idéal de son film dans la tête. « C'est physique », insiste-t-il. Toute la difficulté à ses yeux est de rester le plus près de ce modèle en dépit des avanies du monde réel et du tournage. « A chaque moment de la journée, j'essaie de garder en tête ce moment, souvent j'ai quelqu'un de l'équipe qui me demande : “Ça va ? ” Mais oui, bien entendu, ça va ! »





Depuis l'enfance, la frontière entre le réel et l'image est toujours restée brouillée pour le cinéaste. Sur Rosemary's Baby, beaucoup de spectateurs ont cru voir à l'écran le bébé diabolique, alors qu'il n'existe que dans leur cerveau.


En revanche, dans The Ghost Writer, l'histoire d'un homme politique rattrapé par son passé, prisonnier d'une demeure luxueuse, traqué par la justice et les paparazzis, n'est pas sans écho avec le destin de Polanski au moment où le film sortait en salles : il était à Gstaad, assigné à résidence dans son chalet. « C'est la vie, que voulez-vous ? Il y a même dans le film l'hélicoptère que j'avais au-dessus de mon chalet, avec les journalistes tout autour. La probabilité était tellement grande que ça arrive, que je vive cela pour de vrai. »




Sur un plateau de tournage, les membres de l'équipe qui le connaissent le mieux savent qu'ils ne doivent pas poser de question car ils n'auront pas de réponse. Il le dit à sa façon : « Dans les mauvais westerns, il y a toujours un moment où les types s'assoient autour d'un café et racontent leur vie. Tout fout le camp.
Tout d'un coup, le personnage devient banal, il n'y a plus de mystère. Quand j'étais à l'école de cinéma, en Pologne, on faisait des efforts pour éviter la psychologie, où il faut tout expliquer. »



Le silence est bien la condition pour que le modèle imprimé dans la tête de Polanski puisse s'incarner devant la caméra. La dernière fois qu'il a ressenti un raccord parfait entre l'image dans sa tête et celle à l'écran, c'est justement lors du tournage de La Vénus à la fourrure.


Mathieu Amalric, dans son rôle de metteur en scène, vient de passer la journée à auditionner des comédiennes sans envergure quand surgit une candidate un peu vulgaire, insistant pour lire le rôle principal de son adaptation du roman de Masoch. Emmanuelle Seigner s'empare du texte avec une telle évidence que ses mots semblent venus de l'intérieur. Ce moment est dans la droite ligne de son cinéma, par exemple dans Tess (1979), où l'intelligence des femmes prend souvent le pas sur la bêtise des hommes.



« Quand j'explique cela, on me prend pour un faux jeton », explique Polanski.


La façon dont Emmanuelle Seigner lit Masoch renvoie aussi au profil des acteurs que Polanski recherche : « Je préfère un personnage juste à un grand acteur qui ne convient pas au personnage.


Charlton Heston qui joue Michel-Ange dans L'Extase et l'Agonie, c'est un souci quand même... Michel-Ange était un petit mec difforme avec des cheveux crépus, rien à voir avec Charlton Heston, mais on a choisi ce dernier car c'était une star. Je n'ai jamais fait ça. Adrien Brody dans Le Pianiste, c'est quand même pas mal. On sait d'emblée que le pianiste, c'est lui. »












Polanski tenait à ce que cette lecture de Masoch par Emmanuelle Seigner dans La Vénus à la fourrure soit émouvant, sans être appuyé.

Lors de la postproduction, sa monteuse tenait à amplifier l'effet, mais le réalisateur a voulu éviter tout artifice. Il aurait pu multiplier les mouvements de caméra, mais, à 80 ans, cela ne l'intéresse plus. Il avait perçu cette même sensation de plénitude sur Le Pianiste, dans la séquence où Wladyslaw Szpilman quitte le ghetto de Varsovie avec sa famille, encadré de soldats nazis les menant vers un train de déportation.


Au milieu de la foule, il glisse à sa sœur : « J'aurais aimé mieux te connaître. » La réponse est insondable : « Merci. »
On sent que le réalisateur livre avec pudeur un fragment de son histoire familiale, semblable à un rayon de lumière au milieu de la nuit la plus noire. « Le mouvement de caméra était simple, juste un travelling arrière, l'impression de dire tout avec presque rien.»





LA SIMPLICITÉ STYLISTIQUE




Avec le temps, le cinéma de Polanski s'est simplifié à l'extrême. Ce virage, il l'amorce dès 1968, année où il effectue sa révolution intérieure, avec son premier film américain, Rosemary's Baby.
A Hollywood, le cinéaste aurait pu se laisser aller au gigantisme. Il explore au contraire la simplicité stylistique. La chose la plus difficile et la plus efficace à ses yeux.


C'était pour lui l'indice qu'il prenait déjà de l'âge, à 35 ans, et pourrait se permettre de vieillir sans que cela n'altère son projet artistique.


Les grands films de la deuxième partie de l'œuvre de Polanski, Tess, Le Pianiste, Oliver Twist (2005), The Ghost Writer, partagent cette pureté de trait. Quatre comédiens dans un appartement pour Carnage (2011) puis, pour La Vénus à la fourrure, deux acteurs sur une scène de théâtre. Le cinéaste appelle cela sa « période japonisante ».



La perspective de se remettre à une production plus lourde, avec D, lui fait peur. Peur de rater son film, mais aussi de perdre cette simplicité. « Je tente des choses, et j'aimerais que les spectateurs les remarquent mieux, déplore-t-il.

C'est un défi de faire un film comme La Vénus à la fourrure avec deux comédiens, dans un seul lieu, sans emmerder le spectateur. » Mais sans cette contrainte, Polanski n'aurait jamais ressenti la même excitation. C'est devenu un lieu commun de pointer son goût pour les espaces fermés, y compris dans des films comme Le Bal des vampires et Le Pianiste, qui, tout en ayant lieu à ciel ouvert, sont dominés par des espaces fermés.



Roman Polanski aime se trouver à l'intérieur. Les tourments de sa vie réelle ont fait de lui un retranché. Mais c'est la manière dont il dilate cet intérieur – l'appartement de Mia Farrow dans Rosemary's Baby, le théâtre de La Vénus à la fourrure –, la façon dont il transforme un infiniment petit en infiniment grand, qui fascine.



C'est sa signature de metteur en scène, celle d'un féru de sciences. Il ose une comparaison, celle du big bang, et plus précisément l'inflation cosmique, ce modèle qui a permis à une région de l'Univers de connaître une phase d'expansion très violente.




Sur un plateau, Roman Polanski garde toujours un viseur autour du cou. Un objet appartenant à une autre époque délaissé par presque tous les cinéastes. Ce viseur induit un rapport artisanal, tactile et sensuel, à son travail. Il est frappant de voir comment, après avoir travaillé ces dernières années sur des machines aussi lourdes que Le Pianiste, Polanski a fini par se tourner vers des productions de plus en plus artisanales, où l'on a l'impression que c'est lui qui tient la caméra, monte et coupe la pellicule.


Une trajectoire comparable à celle d'un de ses metteurs en scène de prédilection, Orson Welles, qui, après avoir commencé sa carrière par Citizen Kane, avec une équipe lourde, s'est isolé avec sa caméra.
Cette fameuse caméra, dont Roman Polanski a compris depuis longtemps qu'elle était pour lui le plus beau jouet du monde.



   Samuel Blumenfeld
   Journaliste au Monde






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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Jeu 14 Nov - 2:04

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Mathieu Amalric raconte Polanski




Grâce à La Vénus à la fourrure, c'est la première fois que Mathieu Amalric rencontre Roman Polanski.
Une collaboration "inattendue" avec un réalisateur qui dès le plus jeune âge "lui a donné envie de faire du cinéma".

Une rencontre également sans surprise, comme si Amalric l'avait toujours connu. L'élève raconte le maître.






Mathieu Amalric raconte Polanski par lemondefr





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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Lun 10 Fév - 0:56

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Roman Polanski : A film memoir


dimanche 09 février à 22h40 (90 min)









Il a mené le genre de vie dont on fait des films.

Roman Polanski, 80 ans, a tout connu. Les plus grandes joies et succès. Les plus inimaginables drames.



Construit autour d'un long entretien avec son ami et partenaire Andrew Braunsberg, producteur de Macbeth, de Quoi? et du Locataire, Roman Polanski: A Film Memoir raconte à la fois l'homme et le réalisateur.


Son enfance de Juif polonais dans la campagne et le ghetto de Cracovie. Le court métrage qui lui a permis d'obtenir son premier prix (c'était au festival de Bruxelles).
Ses débuts cinématographiques dans la Pologne communiste. L'assassinat de son épouse alors enceinte Sharon Tate par des disciples de Charles Manson.
Ou encore cette fameuse affaire de viol sur mineure qui le poursuit depuis 1977. Avec la prison et l'exil qui s'en sont suivis.

Très académique, rythmé par des confessions face caméra tournées dans son chalet suisse de Gstaad, des extraits de films et des images d'archives, le documentaire de Laurent Bouzereau n'évite aucun sujet. Et Polanski, en confiance, s'y abandonne pleinement.

Sans langue de bois. A Film Memoir est précédé de Frantic (1988) dans lequel Emmanuelle Seigner, devenue la femme de Roman depuis, donne la réplique à Harrison Ford. Une soirée placée sous le signe du 64e Festival international du film de Berlin auquel Arte rend hommage toute la semaine.



   DOCUMENTAIRE DE LAURENT BOUZEREAU.
   Ce dimanche 9 février à 22h40 sur Arte.


a visionner pendant 1 semaine sur le site d'Arte


http://www.arte.tv/guide/fr/049866-000/roman-polanski-a-film-memoir#details-videos




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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Mar 8 Juil - 17:58




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L'affaire Dreyfus, bientôt un thriller signé Polanski








Roman Polanski s’apprête à réaliser un film sur l’affaire Dreyfus.
Son point de départ : D., le roman du journaliste et écrivain Robert Harris, qui adopte le point de vue du lieutenant-colonel Georges Picquart (1854-1914), l’homme qui établit l’innocence de Dreyfus en montrant la culpabilité du commandant Ferdinand Walsin Esterházy.

Chef du Deuxième bureau (service de renseignements), Picquart avait notamment découvert, en comparant plusieurs documents, que le « bordereau » qui avait fait condamner Dreyfus avait en fait été rédigé par Esterházy, un officier français qui monnayait des renseignements militaires avec l’Allemagne.
Eloigné en Tunisie puis chassé de l’armée et emprisonné, le lieutenant-colonel Picquart est réhabilité en 1906 et devient général de brigade et ministre de la guerre dans le cabinet de Georges Clémenceau.



Entretien croisé avec le romancier et le cinéaste.




Nicolas Weill : Alors que la tendance de la recherche consiste à réhabiliter la figure d’Alfred Dreyfus, vous avez adopté le parti pris de raconter l’Affaire du point de vue de Georges Picquart.
Qu’est-ce qui vous a conduit à privilégier cette figure ? Est-ce parce que Picquart n’est ni juif (il est même vaguement antisémite) ni engagé politiquement (hormis l’anticléricalisme) ?




Roman Polanski : Vous connaissez cette expression, un whistleblower, « quelqu’un qui lance l’alerte », comme Edward Snowden. Ou comme l’avocat de Bygmalion, Patrick Maisonneuve…
C’est un sujet qui me préoccupe depuis longtemps. Depuis au moins dix ans, j’essaie de faire un film sur ce thème.
Et je ne voyais pas comment on pouvait le construire de façon intéressante sur l’affaire Dreyfus, pour plusieurs raisons.

La première, c’est que, comme héros, Dreyfus n’est pas très intéressant. C’est un homme qui n’était pas particulièrement séduisant ni sympathique, même pour les gens qui le soutenaient.
La deuxième raison, et la principale, c’est qu’il a passé l’essentiel de la période qui nous intéresse sur une île déserte, l’île du Diable et, longtemps, il a même été enchaîné à son lit pendant la nuit.
Donc, franchement, je ne voyais pas comment l’approcher. Puis Robert Harris a eu l’idée géniale d’adopter le point de vue de celui qui était, comme nous le savons, son grand soutien.

Miraculeusement, dans le livre de Robert, nous avons toute la structure d’un film. A travers Georges Picquart, notre récit pouvait prendre l’aspect d’un film à suspens, d’un thriller. Vous savez-ce qu’on nomme « the Arch », à Hollywood ?



Robert Harris : Un cliché typique d’Hollywood veut en effet qu’un personnage change en cours d’intrigue, durant les deux heures que dure le film : c’est cela « The Arch of development » [l’arc narratif, la courbe qu’est censée suivre toute intrigue].

Bien sûr, à Hollywood, Picquart serait devenu philosémite. La réalité est plus subtile. Picquart n’a en réalité pas beaucoup changé. Mais c’était un homme doté d'un grand sens moral, habité par le devoir et cela l’a rendu plus intéressant à nos yeux.
Il était une figure complexe, pas nécessairement très sympathique, mais remarquable. Change-t-il vraiment d’avis ? Je crois qu’il pensait que l’erreur judiciaire était pire qu’un crime. Il estimait tout simplement que son honneur était incompatible avec le fait de laisser un coupable en liberté, alors qu’on punissait un innocent.
Pour l’armée française, cela aboutirait finalement à un désastre.





A prendre comme centre de l’action un personnage aussi neutre du point de vue de l’engagement, ne risque-t-on pas d’oblitérer la dimension politique de l’affaire Dreyfus ?




Robert Harris : Non, je ne le crois pas. La dimension politique de l’Affaire n’est venue qu’après coup. En premier lieu, c’était une histoire d’espionnage ; en second lieu : un échec de la justice et, seulement en troisième lieu, c’est devenu un enjeu politique.
Pour créer, encore une fois, on est obligé de choisir.




Que savent les non-spécialistes de cet événement ?




Roman Polanski : En travaillant à ce projet, j’ai réalisé que quand vous commencez à demander aux gens ce qu’ils connaissent de l’Affaire Dreyfus, vous découvrez qu’ils n’en savent rien ou pas grand-chose, même ceux qui sont cultivés.
Quand je dis, je vais faire un film sur Dreyfus, on me dit, c’est super, c’est très intéressant et c’est tout…
On ignore que des Français brûlaient dans les rues les livres de Zola avec le journal l’Aurore [où a paru le J’accuse] ; que cela a changé l’Histoire du pays. Ils oublient qu’à l’époque où Zola publie J’accuse la grande majorité de l’opinion lui était hostile.




L’Affaire a considérablement inspiré la littérature, aussi bien la « grande » que le roman populaire. Avez-vous puisé dans ce matériau ?




Robert Harris : J’ai lu Proust, et beaucoup Zola, mais pas les autres… Ce qui me fascine plutôt dans l’Affaire Dreyfus, c’est qu’elle emprunte beaucoup à une modernité naissante.
Des télégrammes de 600 mots étaient expédiés quotidiennement à New York pour informer le public américain des derniers développements.
Le fait que le « bordereau » [le principal documentà la charge de Dreyfus, publié par Le Matin, en 1896, et disparu en 1940] a pu être reproduit en « une » d’autres journaux, grâce à de nouvelles techniques en fac-similé explique aussi pourquoi l’Affaire a pris une telle ampleur.
Vingt ans plus tôt, cela n’aurait pas été possible. On peut dire qu’elle est le premier événement médiatique global. La reine Victoria a même envoyé le ministre de la justice (le « Lord Chief of Justice »)pour assister au procès. C’est fascinant.




Roman Polanski, d’où vous vient cet intérêt pour ce moment de l’Histoire, pour la Belle Epoque ?



Roman Polanski : Je ne me souviens pas exactement du déclencheur, mais c’était il y a une dizaine d’années, peu après Le Pianiste. Je voulais que ma prochaine fiction ait un sens, au-delà du pur divertissement.




Comment vous êtes-vous documenté ?





Roman Polanski : Je peux citer ici la réponse de Billy Wilder à Volker Schlöndorff, dans un documentaire que ce dernier lui avait consacré.

« Monsieur Wilder, demande V. Schlöndorff, vous écrivez tous vos scénarios seul. Croyez-vous qu’un réalisateur doit savoir écrire ? » et Billy Wilder répond : « Non non, mais il doit au moins savoir lire. »

J’ai lu un nombre incroyable d’ouvrages sur l’affaire Dreyfus, l’un après l’autre, mais je ne trouvais pas la manière de raconter l’histoire. En tout cas, jusqu’à ce que Robert Harris arrive avec son idée de Picquart…




Pourquoi être parti d’un roman plutôt que d’un scénario ?




Roman Polanski : Si nous avions tenté d’écrire un scénario à partir de tous les livres d’Histoire, nous nous serions perdus. Vous savez, on m’envoie des scénarios, comme à tous les réalisateurs et j’en lis certains.
Mais je ne suis jamais tombé sur un scénario dont je me sois dit : « Je veux absolument faire cela. »
La seule exception, c’est pour Chinatown (1974). Un scénario, en effet, n’est qu’un « mode d’emploi », n’est-ce pas ?




Et avec le roman de Robert Harris, vous avez eu ce coup de cœur ?




Roman Polanski : Oui, c’était fou. Une formidable approche. C’était tellement plus simple pour moi de voir de quelle manière nous devions procéder.
Malheureusement, dans les films, vous devez être moins subtil que vous ne pouvez l’être dans un livre, en littérature. C’est un média différent. Vous ne pouvez pas raconter une histoire de la même manière que dans un roman.
Les séries télévisées sont, à mon avis, plus proches de la littérature. Il y a des scènes auxquelles nous avons dû renoncer. En revanche, certains épisodes dramatiques (procès, dégradation) qui se succèdent, composent une histoire très visuelle et donc se prêtent bien à l’adaptation cinématographique.




Allez-vous filmer la célèbre scène de la dégradation de Dreyfus, qui a eu lieu le 5 janvier 1895 ?




Robert Harris : Oui, car cela a changé le cours de l’Histoire mondiale. Theodor Herzl, le fondateur du sionisme politique, était dans la foule et c’est à partir de de ce moment qu’il a pensé que le peuple juif devait avoir son État. La dégradation a constitué un tournant.


Roman Polanski : La cour des Invalides où la scène a eu lieu est, de notre point de vue, désormais inutilisable . Il y a du gazon, elle est pavée et à cette époque elle ne l’était pas. On devra recourir à des effets spéciaux…




Depuis votre premier court-métrage « Deux hommes et une armoire » (1958) et aussi dans « Le Locataire » (1976), vous semblez fasciné par les personnages d’exclus, à la Kafka. Ceux qui se croient « dans le jeu » mais sont rejetés par un environnement hostile qui pourtant n’a aucune raison de leur reprocher quoi que ce soit.
Est-ce cela qui vous intéresse dans l’Affaire Dreyfus ?




Roman Polanski : Je ne sais pas, ce n’est pas conscient. Peut-être ai-je été fasciné par cette dimension mais je pense avoir aussi été très influencé par le film de Carol Reed, Odd Man Out [« Huit heures de sursis », 1947.

L’histoire d’une chasse à l’homme menée contre un nationaliste irlandais dans les rues de Belfast]. Et ce type de personnage fait encore partie de mes préoccupations. J’aime les histoires racontées du point de vue concret de l’un des personnages, avec toute la rigueur que cela requiert.

Souvent, quand vous commencez à travailler sur ce genre de scénario, vous êtes tenté de dire quelque chose d’intéressant mais qui ne fait pas partie du témoignage de votre héros. Alors il faut conserver une certaine discipline.



Quand ce film doit-il sortir ?




Roman Polanski : Il faut d’abord qu’il soit tourné ! Ce ne sera pas avant janvier 2016.



Nicolas Weill
Journaliste au Monde



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liliane
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MessageSujet: Re: ROMAN POLANSKI   Ven 17 Oct - 11:53

MORDU DU "BAL DES VAMPIRES"

Théâtre Mogador, Paris IXe, à partir du 17 octobre 2014 jusqu'au 5 juillet 2015



L'adaptation en comédie musicale du célèbre film de Roman Polanski, «Le Bal des Vampires», est une sanglante réussite.




Dix sept ans après la création à Vienne de la comédie musicale adaptée du film « Le Bal des Vampires », voici que ce spectacle arrive enfin à Paris, signé également, pour la mise en scène, par Roman Polanski. Il a fallu tout ce temps là pour adapter le livret en français et, surtout, trouver le financement nécessaire.  Car ici, on n’a lésiné sur rien : les décors sont somptueux et animés constamment par une machinerie scénique inventive comparable aux grandes productions de Broadway, il y a un vrai orchestre de vingt neuf musiciens qui jouent en live, trente six acteurs/chanteurs/danseurs et, surtout, un livret digne d’intérêt.




LE MUSICAL DE LA SAISON




L’histoire ? Deux scientifiques se rendent en Transylvanie pour prouver au monde l’existence des vampires. «Le Bal des Vampires» réunit en une même histoire les thèmes éternels de la solitude des êtres monstrueux et du rejet qu’ils inspirent.

On pense à Frankenstein, au Fantôme de l’Opéra, à notre Dame de Paris et, bien évidemment, à Dracula. S’ensuit une série de situations qui passent du dramatique au loufoque, de l’horrifique au romantique servies à la fois par une mise en scène ingénieuse, des décors impressionnants, des lumières  virtuoses, des chorégraphies  éclatantes (qui n’hésitent pas dans une scène de cimetière à faire un petit clin d’œil chorégraphique à Michael Jackson), une musique signée Jim Steinman mélangeant tous les genres et une troupe d’acteurs sachant danser, chanter et jouer la comédie comme des pros de Broadway.

Réussie de bout en bout, cette comédie musicale nous réconcilie avec les productions françaises trop souvent cheap. La musique empreinte beaucoup au rock contemporain (David Bowie, Meat Loaf) et reprennent des compositions antérieures de Jim Steinman comme «Total Eclipse of the Heart» dont Bonnie Tyler avait fait un tube mondial. Malgré quelques longueurs en seconde partie, «Le Bal des Vampires» est le musical à voir à Paris cette saison.

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