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 CLAUDE CHABROL

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liliane
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MessageSujet: CLAUDE CHABROL    Lun 13 Sep - 7:35

MERCI POUR LE CINEMA MONSIEUR CHABROL


Le cinéaste, qui avait choisi d'intégrer le «système» pour en profiter, n'avait jamais renié les principes de la Nouvelle Vague et était resté un «auteur».



Claude Chabrol est mort ce dimanche 12 septembre 2010, à l’âge de 80 ans. C’est vrai ? Oui hélas, c’est vrai. Mais avec lui, il y a motif à se poser la question. Il aurait aimé fabriquer un canular à propos de sa propre mort. Chabrol s’était méthodiquement construit une réputation de farceur. Sans doute l’homme avait des dispositions pour la blague, mais il ne s’agit pas ici d’anecdotes d’adolescent turbulent ou de bonhomme goguenard, prompt à la galéjade. Il s’agit de son travail, de son art, et de sa survie. Trois grands mots qu’il se sera toujours refusé à prononcer – mais dont il appréciait qu’on comprenne que c’était bien ça qui était en jeu.



Chabrol avait construit les conditions nécessaires à la poursuite de ce qu’il aimait le plus au monde: faire des films. Pas raconter des blagues ni manger à une table gastronomique, même si il aimait ça, aussi. A la fin des années 50, beaucoup de jeunes gens s’apprêtent à devenir réalisateur. Nous savons aujourd’hui qu’une petite dizaine sont de grands artistes en herbe.

Parmi eux, deux seulement vont établir les conditions pérennes pour exercer leur activité de cinéaste, par des voies radicalement opposées: Eric Rohmer et Claude Chabrol. Alors que Rohmer construisait avec sa société, les Films du Losange, l’enclave à l’intérieur de laquelle il pourrait travailler à sa guise, Chabrol entrait presqu’aussitôt «dans le système», travaillant pour des producteurs établis.



Stratège débonnaire mais sophistiqué, il saurait jouer au mieux de ce cadre pour faire ce qu’il avait envie de faire. C’est un jeu où il arrive qu’on perde, et cela donna ce qu’il appelait «des merdes absolument saisissantes» (citons Le Sang des autres, Jours tranquilles à Clichy, assez peu en fait) ou des mauvais films (une petite dizaine). Mais cet homme-là a réalisé 55 longs métrages en 50 ans, plus quelques sketches mémorables et 21 téléfilms. Qui dit mieux dans le cinéma français (ou ailleurs)? Personne.

55 longs métrages, deux «merdes absolument saisissantes»

Parmi les longs-métrages, on peut souligner qu’il signe les premiers de la bande des Cahiers, pas moins de deux sortis en 1959, les films-frères que sont Le Beau Serge et Les Cousins – ceux-là il les a produits lui-même avec l’argent d’un héritage et celui de sa femme d’alors, il sera bientôt guéri à jamais de l’idée d’être son propre producteur. Légèreté du tournage, liberté de ton, renouvellement radical du jeu d’acteur (Brialy et Blain), questionnement éthique et mise en crise des dogmes du cinéma classique, ses deux premiers films sont exemplaires de l’esprit de l’époque, et sont des succès.


Les Biches

Pourtant, après ces débuts en fanfare, il ne tournera qu’un film ayant les apparences qu’on attribue au cinéma de la Nouvelle Vague, le d’ailleurs excellent Les Bonnes Femmes (1960). Il continue d’enchaîner les productions, avec des tentatives singulières dans les années 60 (Ophelia, L’œil du malin, Les Biches) qui mènent au premier chef-d’œuvre, La Femme infidèle (1969), que suivent notamment les admirables Le Boucher et Juste avant la nuit, puis les très audacieux Les Noces rouges et Nada, parmi les plus intéressantes réponses du cinéma de fiction à l’après-68.

Nouvelle vague

Plus tard, il y aura d’autres très grands films, troublants, radicaux, subtils et violents: Violette Nozière (1978), Les Fantômes du chapelier (1982), Une affaire de femmes (1989), Betty (1992), La Cérémonie (1995), Merci pour le chocolat (2000), L’Ivresse du pouvoir (2006), Bellamy (2008). Il faudrait détailler les «constructions» qui servent de soubassement à ces œuvres, dont beaucoup de très bons films – Landru, Que la bête meure, Poulet au vinaigre, Inspecteur Lavardin, Masques, Rien ne va plus, Au cœur du mensonge, La Demoiselle d’honneur…



Stratège des conditions d’existence de son art, Chabrol établit des liens solides et très féconds : avec des techniciens qui deviennent de véritables collaborateurs (à commencer par Aurore, sa femme et sa scripte, et son fils le compositeur Matthieu Chabrol, ou encore Monique Fardoulis, monteuse de ses films depuis 1965) ; avec quelques comédiens, exemplairement Isabelle Huppert qui était pour lui, sur les tournages, une interlocutrice de choix ; avec des écrivains scénaristes telle Odile Barski ; et avec des producteurs, notamment Marin Karmitz auquel le lia une longue collaboration et qui lui offrit durant plus de 10 ans le cadre industriel auquel il aspire.

Chabrol sur les traces d'Hitchcock, Ford, Hawks, Minnelli...

Contrairement à ce qu’on entend souvent, en s’installant à l’intérieur du système de production, Chabrol n’a jamais renié les principes de la Nouvelle Vague et notamment ce qu’ont défendu les Cahiers du cinéma au cours des années 50. Il en applique même à la lettre une des idées forces, celle qui s’est construite autour de la notion d’«auteur», et de son corollaire, la fameuse politique des auteurs. Truffaut, Godard, Chabrol, Rohmer, Rivette ont forgé cette notion dans une double visée: établir le statut artistique du cinéma, alors (et toujours) fragile et perpétuellement remis en cause, mais en même temps affirmer qu’un auteur de cinéma n’est pas comme un auteur de livres ou de tableaux. L’impureté fondamentale du cinéma fait que ses auteurs sont d’une autre nature.



Leur référence, ce sont les cinéastes hollywoodiens que ces critiques réussissent à faire reconnaître comme auteurs, Hitchcock, Ford, Hawks, Minnelli, Lubitsch, Preminger…: des gens qui travaillent dans le système, font des westerns, des polars et des comédies, et pourtant imposent leur vision du monde. C’est ce que fera Chabrol, et seulement lui. Pour réussir pareille entreprise, il faut un extraordinaire mélange de ruse et de sincérité, de force et de souplesse.

Claude Chabrol construit donc ce personnage de bon gros rigolard et j’m’en-foutiste, aimant la bonne bouffe et les bons vins. Il était vraiment tout ça, sauf une chose: «j’m’en-foutiste». Bourreau de travail (il suffit de voir sa filmographie), extrêmement cultivé tout en professant une passion pour les émissions de téléréalité et de téléachat, il était un réalisateur d’un savoir technique et d’une exigence artistique immenses.

L'exigence du stratège

Avoir eu le privilège d’assister à plusieurs de ses tournages permettait de vérifier ce qu’une observation attentive de ses films révélait: la précision des cadres, la finesse de composition des mouvements de caméra et des déplacements de personnages, le goût imparable dans le choix des couleurs, l’exigence du travail sur le son… Tout cela, la réalisation ne l’exhibait pas, jamais: il aura été vital pour Chabrol, qui n’a cessé d’expérimenter, que ses recherches ne se remarquent pas. Elégance, sans doute – l’homme l’était suprêmement, à sa manière singulière – mais surtout stratégie de survie.



Nul mieux que lui ne pouvait goûter cette ironie: cette pratique, cette stratégie, c’était aussi et profondément son métier, la mise en scène. Claude Chabrol aura mis en scène son propre personnage de réalisateur avec la même maestria qu’il a mis en scène ses meilleurs films. Et sur les mêmes bases: exigence éthique de cet auteur qui est profondément un moraliste (et fort peu un sociologue), opiniâtreté et prolixité, sens du rapport avec l’autre, savoir appris chez ses maîtres, Fritz Lang et Alfred Hitchcock, qu’il faut beaucoup de vérité dans le mensonge, beaucoup de rigueur dans l’artifice pour que celui-ci construisent des effets féconds, qui permettent d’atteindre une vérité plus vaste et plus profonde.

Jean-Michel Frodon
Jean-Michel Frodon Critique de cinéma, notamment pour Le Monde, écrivain, enseignant, Jean-Michel Frodon a dirigé Les Cahiers du Cinéma. Il anime Projection publique, le blog ciné de Slate.

http://www.slate.fr/story/27191/claude-chabrol-merci-pour-le-cinema


Dernière édition par liliane le Lun 13 Sep - 9:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: CLAUDE CHABROL    Lun 13 Sep - 7:52

"La bêtise est infiniment plus fascinante que l'intelligence... L'intelligence a des limites, la bêtise n'en a pas !"

Claude Chabrol



Claude Chabrol est né à Paris, le 24 juin 1930.

C'est un fils de pharmacien et il dévore la Comtesse de Ségur. Il débute dans le cinéma dés l'âge de 12 ans comme projectionniste dans un garage d'un petit village de la Creuse. C'est à Sardent, en Corrèze, que Claude Chabrol passe une grande partie de son enfance à cause de la seconde guerre mondiale.

Après ses études secondaires, il se lance dans des études de Droit, puis une licence de lettres et des études de pharmacie. Déjà rusé, il gagne son argent de poche en écrivant de fausses dédicaces d ‘Hemingway et de Faulkner et profite du snobisme parisien pour en tirer un bon prix.

Claude Chabrol entre aux "Cahiers du Cinéma" en 1953, ses amis François Truffaut et Jacques Rivette y font déjà leurs premières armes depuis quelques mois. C'est d'ailleurs grâce à eux, rencontrés à la Cinémathèque de Langlois et dans les ciné-clubs du Quartier Latin, que Chabrol a pu être introduit auprès d'André Bazin et Jacques Doniol-Valcroze, fondateurs de la toute jeune revue de cinéma à couverture jaune.

Dès ses débuts il défend la "politique des auteurs", pas encore strictement définie, mais déjà présente en puissance. A propos du film Chantons sous la pluie de Kelly et Donen, Claude Chabrol écrit : "il s'agit bien, cette fois, d'un film d'auteur, ce qui est rare dans ce genre de production". Le jeune critique cherche alors à convaincre ses lecteurs qu'à l'intérieur même du carcan des studios hollywoodiens, un réalisateur, malgré les règles et les conventions qui régissent les productions, peut imposer son style pour ainsi se positionner en véritable auteur de films. Chabrol reprendra ces idées quelques numéros plus tard pour partir à la défense d'Alfred Hitchcock, considéré alors par la critique comme simple technicien efficace et non comme un auteur à l'univers passionnant.

En 1957, il publie avec Éric Rohmer un livre sur Alfred Hitchcock.

Il participe ainsi au lancement de la Nouvelle Vague française en étant critique aux Cahiers du cinéma.



Ses premiers films

Il se marie très jeune à Agnès, une riche héritière ce qui lui permet de fonder sa société de production. Il produit, pour démarrer, un court métrage de Jacques Rivette, Le Coup du berger (1956) avec Jean-Claude Brialy et François Truffaut, dont il est aussi scénariste. Il peut réaliser ses premiers films.

Le beau Serge en 1959 avec Jean-Claude Brialy, un drame campagnard qui dénote avec ses futurs thèmes de prédilection, sera son coup d'essai en tant que réalisateur, d'emblée couronné par un succès commercial conséquent. Les Cousins qui sort la même année est une crépusculaire étude de mœurs dans un Paris partagé entre existentialisme et misère. Il montre déjà son originalité et son regard à la fois féroce et plein d'humour.

L'année suivante, il est mal compris avec Les bonnes femmes où l'on trouve une vision acide des femmes. La bêtise de ces femmes pathétiques effraie le public qui se sent visé et méprisé.
Claude Chabrol divorce pour épouser en 1964 la comédienne Stéphane Audran, qui sera très souvent son interprète.



La maturité

La bêtise va devenir un des thèmes clés de l'œuvre de Chabrol qui se dit fascinée par elle : "la bêtise est infiniment plus fascinante que l'intelligence. L'intelligence, elle, a ses limites tandis que la bêtise n'en a pas. Voir un être profondément bête, c'est très enrichissant et l'on a pas à le mépriser pour autant." Les Godelureaux, l'année suivante, ne rencontre pas plus de succès. Il se lance alors dans la réalisation de films d'espionnage souvent parodiques et toujours plein d'humour, mais boudés par la critique.

Il renoue avec le succès à partir de 1968 avec une série de films : Les Biches, La femme infidèle (1969), Que la bête meure (1969), Le boucher (1970). Claude Chabrol aime s'entourer de ses acteurs fétiches et on y retrouve Michel Bouquet, Jean Yanne et toujours et encore sa femme, Stephane Audran.

Il poursuit son analyse décapante des mœurs de la petite bourgeoisie avec Docteur Popaul (1972) ou Violette Nozière (1978) où apparaît la jeune Isabelle Huppert qui deviendra l'égérie du cinéma de Claude Chabrol dans les années 80-90.

En 1982, il adapte un roman de Simenon, Les fantômes du chapelier, véritable tableau des mœurs d'une petite ville de province. Le film est empreint d'une violence inquiétante, retenue et intériorisée que l'on retrouvera dans Masques en 1987.

Les années 1990 sont peu être plus que jamais les années Chabrol avec des chefs d'œuvre comme La cérémonie (1995) servie par les interprétations époustouflantes de Sandrine Bonnaire et d'Isabelle Huppert, inquiétantes dans leur folie ordinaire, ou encore L'enfer (1994) avec la très belle et troublante Emmanuelle Béart et le très torturé François Cluzet.


Betty

Le style de Chabrol

A l'inverse d'un Resnais mûrissant longuement chaque œuvre, Claude Chabrol a tourné beaucoup de films, plus de cinquante, rejoignant ainsi Jean-Luc Godard. Rien ne va plus est son cinquantième film en 1997.

Bien sûr certains de ces films sont des films alimentaires fait pour renflouer sa société de production (et payer ses impôts, selon ses propres aveux !) : ainsi la série des “Tigre”, sans compter des séries pour la télévision.

Mais il sait aussi prendre des risques comme par exemple en 1980, en se lançant dans l'adaptation du Cheval d'orgueil, le roman breton de Pierre Jakez-Elias, avec des comédiens peu connus du grand public.

En 2005, l'ensemble de son œuvre cinématographique a été distingué par le prix René-Clair de l'Académie française.

Claude Chabrol a été marié avec Stéphane Audran de 1964 à 1980. Sa dernière épouse, la troisième, est Aurore Paquiss, actrice et assistante de production.

http://nezumi.dumousseau.free.fr/chabrol.htm

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MessageSujet: Re: CLAUDE CHABROL    Lun 13 Sep - 10:09

UN DE SES DERNIERS ENTRETIENS
Entretien réalisé cette année à l'occasion du cycle cinéma diffusé sur ARTE.
Figure de la Nouvelle vague, omniprésent dans le cinéma depuis les années 60, il passait pour être l'un des critiques les plus virulents de la bourgeoisie française. Une verve mordante qui transparaît aussi dans cet entretien.


Claude Chabrol estime n’avoir jamais eu de grand succès à fêter. Etonnant de la part d’un cinéaste qui a réalisé plus de 70 films et écrit plus d’une cinquantaine de scénarios. Le 24 juin, il fêtera ses 80 printemps, l’occasion pour ARTE de lui rendre hommage dans un cycle de cinq de ses films. Réalisateur toujours autocritique, Claude Chabrol a répondu aux questions du mensuel Arte Magazin. Une interview où il apparaît vite que le nombre des années n’enlève rien à la langue bien pendue.

ARTE : Vous n’hésitez pas à vous moquer de votre grand âge. Vous donne-t-il une place particulière dans le cinéma français ?
Claude Chabrol : Depuis la mort d’Eric Rohmer (janvier 2010), je n’ai plus qu’un seul aîné en vie : Jacques Rivette, ce qui fait qu’on prend quelques gants avec moi, y compris dans la presse : je peux tourner ce que je veux, du moment que ça ne coûte pas trop cher. De toute façon, je n’ai jamais donné dans l’autosatisfaction, qui est fatale aux réalisateurs. J’ai eu seulement de jolis petits succès, et c’est pour ça qu’on me fiche la paix.

Vous tournez le plus souvent dans des bourgades. La province française a-t-elle beaucoup changé pendant les cinquante années de votre carrière ?
Le village de ma mère, un bourg autrefois animé, où j’ai passé la guerre, là où j’ai tourné « Le boucher », est aujourd’hui exsangue. Au mieux, la province est figée, au pire, elle périclite. Les gens ont de moins en moins de certitudes, tout se fragilise, comme les os avec l’âge – quelle horreur !

Entre deux lieux de tournage a priori équivalents, vous retiendrez celui qui a le meilleur restaurant, n’est-ce pas ?
Le soir, un bon restaurant vaut de l’or ! Par ailleurs, je veille toujours à avoir un excellent traiteur sur les tournages. On travaille mieux quand on mange correctement pendant et après le tournage.

La cuisine est-elle un bon moyen de découvrir la province ?
Assurément. Les Français ont soi-disant la bonne cuisine dans les gènes. On leur a tellement rabâché qu’ils ont fini par y croire. N’oubliez pas que manger est l’une des rares choses que l’on fait deux fois par jour sa vie durant !

On retrouve la bourgeoisie dans la moitié de vos films. Qu’est ce qui vous fascine tant chez elle ?
D’un côté, je suis moi même issu de la bourgeoisie, je dois bien avoir quelques-uns de ses traits inscrits en moi, même si je ne peux pas les analyser et que je m’en défends. De l’autre, la bourgeoisie est actuellement le seul groupe qui s’enorgueillit d’être une classe. Dans ce pays, la pensée bourgeoise, qui se fonde sur les apparences, a résisté à tous les changements ! On est ce que l’on paraît – c’est parfaitement faux, mais typiquement bourgeois !

Dans « La cérémonie » (1995), avec Isabelle Huppert et Sandrine Bonnaire, vous montrez une lutte des classes meurtrière. Une pareille lutte est-elle encore possible de nos jours ?
Nous assistons actuellement à un retour des luttes – regardez les usines occupées en France ! Moi, je ne pourrais m’intéresser à des ouvriers qui séquestrent leur patron que s’ils le font au moment où sa femme accouche. J’aurais alors deux éléments contradictoires : d’une part le futur père aux abois qui aimerait être avec sa femme ; on le plaint, mais d’un point de vue social, c’est un s....... ; et, de l’autre, les ouvriers qui se demandent s’ils ne sont pas eux-mêmes en train de se transformer en salauds. Voilà un bon sujet!

Vos thèmes de prédilection comme la province, la bourgeoisie et la critique sociale sont quasiment absents du cinéma français en ce moment.
Oui, cette évolution me rend un peu triste. A l’heure actuelle, le cinéma français hésite sur la direction à prendre. Il y a beaucoup de jeunes producteurs qui n’aiment pas vraiment le cinéma : ce n’est pas faire des films qui les intéresse, c’est seulement faire partie de ce milieu.

Pourquoi, malgré votre penchant pour la critique sociale, n’avez-vous jamais pris la banlieue comme cadre dans vos films ?
J’aurais honte d’aller jouer les explorateurs. Et puis je ne connais pas assez le sujet, c’est de loin trop sérieux pour que moi, le bourgeois de 80 ans, j’aille faire le guignol dans les cités. Même si, contrairement aux idées reçues, on n’y mange pas si mal…

Fassbinder a dit un jour que vous observiez les hommes « comme des insectes dans un bocal ».
En effet, dans « Le beau Serge », Bernadette Lafont dit à quelqu’un : « Tu nous regardes comme des insectes. » En fait, je préfère observer les hommes que les insectes. Je cherche à voir comment l’être humain, face à une société qui ne lui correspond pas, se mue en insecte. Il retourne à l’état animal.

Avez-vous connu Fassbinder ?
Je l’ai rencontré une seule fois. Je trouve ses films assez réussis. A partir de « Tous les autres s’appellent Ali », il a incarné la renaissance du cinéma allemand. Lequel était complètement atone dans les années 70 – savez-vous pourquoi ? Après la guerre, ils ont fait appel à des dramaturges. Des gens qui étudiaient les scénarios dans leurs bureaux et essayaient de les relever en y ajoutant quelques éléments. C’est comme ça qu’ils ont massacré le cinéma allemand pour un bon bout de temps.

Que pensez-vous du nouveau cinéma allemand ?
On ne voit pas assez de films allemands en France ! Bien sûr, il y a eu « Good bye, Lenin! » et « La vie des autres », un film exceptionnel, sans oublier les films de Fatih Akin. J’aime bien l’idée qu’un Turc incarne le cinéma allemand (rires).

En décembre 2009, vous avez obtenu la Caméra de la Berlinale. Ce genre de distinctions a-t-il une signification pour vous ?
Dès mon deuxième film, les Allemands m’ont décerné des prix. Ça fait toujours plaisir. Autrefois, j’étais farouchement anti-allemand, mon père était dans la Résistance. Et pourtant, je dévorais les classiques allemands : Goethe, Schiller...

Vous avez marqué la carrière d’acteurs comme Stéphane Audran, Isabelle Huppert ou Michel Bouquet. Qu’appréciez-vous chez eux ?
C’est si rare de trouver un acteur qui comprenne vite ce que vous voulez, alors on s’en réjouit et on a envie de retravailler avec lui. J’essaie aussi constamment d’agrandir ma troupe.

C’est une sorte de famille ?
Une famille bourgeoise, au sens utilitaire, si vous voyez ce que je veux dire (« Crois-tu que l’oncle Gustave pensera à nous dans son testament ? »). Il y a des acteurs dont j’admire profondément le jeu sans pour autant les apprécier humainement. Ce qui ne m’empêche pas de les engager pour jouer.

Vous avez un jour dit que vous vous sentiez bien dans votre peau. Est-ce la clé de votre succès professionnel ?
Je ne sais pas. Je n’aurais probablement pas été capable de faire passer mon œuvre avant mon bonheur personnel. Comme je suis de nature optimiste, je pense que l’être humain s’améliore toujours. J’ai même atteint une sorte de béatitude. Pas trop mal pour un mécréant, non ?

Quel est votre dernier projet ?
J’ai travaillé avec ma fille sur un nouveau scénario. Sinon, je vais tourner une nouvelle adaptation de Maupassant pour la télévision : « Boule de suif » – un vieux rêve. Un livre qui est au centre de ma préoccupation de toujours : la relation entre la bourgeoisie et le peuple.
[center]

PROPOS RECUEILLIS PAR PIERRE-OLIVIER FRANçOIS POUR ARTE MAGAZIN LE 26/05/2010

http://www.arte.tv/fr/mouvement-de-cinema/Claude-Chabrol/3236710.html
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