Une huile sur toile de Nicolas de Staël (1914-1955), "Nu couché", a été vendue aux enchères 7.033.400 euros (avec frais), mardi soir à Paris, établissant un nouveau record du monde pour ce peintre français d'origine russe, a annoncé la maison de ventes Artcurial.
Le précédent record mondial pour une oeuvre de Nicolas de Staël, était de 2,4 millions d'euros pour "Agrigente" (1954), lors d'une vente à Paris en mai dernier.
Pulvérisant l'estimation la plus favorable de 3,5 millions d'euros, ce tableau, l'un des derniers de Nicolas de Staël, a été peint en 1954. Il a été adjugé à un collectionneur américain qui a requis l'anonymat, au terme d'enchères très disputées entre six enchérisseurs, dont deux Français et un Britannique.
Selon la maison de ventes, il s'agit de l'oeuvre d'art la plus chère vendue à Paris en 2011.
"Ce +Nu couché+ est un tableau merveilleux, un des trophées de l'histoire de la peinture. Les nus sont très rares dans l'?uvre de Nicolas de Staël qui était à ce moment-là dans la force de son art", a souligné à l'AFP Maître Francis Briest, co-président d'Artcurial.
"Cette toile qui mériterait un catalogue à elle seule, est à la conjonction de l'abstraction et de la figuration. Les enchérisseurs se sont surpassés pour l'obtenir. Elle ne reviendra sans doute pas sur le marché avant une trentaine d'années", a ajouté le commissaire-priseur estimant, qu'avec ce record extraordinaire et inattendu, "Paris défend ses couleurs pour les grandes ventes internationales".
http://www.leparisien.fr/flash-actualite-culture/record-du-monde-pour-nicolas-de-stael-a-paris-plus-de-7-millions-d-euros-06-12-2011-1755785.php
Cette peinture est celle de la femme aimée, à cette époque de sa vie, Jeanne Mathieu, dont l’artiste fut éperdument amoureux. Cette passion dévorante l’habita de 1953, année de sa rencontre avec Jeanne, jusqu’à sa mort en mars 1955.
En 1953, Nicolas de Staël, sa femme Françoise et leurs trois enfants s’installent dans le Midi de la France, à Lagnes, sur la route d’Apt, dans une magnanerie appelée « Lou Roucas ». René Char avait souvent parlé à Nicolas de cet endroit majestueux. La famille Mathieu, qui en est propriétaire, exploite un domaine agricole. Elle accueille chaleureusement l’artiste. Autour des parents, quatre enfants, dont Henri, le poète, et Jeanne, la femme-fleur.
Le 20 juillet 1953, Nicolas de Staël, bouleversé, écrit à René Char : « Jeanne est venue vers nous avec des qualités d’harmonie d’une telle vigueur que nous en sommes encore tout éblouis. Quelle fille, la terre en tremble d’émoi, quelle cadence unique dans l’ordre souverain. Là-haut, au cabanon, chaque mouvement de pierre, chaque brin d’herbe vacillaient (…) à son pas. Quel lieu, quelle fille ! » Il en oublie que Jeanne a un mari et deux enfants. N’importe, il organise une épopée familiale en Italie. Le but du voyage est la Sicile. Françoise, les enfants et Jeanne, qu’il a convaincue de les accompagner, s’entassent dans la camionnette Citroën.
La petite troupe débarque en Sicile où l’artiste se rassasie de culture antique et s’enivre de couleurs. Il ressent un choc esthétique qu’il traduira magistralement sur la toile et sur le papier jusqu’au terme de son œuvre.
Laurent Greilsamer, dans son ouvrage Le Prince foudroyé, La vie de Nicolas de Staël, écrit que la findu périple ressemble à une débâcle.
Nicolas partait se promener seul avec Jeanne, abandonnant Françoise, et les enfants.
Un climat de tension et de tristesse s’abat sur la petite troupe. L’artiste sent frémir en lui de grands désordres qu’il appellera bientôt les « brusqueries de son inconscient » , ainsi qu’il l’écrit à Jacques Dubourg. De retour à Lagnes, il impose à sa famille une séparation momentanée et renvoie Françoise et les enfants à Paris. Il veut rester seul, peindre seul, vivre seul, retrouver son souffle qui lui échappe. Staël va alors traduire ses impressions siciliennes sur la toile : paysages et nus se succèdent et c’est à cette époque que naît une liaison entre lui et Jeanne Mathieu.
L’artiste est dévoré par la passion. Mais il aime plus qu’il n’est aimé. Le 14 mars 1955, Jeanne refuse de le voir. Il met de côté les lettres qu’elle lui a adressées, en fait un paquet et va l’offrir à son mari en lui disant : « Vous avez gagné ! » Le 16 mars, il se précipite dans le vide.
http://www.artcurial.com/fr/actualite/cp/2011/2011_12_06_2052_nicolas-de-stael.asp