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 Chronique mitterrandienne

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Bridget

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MessageSujet: Chronique mitterrandienne    Sam 21 Aoû - 15:05

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Mitterrand an I : un feuilleton en 5 épisodes



Il y a un an, Frédéric Mitterrand était nommé ministre de la Culture et de la Communication. La rédaction d’Artclair.com a voulu célébrer cet anniversaire en faisant son bilan à la tête de la Rue de Valois, sous forme d’un feuilleton en cinq épisodes.






Peut-on faire le bilan de l’action d’un ministre de la Culture au terme de la première année de son mandat ?

Un an, c’est évidemment un peu court pour juger de l’action d’un ministre, mais c’est suffisant pour apprécier son style, ses orientations, sa capacité et sa volonté d’agir.
D’autant que la durée des mandats des ministres de la Culture est en moyenne d’à peine plus de deux ans.

Les dix ans de Malraux et de Lang (en plusieurs fois pour ce dernier) ne sont que des exceptions. Et pourtant, on ne cesse de comparer les ministres de la Culture à ces deux figures tutélaires.

Cette confrontation ne joue pas en faveur des impétrants.




André Malraux Ministre de la culture de 1959 à 1969.



André Malraux a construit de toutes pièces le ministère de la Culture, tandis que Jack Lang était porté par la volonté de François Mitterrand de laisser une forte empreinte culturelle dans l’histoire. Difficile de se mesurer à ces bâtisseurs quand, nécessité oblige, on fait de la gestion. L'époque du ministère missionnaire, décidé à irriguer la culture sur tout le territoire, est bel et bien révolue. D'autant que les collectivités locales ont pris le relais et sont devenues les principaux bailleurs de fonds du secteur.

Mais comment faire ?

D’abord en s’interrogeant sur ce qu’est un bon ministre de la Culture. Survient ici une difficulté : quelle focale adopter ?

L’opinion publique n’a pas les mêmes attentes que les professionnels. Elle escompte avant tout du ministre qu’il assure le rayonnement de la culture française, voire qu’il l’incarne, qu’il fasse bonne figure au Festival de Cannes ou à la cérémonie des Césars et qu’il attache son nom à des événements festifs, type fête de la Musique (Jack Lang, ça tout le monde s’en souvient) ou Nuit des musées (initiée par Renaud Donnedieu de Vabres, ce que tout le monde a oublié).

Les professionnels, eux, ne sont pas insensibles au talent du ministre pour porter bien haut la culture française et définir une politique culturelle ambitieuse, mais ils le jugent surtout sur sa capacité à maintenir et augmenter son budget afin qu’il le redistribue là où c’est nécessaire, c'est-à-dire partout : d’une aide de quelques milliers d’euros pour la restauration d’une église de village à la dotation des grands établissements tels que la BnF (209 millions d’euros).

Mais comme le monde de la culture draine peu de voix et que sa surface économique reste faible, l’équation se ramène à deux paramètres : le poids du ministre et l’appétence culturelle du président de la République. Ce deuxième paramètre étant très subjectif, reste donc l’influence du ministre : ses mandats politiques, sa cote dans l’opinion, ses réseaux ou plus simplement sa séduction.


Les professionnels apprécient aussi les capacités managériales du ministre : sa présence sur le terrain, son aptitude au dialogue, son volontarisme pour arbitrer des dossiers souvent très techniques voire son souhait de définir une ligne claire en matière de politique culturelle.


Alors oui, il est possible de dresser le bilan de la Mission culture de Frédéric Mitterrand au terme de sa première année.
Après en avoir rappelé les grands moments , nous ferons le bilan de l'action de ses prédécesseurs afin d’établir un référentiel , puis nous évaluerons sa politique à l’aune de ce qui vient d’être dit (. Il faudra enfin patienter tout le week-end pour découvrir l’épilogue de la série.

Jean-Christophe Castelain & Sophie Flouquet

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Dernière édition par Bridget le Dim 21 Nov - 15:27, édité 2 fois
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Bridget

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MessageSujet: Re: Chronique mitterrandienne    Sam 21 Aoû - 15:24

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Chronique mitterrandienne (II)





Le 5 rue de Valois


Tout semblait réussir au nouveau ministre jusqu’à la tempête politico-médiatique autour de son livre, « La Mauvaise Vie ».
Nous rappelons, dans ce deuxième épisode du bilan de Frédéric Mitterrand, les temps forts de juin 2009 à juin 2010.


Il y a avant et après. Avant la controverse sur La Mauvaise Vie et après. L’état de grâce n’aura duré que trois mois, jusqu’à la polémique sur les relations tarifées du ministre en Thaïlande. Et pourtant, jamais ministre de la Culture n’avait suscité une telle adhésion positive à sa nomination.

Un Mitterrand ministre de la Culture, cela plaît à l’opinion et fait grincer les dents dans l’opposition. Son image de personnage dandy, drôle, intelligent, un peu vieille France et dilettante, popularisé et rendu sympathique par ses émissions à la télévision, le sert.

On apprécie son style peu orthodoxe et ses bourdes, par exemple de ne pas avoir su garder sa langue lorsqu’il a appris sa nomination. Brûlant la politesse à Claude Guéant, qui l’annoncera officiellement le mercredi 24 juin, Frédéric Mitterrand informe ses collaborateurs à la Villa Médicis dès la veille, oubliant que Rome n’est pas à plusieurs jours de malle-poste de Paris.

Dans la minute qui suit l’adieu aux collaborateurs, tout Paris est au courant. Christine Albanel, qui occupait le poste depuis vingt-cinq mois, l’apprend par la même occasion. Frédéric Mitterrand s’en excusera auprès d’elle.




La tournée des festivals




Avignon Cour d'honneur du Palais des Papes



« Frédo » attire immédiatement les médias. Il faut dire qu’il y connaît tout le monde et que ses amis se pressent pour l’inviter.
Contrairement à Christine Albanel qui reçoit une longue lettre de mission pleine d’objectifs chiffrés, on lui demande avant tout de faire de l’affichage.

Ça tombe bien, c’est la saison des festivals où il se rend avec voiture officielle, petits marquis et gourmandise : art lyrique à Aix-en-Provence le 3 juillet, Rencontres photographiques d’Arles le 11, Festival d’Avignon le 12, Tour de France cycliste (!) le 18.
Quinze jours de vacances ne sont pas de trop début août pour prendre des forces en vue du second round : le piano à La Roque-d’Anthéron le 19 août, la Biennale de Venise du 21 au 23, le Festival baroque de Sablé-sur-Sarthe le 25, les Victoires du jazz le 1er septembre, à nouveau Venise pour la Mostra le 2.

Le 5, il est ovationné lors de l’université d’été des jeunes UMP à Seignosse, où il manie avec talent l'autodérision. On se bouscule pour l’approcher, le toucher. L’ambiance est cependant moins accueillante à la fête de l’Humanité quelques jours plus tard, où le ministre est conspué.



De succès en succès


Il faut néanmoins accomplir quelques tâches administratives, comme finir le travail sur le dossier Hadopi. Le parcours législatif du projet de loi Création et Internet va de rebondissement en rebondissement.
Rejeté par le Parlement le 9 avril pour cause d’insuffisance de députés UMP présents dans l’hémicycle, revoté le 13 mai, il est censuré par le Conseil constitutionnel le 10 juin. Il faut donc relancer la procédure parlementaire. Hadopi II, nom du second texte, est finalement adopté le 22 septembre.


Un succès que l’on met au crédit du ministre. Frédéric Mitterrand flotte au sommet de l’Olympe. Lorsqu’il en descend, par exemple lors de la présentation du programme du Conseil pour la création artistique, c’est pour mieux circonvenir « son ami » Marin Karmitz. Il n'y a qu'un seul pilote à la barre.


Et c’est un ministre auréolé de sa mandorle qui présente à la presse le 1er octobre un « très bon » budget 2010. Avec une hausse, hors frais de personnel, de plus de 5 % des crédits de paiement pour 2010, le budget prévisionnel de son ministère témoigne d’un soutien appuyé du Président.



La tempête politico-médiatique


Mais la mèche qui fera exploser son capital de sympathie est allumée depuis quelques jours.


Roman Polanski vient d’être placé en garde à vue en Suisse. Le ministère publie immédiatement un communiqué de presse en faveur du réalisateur. Pendant quelques jours, l’opinion est indécise, on entend surtout les soutiens patentés de Polanski. Puis, petit à petit, des voix s’élèvent pour rappeler la gravité des accusations de viol sur mineur à l’origine de cette interpellation. Frédéric Mitterrand ne prend pas la mesure de l’opinion et répond vivement aux journalistes anglo-saxons qui l’interrogent le 1er octobre sur le sujet.

On connaît la suite.
Le 5 octobre, Marine Le Pen exige la démission du ministre en citant des extraits de son livre, La Mauvaise Vie. Le 7 octobre, c'est lors d'une piètre prestation sur son budget devant les députés de la Commission des affaires culturelles que le ministre commence à montrer sa fébrilité. Il répond à une provocation de Patrick Bloche en la qualifiant de « question perverse ». Sa langue a manifestement fourché et la tension monte d'un cran entre les deux hommes. À la sortie de l'audition, les caméras de télévision assaillent le ministre, qui est exfiltré par une issue de secours.

La polémique enfle, Frédéric Mitterrand est obligé de s’expliquer le 8 sur TF1. Sa prestation jouant sur l'empathie conjuguée à la solidarité gouvernementale et au soutien de quelques éditorialistes qui dénoncent une chasse aux sorcières met fin à la couverture médiatique. Un sondage BVA pour Canal + indique que 67 % des Français ne veulent pas le voir démissionner.


Pourtant le ressort semble cassé même si le ministre continue à enregistrer quelques succès. La grève en décembre 2009 dans les musées et monuments historiques, partie du Centre Pompidou, ne prend pas, le ministre a tenu bon.

Toujours en décembre, le Président attribue une enveloppe de 750 millions d’euros pour la numérisation du patrimoine dans le cadre du Grand Emprunt. De quoi réaffirmer son autorité et reprendre la main sur un dossier qui s'était cristallisé sur l'impécuniosité de l'État face au géant Google. Depuis, aucun temps fort n’est venu animer la vie du ministère, qui se plie dès janvier 2010 à la réorganisation voulue par la révision générale des politiques publiques.



Amour et désamour


La cote de popularité du ministre dans l’opinion rend bien compte de ses infortunes. En juin 2009, selon le sondage TNS Sofres / Figaro Magazine, 42 % des Français lui font confiance, soit un point de plus que François Fillon. Quatre mois plus tard, après la polémique, le pourcentage de confiance tombe à 25 % pour fluctuer depuis entre 24 % et 23 % quand celui de François Fillon est entre 37 % et 38 %.

Reste que sa notoriété audiovisuelle persiste à lui assurer un courant de sympathie dans l’opinion, car comment expliquer que le pourcentage de confiance de Renaud Donnedieu de Vabres au cours de sa première année se soit maintenu entre 9 et 11 %, et que celui de Christine Albanel n’ait pas bougé de 9 % avant que le sondeur ne la retire de l’enquête par manque de notoriété.
Et puis les Français se sont émus de son accident de scooter en janvier 2010, occasion pour Nicolas Sarkozy de réaffirmer sa mansuétude à l'égard de son ministre blessé.

Mais, depuis, il se fait plus discret.


Jean-Christophe Castelain & Sophie Flouquet
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Dernière édition par Bridget le Sam 21 Aoû - 17:37, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Chronique mitterrandienne    Sam 21 Aoû - 15:47

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Chronique mitterrandienne (III) : le passif des prédécesseurs




Frédéric Mitterrand n'est certainement pas un homme de rupture. Les dossiers de son ministère s'inscrivent dans la continuité des décisions engagées par ses prédécesseurs.




Frédéric Mitterrand pendant les débats sur HADOPI 2 (23 juillet 2009) - Photographe Richard Ying



En mai 2002, Jacques Chirac est réélu pour un second mandat à la tête de l'État. En coulisses, au Centre Georges Pompidou, un autre « Corrézien » s'apprête à entrer aux affaires.

En fait de Corrézien, Jean-Jacques Aillagon (mai 2002-mars 2004), qui prend le portefeuille de la Culture, n'aura passé que trois ans à enseigner l'histoire aux lycées d'Égletons et de Tulle. Sa première rencontre avec Jacques Chirac date seulement de 1990, alors qu'il est devenu, avant de présider aux destinées du Centre Pompidou, l'un des piliers de l'administration culturelle de la Ville de Paris, dont Jacques Chirac est alors maire.


Les deux hommes ont également une connaissance commune, Michel Guy, secrétaire d'État à la Culture du gouvernement Chirac de 1974 à 1976, mais aussi mentor du nouveau ministre. Avant d'arriver à la Rue de Valois, Aillagon s'est préparé au poste. Il sait que Jacques Chirac n'a pas pu, durant son premier mandat, s'appuyer sur une personnalité forte à la Culture.


Après le bref passage de Philippe Douste-Blazy (1995-1997), la cohabitation a ramené la gauche aux affaires, laissant à Catherine Trautmann (1997-2000) puis Catherine Tasca (2000-2002) le soin de piloter le ministère.

Avec Aillagon, Chirac ambitionne de séduire les milieux culturels et opte pour une personnalité qui semble alors capable de transcender les clivages politiques. Dans les colonnes du Journal des Arts (n° 150, 31 mai 2002), Frédéric Mitterrand – qui semble encore bien loin d'imaginer qu'il sera l'un de ses successeurs – déclare : « Si on devait simplifier, on dirait qu'ils ont trouvé un Lang de droite. » De son côté, Aillagon ne semble guère douter de sa capacité à marquer l'histoire du ministère de la Culture.



Jean-Jacques Aillagon : an I (mai 2002-juin 2003)





À la barre, le sémillant ministre, qui s'entoure d'une équipe de techniciens compétents emmenés par son directeur de cabinet, Guillaume Cerutti – un jeune inspecteur des Finances qui l'a déjà assisté à Beaubourg –, veut marquer le tempo.

Habile communicant, il est largement soutenu par les grands médias. Les premières annonces interviennent rapidement. Durant l'été, le ministre prévient notamment qu'il veut mettre un terme à deux grands projets : la Cité de l'architecture et du patrimoine et les travaux de la Cinémathèque, rue de Bercy. Il n'en sera rien.


Son premier budget est ensuite un tour de passe-passe. Afin de maquiller une baisse de 4,3 % de ses crédits, Aillagon revendique un arbitrage qui aura de lourdes conséquences : il efface les crédits non consommés de restauration des monuments historiques, soit 215 millions d'euros, pourtant engagés dans des opérations pluriannuelles.

Le ministre, qui lancera peu après le schéma directeur du Grand Versailles, ne peut alors ignorer que les chantiers patrimoniaux s'inscrivent sur la durée. Les conséquences seront désastreuses, et de nombreux chantiers devront être interrompus. Il faudra plus de quatre ans au secteur pour s'en relever.


Mais dans l'immédiat, la crise n'est pas encore visible. Dès novembre, le ministre annonce la rationalisation des actions en faveur des arts plastiques et affecte le Jeu de paume à la photographie.
Entraînant par là même la dissolution de l'association du patrimoine photographique, qui gère les donations faites à l'État, dont les ayants droit dénoncent depuis les conditions de conservation déplorables.
En décembre arrive la grande affaire du ministre, le projet de loi sur le mécénat.
Votée en août 2003, cette loi constitue une avancée réelle et permet à la France de se doter de la fiscalité la plus attractive en matière de participation des entreprises privées au financement de la culture.
Elle est aussi un préalable impératif à l'autre grand chantier du ministre : la réforme de la gouvernance des musées nationaux, présentée en Conseil des ministres en juin 2003.

Partisan d'une plus large autonomie des musées – qui implique aussi un niveau de ressources propres important, notamment via le mécénat –, Jean-Jacques Aillagon renforce l'autonomie des grands établissements (Louvre et Versailles) et accorde le statut d'établissement public à Orsay et Guimet.

Bouleversant ainsi l'équilibre des relations avec la Réunion des musées nationaux (RMN), déjà victime d'un déficit chronique.


La libéralisation touche également le domaine de l'archéologie préventive. Le ministre réforme la loi de 2001 et ouvre le marché des fouilles préventives aux opérateurs privés. Les archéologues sont en grève et lui réservent une bronca lors de tous ses déplacements officiels. La lune de miel avec les acteurs de la culture semble déjà loin.



Mais Jean-Jacques Aillagon reste droit dans ses bottes. Décidée par le Premier ministre, la relance de la décentralisation, annoncée en avril 2003, doit aussi concerner la culture.
Dès janvier, le ministre avait révélé que Metz, ville de ses ambitions électorales, accueillerait un satellite du Centre Pompidou. Les autres mesures concernent l'inventaire des richesses artistiques de la France, création d'André Malraux, transféré aux régions, et surtout la dévolution de monuments appartenant à l'État aux collectivités.
En bon historien, le ministre prend la précaution de circonscrire cette possibilité et de préserver les monuments insignes de la nation, une liste étant établie sous la responsabilité de l'historien René Rémond.



Aillagon : une fin de mandat marquée par le conflit avec les intermittents du spectacle


Les négociations sur l'assurance chômage des intermittents du spectacle s'enlisent. Le ministre semble à ce moment sous-estimer la radicalisation du mouvement.
Durant l'été, plusieurs festivals sont annulés, dont celui d'Avignon, créant une situation sans précédent. Les jours du ministre sont alors comptés.

En mars 2004, après une humiliante cérémonie des Césars puis la déroute de la majorité aux élections régionales, Renaud Donnedieu de Vabres est préféré à Jean-Jacques Aillagon.
Ce dernier, fraîchement élu conseiller régional d'opposition en Lorraine, voit ses ambitions brisées. Rue de Valois, le temps de l'action est révolu. Ses successeurs devront dès lors gérer le passif.



Renaud Donnedieu de Vabres : an I (mars 2004-avril 2005)






Avec Renaud Donnedieu de Vabres (mars 2004-mai 2007), c'est un autre style qui s'impose.

Énarque, l'homme est un inconnu du grand public mais aussi des milieux culturels. Il est en revanche plus identifié en politique.
Proche de François Léotard, il a subi en 2004 les affres du procès du financement du Parti républicain et a écopé d'une condamnation dont il a aujourd'hui été réhabilité.
Roi de l'annonce et piètre discoureur, le nouveau ministre sait se montrer affable et volontaire et affiche une réelle boulimie culturelle.

Sa principale mission est toutefois simple : éteindre l'incendie du conflit des intermittents. Il se place à distance et laisse les syndicats négocier, tout en créant un fonds spécial pour les exclus du statut.

L'autre grand dossier sera la loi DADVSI (droit d'auteur et droits voisins dans la société de l'information), dont le volet pénal est rejeté par les parlementaires avant de subir la censure du Conseil constitutionnel.


Renaud Donnedieu de Vabres doit aussi gérer les dossiers laissés en jachère par son prédécesseur.

En août 2004, les nouvelles lois de décentralisation reprennent les dispositions Aillagon et, dès novembre, une liste de monuments transférables est publiée.
La politique d'implantation en région des grands musées se poursuit avec le choix de Lens pour accueillir un petit Louvre.
Le Grand Palais rouvre après des travaux menés a minima et la création d'un nouvel établissement public, réfutant ainsi l'idée d'une gestion privée préconisée par Jean-Jacques Aillagon. Après quatre mois de vacance du poste, la RMN est enfin dotée d'un nouveau pilote.




RDDV II : Villepin et le Louvre-Abou Dhabi




Louvre Abu Dhabi


Fervent militant de la cause européenne, le ministre organise un grand raout avant le référendum sur la Constitution et parvient à réunir à Paris, en mai 2005, quelque 500 intellectuels pour discourir sur la notion ambiguë d'Europe de la culture.

Dans la foulée, le projet de Bibliothèque numérique européenne est confirmé. Début juin, celui qu'on appelle RDDV passe le cap du remaniement. Il devra toutefois désormais composer avec les velléités culturelles du nouveau Premier ministre, Dominique de Villepin.
Ce dernier reprend à son compte les principales annonces. À la Fiac, en octobre 2005, le Premier ministre annonce une série de mesures sur les arts plastiques (création des futures manifestations « La Force de l'art » et « Monumenta » au Grand Palais), censées faire oublier l'abandon par François Pinault de ses projets français.
À Amiens, en septembre 2006, c'est le patrimoine qui fait enfin l'objet d'un véritable plan d'urgence.


Mais RDDV marquera surtout son passage à la Rue de Valois par la signature du contrat du Louvre-Abu Dhabi, en mars 2007, opération menée dans le plus grand secret jusqu'à ce que Le Journal des Arts lève le voile, dès septembre 2006.

Le projet provoque un tollé. Le ministre n'en a cure. La France entre alors en campagne électorale.




Christine Albanel : an I (mai 2007-juin 2008)






En mai 2007, Nicolas Sarkozy est élu président de la République. Et choisit une femme pour la Culture, Christine Albanel (mai 2007-juin 2009).

L'ancienne présidente du domaine de Versailles est une figure de l'ombre. La majeure partie de sa carrière s'est déroulée dans les pas de Jacques Chirac, dont elle a été la plume. On lui doit notamment le discours du Vél’d'Hiv en 1995.

D'abord titulaire du porte-parolat du gouvernement, la ministre est vite déchargée de cette tâche. Travailleuse et discrète, Christine Albanel n'est pas une habile communicante.
Le Président goûte peu son style, jugé fade, et la discrétion de celle qui avoue ne pas aimer sortir le soir.

Au milieu de l'été, le 1er août 2007, une missive annonce la couleur. Le président de la République lui adresse une lettre de mission en forme de programme pour la culture qui annonce la fin de la tutelle de l'État sur le secteur.

La ministre sait d'emblée qu'elle disposera de marges de manœuvre très minces et qu'il lui faudra appliquer la politique du gouvernement sans sourciller. Outre les priorités (réforme audiovisuelle, Création et Internet), il faudra expérimenter la gratuité dans les musées et monuments nationaux, malgré la fragilité budgétaire des établissements.

Christine Albanel doit aussi s'attaquer à un tabou : envisager l'aliénation des collections nationales. Elle fait alors rempart en sollicitant l'expertise de Jacques Rigaud qui remet, en janvier 2008, un rapport qui conforte l'inaliénabilité.



Christine Albanel an II : la fin des illusions



Mais depuis décembre 2007, Christine Albanel sait que son ministère va subir une autre épreuve et servir de test pour la grande réforme de l'État, la Révision générale des politiques publiques (RGPP).
Dans un contexte de tension budgétaire, une vaste recomposition doit s'opérer à marche forcée et tous les services du ministère sont mobilisés sur le sujet. Provoquant une paralysie en termes de décisions qui saura profiter aux nouvelles baronnies constituées, notamment le musée du Louvre.

Le président de la République porte lui-même le coup de grâce en annonçant la constitution d'un Conseil de la création artistique, confié au producteur Marin Karmitz, censé être « un agitateur d'idées », et coprésidé par Nicolas Sarkozy.

L'autorité de la ministre est bafouée. En avril 2009, les parlementaires et la Cour des comptes, dans un rapport sur la RMN, s'interrogent sur l'autorité du ministère de la Culture. Le président du Louvre serait-il devenu vice-ministre de la Culture ?

La ministre tente de réagir en recadrant les ambitions du Centre Pompidou sur le Palais de Tokyo. Mais le cœur n'y est plus. Christine Albanel ne croit plus en son avenir à ce poste. Les dossiers filent ou s'enlisent, telle l'affaire de l'hôtel Lambert, dans laquelle la ministre se range derrière l'avis contestable de la Commission supérieure des monuments historiques, malgré l'indignation de l'opinion.


Le psychodrame parlementaire du projet Hadopi provoquera sa chute en juin 2009, lors d'un nouveau remaniement faisant suite aux élections européennes. Entre-temps, le ministère de la Culture a fêté son cinquantenaire. Et personne ne s'en est rendu compte.


Jean-Christophe Castelain & Sophie Flouquet

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Dernière édition par Bridget le Sam 21 Aoû - 17:09, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Chronique mitterrandienne    Sam 21 Aoû - 16:23

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Chronique mitterrandienne (IV) : les chantiers en cours



Nous poursuivons notre bilan de la première année de Frédéric Mitterrand en évaluant chaque grand chantier du ministère de la Culture. La relative bonne fortune du patrimoine symbolise un certain conservatisme du ministre.

« Un ministre est quelqu'un qui hérite la responsabilité des initiatives de ses prédécesseurs et dont les propres initiatives seront endossées par ses successeurs » expliquait en 1973, devant les députés, le bref ministre de la Culture qu'a été l'académicien Maurice Druon.

Si Frédéric Mitterrand devait quitter aujourd’hui son ministère, son successeur n’aurait pas beaucoup d’initiatives à endosser.


Revue de détail.



Démocratisation de l’art : « un cache misère des lacunes de l’action »







En ouverture à un colloque sur le ministère de la Culture en octobre dernier, le ministre pointait une tendance historique du ministère à développer « une politique du verbe qui serait une sorte de cache-misère des lacunes de l’action ».
S’il est un domaine qui n’échappe pas à ce tropisme c’est bien celui de la démocratisation culturelle. Tous les derniers occupants de la rue de Vallois l’ont placé en frontispice de leur programme sans jamais avoir mené une véritable politique volontariste.



Frédéric Mitterrand en a fait lui aussi une priorité et pour bien montrer sa détermination use et abuse d’une formule bien sentie : la culture pour chacun.
« Ma devise, mon viatique, et presque mon slogan » disait-il lors des vœux à la presse en janvier 2010.
Or si le slogan claque fort, on peine à entendre les actions. Le ministre veut cibler « l’Outre-Mer, la ruralité… » mais à ce jour, la seule mesure géographique à consister à exiler l’ancien directeur du MUCEM, Michel Colardelle à la DRAC Guyanne. Il répète à l’envie que les musées sont des médiateurs de proximité, ce qui n’est pas faux, sans leur proposer d’outils pour attirer les publics rétifs ou défavorisés et briser « le plafond de verre ».

Il voit dans le numérique une porte d’entrée vers la culture, ce qui n’est pas faux non plus, sans mesurer qu’il ne sert à rien d’accumuler des bases de données en ligne si on n’a pas internet.
Et il faut ranger la convention entre la RMN et les écoles, de décembre 2009 au rayon des gentils contrats-cadre qui agglomère des initiatives déjà existantes : conférenciers RMN pour les scolaires, portail « l’histoire en image ... »


En définitive, la seule mesure concrète dans le domaine de la démocratisation culturelle, au cours de la première année aura été l’extension de la gratuité d’entrée dans les musées nationaux aux jeunes résidants dans l’Union Européenne.



Le patrimoine, objet de toutes les attentions





L' Hotel Lambert



Dès son arrivée, le ministre fait office de médiateur sur deux sujets brûlants.
Plusieurs textes de loi (Grenelle I, Plan de relance puis Grenelle II) ont tenté de limiter le rôle des architectes des bâtiments de France (ABF) dans les zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP), malgré la censure récurrente du Conseil Constitutionnel.

Le ministre nomme une commission pour tenter de sortir de cette crise. Un consensus, qui amoindrit tout de même le rôle des ABF, sera finalement trouvé dans le cadre du Grenelle II, qui vient d'être voté.


Le ministre parvient également à déminer le terrain dans l'affaire de l'Hôtel Lambert en rouvrant le dialogue avec la ville de Paris. Un protocole d'accord avec l'association hostile au projet pourra être signé en janvier 2010, juste avant que le Conseil d'Etat ne rende sa décision sur la faisabilité des travaux, qui avaient été suspendus par décision du tribunal administratif.

En termes budgétaires, les arbitrages obtenus précédemment par Christine Albanel sont confortés lors de la présentation du budget du Ministère, à la rentrée 2009. De quoi permettre au secteur, doté de 100 millions d'euros supplémentaires, de revenir au niveau d'équilibre d'avant 2003, soit 400 millions d'euros par an.

Mais il y avait aussi un loup dans ce projet de loi de finances : l'article 52 que le ministre avait évité de présenter à la presse et que les parlementaires ont découvert, à leur grande surprise, lors de leur examen du budget en commission.

Rajouté à la demande du Premier Ministre, cet article prévoyait de relancer la dévolution aux collectivités des monuments historiques appartenant à l'État, en faisant sauter tous les verrous de la loi de 2004.
Piètre défenseur de cet article – dont le caractère technique semblait le dépasser – le ministre a dû faire face à un premier mouvement d'humeur et à la censure du texte par le Conseil Constitutionnel.
Les parlementaires ont repris la main sur le sujet et un nouveau texte devrait être proposé par le Sénat à la rentrée.


Parallèlement, la Rue de Valois envisage une exploitation plus touristique des monuments nationaux, en lançant une étude sur la possibilité d'y implanter hôtels et restaurants.



Numérique : Google et le Grand Emprunt






Il faut mettre à l’actif du ministre d’avoir réussi à dépassionner le débat entre partisans et contempteurs du géant américain Google.

Durant l'été 2009, la BNF lance l'idée, suggérée par l'entourage de la ministre précédente, de recourir à Google pour faire face à l'ampleur de la numérisation des livres. La polémique s'enflamme.
Dès le mois d'octobre, Frédéric Mitterrand nomme l'ancien PDG de France Télévisions, Marc Tessier à la tête d'une mission sur la numérisation du patrimoine écrit. Le rapport rebat les cartes et affirme que l'Etat ne se laissera pas dicter les règles par le secteur privé. « Il s'agit de l'un des sujets marquants de l'année estime Emmanuel Wallon, professeur de sociologie politique à l’université Paris-Ouest Nanterre et spécialiste des politiques culturelles.
Sur ce point, le ministre a été sauvé par le grand emprunt. Sans cet apport d'oxygène, je doute qu'on aurait pu affronter vraiment le dossier ». Les appels à projet ont été lancés début juin.

Concernant Hadopi, après sa censure par le Conseil, le texte prévoyant la mise en place d'une autorité administrative chargée des sanctions sera finalement adopté par le parlement.




Marché de l’art : le désert des Tartares




L Hotel Drouot



Tel le lieutenant Drogo dans le roman de Dino Buzzati, antiquaires, galeristes et maisons de vente attendent désespérément que le ministre fasse avancer les dossiers.

« Frédéric Mitterrand est très sympathique, nous avons pu rencontrer ses collaborateurs, mais lui ne nous a pas reçu et surtout on ne voit rien venir » constatent Hervé Aaron et Patrick Bongers, respectivement président du SNA et président du comité des galeries d’art.
L’un et l’autre demandent un assouplissement du droit de suite et un rééquilibrage des règles de concurrence avec les maisons de ventes, qu’ils estiment trop privilégiées.
Patrick Bongers a également interpellé le ministre sur les commandes publiques qu’il voudrait voir transiter par les galeries des artistes concernés.


Les maisons de ventes, meilleurs lobbyistes, comptent sur une proposition de loi du Sénat pour assouplir la réglementation relative aux ventes de gré à gré. Mais la réforme fait du surplace depuis le scandale des cols rouges à Drouot. Michèle Alliot-Marie voudrait lier la proposition de loi du Sénat à l’instauration de règles plus fermes à Drouot.


On note que le ministre ne s’est pas beaucoup intéressé au rapport Bethenod sur le marché de l’art, très médiatisé lors de sa sortie et depuis quelque peu tombé dans l’oubli, notamment le volet grand public.



RGPP : le ministre assume l’héritage de Christine Albanel


La RGPP préexistait à Frédéric Mitterrand et le ministre n'a guère souhaité apporter sa contribution à la déconstruction de l'administration centrale du ministère.

Malgré les interpellations des syndicats, le nouvel organigramme a été mis en place comme prévu, début 2010, réduisant à trois directions centrales et à un secrétariat général le ministère.
« L'administration a été profondément bouleversée et démoralisée par la fusion des directions générales et la refonte des Drac souligne Emmanuel Wallon. Le ministère est affaibli et il se relèvera difficilement des deux années passées en réorganisation interne et à la mise en oeuvre de la RGPP ».
La grève des musées, qui s'est enlisée au Centre Pompidou, ne l'aura guère fait davantage fléchir. Il a remporté le premier round, mais le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ne passera pas aussi facilement à mesure que les années passent.

Prudent, le ministre a refusé la chasse aux sorcières annoncée à la tête des grands établissements publics. Malgré les spéculations du microcosme, Henri Loyrette, Stéphane Martin, Bruno Racine et Jean-Jacques Aillagon ont tous été reconduits à leurs postes. Il a préféré garder son énergie pour obtenir la nomination de son jeune protégé, Mathieu Gallet, à la tête de l'Institut national de l'audiovisuel (INA).




Le mécano des opérateurs publics






Le Grand Palais


Si Frédéric Mitterrand a repris la main d'un ministère ébranlé par les problèmes de gouvernance vis-à-vis des grands établissements publics, il doit cependant affronter plusieurs arbitrages d'importance.
L'avenir des musées nationaux a en effet été scellé par la RGPP. Mais le scenario final n'a toujours pas été acté: devront-il être rattachés au projet, très politique, de Maison de l'histoire de France ?

Promesse de campagne de Nicolas Sarkozy, ce projet, annoncé comme un musée, s'est mué au fil du temps pour devenir un socle commun - à implanter dans un lieu non déterminé - fédérant les ressources de plusieurs musées nationaux. Soit une manière de concilier un projet politique et un problème administratif, à savoir le sort des musées dits service à compétence nationale (SCN), statut dont Bercy ne veut plus.

Tel est le sens du rapport remis en avril par Jean-François Hébert au ministre, en attente d'arbitrage. A moins que le plan d’austérité gouvernemental n'en ait raison ?

Idem pour les travaux du Grand Palais - dont le sort est désormais lié à la RMN - et pour lesquels Jean-Paul Cluzel, président de la RMN, a proposé un plan de financement.
Dans une lettre du 23 juin, le ministre a fait savoir que des études complémentaires sur le financement des travaux devront être engagées avant toute décision des pouvoirs publics, dans « le contexte budgétaire délicat actuel ».

Que dire enfin du MUCEM, dont on peine à croire qu'il pourra être inauguré pour les manifestations de Marseille capitale européenne de la culture en 2013, et dont le coût de fonctionnement n'est toujours pas budgétisé.




Soutien à la création artistique : zéro pointé






Est-ce parce que son frère tient une galerie d’art et qu’il ne souhaite pas être soupçonné de conflit d’intérêt ? Est-ce par indifférence ? Toujours est-il que le ministre n’a pas encore montré une grande passion pour le soutien à l’art contemporain.
Pas la moindre mesurette ne pointe son nez. On note tout au plus que le ministre a inauguré en janvier 2010 les Colonnes restaurées de Buren (décidé en 2008 par Christine Albanel) et désigné les architectes pour l’aménagement des espaces en friche du Palais de Tokyo.


Et ce qui est apparu à tous comme une grande habilité : l’encapsulage en douceur du Conseil de la création artistique (« une DRAC in partibus »), pourrait bien être une occasion ratée.
Voilà une boite à outils, comme aime à se présenter Marin Karmitz dans laquelle pourrait s’approvisionner le ministère même si elle décontenance l’administration centrale comme l’indique Emmanuel Wallon.
Imaginez maintenant, le premier événement national (du 1er au 4 juillet 2010) conçu par le Conseil est présenté comme une commande de Martin Hirsch, Haut commissaire à la jeunesse.

« J’ignore si je serais un aussi bon ministre que [Lang, Trautman, Tasca ou Albanel] mais je protégerai leur héritage car il est bon. » déclarait le tout nouveau ministre de la Culture lors d’un discours à l’Assemblée nationale le 21 juillet 2009. Tout est dit.


Jean-Christophe Castelain & Sophie Flouquet

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Dernière édition par Bridget le Sam 21 Aoû - 18:12, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Chronique mitterrandienne    Sam 21 Aoû - 17:00

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Chronique mitterrandienne (V) : épilogue





La Bibliuothèque Nationale.



Après des débuts prometteurs, l’élan du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand a singulièrement ralenti. L’opinion l’apprécie, mais les professionnels attendent des décisions.


La volonté d'agir du ministre s'est-elle brisée sur l'écueil du scandale provoqué par son livre, dont la première publication, en 2005, n'avait pourtant guère suscité d'émoi ?
Force est de constater que, depuis octobre 2009, le bilan de Frédéric Mitterrand ne s'est guère étoffé.


Après la précipitation à agir de Jean-Jacques Aillagon, la fausse agitation politicienne de Renaud Donnedieu de Vabres puis la lettre de mission de Christine Albanel a suivi la docilité de Frédéric Mitterrand.

Si l’on peut contester le libéralisme culturel et certaines décisions du premier, il faut lui reconnaître d’avoir agi et modifié le paysage des musées.
De même, on peut reprocher à Christine Albanel son manque de vision, mais il faut lui donner acte d’avoir dû exécuter une feuille de route imposée.
D’une certaine façon, le surplace de RDDV ressemble à celui de Frédéric Mitterrand. L’un et l’autre ont entamé leur mandat en privilégiant l’écoute, une façon de se donner du temps, mais le tempo de la vie publique exige de passer aux actes plus rapidement.



Une capacité d’action amoindrie



Le style oratoire a certes changé, mais l'action du ministère n'en a guère été relancée. Peu de décisions ont été prises et plusieurs arbitrages tardent à intervenir.
On peut inscrire à l’actif du ministre d’avoir mis un point final à la saga législative Hadopi, posé sur les rails la numérisation des livres et obtenu un bon budget 2010 pour le patrimoine.

Mais dans l’autre colonne, certains chantiers ne sont toujours pas ouverts (démocratisation culturelle, soutien à l’art contemporain) tandis que plusieurs dossiers attendent des décisions : droit de suite, Maison de l'histoire de France, avenir du patrimoine photographique, mais aussi des musées nationaux dits services à compétence nationale.

En un an, les dossiers – autres que ceux de l'audiovisuel, pilotés par l'Élysée – se sont accumulés. « Mitterrand n’est pas en capacité de redonner du sens à ce ministère, car il s’est pris les pieds dans le tapis », déplore le député Marcel Rogemont, vice-président de la Commission des affaires culturelles et de l'éducation. Un haut responsable du PS, maire d’une grande ville, nous déclarait récemment : « Mitterrand ne prend pas de décision, il semble paralysé par la peur. »



Un ministre apprécié par l’opinion publique




Marion Cottillard épinglée




Un bon ministre de la Culture se juge à ses orientations à l’égard des attentes de l’opinion publique d’une part et des professionnels d’autre part, disions-nous dans le premier épisode de ce feuilleton.

La cote de popularité de Frédéric Mitterrand dans l’opinion reste relativement élevée. S’il n’y a plus que 24 % de Français qui ont envie « de lui voir jouer un rôle important dans le futur », selon TNS Sofres / Le Figaro Magazine, ils sont 44 % à avoir une opinion favorable selon IPSOS / Le Point en juin 2010, quand Jack Lang obtient 51 % d’opinion favorable.

Pas si mal. Alors qu’une partie du public n’a pas digéré La Mauvaise Vie, une autre apprécie sa belle figure dans les cérémonies culturelles et ses hommages lyriques.

Il faut dire que l’ex-présentateur d’Étoiles et toiles est passé maître dans l’art de célébrer les disparus. De Patrick Topaloff à Louise Bourgeois, de Dennis Hopper à Sigmar Polke, ses nécrologies vont bientôt remplir un volume complet de « La Pléiade ».

Cinq jours après sa nomination, le tout nouveau ministre de la Culture est invité sur tous les plateaux pour évoquer Michael Jackson qui vient alors de disparaître. Idéal pour lancer une carrière.
Depuis, le ministre a bien compris que son salut médiatique passe par la presse grand public. Il accepte volontiers que Le Monde 2 publie une photo de lui dans sa chambre, mais refuse soigneusement tout entretien avec les journalistes spécialisés, comme avec la rédaction d’Artclair.com qui l’a évidemment sollicité, en vain, pour cette enquête.



Un décevant manager d’équipe




Mathieu Gallet nouveau directeur de l'INA

Du côté des professionnels, l’enthousiasme est retombé. Le personnel culturel avait accueilli sa nomination avec bienveillance, après le discours un peu terne de son prédécesseur. Il a applaudi lorsque le ministre a exigé que l’on accroche de nouveau à l’École des beaux-arts les panneaux censurés de l’artiste chinoise et très vite oublié qu’il a interdit un concert organisé par Les Inrocks devant la pyramide du Louvre.

Cela tient en partie à ce qu’il n’a pas su constituer un cabinet, une task force à son service. Peu imaginatif sur ce point, Frédéric Mitterrand a préféré reconduire l'essentiel de l'équipe précédente.

Dépêché pour sa part du Quai Branly, Pierre Hanotaux, nommé directeur de cabinet, a par ailleurs dû gérer la rivalité des deux jeunes conseillers montés en grade, Olivier Henrard – écarté fin 2009 – et Mathieu Gallet, recasé depuis à la tête de l'Institut national de l'audiovisuel (INA).

Et s'accommoder des rapports extra-hiérarchiques de deux proches du ministre, Jean-Pierre Biron et Francis Lacloche. Plusieurs mois après la nomination de l'ancien animateur de télévision à la Rue de Valois, le staff technique continue toujours de subir des ajustements peu propices à la gestion des dossiers.



La menace budgétaire



Pourtant, il faudra être en ordre de bataille pour affronter la rentrée et la présentation du premier budget négocié véritablement par la nouvelle équipe.

Nul n'ignore que le contexte sera difficile, les premiers signes indiquent une baisse de 10 % de l'enveloppe de tous les ministères. Or dans le cas de la Culture, les marges de manœuvre sont très faibles. « Si on ne maintient pas le budget de la Culture à un niveau suffisant, il perdra de sa substance.
D'autant que les collectivités sont obligées de baisser leur engagement. Est-ce là un projet politique ? », s'interroge le député Marcel Rogemont. « La culture va souffrir, non pas tant d'un affaiblissement du ministère que des difficultés des collectivités territoriales, confirme l'universitaire Françoise Benhamou.

Ces structures vont donc se retourner vers l'État, qui n'a pas la main pour répondre à cette demande. La difficulté du ministre sera de gérer cette pénurie, qui n'est pas la sienne, et de faire des choix, ce qui n'est pas dans la culture du ministère, qui pratique plutôt le saupoudrage. »
Car au niveau de l'enveloppe de la Rue de Valois, il ne sera guère facile d'enlever du gras, hormis en acceptant de prendre la décision impopulaire de sacrifier quelques grands projets.



« Le grand défi se situe sur le plan budgétaire, confirme l'universitaire Emmanuel Wallon. Il faut réussir à dégager des marges pour l'initiative, l'innovation et l'offre culturelle et le faire sans trop fragiliser les établissements existants.

Il ne s'agit pas de nier qu'il y a des économies à réaliser, mais si on part du principe que l'art et le patrimoine ne se traitent qu'avec une approche comptable, nous serons perdants. » La baisse de la dotation des établissements publics devrait s’accélérer.


Mais une autre menace pèse aujourd'hui sur les finances de la Culture. Bercy a en effet laissé entendre que les dispositions fiscales relatives au mécénat pourraient être revues à la baisse.
Ce qui signifierait une double peine pour les établissements publics culturels – après la baisse de leur subvention –, qui seraient ainsi pénalisés dans leur quête de ressources propres.


L'heure est donc venue pour le ministre de montrer sa capacité à peser et à convaincre Bercy des dangers qui planent sur le budget de la Culture.

« Pour le ministre, le budget de la rentrée sera le moment, s'il a un peu de coffre, d'intervenir, souligne Emmanuel Wallon. Il lui faudra avoir le courage de dire qu'on s'est trompé en gendarmant les collectivités, car cette politique a eu pour conséquence une mise en danger de l'initiative culturelle sur le plan local. Il faut encourager et non brider les collectivités. »

Car la culture, au-delà de son rôle social primordial, porte aussi des enjeux économiques. « La culture est indispensable à une stratégie de sortie de crise, poursuit Emmanuel Wallon. Il ne faut pas affaiblir cet atout de notre pays. Un modèle de développement qui ne reposerait pas sur la culture est condamné d'avance. »

Le ministre se targue d’avoir le soutien du président de la République, ce qui est probable. Alors qu’il avait dû sa nomination à la Villa Médicis à Rome à une polémique lancée par Olivier Poivre d’Arvor, qui attend toujours un poste d’ambassadeur, et que le Président avait tenu à organiser un recrutement en bonne et due forme, il a choisi son successeur, Éric de Chassey, sans passer par un « appel d’offres ».


À moins d’une nouvelle polémique, il devrait aller jusqu’en 2012, au prix d’un engourdissement de l’action publique masqué par de vibrants hommages et des smokings bien repassés.


Jean-Christophe Castelain & Sophie Flouque

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MessageSujet: Re: Chronique mitterrandienne    Dim 21 Nov - 15:26




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Mitterrand II : 18 mois pour convaincre



PARIS [15.11.2010] - Frédéric Mitterrand a été reconduit dans ses fonctions de ministre de la Culture et de la Communication.

« Variable d’ajustement » du remaniement ministériel, il a davantage été protégé par son nom et sa cote de popularité que par son bilan. Il lui reste 18 mois pour laisser sa marq
ue.




Les spéculations sur le changement du titulaire du portefeuille de la rue de Valois avaient roulé bon train ces dernières semaines.
Fragilisé par la violente polémique d’il y a un an sur son livre La mauvaise vie, Frédéric Mitterrand s’était fait discret et ne poursuivait qu’un seul objectif : ne pas faire de vagues.



Il n’en était pas moins considéré comme une « variable d’ajustement » du nouveau gouvernement.
En d’autres termes, s’il avait fallu recaser tel ou tel ministre, il aurait certainement perdu son poste.

On évoquait même dans ce cas la présidence du festival de Cannes en lieu et place de Gilles Jacob (80 ans).
Les ministres à « recaser » ?

Nathalie Kosciusko-Morizet et surtout Roselyne Bachelot qui était assurée de perdre son ministère de la santé en raison de ses mauvaises relations avec les professionnels de la santé, électeurs traditionnels de la droite.



Mais ce ne fut pas le cas. Dans un remaniement marqué par le départ des ministres classés à gauche ou venant de la société civile (Bernard Kouchner, Jean-Marie Bockel, Fadela Amara), le nom Mitterrand reste emblématique de l’ouverture.

D’autant que le neveu de l’ancien Président conserve une bonne cote dans l’opinion. Selon TNS Sofres / Figaro Magazine, 23 % des français « voudraient lui voir jouer un rôle important dans le futur » (mais ils étaient 37 % avant la controverse), tandis que selon IPSOS / Le Point, 45 % des sondés ont une bonne opinion de lui.



Ce n’est en tout cas pas son bilan qui plaide pour lui.

En 16 mois, le ministre ne peut mettre à son actif que d’avoir fini le travail sur Hadopi, s’être engagé dans le dossier de la numérisation du patrimoine et avoir choisi un lieu pour la Maison de l’histoire de France.

Mais il reste le plus important : entrer dans l’opérationnel de ces trois dossiers, définir un plan pour la conservation du patrimoine photographique, développer des initiatives pour soutenir la création, travailler avec le nouveau Garde des Sceaux pour sortir Drouot de l’ornière...



Libéré de la menace du remaniement annoncé il y a plusieurs mois, Frédéric Mitterrand dispose maintenant de près de 18 mois pour avancer sur tous ces chantiers et définir une politique culturelle lisible.

Après avril 2012, c’est une autre histoire.



Jean-Christophe Castelain . Artclair

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