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 Absolument dé-bor-dée Zoé Shepard

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liliane
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MessageSujet: Absolument dé-bor-dée Zoé Shepard   Jeu 15 Juil - 9:46

Embauchée, après huit années d’études supérieures, dans une mairie de province, Zoé Shepard a vite déchanté.


Plongée dans un univers où incompétence rime avec flagornerie, ses journées sont rythmées par des réunions où aucune décision n’est jamais prise, des rapports qu’elle doit rédiger en dix jours (quand deux heures suffisent), des pots de bienvenue, de départ, d’anniversaire…

Vous l’aurez compris, Zoé est absolument dé-bor-dée ! L’auteur – sous pseudonyme – raconte avec un humour mordant, ses tribulations de fonctionnaire de catégorie A, désespérée dans un univers bien pire que tout ce que vous pouviez imaginer. Extraits.
« Aujourd’hui, en me connectant au réseau du service, je sais précisément où j’ai touché terre : un univers absurde où les gens qui en font le moins se déclarent dé-bor-dés et où les 35 heures ne se font pas en une semaine, mais en un mois ».


« Les réunions sont l’occupation favorite des fonctionnaires territoriaux, juste avant les comités de pilotage et les groupes de travail. Si la réunion se passe vraiment bien, s’ils réussissent à la faire traîner suffisamment longtemps, alors ils pourront s’octroyer le plaisir d’en fixer une deuxième le lendemain afin de “finaliser” ce qui aurait dû être décidé lors de la première. […] Il m’a fallu plusieurs mois avant de réaliser que les réunions sont, aux yeux des agents, des prétextes pour se faire mousser auprès de leurs supérieurs hiérarchiques et une occasion en or de ne rien faire pendant ce laps de temps ».


« S’attaquer à l’absentéisme de la collectivité en installant des pointeuses… Autant décider de vider l’Atlantique avec une cuillère à café. Comme toutes les grandes règles, l’obligation de pointer a évidemment ses exceptions. Tous les agents de la mairie sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres. Par conséquent, les directeurs ne pointent pas. »

« Les deux seuls fonctionnaires que je retrouve devant la machine à café du service sont manifestement en train de compulser les journaux à l’affût de l’épidémie à la mode dont ils pourraient être les prochaines victimes.
- La grippe, c’est à partir de quand  ? Deux gastros en deux semaines, c’est plausible ? demande anxieusement l’un des deux tout en versant une dose de sucre dans son cappuccino.
- Va voir mon toubib, tu lui dis que tu es déprimé, il t’arrête… quinze jours, facile…
- Quinze jours, mais c’est pas assez ! L’année dernière, j’ai fondu en larmes dans le bureau du mien, ça a été radical, il m’a refilé trois boîtes d’anxiolytiques et un mois d’arrêt. Quel dommage qu’il soit à la retraite…»


« Le cabinet d’une collectivité locale est malheureusement trop souvent à l’intelligence et à l’efficacité ce que les prisons afghanes sont aux droits de l’homme, et le nôtre ne fait pas exception. Il est même l’exemple type du cabinet de province où se bousculent les anciens élus incasables, “les maîtresses de” et les “fils de”. On peut diviser ces trous noirs cérébraux en trois catégories : L’aréopage des “chercheurs” dont la plupart n’ont jamais validé leur thèse. Le clan des “juristes” dont la légende et le CV officiel racontent qu’ils ont effectivement passé cinq ans dans une fac de droit. La secte des “privatistes”. D’eux on sait seulement qu’ils viennent “du privé”, mais jamais ils ne préciseront s’ils ont travaillé dans une banque ou une entreprise de nettoyage de sanitaires ».


« Comment ai-je pu oublier ? Aujourd’hui n’est pas seulement le jour de la réunion de service, mais également le jour de la réunion des directeurs généraux de la collectivité. Étonnamment, alors que l’endroit (la cantine) s’y prête logiquement nettement moins que les bureaux, nous n’entendons parler ce jour-là que de marchés publics et autres conventions de partenariat, entre deux mastications. Quels bourreaux de travail, ces fonctionnaires ! Même pendant leurs pauses, ils discutent boulot ! Ce serait une grossière erreur. Ces pseudo-zélés travailleurs sont en réalité en représentation. Car le jour de la réunion des directeurs généraux, lorsqu‘il n’a pas réussi à se faire régaler dans les plus grands restaurants des environs aux frais de la collectivité, le directeur général des services de la mairie, Grand Chef Sioux, débarque à la cantine. Il faut alors être prêt à dégainer, le “it-sujet” qui, en un passage furtif de plateau, lui fera comprendre l’incroyable atout que vous constituez pour la collectivité, mais surtout pour le Reste du Monde. »

Zoé Shepard, Absolument dé-bor-dée ! ou Le paradoxe du fonctionnaire, Albin Michel, 300 p., 19 €

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MessageSujet: Re: Absolument dé-bor-dée Zoé Shepard   Jeu 15 Juil - 10:02

Zoé Shepard est passée le 1er juillet devant le conseil de discipline



L'avis n'est que consultatif, mais il y a fort à parier que Zoé Shepard ne s'ennuiera bientôt plus dans les couloirs de l'hôtel de Région. Le conseil de discipline du conseil régional d'Aquitaine s'est prononcé hier pour son exclusion de la fonction publique, pendant deux ans et sans rémunération.

La jeune administratrice territoriale est accusée d'avoir manqué à son obligation de réserve après la parution du livre Absolument débordée, rédigé sous le pseudonyme Zoé Shepard, dans lequel elle décrit les dérives de la fonction publique territoriale au travers
d'une galerie de portraits au vitriol.

« Je trouve ça injuste et disproportionné », a réagi l'auteur à l'issue de cinq heures de débats. Elle maintient ne pas avoir visé la région Aquitaine spécifiquement et avoir inventé des personnages de toutes pièces. « Si je n'avais pas été dénoncée, personne n'aurait su que je travaillais au conseil régional d'Aquitaine, dit-elle. Je ne vois pas pourquoi la liberté d'expression me serait refusée. »

L'honneur des agents territoriaux

« Le devoir de réserve n'interdit pas la liberté d'opinion. Mais il ne permet pas l'injure et la diffamation , répond l'avocat du conseil régional Bernard Boyer. Elle aurait pu faire des rapports ou écrire des articles dans des revues spécialisées, plutôt que tenir des propos outrageants ». « Nous avons agi pour laver l'honneur des agents, certains ont été durablement blessés », explique Jean-Luc Mercadié, directeur des services du conseil régional, qui demandait sa révocation à vie de la fonction publique.

L'avis du conseil de discipline n'étant que consultatif, c'est Alain Rousset qui doit décider d'ici un mois de la sanction définitive. Zoé Shepard espère qu'il « aura l'intelligence de diminuer la sanction car censurer comme cela la liberté d'expression est extrêmement dommage et grave ». Elle envisage de contester la sanction en justice.

sophie lemaire

http://www.20minutes.fr/article/582809/Bordeaux-repos-force-pour-l-auteur-d-8239-absolument-debordee-8239.php
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MessageSujet: Re: Absolument dé-bor-dée Zoé Shepard   Lun 6 Sep - 13:04

Dans un pamphlet, Aurélie Boullet dénonce les lenteurs et les dysfonctionnements de l’administration. Elle vient d’être exclue pour quatre mois.

Son livre est un succès de librairie, avec près de 40.000 exemplaires écoulés. Elle a été l’invitée, ce week-end, de l’émission de Laurent Ruquier, On n’est pas couché. Aurélie Boullet est la fonctionnaire dont tout le monde parle.

Cette employée du conseil régional d’Aquitaine vient d’être condamnée à quatre mois d’exclusion de la fonction publique pour avoir écrit un roman satirique sur l’administration. Son pamphlet Absolument débordée ou le paradoxe du fonctionnaire * est publié barré d’un bandeau tapageur : « Comment faire 35 heures en… un mois ».

Les lourdeurs d’un service

La semaine dernière, elle a rendu publique sa sanction justifiée « pour manquement à l’obligation de discrétion, manquement à l’obligation de réserve et comportement fautif à l’égard de sa hiérarchie ». Entrée en 2007 comme chargée de mission à la délégation internationale du conseil régional, Aurélie Boullet, aujourd’hui âgée de 30 ans, décrit dans son ouvrage, signé du pseudo Zoé Shepard, les lourdeurs d’un service administratif et caricaturait les fonctionnaires sans toutefois identifier ni l’institution concernée ni les personnes.

« Quand je suis arrivée au conseil régional d’Aquitaine, j’étais très motivée avec l’envie de déplacer des montagnes, nous confie-t-elle. Mais je me suis rapidement rendu compte qu’il ne fallait surtout pas bousculer l’ordre établi. Je devais réorganiser un service, mais on m’a dit que ce que je proposais était trop compliqué. Impossible de faire bouger les choses. Je tenais un blog où je racontais mes déboires. J’ai décidé d’en faire un livre. Certains ont considéré que c’était un pamphlet contre les fonctionnaires, alors que je souhaitais juste pointer du doigt les dysfonctionnements d’une grande structure. »

Des mails d’insultes

Des salariés du conseil régional d’Aquitaine se sont reconnus dans la description. L’avis émis par le conseil de discipline « souligne les caractères diffamatoires, grossiers et injurieux de cet ouvrage, qui portent atteinte à la réputation des fonctionnaires et du service public », selon le conseil régional.
Elle proteste de son innocence : « Ma sanction serait justifiée si les faits que j’avais révélés étaient vrais, mais mon manuscrit est un essai romancé. Je vais faire appel. Maintenant, je ne regrette pas une seconde d’avoir écrit ce livre. J’ai reçu quelques mails d’insultes ou de menaces mais je n’y prête pas attention. De nombreux lecteurs m’ont dit que j’avais réussi à mettre des mots sur ce qu’ils vivaient, c’est le plus important. »

* Absolument débordée ou le paradoxe du fonctionnaire, sous le pseudo Zoé Shepard, aux éditions Albin Michel.

Maître Amélie Bulté, avocate en droit social

"Il n’y a plus de frontières entre le personnel et le professionnel"

France-Soir. A-t-on le droit de divulguer des informations sur son employeur ?
Amélie Bulté. Il y a un principe fondamental en droit : la liberté d’expression. Le code du travail réglemente précisément le droit à l’expression du salarié sur le contenu et les conditions d’exercice de son travail. Mais la frontière avec la diffamation est mince. Chaque salarié a le droit de s’exprimer librement sur son entreprise, à condition de ne pas la dénigrer publiquement : de tels propos peuvent justifier un licenciement pour faute lourde, si on peut prouver qu’il y a eu une intention de nuire à l’employeur.

F.-S. A partir de quel moment peut-on parler de dénigrement ?
A. B. Aujourd’hui, tout est question d’interprétation. Plusieurs critères sont pris en compte : on détermine notamment si les propos ont été tenus dans l’enceinte de l’entreprise ou à l’extérieur. C’est un sujet très actuel, car de plus en plus de jeunes cadres exposent constamment leurs états d’âme sur Facebook. Il ne faut pas hésiter pour autant à dénoncer un dysfonctionnement collectif grave, comme le harcèlement sexuel avéré par exemple, mais il faut le faire intelligemment, c’est-à-dire de manière anonyme ou en passant par les syndicats et les délégués du personnel.

F.-S. On a l’impression que l’ère Internet a levé beaucoup de tabous…
A. B. Nous sommes dans une société où l’ego doit s’exprimer à tout prix. Dans ces conditions, Internet peut devenir un vrai fléau. Personne ne se parle au quotidien, mais tout le monde a envie de raconter sa vie en ligne, via les blogs ou les réseaux sociaux. Facebook incarne parfaitement ce manque de retenue. Les recruteurs s’en servent comme d’une arme pour se renseigner sur la vie privée des salariés. Il n’y a plus de frontières entre le personnel et le professionnel, ce qui crée beaucoup de problèmes. Il faut à tout prix imposer des limites et supprimer le flou qui s’est installé.

Marie-Laure Hardy et Matthieu Suc
06/09/10
http://www.francesoir.fr/politique/la-fonctionnaire-qui-voulait-travailler-plus.18130
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MessageSujet: Re: Absolument dé-bor-dée Zoé Shepard   Mar 21 Sep - 10:36

onction publique: le livre est un succès
lefigaro.fr
21/09/2010


"Absolument dé-bor-dée ou le paradoxe du fonctionnaire" est un vrai succès littéraire. Avec environ

80 000 exemplaires vendus,

l'ouvrage critique sur l'administration d'Aurélie Boullet, cadre au conseil régional d'Aquitaine, est un vrai succès. Il est rangé en deuxième place du classement des livres du Point et de l'Express.

Le portrait du système qu'elle dresse est tellement négatif qu'elle a été suspendue de ses fonctions pour quatre mois le 30 août dernier.

Consolation, elle reçoit des lettres de fans qui racontent vivre la même expérience dans leur quotidien au service de la fonction publique française, raconte le quotidien Libération.FR

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/09/21/97001-20100921FILWWW00367-fonction-publique-le-livre-est-un-succes.php
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MessageSujet: Re: Absolument dé-bor-dée Zoé Shepard   Sam 2 Oct - 13:47

Aquitaine :une pamphletaire déboutée
AFP
02/10/2010

Haut fonctionnaire, auteur d'un pamphlet dénonçant les dysfonctionnements du conseil régional d'Aquitaine, Aurélie Boullet a été déboutée d'une demande en référé de suspension des effets de sa sanction pour manquement à l'obligation de réserve, a-t-on appris samedi auprès de l'intéressée.

Aurélie Boullet, alias Zoé Shepard, 30 ans, à qui la Région avait infligé dix mois d'exclusion, dont six avec sursis, le 30 août dernier, après la publication de son ouvrage "Absolument dé-bor-dée !", avait saisi le tribunal administratif en référé pour faire suspendre les effets de la sanction. Elle avait introduit cette demande, considérant que la sanction qui lui était infligée portait "atteinte à la liberté d'expression des fonctionnaires" et en raison de sa "situation personnelle en l'absence de traitements" jusqu'à fin janvier, date de sa reprise d'activité prévue à la Région, a-t-elle déclaré à l'AFP.

Le juge des référés l'a déboutée hier de sa demande. "Il a considéré que je pouvais continuer à m'exprimer dans les médias et que le succès du livre me permettrait de faire face à mes charges", a rapporté Aurélie Boullet. Elle a précisé qu'elle ne serait pas payée avant avril par sa maison d'édition, Albin Michel, qui a "placé" 130.000 exemplaires en librairie.

La fonctionnaire a toutefois souligné que ce jugement en référé ne "préjuge aucunement du jugement au fond", un recours en annulation de la sanction introduit devant le tribunal administratif de Bordeaux, sur lequel elle s'est dite "plutôt confiante". Entrée en 2007 comme chargée de mission à la délégation internationale du conseil régional, elle a écrit "Absolument dé-bor-dée !" ou "Le paradoxe du fonctionnaire", barré d'un bandeau : "Comment faire 35 heures en ... un mois", un "essai romancé" satirique, où elle décrivait les lourdeurs de son service sans toutefois l'identifier. Des salariés du Conseil régional d'Aquitaine s'étaient cependant reconnus.

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/10/02/97001-20101002FILWWW00371-aquitaine-une-pamphletaire-deboutee.php
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MessageSujet: Re: Absolument dé-bor-dée Zoé Shepard   Mar 4 Jan - 11:34

Aurélie Boullet, auteure d'Absolument débordée, a repris le travail



Aurélie Boullet, alias Zoé Shepard, auteure d'Absolument débordée, a repris le travail ce lundi 3 janvier au sein du Conseil régional d'Aquitaine. Haut fonctionnaire, elle avait été sanctionnée par 10 mois d'exclusion, dont 6 avec sursis, de son poste de chargée de mission , pour avoir décrit dans son pamphlet le peu d'appétence au travail de certains de ses collègues du Conseil régional. Selon le service de communication de l'institution, "son retour a été géré de façon normale, comme tout agent qui intègre le conseil régional". Aurélie Boullet est désormais "chargée de mission grand emprunt et veille juridique européenne" et doit "oeuvrer à l'optimisation, pour la région Aquitaine comme pour ses partenaires, d'une participation accrue aux grands programmes, initiatives et investissements d'avenir (plus connu sous le nom de Grand emprunt) impulsés par la France et par l'Europe".

http://www.lexpress.fr/culture/livre/aurelie-boullet-auteure-d-absolument-debordee-a-repris-le-travail_949469.html
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MessageSujet: Re: Absolument dé-bor-dée Zoé Shepard   Mer 12 Jan - 12:22

C'est le groupe UGC qui portera à l'écran un film tiré du livre "Absolument dé-bor-dée" (Albin Michel), d'Aurélie Boullet, alias Zoé Shepard.
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MessageSujet: Re: Absolument dé-bor-dée Zoé Shepard   Lun 3 Sep - 21:39

EXTRAITS -
Ta carrière est fi-nie ! : le nouveau livre de Zoé Shepard en exclusivité.



En librairie le 6 septembre/ Albin Michel, 293 p.
Après le succès d'un premier roman désopilant, Absolument dé-bor-dée! Ou comment faire les 35 heures en un mois, publié en 2010 et inspiré par son quotidien de cadre A de la fonction publique territoriale, Aurélie Boullet, alias Zoé Shepard, avait eu beaucoup d'ennuis. La voilà pourtant qui récidive avec un tome 2, Ta carrière est fi-nie! (Albin Michel), où l'on retrouve les mêmes personnages et le même thème: une véritable vocation pour le service public, dévoyée par l'incompétence, le clientélisme et la gabegie financière qui y règnent. Tous les maux diagnostiqués par des dizaines d'experts dans de savants rapports y sont recensés, en beaucoup plus amusant à lire et encore plus accablant pour ceux qui s'obstinent à nier le problème.

Népotisme

- Nous sommes déjà en sureffectif... Vous croyez vraiment qu'il va réussir à embaucher quelqu'un ?

Je ne le crois pas, j'en suis sûre. Les doublons dans l'organigramme sont une spécialité maison. Bizarrement, lorsqu'un copain du Don (surnom donné par l'auteur au maire de la collectivité territoriale fictive qui sert de cadre à son roman, NDLR) l'appelle pour caser son rejeton, un brillant élément couvert de diplômes - si tant est que le cinquante mètres nage libre un verre de Ricard à la main soit considéré comme un diplôme -, il est rare que ledit rejeton se retrouve au bas de la grille indiciaire. En règle générale, comme touché par la grâce administrative, il se pose directement au grade de chargé de mission - pour celui qui a triplé sans l'avoir son BEP - et à celui de directeur pour tous les autres. Le problème est que la plupart des tâches administratives, pour être accomplies, requièrent malgré tout une certaine compétence. Il faut donc embaucher une autre personne. Sa mission? S'acquitter du boulot que la première est incapable de faire. Par conséquent, notre organigramme ressemble à s'y méprendre à une armée mexicaine décadente, sorte de pyramide inversée sur la tête.

Les jours où je veux vraiment voir la vie du bon côté, je me dis que placer deux agents pour un unique poste permet de réduire significativement le chômage. Le reste du temps, voir un tel gâchis des deniers publics me navre.

- Attendez, m'interrompt The Gentleman (directeur des relations internationales de la mairie, NDLR). Sous chaque poste, il n'y a qu'un nom. Votre théorie ne tient pas !

J'étale l'organigramme devant lui et commence à pointer l'incroyable enchevêtrement de grades des dirigeants de la mairie: chef de service, directeur adjoint - à ne pas confondre avec sous-directeur qui vient juste au-dessus -, directeur, directeur principal, directeur de pôle, directeur général adjoint et, au sommet, directeur général des services et secrétaire général.

- Directeur général des services et secrétaire général ? Mais c'est impossible! remarque The Gentleman.

Ce serait mal connaître notre belle mairie. Il y a quelques années, les instituteurs sont devenus professeurs des écoles et les secrétaires généraux de mairie, directeurs généraux des services. Personne n'imaginerait une classe où l'enseignement serait assuré par un professeur des écoles et un instituteur. Eh bien nous, nous cumulons un directeur général des services et une secrétaire générale. Qui occasionnellement couchent ensemble. Mais qui ne font qu'assez rarement ce pour quoi ils sont (bien) payés.

Marchés publics

- Très bien, annonce-t-il sèchement. Mais on délègue la logistique au cabinet Lambron. De toute évidence, vous êtes incapables de gérer correctement ce dossier. Refilez-leur 100.000 euros et on verra ensuite. Les agents de la mairie n'étant pas capables de faire grand-chose par eux-mêmes, ils ont pris l'habitude de transmettre à des organismes extérieurs, qu'ils arrosent de subventions, leurs maigres tâches.

- 100.000 euros ? intervient The Gentleman. Monsieur Baudet, vous ne trouvez pas que c'est très cher payé ?

- Moui, non, j'en sais rien. De toute façon, moi, l'économie, j'y comprends rien, avoue Simplet (M. Baudet, dit Simplet, supérieur hiérarchique direct de Zoé Shepard, NDLR).

(...)

De toute façon, une subvention est une allocation sans contrepartie. Si nous leur demandons de travailler pour nous, il faut passer un marché public, sinon les règles de la concurrence seront faussées.

Simplet soupire, en me regardant d'un sale œil:

- Trop long, trop compliqué.

- Possible, mais il est impossible de faire autrement. Nous ne pouvons attribuer de subvention que si l'initiative du projet vient de l'organisme bénéficiaire et que nous n'en attendons aucune contrepartie directe.

- N'essaie pas de nous embrouiller avec tes mots qui ne veulent rien dire, grogne Fred (Fred Mayer, député et premier adjoint du maire, NDLR).

Je tente de traduire:

- Si on demande à quelqu'un de faire quelque chose de précis pour nous, on ne peut pas passer par une subvention.

Mon élu commence à montrer des signes d'énervement de plus en plus manifestes et contracte la mâchoire de manière inquiétante.

- Je me doute bien qu'attribuer une subvention est, dans ce cas..., commence Simplet avant de s'arrêter net et d'indiquer: Je ne trouve pas l'expression consacrée.

- Illégal.

(...)

- Zoé, tes codes, tes seuils, tes critères, je m'en cogne. Je veux que ce soit eux qui s'occupent de la logistique. Débrouille-toi avec tes bidules, je veux qu'ils soient payés avant la fin du mois, sans faute!

- C'est juridiquement impossible. En France tout au moins.

- D'habitude, quand on a quelque chose à leur faire faire, ils nous envoient les factures, on paye et basta, proteste Fred.

- Hors marché ?!

- Bon, ça suffit, Zoé, coupe Simplet. Tu les vois d'urgence et tu me règles ça, c'est clair ?

Illégalement limpide.

Démagogie

- Monsieur le maire, bonjour, nous n'avons que peu de temps, donc je vais entrer directement dans le vif du sujet, commence le journaliste. L'audit commandé par l'opposition a révélé que le chiffre de l'absentéisme s'élevait à 21.000 jours par an, soit l'équivalent de 90 emplois à l'année. Avez-vous une explication à ce chiffre ?

Devant nous, Fred hausse les épaules. A ses heures perdues, notre premier adjoint est aussi député, alors ce ne sont pas trente jours annuels d'absence par personne qui vont lui faire peur.

Le Don commence à ouvrir convulsivement la bouche comme une truite hors de l'eau, probablement pour amorcer la pompe du génie rhétorique.

- J'ai entièrement confiance en mes agents, bredouille-t- il. Je les remercie du travail qu'ils mènent, chaque jour, au service de nos concitoyens et de notre belle ville.

- C'est à ça qu'on reconnaît un grand élu, me chuchote Alix (bras droit de M. Baudet, NDLR) à l'oreille.

- Son aveuglement sans limites ?

Elle me foudroie du regard.

- Le fait qu'il réfléchisse longuement avant de répondre et qu'il soutienne ses agents, rétorque-t-elle pendant que Simplet opine gravement du bonnet.

- Il me fait de plus en plus penser à François Mitterrand, ajoute-t-elle d'un air rêveur. Fini à l'huile de foie de morue, alors.

- Je travaille en équipe avec des personnes de valeur, se croit obligé de rajouter le Don.

La brochette de personnes de valeur n'a pas le temps de se rengorger que le journaliste passe à l'attaque :

- Vous avez à plusieurs reprises indiqué que vous vous considériez comme un maire soucieux de l'écologie. Il est prouvé que pour réussir un transfert modal de la route sur le rail, la taxe poids lourds est une solution efficace. Pensez-vous que ce soit suffisant ?

Je crois qu'il y a comme un léger souci d'interprétation des déclarations du Don. Lorsqu'il se proclame «soucieux de l'écologie», cela signifie simplement qu'il demande à sa femme de ménage de trier ses ordures et, parfois, quand il y pense, il ferme l'eau du robinet en se brossant les dents. Mais en déduire qu'il a une opinion sur le fond me semble relever de l'imagination la plus fertile.

Gaspillages

Notre élu arrive et balance un dossier par terre.

- Où en est ma maison SECS ? Je viens de voir Becker qui m'a dit que rien n'avait été prévu au budget ! Tu te fous de moi ?

Depuis que je le côtoie, Fred initie chaque mois un projet aussi foireux qu'onéreux. Heureusement pour le contribuable, la force de travail de ce radar à projets stériles frôle le zéro absolu: il ne prend jamais la peine de vérifier si les services mettent ou non son «superplan» à exécution. Jusqu'à aujourd'hui.

- J'en parle depuis novembre, j'ai spécifiquement indiqué que je voulais l'inaugurer en janvier. Nous sommes le 5 février et rien n'a été fait ! C'est à se demander pourquoi on te paye ! développe-t-il, passablement irrité.

- Monsieur Mayer, je vous ai rendu début décembre une note indiquant que mettre l'annexe aux normes HQE * serait très coûteux. Je vous avais proposé de mettre en place une exposition sur les actions de la Direction de l'environnement de la mairie qui, dans un premier temps, pourrait être intéressante.

- Et la revoilà avec son obsession du chiffre et ses demi-mesures ! Tu couches avec Becker ou quoi ? Parce que vous iriez bien ensemble avec vos budgets et autres fadaises. C'est aussi et surtout pour les citoyens que je fais ça ! Nous avons de l'argent, merde !

La ville n'est pas surendettée. Non. Ça, c'est pour les esprits chagrins, ces êtres sans envergure intellectuelle comme moi qui pensent que, hors des chiffres, point de salut. Passé à la moulinette de Fred, le budget indique simplement que la ville va devoir faire face à de nouveaux challenges.

Sentant ma réticence, Fred ajoute :

- Je te préviens, Zoé, tu me mets ça en place rapidement. Et puisque tu n'es qu'une incapable, tu vas bosser avec la nouvelle de la com. Je veux que ce projet suscite l'intérêt du public! Il faut frapper fort !

- En admettant qu'on remette l'annexe aux normes, concrètement, vous n'avez jamais précisé ce que vous vouliez faire dans votre maison solidaire et écologique.

- Je veux l'inaugurer !

- Mais inaugurer quoi exactement ?

- On verra plus tard, mais je veux que mon œuvre soit exemplaire. Elle devra être internationalement reconnue comme ce qu'il se fait de mieux en matière d'écologie solidaire, c'est tout ! Et sociale, j'oubliais ! Et concentre-toi sur l'inauguration. Très important, l'inauguration !

Si, un jour, on cherche à comprendre les rouages du mécanisme d'équarrissage par lesquels de jeunes fonctionnaires ultramotivés finissent écoeurés, il faudra parler du choc des cultures entre des agents qui voudraient parfois faire quelque chose de concret et des élus qui ne rêvent que de bâtir de vastes usines à gaz d'où rien ne sort jamais.

* Haute qualité environnementale.

http://www.lefigaro.fr/livres/2012/08/31/03005-20120831ARTFIG00500-la-fonction-publique-a-vif.php
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