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 PHILIPPE MURAY

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Bridget

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MessageSujet: PHILIPPE MURAY   Ven 28 Mai - 16:11

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Philippe Muray, le trouble-fête






Né en 1945 à Angers, mort le 2 mars 2006 à Paris, Philippe Muray s'est livré à la généalogie et à la radiographie des cultes manifestes et des religions inconscientes de son époque, au fil d'articles (de Art Press à La Montagne), ou au long de ses livres - une vingtaine dont, parmi ses chefs-d'œuvre, Céline et Le XIXe siècle à travers les âges, réédités depuis chez Gallimard, ou encore La gloire de Rubens (Grasset), où il moquait la coquetterie des modernes qui ne conçoivent l'artiste d'hier que «maudit».

Dans L'empire du Bien, pamphlet sur la docilité des médias face à la guerre du Golfe, paru en 1991, Muray mettait à nu la croyance en un monde purgé du mal, symptomatique du sentiment infantile de toute-puissance.

Tant de gourous jurent faciliter l'existence de l'humanité, jamais assez ludique et festive, dans le secret espoir de la diminuer !






BIOGRAPHIE

Naissance de Philippe Muray à Angers (Maine-et-Loire) en 1945. Deux ans plus tard, la famille s’installe dans la région parisienne. Son père, Jean Muray, traducteur d’auteurs anglo-saxons, écrit parallèlement de nombreux livres pour la jeunesse. Philippe reçoit de cet « excellent père » et d’une « excellente mère » une solide éducation littéraire.

Il publie un premier roman en 1968 (Une arrière-saison, Flammarion). Suivront en 1973 la publication de deux ouvrages aux éditions Gallimard : un roman (Chantpluriel) et une pièce de théâtre (Au cœur des hachloums).

Publications de textes dans de nombreuses revues dites d’avant-garde, mais Philippe Muray rejette toute affiliation et défend farouchement sa voie singulière. Son goût de la liberté et sa passion du libre examen l’éloigneront bientôt du conformisme de ceux qu’il nommera plus tard les « mutins de Panurge », « rebelles de confort » et autres « artistocrates ».

Philippe Muray effectue sa véritable entrée en littérature en 1981 avec la publication d’un essai sur Céline (Le Seuil).
Il enseigne durant quelques mois la littérature française à l'université de Stanford, en Californie, en 1983, à l’invitation de René Girard.

En 1984, Muray publie un magistral ouvrage, Le XIX e siècle à travers les âges (Denoël), où il décrit avec verve et érudition les noces désastreuses de l’occultisme et du socialisme, du progressisme et des tables tournantes, dévoilant dans ce XIX e siècle notre présent, et surtout notre avenir.


Avec L’Empire du Bien, en 1991, Philippe Muray ouvre un nouveau volet de son œuvre, radicalisant sa guerre à mort à l’époque et au Moderne.

Il s’attache à dévoiler sans pitié toute la bouffonnerie irréelle de la nouvelle vie quotidienne dans quatre tomes d’Exorcismes spirituels (1997, 1998, 2002, 2005) et deux tomes d’Après l’Histoire (1999, 2000), publiés aux Belles Lettres avec la complicité de son éditeur, Michel Desgranges.
L’ensemble de l’édifice est complété en 2005 par des entretiens avec Élisabeth Lévy, Festivus festivus (Fayard).


À travers tous ces essais, Muray analyse ce qu’il nomme « la mutation anthropologique en cours », d’Homo sapiens sapiens à Homo festivus, puis à Festivus festivus.

Se situant, comme il l’a dit, « quelque part entre Hegel et Desproges », il décrit notre époque comme celle de la « festivisation généralisée » et de l’engloutissement de « l’ancien monde historique » dans le trou noir de « l’hyperfestif ».



Avec un humour ravageur, il assène l’hypothèse de la « fin de l’Histoire », décrite comme un processus d’indifférenciation généralisée.
Cette indifférenciation, désir de fond de la « nouvelle humanité », se manifeste par l’infantilisation, la féminisation et la « réanimalisation » de l’espèce et de la société.

Homo festivus, affranchi du « péché originel » comme de tout « principe de réalité », désire le règne « onirique » et éternel du Bien chantant sa propre louange. C’est-à-dire la liquidation terminale du « négatif », de la dimension sexuée et tragique de l’existence humaine.


Outre cette cathédrale d’essais bouffons et féroces, Philippe Muray a bâti un édifice romanesque dont les prémisses sont posées en 1988 avec Postérité (Grasset), où la littérature est pensée comme un non formel et brutal à toute idée de procréation.
À partir de 1995, Muray entame sa participation déterminante à une revue naissante, L’Atelier du roman. L’invocation des mânes de Rabelais, Balzac, Céline et Marcel Aymé lui permet d’accoucher – si l’on ose dire – de son œuvre romanesque majeure, On ferme (1997).

En février 2006, Philippe Muray apprend qu’il est atteint d’un cancer du poumon. Il meurt le 2 mars 2006.


BIBLIOGRAPHIE




Chant pluriel, roman, Gallimard, 1973

Jubila, roman, Le Seuil, 1976

Céline, Le Seuil, 1981 ; Gallimard, collection « Tel », 2001

Le XIXe siècle à travers les âges, Denoël, 1984 ; Gallimard, collection « Tel », 1999

Postérité, roman, Grasset, 1988

La Gloire de Rubens, Grasset, 1991

L’Empire du Bien, Les Belles Lettres, 1991 (1re éd.), 1998 (2e éd.)

On ferme, roman, Les Belles Lettres, 1997

Exorcismes spirituels I, Les Belles Lettres, 1997 (r. sous le titre Rejet de greffe, 2006)

Exorcismes spirituels II, Les Belles Lettres, 1998 (réédité sous le titre Les Mutins de Panurge, 2006)

Après l’histoire I, Les Belles Lettres, 1999

Après l’histoire II, Les Belles Lettres, 2000

Désaccord parfait, Gallimard, collection « Tel », 2000

Chers djihadistes…, Mille et Une Nuits, collection « Fondation du 2 mars », 2002

Exorcismes spirituels III, Les Belles Lettres, 2002

Minimum respect, Les Belles Lettres, 2003

Festivus festivus, conversations avec Élisabeth Lévy, Fayard, 2005

Moderne contre moderne (Exorcismes spirituels IV), Les Belles Lettres, 2005

Roues carrées, Fayard/Les Belles Lettres, 2006

Le Portatif, Mille et Une Nuits/Les Belles Lettres, 2006








TOMBEAU POUR UNE TOURISTE INNOCENTE ( Extraits )

MINNIMUM RESPECT / PHILIPPE MURAY




Rien n'est jamais plus beau qu'une touriste blonde
Qu'interviouwent des télés nipponnes ou bavaroises
Juste avant que sa tête dans la jungle ne tombe
Sous la hache d'un pirate aux manières très courtoises.

Elle était bête et triste et crédule et confiante
Elle n'avait du monde qu'une vision rassurante
Elle se figurait que dans toutes les régions
Règne le sacro-saint principe de précaution

[...]

Elle avait découvert le marketing éthique
La joie de proposer des cadeaux atypiques
Fabriqués dans les règles de l'art humanitaire
Et selon les valeurs les plus égalitaires

[...]

Sans vouloire devenir une vraie théoricienne
Elle savait maintenant qu'on peut acheter plus juste
Et que l'on doit avoir une approche citoyenne
De tout ce qui se vend et surtout se déguste

[...]

Dans le métro souvent elle lisait Coelho
Ou bien encore Pennac et puis Christine Angot
Elle les trouvait violents étranges et dérangeants
Brutalement provoquants simplement émouvants

[...]

Elle se voyait déjà mère d'élèves impliqués
Dans tous les collectifs éducatifs possibles
Et harcelant les maîtres les plus irréductibles
Conservateurs pourris salement encroûtés

[...]

Elle disait qu'il fallait réinventer la vie
Que c'était le devoir du siècle commençant
Après toutes ces horreurs du siècle finissant
Là-dedans elle s'était déjà bien investie

[...]

Faute de posséder quelque part un lopin
Elle s'était sur le Web fait son cybergarden
Rempli de fleurs sauvages embaumé de pollen
Elle était cyberconne et elle votait Jospin

[...]

L'agence Operator de l'avenue du Maine
Proposait des circuits vraiment époustouflants
Elle en avait relevé près d'une quarantaine
Qui lui apparaissaient plus que galvanisants

[...]

Elle est morte un matin sur l'île de Tralâlâ
Des mains d'un isIamiste anciennement franciscain
Prétendu insurgé et supposé mutin
Qui la viola deux fois puis la décapita

C'était une touriste qui se voulait rebelle
Lui était terroriste et se rêvait touriste
Et tous les deux étaient des altermondialistes
Leurs différences même n'étaient que virtuelles


Dernière édition par Bridget le Dim 26 Sep - 15:52, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: PHILIPPE MURAY   Ven 28 Mai - 19:25

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LE SOURIRE À VISAGE HUMAIN




Notre époque ne produit pas que des terreurs innommables,
prises d’otages à la chaîne, réchauffement de la planète,
massacres de masse, enlèvements, épidémies inconnues,
attentats géants, femmes battues, opérations suicide.

Elle a aussi inventé le sourire de Ségolène Royal.

C’est un spectacle de science-fiction que de le voir flotter en triomphe,
les soirs électoraux, chaque fois que la gauche, par la grâce des bien-votants,
se trouve rétablie dans sa légitimité transcendantale.

On en reste longtemps halluciné, comme Alice
devant le sourire en lévitation du Chat de Chester
quand le Chat lui-même s’est volatilisé et que
seul son sourire demeure suspendu entre les branches d’un arbre.

On tourne autour, on cherche derrière,
il n’y a plus personne, il n’y a jamais eu personne.
Il n’y a que ce sourire qui boit du petit-lait,
très au-dessus des affaires du temps, indivisé en lui-même,
autosuffisant, autosatisfait, imprononçable comme Dieu,
mais vers qui tous se pressent et se presseront
de plus en plus comme vers la fin suprême.


C’est un sourire qui descend du socialisme
à la façon dont l’homme descend du cœlacanthe,
mais qui monte aussi dans une spirale de mystère
vers un état inconnu de l’avenir où il nous attend
pour nous consoler de ne plus ressembler à rien.


C’est un sourire tutélaire et symbiotique.
Un sourire en forme de giron.
C’est le sourire de toutes les mères et la Mère de tous les sourires.


Quiconque y a été sensible une seule fois
ne sera plus jamais pareil à lui-même.


Comment dresser le portrait d’un sourire ?
Comment tirer le portrait d’un sourire,
surtout quand il vous flanque une peur bleue ?
Comment faire le portrait d’un sourire
qui vous fait mal partout chaque fois que vous l’entrevoyez,
mal aux gencives, mal aux cheveux,
aux dents et aux doigts de pieds,
en tout cas aux miens ?


Comment parler d’un sourire de bois
que je n’aimerais pas rencontrer au coin d’un bois par une nuit sans lune ?


Comment chanter ce sourire seul,
sans les maxillaires qui devraient aller avec,
ni les yeux qui plissent, ni les joues ni rien,
ce sourire à part et souverain, aussi sourd qu’aveugle
mais à haut potentiel présidentiel
et qui dispose d’un socle électoral particulièrement solide
comme cela n’a pas échappé aux commentateurs
qui ne laissent jamais rien échapper de ce qu’ils croient être capables de commenter ?


C’est un sourire qui a déjà écrasé bien des ennemis du genre humain
sous son talon de fer (le talon de fer d’un sourire ?
la métaphore est éprouvante, j’en conviens, mais la chose ne l’est pas moins) :
le bizutage par exemple, et le racket à l’école.
Ainsi que l’utilisation marchande et dégradante du corps féminin dans la publicité.


Il a libéré le Poitou-Charentes en l’arrachant aux mains des Barbares.
Il a lutté contre la pornographie à la télé ou contre le string au lycée.
Et pour la cause des femmes.
En reprenant cette question par le petit bout du biberon,
ce qui était d’ailleurs la seule manière rationnelle de la reprendre ;
et de la conclure par son commencement qui est aussi sa fin.


On lui doit également la défense de l’appellation d’origine du chabichou
et du label des vaches parthenaises.
Ainsi que la loi sur l’autorité parentale, le livret de paternité et le congé du même nom.

Sans oublier la réforme de l’accouchement sous X,
la défense des services publics de proximité et des écoles rurales,
la mise en place d’un numéro SOS Violences et la promotion de structures-passerelles entre crèche et maternelle.


C’est un sourire près de chez vous,
un sourire qui n’hésite pas à descendre dans la rue
et à se mêler aux gens. Vous pouvez aussi bien le retrouver,
un jour ou l’autre, dans la cour de votre immeuble,
en train de traquer de son rayon bleu des encoignures
suspectes de vie quotidienne et de balayer des résidus de stéréotypes sexistes,
de poncifs machistes ou de clichés anti-féministes.

C’est un sourire qui parle tout seul.
En tendant l’oreille, vous percevez la rumeur sourde
qui en émane et répète sans se lasser :

« Formation, éducation, culture, aménagement du territoire,
émancipation, protection, développement durable, agriculture,
forums participatifs, maternité, imaginer Poitou-Charentes autrement,
imaginer la France autrement, imaginer autrement autrement. »


Apprenez cela par cœur, je vous en prie, vous gagnerez du temps.


Je souris partout est le slogan caché de ce sourire et aussi son programme de gouvernement.

C’est un sourire de nettoyage et d’épuration.
Il se dévoue pour en terminer avec le Jugement Terminal.
Il prend tout sur lui, christiquement ou plutôt ségolènement.
C’est le Dalaï Mama du III e millénaire.
L’Axe du Bien lui passe par le travers des commissures.
Le bien ordinaire comme le Souverain Bien.
C’est un sourire de lessivage et de rinçage.
Et de rédemption.

Ce n’est pas le sourire du Bien, c’est le sourire de l’abolition de la dualité tuante et humaine entre Bien et Mal, de laquelle sont issus tous nos malheurs, tous nos bonheurs, tous nos événements, toutes nos vicissitudes et toutes nos inventions, c’est-à-dire toute l’Histoire.

C’est le sourire que l’époque attendait, et qui dépasse haut la dent l’opposition de la droite et de la gauche, aussi bien que les hauts et les bas de l’ancienne politique.

Un sourire a-t-il d’ailleurs un haut et un bas ?
Ce ne serait pas démocratique.
Pas davantage que la hiérarchie du paradis et de l’enfer.

C’est un sourire qui en finit avec ces vieilles divisions et qui vous aidera à en finir aussi.
De futiles observateurs lui prédisent les ors de l’Élysée ou au moins les dorures de Matignon alors que l’affaire se situe bien au-delà encore, dans un avenir où le problème du chaos du monde sera réglé par la mise en crèche de tout le monde, et les anciens déchirements de la société emballés dans des kilomètres de layette inusable.

Quant à la part maudite, elle aura le droit de s’exprimer,
bien sûr, mais seulement aux heures de récréation.

Car c’est un sourire qui sait, même s’il ne le sait pas, que l’humanité est parvenue à un stade si grave, si terrible de son évolution qu’on ne peut plus rien faire pour elle sinon la renvoyer globalement et définitivement à la maternelle.

C’est un sourire de salut public, comme il y a des gouvernements du même nom.


C’est évidemment le contraire d’un rire.
Ce sourire-là n’a jamais ri et ne rira jamais, il n’est pas là pour ça.
Ce n’est pas le sourire de la joie, c’est celui qui se lève après la fin du deuil de tout.

Les thanatopracteurs l’imitent très bien quand ils font la toilette d’un cher disparu.

PHILIPPE MURAY.


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MessageSujet: Re: PHILIPPE MURAY   Sam 29 Mai - 0:51



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REBELLE ET TAIS-TOI

ou LE REBELLE A ROULETTES


Le nouveau rebelle est très facile à identifier : c’est celui qui dit oui.

Oui à Delanoël.

Oui aux initiatives qui vont dans le bon sens, aux marchés bio, au tramway nommé désert, aux haltes-garderies, au camp du progrès, aux quartiers qui avancent. Oui à tout.

Sauf à la France d’en bas, bien sûr, et aux ploucs qui n’ont pas encore compris que la justice sociale ne débouche plus sur la révolution mais sur un séjour d’une semaine à Barcelone défiant toute concurrence.

Par opposition à son ancêtre le rebelle-de-Mai, ou rebellâtre, on l’appellera rebelle à roulettes.
Car la glisse, pour lui, est une idée neuve en Europe.

Le rebelle-de-Mai est d’ailleurs mal en point, par les temps qui courent.
Ce factieux assermenté, qui riait de se voir éternellement rebelle en ce miroir, ce spécialiste libertaire des expéditions plumitives sans risques, écume de rage depuis qu’on s’est mis à l’accuser de complicité avec les « pédocriminels ».

Le rebelle à roulettes, en revanche, a le vent dans les voiles et vapeurs.

C’est un héros positif et lisse, un brave qui défie à vélo les intempéries.
Il est prêt à descendre dans la rue pour exiger une multiplication significative des crèches dans les centres-villes (le rebelle à roulettes est très souvent un jeune ménage avec enfants).

Il aime la transparence, les objets équitables et les cadeaux altruistes que l’on trouve dans les boutiques éthiques.
Il applaudit chaque fois que l’on ouvre une nouvelle brèche législative dans la forteresse du patriarcat.
Il s’est débarrassé de l’ancienne vision cafardeuse et médiévale du couple (la différence sexuelle est quelque chose qui doit être dépassé).

Il veut que ça avance. Que ça avance. Que ça avance. Et que ça avance.

Et ce n’est vraiment pas à son intention que Bernanos écrivait, peu après la dernière guerre : « Ce monde se croit en mouvement parce qu’il se fait du mouvement l’idée la plus matérielle.
Un monde en mouvement est un monde qui grimpe la pente, et non pas un monde qui la dégringole. Si vite qu’on dégringole une pente, on ne fait jamais que se précipiter, rien de plus. »


Le rebelle à roulettes descend et il croit qu’il bouge.
C’est pour ça qu’il est entré dès son plus jeune âge dans la secte des Avançistes du Septième Jour.

À Paris, il a voté Delanoël, rebelle d’Hôtel de Ville.

Car, comme ce dernier, il est contre le désordre.
À fond. « Nous sommes les candidats de l’ordre », avait d’ailleurs proclamé le Delanoël dans son dernier meeting de campagne.

Et en effet, il n’y a plus qu’un désordre, plus qu’une anarchie : ne pas être en phase avec l’idéologie du rebelle à roulettes.



PHILIPPE MURAY Exorcismes spirituels III


Dernière édition par Bridget le Dim 26 Sep - 15:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: PHILIPPE MURAY   Dim 26 Sep - 15:36

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Muray, de l'ombre à la lumière



À travers la lecture qu'en fait Fabrice Luchini sur scène (, au théâtre de l'Atelier jusqu'au 17 octobre), l'œuvre de Philippe Muray trouve aujourd'h ui une audience inattendue. (Hannah/Opale)



Le polémiste connaît une notoriété soudaine grâce à Fabrice Luchini, qui lit ses textes sur scène. Retour sur un parcours hors norme.

Muray, c'est Luchini qui en parle le mieux.

Le comédien, qui triomphe actuellement au Théâtre de l'Atelier à Paris avec son spectacle tiré de ses textes, a réussi l'impensable: propulser l'auteur insoumis en pleine lumière cathodique.

À la fin du mois d'août, Marie Drucker a ainsi consacré sept minutes de son journal à évoquer avec Luchini l'écrivain disparu.

Celui qui écrivait ironiquement en 1993 dans les colonnes de L'Idiot international: «J'ai confiance en la télé de mon pays» ne croyait pas si bien dire.

Il est aujourd'hui rattrapé par celle qu'il honnissait.

Qu'aurait-il pensé en voyant son nom s'afficher au côté de celui de Luchini sur les colonnes Morris?

On peut imaginer une sacrée gêne si l'on considère les textes contenus dans l'épais recueil que Les Belles Lettres viennent d'éditer.

Philippe Muray n'aimait rien tant que vilipender son époque et son incarnation, l' «Homo festivus» , vivant dans un parc d'attractions permanentes avec son lot de défilés et de célébrations.

L'essayiste est mort, en 2006, à 60 ans, d'un cancer du poumon. Quatorze ans auparavant, il s'insurgeait dans un de ses « Exorcismes spirituels », contre les directives européennes qui allégeaient les cigarettes. «Mes Gitanes n'ont plus que la peau sur les os», déplorait-il, avant d'adopter le cigare. Définitivement grinçant.



La fête trépasse






Philippe Muray, dont tout Paris découvre aujourd'hui l'existence, a passé sa vie à écrire.

«Quand il n'écrivait pas, il lisait, se souvient Anne Sefrioui, sa compagne. Il est né dans les livres et tenait de son père une immense culture.»
Le garçon est en effet un pur produit littéraire. Il consacre son mémoire de maîtrise à Léon Bloy et signe son premier roman en 1968 chez Flammarion. Une arrière-saison est inspiré de Gracq.

Par la suite, il reniera ce premier livre. Céline est entré dans sa vie. Il en empruntera la fièvre et publiera, en 1981, un essai remarqué sur l'auteur du Voyage au bout de la nuit.

Dans la foulée, il répondra à l'invitation de René Girard de venir donner un cours à l'université de Stanford aux États-Unis. Il y restera un semestre. « J'ai gardé une série de lettres très drôles de son séjour américain. Il annonce tout ce qui va arriver chez nous », se souvient Anne Sefrioui.



Muray, auteur remarqué d'un essai polémique, Le XIXe siècle à travers les âges, et de livres érudits comme La Gloire de Rubens, met son style au service de plusieurs revues d'avant-garde.

Il collaborera à Tel quel avant de signer à L'Atelier du roman ou à Art Press, sans jamais se rattacher à un courant. Le prix à payer est rude car la plume incisive doit se faire nègre pour vivre. Il écrit dans la série «Brigade mondaine» au milieu des années 90 pour Gérard de Villiers. «C'était par obligation matérielle, mais on sentait que c'était un vrai écrivain», se souvient celui-ci.

Anne Sefrioui va jusqu'à évoquer «une vraie souffrance» quand un psy y aurait peut-être vu le fruit d'un Œdipe mal digéré. Son père, traducteur réputé d'auteurs anglo-saxons, a écrit de nombreux romans pour la jeunesse.

Muray se transforme aussi en rewriter pour des journaux qui n'ont rien d'intellectuel. C'est à France Dimanche qu'il fera la connaissance de Michel Desgranges, son futur éditeur aux Belles Lettres.
Son sens de la formule fait mouche lorsqu'il s'agit de trouver les titres. Il en fera aussi un usage plus personnel dans ses chroniques au vitriol. Jugez-en:

Nuit blanche gravement à la santé , Le Triangle des bermudas , L'An 2000 tombe mal . Là où Muray passe, la fête trépasse.



«Exorcismes spirituels»




Farouchement indépendant, d'un tempérament plutôt bilieux, il prendra aussi le large avec ses mentors, à commencer par Sollers. «Il en avait certainement assez d'avoir une main posée sur son épaule», analyse Anne Sefrioui.

Il fréquentera et se brouillera successivement avec Jacques Henric, Catherine Millet, Jean-Edern Hallier et Bernard-Henri Lévy. Il réservera bientôt ses colères et ses enthousiasmes à des chroniques dans des journaux, les «Exorcismes spirituels», dont Luchini fait aujourd'hui son miel.

Anne Sefrioui, elle-même, a contacté le comédien pour lui parler des textes de son mari. «Il le connaissait. Yasmina Reza lui en avait dit du bien. Je lui ai proposé une sélection de textes pour un spectacle qui devait au départ être confidentiel», explique-t-elle, encore surprise du succès rencontré.


Il se vend désormais trente livres par soirée à la sortie du théâtre et la pensée de Muray fait des adeptes, et même des apôtres, en témoigne ce billet de spectacle coincé sous une pierre qu'Anne Sefrioui a retrouvé il y a quelque temps sur la tombe de son compagnon au cimetière.


Homme désormais grand public, Muray n'a pas tout révélé. Anne Sefrioui espère bien éditer son journal qu'il écrivit pendant plus de vingt ans et qu'il souhaitait voir éditer après sa mort.


Essais de Philippe Muray, Les Belles lettres, 1 764 p., 33 €.


http://www.lefigaro.fr/livres/2010/09/15/03005-20100915ARTFIG00571-muray-de-l-ombre-a-la-lumiere.php

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MessageSujet: Re: PHILIPPE MURAY   Dim 3 Oct - 17:26

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Muray, le nouveau maître à penser




PAR AUDE LANCELIN


Quatre ans après la mort de Philippe Muray, Fabrice Luchini, en le lisant, l'a révélé au grand public. L'écrivain et polémiste, dont on publie les «Essais», n'en finit plus de conquérir des adeptes.
Enquête d'Aude Lancelin.


Quelques jours avant sa mort, le 2 mars 2006, nous étions quelques-uns à avoir reçu, par mail, la nouvelle redoutée «verdict cru : cancer du poumon » -, et il nous avait promis de tout tenter pour « reporter l'apocalypse à une date ultérieure ».

Cette promesse-là, l'écrivain ne put la tenir longtemps.
Il y a quatre ans, Philippe Muray disparaissait, à 60 ans. Ou plutôt mourait, car le verbe «disparaître» l'aurait fait rire, lui qui détestait l'euphémisation du réel.



Qui aurait pu deviner alors la notoriété fulgurante que son oeuvre acquerrait en un temps si bref ?

Après une saison de lecture par Fabrice Luchini au Théâtre de l'Atelier (elle se poursuit jusqu'en décembre), son nom est sur toutes les lèvres.

Oublié, le paria des lettres que certains petits Jdanov blacklistaient dans les rédactions parisiennes.

Oublié, l'écrivain «confidentiel» que d'aucuns caricaturaient en trouble fétiche pour réactionnaires honteux.

Place à un Muray nouveau, porté en triomphe de «Libé» à «Valeurs actuelles».

Un Muray trop souvent réduit à quelques bons mots sur les dames patronnesses du PS, les bobos ou les enragés de la rando. Mais un Muray tout de même, dont la verve éblouissante s'offre dé sormais à qui saura la saisir.


La réaction première du cercle murayien fut de se sentir dépossédé. Elle ne dura pas, car nous le savions tous : si l'auteur d'«Exorcismes spirituels» exécrait l'époque, il aimait la vie.

Il aurait donc adoré voir tant de jeunes écrivains se réclamer désormais de lui avec ferveur - de Matthieu Jung à Bernard Quiriny, l'auteur des «Assoiffées» (Seuil).

Il se serait follement amusé d'apprendre que Julien Clerc avait acheté tous ses livres, après être allé entendre Luchini.

«C'est une nouvelle vie qui commence. C'est la fin de l'intime, c'est le début du mythe», constate Anne Sefrioui, la femme qui partagea sa vie durant trente ans.
A cette éditrice d'art revient aujourd'hui la responsabilité de défendre une oeuvre dont une immense partie reste encore immergée.


Car la déferlante Muray ne fait en réalité que commencer.

Un monumental volume d'«Essais» paraît aux Belles Lettres, recueillant la quasi-totalité de ses textes pamphlétaires et littéraires parus entre 1991 et 2005.
Et on annonce pour janvier, au Cerf, un recueil d'études consacrées à son oeuvre, à l'initiative de Maxence Caron, philosophe de 34 ans.





Ce volume intitulé "Essais" rassemble sept des plus grands textes de Philippe Muray,
dont "L'Empire du bien" et "Après l'histoire" (les Belles lettres, 1824 p., 33 euros)




Dans deux ou trois ans commencera surtout la parution de son Journal, tenu quotidiennement pendant vingt-cinq ans. «300 pages au grand jour, 3000 sous le boisseau, c'est la bonne proportion dans les temps d'abjection, estimait l'écrivain.


Un journal qui se respecte ne peut être que d'outre-tombe.»

Aux préparatifs de ce coup de tonnerre, Anne Sefrioui s'est attelée avec Alexandre de Vitry, jeune normalien ayant consacré un DEA très érudit au «XIXe Siècle à travers les âges», le maître ouvrage de Muray paru en 1984.

Quelques pipoles germanopratins en ont déjà des sueurs froides.

Car Muray les a tous connus, fréquentés, rejetés au fil des années 1990, quand l'air devint réellement irrespirable à Paris pour l'homme intègre et supérieur qu'il était.

«A truly decent man», ainsi qu'a pu le décrire Michel Desgranges, qui l'accueillera aux Belles Lettres en 1991 après qu'il eut brûlé tous ses vaisseaux.


Pour saisir le parcours qui mena Muray au premier livre publié par Desgranges, «l'Empire du Bien», diagnostic crépusculaire sur le nihilisme festif contemporain qu'il ne cessera d'approfondir, il faut repartir d'un choix existentiel radical.

Celui de ne pas devenir un transgressif salarié.
«Délibérément, Philippe a choisi l'obscurité pour gagner sa liberté d'écrivain», commente Georges Liébert, l'éditeur et ami musicologue qui, des années plus tard, rééditera ses titres chez Gallimard dans la collection «Tel».

Plutôt que de se faire pensionner par une maison et de dépendre d'un milieu littéraire où, depuis la fin des avant-gardes, il ne voyait plus se pavaner que des «androïdes analphabètes», Muray écrit anonymement des milliers d'articles dans des feuilles de chou populaires et sert de nègre pour une centaine de polars.

Cette décision garantit son indépendance, mais ne va pas sans cruauté : Muray, dont toute la vie peut se lire comme «un hommage à Balzac, et à lui seul», confie-t-il dans «Moderne contre moderne», a toujours considéré que cette charge avait nui à son travail de romancier.


En 1993 intervint la rupture définitive avec Sollers qui avait publié son «Céline» en 1981, et «le XIXe Siècle à travers les âges».
Elle sera violente comme la fin d'une passion.

Après la dissolution de «Tel Quel», le pacte faustien de celui-ci avec le «spectacle» avait déjà beaucoup dégradé leurs rapports. Il n'empêche : avec Sollers, Muray perdit un des seuls vrais interlocuteurs qu'il se soit jamais reconnu, assis sur un socle de civilisation très profond, comme le sien.

Quatre ans plus tard, il rompt aussi avec l'équipe d'«Art Press», à la suite d'un numéro où Jean Baudrillard et Jean Clair étaient gravement pris à partie.
Les années 1970 sont soldées sans retour, la fête est finie, place à Homo festivus. Muray change de frères d'armes et se lance dans l'aventure de «l'Atelier du roman», aux côtés de Lakis Proguidis, Milan Kundera, Benoît Duteurtre et François Taillandier.






Qui est Homo festivus ?

Quiconque ouvrira ses «Essais», 1800 pages de satires géniales et de blasphèmes hilarants contre l'époque, se rendra compte qu'aucune maison soucieuse de ménager ses chèvres et ses choux n'aurait en effet pu publier la chose en l'état dans les années 1990.

Toutes les vaches sacrées de l'époque s'y voient égorgées, tous les Tartuffe de la morale droits-de-l'hommiste, démasqués.

Qui est Homo festivus, la figure du posthumain inventée par Muray dans le sillage nietzschéen ?

Ce n'est pas seulement l'électeur de Delanoë qui circule à rollers, pas seulement le néo-colon du Club Med, ce fier antiraciste à bermuda, ou la féministe, qui trahit son «envie de pénal» en réclamant toujours plus de lois sur le harcèlement.

Cette vulgate, désormais véhiculée par toutes sortes de «mal-pensants» médiatiques de la dernière heure, n'est pas à la mesure de l'oeuvre.


Homo festivus, c'est plus profondément le refus du mal, du risque de la séduction, de la mort - entre autres résidus du monde historique.

Homo festivus, c'est le désir d'autodestruction qui se déguise en rage de protection.
C'est le parti antimétaphysique triomphant, contre lequel Muray joue la lit térature et le catholicisme comme ferments d' incroyance.

Homo festivus, c'est donc un peu tout le monde aujourd'hui.

Or tout le monde n'est pas davantage prêt à rire de soi qu'hier. Le succès actuel de Muray oblige donc à conclure qu'une falsification est en cours.



Aussi lucide que son compagnon l'était, Anne Sefrioui le constate : «L'époque s'est droitisée. L'oeuvre de Philippe semble moins sulfureuse.»

Lue avec le degré de profondeur requis, celle-ci est pourtant difficilement récupérable.
Surtout par une intelligentsia officielle qui, de droite comme de gauche, main dans la main depuis la chute du Mur, n'existe que de rejeter avec emphase un totalitarisme communiste de longue date englouti, et une terreur islamiste, que tout individu sain d'esprit s'accorde à trouver infecte.


Admirateur de son oeuvre, l'historien des idées Philippe Raynaud ne s'y trompe pas : tout à fait en dehors du mainstream progressiste, «Muray est un antimoderne, pas un réactionnaire, ni même un conservateur».

Qu'y aurait-il d'ailleurs encore à «conserver» pour un penseur qui jusqu'au bout adhéra avec une étonnante radicalité à l'idée de «fin de l'Histoire» ?

Le 11-Septembre lui-même n'apparaîtra pas à l'auteur de «Chers Djihadistes...» comme un redémarrage de l'Histoire, pas plus que les gesticulations sanglantes qui s'ensuivirent en Irak - on en trouve la confirmation dans le grand entretien inédit de 2003 qu'Elisabeth Lévy vient de publier dans la revue «Causeur».







Souvent Muray nous manque.

Son oeil bleu perçant, derrière les volutes de cigarillo, son extrême courtoisie, sa singularité féroce.

On entend aux informations qu'Air France a créé des places antipédophiles pour les bambins en transhumance.

On voit la «Love Parade» s'achever pour de bon en carnaval macabre, ou Ségolène Royal dénoncer avec un sérieux papal la pénibilité du travail induite par «le cancer des testicules chez les agriculteurs», et on se dit que sans lui tout ça n'a pas le même sens, pas le même poids, pas le même sel.


Qu'aurait-il écrit concernant l'invraisemblable cirque sarkozyen en tournée continue depuis 2007 ? Sollers regrette de ne pas le savoir, et nous davantage encore.

Personne n'avait autant que Muray la capacité de faire surgir les angles morts, de créer des rapprochements inouïs.

Son style fonctionnait comme une canonnade étincelante, un rail de nitroglycérine spirituelle, un grand fou rire libérateur.

Avec ce solitaire-là, on n'était plus jamais seul. «Et sa mort n'y change rien», ainsi que Baudrillard l'avait écrit en 2006 dans ces mêmes colonnes.


http://bibliobs.nouvelobs.com/20100930/21584/muray-le-nouveau-maitre-a-penser
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MessageSujet: Re: PHILIPPE MURAY   Sam 27 Juin - 16:52

Tombeau Pour Une Touriste Innocente


Rien n’est jamais plus beau qu’une touriste blonde
Qu’interviouwent des télés nipponnes ou bavaroises
Juste avant que sa tête dans la jungle ne tombe
Sous la hache d’un pirate aux façons très courtoises

Elle était bête et triste et crédule et confiante
Elle n’avait du monde qu’une vision rassurante
Elle se figurait que dans toutes les régions
Règne le sacro-saint principe de précaution

Point de lieu à la ronde qui ne fût excursion
Rien ici ou là-bas qui ne fût évasion
Pour elle les pays étaient terres de passion
Et de révélation et de consolation

Pour elle les pays étaient terres de loisirs
Pour elles les pays n’étaient que communion
On en avait banni les dernières séditions
Pour elle toutes les terres étaient terres de plaisir

Pour elle les nations étaient lieux d’élection
Pour elle les nations n’étaient que distraction
Pour elle les nations étaient bénédiction
D’un bout du monde à l’autre et sans distinction

Toute petite elle disait avoir été violée
Par son oncle et son père et par un autre encore
Mais elle dut attendre ses trente et un balais
Pour revoir brusquement ce souvenir éclore

Elle avait terminé son second CDD
Mais elle envisageait d’autres solutions
Elle voulait travailler dans l’animation
Pour égayer ainsi nos fêtes de fin d’année

Elle cherchait à présent et pour un prix modique
À faire partout régner la convivialité
Comme disent les conseils en publicité
Elle se qualifiait d’intervenante civique

Elle avait pris contact avec plusieurs agences
Et des professionnels de la chaude ambiance
Elle était depuis peu amie d’un vrai artiste
Musicien citoyen jongleur équilibriste

Grand organisateur de joyeuses sarabandes
Le mercredi midi et aussi le samedi
Pour la satisfaction des boutiques Godassland
Créateur d’escarpins cubistes et nabis

Elle aussi s’entraînait à des tours rigolos
En lançant dans les airs ses propres godillots
Baskets bi-matières à semelles crantées
Les messages passent mieux quand on s’est bien marré

Au ministère social des Instances drolatiques
Elle avait exercé à titre de stagiaire
L’emploi de boîte vocale précaire et temporaire
Elle en avait gardé un souvenir érotique

Elle avait également durant quelques semaines
Remplacé une hôtese de chez Valeurs humaines
Filiale fondamentale de Commerce équitable
Où l’on vend seulement des objets responsables

Elle avait découvert le marketing éthique
La joie de proposer des cadeaux atypiques
Fabriqués dans les règles de l’art humanitaire
Et selon les valeurs les plus égalitaires

Tee-shirts Andrée Putman et gabardines de Storck
Et pendentifs Garouste et pochettes d’Aristorque
Soquettes respectueuses amulettes charitables
Objets de toutes sortes et toujours admirables

Étoles alternatives et broches-tolérance
Et bracelets-vertu et tissus-complaisance
Et blousons-gentillesse et culottes-bienveillance
Consommation-plaisir et supplément de sens

Café labellisé bio-humanisé
Petits poulets de grain ayant accès au pré
Robes du Bangladesh jus d’orange allégé
Connotation manouche complètement décalée

Sans vouloir devenir une vraie théoricienne
Elle savait maintenant qu’on peut acheter plus juste
Et que l’on doit avoir une approche citoyenne
De tout ce qui se vend et surtout se déguste

Et qu’il faut exiger sans cesse et sans ambage
La transparence totale dedans l’étiquetage
Comme dans le tourisme une pointilleuse éthique
Transformant celui-ci en poème idyllique

À ce prix seulement loin des sentiers battus
Du vieux consumérisme passif et vermoulu
Sort-on de l’archaïque rôle de consommateur
Pour s’affirmer enfin vraiment consom’acteur

Elle faisait un peu de gnose le soir venu
Lorsqu’après le travail elle se mettait toute nue
Et qu’ayant commandé des sushis sur le Net
Elle les grignotait assise sur la moquette

Ou bien elle regardait un film sur Canal-Plus
Ou bien elle repensait à ses anciens amants
Ou bien elle s’asseyait droit devant son écran
Et envoyait des mails à des tas d’inconnus

Elle disait je t’embr@sse elle disait je t’enl@ce
Elle faisait grand usage de la touche arobase
Elle s’exprimait alors avec beaucoup d’audace
Elle se trouvait alors aux frontières de l’extase

Dans le métro souvent elle lisait Coelho
Ou bien encore Pennac et puis Christine Angot
Elle les trouvait violents étranges et dérangeants
Brutalement provocants simplement émouvants

Elle aimait que les livres soient de la dynamite
Qu’ils ruinent en se jouant jusqu’au dernier des mythes
Ou bien les reconstruisent avec un certain faste
Elle aimait les auteurs vraiment iconoclastes

Elle voulait trois bébés ou même peut-être quatre
Mais elle cherchait encore l’idéal géniteur
Elle n’avait jusqu’ici connu que des farceurs
Des misogynes extrêmes ou bien d’odieux bellâtres

Des machistes ordinaires ou extraordinaires
Des sexistes-populistes très salement vulgaires
Des cyniques égoïstes des libertins folâtres
Ou bien des arnaqueurs elle la trouvait saumâtre

Elle se voyait déjà mère d’élèves impliquée
Dans tous les collectifs éducatifs possibles
Et harcelant les maîtres les plus irréductibles
Conservateurs pourris salement encroûtés

Qui se cachent derrière leur prétendu savoir
Faute d’appréhender un monde en mutation
Qui sans doute a pour eux l’allure d’un repoussoir
Quand il offre à nos yeux tant de délectations

Comme toutes les radasses et toutes les pétasses
Comme toutes les grognasses et toutes les bécasses
Elle adorait bien sûr Marguerite Durasse
De cette vieille carcasse elle n’était jamais lasse

Elle s’appelait Praline mais détestait son nom
Elle voulait qu’on l’appelle Églantine ou Sabine
Ou bien encore Ondine ou même Victorine
Ou plutôt Proserpine elle trouvait ça mignon

Elle faisait un peu de voile et d’escalade
Elle y mettait l’ardeur qu’on mettait aux croisades
Elle se précipitait sous n’importe quelle cascade
Elle recherchait partout des buts de promenade

Chaque fois qu’elle sortait avec une copine
Elle se maquillait avec beaucoup de soin
Soutien-gorge pigeonnant et perruque platine
Encore un coup de blush pour rehausser son teint

Orange fruité Fard Pastèque de chez Guerlain
Bottines en élasthane blouson cintré zippé
Sac pochette matelassé et bracelet clouté
Ou alors pour l’hiver une une veste en poulain

Ou un top manches fendues en jersey de viscose
Jupe taille élastiquée en voile de Lurex
Tunique vietnamienne décorée de passeroses
Sans rien dessous bien sûr pas même un cache-sexe

Elle disait qu’il fallait réinventer la vie
Que c’était le devoir d’un siècle commençant
Après toutes les horreurs du siècle finissant
Là-dedans elle s’était déjà bien investie

De temps en temps chez elle rue des Patibulaires
Elle mobilisait certains colocataires
Afin d’organiser des séances de colère
Contre l’immobilisme et les réactionnaires

Elle exigeait aussi une piste pour rollers
Deux ou trois restaurants à thème fédérateur
L’installation du câble et d’un Mur de l’Amour
Où l’on pourrait écrire je t’aime sans détour

Elle réclamait enfin des gestes exemplaires
D’abord l’expulsion d’un vieux retardataire
Puis la dénonciation du voisin buraliste
Dont les deux filles étaient contractuelles lepénistes

Le Jour de la Fierté du patrimoine français
Quand on ouvre les portes des antiques palais
Elle se chargeait d’abord de bien vérifier
Qu’il ne manquait nulle part d’accès handicapés

Qu’il ne manquait nulle part d’entrées Spécial Grossesse
Qu’il ne manquait nulle part d’entrées Spécial Tendresse
Qu’on avait bien prévu des zones anti-détresse
Qu’il y avait partout des hôtesses-gentillesse

Faute de se faire percer plus souvent la forêt
Elle avait fait piercer les bouts de ses deux seins
Par un très beau pierceur sans nul doute canadien
Qui des règles d’hygiène avait un grand respect

Avec lui aucun risque d’avoir l’hépatite B
Elle ne voulait pas laisser son corps en friche
Comme font trop souvent tant de gens qui s’en fichent
Elle pensait que nos corps doivent être désherbés

Elle croyait à l’avenir des implants en titane
Phéromones synthétiques pour de nouveaux organes
Elle approuvait tous ceux qui aujourd’hui claironnent
Des lendemains qui greffent et qui liposuccionnent

Elle avait découvert le théâtre de rues
Depuis ce moment-là elle ne fumait plus
Elle pouvait à nouveau courir sans s’essouffler
Elle n’avait plus honte maintenant de s’exhiber

Elle attendait tout de même son cancer du poumon
Dans dix ou quinze années sans se faire trop de mouron
Elle préparait déjà le procès tâtillon
Qu’elle intenterait alors aux fabricants de poison

Faute de posséder quelque part un lopin
Elle s’était sur le Web fait son cybergarden
Rempli de fleurs sauvages embaumé de pollen
Elle était cyberconne et elle votait Jospin

Elle avait parcouru l’Inde le Japon la Chine
La Grèce l’Argentine et puis la Palestine
Mais elle refusait de se rendre en Iran
Du moins tant que les femmes y seraient mises au ban

L’agence Operator de l’avenue du Maine
Proposait des circuits vraiment époustouflants
Elle en avait relevé près d’une quarantaine
Qui lui apparaissaient plus que galvanisants

On lui avait parlé d’un week-end découverte
Sur l’emplacement même de l’antique Atlantide
On avait évoqué une semaine à Bizerte
Un pique-nique à Beyrouth ou encore en Floride

On l’avait alléchée avec d’autres projets
Une saison en enfer un été meurtrier
Un voyage en Hollande ou au bout de la nuit
Un séjour de trois heures en pleine Amazonie

Cinq semaines en ballon ou sur un bateau ivre
À jouir de voir partout tant de lumières exquises
Ou encore quinze jours seule sur la banquise
Avec les ours blancs pour apprendre à survivre

Une randonnée pédestre dans l’ancienne Arcadie
Un réveillon surprise en pleine France moisie
Une soirée rap dans le Bélouchistan profond
Le Mexique en traîneau un week-end à Mâcon

Elle est morte un matin sur l’île de Tralâlâ
Des mains d’un islamiste anciennement franciscain
Prétendu insurgé et supposé mutin
Qui la viola deux fois puis la décapita

C’était une touriste qui se voulait rebelle
Lui était terroriste et se rêvait touriste
Et tous les deux étaient des altermondialistes
Leurs différences mêmes n’étaient que virtuelles
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MessageSujet: Re: PHILIPPE MURAY   Jeu 6 Avr - 1:38

Macron, Fillon, débat présidentiel : Philippe Muray avait tout vu


Le phénomène Macron, l'affaire Fillon, les débats interminables..La lecture des chroniques de Philippe Muray donne un précieux éclairage à cette campagne indiscernable.


Vincent Trémolet de Villers

On ne risque pas de le voir sur BFMTV, moins encore de lire ses tweets. Il est pourtant l'analyste indispensable de cette campagne présidentielle. Philippe Muray nous a quittés il y a onze ans et certains jours il nous semble qu'il est là pour tenir le stylo. Se plonger dans ses chroniques, c'est retrouver à chaque ligne l'actualité que l'on voulait fuir et on imagine aisément l'inventeur des Mutins de Panurge écrire devant un meeting d'Emmanuel Macron: «Un bataillon de “helpers” et de “coworkers” distribue des pancartes “Bougeons les lignes”

à chacune et chacun des participants. Ils les brandissent quand passe le prophète de bonheur. Les lignes bougent avec lui, son projet est un cri. Le sky est blue. La France frileuse, enfin, pense Printemps.»

Ouvrons ses Exorcismes spirituels et suivons ce précieux guide dans le brouillard de cette campagne. Qui est système, antisystème ? «Le nouveau rebelle est très facile à identifier: c'est celui qui dit oui (…) c'est un héros positif et lisse.» Sa révolte? «C'est le langage de l'entreprise qui se veut moderne.» Mais pourquoi ce jeune rebelle sourit-il sans cesse? «C'est un sourire près de chez vous, un sourire qui n'hésite pas à descendre dans la rue et à se mêler aux gens», poursuit Muray: «C'est un sourire qui descend du socialisme à la façon dont l'homme descend du cœlacanthe, mais qui monte aussi dans une spirale de mystère vers un état inconnu de l'avenir où il nous attend pour nous consoler de ne plus ressembler à rien.»

Muray ne nous renseigne pas seulement sur Macron, il nous éclaire aussi sur la violence médiatique du «Penelopegate». Le choc entre l'atmosphère chabrolienne de la vie de François Fillon et la morale scandinave qui s'installe dans notre pays rejoint toute sa réflexion sur la disparition du romanesque. Le roman, expliquait-il, est rendu impossible par l'installation de «l'empire du Bien» qui trie le bon grain de l'ivraie et dissipe le clair-obscur par un éclairage sans ombre. Pas de Balzac, sans secret («Nos études sont des égouts qu'on ne peut curer», dit le notaire Derville dans Le Colonel Chabert ), sans arrangements discrets, sans persienne.

Et l'école, la culture, l'intégration, les villes moyennes qui s'éteignent une à une ? Rien ou si peu. Le réel est toujours reporté à une date ultérieure.
Dans Purification éthique, il y a vingt cinq ans, Muray écrivait: «Par le dévoilement des turpitudes de la vieille société (en l'occurrence de “la classe politique”) -, l'homme de l'époque actuelle se découvre encore plus propre qu'il ne croyait, encore plus beau, plus sain, plus réconcilié, plus colorisé, plus innocent et plus moral (…). La télé est pure, nous sommes purs. Vous êtes formidables. Quelques salauds, pour le contraste, défilent sur l'écran. C'est la grande purge.»

Mais c'est surtout cette incroyable profusion de débats qui réalise sa prophétie. Ces débats où les intervenants débattent de la question de savoir si le deuxième débat était à la hauteur du premier et s'il est nécessaire d'en organiser un troisième. «Le débat est devenu une manie solitaire qu'on pratique à dix», écrivait-il dans un célèbre texte intitulé «Il ne faudrait jamais débattre».

Il dénonçait un univers où l'on proclame le dialogue et la controverse mais où l'insulte - Christine Angot face à François Fillon -, la dérision - le passage obligé des candidats devant comiques et imitateurs - l'emportent sur la réflexion. Des pratiques démocratiques, équitables et qui pourtant évacuent les inquiétudes qui nous hantent. Le système éducatif qui «dénature complètement les idéaux de l'école républicaine et qui ne transmet plus rien de la France» (Augustin d'Humières*)? Vous avez une minute trente. Les perturbateurs endocriniens et le terrorisme islamiste, la construction européenne et le statut des attachés parlementaires… Allez! On enchaîne: sans transition et sans hiérarchie. On se contentera du coup d'éclat de Philippe Poutou ou d'un trait de Jean-Luc Mélenchon. On se demandera si cette «punchline» aura de l'influence sur les prochains sondages dont on remettra en cause, lors d'un débat, la fiabilité.

Et l'école, la culture, l'intégration, les villes moyennes qui s'éteignent une à une? Rien ou si peu. Le réel est toujours reporté à une date ultérieure. Muray encore une fois: «On convoque les grands problèmes et on les dissout au fur et à mesure qu'on les mouline dans la machine de la communication. Et plus il y a de débat, moins il y a de réel. Il ne reste, à la fin, que le mirage d'un champ de bataille où s'étale l'illusion bavarde et perpétuelle que l'on pourrait déchiffrer le monde en le débattant ; ou, du moins, qu'on le pourra peut-être au prochain débat.»
*Un petit fonctionnaire (Grasset).

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/04/05/31001-20170405ARTFIG00239-macron-fillon-debat-presidentiel-philippe-muray-avait-tout-vu.php

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