H A R M O N Y


 
AccueilFAQS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 NINA SIMONE LE BIOPIC

Aller en bas 
AuteurMessage
Nine
Admin
avatar

Nombre de messages : 10437
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: NINA SIMONE LE BIOPIC   Lun 17 Mai - 1:10

Nina Simone sera incarnée par Mary J Blige



Au Midtown Bar & Grill, un boyau minable avec au bout une estrade où tenait juste un piano, Nina Simone — un nom d'emprunt, car si sa mère savait... — a débuté devant une poignée de pochetrons irlandais, bientôt relayés par un public étudiant et bohème, curieux du phénomène : une fille amidonnée brodant des variations classiques sur les standards du moment, qu'elle assimilait avec une aisance un peu hautaine. À la demande du patron, « Nina » s'est mise à chanter. D'une voix pleine et grave, non sans retenue. Pouvant souffler le chaud comme le froid. Hanté par les mânes du gospel, ce chant est tout aussi insolite que son jeu de pianiste, nourri de milliers d'heures à bûcher les maîtres anciens. Chanteuse d'occasion, elle a découvert qu'elle pouvait tout s'approprier : hits pop, airs jazz, scies folk... Repérée par un agent new-yorkais, Nina Simone s'est vu offrir d'enregistrer un premier album. Elle n'a accepté qu'à la condition — culottée — de choisir son répertoire. Exigence d'un côté, naïveté de l'autre, qui lui firent signer un contrat douteux.

Au Town Hall, la dame en blanc délaisse déjà les morceaux de ce disque sorti l'année d'avant. Plutôt qu'I love you, Porgy, son premier succès, elle fait Summertime et deux chansons empruntées à Billie Holiday. Dans sa bouche, la ballade écossaise Black is the color of my true love's hair prend une saveur amère. Nina Simone sait que sur cette même scène, outre Rachmaninov ou Lily Pons, s'est produite Marian Anderson, contralto géniale dont l'opéra des Blancs n'a pas voulu. Alors elle goûte en secret son triomphe. La presse est à genoux, les critiques flattent, les people s'empressent. Le hic, avec cette nouvelle perle rare, c'est qu'on ne sait pas où la caser. Faute de mieux, on la dit jazz. Elle a déjà son idée sur la question : son truc, c'est de la « black classical music ». Mais ce genre-là n'est pas répertorié et il est trop tôt pour en faire un manifeste.


La pasionaria de la cause afro-américaine

Nina Simone est « the high priestess of soul ». Une grande prêtresse n'a pas d'âge, les humiliations de son sexe et les infamies de sa couleur sont des cicatrices qu'elle assume avec une morgue souveraine. Ce soir de 1969, elle passe à Top of the pops, l'émission jeune de la télé anglaise. Apprenant qu'elle porte une robe noire, le régisseur panique : le décor est noir aussi. Peut-on décemment demander à la reine de se changer ? Les preuves de son caractère ont fait le tour du monde. Ses crises d'autorité comme ses phases dépressives ne sont plus un mystère. À 36 ans, Nina Simone a déjà eu plusieurs vies. Au début des années 1960, elle a épousé un ancien flic, Andy Stroud, et fait de lui son manager. Elle lui a confié l'organisation de tournées sans répit, l'enregistrement d'albums sans vraie direction artistique, souvent captés live parce que sa musique y vibre mieux. À partir de 1963, elle s'est dévouée à la cause des droits civiques, sous l'influence d'une militante éclairée, Lorraine Hansberry. Sa passion dévorante s'est trouvé un but et son tempérament l'a poussée à prendre les partis les plus radicaux : Etat noir séparé, lutte armée. « Si on m'avait laissé faire, j'aurais été une tueuse », dira-t-elle.


Yael Naim « On a besoin d'artistes comme elle »

« À ma connaissance, sa musique diffère de tout ce qui existe : Nina Simone a amené la richesse de sa formation classique dans la chanson, le blues, le jazz... Sa manière de jouer du piano rappelle l'écriture de Bach ou les fioritures de Chopin, des harmonies et des techniques très raffinées. À l'inverse de son chant, très brut. Le mélange des deux n'appartient qu'à elle. Il dégage une émotion folle. Je l'ai découverte assez tard, vers mes 20 ans, en regardant un documentaire à la télé française. Je n'en revenais pas d'être passée à côté. Plus jeune, je rêvais de composer pour des orchestres, et j'ai encore la frustration de ne pas être allée plus loin. C'est aussi sans doute pour cela que je suis si sensible à sa musique. Ces temps-ci, Nina Simone est souvent citée en référence, mais c'est peut-être davantage lié à sa personnalité. Dans une période où la musique est si souvent commerciale et où les chanteurs sont politiquement corrects, on a besoin d'artistes comme elle : libres, pas lisses. » Propos recueillis par V. L.


Nina Simone alors n'était plus seulement l'interprète fascinante de Mississippi Goddam, de Four Women, de Strange Fruit, ces chansons qui lui brûlaient les lèvres avant d'enflammer — ou de tétaniser — l'auditoire. Elle était l'amie des écrivains noirs en pointe, James Baldwin et Langston Hughes, l'alliée de Malcolm X et Stokely Carmichael contre la non-violence ou, plus comiquement, l'hôtesse en nuisette qui fit boire du gin toute la nuit à Louis Farrakhan, sans que le fondateur de la Nation de l'Islam interrompe sa rhétorique pour la suivre à l'étage.



Nina Simone, Mississippi Goddam

Plus dure fut la désillusion quand le mouvement dont elle était devenue l'égérie céda pied à pied, vaincu par la répression des autorités américaines, éclipsé par la guerre au Vietnam. Délivrée malgré elle d'un combat qu'elle ne maîtrisait pas plus que le reste, Nina Simone avait toujours la musique, les festivals de jazz en Europe ou les émissions pop anglaises. Elle chantait aussi, comme les copains, du Dylan et du Beatles, du Brel et du Leonard Cohen, transformait un air de la comédie musicale Hair en hymne pétulant, Ain't got no (I got life), son tube de 1968. Ce soir-là, sur le plateau de Top of the pops, elle doit faire To love somebody, une reprise des Bee Gees. Aimer quelqu'un, être aimée, ça travaille aussi Nina, dont le couple part en vrille. Mais au fait, cette robe noire sur peau noire et fond noir ? Le régisseur a fait installer à la place un décor blanc, et on a évité le clash.


Les dernières danses

Nina Simone, ex-Stroud, a passé la quarantaine. En septembre 1974, elle s'est envolée pour le Liberia avec la Sud-Africaine Miriam Makeba. Elle se plaît à Monrovia, veut rester là, au bord de l'océan jadis traversé par des descendants d'esclaves pour y refonder un Etat libre... et y devenir à leur tour colons. À La Barbade, première étape de sa fuite après trop de déconvenues américaines, la chanteuse a été la maîtresse du Premier ministre, Errol Barrow. Partout accueillie comme une princesse, elle oublie la musique et passe du temps avec sa fille, Lisa. À Monrovia, elle dîne, danse, boit, se laisse aller. Une nuit, ça tourne au strip-tease, les gens autour crient, tapent des mains. « J'ai dansé nue pendant au moins deux heures, jamais je ne m'étais autant amusée », lit-on dans ses Mémoires. Elle va bientôt tomber dans les bras de C.C. Dennis, un ponte local, et ça ne va pas durer. Mais dans ce club, à cet instant-là, elle est libre. Loin de tout. Sa vie de Nina Simone va la reprendre. Elle se posera en Suisse. Puis à Paris, jouant presque anonyme dans de petits clubs. Elle fera une tentative de suicide à Londres. Habitera aux Pays-Bas. Elle érigera autour d'elle un mur de médicaments, un autre d'employés plus ou moins dévoués. Elle élira domicile dans le sud de la France, près d'Aix-en-Provence. Finira sa vie à Carry-le-Rouet, solitaire.


Les presque trente ans passés entre cette nuit de Monrovia où elle danse libre et nue et sa mort, en 2003, n'ont pas été un désert musical. Nina Simone a continué de se produire sur scène. Elle n'a cessé d'entretenir sa légende pour le meilleur et le pire, sublime ici, pathétique là, semblant de moins en moins faire la différence, cumulant caprices et menaces, trop souvent réduite à l'ombre d'elle-même. Elle a connu une résurrection inattendue en 1987, quand My baby just cares for me, standard gravé fissa pour boucler son premier album trente ans plus tôt, s'est vu propulser en haut des charts par une pub de parfum. Elle a encore enregistré des albums, à Bruxelles, Paris, Hollywood. Son chant d'adieu s'appelle A single woman : « Toujours seule à la maison comme dans la foule, captive d'un monde que peu de gens comprennent. » De cette vie sans pareille, pleine « de honte, de peur, de souffrance, de regrets » (dira son ami photographe Gerrit De Bruin), demeurent les traces musicales, faisant éclater les normes et les genres. Écouter Nina Simone aujourd'hui, c'est renouveler chaque fois l'expérience unique d'une femme possédant la musique, et possédée par elle.

Une discographie frustrante

Difficile de s'y retrouver dans la discographie pléthorique de Nina Simone. Sa période la plus productive (1959-1974) se répartit sur trois labels (Colpix, Philips et RCA). Avec une fâcheuse tendance à sortir les chansons par paquet de douze, en mélangeant studio et live, créations et resucées. Certains albums affichaient des thèmes (Folksy Nina, Sings the blues...) pas toujours cohérents avec leur contenu, le meilleur exemple étant Pastel Blues, dont au moins les deux derniers morceaux (Strange Fruit et Sinnerman) démentent la tiédeur du titre. D'autres étaient déjà des compilations. Celles-ci ont proliféré à l'ère du CD, on ne les compte plus. Quand a paru en 2008 le coffret To be free : The Nina Simone Story (3 CD + 1 DVD Sony) , on a cru tenir l'introduction idéale à la diva. Certes, il est bien conçu et copieusement garni. Il y manque pourtant des pièces essentielles : Sinnerman et Strange Fruit, mais aussi quelques délicieux standards première période (He was too good to me, Memphis in june), un ou deux extraits de l'intimiste Nina Simone and piano !, ou les deux brûlots qui embrasent Fodder on my wings (1982), son dernier grand disque : Thandewye et There is no returning. Faudra-t-il passer par une intégrale pour enfin coffrer comme il faut la Simone ?
François Gorin

http://www.telerama.fr/musique/nina-simone-un-mythe-ravive,125730.php
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: NINA SIMONE LE BIOPIC   

Revenir en haut Aller en bas
 
NINA SIMONE LE BIOPIC
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» NINA SIMONE LE BIOPIC
» Simone Weil a la dent dure
» Nina est en colère...edit : Yaël aussi
» quelqu'un peu m'aider pour un make up nina dobrev vampire diaries?
» (F) NINA DOBREV - Tu es tout ce qu'il me reste.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
H A R M O N Y :: LA MUSIQUE ADOUCIT LES MOEURS :: TOUTE LA MUSIQUE QUE J'AIME.... :: BLUES AND FOLK :: BLUES - SOUL MUSIC-
Sauter vers: