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 LA FIEVRE DANS LE SANG

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liliane
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Féminin Nombre de messages : 14179
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MessageSujet: LA FIEVRE DANS LE SANG   Sam 1 Mai - 17:35

LA FIEVRE DANS LE SANG




Réalisé par : Elia Kazan
Distributeur : Warner Bros
Genre : Drame
Pays : USA
Durée : 2h00
Titre original : Splendor in the Grass
Date de Sortie: 31 janvier 1962
Date de reprise cinéma : 17 mars 2010

Avec :

Natalie Wood,
Pat Hingle,
Audrey Christie,
Barbara Loden,
Zohra Lampert,
Warren Beatty,
Fred Stewart,
Joanna Roos,
John McGovern,
Jan Norris,
Martine Bartlett...





En 1929, au Kansas. Deux étudiants, Deanie et Bud, s'aiment. Mais ils sont de classes différents et leurs parents refusent le mariage. Après la mort accidentelle de sa soeur et le suicide de son père, ruiné, Bud finit par épouser une jeune italienne. Soignée pour troubles nerveux, Deanie tombera amoureuse d'un autre malade, renoncant à Bud.
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liliane
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MessageSujet: Re: LA FIEVRE DANS LE SANG   Sam 1 Mai - 18:38

ANALYSE DU FILM




Produit et réalisé en 1961, La Fièvre dans le sang est probablement le film le plus accompli d’Elia Kazan. Intense et mélancolique, cette œuvre au Technicolor flamboyant marque la consécration d’une jeune actrice trop vite disparue : Natalie Wood. Histoire d’un amour passionné mais non consommé, La Fièvre dans le sang est aussi le témoignage d’une époque − la frénésie pré-crise boursière d’octobre 1929 − où les valeurs matérielles prenaient le pas sur l’épanouissement personnel.


Warren Beatty et Elia Kazan

D’Elia Kazan, on connaît surtout ses films multi-oscarisés : Le Mur invisible (1947), Un tramway nommé Désir (1950) et Sur les quais (1954). Justement récompensés, ces quelques très bons films tendent pourtant à faire oublier que la meilleure période du cinéaste d’origine grecque fut le tout début des années 1960 − alors que les Studios amorçaient leur déclin − avec trois chefs d’œuvre d’une maîtrise exemplaire : Le Fleuve sauvage (1960) et America, America (1963) entre lesquels se glisse La Fièvre dans le sang, dont le titre original, Splendor in the Grass, rend davantage justice à cette œuvre hybride et complexe, d’une mélancolie particulièrement tenace.


Dès la première scène, le cadre est posé : 1928 dans une petite ville du Kansas, la prospérité économique enthousiasme la majeure partie des habitants − qu’ils soient modestes ou aisés − qui ont tout investi en actions. Dans cette ambiance euphorique, deux adolescents vivent une histoire d’amour passionnée : Dean Loomis (Natalie Wood), fille unique de parents modestes, et Bud Stamper (Warren Beatty), fils prodigue d’un riche pétrolier qui règne sur sa famille en patriarche un brin tyrannique.


Tout serait presque parfait si les deux jeunes adultes n’étaient pas confrontés à l’interdiction explicite de leurs parents : ne jamais passer à l’acte. Cette frustration devant l’évidente tentation s’identifie dès les premières scènes : seul dans la voiture de Bud, le jeune couple se livre à des caresses avant de renoncer à aller plus loin. Pourtant, en témoigne la violente cascade d’eau au second plan (métaphore de la pulsion sexuelle déjà employée dans Niagara d’Henri Hatthaway), le désir − presque animal − est bien là, prêt à tout faire imploser. Bud s’énerve, frappe son volant, sort de la voiture et claque la portière. L’assouvissement n’est donc pas de ce monde. Difficile pour eux de s’affranchir de ces strictes conventions.


Les scènes suivantes le prouvent, notamment lorsque la mère de Dean ne cesse de lui répéter que l’acte n’est acceptable que dans l’unique but de concevoir et quand chez Bud, la grande sœur Ginny (Barbara Loden, future réalisatrice de Wanda) se livre sans vergogne à tous les hommes, peu soucieuse des ragots que la petite ville se plaît à répandre sur son compte. Le jeune couple n’a donc pas d’autre choix que celui d’attendre le mariage et les quatre années qui les séparent de la fin du parcours universitaire de Bud.


Mais dans le quotidien, aussi chaste soit-il, quelques dissonances annoncent le point de rupture de cette morale schizophrène. Dean, si elle sait mettre fin aux élans de son petit ami, apparaît rapidement comme un personnage trouble dont le calme et l’évidente timidité dissimulent en fait une angoisse devant la somme d’interdits auxquels elle doit faire face. En témoigne la scène où elle jette violemment son ours en peluche − symbole d’un temps d’innocence aujourd’hui révolu − ou encore des innombrables séquences où la jeune femme s’avance dans les couloirs du lycée, le regard effrayé par l’agitation des corps tout autour d’elle.


Le vertige n’est pas loin et la chute est brutale lorsque Bud, terriblement nerveux à l’idée de ne pouvoir assouvir ses propres désirs, décide de la quitter pour une fille plus délurée. Ce point de rupture, d’une brutalité sans précédent pour Dean, est imagé par un texte de William Wordsworth que son professeur lui demande de lire :

« Ce qui fut alors baigné
d’une lumière radieuse
a maintenant disparu
pour toujours à mes yeux
Bien que rien ne ravive
la splendeur de ces heures
ni la gloire de ces fleurs
nous ne sombrerons pas
dans le chagrin
mais nous raffermirons
face au destin. »