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 CONTE DE BROCELIANDRE

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Nine
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MessageSujet: CONTE DE BROCELIANDRE   Sam 10 Avr - 23:33

Conte de Brocéliande
Les sept fées du miroir aux fées




On dit qu’il y a bien longtemps sur cette terre, les plantes, les bêtes,
les hommes et tous les êtres du Petit peuple
(fées, orcs, korrigans, géants…)
vivaient en bonne intelligence, en harmonie même.

Mais les hommes, toujours entreprenants,
défrichaient sans relâche pour étendre leurs cultures ;
ils creusaient la terre pour en extraire la pierre,
et puis le fer pour forger leurs outils, mais aussi leurs armes.

Alors, une nuit, tout le Petit Peuple s’est réuni.
Longtemps ils ont parlé, et au matin tous devaient en convenir :
« Etait venu le temps des hommes ».
C’est à ce moment que les géants sont partis vivre
dans les plus hautes montagnes du monde.
Orcs et trolls ont fui vers les plaines enneigées du nord.
Les korrigans, minuscules, n’ont eu qu’à se cacher dans les terriers et bosquets.
Et les fées, elles ?
C’est bien souvent dans l’eau des ruisseaux,
des fontaines ou des lacs qu’elles ont trouvé refuge.

Il était alors sept fées,
sept sœurs toutes jeunes puisque l’aînée avait à peine 350 ans.

Elles aussi ont pris leur envol en quête d’un lieu
où vivre à l’abri du regard des hommes.
Elles ne sont pas allées bien loin, car au cœur de la forêt,
elles ont découvert une vallée paisible, que seuls le cri des bêtes,
le chant des oiseaux et le vif gargouillis du Rauco animaient.

Au bout de la vallée, ce ruisseau s’évasait pour former un petit étang.
C ‘est là qu’elles ont décidé de se retirer,
et sous les eaux de l’étang elles ont bâti leur demeure.
La maison terminée, elles se sont réunies et, levant chacune leur main droite,
elles ont fait le serment solennel qu’à partir de ce jour
plus jamais elles ne se montreraient aux hommes, jamais.

Et c’est ce qui s’est passé.

Pour ne pas être surprises par les errances d’un bûcheron
ou d’un promeneur, elles restaient tout le jour au fond de l’eau ;
et ce n’est qu’à la nuit venue qu’elles sortaient prendre l’air,
cueillir les herbes exigées par leurs magies, et pour apprendre encore.
Car chacune avait sa spécialité, sa curiosité.

L’aînée étudiait le pouvoir des plantes, l’autre lisait les étoiles dans la nuit,
la troisième scrutait la roche,
une autre parlait des heures durant à tous les êtres visibles ou invisibles,
la cinquième se plongeait dans l’infiniment petit qui est en toute chose,
la sixième cherchait dans l’eau quelques traces de la mémoire du monde…
La septième, la plus jeune, était si vive et si curieuse
qu’elle voulait tout connaître,tout savoir.
Aussi, chaque soir, elle suivait l’une ou l’autre de ses sœurs
et partageait chacun de leurs secrets.
C’était donc aussi la plus puissante en magie.

Longtemps, elles vécurent tranquilles dans la vallée.
Cent, deux cents, trois cents…
mille ans ont passé sans que jamais aucun homme ne se doute de leur présence.

Mais, au bout d’un millénaire,
la plus jeune des fées autrefois si vivre devenait morose.
Elle ne disait plus un mot. Elle s’ennuyait :
tous les jours, enfermée. Souvent pour tromper l’ennui,
elle se promenait étendue sur le dos, là, juste sous la surface de l’eau,
profitant ainsi des rayons du soleil.

Un jour qu’elle nageait ainsi entre deux eaux,
elle entendit résonner un bruit inconnu.
C’était comme un pas, très lourd, mêlant au son de la corne
celui du métal raclant la roche. Et cela s’était arrêté au bord de l’étang.
Alors, elle a filé jusqu’à la rive ; et là, juste au-dessus d’elle,
elle a vu la tête d’un cheval qui s’abreuvait. Elle sa souri.
Puis son petit cœur de fée s’est mis à battre, car là, juste au-dessus d’elle,
un homme se penchait pour se rafraîchir.

« Un homme ? pensa-t-elle. Mille ans qu’elle n’en avait pas croisé. »
Que deviennent-ils ? Se font-ils encore la guerre ?
Quelles nouvelles inventions géniales ? Qui règne sur le monde des hommes ? »
Et il y a ce mystère, certaines fées prétendent :
« Les hommes ont un étrange pouvoir. Ils ne sont pas magiciens, non.
Et pourtant le plus humble d’entre eux peut tenir la plus puissante des fées
à jamais prisonnière à ses côtés ».

Mille questions lui brûlent les lèvres…

Et, bravant le serment, elle jaillit de l’onde et lui apparaît.
Le jeune homme reste un moment bouche bée.
Ebahi par tant de grâce et de beauté réunies, il est sous le charme.
La fée, de son côté, le trouve bien de sa personne, sans doute un gentilhomme,
habillé pour la chasse, il a fière allure.

Tout le reste du jour elle va le questionner, parcourant avec lui toute la vallée,
lui tâchant de lui répondre au mieux et toujours avec grande courtoisie.
Le temps va filler et ce n’est qu’en fin d’après-midi qu’ils rejoignent l’étang.
A cet instant, la jeune fée réalise :
le soleil est déjà bas dans le ciel et la nuit va venir :
« Tu ne dois pas rester là, va-t‘en vite ! »
Et le jeune homme, docile, enfourche et talonne sa monture.

Le regardant partir, la fée se ravise :
« Attends ! Reviens demain, même heure, même lieu ! »
D’un signe de la tête il lui répond. Bien sûr qu’il sera là demain.
Il n’a plus qu’elle en tête.

Alors elle retourne au fond de l’étang. Il était temps.
Déjà ses sœurs s’apprêtent pour la nuit.
Ses sœurs s’étonnent de la voir rentrer toute guillerette, chantonnant,
embrassant le front de l’une, offrant une fleur de nénuphar à une autre.
Elle semble soudain pleine de joie.
Fatiguée par sa longue marche, la jeune fée s’allonge un instant.
Fermant les yeux pour retrouver les images de ce jour, elle s’assoupit.

« Il s’est passé quelque chose » pensent ensemble les six sœurs.
Aussi, elles forment le cercle et de leurs magies conjuguées,
elles lisent dans l’esprit de la cadette. Et elles découvrent l’horrible vérité :
« Elle a rompu le serment et, de plus, a laissé cet homme repartir vivant.
Il va prévenir les siens. C’en est fini de notre tranquillité.
Il nous faut agir ! » Et, reformant le cercle,
elles endorment la jeune fée pour tout un jour.

Le lendemain matin, le gentilhomme est de retour.
Il a mis ses plus beaux habits et n’a qu’une hâte :
la revoir. Mais ce n’est pas sa belle fée qui l’accueille.
Sortant de l’ombre, jaillissant de l’eau, tombant des branches basses,
ce sont les six sœurs qui se jettent sur le malheureux.
Cinq d’entre elles le plaquent au sol, tandis que l’aînée, de ses mains,
l’étrangle, le tue. Leur sale besogne accomplie,
elles s’en retournent au fond de l’eau.

Ce n’est qu’à l’extrême fin du jour que la jeune fée s’éveille.
Tout de suite, à la lumière, elle réalise :
le temps a filé, la nuit tombe déjà, son chevalier !
Elle court, elle nage –on ne sait trop- jusqu’à la berge et découvre
le corps inanimé du jeune homme.
C’est d’abord grande douleur, et, pour la première fois de son existence,
des larmes emplissent ses yeux.
Elle se penche et tend sa main vers le beau visage quand soudain
elle aperçoit les traces des doigts meurtriers sur son cou.
Après la douleur vient la colère, la terrible colère des fées.

« Qui a fait ça ? »

Elle n’a plus qu’une idée en tête venger la mort de cet innocent.
Elle interroge les arbres, les oiseaux « Qui a fait ça ? »
Effrayés, ils finissent par lui dire la vérité :
« Ce sont tes sœurs. Mais toi seule es coupable, tu avais promis… »
Mais déjà elle n’écoute plus. « Ce sont mes sœurs… »
et, les yeux pleins de haine, elle retourne dans leur demeure sous les eaux,
bien décidée à accomplir sa vengeance.

Cette nuit-là, l’étang va bouillonner, la terre va trembler,
tout le val va gronder du vacarme du combat des fées.
Au matin, tout est calme dans la vallée.
Au fond de l’étang, la jeune fée se tient débout devant ses six sœurs pétrifiées,
paralysées par sa puissance.
Sans aucune pitié, elle saisit sa petite serpe et, une à une, elle les égorge.
Oh, ce n’est pas par cruauté, non.
Elle recueille un peu du sang de chacune dedans un bol,
y mêle son propre sang et quelques plants de son secret.
Ensuite, elle court auprès du corps du chevalier.
Entrouvrant ses lèvres, elle verse la portion sanguine dans sa gorge.
La poitrine du jeune homme se gonfle, puis ses yeux s’ouvrent à la vie.
Alors elle l’embrasse, de toutes ses forces, elle le serre contre son cœur.
Et elle décide d’abandonner ce lieu à jamais maudit,
et d’aller vivre avec lui, femme parmi les hommes.

Et l’histoire pourrait s’arrêter là. Sans doute ils furent heureux.
Sûrement, ils eurent beaucoup d’enfants.
Mais là, au font de l’étang, sont six fées du Petit Peuple qui agonisent.
Et de leur gorge, le sang va couler, couler,
se mêlant aux eaux de l’étang qui va déborder et se répandre.
Sept jours et sept nuits durant, le sang des fées, rampant tel un serpent,
par delà les collines et les bois,
inondant chaque village,
chaque vallée sur des lieues à la ronde va marque à jamais son passage.

C’est pourquoi encore aujourd’hui en Brocéliande,
la roche et la terre sont rouges,
pourpres du sang des six fées de ce petit étang que l’on nomme le Miroir aux Fées.



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MessageSujet: Re: CONTE DE BROCELIANDRE   Sam 10 Avr - 23:44

L'étang du miroir aux fées

A l'extrémité du Val sans Retour, au pied des rochers,
s'étend le Miroir aux Fées,
étang dont le nom rend hommage aux Fées qui hantent la Forêt de Brocéliande
et qui en y jetant un grain de blé, pouvaient lire l'avenir.

Le nom de miroir lui a été donné car la forêt qui l'entourait était tellement dense
que le vent n'y passait pas, rendant la surface de l'eau tout à fait immobile.

Avant, il y avait quatre étangs qui alimentaient un moulin
en activité jusqu'en 1930 et maintenant en ruine.

C'est là que la fée Viviane séduisit Merlin l'Enchanteur
qu'elle enferma dans une prison invisible après l'avoir dépouillé
de ses secrets de magicien.
Il souligne l’emprise féerique sur cette vallée.

Entaille profonde dans le schiste rouge,
le Val égare toujours ses visiteurs dans le lacis de ses vallées.
Certain disent que la faute revient au minerai de fer très abondant dans la région,
qui affole les boussoles et les esprits.

Le Val sans retour était dit-on le domaine de la Fée Morgane,
redoutable demi-soeur du roi Arthur.
Elle s'était établie là pour s'exercer aux sciences apprises de Merlin
et abriter ses passions parfois éphémères.
Trompée par un de ses amants, blessée dans son amour et dans sa fierté,
elle se vengea en transformant en pierre les coupables,
ils devinrent le rocher des Faux-Amants qui domine la vallée.

Puis elle enchanta le Val, les amants fidèles le traversaient sans risque,
tandis que les infidèles restaient prisonniers d'une invisible muraille d'air.
Une fois au pouvoir de Morgane, ils perdaient toute notion du temps,
pensant passer là quelques jours, ils y restaient des mois ou des années.

Aveugle à la réalité, ils coyaient résider en un lieu voué à tous les plaisirs.
Cela aurait pu durer éternellement si Lancelot n'était passé par là.
Morgane ne pouvait l'emprisonner, car il vouait à Guenièvre un amour parfait.
Elle tenta de le combattre mais aucunes des apparitions terrifiantes
qu'elle lança contre lui ne vint à bout de son courage.
Il brisa l'enchantement du Val et Morgane dut délivrer ses prisonniers.

A l'entrée du Val sans retour,
l'étang du Miroir-aux-Fées souligne l'emprise féerique sur cette vallée.
C'est par l'autre côté de ce miroir que l'on accéde à un autre monde,
on passe la porte des légendes.

Autre signe, en haut du Val, une formation rocheuse porte le nom de Siège de Merlin,
car il avait coutume dit-on d'y venir voir le soleil se coucher sur la forêt,
et d'y réfléchir aux mille manières d'enchanter le monde.

Il y avaient aussi dans le Val quatre étangs qui alimentaient un moulin,
dont on peut voir les ruines contre la digue du Miroir-aux-Fées,
à l'ouest du Val, le quatrième étang a été remis en eau en 1987
par l'Association de Sauvegarde du Val sans retour, on voit encore,
en suivant le Rauco, les digues éventrées des deux autres étangs.

Il est dit que si l’on passe par le Miroir-aux-Fées,
on passe la porte des légendes.


Dernière édition par Nine le Dim 11 Avr - 0:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: CONTE DE BROCELIANDRE   Sam 10 Avr - 23:47

A L'EAU DE LA CLAIRE FONTAINE



Dans l'eau de la claire fontaine
Elle se baignait toute nue.
Une saute de vent soudaine
Jeta ses habits dans les nues.

En détresse, elle me fit signe,
Pour la vêtir, d'aller chercher
Des monceaux de feuilles de vigne,
Fleurs de lis ou fleurs d'oranger.

Avec des pétales de roses,
Un bout de corsage lui fit.
La belle n'était pas bien grosse
Une seule rose a suffit.

Avec le pampre de la vigne,
Un bout de cotillon lui fit,
Mais la belle était si petite
Qu'une seule feuille a suffi.

Elle me tendit ses bras, ses lèvres,
Comme pour me remercier...
Je les pris avec tant de fièvre
Qu'ell' fut toute déshabillée.

Le jeu dut plaire à l'ingénue,
Car, à la fontaine souvent,
Ell' s'alla baigner toute nue
En priant Dieu qu'il fit du vent,
Qu'il fit du vent...

Georges Brassens



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