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 LES "METIS" DE L'EDITION

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MessageSujet: LES "METIS" DE L'EDITION   Sam 20 Fév - 12:07

Les "nègres" s'affranchissent
Par Jérôme Dupuis, Delphine Peras, publié le 19/02/2010 à 09:57

Chirac, Thuram, Drucker... les stars avouent désormais que leurs livres sont coécrits par des professionnels, dont le nom apparaît officiellement. Plongée dans l'univers de ces forçats de la plume que l'édition appelle aujourd'hui "métis".

La scène, bien peu "beckettienne", aurait pu s'appeler "En attendant Bimbo". Personnages : Loana, starlette à gros poumons fraîchement sortie du Loft, et Jean-François Kervéan, auteur chargé d'écrire le livre de la belle. Lieu : Saint-Tropez. Epoque : l'été 2001. "Je devais aider Loana à accoucher de son récit avant le 15 août, se souvient Kervéan. Une maison avait été louée à Saint-Tropez. Je l'ai attendue pendant des jours et des jours. Pourtant, par Var-Matin, j'apprenais qu'on l'avait aperçue la veille dans un club branché ou qu'elle était allée dans un zoo voir des tigres. Loana a finalement débarqué une nuit, en larmes, et s'est confessée. J'ai rédigé et elle a validé. A l'époque, l'usage était que le nom des "nègres" n'apparaisse pas. Mais comme tout Saint-Tropez m'avait vu trottiner derrière ses platform boots, il a été décidé que mon nom figurerait comme coauteur à l'intérieur du livre. Et j'ai touché 100 000 francs." Il faut dire que la lofteuse, elle, avait touché dix fois plus... A l'arrivée, Loana : elle m'appelait Miette (Pauvert) se vendra à 120 000 exemplaires.

Aujourd'hui, cela va presque de soi : plus un livre de star de la chanson, de footballeur célèbre ou de héros de fait divers sans la mention "avec la collaboration de X" en quatrième de couverture ou sur le grand-titre intérieur. Jacques Chirac lui-même s'est plié au nouvel usage. L'édition a même trouvé un nom pour ces "nègres" sortis de l'ombre : les "métis".

Avec un siècle et demi de retard, ces "affranchis" ont gagné ce qu'Auguste Maquet, célèbre "nègre" d'Alexandre Dumas, n'avait pu obtenir malgré un procès retentissant : la reconnaissance. Voire une certaine fortune. "Notre époque est à la transparence : on ne peut plus faire croire au lecteur qu'un chanteur ou une infirmière bulgare a écrit son livre tout seul", analyse Pierre Féry-Zendel, directeur délégué des éditions Michel Lafon.

En général, tout commence par un déjeuner. Star et "métis" se flairent. C'est qu'ils vont être amenés à vivre des semaines, parfois des mois, dans une étrange intimité. Question d'alchimie. "A Loana, j'ai parlé de son chien et de sa mère, cela lui a plu", explique Kervéan, qui a également coécrit L'Ame seule (Fayard), d'Hervé Villard, ou Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ? (Robert Laffont), de Michel Drucker.

"J'avais une image un peu compassée de Nana Mouskouri, raconte pour sa part Lionel Duroy, star du métier, 25 livres au compteur. Après notre premier rendez-vous, j'ai su qu'il y avait un "destin grec" qui méritait d'être mis en mots. Pour un romancier comme moi, dire "je" à la place de quelqu'un d'autre peut être un ravissement. On se concentre sur l'écriture, les émotions, la douleur."

La première difficulté consiste alors, pour ces help-writers, à "bloquer" ces stars toujours entre deux avions. Avec, pour seule arme, un simple magnétophone. "Lilian Thuram a joué le jeu : nous avons enquêté ensemble, puis nous avons travaillé dans son hôtel particulier du XVIe arrondissement", confie Bernard Fillaire, coauteur, avec la star du foot, de Mes étoiles noires. De Lucy à Barack Obama(Philippe Rey), best-seller de ce début d'année.

Lionel Duroy, lui, aura connu la piscine de Sylvie Vartan, à Los Angeles, les appartements de Sa Majesté Farah Pahlavi, à Washington, et un bunker secret protégé par deux policiers pour recueillir la confession du seul survivant du massacre du Temple solaire.

Pour écrire Capitaine Desailly (Stock), 70 000 exemplaires vendus, le journaliste Philippe Broussard (rédacteur en chef à L'Express) a, lui, suivi l'ex-stoppeur des Bleus de Clairefontaine au Ghana, en passant par Chelsea : "En Angleterre, j'habitais chez lui, j'avais ma chambre et mes pantoufles, comme un ami de la famille, se souvient-il. Un soir, après un match, nous sommes allés dans une boîte branchée et, en sortant, à 4 heures du matin, Marcel nous a acheté des McDo, que nous sommes allés déguster dans sa BMW, seuls, face à Buckingham Palace. Ce sont ces moments-là qui forgent la confiance nécessaire à un livre à quatre mains."


Ce temps de la confession et du magnétophone est crucial. "Lors du premier rendez-vous, tous vous disent : "Vous savez, il y a une chose dont je ne veux pas parler...", note Kervéan. C'est l'orphelinat pour Hervé Vilard ou la peur de vieillir pour Michel Drucker. Or, c'est précisément ce "tabou" qui fera le sel du livre..." Avec ses tournants : "Ouh là ! Où tu m'emmènes ?" s'interroge tout haut un Marcel Desailly ému, après avoir évoqué la mort brutale de son frère. Lionel Duroy se souvient lui aussi d'un moment clef : "Après dix jours, Sylvie Vartan m'a dit soudain : "Lionel, il faut que je te montre les carnets que je tenais du temps où je vivais avec Johnny...""

Vient alors le temps de l'écriture et de la "livraison". Avec, parfois, ses fausses notes. Michel Fugain ne s'est pas reconnu dans ce qui allait devenir Des rires et une larme (Michel Lafon). Il est parti s'enfermer tout seul en Corse et a tout réécrit d'une traite. Farah Pahlavi a "usé" trois coauteurs, avant de trouver le bon. Son obstination a payé : ses Mémoires (XO Editions) ont trouvé 270 000 acheteurs en France...

Quant à Jean-Marie Bigard, lui, il a piqué une grosse colère lorsqu'il a découvert "son" manuscrit, où était notamment évoqué l'assassinat de son père, sujet sur lequel il s'était pourtant épanché. Trop d'émotions noir sur blanc. L'éditeur arrête tout. Quelques semaines plus tard, coup de théâtre, le comique décide de publier sa confession sans en changer une virgule. Il la brandira même sur scène... "Si la star parle de "son" livre, alors, c'est gagné", observe Philippe Robinet, directeur d'Oh ! Editions, qui a publié ce Rire pour ne pas mourir(75 000 exemplaires).

Avec de tels succès en librairie, certains "métis" rémunérés au pourcentage des ventes gagnent bien leur vie. Sauf exception, la répartition est la suivante : deux tiers des droits pour la "star", un tiers pour son coauteur. Autrement dit, le "métis" perçoit entre 2,5 et 4,5 % du prix du livre, soit jusqu'à 80 centimes d'euro pour un ouvrage vendu 20 euros. A ce tarif, le calcul est vite fait : un best-seller écoulé à 100 000 exemplaires lui rapportera 80 000 euros. On laisse au lecteur le soin de calculer combien les Mémoires de Jacques Chirac ou de Farah Pahlavi ont représenté pour leurs help-writers..
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Mais tout n'est pas toujours rose dans le monde des "métis". Sollicité par Olivier de Kersauson pour l'aider à écrire Ocean's Song, le journaliste de LibérationJean-Louis Le Touzet signe un contrat classique - 10 000 euros d'avance et 2 % de droits d'auteur. A la réception du manuscrit, l'éditeur, Le Cherche Midi, se dit très insatisfait, interrompt la collaboration, et estime nécessaire de faire signer à Le Touzet un nouveau contrat se limitant au forfait de 10 000 euros, mais excluant tout pourcentage sur les ventes. Un véritable "nègre" est alors embauché pour terminer le livre !

Or, le journaliste estimera que le livre mis en vente est extrêmement proche de son manuscrit. Version contestée par l'éditeur, Philippe Héraclès : "Quand je signe un contrat, je respecte mes engagements et j'attends de l'autre partie qu'elle en fasse de même." L'enjeu est de taille : Ocean's Song, sorti à la fin de 2008, est un véritable raz de marée, avec 235 000 exemplaires écoulés ! Se considérant floué, Le Touzet a saisi un avocat pour récupérer les droits prévus par le premier contrat. Manque à gagner estimé : environ 100 000 euros. De quoi s'offrir un joli tour du monde en bateau...

http://www.lexpress.fr/culture/livre/les-negres-de-l-edition-s-affranchissent_849507.html?p=2
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