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 JACQUES LANZMANN

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liliane
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MessageSujet: JACQUES LANZMANN   Dim 17 Jan - 16:25

BIOGRAPHIE DE JACQUES LANZMANN
(1927-2006)



Si, dans les années 50, on évoquait volontiers les légendaires "Frères Jacques", ce surnom aurait pu tout aussi bien convenir, dans les années 60, à un trio hors norme dont la causticité n’avait d’égal que la créativité : Jacques Wolfsohn, directeur du label "Vogue", Jacques Dutronc, son directeur artistique, musicien-compositeur-chanteur et Jacques Lanzmann, écrivain et journaliste à succès, d’autant plus "dans le vent", comme on disait alors, qu’il était et reste un ineffable voyageur, une sorte d’homme orchestre et d’aventurier des lettres qui aura passé son temps à écrire ce qu’il vivait, et inversement.

Ensemble, ces deux derniers ont, à leur façon, révolutionné l’écriture de chansons dans notre pays, en y apportant, dans la mouvance de 68, un ton, une humeur, un esprit à la fois décapants, modernes et légers, qui n’ont pas fini de faire des émules, au même titre qu’un Gainsbourg. De tous les créateurs interprètes issus des fameuses sixties, l’équipe Dutronc-Lanzmann fut, mine de rien, une des plus novatrices, atypiques, iconoclastes.Pourtant, rien ne destinait le rocker fantasque de la Trinité à croiser le chemin du "fou de marche", comme il se définira lui-même un jour, d’autant plus que ce dernier, de quinze ans son aîné, n’en était pas à son coup d’essai, côté plume.

Avant même que d’écrire, Jacques Lanzmann avait en effet déjà fait l’expérience "de la misère et du merveilleux" : à 12 ans, il est domestique de ferme, et à 16, aux côtés de son futur beau-frère Serge Rezvani -lui aussi auteur polyvalent il entame une carrière de peintre (groupe de l’Ecole de Paris) qu’il abandonne pour… voyager autour du monde ! Après l’Islande, découverte en 1948, qui lui inspirera son premier livre, et entre deux pérégrinations au Quartier Latin dans la mouvance de Rezvani, Jean Cau, son frère Claude Lanzmann, Jean-Paul Sartre et "Le Castor" (Simone de Beauvoir), il gagnera sa vie comme ouvrier dans une mine de cuivre au Chili, comme joueur professionnel, contrebandier, homme de ménage (chez une criminologue !), camionneur, peintre en bâtiment et rapportera de ses expéditions des romans reportages (on ne parle pas encore de "roman quêtes") pleins de verve et de couleurs. Mais la plus belle de ses aventures demeure l’écriture, sous toutes ses formes : journalisme (des "Lettres Françaises" d’Aragon à "L’Express"), littérature, scénario, édition, chroniques et… paroles de chanson, sans oublier le patron de presse ("Lui").

Riche de nombreuses expériences humaines, c’est donc en 1954 que Jacques Lanzmann commence à en faire des livres, en quelque sorte, avec une oeuvre écrite durant son périple islandais, qui annonce la couleur : "La glace est rompue" et devra sa publication chez Julliard à Beauvoir elle-même.

Mais le succès n’arrivera que l’année suivante avec un classique du genre, "Le rat d’Amérique", porté plus tard à l’écran par Jean-Gabriel Albicoco avec Charles Aznavour,
puis "Cuir de Russie" (1957), témoignage choc sur le post-stalinisme,
"Viva Castro" (1957),
"Un tyran sur le sable",
"Le guide michien" (1965),
"Qui vive"(1967),
"Les Vangauguin" (1968),
"Mémoires d’un amnésique" (1971),
"Les nouveaux territoires" (1973),
"Le têtard" (1976),
"Les transsibériennes"(1978),
"Tous les chemins mènent à toi" (1979),
"Rue des mamours" (1981),
"La baleine blanche" (1982),
"Le lama bleu"(1983),
"Le septième ciel" (1985),
"Fou de la marche" (1985),
"A l’altitude des dieux" (1986),
"Le Jacquiot" (1986),
"Café crime"(1987),
"Les guérillans" (1989),
"Hôtel Sahara" (1990),
"Le voleur de hasards" (autobiographie-1992),
"Le dieu des papillons" (1993),
"Le Raja" (1995),
"Le guide universel du flirt sans frontières" (1996),
"Le fils de l’Himalaya"(1997),
"La mémoire des dieux" (1998),
"N’oublie jamais qui nous sommes" (1999),
"Imagine la terre promise" (2000),
"Rue des Rosiers" (2002),
"La vie commence à Marrakech" (2004)
"Une vie de famille" (2006)

Autant dire une carrière et une vie d’auteur bien remplies, et d’ailleurs souvent confondues, puisque chacun aura reconnu dans cette liste nombre de classiques, best-sellers, des incontournables de la littérature francophone du demi-siècle, où défilent les thèmes de prédilection de l’auteur : ses voyages, ses racines, ses rencontres, ses femmes...

Ainsi raconte-t-il son enfance dans "Le têtard", son passage dans la résistance dans "Qui vive ?", en mettant souvent en scène un héros juif, rouquin, bègue et tenaillé par le désir sexuel qui lui ressemble comme un frère. Au fil des pages et des années, l’enfance, réelle ou imaginaire, vécue ou transfigurée, lui revient de plus en plus : "La rue des mamours" (1981), ou le diptyque "Le fils de l’Himalaya" et "La mémoire des dieux" (97-98). Il enchaînera d’ailleurs avec un autre diptyque, "La tribu perdue", composé de "N’oublie jamais qui nous sommes" (1999) et "Imagine la terre promise" (2000), où il suit une famille de juifs légendaires, les Manassé, dispersée dans le monde après 3000 ans d’histoire. Une thématique -la quêtedes origines, de l’identité, de l’hérédité qu’il développera, sous d’autres formes, dans son roman "Rue des Rosiers" en 2002 et qui nourrit désormais régulièrement son inspiration, cependant que fleurit chez les libraires l’oeuvre d’un(e) autre Lanzmann, sa fille Chine.

Et la "légende Lanzmann" se forge : n’a-t-il pas failli être livré vivant à un tigre affamé, un jour qu’il remontait la piste du jeune Fidel Castro pour une interview et avait été capturé par les troupes du féroce général cubain Chaviano ?!

D’aucuns s’en seraient tenus là : pas lui ! Journaliste à "L’Express" (1960-1962), fondateur du magazine "Lui", "Le journal de l’homme moderne" (1963-68) avec Daniel Filipacchi, animateur de "Rendez-vous avec lui" à Europe 1 (1966-67), gérant des Editions Spéciales avec Jean-Claude Lattès (1968-74), directeur de collection chez Denoël (1972-74), journaliste (rubrique télévision), puis chroniqueur (à partir de 1978) à VSD et sur la chaîne "Voyages" depuis 1997, producteur de films et scénariste, entre autres, de Philippe Labro ("Sans mobile apparent", "L’alpagueur", "L’héritier", "Le hasard et la violence"), Claude Zidi, Moshe Misrahi, Claude Bernard-Aubert etc.,
Jacques Lanzmann est aussi - pour en venir à la SACEM - l’auteur de plus de 150 chansons, principalement pour Jacques Dutronc.

C’est en 1965 que les deux Jacques se rencontrent, et entament une longue et fructueuse collaboration qui les révèlera sous un nouveau jour, l’un comme parolier et l’autre -jusque là directeur artistique – comme compositeur-interprète.

Leur première oeuvre est un coup de maître, une expression griffonnée dix ans plus tôt par Lanzmann et restée dans toutes les mémoires depuis bientôt 40 ans: "Et moi, et moi et moi" ("700 millions de Chinois…"), parue sur un 45 tours non moins mémorable : "Mini mini", "Sur une nappe de restaurant"…

Nonchalant, ironique, insolent, Dutronc débarque en pleine époque hippie avec son costume trois pièces, ses cigares, et plus tard ses lunettes noires, plus un son de guitare inhabituel. Un personnage atypique qu’il cultivera désormais de disque en disque avec l’ami Lanzmann, en faisant mouche plus d’une fois : "Les play boys", "On nous cache tout, on nous dit rien", "La fille du Père Noël", "Les cactus", "J’aime les filles", "Il est cinq heures Paris s’éveille" - dont le premier jet date des années 50 !- et, en plein 68, "L’opportuniste" (toutes deux cosignées avec Anne Ségalen, la compagne de l’écrivain à l’époque), "L’hôtesse de l’air", "L’aventurier" (1969), "Le petit jardin" (1972), "Le dragueur des supermarchés", "Gentleman cambrioleur", "L’Arsène", "Fais pas ci, fais pas ça"…

Mais aussi des dizaines de titres, faces A ou B, tous plus mordants les uns que les autres : "Comment elles dorment", "L’espace d’une fille", "Le courrier du coeur", "Elle a dit non, elle a dit oui", "La France défigurée", "Le plus difficile", "Les gens sont fous, les temps sont flous", "L’opération", "Le testamour", "Les Vangauguins", et, plus tard, l’émouvant "La vie dans mon rétroviseur".

Après moult succès et aventures (le cinéma pour l’un, la littérature pour l’autre), les deux larrons se retrouveront en 2003 pour une nouvelle aventure commune, "Madame l’existence" ("La vie en live", "Face à la merde", "Voulez-vous", "L’ère de rien", "Transat en solitaire", "C’est peut-être ça"…), unanimement célébrée et avec toujours la même veine, la bonne verve, le poids des ans en plus.
Mais entre-temps, le parolier n’a pas chômé, côté chanson, même si ce n’est manifestement pas sa première activité, par delà l’ami Dutronc :

il a écrit pour le jeune Jean Guidoni ("Le têtard","Le Père Noël"),
Zizi Jeanmaire ("Je me champsélyse"),
Enrico Macias ("A la face de l’humanité"),
Régine, Mireille Darc, Dani, Benjamin, Sacha Distel, SylvieVartan, Pascal Danel, Pascal Obispo ("Rêves d’orient"), et même… Bernard Ménez (Qui connaît aujourd’hui "J’aime pas les filles qui fument" ou "Le tour du monde en 80 femmes" ?), voyageant de disque en film comme un éternel passager. Sans oublier, last but not least of the list, les paroles françaises de la comédie musicale "Hair" ("Laissons entrer le soleil", "Aquarius" etc.,c’était lui aussi !).

Autant de titres plus ou moins connus, en mode majeur ou mineur, mais qui portent et comportent toujours sa griffe, la fameuse "touche Lanzmann", et témoignent souvent d’une vision narquoise, lucide et désabusée du monde. Il n’empêche : personne n’a jamais mieux traduit, incarné, notre Jacques national en chansons que son frère Jacques, même s’ils nous jouent parfois les frères ennemis (pour rire), un peu comme Philippe Djian restera l’auteur de Stephan Eicher ou Françoise Mallet-Joris celui de Marie-Paule Belle, au point qu’à eux deux, ils constituent sans doute l’un des plus beaux auteurs compositeurs- interprètes de notre patrimoine, la bande-son acidulée des plus belles années de nos vies, au temps où l’on prenait sérieusement les choses à la légère, "ou lycée de Versailles", comme disent les enfants de notre âge, pour ne pas dire la génération Dutronc…

P.A.
Source : sacem
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MessageSujet: Re: JACQUES LANZMANN   Dim 17 Jan - 16:29

LA COLLABORATION LANZMANN-DUTRONC



Ce n'est pas Dutronc, mais Benjamin, «un hippie sans épaisseur qui avait pourtant la notion du tragique», qui a interprété le premier texte du sieur Lanzmann au début des années 60. La rencontre artistique entre les deux Jacques date cependant de la même époque.

Conscient d'être dépourvu de toute oreille musicale, Lanzmann écrit des paroles arythmiques, que le chanteur met non sans mal en musique. Les deux complices n'ont jamais été déçus du fruit de leur drôle de travail en commun. Même si l'auteur du Voleur de hasards (Le Livre de poche) ne se considère pas comme un parolier: «Je suis un écrivain, c'est tout, déclare-t-il. La création d'une chanson n'a rien à voir avec celle d'un livre. L'écriture d'un livre exige un travail quotidien. Alors que les idées de chansons fusent n'importe où et n'importe quand, la difficulté consistant à les mener à bien. Autre différence: la chanson a tendance à dire les choses plus rapidement que le roman. Mais elle est souvent plus prude. Le cœur remplace le cul! Elle est pour moi un jeu profond, difficile et parfois cruel.» Le show-biz lui semble le plus dur des milieux qu'il côtoie: «L'écriture littéraire, théâtrale ou cinématographique est toujours rémunérée avant de porter (ou non) ses fruits. Alors que les producteurs mettent les paroliers en concurrence sans les prévenir. On travaille comme des damnés sans aucune garantie. Et bien souvent nos textes finissent à la poubelle. C'est inacceptable, surtout quand il s'agit d'artistes connus. Il y a cinq ans, les responsables d'une maison de disques m'ont demandé de travailler pour eux. J'ai proposé de leur donner dix chansons par an, mais contre salaire. Surprise! Ils ont accepté.»

Il faut dire que Jacques Lanzmann, auteur à ce jour de quelque trois cents chansons qu'il aimerait éditer en recueil, est très sollicité: «A soixante-dix ans, je suis considéré comme un jeune auteur! Quelques-uns de mes écrits ont récemment été enregistrés par Pascal Obispo et le groupe du Cherche-Midi (Pierre Souchon et Julien Voulzy). Ces derniers ont notamment choisi Avant toi, un texte qui figure dans mon dernier roman, Le fils de l'Himalaya» (Ramsay). Ces nouvelles collaborations s'avéreront-elles aussi juteuses que la version française de l'opéra rock Hair ou les disques de Dutronc? «Les droits d'auteur d'un album à succès de Jacques s'élèvent en ce qui me concerne à presque trois millions répartis sur quatre ou cinq ans. Quant à l'adaptation de Hair, elle m'a permis de toucher une petite fortune. Gainsbourg avait refusé d'y travailler et m'avait conseillé d'en faire autant, persuadé que ça ne rapporterait pas un centime!»

1/09/1997
http://www.lexpress.fr/culture/livre/dutronc-lanzmann-duo-gagnant_800786.html


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MessageSujet: Re: JACQUES LANZMANN   Dim 17 Jan - 16:37

Jacques Lanzmann a écrit en 1966 avec Anne Segalen, les paroles de la chanson interprétée par Jacques Dutronc"Il est 5 heures, Paris s'éveille", cette chanson a été élue "Chanson du Siècle" en 1999...



Je suis le dauphin de la place Dauphine
Et la place Blanche a mauvais' mine
Les camions sont pleins de lait
Les balayeurs sont pleins d'balais

Il est 5 heures, Paris s'éveille, Paris s'éveille

Les travestis vont se raser
Les strip-teaseuses sont rhabillées
Les traversins sont écrasés
Les amoureux sont fatigués

Le café est dans les tasses
Les cafés nettoient leurs glaces
Et sur le boulevard Montparnasse
La gare n'est plus qu'une carcasse

Les banlieusards sont dans les gares
À la Villette on tranche le lard
Paris by night regagne les cars
Les boulangers font des bâtards

La Tour Eiffel a froid aux pieds
L'Arc de Triomphe est ranimé
Et l'Obélisque est bien dressé
Entre la nuit et la journée

Les journaux sont imprimés
Les ouvriers sont déprimés
Les gens se lèvent ils sont brimés
C'est l'heure où je vais me coucher

Il est 5 heures Paris se lève
Il est 5 heures je n'ai pas sommeil
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MessageSujet: Re: JACQUES LANZMANN   Dim 17 Jan - 16:41

Jeudi 22 juin 2006

Jacques Lanzmann (1927-2006) : Et lui, et lui, et lui...
Jacques Lanzmann est décédé le jour de la fête de la musique : dernier pied de nez d’un parolier qui aura largement contribué à sortir la musique pop française du bourbier dans lequelle la tenait le monde lénifiant de la musique yéyé. Il aura offert à Jacques Dutronc ses meilleurs textes et Dutronc ses meilleures musiques (il faut d’ailleurs ne pas oublier dans ces éloges funéraires adressés ça et là à Lanzmann que son épouse Anne Segalen a également contribué à l’écriture de certains des succès des deux Jacques).


Les cactus

Le duo formé par ces deux hommes si différents était inimitable : les textes à l’ironie mordante de Lanzmann collaient parfaitement à l’image du play-boy je-m’en-foutiste de Dutronc. Le public pour une fois ne se sera pas trompé en se ruant sur les disques de Dutronc, et faisant chaque fois un triomphe à leurs chansons car le temps de leur collaboration, les deux hommes aligneront les succès et les classiques comme rarement auparavant en France. La liste des tubes obtenus est exceptionnelle. Le succès rencontré fut immense. Toute la France reprenait alors en chœur les chansons de Dutronc, jusqu’au Premier ministre Georges Pompidou citant " Les Cactus " pour fustiger les chausse-trappes semées par sa majorité.

Le créateur de Lui aimait à relever les travers de la société, son égoïsme (" Et moi, et moi, et moi "), la société de consommation (" La publicité "), la société de l’information (" On nous cache tout, on nous dit rien " derrière laquelle d’ailleurs pointe l’affaire Ben Barka - " L’affaire truc muche et l’affaire machin dont on ne retrouve pas l’assassin "), les thuriféraires du changement (" Les rois de la réforme "). Il ne rechignait pas à l’autodérision (" Le pire c’est que mon parolier non seulement il est fou à lier mais il voudrait m’faire chanter qu’des histoires d’obsédés " faisait-il chanter à Dutronc dans " L’idole "). Il a donné à chanter à un jeune faisant de la musique pop des textes intelligents, drôles et adultes : c'était en soi révolutionnaire !

À la fin de leur collaboration, Dutronc ne supportait plus les textes de Lanzmann les trouvant trop larmoyants (" Le petit jardin " en 1972, " La France défigurée ", 1973). Gainsbourg succèdera à Lanzmann dans l’écriture des textes sans jamais retrouver la verve du parolier congédié. Les musiques sont moins bonnes, les textes ont perdu de leur mordant, Dutronc va peu à peu recentrer ses activités sur le cinéma. Rideau ! Une page est tournée. Et ce ne sont pas les albums des années 80 très scatologiques ("Guerre et pets" notamment) qui permettront à Dutronc de renouer avec le succès d’antan.
Finalement, les deux hommes brouillés se réconcilient et s’entendent pour écrire ensemble le prochain album de Dutronc, mais le temps a passé et Madame l’existence (2003) s’avère tout à fait moyen et décevant. Le miracle attendu n’aura pas lieu, l’alchimie d’autrefois a disparu. Malgré ce faux pas, Lanzmann restera à jamais le parolier de Dutronc celui qui signa de sa plume acérée les textes de ses plus grandes chansons.
Espérons pour lui qu’il ait connu la fin esquissée dans " À la vie, à l’amour " : " Je veux mourir dans ton lit, non pas de pleurésie, mais mourir insoumis de tes cajoleries " et que ses instructions soient suivies à la lettre :

" Et quand on m’enterrera
non pas d’alléluia,
mais d’un Kama sutra,
sur ma tombe on gravera
‘à la vie, à l’amour’ "
(" À la vie, à l’amour ")


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MessageSujet: Re: JACQUES LANZMANN   Dim 17 Jan - 16:49

Jacques Lanzmann: Dutronc et lui, et lui, et lui


Quand le guitariste des Cyclones rencontre l'auteur de "Viva Castro "et du "Rat d'Amérique", deux ans avant 68 ,ils font voler les mots en éclats. Jacques Lanzmann, le bourlingueur infatigable, se penche aujourd'hui sur son itinéraire de parolier.


"En réalité, je ne sais pas vraiment qui est Dutronc. Il ne m'a jamais rien dit de mes textes. Ni "j'aime, j'aime pas", ni s'il pensait que la chanson lui convenait ou pas. C'était étrange, on s'est vus très peu".

Jacques Lanzmann, le "voleur de hasards "ainsi qu'il s'auto-proclame dans ses mémoires, à la voix douce de ceux qui en savent suffisamment sur le siècle pour s'émerveiller de tout sans s'étonner de rien. Sa moustache sourit en permanence, arrondit ses souvenirs lorsqu'ils reviennent blessés, filtre ses propos quand ils sont acérés; "Il n 'y a pas plus con que "il est mini docteur Schweitzer".

31 ans après ses débuts de parolier, Jacques Lanzmann n'en démord pas; il s'amusait, en 1966, cherchait à "écrire mal", si possible "des chansons ringardes". Ce qu'il réussit parfaitement, de son propre aveu, avec un texte pour Benjamin, un coup d'essai, un interprète éphémère si peu connu qu'il n'a pas fallu l'oublier; "une histoire de cheveux longs et de sanglots courts, un truc de l'époque, une sorte de gag pour concurrencer Antoine".


Alors heureux directeur et rédacteur en chef de "Lui", le "Magazine de l'Homme moderne", journal fondé quelques années plus tôt avec le légendaire Daniel Filipacchi, Jacques Lanzmann a d'autres choses en tête que la longueur de la chevelure de la jeunesse du moment. Jeune, il l'est encore, 39 ans, mais après avoir lui-même fait bien davantage que les 400 coups et connu autant de périodes de vaches maigres, il est maintenant patron de presse, assume des responsabilités et est au fond assez "content de toucher "son" chèque en fin de mois".

"Comme un con de Parisien" en somme, à la différence près qu'un "voleur de hasards" ne laisse jamais passer sa chance. Surtout quand elle prend le visage de Jacques Wolfshon (Vogue), qu'il ne connaissait pas mais dont il savait qu'il "jouissait d'un immense prestige pour avoir découvert Johnny, Sylvie et Françoise Hardy". Wolfshon, en quête de chansons, va voir Filipacchi qui improvise une solution; "monte à l'étage au-dessus, Lanzmann est dans son bureau, pourquoi tu ne le lui demanderais pas? "On connaît la suite.

Si Jacques Lanzmann a minaudé pour la forme -"mais je n'y connais rien à la chanson, je suis complètement nul"- Wolfshon a rétorqué que "quand on sait écrire des romans, on sait forcément écrire des chansons". Restait à mettre un Jacques de plus dans la confidence, le "Dutronc d'Isigny" et, une fois expédié le 45 tours du malheureux Benjamin, à travailler "à tout berzingue" en commençant par rater ses "chansons ringardes".

UNE FILLE QUI NE VIENT PAS


Curieusement, Jacques Lanzmann qui, avant d'être à "Lui ", avait pratiqué tous les petits boulots que font ceux qui n'ont pas de métier -homme de ménage chez une criminologue, débardeur aux Halles, gratteur de murs pour un maçon italien, poseur nu à l'atelier de la Grande Chaumière (où Serge Gainsbourg l'aurait, dit-il, "croqué")- n'avait encore jamais songé à écrire des chansons. Pourtant, onze ans avant Dutronc, c'est à l'Old Navy, un bar de Saint-Germain-des- Près où il attendait éperdument une fille qui ne venait pas, qu'en 1955, Lanzmann cracha sur le papier les mots d'un amour perdu:



"Sept cents millions de petits Chinois
Et moi, et moi, et moi.
Huit cents millions de crève-la-faim
Et moi, et moi, et moi....
Avec mon coeur, mes p'tits émois.
Avec ma peur de faire un choix.
J'y pense et puis j'oublie.
C'est la vie c'est la vie.


Le moment venu, il s'est souvenu de ces vers, les a remaniés "en un après- midi". "Je n'étais pas sûr du chiffre pour les sept cents millions de Chinois. Pour les Vietnamiens par exemple, je me suis trompé, cinquante millions c'était trop". Peu importait d'ailleurs le nombre de Vietnamiens; Lanzmann, désormais partagé jour et nuit entre Dutronc et "Lui", captait avant tout le sens et les mots d' une époque. Ce que le rédacteur en chef voyait, l'auteur le notait, ce que l'auteur pressentait, le rédacteur le confirmait. Jacques Lanzmann faisait équipe avec lui-même. Il était "mini" pour le docteur Schweitzer parce que tout l'était; la jupe, le transistor, l'Austin... Les "play boys de profession" ne draguaient plus sur les plages mais dans les "drugstores", ils y mangeaient "leur Ron-Ron" et surtout y travaillaient "ni avec leurs mains ni avec leurs pieds" car il ne fallait pas décrire trop précisément la nature exacte du "joujou extra", le "piège à filles, le piège tabou" chanté par Dutronc.

Pour avoir maintes fois eu à affronter les sbires du ministère de l'intérieur qui, dans ce milieu des années 60, veillaient sur "Lui" -la règle était simple, "le moindre poil dépassant d'un bikini et c'était la saisie"- Jacques Lanzmann maîtrisait à fond l'art de suggérer un maximum de choses tout en en montrant un minimum.

EXTRA-TERRESTRE


"Inventer un style, se démarquer du pompeux et du sérieux"; cette ligne de conduite définie pour le journal sera également appliquée par les Jacques en chanson. L'auteur lance des mots -"les cactus"- et des formules -"on nous cache tout on nous dit rien"- frappantes que le chanteur martèle ensuite sur des arrangements frénétiques jusqu'à effectivement devenir "l'homme qui fait pschitt et boum boum" décrit dans "la Publicité". Certaines chansons, comme "Les play boys "ou "Et moi et moi et moi", passent jusqu'à 17 fois par jour sur Europe 1".

DES PAROLES DANS LE VENT


"Il est mini docteur Schweitzer", mini l'heure du crime... et du jeu de mots parfait, celui qui tient debout tout seul dans sa propre fantaisie et son absurdité. Celui qui tend à prouver que le jeu de mots gratuit est payant!

Gratuit ou pas, Jacques Lanzmann regrette aujourd'hui qu'avec Dutronc, nous n'ayions pas dépassé les frontières de la francophonie, sûrement à cause de l'humour des textes". Un humour, qui, s'il ne se déplace pas facilement dans l'espace, résiste par contre formidablement bien au temps; 31 ans après la sortie de "Mini mini mini", nous pouvons encore régler nos montres sur celle du docteur Schweitzer sans risquer le décalage horaire.

Lanzmann a tendance à jeter d'emblée un regard sévère sur lui-même;
"Christine dort en pyjama et moi je ne peux ja-ma
lui faire mon cinéma" (dans "Comment elles dorment")... "c 'est n'importe quoi, ça manque de métier". Il savoure néanmoins les trouvailles: ces camions qui "sont plein de lait" alors que "les balayeurs sont pleins d'balais" sur une "Place Blanche" qui a "mauvaise mine" ("Il est cinq heures Paris s'éveille" bien sûr), ces deux vers zappant d'un trait sur vingt mille ans de l'histoire de l'évolution, passant du "Cro-Magnon" au "gros mignon" ("Le plus difficile"), ces filles dont seul un chanteur avec une grosse pointe de cynisme peut dire "je les glace comme le whisky" ("le mythofemme"), la galéjade qu'il fallait oser faire, "manque de bourre, manque de gnons, manque de bourguignon, manque de mèche, manque de oui, manque de méchoui" ("Manque de tout")... la pétulance lanzmanienne ne faiblit pas.

Avant d'être un plaisir maîtrisé, le jeu de mots fut une planche de salut. En 1956, engagé à l'Express par Françoise Giroud qui lui trouvait "du talent ", se souvient-il, Lanzmann s'aperçoit rapidement n'avoir "aucun sens du journalisme": "les sujets imposés paralysaient ma plume. J'étais incapable de faire une description convenable et d'analyser sur le fond.

J'essayais de me rattraper par des pirouettes, des formules chocs, des jeux de mots". Heureusement pour lui, cet exercice d'équilibre s'appuyait sur une solide tradition familiale devant autant à la géopolitique qu'à la médecine: "Mon grand-père Léon était un génie du jeu de mots, il n'arrêtait pas de distordre les phrases.

Il est arrivé de Russie en 1906, il a appris le français en trois ans et, naturalisé, il l'a perfectionné pendant la guerre sur le Chemin des Dames avec les autres poilus. Moi, je suis né en 27; vers l'âge de six ans, quand j 'ai pu commencer à comprendre ce qu'il disait, j'étais fasciné, c'était un régal. Ma grand-mère avait, elle, une véritable maladie.

Elle me l'a passée...on a ça dans les gênes; il y a des noms que je n'arrive pas à retenir, d'autres que je ne parviens même pas à écrire. Ne me demandez pas lesquels, je ne sais pas !".

LES MOTS ÉTRANGLÉS


La saga familiale ne s'arrête pas là. En 1966 Jacques Lanzmann se marie avec Anne Ségalen qui, remarque-t-il, "a un sens aigu du jeu de mots" auquel vient s'ajouter "une grande liberté d'esprit. Elle aurait parfaitement été à l'aise avec George Sand et Colette". Anne étant la petite-fille de Victor Ségalen -comme on le sait écrivain, médecin, archéologue, poète imprégné d' Extrême-Orient- leur fille est baptisée... Chine. On joue sur les prénoms comme sur les mots !

Au même moment, l'interprète voit lui aussi fleurir les jeux sur son nom: "La leçon de gvmnastique du professeur Dutronc" impose immanquablement "des mouvements pratiques pour la souplesse du tronc" à faire rêver les demoiselles et le "Dutronc d'Isigny" enchante petits et grands dans "La publicité" ou "Le testamour". "Il faut dire" ajoute Jacques Lanzmann "qu'au début quand je disais que j'écrivais des chansons pour un type appelé Dutronc ça surprenait !

Autre surprise, désagréable cette fois, l'impossibilité pour Lanzmann de satisfaire son goût du jeu de mots dans son travail de romancier. "A chaque fois la critique m'a éreinté, ça ne passe pas chez les intellos. Ce qu'on aime chez le parolier, on le reproche à l'écrivain. Toute ma vie j'ai été victime de cette inclinaison à retourner les mots à contresens".

Cela ne l'a pas empêché de lancer des ponts entre livre et chanson, allant jusqu'à donner le même titre -"Les Vangauguin"- à l'un et à l'autre. Ni récemment, "parce que là je me suis libéré" s'énerve-t-il, de truffer son dernier roman, "Le fils de l'Himalaya", de petits aphorismes déguisés en jeux de mots : on y apprend que "la nuit, si tous les chats sont gris, bien des chattes sont aigries" et que -la femme étant pour l'auteur la source vitale de l'inspiration- "je voudrais que tu sois la muse, la muse, la musique de ma vie !".


Discrètement glissé dans un dialogue du même roman, Jacques Lanzmann nous confie ce qui pourrait bien être la définition de son rapport aux mots: "En français, il y a des mots qui sautent à la gorge des autres mots pour les étrangler. D'autres qui leur sautent à la queue pour se traîner derrière eux et démarrer tout à coup dans l'autre sens". On pense aux "cactus "qui vous agrippent effectivement à la gorge et ne vous lâchent plus, on songe à tous ces mots qui filent ensuite à la queue leu leu, les "j'ai fait la vie à Varsovie, j'ai fait le mort à Baltimore, j'ai fait le rat à Canberra, j'ai joué aux dés à Yaoundé, j'ai joué aux dames à Amsterdam, et fait des gammes à Birmingham"de "L'aventurier", et à ce dernier mot qui "démarre dans l'autre sens", le magnifique "Testamour".

Un "Testamour "qui nous rappelle -avec "Le mytho femme", "Les Vangauguins", "Hippie, hippie, hourrah"et "Transes-Dimanche"- a que Jacques Lanzmann a rarement fait d'un jeu de mots un titre de chanson. "Je ne les trouve pas éblouissants mes titres, ils sont provisoires, c'est la chanson qui fait le titre ensuite". Une façon élégante de dire que, malgré son amour de la jonglerie verbale, il s'occupe davantage des idées que de leur forme, du contenu que du contenant.

Stéphane Calmeyn

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MessageSujet: Re: JACQUES LANZMANN   Dim 17 Jan - 17:13

Dutronc/Lanzmann
Jacques a dit




L'Opportuniste

Exclusif. Les auteurs des «Playboys» n’avaient plus collaboré depuis vingt-trois ans. Retrouvailles pour «Madame l’Existence», l’album attendu de Dutronc

«Et moi et moi et moi», succès instantané, impose la griffe Dutronc/Lanzmann. De 1966 à 1973, le duo cosigne des tubes à la douzaine: «J’aime les filles», «les Cactus», «l’Opportuniste», «la Fille du Père Noël», «l’Hôtesse de l’air», «le Petit Jardin», «Gentleman cambrioleur», «Il est cinq heures, Paris s’éveille» élue «meilleure chanson française» dans «le Nouvel Observateur» par un jury de quarante critiques. Une vingtaine de films plus tard pour Dutronc, autant de romans et de tours du monde pour Lanzmann, le tandem se recompose en 2003 pour l’essentiel des titres du nouvel album. Les frères Jacques ont répondu séparément à notre questionnaire. Deux versions de l’histoire, deux faces de «Madame l’Existence»...

Le Nouvel Observateur. – Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Jacques Dutronc. – J’ai sans doute aperçu Jacques pour la première fois à la rédaction du journal «Lui». Puis Jacques Wolfsohn, le directeur artistique chez qui je travaillais, a organisé la liaison.

Jacques Lanzmann. – Par Jacques Wolfsohn, durant l’enregistrement d’une chanson écrite pour un chanteur dénommé Benjamin. Je ne me souviens pas du titre, mais il s’agissait d’une parodie, une connerie genre beatniko-hippie.

N. O. – Comment écrivez-vous une chanson ?

J. Dutronc. – Je pense à des musiques sans avoir de textes; mais souvent avec une seule phrase ça prend tournure. Jacques me passe un texte: il faut adapter et savoir s’adapter. Au début nous nous glissions des notes sous une porte, ensuite c’était des échanges par fax ou par coursier. Il nous arrive de travailler dans le même endroit, en Corse par exemple, mais on n’en parle pas, enfin on parle d’autre chose. Le premier jet, comme en analyses médicales, ne se conserve pas. Après on peut intervertir des phrases, changer des mots...


J. Lanzmann. – Je suis absolument incapable d’écrire sur mesure pour tel ou tel artiste. J’écris pour moi des choses que j’ai envie de dire. Des choses qui doivent sortir à tout prix de la mémoire, d’une vision, d’une obsession. J’ai toujours procédé ainsi avec Jacques. Je lui remettais des textes. Il prenait ou il ne prenait pas. Parfois, miracle, il attrapait sa guitare et en tirait des mélodies qui mettaient les paroles en valeur. Cette fois, sur quelques textes comme «Doudouce est la vie» ou «Voulez-vous», nous avons effectivement travaillé ensemble. La phrase «face à la merde», que j’ai d’ailleurs confondue avec «face à la mer», eh bien, elle est de lui.

N. O. – Vous êtes-vous fâchés un jour ?

J. Dutronc. – Fâchés un jour? Sûrement, mais pas ensemble. Chacun sa période (lui surtout), donc jamais pratiquement.

J. Lanzmann. – Nous ne nous sommes jamais fâchés. C’était pire. Il n’y avait plus rien. J’en ai beaucoup souffert. Je ne saurais dire pourquoi cette si longue absence. Pourquoi toutes ces années de silence. Pour moi, et je le dis sincèrement, ça a été comme un deuil. Mais je ne savais pas lequel de nous deux était mort...

N. O. – Qu’appréciez-vous particulièrement chez l’autre ?

J. Dutronc. – C’est un écrivain. Difficile de le réduire à un texte de chanson. Et puis ça ne regarde personne.

J. Lanzmann. – J’apprécie tout ce que je ne connais pas de lui. C’est un type qui a de multiples jardins secrets. Ce sont même des parcs, des terrains vagues, des espaces où nul autre que lui ne se risque car il les a piégés. Oui, le meilleur Jacques, c’est sans doute ce que je devine de lui. C’est l’idée que je m’en fais. Bien sûr, je ne parle pas de son talent, pas de son charme, pas de son image, pas de ses femmes, pas de ses chats. Tout cela fait partie de l’univers visible.

N. O. – Votre meilleure chanson ?

J. Dutronc. – Comme il y a eu pas mal de mauvaises chansons, certaines sont meilleures. Mais ce sont les autres qui les écoutent, leur jugement n’est peut-être pas le bon, et la meilleure reste à faire.

J. Lanzmann. – C’est «Madame l’Existence». C’est quand même drôlement gonflé de commencer un texte par ces mots: «Je voudrais m’acheter une démocratie». Je pense que cette chanson va être reprise dans les manifs et qu’elle pourrait convenir à tous ceux qui revendiquent, quelque part, le droit à la liberté.

N. O. – La plus mauvaise ?

J. Dutronc. – Inverser la réponse précédente, sauf que... Espérons qu’elle est déjà faite!

J. Lanzmann. – «Le Roi de la fête» (1965 ou 1966). Nul! Ça ne vaut même pas le coup d’en parler.

N. O. – Etes-vous plus drôle, plus cynique que l’autre Jacques ?

J. Dutronc. – Comment évaluer la drôlerie, le cynisme de l’autre? A cause des médias et des tournées, je pense avoir l’avantage. Même longueur d’onde, mais pas le même poste.

J. Lanzmann. – Difficile à dire. On ne se ressemble pas. Malgré tout, nous conjuguons cynisme et humour, jeux de mots et jeux de rôles, timidité et provocations...

N. O. – Qui a inventé « tchip tchip tchip tchip tchip badouwah » ?

J. Dutronc. – Inventé, c’est un bien grand mot, j’ai fait ça pour remplir. Comme des notes de musique, davantage des sons que des paroles.

J. Lanzmann. – Jacques, bien sûr.

N. O. – Pourquoi avez-vous décidé de retravailler ensemble après vingt-trois ans ?

J. Dutronc. – Au départ, je pensais que c’était bien que Jacques prenne un peu d’âge, mais je n’avais pas pensé que moi aussi. A part ça, c’est Jean-Marie Périer qui nous a réunis, il y a quatre ans, pour un documentaire sur Canal+.

J. Lanzmann. – Il faut le demander à Jacques. Pour d’autres renseignements, voir plus haut la troisième réponse. Enfin, Jean-Marie Périer a fait pression sur Jacques à plusieurs reprises. Puis il y a eu une série d’interventions en ma faveur de la part de Michel Boulanger, le directeur artistique de Jacques.

N. O. – Vos chansons reflètent-elles ce que vous pensez du monde, de la vie ?

J. Dutronc. – A peu près, car je ne connais pas bien le monde, ce n’est pas celui que j’avais sur le prospectus... Quant à la vie, je la consomme trop rapidement. Mais en chafouin je peux répondre qu’elles correspondent, et que je souhaite à tous une meilleure vie dans un meilleur monde.

J. Lanzmann. – Oui, je crois. En tout cas elles sont dans la vie. Et même dans «Doudouce est la vie», qui figure sur cet album. La chanson dit en substance: la vie est belle, mais elle est aussi cruelle et menteuse, salope et merveilleuse. Elle fait ses coups en douce. Elle fait sa douce aux coups. Et puis tout d’un coup, vlan, elle vous tord le cou.

N. O. – Qu’est-ce que l’amour pour vous ?

J. Dutronc. – L’amour peut ressembler à une angine. Les microbes sont là, puis un jour un microbe s’accroche, et paf!J.

Lanzmann. – Heureusement qu’il y a l’amour. Et l’amour, c’est une création permanente. Tout amoureux est un artiste. Un artiste sublimé par son œuvre. Mais ici la passion n’a pas de cote. Il n’y a personne en dehors de l’intéressé pour faire monter les enchères. Normal : l’amour est non figuratif, c’est un bout de rêve, une représentation virtuelle. Je le sais pour l’avoir vécu, l’amoureux est seul au monde. Aveugle et exalté, j’avance à tâtons entre deux murs, mais ça ne m’empêche pas de continuer aussi souvent que me vient cette envie de réaliser un autre chef-d’œuvre. Je n’ai pas eu vingt amours différentes dans ma vie. Juste un seul. Toujours le même, qui recommence à chaque fois. C’est peut-être cela qu’on appelle la fidélité...

N. O. – Que faire face à la merde ?

J. Dutronc. – En faire, comme les contre-feux pour les incendies. Mettre le pied gauche ou contourner. Souhaitons une constipation mondiale !

J. Lanzmann. – Eh bien justement, face à la merde, il n’y a plus que l’amour. Tout le reste est balayé, submergé. Face à l’amour, tout se métamorphose, même la laideur devient belle. L’amour, c’est mon radeau de la Méduse. Je m’y accroche. Et je suis dessus comme un fou, à braver les flots déchaînés. Tout en espérant au moins arracher un sourire à madame l’existence. Au pis obtenir une reconnaissance de la République. Mais là, c’est comme dans la chanson, il ne faut pas se tromper de boutique.

Propos recueillis par François Armanet

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