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 L'HYMNE DE LA FLEUR

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Nine
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MessageSujet: Re: L'HYMNE DE LA FLEUR   Ven 6 Aoû - 0:31

« Il y a des fleurs partout
pour qui veut bien les voir ».

Henri MATISSE



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MessageSujet: Re: L'HYMNE DE LA FLEUR   Mer 11 Aoû - 2:05

Le chemin de la lune



Séparant la mer en deux, la lune monte
et voyage avec le petit vent du Nord
qui couche dans tes cheveux.
Et quand elle descend vers ta dernière fraîcheur
elle bouge et pénètre dans tes pots de fleurs
jusqu'à ce que les eaux montent
et que tu languisses vers moi.

Séparant la mer en deux, la lune monte
et attend que tu réapparaisses
dans le jardin, avec les étoiles.
Et quand tu fleuris, jasmin, et remplis mon coeur de parfum,
la lune glisse dans ta bouche
jusqu'à ce que tu la chauffes de tes baisers
et que tu me serres contre toi.

Dionisis Karatzas


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MessageSujet: Re: L'HYMNE DE LA FLEUR   Mer 11 Aoû - 2:10

FLEUR DE LUNE
FRANCOISE HARDY




suis-je la fleur de lune
ou bien l'eau qui dort
je suis née dans une brume
là où le vent vient du nord
suis-je l'herbe sauvage
ou le ciel de pluie
viens te prendre à mon mirage
te noyer dans mes yeux gris
ou que tu sois je t'appelle
je sais que tu m'entends
je sais qu'il faudra que tu viennes
ma cage est grande ouverte et ma prison t'attends
suis-je l'étoile ou l'algue
suis-je le faut semblant
viens t'enrouler dans mes vagues
elles ont comme un gout de sang
ou que tu sois je t'appelle
je sais que tu m'entends
je sais qu'il faudra que tu viennes
ma cage est grande ouverte et ma prison t'attends
suis-je la fleur de lune
ou bien l'eau qui dort
suis-je l'herbe sauvage
ou le ciel de pluie
viens dans mon mirage
au fond de mon nid
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MessageSujet: Re: L'HYMNE DE LA FLEUR   Jeu 12 Aoû - 1:48

La Passante d'Été


Femme à l'ombrelle tournée vers la droite
Claude Monet, 1886, Musée d'Orsay


Vois-tu venir sur le chemin la lente, l'heureuse,
Celle que l'on envie, la promeneuse?
Au tournant de la route il faudrait qu'elle soit
Saluée par de beaux messieurs d'autrefois.

Sous son ombrelle, avec une grâce passive,
Elle exploite la tendre alternative:
S'effaçant un instant à la trop brusque lumière,
Elle ramène l'ombre dont elle s'éclaire.

Rainer Maria Rilke
Vergers
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MessageSujet: Re: L'HYMNE DE LA FLEUR   Jeu 12 Aoû - 2:49

L'Iris


Les Iris Van Gogh

Je t'apporte un iris cueilli dans une eau sombre
Pour toi, nymphe des bois, par moi, nymphe de l'eau,
C'est l'iris des marais immobiles, roseau
Rigide, où triste, oscille une fleur lourde d'ombre.

J'ai brisé, qui semblait un bleu regard de l'air,
L'iris du silence et des fabuleux rivages;
J'ai pris la tige verte entre mes doigts sauvages
Et j'ai mordu la fleur comme une faible chair.

Les gestes et les fleurs, ô sereine ingénue,
Parleront pour ma bouche impatiente et nue,
Où brûlent mes désirs et l'espoir de tes mains
Accueille ici mon âme étrangement fleurie
Et montre à mes pieds par quels obscurs chemins
Je mêlerai ta honte à ma vaste incurie.

Pierre Louÿs
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MessageSujet: Re: L'HYMNE DE LA FLEUR   Jeu 12 Aoû - 3:11

LA ROSE MOUSSEUSE



L'Amour alla un jour se promener dans la forêt.
C'était un beau jour au mois de Juin.
L'Amour se promena longtemps, longtemps.
Il se promena si longtemps qu'il se trouva enfin fatigué, bien fatigué.

"Oh!" dit L'Amour, "je suis si fatigué !"
Et L'Amour se coucha sur l'herbe verte pour se reposer.
Tous les petits oiseaux de la forêt arrivèrent vite, vite pour voir l'Amour.
L'Amour était si joli, si blanc et rose.
L'Amour avait de si jolis cheveux blonds et de si jolis yeux bleus.

"Oh!" dirent tous les petits oiseaux de la forêt.
"Regardez le petit Amour !
Comme il est joli! Comme il est blanc et rose! Quel joli Amour !
Quels jolis cheveux blonds! Quels jolis yeux bleus!"

Tous les oiseaux se perchèrent sur les branches et commencèrent à chanter en choeur :
"Quel joli petit Amour!».

Le petit Amour ferma ses jolis yeux bleus.
Le petit Amour s'endormit.
Il s'endormit profondément.

Les petits oiseaux continuèrent à chanter,
"Quel joli petit Amour!"

Alors le Soleil dit :

"Les petits oiseaux de la forêt chantent tous :
'Quel joli petit Amour!' Où est ce joli petit Amour?"
et le Soleil entra dans la forêt pour chercher le joli petit Amour.

Le Soleil entra dans la forêt, et, guidé par le chant des petits oiseaux,
il arriva bientôt à la place où le joli petit Amour était couché sur l'herbe verte.

"Oh!" dit le Soleil,
"Quel joli petit Amour! Comme il est blanc et rose! Quels jolis cheveux blonds !
Quelle est la couleur des yeux de ce joli petit Amour?"

Le Soleil était curieux, très curieux, mais la Rose qui était là dit :
"Non, non, Soleil, vous êtes curieux, très curieux,
mais le joli petit Amour dort.
Partez, méchant Soleil, partez vite.
L'Amour dort profondément, et les petits oiseaux chantent. Partez!

"Oh non!" dit le Soleil.
"Je veux voir quelle est la couleur des yeux de ce joli petit Amour."

"Non, non!" dit la Rose, et elle se pencha sur L'Amour, et elle le protégea.
La Rose protégea le petit Amour, et le Soleil,
le Soleil curieux, resta dans la forêt, et dit:

"Je veux voir la couleur des yeux de ce joli petit Amour.
Je resterai ici, dans la forêt,
et quand l'Amour ouvrira les yeux, je serai content, très content."

Le Soleil resta dans la forêt, les oiseaux chantèrent,
la Rose protégea l'Amour, et l'Amour dormit profondément.

Enfin l'Amour ouvrit les yeux.

"Oh!" dit le Soleil, "j'ai vu la couleur des yeux de l'Amour.
L'Amour a les yeux bleus!"
"Mais oui!" chantèrent les petits oiseaux de la forêt :
"L'Amour a les yeux bleus!"
"Oui, certainement," dit la Rose,
"L'Amour a les yeux bleus!"

L'Amour regarda le Soleil, et dit :
"Oh Soleil" pourquoi êtes-vous entré dans la forêt?"

"Oh!" dit le Soleil, "j'ai entendu les oiseaux qui chantaient: '
Oh, le joli petit Amour'; et je suis entré dans la forêt pour vous voir."

L'Amour dit au Soleil, "Oh Soleil, vous êtes curieux, très curieux."

"Oui," dit le Soleil, "je suis curieux, mais la Rose vous a protégé."

"Merci! chère Rose," dit le joli petit Amour,
"merci, merci. Vous êtes bien bonne, chère Rose, et vous êtes aussi belle que bonne.
Quelle récompense voulez-vous,
chère Rose, vous qui êtes la plus belle de toutes les fleurs?"

"Oh!" dit la Rose. "Donnez-moi un charme de plus!"

"Comment!" dit l'Amour, surpris.
"Vous demandez un charme de plus.
Impossible! Je vous ai déjà donné tous les charmes.
Je vous ai donné une forme parfaite.
Je vous ai donné une couleur charmante. Je vous ai donné un parfum délicat.
Je vous ai donné tous les charmes et toutes les grâces,
et vous demandez un attrait (charme) de plus. Ce n'est pas raisonnable!"

"Oh!" dit la Rose, "raisonnable ou pas raisonnable,
je vous demande un attrait de plus, cher Amour.
Je vous ai protégé. Récompensez-moi!"

L'Amour dit :
"C'est impossible!" Mais la Rose insista.
Enfin l'Amour, en colère, dit :
"Rose, vous êtes belle, vous êtes la plus belle des fleurs,
mais vous n'êtes pas sage (bonne).
" Et l'Amour prit de la mousse. Il jeta la mousse sur la Rose, et dit:
"Vous ne méritez rien que cela!"

La Rose, couverte de mousse verte, parut plus belle que jamais,
et la Rose dit avec joie :
"Merci, mon joli petit Amour! Merci, vous m'avez donné une récompense.
Vous m'avez donné une grâce de plus."
"Oui!" dit l'Amour, surpris. "Je vous ai donné une grâce de plus!"

Le Soleil regarda la Rose, et dit aussi :
"Mais oui! la Rose a une grâce de plus.
" Et tous les petits oiseaux chantèrent :
"Mais oui, le joli petit Amour a donné une grâce de plus à la Rose,
à la plus belle des fleurs."

Et l'Amour partit en chantant aussi :
"La Rose mousseuse est la plus belle des fleurs.
Elle est bonne aussi.
Elle m'a protégé quand le Soleil est arrivé
pour voir la couleur de mes yeux qui sont bleus."

Et depuis ce jour la Rose,
cette coquette, a toujours porté un peu de mousse verte.

On raconte aussi que seuls les amoureux aux yeux bleus,
savent voir la mousse qui se pose sur la rose,
il n'en y'en a qu'une entre 99 roses.
Eux seuls peuvent percevoir ce supplément de charme ...
ce coté caché de l'âme.
Ils leur arrivent même de le chanter,
un son, une musique qui ne les quitte jamais,
quand ils trouvent leur rose, la vraie.
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MessageSujet: Re: L'HYMNE DE LA FLEUR   Mer 25 Aoû - 1:58

LES LILAS
LOUIS ARAGON




Je rêve et je me réveille
Dans une odeur de lilas
De quel côté du sommeil
T'ai-je ici laissé ou là

Je dormais dans ta mémoire
Et tu m'oubliais tout bas
Ou c'était l'inverse histoire
Etais-je où tu n'étais pas

Je me rendors pour t'atteindre
Au pays que tu songeas
Rien n'y fait que fuir et feindre
Toi tu l'as quitté déjà

Dans la vie ou dans le songe
Tout a cet étrange éclat
Du parfum qui se prolonge
Et d'un chant qui s'envola

O claire nuit jour obscur
Mon absente entre mes bras
Et rien d'autre en moi ne dure
Que ce que tu murmuras.

Jean Ferrat a mis sa musique sur ce poème.


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MessageSujet: Re: L'HYMNE DE LA FLEUR   Mer 25 Aoû - 2:12

BOUQUET DE LILAS



Originaire d’Asie Mineure, le lilas ne fut introduit en France qu’en 1597.
La légende raconte qu’il était apparu en Europe qu’à l’époque de François 1er
via un cadeau du Sultan Soliman II le Magnifique
à un ambassadeur italien en poste à Istanbul,
où il embaumait les jardins secrets des harems.

Les petites musiques du lilas

Extrait du très joli livre Légende des fleurs de Michel Lis
illustré par Corinne Merles
aux édition du Mont

" Effarouchée par le Dieu Pan, une jolie nymphe,
prise de panique, échappa à son poursuivant en se jetant dans le fleuve Ladon.

Pour la sauver - et surtout sauver sa vertu -
ses sœurs des eaux la transformèrent en roseau.

Pan, calmé, prit quelques tiges de la plante et se confectionna une flûte... de Pan !

Le patron des prés et des champs, ainsi que des bergers d'Arcadie,
donna le nom de la nymphe à un arbuste à fleurs printanières parfumées,
aujourd'hui si populaire dans nos jardins.

Il s'agit du lilas, appelé par les botanistes Syringa !

Un nom inspiré de celui de la jolie nymphe qui signifie flûte en grec ancien.
C'est depuis ces temps immémoriaux que les enfants et les pâtres se servent
du bois creux du lilas pour confectionner des flûtes.

Quant au nom lilas il provient de la Perse,
terre d'origine de cet arbuste et plus précisément du mot persan Lilak signifiant mauve.

Offert par Soliman le magnifique au XVIe siècle à quelque ambassadeur
ou botaniste amateur de plantes nouvelles,
le lilas ne tarda pas à connaître chez nous un franc succès.

Les moines du mont Athos se servirent de ses graines pour confectionner
des chapelets appelés Paternoster (un des surnoms de l'arbuste),
mais c'est son suave parfum qui le rendit célèbre.

Que d’onguents et de fragrances dits « au lilas »
furent élaborés par les parfumeurs du temps.

C'est pour plaire à la Pompadour que le peintre Boucher fit tisser
par la manufacture des Gobelins des entrelacs où se mêlaient fleurs de tulipes,
de roses, d'œillets et de lilas.

Colette appréciait d'une façon bizarre le parfum du lilas :

« Son bouton fleure drôlement le scarabée,
sa fleur épanouie exhale un toxique arôme d'acide prussique ! »

Symbole sacré de la maternité dans l'antiquité,
cette fleur était dédiée à Junon, déesse du mariage et de la fécondité.
Plus prosaïquement, en Perse, on offrait à son amant - ou amante -
une branche de lilas fleurie et odorante pour lui signifier son... congé.

Il est vrai que le langage des fleurs est aussi riche que varié.

Blanc il symbolise un amour de jeunesse, mauve le soupçon, crème l'infidélité.

Fleur funeste — et funèbre pour les Anglais, le lilas n'a pourtant pas fini de nous séduire.

Planté dans un jardin il protège la maison des mauvais esprits
et jeté par la fenêtre dans une maison hantée, il chasse les fantômes.
A condition, toutefois, que cela soit exécuté par un bossu ou une veuve
qui a déjà perdu deux maris. "
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MessageSujet: Re: L'HYMNE DE LA FLEUR   Mer 25 Aoû - 2:42

"On cueille des lilas
Dernier lilas pareils à des baisers très las."
Poèmes à Lou (1955), L'attente
de Guillaume Apollinaire



Serguei Toutounov
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MessageSujet: Re: L'HYMNE DE LA FLEUR   Mer 25 Aoû - 3:04

VALSE DES LILAS
MICHEL LEGRAND


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Paroles: Eddy Marnay
musique: Michel Legrand
1955

On ne peut pas vivre ainsi que tu le fais
D'un souvenir qui n'est plus qu'un regret
Sans un ami et sans autre secret
Qu'un peu de larmes.
Pour ces quelques pages de mélancolie
Tu as fermé le livre de ta vie
Et tu as cru que tout était fini...

...Mais tous les lilas tous les lilas de mai
N'en finiront, n'en finiront jamais
De faire la fête au coeur des gens qui s'aiment,
Tant que tournera, que tournera le temps
Jusqu'au dernier, jusqu'au dernier printemps
Le ciel aura, le ciel aura vingt ans
Les amoureux en auront tout autant...

Si tu vois les jours se perdre au fond des nuits
Les souvenirs abandonner ta vie
C'est qu'ils ne peuvent rien contre l'oubli...

...Mais tous les lilas tous les lilas de mai
N'en finiront, n'en finiront jamais
De faire la fête au coeur des gens qui s'aiment,
Tant que tournera, que tournera le temps
Jusqu'au dernier, jusqu'au dernier printemps
Le ciel aura, le ciel aura vingt ans
Les amoureux en auront tout autant...
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MessageSujet: Re: L'HYMNE DE LA FLEUR   Mer 20 Oct - 0:15

Un conte de Hans Christian ANDERSEN
pour les grands et les petits enfants !


LE PAPILLON



Le papillon veut se marier et, comme vous le pensez bien,
il prétend choisir une fleur jolie entre toutes les fleurs.
Elles sont en grand nombre et le choix dans une telle quantité est embarrassant.
Le papillon vole tout droit vers les pâquerettes.

C'est une petite fleur que les Français nomment aussi marguerite.
Lorsque les amoureux arrachent ses feuilles,
à chaque feuille arrachée ils demandent :

- M'aime-t-il ou m'aime-t-elle un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout ?
La réponse de la dernière feuille est la bonne.

Le papillon l'interroge :
- Chère dame Marguerite, dit-il, vous êtes la plus avisée de toutes les fleurs.
Dites-moi, je vous prie, si je dois épouser celle-ci ou celle-là.
La marguerite ne daigna pas lui répondre.
Elle était mécontente de ce qu'il l'avait appelée dame,
alors qu'elle était encore demoiselle, ce qui n'est pas du tout la même chose.
Il renouvela deux fois sa question, et, lorsqu'il vit qu'elle gardait le silence,
il partit pour aller faire sa cour ailleurs.

On était aux premiers jours du printemps.
Les crocus et les perce-neige fleurissaient à l'entour.

- Jolies, charmantes fleurettes ! dit le papillon,
mais elles ont encore un peu trop la tournure de pensionnaires.
Comme les très jeunes gens,
il regardait de préférence les personnes plus âgées que lui.
Il s'envola vers les anémones ; il les trouva un peu trop amères à son goût.

Les violettes lui parurent trop sentimentales.
La fleur de tilleul était trop petite et, de plus, elle avait une trop nombreuse parenté.

La fleur de pommier rivalisait avec la rose,
mais elle s'ouvrait aujourd'hui pour périr demain,
et tombait au premier souffle du vent;
un mariage avec un être si délicat durerait trop peu de temps.

La fleur des pois lui plut entre toutes ; elle est blanche et rouge, fraîche et gracieuse ;
elle a beaucoup de distinction et, en même temps,
elle est bonne ménagère et ne dédaigne pas les soins domestiques.
Il allait lui adresser sa demande,
lorsqu'il aperçut près d'elle une cosse à l'extrémité de laquelle
pendait une fleur desséchée :
- Qu'est-ce cela ? fit-il.
- C'est ma sœur, répondit Fleur des Pois.
- Vraiment, et vous serez un jour comme cela !
s'écria le papillon qui s'enfuit.

Le chèvrefeuille penchait ses branches en dehors d'une haie ;
il y avait là une quantité de filles toutes pareilles,
avec de longues figures au teint jaune.
- A coup sûr, pensa le papillon, il était impossible d'aimer cela.

Le printemps passa, et l'été après le printemps.
On était à l'automne, et le papillon n'avait pu se décider encore.
Les fleurs étalaient maintenant leurs robes les plus éclatantes ;
en vain, car elles n'avaient plus le parfum de la jeunesse.

C'est surtout à ce frais parfum que sont sensibles les cœurs qui ne sont plus jeunes;
et il y en avait fort peu, il faut l'avouer, dans les dahlias et dans les chrysanthèmes.

Aussi le papillon se tourna-t-il en dernier recours vers la menthe.
Cette plante ne fleurit pas,
mais on peut dire qu'elle est fleur tout entière,
tant elle est parfumée de la tête au pied ;
chacune de ses feuilles vaut une fleur, pour les senteurs qu'elle répand dans l'air.
«C'est ce qu'il me faut, se dit le papillon ; je l'épouse. »
Et il fit sa déclaration.
La menthe demeura silencieuse et guindée, en l'écoutant.
A la fin elle dit :
- Je vous offre mon amitié, s'il vous plaît, mais rien de plus.
Je suis vieille, et vous n'êtes plus jeune.
Nous pouvons fort bien vivre l'un pour l'autre ; mais quant à nous marier ...
sachons à notre âge éviter le ridicule.

C'est ainsi qu'il arriva que le papillon n'épousa personne.
Il avait été trop long à faire son choix, et c'est une mauvaise méthode.
Il devint donc ce que nous appelons un vieux garçon.

L'automne touchait à sa fin ; le temps était sombre, et il pleuvait.
Le vent froid soufflait sur le dos des vieux saules au point de les faire craquer.
Il n'était pas bon vraiment de se trouver dehors par ce temps-là ;
aussi le papillon ne vivait-il plus en plein air.

Il avait par fortune rencontré un asile,
une chambre bien chauffée où régnait la température de l'été.
Il y eût pu vivre assez bien, mais il se dit :

« Ce n'est pas tout de vivre ;
encore faut-il la liberté, un rayon de soleil et une petite fleur. »

Il vola vers la fenêtre et se heurta à la vitre.
On l'aperçut, on l'admira, on le captura et on le ficha dans la boîte aux curiosités.
« Me voici sur une tige comme les fleurs, se dit le papillon.
Certainement, ce n'est pas très agréable ; mais enfin on est casé :
cela ressemble au mariage. »
Il se consolait jusqu'à un certain point avec cette pensée.
«C'est une pauvre consolation », murmurèrent railleusement quelques plantes
qui étaient là dans des pots pour égayer la chambre.

« Il n'y a rien à attendre de ces plantes
bien installées dans leurs pots,
se dit le papillon ;
elles sont trop à leur aise pour être humaines. »

Le Papillon est un mot d'amour plié en deux.
citation de Jules Renard.

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MessageSujet: Re: L'HYMNE DE LA FLEUR   Lun 15 Nov - 14:20



L'amitié
Françoise Hardy



Beaucoup de mes amis sont venus des nuages
Avec soleil et pluie comme simples bagages
Ils ont fait la saison des amitiés sincères
La plus belle saison des quatre de la Terre

Ils ont cette douceur des plus beaux paysages
Et la fidélité des oiseaux de passage
Dans leurs cœurs est gravée une infinie tendresse
Mais parfois dans leurs yeux se glisse la tristesse
Alors, ils viennent se chauffer chez moi
Et toi aussi, tu viendras

Tu pourras repartir au fin fond des nuages
Et de nouveau sourire à bien d'autres visages
Donner autour de toi un peu de ta tendresse
Lorsqu'un autre voudra te cacher sa tristesse

Comme l'on ne sait pas ce que la vie nous donne
Il se peut qu'à mon tour je ne sois plus personne
S'il me reste un ami qui vraiment me comprenne
J'oublierai à la fois mes larmes et mes peines
Alors, peut-être je viendrai chez toi
Chauffer mon cœur à ton bois


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MessageSujet: Re: L'HYMNE DE LA FLEUR   Sam 22 Jan - 15:16

"Tout ça ne tient qu'à un fil
un souffle, un battement de cil"




BEAU FIXE
CORALIE CLEMENT



J'aime bien, les roses rouges, les roses blanches
Que tu m'offres à tort ou sans raison
J'aime aussi, mettre du rouge sur mes joues blanches
Pour un soir, pour un oui, pour un non
Je suis bien dans la paresse de nos dimanches
Je suis loin quand il fait un peu froid
Je n'attends que ton épaule où je m'épanche...
J'aime aussi ces petits gestes-là

Tout ça
Ne tient qu'à un fil
Un souffle, un battement de cil
Si l'un
De nous se défile
Tout ça
Ne tient qu'à un fil

J'aime aussi lorsque je pars où bon te semble
J'aime autant le jour où tu reviens
Je voudrais avoir pour toi les mots qui tremblent
Oublier de me perdre en chemin
J'aime tant courir vers toi à perdre haleine
Sans garder le meilleur pour la fin
Je ne veux que poser ma main dans la tienne
Et m'étendre jusqu'au petit matin

Tout ça
Ne tient qu'à un fil
Un souffle, un battement de cil
Si l'un
De nous se défile
Tout ça
Ne tient qu'à un fil
Tout ça
Ne tient qu'à un fil
Un souffle, un battement de cil
Si l'un
De nous se défile
Tout ça
Ne tient qu'à un fixe.

BENJAMIN BIOLAY


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MessageSujet: Re: L'HYMNE DE LA FLEUR   Sam 22 Jan - 15:34

Les fleurs sont des mots d'amour



Des mots plus tendres qu'un poème
Qui font comprendre sans discours
Au plus subtil comme au plus sourd
Le doux secret d'un cœur trop lourd.
Ce frais bouquet des beaux jours
Je l'ai fait pour celui que j'aime
Bouquet de soie et de velours
Où mon cœur exhale à son tour,
Parmi ces fleurs, des mots d'amour.

Ne questionnez plus
Les savants devins, les voyantes
Qui, sur l'inconnu
Prononcent des mots superflus
Respirez plutôt
Tendre et chaud
Ce troublant parfum
Qui demain
Saura vous charmer
Si vous m'aimez...

L.POTERAT
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MessageSujet: Re: L'HYMNE DE LA FLEUR   Sam 22 Jan - 16:04

La Danseuse



Par un jour, la cour du prince convia une danseuse
Accompagnée de ses musiciens.

Elle fut présentée à la cour,
Puis elle dansa devant le prince
Aux sons du luth, de la flûte et de la cithare.

Elle dansa la danse des étoiles et celle de l’univers ;
Puis elle dansa la danse des fleurs virevoltant dans le vent.
Et le prince d’être subjugué.

Il la pria de s’approcher.
Elle se dirigea alors vers le trône
Et s’inclina devant lui.
Et le prince de demander :

« Belle femme, fille de la Grâce et de la joie, d’où vient ton art ?
Comment peux-tu maîtriser la terre et l’air dans tes pas,
L’eau et le feu dans ta cadence ? »

La danseuse s’inclina de nouveau devant le prince et dit :

« Votre Altesse, je ne saurais vous répondre,
mais je sais que :

L’âme du philosophe veille dans sa tête.
L’âme du poète vole dans son cœur.
L’âme du chanteur vibre dans sa gorge.
Mais l’âme de la danseuse vit dans son corps tout entier. »

Khalil Gibran
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