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 FABRICE LUCHINI

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Bridget

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MessageSujet: FABRICE LUCHINI   Dim 27 Déc - 15:22

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Fabrice Luchini refait le point sur Robert






Et toujours remettre l'ouvrage sur le métier. Fabrice Luchini fait, encore et encore, le point sur Robert.

Qui s'en plaindra ?
Partout où il passe, les salles sont pleines. Robert ? C'est lui. Le môme de la Goutte d'Or, qui fut garçon coiffeur dans les quartiers chics et animateur de discothèque, où son déhanché inimitable séduisit Philippe Labro.
Luchini peut séduire ou agacer, mais il faut le voir sur scène. Absolument. Au moins une fois.

Dans Le Point sur Robert , il plonge dans Paul Valéry et Chrétien de Troyes, Barthes et Céline.

Passe de Molière à Rimbaud et du coq à l'âne avec virtuosité, évoque Perceval le Gaulois - qu'il campa chez Rohmer - et invoque Johnny, son idole, son ami. Il est ici seul, avec une table, une chaise, des livres. Et une multitude de mots.
Qu'il mâche et étire, déforme et sublime, qu'il transmet avec bonheur. Le spectacle est feutré, intime et grand à la fois. Luchinissime. De retour pour quelques dates seulement, à Paris, puis en tournée.

Du 22 au 31 décembre, Espace Pierre Cardin, Paris 8e, complet. Les 8 et 9 janvier 2010 à l'Opéra de Dijon, le 10 à Sochaux, le 13 à la Comédie de Montpellier, le 14 au Théâtre de Privas, du 19 au 22 au Théâtre national de Nice, le 30 à la Bourse de Lyon.

http://www.lepoint.fr/guide-sorties/2009-12-22/theatre-espace-pierre-cardin-et-en-tournee-fabrice-luchini-refait-le-point-sur-robert/2017/0/407393



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Bridget

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MessageSujet: Re: FABRICE LUCHINI   Dim 27 Déc - 15:48

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PORTRAIT


L'ENIGME LUCHINI








L'histoire de Fabrice Luchini se lit comme un conte dont les fées, un tantinet perverses, joueraient au Yo-Yo avec leur protégé.

Le fil de ce Yo-Yo, c'est le trajet du bus 80, qui, dévalant Montmartre depuis la rue Custine, rejoint l'avenue Matignon, fait coucou aux mânes de Jouvet avenue Montaigne, et s'arrête du côté de Vaugirard.

Chez Bernard Privat, directeur des éditions Grasset, dont il coiffe et amuse la fille Béatrice. A 16 ou 17 ans, il est accueilli «avec amour et respect» par ce foyer d'adoption.
Là, il rencontre le Tout-Paris des lettres et des arts: Florence Malraux, Alain Resnais, René de Obaldia, André Pieyre de Mandiargues...
On l'admire, on le recherche, on lui écrit. De quoi rendre fou. Mais qu'a-t-il, ce jeune chat aux yeux comme des soucoupes, pour fasciner ces gens-là?

Un petit bagage littéraire glané au fil de ses amours, une passion spontanée pour la chanson française et la soul music, une intelligence vorace, l'art de dire La Fontaine comme personne, déjà. Et un don d'observation stupéfiant qui débouche sur des imitations hilarantes. Le Fabrice Luchini d'alors est un phénomène - du grec «qui se montre».

Sonia Debeauvais, l'assistante de Vilar, se souvient du jeune vacancier que lui amena sa fille, devenue depuis sa compagne et la mère de son enfant: «Ce qui était exceptionnel chez lui, c'est cette connaissance intuitive qu'il avait des gens et qui les déséquilibrait complètement. Il ne se trompait pas souvent.»

Ce don, il le tient de sa mère. «Je suis le produit de ma maman, aime-t-il à dire. C'est elle qui m'a mis dans le bus 80. C'est elle qui est responsable de tout. Gloire à ma mère!» Car l'homme est d'abord un fils.
C'est ce qui le fonde, le rassure, lui permet de ne pas se perdre de vue. Auprès de ses parents, auxquels il rend visite chaque jour, il se tait et se laisse enfin aimer. Toute trace d'hystérie a disparu.

Pour le moment, le Yo-Yo reste en haut. En 1969, Philippe Labro, rencontré au hasard d'une discothèque, lui offre de jouer son propre rôle dans un documentaire intitulé Tout peut arriver. Et celui qui arrive, c'est le grand cinéaste Eric Rohmer, l'auteur célébré de Ma nuit chez Maud, qui, dit-il, «m'a nommé, m'a aimé».

«Au départ, je ne l'ai pas utilisé comme comédien, mais comme un être intéressant par sa personnalité, comme un document», raconte le réalisateur. Ce sera Le Genou de Claire, en 1970. Puis les cours de théâtre de Jean-Laurent Cochet et, enfin, Vincent mit l'âne dans un pré, de Pierre Zucca, et la rencontre avec son «maître» Michel Bouquet, ainsi évoquée: «J'ai entendu une voix, une note autre que celles de mon père et de ma mère, et j'ai répondu à cette note.»
A 25 ans, les rencontres essentielles ont eu lieu. Il n'y a plus qu'à les transformer. Mais, si Perceval le Gallois, de Rohmer, le place en haut de l'affiche en 1978, il en tombera durement: sa composition de jouvenceau asexué parlant en «vieux françois» vaut contre-publicité.







La reconnaissance publique attendra 1984 et Les Nuits de la pleine lune, de Rohmer encore. Luchini a 33 ans. Il découvre cette année-là le bonheur du théâtre, avec Le Veilleur de nuit, de Sacha Guitry.
Pour la première fois en tant que comédien, il a un boulot régulier, payé comme les autres. Les planches le rassurent, le structurent. Un ordre se met en place. Tout est prêt pour la vraie vie, celle qu'on lui connaît maintenant et qui est passée par La Discrète, de Christian Vincent,Le Colonel Chabert, d'Yves Angelo, Beaumarchais, l'insolent, d'Edouard Molinaro, Rien sur Robert, de Pascal Bonitzer, etc. Et par des milliers d'heures en solo.

Personnage phare de la scène française, Luchini dispose d'un public d'adorateurs fidèles. Pourtant, c'est fou le nombre de gens qu'il exaspère au point qu'ils évitent ses spectacles: arrogant, dominateur et sûr de lui, dit-on.
Sans cesse à rabâcher le même discours truffé de citations pédantes. Aimant à se faire remarquer dans les lieux publics. Se mêlant de tout et du reste. Possessif, exclusif, toujours à rechercher les compliments. Et sa façon d'articuler comme si on était des imbéciles ou des sourdingues!

Le tableau n'est pas engageant. Lui-même n'est pas loin d'adhérer à ces reproches: «Moi aussi, je le déteste, parfois, ce type bavard et péremptoire qui bouffe l'espace des autres, chez Pivot et ailleurs. On est en pure représentation forcée. Mais je ne suis pas comme ça. Dans ma vie, les autres ne sont pas niés.»
Vraiment ? «Avant de le rencontrer, on imagine que c'est quelqu'un de très compliqué, avec lequel il faut faire attention, dit Nathalie Baye. En réalité, s'il parle beaucoup, il sait écouter les autres. C'est quelqu'un qui vous renseigne sur vous-même.»


L'homme se cache derrière une foule de repoussoirs et de séductions, et s'en amuse. Un peu Jekyll, un peu Hyde. «Je ne vois pas comment il pourrait faire autrement, lance la fine mouche Yasmina Reza. Il faut bien se protéger.»

D'entrée de jeu, Fabrice Luchini annonce sa détestation pour le déballage de soi: «Mon ?moi? m'intéresse par obligation, dit-il. Il ne me procure aucune joie.» Pourtant, c'est fou ce qu'il en a dit, depuis ses débuts. C'est fou ce qu'il s'est analysé, expliqué, raconté.
Mais, aussi bizarre que cela paraisse, on le croit. On en a rassemblé les preuves contradictoires. On peut répondre à tout.



L'histrionisme télévisuel ?


Marc-Olivier Fogiel: «Fabrice m'avait averti qu'il voulait rester dans un registre plus proche de sa vraie personnalité. J'ai été surpris de la rapidité avec laquelle il a fait le spectacle qu'il ne voulait pas faire.
Je ne suis pas sûr qu'il apprécie son show autant que moi, mais, comme il connaît la télévision mieux que personne, il a compris qu'il devait donner ce que l'on attendait de lui.»

Bernard Pivot: «L'essentiel est ailleurs. On atteint grâce à lui des sommets d'intelligence et de drôlerie.
Mais il est vrai qu'il y a un problème de territoire: tout à coup, un comédien dont on apprend qu'il n'a même pas fait d'études se met sur le terrain des universitaires!»



Luchini nous récite Céline 1/3 par Tread01






Luchini nous récite Céline 2/3 par Tread01





Luchini nous récite Céline 3/3 par Tread01





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MessageSujet: Re: FABRICE LUCHINI   Dim 18 Sep - 17:24

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FABRICE LUCHINI SUR FRANCE CULTURE







Nous avons proposé à Fabrice Luchini un rendez vous quotidien de lecture sur l'antenne de France Culture.
Sous la forme d'un feuilleton quotidien, Fabrice Luchini lit une oeuvre de son choix.


Le lundi 29 août, Fabrice Luchini a fait sa rentrée sur France culture.

Entre « Le Rendez-vous » de Laurent Goumarre et « Le Feuilleton » de Blandine Masson à 20h s’insère une pastille de 5 minutes animée par le célèbre comédien, qui lit tous les jours, à 19h50, un extrait de son choix. France culture donne ainsi une place de choix au théâtre, à une heure de grande écoute.


C’est par Un coeur simple, un conte de Gustave Flaubert, que Lucchini a choisit de commencer. Il lira cette oeuvre pendant 20 jours de suite. Comme sur la scène, le comédien fait ainsi partager à son public son goût pour la belle langue en mettant ses talents de comédien au service du texte.



Interrogé samedi dans Le Parisien/Aujourd’hui en France, Olivier Poivre d’Arvor, le directeur de la station, expliquait vouloir « installer des artistes à l’antenne, pas seulement des producteurs ou des journalistes, car une radio, c’est un spectacle ».



L’élocution parfaite de Luchini fait résonner chaque mot de Flaubert, et souligne discrètement l’ironie du conte, tandis que l’on entend le bruit des pages qui se tournent.


Ecouter de grandes oeuvres littéraires en cuisinant, en bricolant ou en faisant du vélo d’appartement est un plaisir possible grâce à France culture mais aussi grâce à l’enregistrement de nombreux livres, disponibles sur le marché, en librairie ou sur Amazon, que l’on peut télécharger facilement et écouter sur son ipod ou son mp3.

La plupart des livres sont payants, car ils sont lus par des comédiens (André Dussolier, par exemple) mais il existe aussi des associations, comme l’association « Des livres à lire et à entendre », qui propose une grande collection de textes lus par des amateurs et téléchargeables gratuitement.
Cette association s’adresse, au départ, aux personnes malvoyantes, et a réussi à rassembler 2154 livres.

Le livre audio, aisément transportable avec un simple lecteur mp3,  pourrait-il être un concurrent sérieux pour les livres numériques de l’ipad ?

http://toutelaculture.com/2011/09/fabrice-luchini-lit-les-oeuvres-quil-aime-sur-france-culture/


Ecoutez ici : http://www.franceculture.com/podcast/4294863


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liliane
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MessageSujet: Re: FABRICE LUCHINI   Sam 30 Juin - 19:21

Luchini-Muray : il remet ça

à partir du 14 octobre,

au Théâtre Antoine à Paris

Spectacle consacré à l’auteur des Exorcismes spirituels, qui avait triomphé en 2010 et 2011 au Théâtre de l’Atelier …

Pouvait-on rêver meilleur moment que les premiers mois glorieux du hollandisme© triomphant, alors que le français nouveau est ivre de “changement” (dans la continuité) et de “normalité” (dans l’ostentation), pour rire – avec Muray et Luchini – de la bouffonnerie toujours recommencée de cet incorrigible homo festivus, puis de méditer un moment sur ce rire ?

Vingt représentations sont prévues à partir du 14 octobre, les dimanches à 17 heures et les lundis à 20 heures. (Places de 18 à 43 €. Tél. 01.42.08.77.71.)

http://www.causeur.fr/luchini-muray-remettez-nous-ca-patron,18209
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http://www.artmony.biz
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MessageSujet: Re: FABRICE LUCHINI   Dim 7 Oct - 16:16

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Fabrice Luchini, un nouvel homme ?



INTERVIEW - Deux films et un spectacle : le comédien fait l'événement cet automne. S'il se révèle de moins en moins misanthrope, il garde intacte sa passion pour le verbe, le théâtre, la littérature, mais aussi la politique, l'économie et les travers de la société française.





A 61 ans, Fabrice Luchini dit avoir atteint une maturité qui le met presque à l'abri de ses vieilles angoisses. Il travaille bien mais peu. Pour ne pas lasser le public ou pour éviter le matraquage fiscal ? Un peu des deux, laisse-t-il entendre.

L'année prochaine, il sera le héros d'une pièce de Florian Zeller qu'il n'hésite pas à comparer à un Feydeau contemporain. On l'admirera aussi au cinéma en Alceste à bicyclette, devant la caméra inspirée de Philippe Le Guay, en compagnie duquel il a fréquenté Les Femmes du sixième étage avec le succès que l'on sait. D'ici là, on le verra sur les écrans en prof désabusé dans l'excellent film de François Ozon récompensé au Festival de Toronto et de San Sebastian, Dans la maison (en salles le 10 octobre), et en César déprimé («Je ne sais pas ce que j'ai, j'ai un coup de mou») dans Astérix et Obélix, au service secret de Sa Majesté (en salles le 17 octobre) ; mais aussi sur la scène du Théâtre Antoine pour lire et faire lire Philippe Muray (vingt représentations exceptionnelles à partir du 14 octobre) ; mais encore sur les petits écrans de télévision ou d'ordinateur grâce à une magnifique captation de ses incroyables spectacles sur La Fontaine (Luchini: Variations La Fontaine, DVD Coffret Luxe, Because Music, sortie le 22 octobre).
N'en jetez plus et en attendant de le voir, écoutez-le...


Le Figaro Magazine - Presque deux ans que vous n'êtes pas apparu à l'affiche d'un film. Etiez-vous en réserve du cinéma français ?

Fabrice Luchini - Début 2011, l'année de mes 60 ans, je me suis dit que si François Hollande devenait président et suivait le programme d'imposition qu'il promettait, j'aurais intérêt à calmer le jeu en 2012... J'avais donc plutôt prévu de passer quelques mois à l'île de Ré, puis de préparer un spectacle autour de Cioran, dont je relis d'ailleurs en ce moment le magnifique De la France, publié en 1942, dans lequel il explique que le grand siècle de la France est le XVIIIe, parce que c'est le siècle du cafard, le siècle de madame Du Deffand, le siècle où «ils se sont ennuyés à mourir»...


Bon: vous avez finalement mis de côté Cioran pour tourner deux films...


Le rôle dans Astérix consistait à incarner un César dépressif durant neuf jours à une période de l'année - le printemps - où il fait un temps moyen à l'île de Ré. Jouable.
J'ai accepté, et j'en suis d'autant plus heureux que le film de Laurent Tirard est absolument remarquable.
Quand François Ozon m'a proposé de tourner à nouveau avec lui à la fin de l'été, j'étais déjà moins motivé. D'autant que j'avais en mémoire le rôle ingrat qu'il m'avait donné dans Potiche, où je jouais un type abject donnant la réplique à deux monstres sacrés du cinéma, Depardieu et Deneuve, qui fêtaient à cette occasion leurs retrouvailles au cinéma.




Pourquoi avoir accepté de tourner à nouveau pour François Ozon, dès lors?

Parce que refuser était impossible. Ce rôle de prof frustré et cynique accompagnant un élève, dont il devine le génie naissant qu'il va chercher à développer à travers ses rédactions de français, était un cadeau j'allais dire levinassien. Levinas, je le maîtrise moins que Schopenhauer, mais je le travaille un peu, par le biais de Finkielkraut.


Que nous dit-il ? Que ce qui nous débarrasse de l'écrasement de notre identité, de notre ego, c'est le visage, le sourire, le regard de l'autre. Or, à 61 ans passés, après des décennies de psychanalyse, je me trouve dans cette envie de découverte de l'autre (relative, hein: il ne faut pas exagérer).

Jusqu'à 50 ans, seule comptait ma pomme: c'est le propre des acteurs, des artistes, des créateurs. Après 50 ans, si vous êtes en analyse, une petite fenêtre s'ouvre dans votre bloc d'égocentrisme, et par cette fenêtre, vous apercevez l'autre et prenez conscience qu'il existe.

Et après 60 ans, vous avancez vers lui et lui faites un peu de place en vous débarrassant de quelques-uns de vos mécanismes obsessionnels. Dans le film d'Ozon, ce personnage qui va faire un peu de place à un gamin de 17 ans résonnait donc assez agréablement en moi, car les autres commencent à m'intéresser... un peu.






Pour interpréter ce rôle de prof de français, vous êtes-vous inspiré de votre expérience d'élève ou de votre talent de pédagogue naturel que tout le monde vous prête, à commencer par Bernard Pivot: « Si j'avais eu Luchini pour prof, a-t-il dit un jour, j'aurais été agrégé à 13 ans.»


Les profs, je les ai peu connus puisque j'ai quitté l'école à 14 ans. J'ai un souvenir de deux d'entre eux qui m'ont aidé à avoir mon certificat d'études, et c'est tout. Après, je suis devenu apprenti coiffeur, puis comédien.

Dans le film, on aborde un peu en surface les problèmes qui sont liés à leur profession, mais je ne prétends pas les connaître. Instinctivement, je suis Finkielkraut quand il leur lance: «Vous êtes obsédés par le fait de donner la parole aux élèves ; donnez-leur d'abord la technique de l'expression.» En fait, quand on incarne un personnage, 80 % de la réussite passe par le costume.
our être un prof, une paire de lunettes remarquablement choisie, un solide pantalon en velours côtelé, une sacoche marron d'un cuir modeste, et c'est gagné.


C'est la grande leçon que j'ai apprise de Michel Bouquet il y a quarante ans quand nous tournions Vincent mit l'âne dans un pré. Il a enfilé un blue-jean et a énoncé: «Y a plus rien à jouer, tout est dit: ça joue pour nous.»
Voilà: être acteur, c'est ne pas embarrasser le blue-jean ou les lunettes sérieuses, le pantalon ringard et la sacoche hasardeuse du prof. Contrairement au théâtre, qui exige une présence, jouer au cinéma, c'est être absent. C'est là un peu l'immoralité du cinéma, d'ailleurs: être payé pour être absent.

L'argent, justement. En trouver pour éponger la dette, c'est l'obsession du nouveau gouvernement: comment jugez-vous celui-ci? Pourquoi ne vous a-t-on pas plus entendu au moment de la campagne ?

Je ne voulais pas donner l'impression de donner des leçons à qui que ce soit. Avec quelle légitimité, avec quelle connaissance réelle de la crise, de l'économie, du libéralisme, du marxisme, de l'entreprise aurais-je eu le droit de m'exprimer ?

Je passe des heures à écouter, notamment dans les émissions d'Yves Calvi, dont j'adore de plus en plus les chemises, des pointures comme Philippe Dessertine, Elie Cohen, Christian Saint-Etienne ou Marc Fiorentino, et je ne comprends toujours rien aux mécanismes de la dette. De même que je suis bien incapable de savoir si les «emplois d'avenir» sont des emplois maquillés ou s'il faut se dire que c'est toujours mieux que rien...


Vous reprenez sur la scène du Théâtre Antoine la lecture de textes de Philippe Muray. Avec une gauche austère au pouvoir, ses textes sur l'hyper-festif, par exemple, n'ont-ils pas perdu de leur acuité ou de leur pertinence?


C'est vrai que cette gauche-là n'est pas une gauche d'espoir comme celle des années 1990-2000. Même si elle y prétend avec son slogan «Réenchanter le rêve».
Au passage, quoique ayant peu été à l'école, je voudrais aimablement rappeler au conseiller de François Hollande qui a trouvé cette formule qu'un rêve ne peut pas se réenchanter, puisqu'un rêve, par définition, n'est pas une réalité mais un projet: réenchanter quelque chose qui n'existe pas encore, je ne vois pas bien comment cela est possible...


Mais revenons à Muray. On se tromperait en le réduisant à sa critique jubilatoire et pamphlétaire du festif.
Muray est plutôt l'homme qui voit dans la célébration apparemment sympathique et chaleureuse de la fête le symptôme d'un régime d'ordre, totalitaire, qui ne dit pas son nom. Un système déréalisant où il n'y a prétendument plus de problème.

Sa manifestation la plus éclatante est l'usage intempestif de l'expression «Pas de souci». «Bonjour, est-ce que je peux avoir la clé de ma chambre ? - Pas de souci.» «Bonsoir, donnez-moi un diabolo-grenadine, s'il vous plaît. - Pas de souci.» C'est en fait une autre façon de dire: «Ferme ta gueule, on va faire ce que tu demandes, mais ne t'avise pas de croire que cet échange va déboucher sur un vrai dialogue ou une quelconque relation.» Au fond, telle est l'ambition finale du bobo confortable: pas de souci.

Pas de souci d'embouteillages, pas de souci de logement, pas de souci d'enfermement dans une classe ou un quartier, comme les affreux bourgeois du Figaro Magazine supposément confinés dans les beaux quartiers, pas de souci à prendre une immigrée sans papiers comme nounou des enfants, etc.


Nier les difficultés ou les problèmes, est-ce votre définition de la gauche

Disons que les gens de gauche ont pour certitude que «nous avons à faire ensemble».

Moi, j'ai un peu de mal avec cette idée, car je pense que c'est à moi et à moi seul de décider si j'ai à faire avec quelqu'un et sous quelle forme et à quelle occasion. Je n'aime pas qu'on m'oblige à la convivialité comme le prétend, par exemple, la Fête des voisins...

Ce que je rejette à gauche, c'est cette méfiance ou cette haine de l'individu au nom d'une vision de l'homme forcément intégré à un projet collectif. La gauche pense que seul, l'homme se résume aujourd'hui, dans nos sociétés libérales, à être juste un consommateur incapable de penser. Il faudrait donc l'aider à le faire.

Or, comme le dit Philippe Tesson, il me semble que si les turpitudes et les scandales intrinsèques aux sociétés démocratiques libérales sont effectivement abjects, ceux qui veulent laver plus blanc que blanc créent des tyrannies encore plus grandes.


Impossible de vous dire de gauche, donc?

Je travaille dans un milieu où presque tout le monde vote Hollande ou Mélenchon, et où dire qu'on trouve Fillon pas inintéressant vous fait passer pour un type qui a de l'indulgence pour les fachos.
Pour autant, je trouve que ce qu'il manque à la gauche, c'est la méchanceté.
Avec Jean-Marc Ayrault, qui me fait irrésistiblement penser au mélancolique Pessoa, on est à l'opposé de Nietzsche et de son «Je suis un belliqueux».

Ce qui intéresse avant tout la gauche, c'est d'être gentille, essayer de faire le bien, aider les autres, forcer les gens à s'aimer à tout prix. Pour être de gauche, il faut une santé et une générosité que je ne possède peut-être pas.


Un mot sur Jean-Luc Mélenchon, qui vous piquerait à coup sûr votre maison de l'île de Ré s'il était élu président de la République?

Je l'avais invité à mon spectacle sur La Fontaine auquel il n'a pas pu venir, mais il m'a envoyé un SMS intrigant pour me dire qu'il admirait Baudelaire (moi aussi!), et que c'est Baudelaire qui lui avait donné l'accès à Robespierre... J'avoue que je n'ai pas bien compris et j'ai hâte qu'il m'explique ce miracle.


http://www.lefigaro.fr/cinema/2012/10/05/03002-20121005ARTFIG00582-fabrice-luchini-un-nouvel-homme.php



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MessageSujet: Re: FABRICE LUCHINI   Jeu 11 Oct - 1:56

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Fabrice Luchini : “Je ne vois pas comment les acteurs peuvent vivre sans théâtre”



D'Astérix au dernier François Ozon, il n'a jamais eu autant de succès au cinéma. Pourtant, ce fils d'immigré italien garde la scène comme moteur...Rencontre.

Le 22/09/2012 à 00h00
Propos recueillis par Louis Guichard - Télérama n° 3271



Fabrice Luchini. © Jean-François Robert pour Télérama


Il a « l'âge de la retraite selon François Hollande », dit-il. 61 ans. Il a même « réuni les papiers » pour savoir ce qu'on lui donnerait. Seulement voilà, Fabrice Luchini est au sommet de sa popularité, de son art, de son charisme et de sa bizarrerie.

Lui qui a ramé pendant vingt ans, de 1970 à 1990, pour devenir une vedette, enchaîne les films millionnaires en entrées (Potiche, Les Femmes du sixième étage), remplit toujours les théâtres rien qu'en disant des textes seul en scène. Et il ne se sent pas encore « apte à la canne à pêche ».



Ivre de citations (Céline et Jouvet d'abord), porté par ses propres fulgurances, prompt à imiter debout confrères, consœurs ou metteurs en scène célèbres, il fait son grand show dans la cuisine de son appartement, commente à sa manière l'actualité : « "Le drame, c'est qu'aujourd'hui la bêtise pense", Jean Cocteau. »


Cet automne, il sera un Jules César dépressif et en 3D dans Astérix et Obélix, Au service de Sa Majesté et, sur les planches, (à nouveau) la voix du pamphlétaire Philippe Muray.

Mais on le verra surtout, au cinéma, se surpasser dans son emploi d'intello perdant peu à peu le contrôle - Dans la maison, de François Ozon. La conversation a lieu un jour où la demande de nationalité belge de Bernard Arnault est dans tous les esprits...


Deux millions de spectateurs pour vos deux derniers films sortis en salles : vous êtes un roi du box-office. Prêt pour les 75 % d'imposition
Une chose est sûre, je ne vais pas m'exiler fiscalement. Je citerai Céline : « Loin du français, je meurs. » Mais ça serait mieux si, parallèlement aux 75 %, on sentait un grand souffle mobilisateur venu d'en haut, un souffle à la Chateaubriand !

Ça donnerait plus envie de participer. Je trouve logique que les artistes et les footballeurs soient logés à la même enseigne que les chefs d'entreprise. Cela dit, comparé à monsieur Arnault, je suis un clandestin afghan ou un Albanais en fin de piste. Par rapport à la majorité des comédiens, oui, je suis riche.

« Je suis un fils d'immigré qui a réussi
dans son boulot. Je veux être fraternel
avec les prolos, mais je ne suis pas ouvriériste. »

Et pauvre, vous l'avez été ?

Mon père, oui. Immigré italien, il a d'abord été, comme mon grand-père, ouvrier, à Villerupt. Moi, je n'ai pas connu sa pauvreté. Quand je suis né, il avait déjà un commerce de fruits et légumes à Château-Rouge, dans le 18e arrondissement.

Il travaillait tout le temps. Les Halles de Paris, c'était une vie nocturne, à l'époque. Il était très conservateur, dur, comme tous ceux qui servent les gens aisés. Il répétait des proverbes italiens du genre : « Il y a ceux qui mangent la soupe et ceux qui la regardent»

Ma mère, qui venait de l'Assistance publique, a travaillé, elle aussi, chez les bourgeois dès l'âge de 11-12 ans. Dans ce milieu, on n'a pas la haine des riches. L'argent est la référence absolue, on ne rigole pas avec ça. Quand j'étais enfant, tous les soirs papa comptait. Non pas les billets, mais les pièces.


Quand on a changé de classe sociale aussi radicalement, à laquelle appartient-on ? Aux deux ? A aucune ?

D'un côté, je ne trouve pas ça normal d'avoir changé de classe : je ne me sens pas légitime dans tant de confort. En tout cas, beaucoup moins que mon père ne l'aurait été.
De l'autre, je ne vais pas jouer les prolétaires : si je n'ai aucune affinité avec les bourgeois accros au Figaro Magazine, j'appartiens désormais à la catégorie qui a une maison sur l'île de Ré, comme Lionel Jospin !
J'assume, justement parce que mon père en aurait été ravi. Je suis un fils d'immigré qui a réussi dans son boulot. Je veux être fraternel avec les prolos, mais je ne suis pas ouvriériste. J'ai même de l'animosité pour le cinéma ouvriériste.

Dans l'immondice haineuse de Céline, le prolo est mieux défendu que par la compassion de certains cinéastes engagés. Mais je ne nommerai pas.


Et le changement de classe culturelle ?

Il a été total... Mon père, quand il lisait, c'était plutôt Henri Troyat. J'étais nul à l'école. Je suis devenu apprenti coiffeur à 14 ans, mais sans avoir le talent des gens qui me formaient.
C'est le monde de la nuit qui m'a permis d'approcher les gens de cinéma et de décrocher de petits rôles. Et c'est après ma première participation à un film d'Eric Rohmer, Le Genou de Claire, que mon agent m'a envoyé dans un cours de théâtre, celui de Jean-Laurent Cochet. Cet enseignement a été la révélation absolue, complète, éblouissante. Rien de ce que disait Cochet sur Feydeau ou Racine ne m'était étranger. Enfin, je n'étais plus exclu.


« Je suis redevenu coiffeur à 25 ans,
faute de rôles. Ça fait bizarre de refaire des brushings
quand on a été acteur principal d'un film. »

Luchini coiffeur pendant de longues années, c'est un mythe ?


Non ! Je suis redevenu coiffeur à 25 ans, faute de rôles. Ça fait bizarre de refaire des brushings quand on a été acteur principal d'un film avec Michel Bouquet, Vincent mit l'âne dans un pré.

Puis il y a eu Perceval le Gallois, de Rohmer, en 1978. Mon père est allé le voir sur les Champs-Elysées et, pour la première fois, il m'a encouragé : ne lâche plus l'affaire ! Je suis pourtant resté au moins deux ans au chômage ; je songeais à arrêter, personne ne voulait ne serait-ce que me recevoir. « L'acteur de Perceval ? Non, non, merci, on connaît... »





Comment êtes-vous devenu ce personnage de beau parleur un peu fat qu'on retrouve d'un film à l'autre depuis plus de vingt ans ?



C'est vraiment Eric Rohmer qui l'a inventé dans Les Nuits de la pleine lune, en 1984. Il m'a voulu comme un être de discours, le confident intellectuel de l'héroïne, Pascale Ogier, avec laquelle il s'abstient de coucher : une place dont je ne saurais me contenter dans la vie !

Bref, ce n'est pas moi, c'est une création de Rohmer. Or, ce rôle m'a façonné une image, presque une fois pour toutes, alors même qu'il ne m'a pas renforcé sur le marché des acteurs à l'époque : Rohmer était prestigieux, mais trop confidentiel, trop déconnecté de la médiocrité naturaliste dominante.

Le vrai succès est venu en 1990, avec La Discrète, de Christian Vincent, qui n'était qu'une conséquence commerciale du style élaboré pour moi par Rohmer, mon deuxième père.





Mais le goût du texte, vous l'aviez avant Rohmer ?

Oui, il a tout de même utilisé quelques composantes de moi ! Et je suis bien tombé avec lui, si pointilleux sur les dialogues. Car ma seule obsession d'acteur depuis toujours, l'obsession de ma vie, depuis ma sortie de la coiffure, est le problème de l'écrit.


Comment faire s'envoler une langue écrite sans la dénaturer ? Comment retrouver l'impulsion originelle de l'auteur – ce que Nietzsche appelle « l'impulsion de l'imprimé » ? Comment éviter que l'oralité ne détruise « les harmonies premières » d'un texte – ça, c'est une formule de Paul Valéry ? L'acteur ne doit pas lire l'imprimé, il doit retrouver la force de celui qui l'a écrit.


« Au cinéma, si vous êtes somnolent,
la caméra fait de vous ce qu'elle veut.
Si vous la ramenez trop, vous encombrez. »


Au cinéma, le texte n'est pas toujours central, loin de là. Comment vous en débrouillez-vous ?

D'abord, c'est le théâtre qui est mon moteur, c'est là où je me sens le mieux, le plus proche de mon père : l'argent est justifié, ne serait-ce que par le travail colossal de mémorisation.
Je ne vois pas comment les acteurs peuvent vivre sans théâtre. J'ai besoin de ses règles, de sa discipline. Au théâtre, on n'a pas honte. Au cinéma, si, même si ça peut être délicieux...

Quand on est une tête d'affiche, c'est déréalisant, le cinéma. Et déresponsabilisant. Cela paraît surpayé : parfois une fortune pour dire un mot.
Depuis quelques années, j'ai découvert que la somnolence y est essentielle. Si vous êtes somnolent, la caméra fait de vous ce qu'elle veut. Si vous la ramenez trop, vous encombrez. Il faut atteindre cet état que Louis Jouvet qualifiait de vacant.

Mais les réalisateurs vous considèrent plutôt comme un acteur technique, comparé à un Depardieu ou une Deneuve, vus comme d'éternels débutants. Ça vous gêne ?

Dans le film où je joue avec ces deux-là, Potiche, de François Ozon, je fais l'affreux mari : pour ce genre de rôle, il faut être hypertechnique, sinon ça ne marche pas. Il faut payer comptant, connaître son Feydeau par cœur.    
C'est d'abord un rythme. En règle générale, je ne travaille pas mes rôles psychologiquement. Les acteurs ont tendance à penser qu'il faut mettre de la vie dans un texte. Erreur !


La vie, c'est le texte. Celle de l'acteur ne doit pas lui faire obstacle. Je suis anti-Actors Studio. Nourrir d'états d'âme chaque geste ne résout pas l'essentiel, qui est la diction. Le but n'est pas de bien dire, comme les gens de la Comédie-­Française d'il y a cinquante ans. Le but est de trouver le bon état.
C'est par la pratique sonore de la phrase qu'on l'atteint. Par la fréquentation du texte, la connaissance de toutes ses variations possibles. Comme le professe Jouvet, un acteur, c'est une voix.





Ce Jouvet que vous vénérez, vous avez refusé de le jouer dans un biopic, un projet récent d'André Téchiné. Pourquoi ?

C'est un crève-cœur de dire non à l'un des meilleurs cinéastes français. Mais je ne me suis pas senti capable de jouer Jouvet. J'aime l'homme de lettres, le prodigieux guide théorique sur l'art de l'acteur, l'auteur du Comédien désincarné et de Témoignages sur le théâtre.
Mais, dans un biopic, il serait présent au mauvais sens du terme, c'est-à-dire physiquement. Je ne suis pas Jouvet, je ne sais comment l'incarner. Faut-il l'imiter ou non ?

Je ne veux pas composer, me maquiller, me déguiser. Je peux me déplacer d'un univers à un autre, mais je ne sais pas tout jouer. Il faut choisir ses rôles, accepter d'être seulement le comédien de l'homme qu'on est. Trop d'acteurs pensent qu'ils peuvent tout faire.


« Les réalisateurs me mettent toujours
dans des situations où je finis par
ne plus parler et ne plus bander. »


Vous avez peur des mauvaises critiques ?

Comme tout le monde, y compris ceux qui prétendent le contraire ! Je pense que Claude Berri, avec qui j'ai fait Uranus, aurait adoré avoir les critiques pour lui. Il était riche, infiniment puissant, il avait tout, mais pas les critiques...
Je pense que Cédric Klapisch, avec qui j'ai tourné deux fois, aimerait lui aussi les avoir. Il faut les deux, le public et la critique. Les critiques sont méchants, il y a des règlements de comptes subjectifs, des animosités, des détestations organiques, mais ça nous renseigne...


Dans le nouveau film d'Ozon, vous êtes un prof assuré et péremptoire qui, soudain, perd toute maîtrise... Vous êtes abonné à ce genre de chute ?

C'est le pur souhait des réalisateurs ! Ils me mettent toujours dans des situations où je finis par ne plus parler et ne plus bander. Ils jouissent de ­détraquer cette marionnette trop bien structurée !

Si je n'avais pas le théâtre, ce serait peut-être l'hôpital psychiatrique. Mais comme je reprends la parole sur scène, j'y renonce volontiers pendant les tournages, et je me laisse malmener pour le plus grand plaisir des cinéastes.






Ce film oppose ceux qui créent (un lycéen romancier) à ceux qui commentent (le prof). Vous, le passeur de textes, où vous situez-vous ?


Ni dans un camp, ni dans l'autre. Jouer, ce n'est pas créer, mais ce n'est pas comme donner un cours. La pensée la plus élaborée ne peut venir en aide à l'acteur. Pour jouer, il faut abdiquer l'intelligence intellectuelle, encore un conseil de Jouvet.

« Je cite toujours la question géniale d'Oscar Wilde :
‘Etre un couple, c'est ne faire qu'un. Oui, mais lequel ?’ »

Ozon joue avec une ambiguïté sexuelle qui vous a accompagné discrètement pendant longtemps...

A mes débuts, j'ai été reçu par un agent très connu, qui m'a dit : « Je ne te prends pas, et, à mon avis, tu ne réussiras pas, parce que tu n'es pas sexué. Quand tu joues, on ne sait pas si tu es homo ou hétéro. »


Je suis reparti extrêmement accablé. En fait, pendant vingt ans, tout le monde a cru que j'étais homo : un acteur si maniéré !
Mais j'étais obsédé par les femmes, client des prostituées dès l'âge de 15 ans. J'étais ce que Céline aurait appelé un « tracassé du périnée », un « chercheur ». J'ai beaucoup cherché de ce côté-là...
Parallèlement, mes amitiés étaient masculines, et souvent homosexuelles. Déjà, à 14 ans, dans la coiffure, j'étais entouré d'homos. Je suis comme un poisson dans l'eau avec l'homosexualité. Le nouveau roman de Claude Arnaud, Brèves Saisons au paradis, évoque un trio - l'auteur plus les scénaristes Bernard Minoret et Jacques Fieschi - avec lequel j'ai partagé dix ans d'amitié fusionnelle quand j'étais vingtenaire.



Pour ou contre le mariage homo ?


Je trouve le mariage en général très zarbi. Ne suis moi-même pas marié... Je cite toujours la question géniale d'Oscar Wilde : « Etre un couple, c'est ne faire qu'un. Oui, mais lequel ? »

Vous allez reprendre sur scène votre spectacle autour des textes du pamphlétaire Philippe Muray. Que diriez-vous à ceux qui n'accrochent pas ?

Muray a la dimension d'un Guy Debord comique. Prenez son texte sur le débat, un chef-d'œuvre, selon moi. Il dit que plus la pensée s'effondre, et plus il y a de débats : « Un magma d'entre-gloses qui permet de se consoler sans cesse de ne jamais atteindre seul à rien de magistral. »

Il dit que le réel s'efface au rythme même où il est débattu : « On convoque de grands problèmes, et on les dissout au fur et à mesure qu'on les mouline dans le débat. » Plus il y a de débats, moins il y a de réel. C'est à la fois du Desproges et du Devos.


Dans Les Nuits de la pleine lune, en 1984, vous déclarez : « On est vieux quand on n'éprouve plus le besoin de séduire. » Qu'en pensez-vous aujourd'hui ?

A l'époque, j'avais un côté hystérique qui résonnait bien avec cette réplique. Mais aujourd'hui... Après trente-cinq ans d'analyse, si on ne vit que pour séduire, donc manipuler et mentir sur la marchandise, c'est qu'on est un peu pitoyable...

C'est presque le contraire qui m'intrigue, désormais : qu'est-ce qui passe quand ça ne séduit plus, quand les gens n'applaudissent pas ? Est-ce qu'on s'effondre ou est-ce qu'on tient le coup ?



Fabrice Luchini en six dates
1965 Apprenti coiffeur à 14 ans.
1969 Première apparition au cinéma : Tout peut arriver, de Philippe Labro.
1970 Premier film avec Eric Rohmer : Le Genou de Claire.
1984 Avec Les Nuits de la pleine lune, Eric Rohmer impose le style Luchini.
1986 Commence à lire sur scène Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand Céline. Enorme succès : reprises et suites jusqu'en 2005.
1990 Premier triomphe personnel au cinéma : La Discrète, de Christian Vincent.



http://www.telerama.fr/cinema/fabrice-luchini-je-ne-vois-pas-comment-les-acteurs-peuvent-vivre-sans-theatre,86808.php

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MessageSujet: Re: FABRICE LUCHINI   Jeu 17 Jan - 1:17

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LA MINUTE NÉCESSAIRE DE M. LUCHINI (1/8)


Chaque jour, le comédien livre pour le Figaroscope ses réflexions sur la culture et l'actualité. Dans le premier volet de cette série, il revient sur la polémique qui agite le cinéma français.









Exceptionnel aux côtés de Lambert Wilson dans le nouveau film de Philippe Le Guay, Alceste à bicyclette (le 16 janvier sur les écrans), et bientôt au Théâtre Antoine dans Une heure de tranquillité, la nouvelle pièce de Florian Zeller (le 22 février), Fabrice Luchini a accepté de bonne grâce un nouveau rôle, celui de rédacteur en chef du Figaroscope .



Pour l'édition du mercredi 16 janvier 2013, l'acteur en a profité, le temps d'une conférence de rédaction mémorable, pour faire le tour des sujets culturels et polémiques du moment.


Il déborde, c'est dans sa nature, sur la crise du cinéma français, livre de précieux conseils à la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, dévoile ses meilleures adresses de restaurant (Gagnaire, Savoy, etc.), son goût pour Mozart, Michel Bouquet ou Edward Hopper.


Marcheur invétéré, il évoque également son amour de Paris en général et de la ligne 12 du métro en particulier. Autant de commentaires émaillés de citations de Céline, Cocteau, Proust, Flaubert, mais aussi d'aphorismes spontanés.






Luchini : mes conseils à Aurélie Filippetti  2/8




Chaque jour, le comédien livre, pour le Figaroscope, ses réflexions sur la culture et l'actualité. Dans le deuxième épisode de cette série, il livre ses précieux conseils à la ministre de la Culture.









Et si Fabrice Luchini devenait ministre de la Culture? L'hypothèse a un temps été évoquée, durant la conférence du Figaroscope, dont le comédien a accepté d'être le rédacteur en chef exceptionnel.

Ainsi s'est-il permis de glisser quelques conseils à Aurélie Filippetti. Dix livres, cinq disques, à prescrire d'urgence aux citoyens français. Rien de plus. Mieux qu'un viatique vers la quête du savoir, il en fait une nécessité vitale. Surtout si les auteurs choisis sont ses préférés. «Flaubert, Dostoïevski, Céline - cela va sans dire-, mais aussi Balzac, tout Balzac, et Proust», insiste-t-il. L'acteur ne cite ni Hugo, ni Molière qu'il dit pourtant si bien dans le film de Philippe Le Guay, Alceste à bicyclette (le 16 janvier sur les écrans).





Fabrice Luchini est-il de gauche ?




LA MINUTE NÉCESSAIRE DE M. LUCHINI (3/8) - Chaque jour, le comédien livre, pour le Figaroscope, ses réflexions sur la culture et l'actualité. Dans le troisième épisode de cette série, il cherche les idées de gauche qui colleraient à sa conception de la vie.




Ses amis du cinéma et du théâtre, dans leur «fascisme intellectuel», «refusent d'accepter qu'il ne soit pas de gauche». Car selon eux, trente années de spectacle littéraire, notamment ses jouissives lectures commentées de Baudelaire, Céline ou Murray, l'auraient entraîné, malgré lui, dans le camp des «progressistes».

Mais Fabrice Luchini reste sceptique. Alors, mi-sérieux, mi-rieur, il égrène les valeurs attribuées habituellement à la gauche. Le partage? «Ce n'est pas très naturel de partager», constate-t-il. La construction de l'identité dans le collectif? «Non», répond-il tout de go, «parce que j'ai des valeurs d'individualisme extrêmement violentes». Alors que reste-il de «gauche» en lui? Une forme de mépris du matérialisme puisque, il l'avoue, écouter Glenn Gould jouer Bach, lire Proust et faire vibrer un théâtre suffisent amplement à son bonheur.









Fabrice Luchini et la bourgeoisie de droite





LA MINUTE NÉCESSAIRE DE M.LUCHINI (4/8) - Chaque jour le comédien livre, pour le Figaroscope, ses réflexions sur la culture et l'actualité. Dans le quatrième épisode de cette série, il dénonce, à la manière du Misanthrope, «l'arrogance de classe».








Après avoir épinglé Aurélie Filippetti et quelques travers de la gauche dans sa minute nécessaire précédente,notre Alceste à bicyclette profite de son rôle de rédacteur en chef exceptionnel du Figaroscope pour épingler les défauts de la droite. «Le pire, c'est la certitude de sa classe», énonce-t-il en préambule. Fabrice Luchini dénonce «la bourgeoisie de droite», à l'image de «cette arrogance des gens de l'Île de Ré ou des quartiers chics». Il n'aime pas les chapelles, pourfend les dogmatismes, les replis sur soi. Est-il de droite, est-il de gauche? L'acteur «plus Philinte qu'Alceste», sait, comme Molière, que «la parfaite raison fuit tout extrémité».


Fabrice Luchini, fin gourmet




LA MINUTE NÉCESSAIRE DE M. LUCHINI (5/8) - Chaque jour, le comédien livre, pour le Figaroscope, ses réflexions sur la culture et l'actualité. Dans le cinquième épisode de cette série, il se confie sur ses habitudes alimentaires d'excellence.








Si Depardieu est Gargantua, alors Luchini est Brillat-Savarin. Pour lui, les recettes de nos plus grands chefs étoilés sont autant de mots d'auteurs. Il déguste ainsi, au gré de ses chères déambulations parisiennes, les inventions sucrées-salées des Lucullus de la capitale. Le lundi, il s'arrête chez Fréchon, le patron des cuisines du Bristol. Le mardi, il rend visite à son ami Pierre Gagnaire. Il paraît même qu'ils envisagent d'ouvrir un restaurant. Le mercredi, il fait une halte chez Guy Savoy. Et le reste de la semaine, cet inépuisable chercheur de saveurs suit le chemin inverse. Jamais seul, il déjeune soit avec ses amis, soit avec sa fille. Car il veut «l'initier à l'excellence».


Fabrice Luchini et la musique des sphères


LA MINUTE NÉCESSAIRE DE M. LUCHINI (6/8) - Chaque jour le comédien livre, pour le Figaroscope, ses réflexions sur la culture et l'actualité. Dans le sixième épisode de cette série, il revient sur son apprentissage de la musique classique.







Point de prétention chez Fabrice Luchini quand il doit parler de son apprentissage de la musique classique. Dans ce domaine, il est un autodidacte révélé. C'est l'un de ses maîtres de théâtre, Michel Bouquet, qui l'a initié à Mozart. Luchini se souvient de son admiration pour le génie du maître de Salzbourg. Imitant le phrasé de l'inoubliable interprète du Neveu de Rameau: «Mozart, mais Mozart, c'est la musique des sphères.» Puis humblement, il avoue «il a appris Mozart» avec les concertos 20, 21, 22, 23, 24. Ses premiers pas vers le ciel d'Amadeus.





   Luchini et la peinture d'Hopper



LA MINUTE NÉCESSAIRE DE M.LUCHINI (7/8) - Chaque jour le comédien livre, pour le Figaroscope, ses réflexions sur la culture et l'actualité. Dans le septième épisode de cette série, il analyse l'oeuvre du maître américain exposé au Grand Palais.






Aux yeux de Fabrice Luchini, rédacteur en chef exceptionnel du Figaroscope, «l'incroyable intuition» d'Edward Hopper le mène à peindre la vie avant «qu'elle ne donne des réponses». L'œuvre du maître new-yorkais, celle du «moment où rien n'arrive», est d'actualité. L'acteur pense même qu'elle possède des vertus qui aident à lutter contre les mauvaises tendances de notre époque. Ces mauvais penchants, il les dénonce ainsi: «Tout le monde attend du produit, tout le monde attend de l'enchantement, tout le monde attend de la tyrannie du bonheur». Bonne nouvelle l'exposition - salvatrice? - d'Hopper est prolongée jusqu'au 3 février, au Grand Palais.



Fabrice Luchini, Misanthrope malgré lui



LA MINUTE NÉCESSAIRE DE M. LUCHINI (8/8) - Chaque jour, le comédien livre, pour le Figaroscope, ses réflexions sur la culture et l'actualité. Dans le huitième épisode de cette série, il dépeint les traits de caractère des deux personnages de la célèbre comédie de Molière.







Misanthrope Luchini? Que nenni. En Alceste, l'acteur ne voit qu'un raseur. Lui, son héros, c'est Philinte, «l'intelligent». L'ami, le confident, le connaisseur des tréfonds de l'âme humaine, qui conseille au Misanthrope de s'accommoder des travers de l'homme.


Luchini cite cette réplique avec délectation en détachant chacune des syllabes: «J'accoutume mon âme à souffrir ce qu'ils font.» Dans la vie, l'acteur a choisi son camp, il sera Philinte. Dans son prochain film, Alceste à bicyclette , il devra batailler face à Lambert Wilson pour savoir qui sera le yin ou le yang.


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MessageSujet: Re: FABRICE LUCHINI   Sam 19 Jan - 18:55

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Fabrice Luchini chez F. Taddeï - partie 1 (CSOJ du 15-01-13)







Fabrice Luchini chez F. Taddeï - partie 2 (CSOJ du 15-01-2013)









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MessageSujet: Re: FABRICE LUCHINI   Dim 22 Mar - 19:36

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A voix nue sur France Culture du 02/03 au 06/03/2015



C’est  un acteur rare, libre, iconoclaste, qui depuis son premier rôle dans Le Genou de Claire de Rohmer il y a quarante-cinq ans, trouve aujourd’hui encore le moyen de nous emmener là où il en a envie, c’est-à-dire du côté de la langue.

Elle est là sa passion :  distiller des mots, jouer avec eux, extraire des textes le génie de l’auteur pour nous rappeler que Molière, La Fontaine, Céline, Rimbaud, Flaubert ou Murray, n’existe au fond que pour nous enflammer.

Jouir oui, mais avec la langue et en la sublimant. Fabrice Lucchini n’est pas seulement un artiste mystérieux mais le chantre d’un monde désenchanté qui ne peut pas s’empêcher  de provoquer.


Ecoutez-le…







http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5006963


http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5007583


http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5007673


http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5007675


http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5007679





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MessageSujet: Re: FABRICE LUCHINI   Ven 26 Fév - 18:46





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Comment on devient Fabrice Luchini






Pour la première fois, le comédien se fait auteur en se racontant dans un livre, dont nous publions des extraits exclusifs. Il y rappelle son attachement à la langue française, pour le plus grand bonheur de Jean d’Ormesson, qui lui dit toute son admiration dans un dialogue inédit.


Est-ce une autobiographie ? Un récit personnel ? Un témoignage ? Après des années d’hésitation, Fabrice Luchini a décidé de se raconter un peu par écrit. Mais pas trop. Et à sa manière.

Impressionniste, épurée, modeste, dans l’ombre des grandes lumières qui ont éclairé son parcours depuis l’enfance dans le XVIIIe arrondissement de Paris jusqu’à notre bel aujourd’hui - les spectateurs français ont de la chance, qui pourront le voir dans la reprise de son spectacle Poésie ? au Théâtre Montparnasse dans quelques jours, sur la scène de la Salle Gaveau pour une grande rencontre avec les lecteurs du Figaro le 3 mars, et bientôt sur grand écran, dans le nouveau film très attendu de Bruno Dumont, qui devrait créer l’événement au prochain Festival de Cannes.



Entre-temps, il y aura eu ses années d’apprenti coiffeur dans un salon chic des Champs-Elysées peuplé de clientes baroques, sa découverte de la langue française en fréquentant les bandes des Abbesses, ses rencontres décisives avec Philippe Labro, Eric Rohmer, Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, Jean-Laurent Cochet, Roland Barthes (dont il a hérité du talent pour écrire et décrire certaines « mythologies » comme le bus 80 ou la Mobylette).



C’est tout cela et plus encore que le comédien raconte dans un livre sincère, touchant, piqueté de fulgurances (souvent, et c’est merveilleux, on l’entend autant qu’on le lit), riche en anecdotes. Et généreux. Très généreux. Guère de pages où il ne paie son tribut aux écrivains à qui il doit tant : La Fontaine et son style limpide, toujours en mouvement, Molière et sa mécanique diabolique, Céline et sa rage musicale, Muray et son mauvais esprit réjouissant… Sans oublier ce chapitre splendide où il fixe son rapport obsessionnel à Nietzsche, dont il dit joliment que « la lucidité l’empoisonne ».



Ce livre est aussi l’occasion pour Luchini de se décrire dans son époque - qu’il n’aime guère. Ses flash-back sont entrecoupés de saynètes sèches où surgissent sans crier gare Jean-Pierre Marielle, François Hollande, Olivier Besancenot, Eric Dupont-Moretti, un couple de carrossiers du Midi, Yasmina Reza : c’est que le comédien ne se nourrit pas seulement de grands textes, mais aussi des mots, des gestes, des travers et des vertus de ses contemporains. Il ne les oublie ni ne les épargne…Comédie française a pour sous-titre célinien Ça a débuté comme ça… Une promesse de voyage tenue de bout en bout au fil de 230 pages signées d’un homme d’esprit qui ne revendique rien d’autre que son droit de penser, de croire, de mécroire, de dire, de détester, d’aimer et de critiquer ce qu’il veut, qui il veut, quand il veut. Toutes qualités et exigences qui appartiennent aussi aux hommes libres. Ils ne sont pas si nombreux.


J.-CH. B.



AR JEAN-CHRISTOPHE BUISSON (TEXTES) ET ÉLODIE GRÉGOIRE (PHOTOS)


http://kiosque.lefigaro.fr/ouvrir-liseuse-milibris/figaro-magazine/af67a5a3-e710-4a5b-acf2-2c50a4a34e27



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MessageSujet: Re: FABRICE LUCHINI   Ven 26 Fév - 18:52

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Extraits :


Fabrice Luchini  Comédie Française , ça a débuté comme ça









La langue vivante, je ne l’ai pas apprise à l’école. Elle courait, quand j’étais enfant, dans le quartier des Abbesses. Avec la bande.

« Je reviens à la langue parlée, écrit Paul Valéry. Croyez-vous que notre littérature, et singulièrement notre poésie, ne pâtisse pas de notre négligence dans l’éducation de la parole ? […] Cependant qu’on exige le respect de la partie absurde de notre langage, qui est sa partie orthographique, on tolère la falsification la plus barbare de la partie phonétique, c’est-à-dire la langue vivante. »


La bande, c’était des gens violents qui avaient une langue. Une chose qui me fascinait dans ce regroupement d’individus, c’est qu’ils formaient une masse. La police avait des hésitations à aller se promener dans ce coin-là. Ils se donnaient rendez-vous au coin de la rue Houdon et de la rue des Abbesses ou alors sur la place du métro. Une trentaine ou une quarantaine de garçons, de mecs. Ça ne rigolait pas : la bagarre était leur seule expression. Il y avait du bruit, de la violence, du mouvement, de la fumée : une sorte de place Jemaa el-Fna. J’avais accès à eux grâce à des filiations de concierge de la rue Ramey. Ce n’était pas évident de les atteindre. C’est par eux que la puissance de l’oralité m’a été révélée. « On s’arrache », entendait-on sous le métro. Ils n’avaient jamais lu Valéry mais quand ils disaient « on s’arrache », j’avais l’image des pieds qui se décollent du goudron.



Le verlan, le louchébem vingt ans avant Renaud composaient un cocktail inimitable, un alcool violent. Je ratais tout dans la langue officielle, je réussissais tout dans la langue parallèle. L’agencement des mots et des sons formait ma première partition. Je n’allais pas entendre la Berma dire Racine (je ne connaissais ni l’un, ni l’autre, ni Proust) mais quand pour la première fois j’ai entendu « Mais dis donc, tu te dérobes ? », ce fut comme une révélation. « Tu te dérobes ? » lançaient les mecs à celui qui refusait soit une virée, au bordel ou aux Champs-Elysées, soit de les accompagner acheter une chemise chez Tati. « J’ai besoin d’un tee-shirt », « J’ai pas envie de t’accompagner, répondait l’autre, arrête de me faire iech. » « Tu te dérobes ? » Tout est là, dans ce « tu te dérobes ? » à cause d’un tee-shirt. Dramatiser ce qui n’a aucun sens. « Tu te dérobes ? » Tout un code social qui accompagnait ces quelques lettres : appartenance, force du groupe, crainte de la disgrâce. « Tu te dérobes ? » Pas du Bruant, ni du Poulbot, mais la langue des aristos de la rue. Mes Guermantes.



Un autre monde. Il faut dire que ce n’est pas rue du Bac que ça a commencé. Mais très loin de chez Gallimard, là-bas, au-delà de Saint-Lazare. Par la faute d’une ligne d’autobus. La ligne 80. Ce n’est pas rien, la ligne 80. Les gens appellent ça un « moyen de transport ». Ils y montent et y descendent sans voir que d’une station à l’autre la machine à plate-forme est devenue une ignominie mécanique et technicienne et que le parcours est souvent celui de toute une existence. Au début, on a 14 ans, on est sur la plateforme, on en a plein les yeux, les rues défilent.



Le parcours du 80, c’est l’acte fondateur de ma Maman.

« Avec ma mère, écrit Céline dans Voyage au bout de la nuit, nous fîmes un grand tour dans les rues proches de l’hôpital, une après-midi, à marcher en traînant dans les ébauches des rues qu’il y a par là. »


Ma mère dort avec mon père au cimetière de Montmartre. Pas loin de Guitry. Pas loin de Truffaut. En dessous du pont Caulaincourt, sur le parcours du 80.

Avec ma mère, nous en fîmes des grands tours. Elle était fille de l’Assistance publique à Nevers. Elle n’avait pas de parents. Elle s’était mariée avec un homme qui au retour de la guerre était devenu fou : il ne la reconnaissait pas. Ces deux misères s’étaient retrouvées, il en est sorti trois enfants. J’ai deux frères, mais j’ai eu la folie de penser que j’étais le seul. De là vient mon dévorant désir d’être le préféré.



Le soir, j’aidais mes parents pour les livraisons. Je montais les marches du passage Cottin en portant les cageots de fruits et de légumes. Plus on grimpait, plus l’horizon s’élargissait, plus l’air se purifiait. L’escalier social possède celui qui le monte. Ma mère avait une belle clientèle, tout le haut Montmartre. J’allais livrer les dames dans le haut Lamarck. Le haut Lamarck. On avait l’impression d’être dans les hauteurs de Nice. Je montais, je montais, j’accédais. Là-haut. Les appartements étaient vastes, tout était aéré. Je ne connaissais pas encore la phrase de Michel Audiard - « Moi, le pognon, ça m’émeut » -, mais j’éprouvais une émotion indescriptible.



Le 80, au départ, ce n’était qu’une station sous la mairie du XVIIIe. C’est aussi le dépôt. Les bus y soufflent comme des chevaux qui attendent de sortir. Des bêtes au repos. Une étable. Gamins, on restait à quai sans monter dedans : la colline suffisait. Rue du Chevalier-de-La-Barre, il y avait un ruisseau. « Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache (c’est-à-dire la flaque), écrit Rimbaud dans “Le Bateau ivre”, Noire et froide où vers le crépuscule embaumé/Un enfant accroupi plein de tristesse… » L’enfant accroupi, c’était vraiment Robert, c’était moi. Il n’était pas plein de tristesse, sûrement plein d’angoisse. « Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche/Un bateau frêle comme un papillon de mai. » Mon bateau de papier partait sur la mer immense. On grimpait et on dévalait la butte. Les troupes à casquette du fascisme touristique ne l’avaient pas encore envahie.



Le collège alors n’était pas automatique. Le parcours naturel ce n’était pas CM1, CM2, 6e. Il y avait l’élite qui allait au collège et le reste allait en troupeau à l’école des pauvres : les ratés. […]

A 13 ans, j’ai eu mon certificat d’études. Puis j’ai fait de la comptabilité. Je n’y comprenais pas grand-chose. Ça ne servait à rien d’insister. Ma mère avait un instinct absolu. Un matin, elle avait ouvert France-Soir. Il y avait de la demande.

C’était les années 60. Il y avait du boulot dans les années 60.



Maman avait obtenu un rendez-vous avenue Matignon. Un salon de coiffure. Les références étaient excellentes et puis c’était commode, on allait pouvoir s’y rendre par le bus 80.

[…]

Il aurait pu tourner à gauche. Il serait allé vers la Goutte-d’Or. On ne la méprise pas la Goutte d’Or, mais on n’a pas envie d’y aller tout de suite. Pas tout de suite. Il a tourné à droite. C’était la fin d’après-midi. Je venais de monter avec ma mère dans l’autobus. Un bel autobus à plate-forme, très Boris Vian, avec les attaches en cuir orange où les mains s’agrippent quand les pavés font trembler la machine. On était assis, je crois. Il fallait bien ça, pour un voyage dans la richesse et les beaux quartiers. Il est évident qu’il y a une perspective ascendante dans ce parcours du 80. Il part de la mairie du XVIIIe. Ce n’est pas la misère encore, mais s’il avait tourné à gauche on y arrive quand même très vite à la misère et sans s’en rendre compte.



C’est à droite qu’il a tourné. Et ça a commencé la féerie. Rue Custine d’abord. Elle cache son jeu la Custine, la rue Custine. Elle est un peu rétrécie, elle est sombre, mais elle ouvre des perspectives, elle reste à son rang mais elle sait qu’elle va devenir la rue Caulaincout. La rue Caulaincourt, elle est un peu complexée, c’est un peu l’avenue Victor-Hugo du pauvre, mais disons qu’elle prétend à quelque chose.

« Quand on arrive vers ces heures-là en haut du pont Caulaincourt on aperçoit au-delà du grand lac de nuit qui est sur le cimetière les premières lumières de Rancy, écrit Céline. C’est sur l’autre bord Rancy. Faut faire tout le tour pour y arriver. C’est si loin ! Alors, on dirait qu’on fait le tour de la nuit même, tellement il faut marcher […]. »



Ce n’est pas gratos, cette description de Céline. Il nous emmène sur le pont comme au bord de l’océan. « On aperçoit […] les premières lumières de Rancy. » On est comme sur un bateau avec le port au loin. « C’est sur l’autre bord Rancy. » Rancy, c’est Clichy. Le 80 donc passe là, le long du cimetière de Montmartre où les miens dorment.


L’autobus débouche sur la place Clichy. On croise le grand cinéma avec ses trois mille places. Elle est idiote la place ­Clichy. Elle est démoralisante. Elle est très bête. Mais c’est quand même là que tout a débuté. Au café Wepler. Bardamu, premières pages du Voyage. Arthur Ganate. « Ça a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais rien dit. » Pour faire le malin, il rejoint un défilé de soldats qui passe par là :



« Alors on a marché longtemps. […] Et puis il s’est mis à y en avoir moins des patriotes… La pluie est tombée, et puis encore de moins en moins et puis plus du tout d’encouragements, plus un seul, sur la route. […] J’allais m’en aller. Mais trop tard ! Ils avaient refermé la porte en douce derrière nous les civils. On était faits, comme des rats. »



Il est fin le 80. S’il était le 30, il pourrait aller directement à l’Etoile par le boulevard des Batignolles. C’est pas le cas, il tourne à gauche, rue de Saint-Pétersbourg. Il descend doucement vers l’apaisement de la bourgeoisie. Place de l’Europe, on sent que ça y est. Fini la cacatouille, Haussmann a bossé. Du très bon Haussmann. Du Haussmann triste, sans hystérie, dépressif. Du Haussmann protestant, quoi, mais du baron quand même. Autour de la place de l’Europe, il suffit d’énumérer le nom des rues pour comprendre que le monde s’élargit : rue de Madrid, rue de Saint-Pétersbourg, rue de Rome, rue de Budapest, rue de Moscou ! Il n’y a pas un bistrot, pas un troquet, mais du mystère dans tous les apparts. Ça change du reste de Paris et des restaurants qui, aujourd’hui, poussent comme des champignons. Tout le monde a l’air de s’en foutre,mais devant l’industrialisation du restaurant à Paris on devrait quand même s’interroger ! Tous les mois il y a un nouvel endroit et on dirait que ce nouvel endroit produit une nouvelle clientèle ! On dirait que le bobo se reproduit en fonction du nouveau restaurant ! C’est fascinant. Place de l’Europe, pas de resto, ni de bobo.



C’est froid, triste mais il y a du lingot. C’est secret. On ne jouit pas, place de l’Europe. Ici, on ne rigole pas. Ici, on cache. On ne joue pas le XVIe arrondissement. Quand on arrive là, avec Maman, on est comme Frédéric Lopez dans l’émission « Rendez-vous en terre inconnue ». Vous savez, cette émission fascinante où l’on voit les actrices se lier d’amitié avec certains Papous. Il paraît qu’à chaque fois c’est un triomphe. Très grosse audience. Enorme audience. Enorme audience Frédéric Lopez ! Ça peut monter à huit millions de gens. Huit millions de gens qui voient les riches qui voient des pauvres : c’est magnifique !


Place de l’Europe, donc, je ne sais plus comment je m’appelle. La rue de Miromesnil me semble bouleversante. Quartiers chics. Ça dégage, c’est large, c’est plein de perspectives. La bourgeoisie a l’immense arrogance d’être dans les lieux où tout est aéré. Il y a de l’arbre dans la bourgeoisie. Des feuilles et des branches. On est dans les cimes. « Là-haut, dit Nietzsche, il faut être apte au climat très puissant. » Ce qui est pathétique dans la bourgeoisie, c’est que ces sommets l’angoissent et comme ça la gêne terriblement, elle recrée du lien parce qu’il n’y a pas de bourgeois sans dîners et qu’il n’y a rien de plus accablant que des dîners où l’on vous demande si vous avez lu le dernier Houellebecq. J’arrive à Saint-Philippe-du-Roule, je ne comprends plus rien : c’est de l’hébreu ! Enfin, on s’arrête au rond-point des Champs-Elysées. Du monde fermé, celui de l’enfance et des angoisses, j’entre dans un autre.





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MessageSujet: Re: FABRICE LUCHINI   Ven 26 Fév - 19:06

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Jean d’Ormesson : “Fabrice Luchini a sa place à l’Académie française”












« Là, c’est le moment où la droite devient excellente parce que généreuse, accueillante, universelle.
En fait, Jean d’Ormesson, comme Philippe Tesson, incarne ce que la droite peut avoir de meilleur, la preuve qu’elle peut avoir de la gueule, ce qui était déjà le cas avec Malraux ou de Gaulle, qui cite Nietzsche dans ses mémoires.
Ou Pompidou, auteur d’une remarquable Anthologie de la poésie française, chose dont je sens moins capable François Hollande - d’ailleurs, quand je lui suggère de le faire, je ne le sens pas très motivé…»





Habités d’une mutuelle admiration, le comédien et l’académicien se connaissaient à peine. « Le Figaro Magazine » les a réunis pour une rencontre inédite à la bibliothèque de l’Institut. Là où Jean d’Ormesson rêve de faire venir un jour Fabrice Luchini…



La semaine précédente, Jean d’Ormesson était allé applaudir Fabrice Luchini aux Mathurins pour une des dernières représentations de Poésie ? dans le théâtre proche de la Madeleine, avant d’emmener son spectacle, triomphe oblige, dans une salle plus grande, dès le 7 mars (Théâtre Montparnasse). Au cours de la soirée, le comédien avait déclenché une standing ovation pour l’académicien, « immense écrivain du bonheur ». Le plaisir de spectateur sincèrement ébloui par la performance de Luchini s’était alors doublé, chez le roi Jean, d’une fierté sincère. Après le spectacle, ils s’étaient retrouvés quelques minutes au foyer du théâtre. Une jeune femme avait amené Ilya, la chienne shiba de l’acteur. « Elle est belle, n’est-ce pas ? » avait lancé Luchini à son invité. « La chienne n’est pas mal, mais la dame qui l’accompagne est encore plus intéressante », avait répondu celui-ci... Les deux hommes avaient décidé de se revoir. Rendez-vous avait été fixé à l’Institut, quai de Conti.



En s’installant dans un des petits salons attenants à la somptueuse bibliothèque des académies, Fabrice Luchini ne feint pas sa joie. Il a en main un des premiers exemplaires de son livre, Comédie française. Ça a débuté comme ça…, tout frais sorti de l’imprimerie. On lui suggère d’en lire un passage : il choisit celui où il narre le parcours du bus 80 depuis le XVIIIe arrondissement jusqu’aux beaux quartiers. L’académicien l’écoute. Comme si un nouveau spectacle naissait devant lui. C’en est un. A deux voix, bientôt…



Fabrice Luchini, terminant l’extrait de son livre cité plus haut, page 59 - «… Il est fin, le 80. S’il était le 30, il pourrait aller directement à l’Etoile par le boulevard des Batignolles… » C’est beau, hein ? Attends, tu vas voir, tu vas rire, là !


Jean d’Ormesson - Il ne faut pas l’interrompre !

F. L. - […] place de l’Europe, on sent que ça y est. Fini la cacatouille. Haussmann a bossé. Du très bon Haussmann. Du Haussmann triste, sans hystérie, dépressif. Du Haussmann protestant, quoi, mais du baron quand même… »


J. O. - C’est épatant ! Il est bien dommage que Fabrice Luchini, qui aime tant la littérature, ne fasse pas du théâtre ! Quel acteur !


Vous ne vous connaissiez pas tous les deux ?

J. O. - J’ai l’impression de connaître Fabrice depuis très longtemps, mais nous ne nous sommes rencontrés qu’une seule fois, chez Pivot, il y a une quinzaine d’années. Il a récité ce soir-là une fable de La Fontaine, dans lequel il glissait quelques commentaires de son cru. C’était brillant. J’étais enchanté et en même temps un peu inquiet : quand vous êtes à la télévision avec Luchini, c’est difficile de placer un mot.

F. L. - C’est Jean d’Ormesson qui dit ça…



Vous, Fabrice, vous avez aussi l’impression de connaître depuis longtemps Jean d’Ormesson…


F. L. - Bien sûr. Pour moi, il a toujours été l’incarnation de la bourgeoisie heureuse, d’un Figaro lumineux. Par sa gaieté, son enthousiasme, il a révélé que la littérature pouvait ne pas être forcément sécrétée par une tragédie intérieure ou une souffrance monstrueuse. Il incarnait, et incarne toujours, une triple institution - la littérature française, l’Académie française, le Figaro - de manière non pas solennelle mais ludique, légère. Son dernier livre, Je dirai malgré tout que cette vie fut belle, en est l’illustration parfaite.



Jean d’Ormesson, vous ne vous demandez pas comment vous pouvez apprécier un homme qui aime autant les écrivains dépressifs ou sombres comme Cioran, Schopenhauer, Céline ?


J. O. - Pour moi, la littérature c’est du chagrin voire du malheur, mais qui est transformé en bonheur par la syntaxe et l’orthographe.


F. L. - Nietzsche disait : « transformer nos épreuves en lumière ». Et Céline ne faisait rien d’autre que de la dentelle à partir du caca et du microbe.


J. O. - Fabrice est un de ces hommes à qui la littérature doit le plus. Comme Pivot, il est un passeur, comme en témoigne son spectacle Poésie ?, qui est une surprise permanente. Il commence par Valéry, continue par Céline, puis apparaît La Fontaine, avant ce coup de génie : l’irruption de Labiche. Personne n’y a songé avant lui, mais c’est une évidence : Valéry et Labiche, malgré les apparences, sont frères ! Et cette arrivée de Labiche dans le spectacle nous rappelle aussi qu’il existe une magnifique littérature comique française dont l’auteur des Deux timides est un des meilleurs représentants avec Feydeau, Courteline…


F. L. - Et Jules Renard !


J. O. - Jules Renard, bien sûr, auteur de ce merveilleux : « Une fois que ma décision est prise, je balance longuement. »


F. L. - Et de « Je ne sais pas si j’ai du goût mais j’ai le dégoût très sûr »…



Fabrice Luchini, comment devinez-vous que de la juxtaposition d’auteurs aussi divers va se dégager une certaine cohérence ?


F. L. - C’est un agencement qui m’échappe un peu mais, ce qui est sûr, c’est que je suis très couturier dans la préparation de mes spectacles. Je cherche longtemps les articulations entre les textes que j’ai choisis. Trouver pourquoi et comment Valéry emmène à Rimbaud, c’est extraordinaire. Comme d’essayer de montrer la poésie de Labiche. Ou celle de Céline, qui restitue génialement à l’écrit la langue parlée. Car enfin, il n’y a pas de raison que la poésie se résume au fameux « Poète, prends ton luth, et me donne un baiser ». Mais là, c’est moi qui parle trop. Si on faisait tous les deux à nouveau une émission télé, je prendrais garde à redonner la parole à Jean. J’ai changé en quinze ans, vous savez…


J. O. - Fabrice a raison de vanter la beauté de la langue orale. La grande littérature, c’est la littérature orale. C’est Homère, c’est Platon. J’avoue que j’étais un peu surpris de voir Luchini se lancer dans sa lecture de Rimbaud, mais il faut reconnaître qu’il en parle admirablement. Quant au lien entre des auteurs si différents qui appartiennent à des mondes si différents, il ne faut pas aller le chercher ailleurs que chez Luchini lui-même. C’est lui qui fait le lien : il présente des auteurs à qui il se mêle et ce n’est pas rien.


F. L. - En t’écoutant, je songe soudain que, lorsque j’étais petit coiffeur à 15 ans, j’ai travaillé et même habité chez quelqu’un que tu connaissais : l’éditeur Bernard Privat.


J. O. - C’était un homme merveilleux : il a refusé un de mes livres !


F. L. - Il a beaucoup compté pour moi. Je me souviens même de son numéro de téléphone : Vaugirard 33-28.



Avant que Fabrice Luchini ne se transforme définitivement en Patrick Modiano, pouvez-vous tous les deux éclaircir ce mystère qui est de vous voir si complémentaires alors que vos parcours sont si opposés : d’un côté, le fils d’un petit commerçant italien de la Goutte d’Or ayant à peine lu à 15 ans, sorti du système scolaire, poulbot ne voyageant presque pas ; de l’autre, l’héritier d’une famille aristocratique française vieille de plusieurs siècles, normalien ayant déjà parcouru le monde à 18 ans…


J. O. - Je défends l’idée que nous sommes non seulement liés… Tiens, d’ailleurs, je vais tutoyer Fabrice s’il le permet.


F. L. - Oh ben oui, moi, je me le suis déjà permis…


J. O. - Je disais donc que, non seulement nous sommes liés par la littérature, mais nous appartenons exactement au même milieu. Mieux : nous habitons le même monde. Car, mon vrai milieu, c’est le livre. Je vis dans un monde que Fabrice représente parfaitement.


F. L. - Ce que j’apprécie chez Jean d’Ormesson, c’est qu’il ne triche pas. Il est né avec une cuillère d’argent dans la bouche et ne s’en excuse pas, ne s’en cache pas et ne le revendique pas. Il est le contraire de cet homme se disant fils de cheminot alors qu’il était le fils du patron des Wagons-Lits ! Mais je voudrais revenir sur cette phrase de Jean : « Fabrice habite le même monde que moi. » Vous vous rendez compte de ce que cela signifie ? Là, c’est le moment où la droite devient excellente parce que généreuse, accueillante, universelle. En fait, Jean d’Ormesson, comme Philippe Tesson, incarne ce que la droite peut avoir de meilleur, la preuve qu’elle peut avoir de la gueule, ce qui était déjà le cas avec Malraux ou de Gaulle, qui cite Nietzsche dans ses mémoires. Ou Pompidou, auteur d’une remarquable Anthologie de la poésie française, chose dont je sens moins capable François Hollande - d’ailleurs, quand je lui suggère de le faire, je ne le sens pas très motivé… Pour revenir à Jean, je remarque qu’il est bien entendu aimé par la bourgeoise installée mais qu’il n’est pas détesté par les jeunes puisque certains se tatouent même son nom sur le bras. Les femmes l’aiment aussi…


J. O. - Pas assez, pas assez…


F. L. - En fait, Jean d’Ormesson arrive à ce miracle : il donne envie d’être de droite.


J. O. - Je crois que c’est un compliment…


F. L. - D’ailleurs, la gauche n’a aucune animosité contre toi, Jean ?


J. O. - Non, la preuve : L’Humanité vient de publier deux pages merveilleuses sur mon dernier livre. Mais, Fabrice, il faut que nous fassions très attention à ne pas dire trop de bien l’un de l’autre. Sans cela c’est la rhubarbe et le séné, c’est catastrophique.


F. L. - Oui, suivons Nietzsche : « Je n’accorde le droit à personne de me restituer ses louanges. Il rentre plus d’indiscrétion dans l’admiration que dans le mépris. »


J. O. - J’aimais bien aussi cette phrase de Charlie Hebdo : « Nous vomissons les gens qui nous soutiennent. »


F. L. - Jean, tu préfères quand même une louange à une critique ?


J. O. - Honnêtement ? Entre une critique très intelligente et une louange stupide, je préfère la première.


Et vous, Fabrice ?

F. L. - Je ne suis pas aussi fort que Jean. J’ai du mal avec les mauvaises critiques…


J. O. - Mais, Fabrice, tu n’as jamais eu de critiques très négatives !


F. L. - Oh si ! Par exemple pour la sortie de Perceval le Gallois, de Rohmer, Jean-Louis Bory, animateur du « Masque et la Plume », s’est quand même écrié : « Quel dommage que Perceval soit joué par ce niguedouille sans charme. » Et François Chalais a écrit à cette occasion : « Quant à Fabrice Luchini, il ressemble à Serge Lama dans La Dame aux camélias. » Tu vois que je n’ai pas toujours été épargné.



Et si on reprenait cette idée de Jean d’Ormesson de vous critiquer mutuellement ?


F. L. - Bon, je me lance, sinon il va s’y mettre. Alors disons que je suis sidéré du plaisir que Jean a à être si peu détaché du monde médiatique. Son livre est très bon, il marche très bien, on se demande s’il a vraiment besoin d’aller le vendre sur les plateaux de télévision ou dans les studios de radio au lieu d’adopter la position distante d’un Kundera, par exemple.


Jean d’Ormesson, il semble que Fabrice tente de vous dire qu’il trouve que vous en faites peut-être un peu trop médiatiquement…


J. O. - Ah bon ? Moi, je trouve que Fabrice est très mesuré à mon égard, et il a bien raison. Cette lucidité l’honore…



Fabrice Luchini, vous n’évoquez jamais Dieu, contrairement à Jean d’Ormesson qui, pour autant, n’a pas réglé le problème, même s’il en parle souvent…


J. O. - Vous avez raison, je n’ai toujours pas réglé le problème !


F.  L. - Comme dirait Cocteau, « il ne faut pas poétiser plus haut que son luth ». Dieu, c’est au-dessus de mes moyens. J’essaye un peu d’approcher le sujet par la lecture de Maître Eckart. Mais c’est comme être de gauche : ça demande trop d’efforts, à commencer par abandonner toute vanité. Tiens, c’est un défaut qu’on peut s’envoyer mutuellement au visage, Jean et moi : la vanité. Cela dit, toi, tu arrives à supporter des mauvaises critiques, donc tu es moins vaniteux. Mais n’est-ce pas ton origine sociale qui te donne une certitude supplémentaire ? La certitude de ta filiation ? Les d’Ormesson sont sur terre depuis des siècles, ce ne sont pas les dernières lignes sévères à la fin d’un article dans L’Obs qui vont te faire douter. Comme disait Flaubert : « Dis du mal de moi par-derrière, tu peux : mon cul te contemple. »


J. O. - Parce qu’il défendait Fouquet, mon ancêtre Olivier d’Ormesson a été banni par Louis XIV, qui lui a retiré tous ses titres : ça, c’était autrement plus grave qu’un mauvais article dans un journal.



Dans votre livre, on découvre qu’avant d’y entrer, vous n’aviez pas un respect immense pour l’Académie française, Jean d’Ormesson…


J. O. - Je crois que je partage avec Fabrice une certaine liberté d’esprit. Quand j’étais candidat pour entrer à l’Académie française, je racontais cette plaisanterie mettant en scène deux académiciens. L’un demande à l’autre comment va un de leurs confrères. « Oh, il est à moitié gâteux. - Ah, il va mieux, alors »…


F. L. - Jean d’Ormesson a réussi à traverser toutes les époques sans être affecté. Il a traversé sans dommage la période Barthes, la période Deleuze, la période Foucault. Et la période Bourdieu ! Je suis sûr que Bourdieu aurait aimé lui dire : « Mais qu’est-ce que tu es, d’Ormesson, sinon une justification de ton héritage de classe ? Tu sais bien que tu es une saloperie, d’Ormesson. » Foutaise ! La preuve : en 2016, le d’Ormesson, il est avec Fabrice, fils d’immigré, à qui il dit : « On est du même pays. » On le nique, Bourdieu !


J. O. - Fabrice est un immigré qui s’est littéralement nourri de la littérature française, on dirait qu’il a avalé La Fontaine, Labiche et Céline avant de nous les présenter sur scène.


F. L. - C’est un compliment qui me va droit au cœur, moi qui essaie toujours d’obéir à Louis Jouvet pour qui « restituer, c’est l’art du comédien ».



Jean, Fabrice ferait-il un bon candidat à l’Académie française ?

J. O. - Pendant longtemps, il y avait deux catégories de personnes qui ne pouvaient pas postuler à l’Académie : les femmes et les comédiens. J’ai fait entrer la première femme, Marguerite Yourcenar, il y a trente-cinq ans. Je rêverais de faire entrer le premier comédien : toi, Fabrice. La maison a raté Louis Jouvet et Michel Bouquet, elle ne doit pas rater Fabrice Luchini.



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MessageSujet: Re: FABRICE LUCHINI   Sam 12 Aoû - 16:29

Luchini, le passeur magnifique
Par 

Laurent Dandrieu
Samedi 12 août 2017 









Avec sa nouvelle lecture de textes sur l’argent, en septembre, le comédien enrichira son passage en revue des névroses françaises. Et des grands textes capables de les transformer en trésor.

Dans le Coût de la vie, une savoureuse comédie de Philippe Le Guay, sortie en 2003, Fabrice Luchini jouait un pingre d’anthologie, que la moindre addition à régler plongeait dans des transes infinies ; et qui, même confronté aux avances luxurieuses d’une péripatéticienne de haut vol, ne pouvait s’empêcher de se demander “Combien ça va me coûter ? ”… Dans les talk-shows qu’il illumine de ses envolées histrioniques, le sujet revient sans cesse. C’est dire, même s’il affirme que l’idée de bâtir une lecture de textes de grands auteurs autour de l’argent lui est venue lors de la crise des subprimes, en 2008, où il regardait en boucle C dans l’air pour savoir si ses économies allaient partir en fumée tandis que « les chemises hallucinantes de Calvi ajoutaient à l’inquiétude », le rapport obsessionnel du comédien à l’argent ne date pas d’hier. Sans doute vient-il, comme il le confiait, il y a quelques mois au Figaro, du plus loin de son enfance modeste, où il voyait tous les soirs son père, marchand des quatre-saisons, compter et recompter les centimes en faisant la caisse — un père qui ne se faisait pas honte de lire son journal à la lueur du lampadaire de la rue plutôt que d’allumer une lampe, pour faire des économies. C’est de lui, dit-il, qu’il a hérité cette capacité à parler si librement de ce sujet qui est, en France, tabou entre tous.

Dans son spectacle (qui occupera à l’automne, durant un mois, le Théâtre de Paris, déjà complet) sera brossé sans aucun doute, en creux, le portrait du comédien, cet inclassable qui se moque de la gauche à cause de ses postures morales généreuses, mais se dit empêché d’être de droite par le penchant de celle-ci à l’affairisme. « L’argent rend fou les gens » : c’est par cette phrase de Jules Romains que commence cette lecture, composée de textes de Marx, de Cioran, de Zola, de Pascal Bruckner, de Péguy bien sûr. Fabrice Luchini, qui confesse aujourd’hui gagner très bien sa vie, n’est pas épargné lui-même par cette folie, et c’est ce qui rend les digressions de ses spectacles, où il corrige avec une verve moliéresque les bizarreries de ses contemporains, ou ses saillies télévisuelles si délectables : malgré son anticonformisme savoureux, Luchini ne se place pas à l’écart de l’humanité commune, il est l’un d’entre nous, un moderne malgré lui qui partage du moderne toutes les phobies et toutes les névroses, avec seulement plus de lucidité et de verve satirique et une hauteur de vue d’autant plus appréciable que s’il est une espèce entre toutes où elle est infi niment rare, c’est bien celle de comédien.



Dans l’amitié des grands auteurs



Cette hauteur de vue, nul doute que ce soit à la littérature qu’il la doive, cette littérature que cet autodidacte a découverte très jeune au hasard des rencontres (une amoureuse, un prêtre, Éric Rohmer…) et qu’il a eu l’intelligence de laisser le modeler. Celui qui dit volontiers fuir la compagnie de ses contemporains par incapacité à se protéger de leurs névroses confesse que les écrivains sont ses plus réguliers et plus fidèles amis. « L’obsessionnel (et l’autodidacte) est extraordinairement limité », écrit Luchini dans son autobiographie, Comédie française, ça a débuté comme ça…, publiée, en 2016, chez Flammarion. « Sa culture a été acquise à la force du poignet. Mais il peut témoigner parce que ce qu’il connaît, il le connaît en profondeur et ça l’habite. » Et encore : « La poésie demande une vulnérabilité, une capacité d’être fécondé. Elle m’accompagne : avec elle, j’essaye d’avancer dans le mystère du verbe et de la création, et je fais honnêtement commerce de ce qui me hante. »

Car, au-delà de sa verve satirique, de sa capacité à bousculer, dans la foulée de son cher Philippe Muray, les « mutins de Panurge » et autres « rebellocrates » d’une époque qui ne se proclame insoumise que pour mieux masquer son indécrottable conformisme, une époque qui se penche en marche mais s’avère incapable de se demander si ce n’est pas vers le pire, ce qui séduit le plus chez le personnage Luchini, c’est cet insatiable appétit de transmettre, de ne pas conserver par-devers soi, comme un misérable bourgeois flaubertien, ces trésors littéraires qu’il a découverts par hasard et fait fructifier au centuple, mais de s’en faire au contraire l’inlassable passeur.

Au Figaro, en février dernier, Luchini contait sa fierté d’avoir entendu Yasmina Reza, à la sortie d’une représentation de son spectacle Poésie ? , lui confier : « J’ai compris pourquoi je suis française. » Mais il est plus fier encore, sans doute, lorsque, attablé à un café avec les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, qui l’ont portraituré, cet été, dans le Monde, un serveur vient lui dire sa joie d’avoir découvert, grâce à lui, Muray et Péguy. S’il en est fier, ce n’est pas — seulement — par une compréhensible vanité. Mais aussi parce qu’il sait que les mots sont des passeports pour des mondes inconnus, qui ne sont en réalité que le nôtre, transfiguré et rétabli dans sa vraie profondeur par la puissance du verbe. Parce qu’il sait que seule la littérature, selon le mot de Nietzsche, a le pouvoir de « transformer nos épreuves en lumière ». Fabrice Luchini, incomparable passeur de mots, est donc aussi un magnifique passeur de lumière.


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