H A R M O N Y


 
AccueilFAQS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 FRANCIS CARCO

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
liliane
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 13005
Age : 67
Localisation : dans la galaxie
Date d'inscription : 02/05/2008

MessageSujet: FRANCIS CARCO   Jeu 19 Nov - 12:01

Francis Carco, écrivain, poète, journaliste, mémorialiste et auteur de chansons
(1886 - 1958)





« Le coeur n'a jamais de rides. Il n'a que des cicatrices »
« Ecrire des vers à 20 ans, c'est avoir vingt ans. En écrire à 40, c'est être poète ».


De son vrai nom François Carcopino-Tusoli, il voit le jour en 1886 à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) où il passe les dix premières années de sa vie.Il y vit passer des bagnards, enchaînés, qui partaient pour le bagne de l'ile de Nou, située au nord de la presqu'île à Koutio. Les exécutions capitales auxquelles il assiste l’inspirent peut-être par les raclées régulièrement délivrées à Francis, raclées qui font naître chez ce dernier poèmes et révolte intérieure.Le père de Francis Carco était un être très autoritaire, sans compassion, parfois violent, Carco était un enfant battu, l'enfant se réfugia alors dans la poésie, où il exprimera sa révolte intérieure.

En 1902, la famille s’installe à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) où son père a été nommé conservateur des Hypothèques , puis à Rodez, dans le département de l'Aveyron. Il effectuera ensuite son service militaire, à Lyon et à Grenoble, où il va explorer les bas fonds, fréquenter les mauvais garçons et les filles de mauvaise vie.
En 1910, alors âgé de 24 ans, c’est la "montée" à Paris. Pour retrouver ses racines, il s’installe dans la province de la capitale : Montmartre. Son port d’attache est Le Lapin agile, cabaret-café à l’enseigne d’André Gill où il fut immédiatement accueillit parmi les bohèmes de l'époque, qui n'étaient autres que Guillaume Apollinaire, Maurice Utrillo, Amedeo Clemente Modigliani, Max Jacob. Pour gagner sa vie, il deviendra critique artistique dans les revues L'Homme libre et de Gil Blas.
Francis Carco publie son premier recueil de poèmes en 1912, La Bohême et mon coeur, dont les thèmes sont la mélancolie, la mort, la nuit, le rêve, les saisons, l'amour, la bohème, le ciel, le diable, le fantôme, le jardin, la lassitude, le vent. Depuis son arrivée en France, Francis effectue des séjours réguliers chez sa grand mère, 4 rue du Lycée à Nice et notamment en 1912 craignant de sombrer à Montmartre, qu'il décrit comme le lieu des plaisirs et du crime. C’est là qu’il écrira son best-seller : Jésus la Caille, histoire d’un proxénète homosexuel qui paraît en 1914. C’est aussi à Nice qu’il rencontrera souvent Matisse, qui y a établi ses quartiers d’hiver puis de vie (Carco est grand amateur d’art et bon dessinateur). Non loin, il visitera également Colette, dans sa Treille muscate (qu’il va cotoyer par ailleurs à l’Académie Goncourt).

En 1913, Carco revient à Paris et se lie avec Katherine Mansfield. une écrivaine et poétesse néo-zélandaise, qui est à l'époque la compagne de John Middelton Murry, un journaliste anglais de Londres. Il entamera une histoire avec elle, et confessera que cette relation était troublante, que leur amour était voué au désastre. Il sera, d'ailleurs marqué au « fer rouge », jusqu'à la fin de ses jours, par cette relation qui n'aura duré qu'un temps.En août 1914, lorsqu’il rejoint son corps d’aviation à Besançon, elle s’installe dans son appartement du 13 Quai des Fleurs. Durant la première guerre mondiale de 1914-1918, étant blessé en 1916, il sera démobilisé. En 1917, Francis Carco, rencontrera Colette, au journal L'Éclair, ils se lieront d'amitié, jusqu'à la mort de cette dernière.

Francis Carco s'est marié avec Germaine Jarrel dont il divorça en 1935, pour se remarier en 1936, avec Eliane Négrin, la femme d'un Prince égyptien qui n'hésita pas à abandonner ses 3 enfants pour le suivre à Paris.

En 1937, il succède à Gaston Chérau à l’Académie Goncourt.
Francis Carco vient à l’Isle-Adam en septembre 1939, où il loue une maison, avenue des Bonshommes (petit immeuble au dessus de l’ancienne poste). Il y écrit " Bosème d’artiste ", en 1940. A cette époque les Adamois connaissaient Carco, par ses romans inspirés par les filles et les mauvais garçons. Ce qui ne lui faisait pas une bonne réputation auprès de certains qui le considéraient comme appartenant au « Milieu ». Il faut dire que sa démarche un peu chaloupée, sa mèche noire tombant sur le front, son mégot collé à la lèvre, son foulard autour du cou évoquaient plus les airs d’accordéon et les javas canailles que les cénacles académiques. Heureusement cela ne dura pas. La gentillesse, la tendresse de Carco eurent vite fait de conquérir les cœurs, et son bon sourire de désarmer les faiseurs de renommées. C’est à l’Isle-Adam qu’il rencontre sur le marché (avenue des Ecuries) Georges Duhamel, Emile Henriot, Roland Dorgelès, André Luguet.Quand le temps de l’exode fut venu (juin 1940), Elyane et Francis Carco quittent l’avenue des Bonshommes pour se réfugier à Nice puis en Suisse. Avant de partir, Elyane avait pris le soin de poser sur la table du salon une lettre destinée aux soldats allemands, les assurant de ses sentiments hostiles. Cinq ans plus tard, elle retrouvera cette lettre à la même place. Seul un livre fut pris dans la bibliothèque par le dernier occupant qui avait eu la délicatesse de demander au garagiste voisin s’il pouvait l’emporter à titre de souvenir !
Après la guerre, Francis Carco, revient à l’Isle-Adam où il achète, au N° 21 de l’avenue de Paris, une belle demeure en pierre de taille dont les pièces tièdes et fraîches à la fois, donnent sur un jardin de gazon, de feuillage et de fleurs. Il la baptise "La Planque". Le peintre aquarelliste et illustrateur André Dignimont y venait souvent dessiner et peindre des aquarelles. Francis Carco restera 4 ans à l’Isle-Adam avant de regagner les bords de Seine dans l’île Saint-Louis, auprès de ce peuple de Paris qu’il avait tant aimé. Il décède le lundi 26 mai 1958 dans son appartement parisien, suite à une maladie de Parkinson qui l'avait cloué au lit pendant 4 ans. Il est est enterré au cimetière de Bagneux, en compagnie de son frère jean Marèze qui s’est suicidé en 1942 et de sa femme Eliane décédée en 1973.

Une rue de l’Isle-Adam porte son nom. Elle a été inaugurée le 26 juin 1966 en présence de sa femme Elyane, de M. Raffray représentant du préfet du Val d’Oise, de M. Hurteau maire de l’Isle-Adam, de M. Francki, peintre Adamois et vice-président de l’Artistique

Lors de son séjour à l’Isle-Adam, Carco écrira : La danse des morts, L’ami des peintres, Les belles manières, Les jours et les nuits, Mortefontaine, Surprenant procès d’un bourreau, Ombres vivantes, Montmartre vu par Utrillo, Rien qu’une femme, Verlaine poète maudit, Poèmes en prose, Points et contrepoint, Morsure.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
liliane
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 13005
Age : 67
Localisation : dans la galaxie
Date d'inscription : 02/05/2008

MessageSujet: Re: FRANCIS CARCO   Jeu 19 Nov - 12:15




IL PLEUT


Il pleut c'est merveilleux. Je t'aime.
Nous resterons à la maison :
Rien ne nous plaît plus que nous même
Par ce temps d'arrière saison.


Il pleut - les taxis vont et viennent.
On voit rouler les autobus.
Et les remorqueurs sur la Seine
Font un bruit... qu'on ne s'entend plus !


C'est merveilleux : il pleut. J'écoute
la pluie dont le crépitement
Heurte la vitre goutte à goutte...
Et tu me souris tendrement.


Je t'aime. Oh ! ce bruit d'eau qui pleure,
Qui sanglote comme un adieu.
Tu vas me quitter tout à l'heure :
On dirait qu'il pleut dans tes yeux.


Francis Carco
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
liliane
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 13005
Age : 67
Localisation : dans la galaxie
Date d'inscription : 02/05/2008

MessageSujet: Re: FRANCIS CARCO   Jeu 19 Nov - 12:23

PUBLICATIONS DE FRANCIS CARCO



Instincts,recueil de prose, 1911
La Bohème et mon cœur, poèmes 1912
Chansons aigres douces, recueil illustré de poèmes, 1913
Au vent crispé du matin, poème, 1913
Charles-Henry Hirsch, critique, 1913
Jésus la Caille, roman, 1914
Les Malheurs de Fernande, roman, 1918
Scènes de la vie de Montmartre, roman, 1919
Bob et Bobette s'amusent, roman, 1919
L'Equipe, roman, 1919
Au coin des rues, contes illustrés, 1919
Les Innocents, roman écrit en 1916 et censuré est réedité, 1919
Petits airs, poésie illustrée, 1920
L'Homme traqué 1922 (Grand prix du roman de l'Académie française)
La Bohème et mon coeur, recueil poétique, 1922
Rien qu'une femme, roman, 1924
Verotchka l'étrangère ou le goût du malheur, roman, 1924
Perversité, roman, 1924
Le Roman de François Villon, 1926
Rue Pigalle, roman, 1927
La légende et la vie d'Utrillo, biographie romancée, 1927
La Rue, roman, 1930
Suite espagnole, 1931
Mémoires d'une autre vie, 1934
Brumes, roman, 1935
La Rose au balcon, 1936
Petite suite sentimentale, 1936
Blümelein 35, 1937
À l'amitié, 1937
Montmartre à vingt ans, 1938
Poésies, recueil de poèmes dans lequel figurent de célèbres poèmes comme A Eliane. 1939
Nostalgie de Paris, 1941
L'Ombre, 1941
Morte fontaine, 1946
Poèmes en prose, 1948
La Romance de Paris, 1949
L'ami des Peintres, (1944)
Les innocents (1952) réedition

Il est aussi l'auteur des biographies de Verlaine, Gérard de Nerval. Il a aussi écrit des reportages, des souvenirs, des recueils de poésie, des pièces de théâtre.

Côté chansons :

Le "doux caboulot" est mis en musique par Jacques Larmanjat et interprèté par Yves Montant et repris par Juliette Gréco, Lebas Renee.

en 1935 sa poésie « Chanson tendre » est mise en musique par Jacques Larmanjat est chantée par : Fréhel, ( puis reprise par d'autres interprètes : Francis Carco (1952), Cora Vaucaire (1952), Monique Morelli (1957), Lucienne Vernay (1959), Patachou, Colette Renard (1961), Luc Barney (1966), Tino Rossi (1971), Francis Lemarque (1989)


Dernière édition par liliane le Sam 1 Mai - 17:11, édité 4 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
liliane
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 13005
Age : 67
Localisation : dans la galaxie
Date d'inscription : 02/05/2008

MessageSujet: Re: FRANCIS CARCO   Jeu 19 Nov - 12:28



Sarah, voluptueuse et rousse, charme les serpents : dans sa tunique de satin vert constellé de verroterie, elle appelle lascivement les étreintes larges et molles, intenses et lentes et persuasives. Le tambourin nasille sur d'étranges rythmes, de plus étranges motifs selon les paresseux enveloppements des boas engourdis et des tendres pythons.

Et les quinquets encrassent l'atmosphère crapuleuse de la baraque en planches : des odeurs stagnent, senteurs des chairs moites et chaudes, parfums d'aisselles trempées, de toisons prostituées à toutes les luxures, parfums violents où se définit l'infecte puissance des muscs et des cambouis... La flamme des lampes est lourde et char­nellement triste. Et tous sont là : troupeau de mâles énervés, les maxillaires durs et cruels, avec le même pli douloureux des lèvres et la fixité du regard.

Sarah danse, souple dans la spirale mouvante des monstres : elle s'échauffe peu à peu, petite prostituée nerveuse, petite prostituée du délire... Elle entrelace la complexité des rythmes et là danse l'enivre et les bêtes la violent d'une possession totale : une étreinte lui lie la taille et l'enserre d'une volupté morbide. Elle danse les cuisses baguées d'écailles, la gorge serrée d'une tendresse sans nom, crispée, souillée, pamée, radieuse. Et, d'un geste grave, elle élève la tête en triangle des monstres à fleur de bouche, les yeux démesurément élargis, pétrifiés de peur, de terreur consentante.



Extrait « Poèmes »
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
liliane
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 13005
Age : 67
Localisation : dans la galaxie
Date d'inscription : 02/05/2008

MessageSujet: Re: FRANCIS CARCO   Jeu 19 Nov - 14:56

On dit que, lorsque Francis Carco mourut, il y a cinquante ans, le 26 mai 1958, il entendit sous ses fenêtres du quai de Béthune, à Paris, dans l'île Saint-Louis, la garde républicaine jouant L'Ajaccienne.

Ultime clin d'œil d'un destin cocasse et sinistre pour cet homme qui, né en 1886 à Nouméa (dans une île, déjà…) eut à subir durant son enfance la maltraitance d'un père… corse. Raide, fonctionnaire sans poésie, ce père n'aura sans doute pas rendu service à son fils selon la chair mais aura contribué à offrir à la littérature française de la première moitié du dernier siècle un écrivain qui tient la distance. Qui mérite d'être lu, ou relu, par-delà les clichés qui lui collent à la réputation.

Excellente idée, donc, qu'ont eue les Éditions Albin Michel de republier pour ce cinquantenaire les deux romans les plus célèbres de Carco : Jésus-la-Caille (1914) et L'Homme traqué (1922). La lecture de ces textes dément bien des idées reçues sur celui qui passe seulement pour l'«écrivain des bas-fonds», l'homme qui, d'une plume gouailleuse, fit des «apaches» d'avant 14 et des «mauvais garçons» de l'entre-deux-guerres des héros de boue, de pluie grise et de violence sans épaisseur autre que la violence, y compris des mots.

JESUS LA CAILLE (1914)

« Je vous parle d'un temps... » Voilà, dès les premières lignes, l'atmosphère qui se place et la parole de Francis Carco qui s'instaure dans l'esprit. Le Paris dans lequel nous sommes immergés n'a rien de commun avec celui que l'on connaît. Cela en devient troublant au point que l'on ne comprenne plus réellement quel lien les deux villes entretiennent, outre qu'elles partagent quelques noms de rues.

Montmartre, comme jamais... Lieu favori de la population homosexuelle, c'est toute une ambiance incroyable qui se dégage autour de leur quotidien. Tout commence avec Bambou, qui a été donné aux flics, salement vendu par une balance dont on ignore ce qu'elle aura pu tirer de son larcin. Bambou, c'est l'homme de Jésus-La-Caille. Lui a réussi à s'enfuir quand le client qu'ils avaient tous deux s'est révélé être un condé, mais son homme n'a pas eu cette chance.

Alors, la suspicion devient palpable : on soupçonne le Corse, ou la Vache, tandis que Fernande écoute sans moufter les conversations et les rancoeurs qui se ravivent. Un mec donné comme ça n'annonce rien de bon pour les habitués : ça plombe sacrément le moral. Et c'est pas bon pour les affaires. Pour aucune affaire.

Tant et si bien que même La Caille commence à s'éprendre de Fernande. Ce n'est que séduction, tout d'abord, pour devenir plus sérieux, si tant est que Jésus-La-Caille puisse se montrer sérieux avec une femme, lui qui fut tout entier à Bambou... Et si le Corse veille, peu importent les risques finalement : seul compte d'éprouver la vie. Et d'être ce que l'on veut, comme on le veut.


Ce qui marque dès les premières lignes, c'est un langage, une langue datée, argotique et bégueule dont on ne revient pas si facilement. Ça a de la gueule, de la tronche, ça vit, palpite, vibre. On sent les rues d’une cité de jadis qui ruisselle d’une existence tout à la fois proche et infiniment lointaine. Pour autant on entendrait Jean Gabin hurler...

Tout réside dans la langue de Carco. Cette narration n’est semblable à nulle autre. Loin d’un phrasé célinien pourtant en recherche d'authenticité, il nous captive et rend toute cette aventure – déjà passablement réelle, voire clairement authentique, Carco avouant dans son introduction : « Jésus-La-Caille, c'est moi. » – plus lourde encore de réalité. On arpente les rues avec eux, on est dans la rigole du caniveau, ou peu s'en faut, les lueurs de la nuit sont les nôtres.

C’est un Paris d’antan que l’on retrouve avec ferveur, sentant la misère et la fierté ( « Salops de pauvres ! », entend-on en en filigrane), où l’on croit percevoir le bruit des pas sur les pavés à chaque phrase, faisant corps avec l’histoire la plus petite, celle des homosexuels d’alors, de leurs préoccupations, de leurs aventures.

C’est tout un univers ancien qui renaît dans la mémoire, à mi-chemin entre la ville mythique et la légende historique. Jésus-La-Caille, au-delà du témoignage tout personnel de Carco nous ouvre une page de la vie d’avant. Ni meilleure ni pire. Elle s’impose simplement au lecteur avec magie. La magie d’un passé.
Nicolas.G, le mercredi 13 août 2008
http://www.actualitte.com/dossiers/234-Jesus-Caille-Francis-Carco-Paris.htm

AU CINEMA



M'sieur la Caille

Réalisé par : André Pergament
Produit par : Jacques Santu Marius Lesœur SPIC Paris-Nice Productions Sopadec
Genre : Fiction
Durée : 01:22:00
Année : 1955
Date de sortie en salle : 09/09/55
Pays : France

Auteurs & scénaristes : Francis Carco (d'après son poème), Frédéric Dard et André Pergament

avec : Jeanne Moreau (Fernande), Philippe Lemaire (Jésus la Caille), Roger Pierre (Pépé la Vache), Marthe Mercadier (Bertha), Robert Dalban (Dominique le Corse), Fernand Sardou (Riri), Yva Bella (La barmaid), Annie Fargue (La puce), Jackie Molho (Mina), Ariane Lancell (Une fille)



AU THEATRE : ESPACE CARDIN (16 avril - 26 mai 2004)

Jésus la Caille de Francis Carco, mise en scène de Jacques Darcy. Avec Bernard Rosselli, Marcelline Collard, David Chabert, Alexandre Leauthaud, Marie Laforêt, Jean-Edouard Lipa, Simon Sportich, Jean-René Gossart.



Qui vient de balancer M. Dominique dit "le Corse", le plus dur marlou que Montmartre ait jamais connu ? Sur la Butte, c’est l’effervescence dans le milieu des souteneurs et des filles de joie. Son homme à l’ombre, Fernande se retrouve seule à arpenter le pavé, mais comme un "béguin chasse l’autre" elle trouve vite protection auprès d’un autre julot avant de tomber raide dingue amoureuse de Jésus la Caille, petit bon à rien à la peau douce aimant les filles et les garçons.

Avec un rôle titre, on attend beaucoup du personnage de Jésus la Caille. Frédéric Carco, écrivain, a fait naître sous sa plume en 1914 un titi parisien à facettes, tour à tour fier, lâche, tendre, puéril, vénal, soumis. Telle doit être la force de son ambivalence. Jean-Edouard Lipa qui endosse le rôle déçoit. L’acteur manque cruellement de diction, de vrai potentiel et perd d’entrée le rôle qui lui incombe. Suffit-il de savoir gigoter dans une piscine sous les yeux de millions de spectateurs dans une émission de télé-réalité pour s’improviser ensuite comédien sur les planches ?


Mais finalement peu importe, le sort de son personnage n’est-il pas de disparaître ? Le monde du milieu ne laissant pas de place aux petits minables... Alors mieux vaut applaudir Marie Laforêt - Fernande - qui se déboutonne avec talent dans son rôle de prostituée.

Et il fallait un langage à Montmartre. Celui de Frédéric Dard, sur cette adaptation du roman de Carco en 1952, prend corps immédiatement. Conjugué à la mise en scène très réaliste de Jacques Darcy qui propose un décor basculant entre une chambre, une rue, un bistrot, et c’est l’atmosphère de ce quartier de Paris d’entre les deux guerres, ce creuset de tous les drames et de toutes les passions, avec ses indics, ses pierreuses, ses crapules et ses faits divers, restituée fidèlement entre deux chansonnettes au son de l’accordéon.


Dernière édition par liliane le Jeu 19 Nov - 15:24, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
liliane
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 13005
Age : 67
Localisation : dans la galaxie
Date d'inscription : 02/05/2008

MessageSujet: Re: FRANCIS CARCO   Jeu 19 Nov - 15:19

L'HOMME TRAQUE (1922)
Grand Prix du roman de l'Académie Française en 1922



Un crime, un homme, une femme. En quelques mots, voici résumé le cœur du roman de Francis Carco. Toutefois, sous cet aspect, rien de bien nouveau sous le soleil. C’est dans la spécificité de ces trois éléments et dans leurs interactions que va se nouer toute l’intensité de l’ouvrage.

Un crime dans le Paris populaires des années 20 :



L’intrigue a pour théâtre le Paris bohème, avec ses quartiers populaires pas toujours des mieux famés. La mise en place du cadre est une des plus belles réussites de l’auteur. Lampieur, ouvrier boulanger d’apparence plutôt paisible, mène une vie rangée, presque monotone. Quand il ne travaille pas au sein d’une sombre cave du quartier des Halles, il boit des verres à l’intérieur du débit tenu par le père Fouasse. Vie tranquille certes, mais avec une conscience plutôt agitée.

Il faut bien avouer que depuis que Lampieur a étouffé cette petite vieille dans sa loge pour lui voler l’argent du terme, tout lui semble suspect. Même chez le père Fouasse, les regards que posent sur lui les prostituées le mettent mal à l’aise. Encore plus quand le tenancier du lieu en rajoute une couche : « Et si jamais on met la patte dessus [l’assassin], cherchez pas, ce sera cause à la femme, comme toujours. »

Complicité impossible entre criminel et témoin :


Toulouse Lautrec


Qui pourrait donc être cette femme pouvant porter préjudice au criminel ? Cette question va rapidement trouver sa réponse lorsqu’on nous décrit le manège plutôt curieux qui s’opère autour de la cave de Lampieur au petit matin.

Les prostituées qui battent le pavé dans ce quartier ont pour habitude de venir prendre le pain directement au fournil. Pour cela, elles suspendent au bout d’une petite ficelle la somme nécessaire à travers le soupirail donnant sur la rue. Une fois le fil repéré par l’ouvrier, il y met le pain, charge à l’acheteuse de remonter alors la précieuse marchandise.

Un criminel en proie à sa conscience :


Suzanne Valadon


Lampieur est sans cesse harcelé par sa conscience, non pas parce qu’il a commis un crime lâche mais parce que durant son absence du fournil une prostituée est venue déposer un fil dans le soupirail. Une fois revenu et son forfait réalisé, cette ficelle suspendue lui est apparue comme une épée de Damoclès toujours présente au-dessus de sa tête : quelqu’un savait qu’il s’était absenté la nuit du crime. Quelqu’un pouvait parler…

Ce roman est davantage psychologique que policier en somme puisqu’une fois dépassées les premières pages du roman, peu d’éléments restent inconnus. Le criminel, le crime, le délateur potentiel, tout est clair. Seule question sans réponse : quand est-ce que le criminel passera derrière les barreaux ?

S’en suit ainsi une union impossible entre le criminel et le témoin, l’un l’autre se retrouvant pour tenter de surnager dans un univers plutôt glauque. Un rapport de force inégal s’installe. Lampieur joue de sa qualité de criminel pour garder sous la main un témoin plutôt dangereux.

Mais de l’autre côté, la conscience de l’ouvrier l’empêche de rester calme et maître de lui. Un retour à la sérénité semble impossible. Le temps de liberté est compté. La police est sur ses traces. Reste à savoir quand Lampieur croisera le chemin de la justice.

Une intrigue originale aux prises avec un récit qui s’essouffle :




Au cours des premières pages, Francis Carco capte aisément l’attention de son lecteur par une intrigue plutôt curieuse dans un Paris haut en couleur. Mais plus les pages défilent et plus la tension diminue. Le couple impossible, criminel et témoin, bat vite de l’aile et l’action qui entoure cette union ne suffit pas à nous tenir véritablement en haleine.

Toutefois, cette réédition invite à une redécouverte d’un Paris que l’on a bien vite oublié. Ce Paris des petites gens, des bas métiers où filles publiques fraîchement débarquées de province se mêlent aux ouvriers dans les débits de la capitale pour boire, pour oublier des conditions de vie des plus rudes. Certaines pages du roman ne sont pas sans rappeler alors le célèbre Nana de Zola qui, bien que se déroulant quelques décennies plus tôt, montrait déjà le quotidien d’un Paris aux multiples facettes.

Rédigé par Victor de Sepausy, le lundi 18 août 2008
www.actualitte.com/ dossiers/235-Homme-traque-..
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
liliane
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 13005
Age : 67
Localisation : dans la galaxie
Date d'inscription : 02/05/2008

MessageSujet: Re: FRANCIS CARCO   Jeu 19 Nov - 20:53

Roman inspiré par son aventure avec katheryn Mansfield

Le Milord a fui Paris qui lui semblait vide depuis que la guerre a enrôlé de force l'Edredon sous les drapeaux. il « s'occupe » en province mais, s'il grappille assez d'argent pour éblouir à Besançon la jeune Mlle Savonnette et son frère N'a-qu'un-oeil, Panam lui manque. Il finit par ne plus résister au désir d'égaler son maître l'Edredon et revient à Paris. Les copains qu'il revoit ne sont pas de taille. Tant pis, il travaillera en solitaire. Dans les bars qu'il fréquente en guettant la belle occasion, il rencontre une Anglaise, Winnie, qu'attirent ses airs de voyou froid : un bon modèle pour le livre qu'elle écrit. Elle a discerné les deux pôles qui se disputent son énergie ? amour qu'il ne s'avoue pas pour Savonnette, ambition d'être un « dur ». Lequel fixera sa destinée? La fidélité à l'Edredon mort à la guerre, d'abord, qui le jette à son tour dans le combat avec l'intention obscure de le venger. Puis l'amour, quand le hasard d'une blessure le ramène dans un hôpital de Besançon. Mais après ? Il y a des curiosités fatales et, pour avoir voulu saisir sur le vif cette âme de voyou, Winnie paiera très cher, car ils sont dangereux ces innocents, graine de pègre déboussolée que Francis Carco sait si bien comprendre et peindre.

Amours ancillaires...
Il suffit parfois d'une servante au grand coeur pour passer de l'enfance à l'âge d'homme. Ici, le cadre s'y prête. Un hôtel avenant : Le cheval blanc. Et parmi les filles de la campagne, cette Mariette, robuste et gironde, qui excite follement Claude, le fils de la patronne. A quinze ans, il n'est pas peu fier de connaître auprès d'elle les plaisirs des sens. Passion vite accrue par le regard que d'autres posent sur Elle. En particulier monsieur Fernand, le greffier. Aventure à trois, épisode un peu trouble mais qui attise la braise des désirs... Car Mariette est femme, rien qu'une femme, certes, mais insaisissable, attachante. Et ceux qui l'approchent, s'ils sont rejetés dans l'abîme, touchent malgré tout au bonheur.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
liliane
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 13005
Age : 67
Localisation : dans la galaxie
Date d'inscription : 02/05/2008

MessageSujet: Re: FRANCIS CARCO   Ven 20 Nov - 10:08


La bohême et mon cœur



Tes yeux cernés, ta bouche avide

De baisers, ton corps svelte et droit

M’enchantent, mais j’ai l’esprit vide

Quand j’ai passé la nuit chez toi.



Aussi je m’en vais dans la rue

Où je traîne, rêvant, forgeant

Des vers, faisant le pied de grue,

Devant les cafés, sans argent.



Et, lorsqu’après minuit je rentre

Dans ta chambre, tu sais très bien

Quel infernal et chaud lien

Nous raccouplera, ventre à ventre

Chanson
.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
liliane
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 13005
Age : 67
Localisation : dans la galaxie
Date d'inscription : 02/05/2008

MessageSujet: Re: FRANCIS CARCO   Ven 20 Nov - 10:23

M'sieur Francis




Jean-Jacques Bedu ranime la figure, un peu oubliée aujourd'hui, de Francis Carco, l'auteur de « Jésus la caille », l'ami de Colette et d'Utrillo, le chantre de Montmartre.

QUI se souvient encore de M'sieur Francis, avec sa mèche de charbon, son teint de Pierrot, son mégot au coin des lèvres et son oeil noir de voyou, qui a croisé tant de regards de Mecs et de Macs ? », s'interroge Jean-Jacques Bedu pour conclure la belle biographie (au ton un peu désuet, comme la réputation aujourd'hui de son sujet) qu'il consacre à Francis Carco.

Quelques passionnés rendent encore visite à sa tombe au cimetière de Bagneux, division 44, ligne 11, ses romans s'arrachent chez les bouquinistes, mais le grand public a oublié cette importante figure du Paris d'avant-guerre, auteur à succès de romans, de théâtre. Le peintre en littérature du Montmartre de légende, de ses folles nuits (des bandes attaquaient les cafés à coups de fusil…), de sa misère transfigurée par la gouaille et l'amitié. Le précurseur d'Alphonse Boudard ou de Frédéric Dard. Rien ne prédestinait François Carcopino-Tusoli à fréquenter les trottoirs de Paname (on disait même Pantruche à l'époque).

Il naît en 1886 à l'autre bout du monde, à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, où son père, Jean-Dominique, est fonctionnaire aux Domaines. L'île est alors celle des bagnards et des « canaques » que la rumeur accable d'affreuses histoires d'anthropophagie. Mais l'enfer du jeune François est ailleurs : il est la tête de Turc de son père, battu comme plâtre à la moindre remarque, pour le moindre retard. D'origine corse, Jean-Dominique veut faire de son aîné un idéal, évidemment impossible à atteindre. Alors, il se venge, et peut-être d'abord de lui-même. De Nouméa à Nice, de Châtillon-sur-Seine à Villefranche-de-Rouergue, au gré des affectations du père, rien ne change : les coups pleuvent. La maman est effacée, craintive : elle ne bouge pas, incapable même d'exprimer sa tendresse. Très tôt, François s'échappe. Dans sa tête, en dévorant les livres qui lui tombent sous la main. Physiquement, en se réfugiant dans les cafés ou dans les bras de filles perdues. Il est mauvais élève et s'entiche de devenir artiste : il sera poète. Montmartre sera son éden. Il ne connaît pourtant du quartier que ce qu'il a pu en lire, entendre ou connaître par les articles à sensation parus dans la presse.

Foutre en pleine gueule des bourgeois des romans musclés et pourris dont ils se lécheront les babines

Sa vie bascule réellement en 1910. Il est invité par le patron du cabaret « Le Lapin agile », le coeur de la bohême montmartroise, à « pousser sa goualante », à dire sa poésie, devant les fidèles du lieu. Il conquiert l'assemblée. Pierre Mac Orlan, le « gourou » du clan, l'apostrophe : « Tu peux te fout'avec nous à la grande table. » On lui présente des inconnus qui se nomment Apollinaire, Max Jacob, Roland Dorgelès, Picasso… C'est décidé, sa vie se jouera ici. Facile à dire : sans le sou, François rebaptisé Francis Carco erre de gargote en maison de passe, fricotant avec tous les margoulins, mais sans devenir un voyou lui-même. Il va nourrir ses futurs livres de toutes ces rencontres, de tous ces « faits divers ». « Je me promets de foutre en pleine gueule des bourgeois, des romans musclés et pourris dont ils se lécheront les babines », écrit-il.

Le succès vient en 1914 avec « Jésus la caille », dans lequel il dépeint un julot homosexuel. Il signe ensuite « Les innocents », « L'homme traqué » (Grand prix du roman de l'Académie française), « L'ombre », etc. Une oeuvre abondante (une centaine de titres). Il entre à l'Académie Goncourt en 1937. Son style, en équilibre entre l'argot et le langage soutenu, fera l'admiration de Céline… avant d'être dépassé par celui-ci et les autres « monstres » du siècle, Gide, Genet, Giono. Le jour, dans son luxueux appartement de l'île Saint-Louis, il écrit ses mémoires, des poèmes, livre des enquêtes aux journaux sur la pègre (c'est lui qui imposera le terme de « Milieu ») ou la drogue. Il fréquente les galeries d'art. La nuit, il retourne sur la Butte ou rue de Lappe, près de Bastille. Il danse la java, fréquente les prostituées, parle « affaires » avec les « costauds ». Il meurt le 26 mai 1958. « Ce soir de pluie, écrit Jean-Jacques Bedu, ils sont tous là : les durs de la Bastoche, les Apaches, les anciens des Bat'd'Af, les gonzes poilus, les vrais de vrai, les barbeaux, les demi-sel, les tralalas, les bourriques, les caves, les trotteuses et sous ma plume, ils chantent à l'unisson : adieu M'sieur Francis, l'Dab est mort !… ».

DÉCOUVRIR : « Francis Carco, au coeur de la bohême », Jean-Jacques Bedu, éditions du Rocher, 444 p., 135 F.
Au coeur de l'ouvrage, des pages de photos dont celle-ci campant un « M'sieur Francis au regard d'Apache ».
DR
Jacques Lindecker

http://www.alsapresse.com/jdj/01/06/30/MA/1/article_1.html
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
liliane
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 13005
Age : 67
Localisation : dans la galaxie
Date d'inscription : 02/05/2008

MessageSujet: Re: FRANCIS CARCO   Ven 20 Nov - 17:14



Roman (broché). Paru en 09/2004


Les romanciers populaires sont beaucoup trop pressés pour mentir : ils n'ont pas le temps d'imaginer. Ils racontent ce qu'ils ont vu, ils se nourrissent du quotidien, et donnent juste le coup de pouce pour créer l'atmosphère. Ainsi Francis Carco qui veut plaire vite et à tous, dont «Bouquins» vient de publier quelques romans très injustement oubliés, est d'abord un reporter. Plus encore, un explorateur. Il a ses terres d'élection, elles vont de Barbès aux fortifs, de la Chapelle à la Bastoche, des Batignolles à Pigalle. Montmartre en est le coeur. À son époque où la pègre est encore dans sa plus candide sauvagerie, ce sont des terres dangereuses et inconnues, peuplées de filles, de marlous, d'apaches qui se croisent dans la nuit, et vont, par les trottoirs mouillés, à leurs sinistres ou lamentables travaux.

Carco est là qui les observe sans amour et sans haine, curieux de tout pour mieux faire frémir ses lecteurs, poète des bordels, des voyous, des chiffonniers de la zone, des putains au coeur trop gros. Ce pourrait être racoleur et vulgaire, salace, lourdaud, piteusement sentimental. Et c'est miraculeusement vivant, d'une vie trouble, malheureuse, animale, sous la pluie qui tombe sans cesse sur le dos des misérables. Misérables, ils le sont tous, les salauds comme les autres, pris au piège d'une machine à broyer, qui les dévore sans même qu'ils en sentent les dents. Le couteau est vif et la vérole active, en ces temps prétendus heureux.

Tout commence en 1914, avec Jésus-la-Caille où le décor est déjà solidement planté. Jésus, qu'on appelait la Lucienne, qui a des pudeurs de demoiselle et une gentillesse suicidaire, annonce les amoureuses, mâles ou femelles, les Iphigénies traîne-savates que la fatalité emporte, et dont Carco, l'oeil tendre, dessine les pauvres visages sans chercher à masquer leurs rides, parfois même en les accentuant. Jusqu'au milieu des années 30, ce petit monde mènera son jeu, puis disparaîtra à son tour, effacé comme les fortifs, dévasté comme les taudis. La lampe à pétrole n'est plus et les amours vénales se tarifent autrement. C'en est fini des ventres troués. Il n'y a même plus de becs de gaz pour faire les faces blêmes.

Carco n'ayant plus rien à montrer, il lui restera ses souvenirs, de la petite enfance à Nouméa, sous les taloches d'un père corse aux derniers soirs au bord de la Seine qu'il aimait tant, et où, commandeur de la Légion d'honneur, académicien Goncourt, ami de Colette, il finira ses jours en bon bourgeois qu'il était. Il nous dit même, et discrètement, ce que fut sa rencontre avec Katherine Mansfield, brève valse de la carpe et du lapin au son de l'accordéon. Mais il n'est vraiment lui-même que lorsqu'il revient à la Villette cultiver son pré carré et ses fleurs de pavé.

Pourquoi lit-on toujours Simenon, et ne lit-on plus, ou presque, Carco ? L'un et l'autre, à leurs débuts, reflètent en historiens de la grisaille des paysages à jamais perdus, tout un peuple inconnu, énigmatique, aux actions bizarres, aux sentiments brouillés, hommes et femmes quasi fantomatiques dans leur grouillement, vieilles photos jaunies – pas même un siècle ! – qui racontent les moeurs louches d'un autre temps, si lointaines et si proches.

C'est que Simenon met parfois un grain de psychologie. Carco, lui, s'en tient à l'instinct, en reste aux faits, et nous propose, de Jésus la Caille à Perversité, en passant par Rue Pigalle ou L'Équipe, des documents qu'il nous file en douce, documents bruts d'un voyeur, d'un fureteur aussi, qui connaît, en vieux malin, tous les recoins de son domaine. Témoignages vécus, et sans fioritures. L'auteur se tient à carreau et le narrateur s'éclipse. Il nous laisse seul avec ce qu'il montre du doigt.

Là est la force de Carco, son coup de génie, comme Restif dans ses Nuits de Paris, il nous restitue un quartier, une époque, un monde gluant, opaque, sans s'y insérer, sans le brouiller par sa présence. Après l'avoir lu, nous ne savons rien de lui, mais nous savons tout sur ce qu'il a noté et observé, et ce qu'il observe, ce sont d'abord des manières d'être, une cruauté naturelle, une bêtise dévastatrice dont la misère n'est jamais exempte, bref des horreurs au jour le jour, des amours naufragées, des lambeaux de vie. Entendons-nous, il frôle le scabreux, mais ne tombe jamais dans l'obscène. Il n'est pas pornographe, il est prudent.

Ni moraliste, ni donneur de leçons, il nous propose son butin en vrac, sans pirouettes, sans complaisances, tel que ça lui a été donné. Il fait commerce de la rue. C'est un marchand de pittoresque comme d'autres sont marchands d'habits. Il est dans cet océan bourbeux comme le poisson dans l'eau, mais il n'y vit pas. Il s'y promène tel le grand duc Rodolple des Mystères de Paris. Il en sort vite pour prendre un bain, fréquenter les salons et donner des conférences aux quatre coins du monde. Il aime l'argent, les beaux tableaux, sa Talbot grand sport et les appartements cossus. Il a une femme qui l'adore, et qui fut richissime. Il est un des rares écrivains français à ne pas avoir écrit une ligne sous l'Occupation et il mourut en 1958, un jour après son chien ami, en écoutant l'Ajaccienne jouée par la Garde républicaine qui passait sous ses fenêtres. Bref, ce fut un auteur heureux, et ce bonheur est mérité. Il a bien fait son métier. C'est l'essentiel. Et, de surcroît, il était poète.


PAR Pierre MARCABRU
[12 novembre 2004]
Le Figaro littéraire
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
liliane
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 13005
Age : 67
Localisation : dans la galaxie
Date d'inscription : 02/05/2008

MessageSujet: Re: FRANCIS CARCO   Ven 20 Nov - 18:32



Juliette Gréco chante Francis Carco
Revenir en haut Aller en bas
http://www.artmony.biz
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: FRANCIS CARCO   

Revenir en haut Aller en bas
 
FRANCIS CARCO
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
H A R M O N Y :: LA PLUME EST LA LANGUE DE L'AME :: ECRIVAINS ET POETES-
Sauter vers: